
No exit (sans issue) aux éditions Allia est un brûlot très documenté qui nous arrive tout droit de New York. Au début, Nicolas Sarkozy « était le plus populaire des Présidents français depuis la Constitution de la Ve République. Il est aujourd’hui le plus impopulaire », écrit Philip Gourevitch. Son texte, sous-titré Nicolas Sarkozy – et la France – peuvent-ils trouver une issue à la crise européenne ? a d’abord été publié dans le magazine The New Yorker pour lequel il est reporter (le correspondant à Paris). Il y dresse le portrait de Sarkozy (au vitriol mais avec beaucoup de distance), liste toutes les raisons de son impopularité, revient sur ses sorties au Fouquet’s ou sur le yacht de Bolloré ; il n’oublie pas non plus les affaires Karachi ni Kadhafi et encore moins sa « représidentialisation » médiatiquement orchestrée. Mais à travers le président des Français c’est surtout le bilan de son quinquennat que dresse le journaliste américain. Et petit à petit se dessine ici un pays engoncé, mis à mal dans son rapport aux Français mais également à l’extérieur de ses frontières et bien pessimiste quant à son avenir.
Reposant notamment sur des interviews avec Jacques Attali, Bernard-Henry Levy, Yasmina Reza ou encore Marine Le Pen, l’article de Philip Gourevitch, après avoir été corrigé par l’auteur, traduit de l’anglais par Violaine Huisman et publié par les éditions Allia, est désormais un livre. Il arrive aujourd’hui dans toutes les librairies ainsi que sur les sites de vente de livres numériques (3.10 € la version imprimée, 1.49 € le PDF ou l’ePub, sans DRM). Pour consulter la fiche du livre sur ePagine, cliquez ici. Si vous souhaitez le trouver chez un des libraires-partenaires du réseau, cliquez là. Le prix d’un livre numérique, en France, étant le même partout (sur tous les sites, sur toutes les plateformes) n’hésitez donc pas à soutenir les libraires du réseau ePagine !
Ce texte ne laissera personne insensible et on va en entendre parler, croyez-moi ! Le plan média autour de la sortie de No exit est d’ailleurs impressionnant (presse écrite, radio, télé, web : vous n’y échapperez pas !). Pour info, le reporter sera à Paris à la fin du mois pour accompagner la sortie de son essai.
En attendant voici un extrait à lire en ligne et bonne lecture à tous !
ChG
Extrait de No exit (début de l’article)
traduit de l’anglais par Violaine Huisman
« Nicolas Sarkozy, le président de la République française, n’aime pas le vin. Il n’aime pas le fromage qui pue. Il n’aime pas les truffes.
Il aime le Coca light, les bonbons et les gros cigares de La Havane. Un tel dégoût pour le bon goût est perçu par beaucoup de gens comme contre nature en France, mais Sarkozy ne s’en excuse pas. Il en est fier de sa franchise, et si elle apparaît souvent comme plouc et sans gêne, son attitude consiste en un : Et alors ? Par exemple, il aime l’argent. Pourquoi pas ? Qui n’aime pas ça ? Mais en France, on est censé être mû par des desseins ou plus nobles ou plus frivoles. Prenez les romans : de Balzac à Stendhal, en passant par Flaubert, Zola ou Proust, tout un pan de la littérature française traite de l’hypocrisie de la société bourgeoise. Secrets, mensonges, désirs aigris et amertume rattachés à l’argent sont au cœur du drame. Encore de nos jours, parler d’argent – et surtout parler publiquement et en termes favorables, comme le fait Sarkozy, d’en vouloir, d’en avoir et de l’amasser – est considéré comme vulgaire, voire sordide.
“En Amérique, le tabou c’est le sexe ; en France, c’est l’argent”, m’a dit le philosophe Pascal Bruckner. “Même pour les gens de droite, pour la droite sociale de tradition gaullienne, c’est une faute – une faute morale.” Ce que Sarkozy jugeait ridicule. Pendant sa campagne présidentielle, il se présentait comme décomplexé vis-à-vis de l’argent, mais il en a tellement parlé qu’il finissait par paraître, au final, plutôt complexé. Valorisant à la fois le travail et le profit, il promettait de libérer les Français de ce qu’il voyait comme une léthargie subventionnée par l’État : la semaine de trente-cinq heures obligatoire, la retraite obligatoire à soixante ans pour les salariés du service public, et toutes les aides gouvernementales et protections sociales qui favorisaient une aussi faible productivité. Mieux vaut, proposait Sarkozy, travailler plus pour gagner plus, posséder et dépenser. La hausse du pouvoir d’achat était l’un de ses cris de ralliement. Parce qu’il ne mâchait pas ses mots, à cause de sa dégaine de cow-boy, et parce qu’il admirait George W. Bush, il a été surnommé Sarko l’Américain. “Eux considèrent que c’est une insulte, mais je le prends comme un compliment”, a-t-il dit à un envoyé de Bush en 2005, selon un câble diplomatique obtenu par WikiLeaks. Sarkozy se présentait comme un nouveau modèle de Français entreprenant, déterminé à construire un avenir encore meilleur qu’un passé idéalisé. C’était pour les Français étrange mais excitant, et ils ont parié sur lui.
Sarkozy est un personnage si singulier qu’il peut sembler facile à caricaturer, mais la caricature se repaît d’exagération, et Sarkozy est tellement outrancier qu’il laisse peu de marge au caricaturiste. On attend d’un Président français qu’il possède une aura de raffinement esthétique et intellectuel qui donne sa dignité à la nation. Sarkozy ne prétend à rien de semblable. (…) »
© Philip Gourevitch, No exit, éditions Allia, avril 2012.
Né en 1961, Philip Gourevitch est depuis 1995 reporter pour The New Yorker, Harper’s ou encore Granta. Il a écrit sur les conséquences du génocide au Rwanda et au Cambodge, sur les dictatures au Congo et au Zimbabwe, sur le Front National en France. Il est depuis 2005 directeur de The Paris review.