Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

2 septembre 2010

Les éditions des Grandes Personnes en numérique

Filed under: Journal de bord — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 07:50

ePagine souhaite la bienvenue aux toutes nouvelles éditions des Grandes Personnes qui publieront des livres pour la jeunesse et des romans dont quatre d’entre eux viennent d’être numérisés.

Les éditions des Grandes Personnes (des livres destinés aux jeunes réalisés par des adultes) sont une maison d’édition indépendante créée en novembre 2009 avec Antoine Gallimard. L’éditrice Brigitte Morel, (ex Seuil Jeunesse puis Panama), en collaboration avec Florence Barrau et Sabine Louali, a choisi de reprendre en partie le catalogue des Éditions du Panama (sur les 22 titres de la rentrée, 6 sont des rééditions) ; elle proposera également de grands albums illustrés, des pop up, des livres-jeux créatifs, des coéditions avec Patrick Couratin ainsi que des romans. Pour cette première rentrée, la maison alterne des titres de Panama et des inédits en traduction et des romans français. Ce sont justement quatre d’entre eux que la maison a choisi de numériser.

L’Enfant du fantôme de Sonya Hartnett | Par une après-midi humide et argentée, Mathilda, 75 ans, découvre dans son salon un jeune garçon étrange qui n’y a pas été invité. De façon inattendue, ces deux-là prennent le thé et la vieille femme commence bientôt le récit de sa vie… Née au début du XXe siècle dans une famille australienne, Maddy est une enfant solitaire, étrangère dans sa propre maison, qui rêve d’une vie pleine de mystère… Alors le jour où, sur une plage, la jeune fille croise Plume, qui n’a aucune attache et ne possède rien, Maddy sent le sable s’ébouler sous ses pieds et les vagues lui répéter encore et encore le même mot… Une histoire douce-amère d’amour et de perte, d’acceptation et de réalisation de soi. Une fable lumineuse servie par la langue singulière de Sonya Hartnett, qui dit si bien la douleur et le transport amoureux, mais aussi la nature australienne, empreinte d’ancestrales légendes…

Calvino-Calvina de Carlo Frabetti | Un cambrioleur s’introduit dans une riche demeure et se retrouve pris au piège par le seul habitant de la maison, un enfant étrange et androgyne d’une dizaine d’années, complètement chauve et accompagné d’un impressionnant loup canadien. S’il veut échapper à la police, le voleur devra se raser la tête et se faire passer pour le père du garçon, qui répond au nom de Calvino… La suite des événements est sans queue ni tête, souvent loufoque, car dans le monde de Calvino, les morts sont parfois vivants, les fous errent dans les allées d’un asile qui est une bibliothèque, et les géants sont aussi des nains. Un monde d’illusions et de faux-semblants. Un roman drôle et absurde, où tout prête au jeu, aux jeux de mots, et où l’auteur, maniant avec brio la rhétorique, nous invite à le suivre pour mieux nous perdre…

Mademoiselle Scaramouche de Jean-Michel Payet | Lorsqu’elle assiste à la mort de son père, tué en duel, Zinia Rousselières est loin d’imaginer qu’elle est à l’aube d’un singulier tour du destin. Dans le caveau familial repose en effet déjà un cercueil, le sien, ou plutôt celui de celle qu’elle croyait être… En un instant, le monde de la jeune fille vole en éclats, et elle n’aura désormais de cesse de découvrir sa véritable identité. Des bas-fonds de la capitale au faste de Versailles, de la cour des Miracles au Trianon de porcelaine, Zinia se voit propulsée dans une aventure rocambolesque, aux mille rebondissements. Elle y assistera à une représentation de Molière, sauvera un assassin des mains du bourreau, côtoiera Athénaïs de Montespan et Louis XIV en personne. Car le mystère qui entoure sa naissance est en réalité au centre d’un complot qui vise le roi lui-même… Un complot vertigineux dont l’enjeu n’est autre que le secret des métamorphoses…

Le Baume du dragon Silvana Gandolfi | Au cours d’un voyage au Népal, Andrew, cinquantenaire déprimé, fait la connaissance d’un vieux sage. Celui-ci lui demande de remettre un remède, le Baume du Dragon, à sa petite-fille, la kumari royale, déesse vivante de Katmandou. Négligeant sa mission, Andrew avale lui-même le remède et ne tarde pas à découvrir ses effets prodigieux : ses rides s’effacent, son énergie décuple et, en trois semaines, il rajeunit de vingt ans. Mais le miracle tourne au cauchemar ! Pour stopper ce processus et sauver sa vie, Andrew doit se baigner dans un lac perdu au coeur de l’Himalaya. Une course contre la montre s’engage, en compagnie de l’exaspérante kumari. Un long et périlleux périple, sur les traces de l’abominable homme des neiges…

Christophe Grossi

1 septembre 2010

Sept d’un coup

Aujourd’hui, il est possible pour n’importe quel libraire en ligne d’imaginer de nouvelles manières de conseiller un ou plusieurs livres (ce qu’invente également chaque jour Bibliosurf). En voici une parmi d’autres qui pourrait nous rappeler la vaillance du petit tailleur si Nicolas Bouvier n’était pas passer par là. Prenez donc 7 livres entrés récemment au catalogue numérique d’ePagine, 7 livres aimés pour diverses raisons et que vous souhaiteriez recommander à des lecteurs inconnus, internautes invisibles, forcément différents ; rédigez votre texte et postez-le.

© Photo de Michaël Mazars

On croit qu’on va trouver l’âme soeur en boîte de nuit ou partir sur les traces des rennes, mais bientôt, ce sont des chaussettes-surprises que votre chienne ramène à la maison ou les rênes, comme un poids trop lourd à porter depuis l’enfance, que vous lâchez. On croit qu’on va pouvoir somnoler dans le train et tenter d’oublier le trop plein de mots et de morts, mais bientôt quelqu’un se suicide et, quelque part entre Angers et le Mans, dans cette attente forcée, ce sont vos digues qui explosent. On croit qu’on va prendre l’avion, mais bientôt, c’est tout le vingtième siècle que vous observerez, vu des nuages, là où votre père prendra toute la place. On croit qu’on va faire un reportage, sac au dos, en bonne compagnie, mais bientôt, c’est toute cette compagnie que vous vous mettez à dos. On croit qu’on n’est que statistiques, mais bientôt, ce sont les signes autour de vous (concrets, réels, impersonnels mais nécessaires) que vous décrirez pour revenir dans le monde des (sur)vivants. On croit qu’on va parler de cette femme, sorte d’ondine immortalisée par une photographe, mais bientôt, ce sont des possibilités d’images et de vies qui s’ouvrent : vous allez vous mouiller et, en mage, nager sur un nuage.

Voici donc sept livres tout juste numérisés et autant de conseils de lecture, sept expériences différentes, intimes, littéraires. Laquelle ferez-vous ?

(1) le texte supra est écrit sur le modèle de la formule célèbre de Nicolas Bouvier, extraite de L’usage du monde (non numérisé à ce jour) :  « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » ; par ailleurs il contient des liens directs vers les livres cités indirectement et recommandés ; ceux-ci ont également été listés infra.

(3) le catalogue ePagine contient aujourd’hui de plus en plus d’ebooks d’éditeurs 100% numériques ainsi que d’éditeurs traditionnels qui ont choisi de numériser leurs ouvrages de fonds  ou/et leurs nouveautés ; bien que les projets de chacun soient très différents, nous avons choisi de ne pas les dissocier ici, bien au contraire. Un signe amical, en passant, aux « propulseurs littéraires » (François Bon et Jean-François Gayrard) qui, le week-end dernier, associant leurs idées et leurs énergies, communiquant autour de leur manière d’envisager la littérature en train de se faire via le web 2.0, ont salué le travail d’ePagine.

Christophe Grossi

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Livres numériques chaudement recommandés :

* chronique à venir

31 août 2010

Olivier Cadiot, Un mage en été (P.O.L), rentrée littéraire 2010

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, — Christophe @ 08:00

Un mage en été d’Olivier Cadiot est d’abord un long monologue qui a été mis en scène cet été lors du festival d’Avignon et sera présenté aux centres Pompidou de Paris et Metz en septembre avant de partir en tournée dans toute la France. Mais Un mage en été est aussi l’un des romans publiés par P.O.L les plus attendus de la rentrée littéraire 2010. Numérisé le jour de sa parution, vous pouvez le feuilleter en ligne et télécharger un extrait via ePagine sur vos ordinateur, liseuse ou iPad. Pour ceux qui parmi vous souhaiteraient rencontrer l’auteur, il sera à la librairie L’atelier (Paris, 20ème) dans dix jours.

Comment, à partir d’une photographie, d’une image (celle qui sert de détonateur, Sharon in the river de Nan Goldin), le narrateur d’Un mage en été va s’engouffrer dans le passé, le sien et celui du monde proche ou lointain ? Comment ce mage sera alors renvoyé à d’autres images, d’autres MOI, d’autres possibilités infinies et vies accomplies ou non, imaginaires, fantasmées, puisées dans sa propre expérience, les livres, l’histoire et la géographie, les psaumes, la poésie, la musique, la peinture, la vidéo, le cinéma, l’art en particulier et en général ? Comment, en mixant latin, français, anglais, globish, novlangue et onomatopées puis en utilisant les techniques du patchwork, du cut-up et du puzzle, parviendra-t-il au matériau qui lui permettra de jouer, d’assembler, d’éviter l’autobiographie (refus ou impossibilité) ? Comment, par la syncope, l’aphérèse, l’apocope, l’ellipse, la scansion saccadée, la rythmique (mélange de jazz et de rock), Cadiot se débrouille pour nous faire comprendre que ce n’est pas tant l’histoire du narrateur (ou les autres histoires possibles) qui importe ici que la manière d’aller de l’une à l’autre, par le coq-à-l’âne et le coup du lapin ? Comment l’auteur, par la langue et le moi travaillés, continue de creuser autour des mêmes obsessions : l’amour, les saisons, la création, le visuel ou encore le corps ? Comment, ici, le mage de la magie blanche par l’image nage jusqu’aux nuages ?

Tout cela, et bien des choses encore, vous les vivrez en participant à l’expérience, texte et images mêlés, d’Un mage en été.

Olivier Cadiot est poète, traducteur et auteur de romans et de textes adaptés au théâtre. Parmi  ses plus importants, retenez L’ Art poetic’, Le Colonel des Zouaves, Retour éternel et durable de l’être aimé, Un nid pour quoi faire ou Fairy Queen. Par ailleurs, il était l’artiste associé du festival d’Avignon en 2010 au côté de Christoph Marthaler.

Christophe Grossi


Un mage en été d’Olivier Cadiot est un des cinq romans de la rentrée littéraire de P.O.L  qui ont tous paru le même jour en papier et en numérique sur ePagine.


Rencontre en librairie

Jeudi 9 septembre à 20h | rencontre-lecture, librairie l’Atelier, 2 bis rue du Jourdain, Paris 20e

Adaptation au théâtre

Jeudi 30 septembre 2010 à 20h30 | Studio du Centre Pompidou de Metz

Du 22 au 27 septembre à 20h30 (sauf dimanche 26 septembre à 17h) | Grande salle du Centre Pompidou Paris

Et ensuite, tournée dans toute la France.

30 août 2010

Les derniers hommes, épisode 4 de Pierre Bordage (Le Diable Vauvert)

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:34

Grâce au Diable Vauvert, chaque semaine depuis début août, vous téléchargez un épisode des aventures de Solman, de Kadija, des Aquariotes et du peuple de l’eau, autrement dit le roman SF écrit par Pierre Bordage, Les derniers hommes (déjà précédemment paru en feuilleton chez Librio, en 2000). Comme annoncé sur ce blog à plusieurs reprises, vous pouvez d’ores et déjà télécharger gratuitement sur ePagine en pdf ou en epub le 1er épisode, (« Le peuple de l’eau ») ainsi que, pour moins d’un euro chacun, le 2ème épisode (« Le cinquième ange ») et le 3ème épisode (« Les légions de l’Apocalypse »). Aujourd’hui, quatrième volet, « Les chemins du secret » (0,99 € également), dans lequel Solman et les siens semblent bien mal barrés. Mais, patience, il reste encore deux épisodes pour dénouer tout ça. Petites précisions qui ont leur importance : tous ces fichiers sans DRM (ou verrou) et compatibles avec votre iPad sont disponibles chez les libraires partenaires du réseau ePagine.

Présentation des quatre premiers épisodes

1. Quelques peuples nomades tentent de subsister dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques. Parmi eux, le peuple de l’eau. Le seul à pouvoir localiser les sources épargnées par la contamination. L’avenir de tous dépend des baguettes des sourciers. Et sans eau pure, pas de vie ! Solman le boiteux est né avec le don de clairvoyance. Infaillible juge des âmes, rejeté par les autres, le jeune homme ne peut se confier qu’à Raïma la guérisseuse. Elle l’aide à prendre conscience de son pouvoir, lui ouvre les yeux sur les signes qui jalonnent la route du peuple de l’eau. Des signes qui, à la lueur du Livre interdit, semblent annoncer la fin des derniers hommes…

2. Trois Slangs, des troqueurs d’armes, ont tendu un piège à Solman lors du grand rassemblement : il doit maintenant juger ses propres père et mère, soupçonnés d’avoir volontairement livré de l’eau empoisonnée. Mais, au-delà de ce procès, c’est une guerre totale qui s’engage désormais contre les peuples nomades. Une intelligence semble en effet oeuvrer à travers les Slangs et poursuivre son entreprise d’extermination en envoyant un à un les anges de l’Apocalypse. Le salut du peuple aquariote repose désormais entièrement sur la clairvoyance de Solman. Mais lui-même n’est-il pas le jouet de forces qui le dépassent ? N’est-il pas atteint par la folie des donneurs ? Et le cinquième ange n’a-t-il pas pris l’apparence de l’un de ses proches ?

3. Grâce à Solman, une partie du peuple de l’eau a pu se sortir du piège de Galice et venir en aide à deux Albains, Ibrahim et Kadija, cernés par une nuée de sauterelles venimeuses. Mais tandis que les Aquariotes entament leur périlleux voyage dans l’hiver du Nord, la nouvelle se confirme qu’une guerre totale a été engagée contre les peuples nomades. L’Apocalypse est en marche. Le danger ne vient plus seulement d’une nature hostile, ni d’un adversaire acharné à leur perte, mais des Aquariotes eux-mêmes. Une terrible menace plane alors sur Solman, soupçonné de folie, et sur les deux Albains, jugés indésirables. Pourtant, la clé du salut se cache peut-être dans l’esprit de la troublante Kadija. A-t-elle été envoyée pour aider les derniers hommes à vaincre les légions de l’Apocalypse ?

4. Solman et ceux qui fuyaient en sa compagnie ont été surpris par les tueurs du conseil. Seul un miracle pourrait maintenant les sauver. Déchiré, le peuple de l’eau ne voit pas se resserrer le danger. L’histoire des uns et des autres se dévoile, parfois terrifiante. Kadija semble jouer un rôle essentiel dans le destin des derniers hommes. Mais les Aquariotes laisseront-ils à Solman le temps d’élucider son mystère ? Réussiront-ils à surmonter leur haine et leur peur pour permettre à leur donneur de parcourir les chemins du secret ?

Christophe Grossi

28 août 2010

La rentrée littéraire en numérique prend son envol

Filed under: Journal de bord — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:17

La rentrée littéraire a démarré il y a dix jours. Près de 90 récits et romans numérisés chez 18 éditeurs (dont publie.net et numerik:)ivres, tous deux 100% numérique) ont déjà été intégrés au catalogue ePagine. Et ce n’est qu’un début. Voici donc la liste actualisée des titres disponibles (PDF, epub et autres) ; pour la plupart, ils sont compatibles avec l’iPad ; des extraits peuvent être également lus en ligne ou téléchargés via les feuilleteurs d’ePagine et des éditeurs. En gras, les livres que j’ai pour l’instant lus et aimés et qui ont fait ou feront l’objet d’une chronique ici. Je referai un point sur les derniers livres ajoutés au catalogue dans une dizaine de jours. En attendant, retrouvez nos conseils de lecture, notre journal de bord et toute notre actualité via ce blog et sur le site ePagine. Bonne(s) lecture(s).

Christophe Grossi


Littérature française

Albin Michel Eliette Abécassis, Une affaire conjugale ••• Tony Cartano, Des gifles au vinaigre ••• Victor Cohen Hadria, Les trois saisons de la rage ••• Stéphanie Janicot, Que tous nous veuille absoudre ••• Virginie Mouzat, La Vie adulte ••• Amélie Nothomb, Une forme de vie ••• Anthony Palou, Fruits et légumes ••• Éric Pessan, Incident de personne /// Calmann Levy Isabelle Monnin, Les vies extraordinaires d’Eugène ••• Mano Gentil, Dans la tête des autres ••• Jean-Pierre Gattégno, Mon âme au diable ••• Charles F. Dupêchez et Marie d’Agoult, Nelida ••• Patrick Olivier Meyer, Nevrospiral /// Denoël Natacha Boussaa, Il vous faudra nous tuer ••• Gil Courtemanche, Un lézard au Congo ••• Maud Basan, La seule ••• Chochana Boukhobza, Le Troisième Jour

D’un noir si bleu Manu Causse, Visitez le purgatoire /// Fayard Michel del Castillo, Mamita ••• Anne-Sophie Sprenger, La veuve du Christ ••• Vincent Ravalec, Cantique de la racaille Opus 2 ••• Claire Castillon, Les bulles ••• Thierry Beinstingel, Retour aux mots sauvages ••• Philippe Vasset, Journal intime d’une prédatrice /// Flammarion Alexandre Lacroix, L’Orfelin ••• Stéphanie Hochet, La distribution des lumières ••• Fatou Diome, Celles qui attendent /// Gallimard Jean-Baptiste Del Amo, Le sel ••• Philippe Forest, Le siècle des nuages ••• Alain Mabanckou, Demain j’aurai vingt ans ••• France Huser, La Triche ••• Salim Bachi, Amours et aventures de Sindbad le Marin ••• Bernard du Boucheron, Salaam la France ••• Jean Guerreschi, Bélard et Loïse ••• Nathalie Kuperman, Nous étions des êtres vivants ••• Antonia Kerr, Des fleurs pour Zoë ••• Katrina Kalda, Un roman estonien ••• Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme (coll. L’infini) ••• Dominique Barbéris, Beau Rivage

Grasset Marc Weitzmann, Quand j’étais normal ••• Jean-Baptiste Harang, Nos cœurs vaillants ••• Claudie Hunzinger, Elles vivaient d’espoir ••• Claude Arnaud, Qu’as-tu fait de tes frères ••• Karine Tuil, Six mois, six jours ••• Maxime Cohen, Éloge immodéré des femmes /// Lattès Carmen Bramly Pastel fauve ••• Maryse Condé, En attendant la montée des eaux ••• Delphine Bertholon, L’effet Larsen ••• Vincent Engel, Le mariage de Dominique Hardenne /// L’Olivier Fanny Chiarello, L’éternité n’est pas si longue ••• Agnès Desarthe, Dans la nuit brune /// Mercure de France Alma Brami, Tant que tu es heureuse ••• Gisèle Fournier, Le dernier mot

Numerik:)ivres Marie Memain, Chienne de vie /// P.O.L Patrick Lapeyre, La vie est brève et le désir sans fin ••• Olivier Cadiot, Un mage en été ••• Robert Bober, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux ••• Violaine Schwartz, La tête en arrière ••• Julie Douard, Après l’enfance /// Publie.net Novalis, Les grains de pollen, (nouvelle traduction de Laurent Margantin) ••• Daniel Bourrion, Cette ville n’existe pas ••• Raymond Bozier, Abattoir 26 ••• Sarah Cillaire, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? ••• Vincent Tholomé, Histoire secrète des prairies du Nord-est asiatique ••• Laurent Grisel, Un hymne à la paix ••• Christine Jeanney, Signes cliniques ••• Stéphane Martelly, Folie passée à la chaux vive

Seuil Bernard Quiriny, Les Assoiffées ••• Daniel Guillaume, L’arbre transformé ••• Thomas Heams-Ogus, Cent Seize Chinois et quelques ••• Anne Berest, La Fille de son père ••• Fabrice Gabriel Norfolk ••• Yves Bichet, Resplandy ••• Robert Solé, Une soirée au Caire ••• Chantal Thomas, Le Testament d’Olympe /// Stock Vassilis Alexakis, Le premier mot ••• Agnès Olive, La mort naturelle ••• Ann Scott, A la folle jeunesse ••• Justine Augier, En règle avec la nuit ••• Judith Perrignon Les chagrins ••• Eric Faye, Nagasaki ••• François Taillandier, Time to turn ••• Colombe Schneck, Une femme célèbre /// Verdier Mathieu Riboulet, Avec Bastien ••• Vincent Eggericx, L’art du contresens ••• /// Verticales Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël ? ••• Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont

Littérature étrangère

Calmann Levy Craig Silvey, Le secret de Jasper Jones (littérature anglo-saxonne) ••• Mikhail Elizarov, Le bibliothécaire (littérature russe) /// Stock Sofi Oksanen Purge (littérature finlandaise)

Et ensuite…

Anabet
Faustine Ondry, La petite fille de devant

Denoël
Jacques Bonnet, Les Historiettes

Flammarion
Michel Houellebecq, La carte et le territoire
Andrée Chédid, Les quatre morts de Jean de Dieu

Gallimard
Gaëlle Bantegnie, France 80 , coll. L’arbalète
Marc Dugain, L’insomnie des étoiles
Mamadou Mahmoud N’Dongo, La géométrie des variables, coll. Continents noirs
Elsa Marpeau, Les Yeux morts, Série Noire

Grasset
Virgine Despentes, Apocalypse Bébé
Antoine Sénanque, L’homme mouillé
Pierre Ducrozet, Requiem pour Lola rouge

Joëlle Losfeld
Michel Quint, Avec des mains cruelles
Catherine Rey, Les extraordinaires aventures de John Loafty Oates

L’Olivier
Manuela Draeger, Onze rêves de suie

Mercure de France
Douna Loup, L’embrasure PREMIER ROMAN
Dominique Zehrfuss, Peau de caniche PREMIER ROMAN
Raphaël Confiant, La jarre d’or

Numerik:)ivres
Valérie Pascual, Lʼarboretum imaginaire
Gwen Catala, Gabriel, le libraire
Alex Parenzio, Le Messie
Charles Dionne, Le récit d’une terreur passagère

Seuil
Antoine Volodine, Écrivains

Jean-François Haas, J’ai avancé comme la nuit vient

Stock
Blandine Le Callet, La Ballade de Lila K
Anne Savelli, Franck

Table Ronde
Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel
Thierry Dancourt, Jardin d’hiver
Katherine Mosby, Sanctuaires ardents PREMIER ROMAN
Michel Erman, Le Bottin proustien (poche, inédit)

Verdier
Lutz Bassmann, Les aigles puent

27 août 2010

Philippe Forest, Le siècle des nuages (Gallimard) : rentrée littéraire 2010

Le siècle des nuages de Philippe Forest (Gallimard) ou le vingtième siècle vu par l’histoire familiale de l’auteur et celle de l’aviation. Un roman à feuilleter en ligne ou en téléchargeant un extrait sur votre ordinateur, votre liseuse ou votre iPad.

On l’annonce déjà comme l’un des livres les plus importants de cette rentrée littéraire. Moins troublant que L’Enfant éternel ou Toute la nuit, moins puissant que Sarinagara, ce roman de Philippe Forest (Le siècle des nuages) est néanmoins son plus ambitieux. Embrassant le vingtième siècle (vu non du ciel mais par le ciel) via l’aviation et la figure du père, il questionne une fois encore le deuil, la création et la place de l’Homme dans ce siècle passé. Roman familial, historique ? Aucun doute qu’il revisite ces deux genres romanesques. Mais, parce que l’auteur s’appelle Philippe Forest, qu’il interroge la question de la fiction dans le roman contemporain (comment dire l’intime ou l’expérience, à partir de quels matériaux raconter les légendes familiales liées à sa propre histoire ?), il parvient ici, par l’autofiction, sans pathos et sans effets hagiographiques, à insérer la petite histoire dans la grande. Parce qu’il est à la fois un être humain de sexe masculin, fils, amant, père, intellectuel, essayiste et romancier, Philippe Forest se sert de ses différentes facettes pour dire, témoigner, raconter, penser et inventer. Pas de pacte autobiographique ici : d’emblée, puisqu’il est question de souvenirs, il s’agira donc de presque vérités, de légendes : chacun de nous étant plusieurs romans flous : « Celui qui rêve ou se souvient, écrit-il, ne fait jamais que réciter à son insu une fable qui lui a été dictée ou bien soufflée, qui fut celle de milliers d’autres avant lui et à l’exclusive propriété de laquelle il n’est personne qui puisse finalement prétendre. Si bien que c’est moi maintenant qui me souviens (…) » et plus loin : « N’importe qui, et moi aussi bien mais pas davantage qu’un autre, peut se rappeler tout cela et en faire la matière utile d’un roman qui soit à la fois le sien et celui de tous. » S’il a choisi la distanciation et le détachement, ce ton qu’on attribue d’ordinaire aux textes tendant à l’objectivité, l’utilisation systématique du participe présent en début de phrase, un sens aiguisé de la formule ainsi que les longues phrases déployées sont bien l’oeuvre d’un écrivain et non d’un scientifique. Par ailleurs, si l’auteur, contrairement à ses romans précédents, se fait ici discret (il faut attendre la dernière partie pour voir apparaître sa marque de fabrique), à différents moments, son texte peut rappeler l’entreprise romanesque de Jean Rouaud, entre saga familiale (celle publiée chez Minuit) et réflexions sur l’invention du roman (publiées chez Gallimard). Enfin, ce nouvel opus est une fois encore l’occasion pour lui de parler des auteurs qui l’accompagnent : Faulkner, Céline, Flaubert ou encore Joyce


Philippe Forest, entretien avec Sylvain Bourmeau (Mediapart)

Hormis pour le prologue et pour l’épilogue, l’auteur a donné comme titre à ses chapitres des dates liées à son histoire familiale et à celle de l’aviation, de 1903 à 1998 : les deux angles de ce roman.

Le siècle des nuages est d’abord le portrait de son père (peu importe qu’il soit en partie inventé). Personnage idéaliste et inquiet, sûr de ses principes (qui pourtant tomberont les uns derrière les autres) et très croyant, déçu par le devenir de l’aéronautique, miné par les amis qui disparaissent les uns après les autres ainsi que par la vie sentimentale cabossée de ses enfants, bouleversé par la mort de la fille de Philippe Forest, on le suivra de sa naissance à sa mort en passant par sa vie à Mâcon, sa passion pour l’aviation qui l’amènera à devenir pilote de ligne, ou encore sa décisive rencontre amoureuse (lire les descriptions sur les deux milieux parentaux, celui de la confiserie et de la librairie). On le verra également conduire sous l’Occupation une voiture sans permis ou bien s’interroger sur les choix à faire sous Pétain (c’est quoi le bon camp ?) ; on le suivra à travers ses fiançailles ou son premier vol, en Algérie et aux États-Unis, via le débarquement manqué et son mariage à distance ; on le retrouvera en pleine guerre froide, pauvre, débutant chez Air France puis, plus tard, pilote, commandant de bord jusqu’à la retraite, la dépression, la vieillesse… Derrière lui, en creux, il y a la mère de l’écrivain ; malgré sa présence discrète, ce personnage fidèle et loyal est le véritable pilier de la famille (cinq enfants à élever et un mari souvent dans les airs) ; c’est d’ailleurs elle qui ramènera à la raison son mari lorsqu’il ne comprendra pas pourquoi ses enfants (et le monde en général) ont choisi une autre vie que celle qu’il avait espérée, pourquoi ils ne ressemblent pas à ce qu’il s’était imaginé et semblent si éloignés de ses valeurs.

Le siècle des nuages est aussi le roman sur l’histoire de l’aviation, de son évolution, de son rapport étroit avec la recherche scientifique et militaire, de son rôle tragiquement essentiel lors des conflits armés dans ce siècle meurtrier. Là aussi, l’auteur (qui entremêle les deux angles) a choisi la linéarité, la chronologie pour raconter cette histoire-là, depuis sa naissance, son invention, jusqu’à nos jours, n’oubliant pas les grandes étapes de l’aviation moderne, ses pionniers ainsi que les écrivains aviateurs (Ader, les frères Wright, Blériot, Guynemer, Lindbergh, Guillaumet, Mermoz, Saint Exupéry…).

© portrait de l'auteur, site Gallimard

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et docteur ès lettres, Philippe Forest enseigne la littérature comparée à l’Université de Nantes. Il est l’auteur de nombreux essais consacrés à la littérature et à l’histoire des courants d’avant-garde et de romans. Collaborateur de la revue Art Press, il est également critique littéraire, cinématographique et artistique. Son roman, Le siècle des nuages, a paru le même jour dans son format papier et en numérique (compatible avec l’iPad) sur ePagine ; les premières pages peuvent être feuilletées en ligne et téléchargées gratuitement sur tous les sites des libraires partenaires du réseau ePagine. Un extrait du texte est également lu par Benjamin Jungers, Pensionnaire de la Comédie-Française sur le site de l’éditeur.

Christophe Grossi


  • Livre numérisé de Philippe Forest aux éditions Gallimard : Le siècle des nuages, août 2010.
  • Pour consulter la liste de ses autres essais et romans, rendez-vous sur Place des libraires.
  • Quelques rencontres en librairie :
    • Librairie Passages (Lyon), le 23 septembre à 18 heures
    • Librairie Compagnie (Paris 5ème), le 7 octobre à 19 heures

26 août 2010

La librairie Brillat Savarin se lance dans la vente d’ebooks

Filed under: Journal de bord — Mots-clefs :, — Christophe @ 09:00

Grâce à ePagine, une nouvelle librairie se lance dans la vente d’ebooks via son site en ligne : la librairie Brillat Savarin à Bruxelles.

le coin des livres © site de la librairie

Située dans le Quartier de l’Université ULB / VUB à Bruxelles, la librairie Brillat Savarin s’est spécialisée dans la vente de livres, de quotidiens, de journaux et de magazines (nationaux et internationaux). Afin de donner plus de vie à leur espace, les libraires ont eu la bonne idée de réserver un coin lecture, avec café et connexion Wifi. Ils proposent également sur leur site de vente en ligne actuellement en phase de test, outre de nombreux conseils de lecture (littérature blanche et noire, essais, témoignages et livres de gastronomie, of course !), des articles sur le livre et la lecture, leurs coups de coeur et de gueule ainsi que des liens (la diffusion) vers des sites d’informations, de radios ou encore d’éditeurs. Si sur leur site il vous est déjà possible de commander ou de réserver des livres papier, depuis une semaine vous pouvez aussi acheter des ebooks via un corner numérique mis en place par ePagine. N’ayant pas encore reçus à ce jour tous les contrats, le catalogue n’est pas encore très étoffé ; il le sera dans les prochaines semaines. Mais d’ores et déjà, c’est pour vous l’occasion de découvrir la production d’éditeurs 100% numériques comme publie.net ou Numerik:)ivres, de commander des ouvrages professionnels chez Eyrolles ou encore d’envisager une évasion avec les guides Ulysse. Bienvenue à eux !

le coin lecture © site de la librairie

Christophe Grossi

Librairie Brillat Savarin
Avenue Brillat Savarin, 25
1050 Ixelles / Bruxelles (Belgique)
Tél : +32 (0)2 648 78 76

site de la librairie
corner numérique

25 août 2010

Agnès Desarthe, Dans la nuit brune (L’Olivier) : rentrée littéraire 2010

Quand quitte-t-on l’enfance ? Quelles parts enfouit-on ? Quelles autres restent ou ressurgissent ? Et pourquoi ? C’est notamment à ces questions-là que va tenter de répondre l’un des personnages d’Agnès Desarthe dans son nouveau roman tout juste numérisé, Dans la nuit brune (L’Olivier), remué par la mort accidentelle d’un jeune homme. Un roman-conte qui mêle passé, présent et avenir et où les quêtes identitaires trouveront leurs réponses grâce aux instincts primaires, aux mythes ancestraux et à l’Histoire moderne. À la fin de la chronique, retrouvez le programme des prochaines rencontres de l’auteur en librairie.

Parfois, il suffit que la mort viennent frapper juste à côté de nous pour faire resurgir tout un pan de l’enfance et remettre en question l’adulte que nous sommes devenus. Pour Jérôme (agent immobilier près de Besançon, la bonne cinquantaine), c’est arrivé comme ça : sa fille de 18 ans, Marina, avait un amoureux, le bel Armand ; ce fils d’immigrés communistes italiens venait d’acheter une moto mais celle-ci s’est embrasée, en pleine course. Ainsi la mort a frappé à deux pas de sa maison. Il doit désormais consoler sa fille. Son ex-femme (Paula) est bien venue à l’enterrement, elle lui a certes fait l’amour comme au bon vieux temps mais elle est repartie dans son Sud sans avoir vu sa fille. C’est donc à lui d’assumer. Mais Jérôme ne trouve pas les mots ni les gestes pour apaiser sa fille. Au contraire, il s’éloigne d’elle au moment où elle en aurait le plus besoin – cette disparition rappelant à Jérôme tout ce qu’il n’a jamais dit à ses proches, ce qui a été caché et qui n’a pu être cicatrisé. Les mots ont beau se bousculer, ils restent prisonniers, ne sortent pas. Ce sont donc les amis de Marina, notamment une certaine Rosy qui se dit médium, qui auront la dure tâche de consoler l’endeuillée, la perdue, la prostrée, celle qui s’est emmurée dans sa douleur. Cette impuissance amène Jérôme à se poser une autre question : comment continuer à être le père de son enfant quand soi-même on n’est pas en paix avec la sienne et lorsque sa propre fille, suite à la mort d’Armand, vient de quitter l’enfance mais reste néanmoins son enfant ?

Est-ce parce que la mort d’Armand a été précédée d’une disparition (la fille du garagiste, envolée) que surgit Cousinet, un inspecteur de police accroché à son carnet comme Marina à son deuil ? Ou ce personnage aura-t-il une autre fonction dans l’histoire de Jérôme ? Car ce Cousinet est atypique : à la retraite, il pourrait être le grand-frère de Jérôme ou une sorte de guide, pas celui de Dante non mais celui-ci, néanmoins, le ramènera dans sa nuit brune, dans les bois de ses trois ans, là où sa famille d’adoption l’a trouvé et recueilli, là où il s’est mêlé à la terre, aux feuilles, où il a mangé des racines, des petits animaux pour ne pas mourir de faim.

Avant, pense-t-il, les gens ne me parlaient pas. Ils ne me voyaient pas. Et, maintenant, c’est comme si j’avais une maladie, ils viennent vers moi, se confient, me disent des choses intimes. Serait-ce l’effet du chagrin ? Les endeuillés bénéficient-ils d’un statut particulier ? Comme si, parce que la mort nous a effleurés, nous avions quitté pour un moment l’univers commun, le monde des vivants.

Débarque alors un nouveau personnage, à la recherche d’une maison dans la campagne franc-comtoise : Vilno Smith est écossaise, belle, excentrique et énigmatique, un peu cleptomane. Quand elle se met à parler à Jérôme c’est tout son corps qui se fait mouvement. Ses genoux s’écartent, la part animale prend le dessus. Que reste-t-il en lui de l’enfant sauvage ?

Il ne faut pas exiger de la vie qu’elle soit comme ci ou comme ça (…). Parfois elle est bonne, parfois mauvaise et parfois pire que ça encore. Mais l’enfance reste en nous. Le temps est une boule. L’enfance est au centre ; on ne fait que tourner autour. On ne la perd pas. J’ai 50 ans. C’est vieux. Mais, dans ma tête, j’ai 3 ans et 8 ans et 14 ans.

Le lecteur est alors entraîné dans un univers tantôt réaliste, tantôt onirique ou décalé, celui des humains, où les vivants et les morts se chercheraient et se repousseraient, où l’on voudrait saisir le passé, le présent et l’avenir ensemble par peur de l’inconnu ; un monde fait de croyances, d’histoires inventées qu’on raconterait et colporterait par peur de l’intime qui est pourtant la seule chose qui importe mais ne pourrait être dite ; un monde fait de devinettes, de dialogues de sourds, d’incompréhensions, de quiproquos, de coq-à-l’âne, où le penser et le dire ne seraient pas toujours connectés ensemble (j’ai souvent pensé à Lewis Carroll et à Samuel Beckett parfois) ; un monde dans lequel le corps retiendrait sa bestialité, où l’animalité déborderait à force d’être contenue ; un monde peuplé de solitudes, d’enfants qu’on abandonne, qui ont peur, qui deviennent grands, de grands qui croient s’être débarrassés de leur enfance, d’enfants qui ne voudraient pas ressembler aux adultes, trop seuls, trop tristes, d’adultes qui ne savent plus parler la langue de l’enfance, de leurs enfants ; un monde dans lequel on aimerait se parler, aller vers l’autre, aimer, vivre dans le partage mais il n’y a guère de points d’accroche, pas de prise. Comme dans les rêves où c’est souvent comme ça : on croit attraper les choses mais le plus souvent elles nous échappent. Sauf qu’ici, avec Agnès Desarthe, le rêve pourrait tourner au cauchemar s’il n’y avait pas le mordant et le regard de l’auteur, s’il n’y avait pas ce ton décalé. Car c’est là que tout se tient (même si l’histoire est maîtrisée et plausible), dans la forme qu’Agnès Desarthe a donné à son récit et par le rythme qu’elle a choisi.

Dans la nuit brune a paru le même jour dans son format papier et en numérique (compatible avec l’iPad) sur ePagine ; les premières pages peuvent être feuilletées chez l’éditeur.

Rencontres en librairie

  • Vendredi 10 septembre à 18h, rencontre à la librairie Aux livres Etc., Paris 10e
  • Mercredi 22 septembre, rencontre à la librairie Ombres Blanches à Toulouse
  • Jeudi 30 septembre, rencontre à la librairie Lune et l’autre à Saint-Étienne
  • Jeudi 7 octobre, soirée à la librairie Millepages à Vincennes
  • Vendredi 22 octobre à 18h , rencontre à la librairie les Cahiers de Colette à Paris 4e
  • Jeudi 4 novembre, rencontre Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris 3e
  • Dimanche 7 novembre, table ronde au Mémorial de la Shoah, Paris 4e

Agnès Desarthe est née en 1966 à Paris. Elle publie son premier roman, Quelques minutes de bonheur absolu, aux éditions de l’Olivier en 1993. Un secret sans importance obtient le prix du Livre Inter 1996. Son sixième roman, Mangez-moi, connaît un très grand succès en France et à l’étranger. Pour Le Remplaçant elle reçoit le prix Virgin/Femina. Agrégée d’anglais, elle est également traductrice et a cosigné avec Geneviève Brisac un essai sur Virginia Woolf. Par ailleurs, elle a publié de nombreux livres pour enfants et adolescents à l’école des loisirs.

Christophe Grossi

  • Livre numérisé d’Agnès Desarthe aux éditions de l’Olivier : Dans la nuit brune, août 2010.
  • Pour consulter la liste de ses autres livres (essai, romans, albums…), rendez-vous Place des libraires.
  • Pour visiter son site, cliquez ici.

24 août 2010

Premiers arrivages de la rentrée littéraire numérique 2010

Filed under: Parutions numériques — Mots-clefs :, — Christophe @ 08:00

Cette année (vous commencez à le savoir maintenant), la rentrée littéraire est aussi numérique. Suite à l’intégration du catalogue Numilog, grâce au développement d’Eden-Livres, avec l’arrivée de nouveaux éditeurs traditionnels qui numérisent leur fond ou la venue de maisons d’édition 100% numérique (via immatériel) et dans l’attente de e-Plateforme, nous avons déjà intégré des dizaines de textes sur le site ePagine depuis une semaine que la rentrée a officiellement démarré. Sans plus attendre, voici la liste des titres disponibles (PDF, epub et autres) ; pour la plupart, ils sont compatibles avec l’iPad et feuilletables sur ePagine ou chez l’éditeur. Et plus bas encore, une deuxième liste, celle des livres à paraître. En gras, les livres que j’ai pour l’instant lus et aimés (merci à ceux qui ont eu la gentillesse de m’envoyer les textes dans l’été) et qui feront (à partir de demain) l’objet d’une chronique sur ce blog. Dernière chose : ce post sera remis à jour (notamment les liens) à chaque fois qu’un livre numérique sera ajouté au catalogue. N’hésitez donc pas à le consulter régulièrement ou à vous rendre sur le site ePagine. Bonne(s) lecture(s).

Christophe Grossi


Littérature française

Albin Michel Eliette Abécassis, Une affaire conjugale ••• Tony Cartano, Des gifles au vinaigre ••• Victor Cohen Hadria, Les trois saisons de la rage ••• Stéphanie Janicot, Que tous nous veuille absoudre ••• Virginie Mouzat, La Vie adulte ••• Amélie Nothomb, Une forme de vie ••• Anthony Palou, Fruits et légumes ••• Éric Pessan, Incident de personne /// Calmann Levy Isabelle Monnin, Les vies extraordinaires d’Eugène ••• Mano Gentil, Dans la tête des autres ••• Jean-Pierre Gattégno, Mon âme au diable ••• Charles F. Dupêchez et Marie d’Agoult, Nelida ••• Patrick Olivier Meyer, Nevrospiral /// Denoël Natacha Boussaa, Il vous faudra nous tuer ••• Gil Courtemanche, Un lézard au Congo ••• Maud Basan, La seule ••• Chochana Boukhobza, Le Troisième Jour

D’un noir si bleu Manu Causse, Visitez le purgatoire (emplacements à louer), nouvelles /// Fayard Michel del Castillo, Mamita ••• Anne-Sophie Sprenger, La veuve du Christ ••• Vincent Ravalec, Cantique de la racaille Opus 2 ••• Claire Castillon, Les bulles ••• Thierry Beinstingel, Retour aux mots sauvages ••• Philippe Vasset, Journal intime d’une prédatrice /// Flammarion Alexandre Lacroix, L’Orfelin ••• Stéphanie Hochet, La distribution des lumières /// Gallimard Jean-Baptiste Del Amo, Le sel ••• Philippe Forest, Le siècle des nuages ••• Antonia Kerr, Des fleurs pour Zoë ••• Katrina Kalda, Un roman estonien ••• Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme (coll. L’infini) ••• Dominique Barbéris, Beau Rivage

Grasset Marc Weitzmann, Quand j’étais normal ••• Jean-Baptiste Harang, Nos cœurs vaillants ••• Claudie Hunzinger, Elles vivaient d’espoir ••• Claude Arnaud, Qu’as-tu fait de tes frères ••• Karine Tuil, Six mois, six jours ••• Maxime Cohen, Éloge immodéré des femmes /// Lattès Carmen Bramly Pastel fauve ••• Maryse Condé, En attendant la montée des eaux ••• Delphine Bertholon, L’effet Larsen ••• Vincent Engel, Le mariage de Dominique Hardenne /// L’Olivier Fanny Chiarello, L’éternité n’est pas si longue ••• Agnès Desarthe, Dans la nuit brune /// Mercure de France Alma Brami, Tant que tu es heureuse ••• Gisèle Fournier, Le dernier mot

Numerik:)ivres Marie Memain, Chienne de vie /// P.O.L Patrick Lapeyre, La vie est brève et le désir sans fin ••• Olivier Cadiot, Un mage en été ••• Robert Bober, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux ••• Violaine Schwartz, La tête en arrière ••• Julie Douard, Après l’enfance /// Publie.net Novalis, Les grains de pollen, (nouvelle traduction de Laurent Margantin) ••• Daniel Bourrion, Cette ville n’existe pas ••• Raymond Bozier, Abattoir 26 ••• Sarah Cillaire, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? ••• Vincent Tholomé, Histoire secrète des prairies du Nord-est asiatique ••• Laurent Grisel, Un hymne à la paix ••• Christine Jeanney, Signes cliniques ••• Stéphane Martelly, Folie passée à la chaux vive

Seuil Bernard Quiriny, Les Assoiffées ••• Daniel Guillaume, L’arbre transformé ••• Thomas Heams-Ogus, Cent Seize Chinois et quelques ••• Anne Berest, La Fille de son père ••• Fabrice Gabriel Norfolk ••• Yves Bichet, Resplandy ••• Robert Solé, Une soirée au Caire /// Stock Vassilis Alexakis, Le premier mot ••• Agnès Olive, La mort naturelle ••• Ann Scott, A la folle jeunesse ••• Justine Augier, En règle avec la nuit ••• Judith Perrignon Les chagrins ••• Eric Faye, Nagasaki ••• François Taillandier, Time to turn ••• Colombe Schneck, Une femme célèbre /// Verdier Mathieu Riboulet, Avec Bastien ••• Vincent Eggericx, L’art du contresens ••• /// Verticales Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël ?

Littérature étrangère

Calmann Levy Craig Silvey, Le secret de Jasper Jones (littérature anglo-saxonne) ••• Mikhail Elizarov, Le bibliothécaire (littérature russe) /// Stock Sofi Oksanen Purge (littérature finlandaise)

Et ensuite…

Anabet
Faustine Ondry, La petite fille de devant

Denoël
Jacques Bonnet, Les Historiettes

Flammarion
Fatou Diome, Celles qui attendent
Michel Houellebecq, La carte et le territoire
Andrée Chédid, Les quatre morts de Jean de Dieu

Gallimard
Gaëlle Bantegnie, France 80 , coll. L’arbalète
Alain Mabanckou, Demain j’aurai vingt ans
Marc Dugain, L’insomnie des étoiles
France Huser, La Triche
Salim Bachi, Amours et aventures de Sindbad le Marin
Bernard du Boucheron, Salaam la France
Michael Ferrier, Sympathie pour le fantôme, coll. L’infini
Jean Guerreschi, Bélard et Loïse
Nathalie Kuperman, Nous étions des êtres vivants
Mamadou Mahmoud N’Dongo, La géométrie des variables, coll. Continents noirs
Elsa Marpeau, Les Yeux morts, Série Noire

Grasset
Virgine Despentes, Apocalypse Bébé
Antoine Sénanque, L’homme mouillé
Pierre Ducrozet, Requiem pour Lola rouge

Joëlle Losfeld
Michel Quint, Avec des mains cruelles
Catherine Rey, Les extraordinaires aventures de John Loafty Oates

L’Olivier
Manuela Draeger, Onze rêves de suie

Mercure de France
Douna Loup, L’embrasure PREMIER ROMAN
Dominique Zehrfuss, Peau de caniche PREMIER ROMAN
Raphaël Confiant, La jarre d’or

Numerik:)ivres
Valérie Pascual, Lʼarboretum imaginaire
Gwen Catala, Gabriel, le libraire
Alex Parenzio, Le Messie
Charles Dionne, Le récit d’une terreur passagère

Seuil
Antoine Volodine,  Écrivains

Jean-François Haas, J’ai avancé comme la nuit vient
Chantal Thomas, Le Testament d’Olympe

Stock
Blandine Le Callet, La Ballade de Lila K
Anne Savelli, Franck

Table Ronde
Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel
Thierry Dancourt, Jardin d’hiver, auteur de Hôtel de Lausanne (même éditeur). 26 août
Katherine Mosby, Sanctuaires ardents PREMIER ROMAN
16 septembre
Michel Erman, Le Bottin proustien (poche, inédit)

Verdier
Lutz Bassmann, Les aigles puent

Verticales
Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont

23 août 2010

Les derniers hommes, épisode 3 de Pierre Bordage (Le Diable Vauvert)

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:36

Depuis début août, la maison d’édition Le Diable Vauvert diffuse chaque semaine un épisode (il y en aura 6 en tout) du roman de Pierre Bordage, Les derniers hommes (déjà précédemment paru en feuilleton chez Librio, en 2000). Comme annoncé ici et , vous pouvez d’ores et déjà télécharger gratuitement sur ePagine en pdf ou en epub le 1er épisode, (« Le peuple de l’eau ») ainsi que, pour moins d’un euro, le 2ème épisode (« Le cinquième ange »). Aujourd’hui, « Les légions de l’Apocalypse », 3ème épisode (0,99 € également). Tous ces fichiers sans DRM (ou verrou) et compatibles avec votre iPad sont disponibles chez les libraires partenaires du réseau ePagine.

Présentation des trois premiers épisodes

1. Quelques peuples nomades tentent de subsister dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques. Parmi eux, le peuple de l’eau. Le seul à pouvoir localiser les sources épargnées par la contamination. L’avenir de tous dépend des baguettes des sourciers. Et sans eau pure, pas de vie ! Solman le boiteux est né avec le don de clairvoyance. Infaillible juge des âmes, rejeté par les autres, le jeune homme ne peut se confier qu’à Raïma la guérisseuse. Elle l’aide à prendre conscience de son pouvoir, lui ouvre les yeux sur les signes qui jalonnent la route du peuple de l’eau. Des signes qui, à la lueur du Livre interdit, semblent annoncer la fin des derniers hommes…

2. Trois Slangs, des troqueurs d’armes, ont tendu un piège à Solman lors du grand rassemblement : il doit maintenant juger ses propres père et mère, soupçonnés d’avoir volontairement livré de l’eau empoisonnée.
Mais, au-delà de ce procès, c’est une guerre totale qui s’engage désormais contre les peuples nomades. Une intelligence semble en effet oeuvrer à travers les Slangs et poursuivre son entreprise d’extermination en envoyant un à un les anges de l’Apocalypse.
Le salut du peuple aquariote repose désormais entièrement sur la clairvoyance de Solman. Mais lui-même n’est-il pas le jouet de forces qui le dépassent ? N’est-il pas atteint par la folie des donneurs ? Et le cinquième ange n’a-t-il pas pris l’apparence de l’un de ses proches ?

3. Grâce à Solman, une partie du peuple de l’eau a pu se sortir du piège de Galice et venir en aide à deux Albains, Ibrahim et Kadija, cernés par une nuée de sauterelles venimeuses.
Mais tandis que les Aquariotes entament leur périlleux voyage dans l’hiver du Nord, la nouvelle se confirme qu’une guerre totale a été engagée contre les peuples nomades. L’Apocalypse est en marche. Le danger ne vient plus seulement d’une nature hostile, ni d’un adversaire acharné à leur perte, mais des Aquariotes eux-mêmes. Une terrible menace plane alors sur Solman, soupçonné de folie, et sur les deux Albains, jugés indésirables.
Pourtant, la clé du salut se cache peut-être dans l’esprit de la troublante Kadija. A-t-elle été envoyée pour aider les derniers hommes à vaincre les légions de l’Apocalypse ?

Christophe Grossi

21 août 2010

Programme numérique groupe Flammarion août-sept. 2010

Filed under: Parutions numériques — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:21

PROGRAMME NUMÉRIQUE DU GROUPE FLAMMARION
ARTHAUD AUBIER CLIMATS FLAMMARION PYGMALION
août‐septembre 2010

Ce programme indicatif ne tient pas compte des négociations en cours ni des reprises du fond. Toutes ces nouveautés paraîtront le même jour en version papier et en version ePub protégée, lisible sur les ordinateurs (PC / Mac), les readers ainsi que sur l’iPad (application Eden Reader). Le contenu est repris à l’identique dans la version numérique, hormis les éventuels cahiers photos hors‐texte. Le prix de vente de la version numérique est en moyenne inférieur de 20 à 30 % à celui du format papier.Pour plus d’informations sur le catalogue numérique Flammarion, cliquez ici.

Littérature française (14,90 € sauf précision)

. ALEXANDRE LACROIX, L’ORFELIN, 18 août
L’auteur revient sur l’événement qui a marqué la fin de son enfance : à l’âge de 11 ans, il a découvert le corps de son père, pendu. Aujourd’hui adulte, il raconte l’ombre portée de ce deuil dans son existence. Il invoque les souvenirs qui lui restent de ce père, fils de petits commerçants, passé par l’ENA et par le parti socialiste dans les années 1980, pour finir seul et accablé…

. STÉPHANIE HOCHET, LA DISTRIBUTION DES LUMIÈRES, 18 août
Aurèle, une adolescente dévergondée, ne se sépare jamais de son frère Jérôme, un idiot au sens propre. Au collège, ils suivent les cours de musique d’Anna, qui devient vite pour Aurèle une obsession, puis une cible. Parallèlement, Pasquale Villano, un traducteur italien, s’éprend d’Anna… Un roman sur le crime et la manipulation, les jeux pervers de l’adolescence, les idéaux et la réalité.

. FATOU DIOME, CELLES QUI ATTENDENT, 25 août
Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Coumba et Daba, jeunes épouses des deux immigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix. La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.

. ANDRÉE CHÉDID, LES QUATRE MORTS DE JEAN DE DIEU, 1er septembre
Les pérégrinations de Juan de Dios et de son épouse Isabellita, d’une enfance entourée par les Jésuites jusqu’à la maladie d’Alzheimer, en passant par la guerre d’Espagne, Staline, la chute du mur de Berlin…

. AGNÈS MICHAUX, ET CEUX LA, SANS SAVOIR, NOUS REGARDENT, 1er septembre
Ce roman déroule l’histoire d’amour de Marilyn Monroe avec le Français à qui tout réussit, en explore l’intimité, les désirs et les souffrances, car, malgré tous les efforts de la plus célèbre femme blonde du monde, Montand ne quittera pas Simone Signoret.

. MICHEL HOUELLEBECQ, LA CARTE ET LE TERRITOIRE, Prix non défini, 8 septembre

. GILBERT SINOUÉ, LE CRI DES PIERRES, 8 septembre
Le destin au Proche et Moyen‐Orient de quatre familles de nationalités et de confessions différentes, de 1956 aux attentats terroristes de 2001.

. BERTRAND TAVERNIER, LA PRINCESSE DE MONTPENSIER, 9,00 €, 15 septembre
En 1567, dans un pays déchiré par les guerres entre huguenots et catholiques, Marie de Mézières est éprise depuis toujours du jeune duc de Guise. Mais son père en a décidé autrement et la force à épouser le prince de Montpensier. Tandis que son époux et son amant sont partis en guerre, la jeune femme reçoit l’enseignement du comte de Chavannes, un déserteur.

Théâtre / Poésie (12 €)

  • ANDRÉE CHEDID, LA LANGUE DES DIEUX, 1er septembre

Essais, documents et témoignages (14,90 €)

  • MARC ENDEWELD, FRANCE TÉLÉVISIONS, OFF THE RECORD, coll. En Quête, 25 août
  • LILIANE CRETE, LA SAGA DES TUDORS, Histoire, 25 août
  • FARID KHIDER, LES ROUNDS DE MA VIE, Document, 1er septembre
  • JEAN‐LOUIS BARRAULT, UNE VIE SUR SCÈNE, Essai, 1er septembre
  • VINCENT CESPEDES, LES HOMMES EXPLIQUÉS AUX FEMMES, Essai, 1er septembre
  • FRÉDÉRIC SCHIFFTER, MON DÉCALOGUE, Philo, 8 septembre
  • IVAN GOBRY, PHILIPPE V (éd. Pygmalion), 8 septembre
  • HÉLÈNE MEDIGUE, ENTRE DEUX SCÈNES, Essai, 15 septembre
  • HUGUES ARMAND‐DELILLE, MADOFF ET MOI, Témoignage, 15 septembre
  • ÉTIENNE KLEIN, DISCOURS SUR L’ORIGINE DE L’UNIVERS, Essai, 15 septembre
  • PIERRE MANENT, LE REGARD POLITIQUE, Essai, 15 septembre
  • PIERRE MANENT, LES MÉTAMORPHOSES DE LA CITÉ, Essai, 15 septembre
  • SYLVIE LE POULICHET, LES CHIMÈRES DU CORPS (Aubier), Psy, 15 septembre
  • FABIEN CLAVEL, LE CHÂTIMENT DES FLÈCHES (éd. Pygmalion), 15 septembre
  • HERVÉ MORIN, DANS L’ARÈNE, Document, 22 septembre
  • HERVÉ MARITON, TRANSMETTRE POUR CONSTRUIRE (éd. Pygmalion), 22 septembre
  • VINCENT TALAOUIT et BERNAR NICOLAS, ILS ONT FAILLI ME TUER, Coll. En Quête 29 septembre
  • HAKIM EL KAROUI, LA DÉSOCCIDENTALISATION DU MONDE, Essai, 29 septembre
  • ÉTIENNE KERN et ANNE BOQUEL, UNE HISTOIRE DES PARENTS D’ÉCRIVAINS, Essai, 29 septembre

Coll. Café Voltaire (9 €)

  • MARA GOYET, MOTS D’AUJOURD’HUI, Coll. Café Voltaire, 15 septembre
  • OLIVIER POIVRE D’ARVOR, AMÉRICAINS, ENCORE UN EFFORT, Coll. Café Voltaire, 22 septembre

Champs / Essais et Champs / Histoire (7 €)

  • SLAVOJ ZIZEK, LA SUBJECTIVITÉ A VENIR, 1er septembre
  • JEAN‐CLAUDE MICHEA, IMPASSE ADAM SMITH, 1er septembre
  • HENRI REY ‐ FLAUD, L’ENFANT QUI S’EST ARRÊTÉ AU SEUIL DU LANGAGE, 8 septembre
  • GÉRARD POMMIER, COMMENT LES NEUROSCIENCES DÉMONTRENT LA PSYCHANALYSE, 8 septembre
  • ÉTIENNE KERN et ANNE BOQUEL, UNE HISTOIRE DES HAINES D’ÉCRIVAINS, CHAMPS HISTOIRE, 29 septembre

Champs / Classiques (4,90 €)

  • SIGMUND FREUD, SUR LE RÊVE, 4,90 €, 1er septembre
  • SIGMUND FREUD, CINQ LEÇONS SUR LA PSYCHANALYSE, 4,90 €, 1er septembre

GF (3 €)

  • HONORE DE BALZAC, LE LYS DANS LA VALLÉE, 18 août
  • JANE AUSTEN, ORGUEIL ET PRÉJUGÉS, 18 août
  • ALFRED DE MUSSET, CONTES, 8 septembre
  • ALFRED DE MUSSET, NOUVELLES, 8 septembre

20 août 2010

ActuaLitté #1 : Papiel, bitte !

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, — Christophe @ 08:45

Le numéro 1 de la version papiel d’ActuaLitté (« Paris Plage : la grande affluence ? ») est disponible gratuitement depuis quelques jours sur ePagine. Au sommaire de ce numéro aoûtien, vous retrouverez tout ce qui a fait l’actualité du livre et de la lecture (tous supports confondus) en juillet en France et dans le monde. Papiel, bitte, et c’est gratuit : lâchez-vous !

Depuis deux ans maintenant, ActuaLitté.com est devenu un magazine incontournable sur le Net pour tout amateur de culture littéraire (édition, éducation, BD/Manga…). Chaque jour, autour de minuit chaque abonné reçoit le menu du jour, fouillé, dense, informé et tout ça avec un ton inimitable  – professionnel sans toutefois se prendre au sérieux, potache diront certains. Mais dans tous les cas, (in)supporté ou pas, toute l’actualité liée au livre et à la lecture se retrouve sur le site, passée au crible par l’équipe dynamique dirigée par Nicolas Gary (entretiens et reportages, événements, chroniques de livres, nouvelles parutions, dossiers, extraits à lire en ligne, citations,…). Et même si les auteurs, les libraires, les éditeurs, les bibliothécaires et les autres (petites ou grosses) fourmis livresques suivent ces aventures de près (en espérant être cités), ce qui doit faire plaisir à l’équipe ce sont les quelques 300.000 lecteurs mensuels qui ont eu accès depuis 2 ans à plus de 18.000 articles mis en ligne ainsi qu’à un millier de dossiers (ou pas loin) et à plus de 700 chroniques de livres.

Jusqu’à présent, donc, ActuaLitté c’était un site d’informations sur Internet doublé d’une revue littéraire. Mais depuis quelque temps, on sentait bien que se posait la question d’un magazine papier. On a suivi ça sur le site, sur Twitter et Facebook aussi. Puis est arrivé ce mail au mitan de l’été qui nous annonçait qu’une version papiel allait voir le jour. Chose faite, le numéro 1 est cette fois disponible en PDF via leur site et depuis quelques jours chez les libraires partenaires du réseau ePagine.

Internet souffre d’une absence, celle d’une invention révolutionnaire : le sommaire ! Comment démêler les fils des 700 articles que nous publions chaque mois ? Cette version papiel, c’est notre regard sur une actualité que nous avons contribué à forger, chaque mois. Et qu’importe si les premières versions papiel ne sont pas parfaites, nous avons Beckett avec nous : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. ». (Nicolas Gary, édito de ActuaLitté #1)

Avant que n’arrive le numéro de septembre, téléchargez donc cette première livraison (comme on disait au temps des revues papier). Au sommaire, toute l’actualité du livre papier et numérique : chroniques, interview de Jean Capdeville (libraire atypique parisien), combats, guéguerres, peurs et autres inquiétudes (en Angleterre, au Canada…), efforts, idées reçues, visions, entrées et sorties…, retour sur l’iBookstore, l’iPad, le Kindle… Enfin, vous aurez droit à une interview de Christophe Allévêque, vous irez également faire un tour du côté du MOTif et même au cinéma.

Après ça, retournez sur le site et dîtes-leur que c’est bien ce qu’ils font. On ne le dira jamais assez qu’avec eux, papiel fait de la résistance.

Christophe Grossi

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Sommaire de ActuaLitté #1 (août 2010)

Around The Word
Canada : l’iBookstore arrive enfin… Et les librairies ferment !
Angleterre : les librairies sont condamnées / USA : Le Graphite Kindle DX pour 379 $
Amérique du sud : urgence pour des tarifs postaux / USA : des livres contre des burgers !
Japon : L’iPad « c’est dégoûtant » / Tunisie : Plan de lutte pour les écrivains
Israël : un inédit de Kafka / Angleterre : des romanciers « profondément décevants »
Singapour : un britannique en prison à cause de son livre
France
Festival d’Angoulême : une convention à la légalité douteuse ?
L’accord d’exclusivité d’Amazon : les inquiétudes d’Antoine Gallimard
Rencontres
Hervé Langlois : Directeur marketing @ Soleil Productions
Actialuna : une certaine vision du design éditorial numérique
eBookZ 2 : le piratage de livres en France sous surveillance
Christophe Alévêque : son coeur penche entre Royal et Sarkozy
Des libraires pas comme les autres : Capdeville (75012)
Chroniques
Ciel Liquide, de Karim Madani / Montana 1948, de Larry Watson
Inapte à dormir seule, Anna Cabanna
Jour J t. 2 – Paris secteur soviétique /New Harlem t. 3 – Révisionnisme
Ailleurs /// Cinéma
Entre Platon, Dick et Cronenberg, le rêve et le réel, avec Inception

19 août 2010

Quatre livres à la une

Filed under: Mises en avant numériques — Mots-clefs :, — Christophe @ 09:30

Depuis plusieurs mois maintenant, chaque vendredi ePagine a choisi de mettre en avant sur la page d’accueil de son site un livre du catalogue numérique. Sous la forme d’un bandeau promotionnel mais aussi en l’accompagnant d’une chronique sur ce blog. Cet été, vous avez été nombreux à suivre notre sélection (ePaginestival) composée de textes parus la saison passée et d’extraits de romans de la nouvelle rentrée littéraire. Parmi ceux que nous avons fortement soutenus tout au long de l’année figuraient La Grande Sauvagerie de Christophe Pradeau (Verdier), Olimpia de Céline Minard (Denoël), Vers l’ouest de Mahigan Lepage (publie.net) et Murmures à Beyoğlu de David Boratav (Gallimard).

En cette veille d’arrivée massive de romans mais aussi d’essais, de documents, de témoignages…, et avant de vous faire découvrir ceux que nous avons lus en avant-première cet été, voici donc un dernier coup de projecteur sur ces quatre livres que vous retrouverez aussi sur ce blog en suivant le lien.

Christophe Grossi

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18 août 2010

La rentrée littéraire 100 % Numerik:)ivres

Filed under: Parutions numériques — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:26

La maison d’édition Numerik:)ivres (cf. la chronique du roi Silence de Samir Bouhadjadj), à travers quatre collections, mettra en ligne du 18 août au 30 octobre 2010 sept textes inédits, tous 100 % numérique.


« Histoires à lire debout », « nouvelles à lire debout », « Carnets à blog » et la toute prochaine « Graphic@rt » sont quatre des cinq collections de Numerik:)ivres qui, pour sa première rentrée littéraire, propose de découvrir dès le 18 août sept nouveaux auteurs. Du roman fantastique au thriller en passant par le roman graphique, Numerik:)ivres publiera directement ces projets littéraires et graphiques en numérique sans passer par la case papier.

Chienne de vie de Marie Mémain
Pas facile quand on est une petite chienne de suivre et de comprendre les déboires sentimentaux de sa maîtresse quadragénaire. Avec beaucoup d’humour et une grande sensibilité, Marie Mémain réinvente, à sa façon, le journal intime d’une célibataire en quête du grand amour. L’amour a 40 ans quand on est une femme, est-ce possible ?
Collection « Histoires à lire debout »
Roman (pdf et ePub sans DRM, 7,99 €) à paraître le 18 août 2010

L’arboretum imaginaire de Valérie Pascual
Il est des rencontres qui nous touchent au plus profond de notre être. Pour Valérie Pascual, ce sont des arbres. Mais pas n’importe lesquels. Les arbres de Valérie sont remarquables. Millénaires, noueux et chargés d’histoire, ils sont les guides inspirateurs de ce premier lot de nouvelles intemporelles. Un bon moment de lecture, forcément.
Collection « Nouvelles à lire debout »
Nouvelles (pdf et ePub sans DRM, 5,99 €) à paraître le 24 août 2010

S’aimer de Pascale Piquet
Spécialiste de la dépendance affective, coach de vie, la franco-québécoise Pascale Piquet a une façon bien à elle de parler des vraies choses de la vie. Dans un style direct, avec beaucoup de réalisme et une belle dose d’humour, dans ce premier tome de « comment mieux comprendre sa vie », Pascale Piquet vous donnera toutes les clés pour mieux vous AIMER avant d’aimer les autres.
Collection « Carnets à blog »
Psycho-pop (pdf et ePub sans DRM, 5,99 €) à paraître le 1er septembre 2010

Gabriel, le libraire de Gwen Catala, illustrations de Liz H
Avec Gabriel, le libraire, Numerik:)ivres lance une nouvelle collection pour remettre au goût du jour en format numérique le roman graphique. Gabriel est un libraire sans âge qui veille jalousement sur une gigantesque bibliothèque qui renferme des livres aux pouvoirs étranges.
Collection « Graphic@rt »
Roman graphique (pdf et ePub sans DRM, 6,99 €) à paraître le 15 septembre 2010

Le Messie d’Alex Parenzo
Pour beaucoup, il est Dom 2000. Mais qui est-il vraiment ? Un fanatique, un mécréant ou pire, un véritable Messie ? Que les gens de Bien lui pardonnent. Les réponses viendront assez tôt.
Collection « Histoires à lire debout »
Thriller (pdf et ePub sans DRM, 7,99 €) à paraître le 15 septembre 2010

Le récit d’une terreur passagère de Charles Dionne
Lorsqu’il perd complètement son inspiration, un auteur décide de se retirer des quatre murs de l’appartement qui le rend malade. Mais la retraite qu’il prévoyait paisible l’oblige à confronter des coins obscurs sur lesquels il ne croyait pas avoir de pouvoir.
Collection « Histoires à lire debout »
Thriller (pdf et ePub sans DRM, 7,99 €) à paraître le 30 septembre 2010

Le roman d’Arnaud de Gwen Catala et Christophe Sanchez
Réfugié depuis son enfance dans le grenier de sa grand-mère, une vieille femme acariâtre, Arnaud cache sa laideur aux yeux du monde. Il ne trouve le réconfort que dans la lecture de ses livres. Le jour de son 30e anniversaire, Arnaud se rend chez son libraire qui va lui offrir un livre aux pouvoirs étranges. Arnaud va vivre alors une expérience qui va changer le cours de son existence et semer la terreur, malgré lui.
Collection « Histoires à lire debout »
Roman fantastique (pdf et ePub sans DRM, 7,99 €), à paraître le 31 octobre 2010

Née au printemps 2010, Numerik:)ivres a bâti sa ligne éditoriale autour de quatre collections conçues pour les nouveaux dispositifs de lecture. L’objectif est d’offrir un catalogue d’ebooks au contenu inédit, grand public et à des prix abordables. Le tout, au format Pdf et ePub sans aucun verrou (les fameux DRM). Quel que soit le lecteur de livres électroniques, les ebooks seront toujours accessibles et transférables d’un appareil à un autre. Via les sites des librairies partenaires du réseau ePagine, vous pourrez ainsi les télécharger sur votre iPad ou sur votre iPhone.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site officiel et le blog de la maison d’édition qui, en cet automne approchant, vous invite à lire et à sourire en numérique.

Christophe Grossi

Les Numerik:)ivres déjà disponibles au catalogue ePagine

17 août 2010

ePaginestival #21 : « Resplandy » d’Yves Bichet (rentrée littéraire numérique 2010/extrait)

Resplandy d’Yves Bichet (Le Seuil) sera mis en vente le 19 août sur ePagine et les sites des libraires partenaires. En attendant, voici un extrait du premier chapitre suivi de la vidéo de l’auteur présentant son roman. N’hésitez pas à consulter le catalogue des éditions du Seuil sur ePagine (238 livres numérisés à ce jour).

Présentation de l’éditeur

Bertrand, professeur de dessin, rencontre au Père-Lachaise une inconnue le jour de la crémation de son père. Elle trimballe comme lui une urne à bout de bras. Il la trouve belle. Plus tard, dans une chambre d’hôtel, leurs deux corps s’emmêlent. Resplandy, la femme que Bertrand vient d’étreindre, ouvre les urnes puis mélange les cendres avant de disparaître. Bertrand, stupéfait par ce geste, part à la poursuite de Resplandy. Il va peu à peu fouiller dans sa propre histoire, comprendre le passé d’un père qu’il n’a jamais vraiment connu, le passé d’un héros, un héros timide et souriant. Dans ce roman, Yves Bichet, l’auteur de La Part animale, de La Femme Dieu et du Porteur d’ombre, nous entraîne dans l’enquête d’un homme sidéré par les femmes autour de lui et qui incarne peut-être, à son corps défendant, une nouvelle figure masculine.

Extrait

1.

J’ai connu Resplandy devant l’allée du bout du monde. L’hiver commençait à peine. De courtes averses se succédaient sur la ville. Le ciel de janvier était gris, changeant, métallique. Un camion pizza était garé à l’angle de l’avenue Gambetta et de la rue des Mûriers. Il venait d’ouvrir son volet, je voyais de la fumée blanche sortir du toit de la cabine et ça me serrait le cœur. Un fanion en tôle battait derrière la cheminée, avec «PIZZA» inscrit dessus. Le A était effacé. La bannière couinait. On lisait « PIZZ… » et ça faisait vaguement penser à une tapette à mouches. J’ai baissé les yeux, examiné de près l’auréole de café sur ma tablette en marbre. J’ai regardé la fumée dehors qui s’enroulait autour du petit drapeau puis je me suis pris la tête entre les mains.
Passé le camion pizza, y a pas grand-chose à voir sur le trottoir. Des rambardes d’escalier, des murs en pierre limitant trois ou quatre hectares de terre arable, des allées impeccables où on avance nez au sol… Une heure et demie d’attente avant de récupérer son dû derrière la rangée d’arbres centenaires, en catimini, par une porte de service. Mon dû, en l’occurrence, en ce matin de janvier, c’est papa… Il reste trente-cinq minutes à tirer, j’inspecte ma tasse vide et l’auréole de café sans savoir si la faim reviendra un jour, ou le sommeil, ou même l’envie de rigoler. Le bistrot sent le graillon mais il fait bon à l’intérieur. Je regarde les platanes, les voitures qui klaxonnent, le camion pizza, les tables des parieurs en fond de salle qui épluchent Paris-Turf, le barman.
Une femme sirote un demi sur la banquette d’à côté. Elle n’est plus très jeune et semble aussi paumée que moi. Elle avale une gorgée de bière, consulte sa montre, se lève, soupire, se rassied, avale une autre gorgée de bière. Elle a des cheveux relevés en chignon, un front large, des oreilles sans lobe. Ça surprend, ces cartilages roses qui ont l’air de pousser à même le chignon. Elle devine que je la regarde, bascule la tête en arrière et me sourit assez loyalement. En réalité, c’est au chat qu’elle sourit, je m’en rends compte avec une seconde de retard, un gros matou qui se prélasse à côté de moi sur la banquette. Je me détourne, attrape ma sacoche de professeur d’arts plastiques, l’ouvre, repousse la tasse vide et la soucoupe.
Mardi, onze heures trente, bar-tabac de l’avenue. Mon père n’est plus là. La femme inconnue penche la tête en arrière. Agathe vient de partir avec les deux enfants rejoindre le reste de la famille rue Stephenson. Moi, j’attends papa au fond du bistrot, appuyé au radiateur, buvant des cafés qui me filent des palpitations, observant les joueurs fébriles, presque uniquement des hommes en train de déguster leur pastis et de gribouiller sur des coins de journaux. J’écoute des étudiants discourir à voix haute sur le réchauffement climatique et la politique du gouvernement. La femme, à côté d’eux, ne dit pas grand-chose. Je la regarde. Elle a des pattes-d’oie au coin des yeux. Ce doit être une enseignante elle aussi. Soupir. Je me décide à déplier mon porte-documents. Ça fait dix jours que je ne l’ai pas ouvert mais, étant donné les circonstances, je m’en fiche… J’ai besoin de diversion. Je commence par trier le haut du cartable, deux projets d’affiches pour le collège, les journaux du week-end, ma pile de dessins à corriger, la lettre de condoléances du principal… Je mets de côté tout ce bazar et vais droit à l’essentiel, la grande chemise cartonnée avec, à l’intérieur, mon futur succès planétaire, la maquette de l’album jeunesse dont j’ai déjà dessiné les premières planches et trouvé le titre irrésistible : Ginette-Apocalypse.

© Resplandy, Yves Bichet, Seuil, 2010


Yves Bichet, Resplandy, rentrée littéraire du Seuil 2010

Retrouvez sur le site ePagine d’autres titres des éditions du Seuil en numérique. Les premières pages de chacun de ces livres peuvent être feuilletées en ligne sur ePagine ainsi que chez les libraires partenaires du réseau. Ils sont également compatibles avec le Cybook Opus ou l’iPad.

Christophe Grossi

16 août 2010

ePaginestival #20 : « La patience de Mauricette » de Lucien Suel

La Patience de Mauricette de Lucien Suel (La Table Ronde) est le dixième livre de notre série, nos choix de l’été, notre ePaginestival. Un régal !

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« La Mauricette » de Lucien Suel, 1ère mise en ligne le 14 novembre 2009

© Silo, poème visuel de Lucien Suel

© Silo, poème visuel de Lucien Suel

Si le roman de Lucien Suel, La Patience de Mauricette (publié à La Table Ronde) n’avait pas été numérisé, s’il n’avait pas été téléchargé dans la tablette que Stéphane Michalon m’a remise fin septembre, sans doute ne l’aurais-je pas lu. Et je serais passé à côté d’un texte qui vaut le détour, qui vaut plus que ça d’ailleurs. Voilà donc à quoi j’ai échappé, à l’emploi du conditionnel.

Désormais je parle au présent et je te vois, chère Mauricette, « assise dans la salle commune devant toi c’est la télévision permanente derrière toi c’est le monde des arbres de l’herbe avec un oiseau sans queue grosses ailes pleines de plumes (…) [tu es] déjà un peu vieille mais [tu] ne veux pas vieillir comme dans [ta] jeunesse. [Tu] peux vivre à l’envers. » Dans cet envers, après avoir pris le premier train, je te rejoins sur la plage entre Berck et Le Touquet. Je t’écoute me parler de Comines, d’Armentières, de « Christophe Cheval Noir », d’Alfonsina la rimbaldienne et des lapins, des veaux, des cochons que ton esprit égorge, vide ou dépiaute tandis que tu me tends des osselets et une mâchoire de lapin que tu caches au fond de ton cabas. Tes photos et « le porte-clés avec les médailles de sainte Rita et de Benoît. » Nous parlons de Joyce, de Trieste, de Sylvia Plath, d’Émile et d’Émilie. De tes chagrins, de tes cahiers d’école/ de transmission / de collages poétiques. De tes pertes humaines / de mémoire / de sang. De tes trous dans le calendrier, dans les chaussettes de soldats et des griffes qui jaillissent du fond de la rivière et emportent les enfants.

Plus que tout autre, tu voudrais retourner vers le temps de l’enfance et retrouver cette innocence que tu as perdue quand ta mère puis ton frère et enfin ton père sont morts les uns derrière les autres. Ce sont elles, ces tragédies qui t’empêchent de retourner là-bas, dans l’avant des événements – sauf en rêve ou dans le journal jaune de ta santé mentale. C’était la guerre et tu passais ton temps avec tes grands-parents à la ferme, à la campagne – tu n’oublieras jamais ni les noms ni les coutumes. Malgré tes sautes d’humeur, ta « mélancolie profonde », tes phases maniaco-dépressives et tes crises de schizophrénie. Malgré les internements, les traitements, quelque chose en toi résiste. C’est ainsi que tu vas créer. De l’art éphémère, de l’art brut. Ou bien tu disparais, tu files à l’anglaise. Mais tu reviens toujours. Pour parler parler parler, à Christophe Moreel – sorte de tuteur mais avant tout ami et féru comme toi de musique et de poésie. De poésie sonore, brutale, orale, expérimentale, tout ce que tu voudras. De tous ceux qu’on trouve dans les pièces détachées et la caisse à outils de Jean-Michel Espitallier. Quand la musique du verbe se joue du sens et de la temporalité, du picard, des figures de style et de l’ordre des mots. Quand la syntaxe se brise. Quand la langue vient à être bousculée. Alors tu relis Ghérasim Luca, les Fables de La Fontaine ou Rimbaud. Une idée : lirais-tu à haute voix – avec guitare saturée – un des projets « punkopoétiques » de Lucien Suel, Coupe Carotte, par exemple ou encore Poussière – tous deux publiés par Publie.net ? « Une maladie m’a attrapée », réponds-tu. Puis tu retournes à ton « Anthologie du veau dans la littérature française » (projet qui trouverait volontiers sa place dans Les Fous littéraires d’André Blavier), à tes collages, à ce livre-objet sur lequel tu planches depuis trente ans.

Celui qui t’a donné vie dans le roman dit de toi que tu es un « mélange de classicisme et de sauvagerie, de manières aristocratiques et de rusticité. » C’est un beau portrait de toi. Toi, l’institutrice, la paysanne, la créatrice marginale, la prostrée, la patiente, la picarde, l’endeuillée. Toi qui connais le nom des arbres et celui des oiseaux. Toi, tes inventaires et tes listes. Toi qui ressembles à cet homme qui soudain tombe à terre, ce jardinier, ton semblable, ton frère (Mort d’un jardinier, Lucien Suel, La Table Ronde).

Avant de partir, Mauricette, avant de coupecouperemercier Lucien Suel et celui ou celle qui a téléchargé le roman dans ma tablette, je voulais dire encore une chose à celui ou celle qui lira cette lettre. Que Lucien Suel est soutenu dans beaucoup de lieux : librairies, cafés, garages, hangars, abattoirs, bibliothèques, greniers…, et qu’il a fait partie de la sélection du Prix des librairies Folies d’encre avec Mort d’un jardinier.

poussiere

Lucien Suel est né en 1948 dans les Flandres artésiennes où il vit toujours. Il a édité la revue The Starscrewer, consacrée à la poésie de la Beat Generation, puis La Moue de Veau, magazine dada punk. Il anime la Station Underground d’Émerveillement Littéraire, le site Lucien Suel’s desk et le blog Silo.
Il a publié de nombreux ouvrages de poésie. Ses oeuvres imprimées comme ses prestations scéniques couvrent un large registre, allant de coulées verbales beat à l’expérimentation de nouvelles formes (poèmes en vers justifiés), du collage et du caviardage (poèmes express) à la performance (notamment avec le groupe de rock Potchük et au sein de Cheval23).

L’été n’est pas terminé : n’oubliez pas de passer par ce blog au gré de vos errances, de visiter le site ePagine et d’acheter vos livres numériques à des libraires !

Christophe Grossi

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Livres de Lucien Suel numérisés :

Autres livres de Lucien Suel :

  • Le sang du don, Derrière la salle de bains, 2008
  • Photoromans (avec Patrick Devresse), Michel Husson, 2008
  • Nous ne sommes pas morts (avec Hélène Leflaive), Dernier Télégramme, 2008
  • Patismit, Dernier Télégramme, 2008
  • Sombre ducasse, Le Mort-qui-trompe, 2007
  • Transport visage découvert, Dernier télégramme, 2006
  • Un trou dans le monde, Pierre Mainard éd., 2006
  • Poèmes marcottés des 4 saisons, Contre-allées, 2005
  • Canal Mémoire, Marais du Livre, 2004
  • 49 poètes, un collectif (Anthologie), Flammarion, 2004
  • L’envers du confort, Voix éditions, 2001
  • Une simple formalité (avec Sylvie Granotier), Marais du Livre, 2001
  • Les coups, éditions de l’Attente, 2001
  • Visions d’un jardin ordinaire (photos de Josiane Suel), éd. du Marais, 2000
  • Têtes de porcs, moues de veaux (photos de Patrick Roy), éditions Pierre Mainard, 1999
  • Sous-bois standard (les idiots), éditions de l’Attente, 1999
  • La Justification de l’abbé Lemire, Editions Mihàly, 1998

Autres livres, sujets ou auteurs cités :

Les livres de la sélection epaginestival que vous auriez pu manquer :

14 août 2010

ePaginestival #19 : « Murmures à Beyoğlu » de David Boratav

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 09:20

Murmures à Beyoğlu de David Boratav est le neuvième livre de notre série, nos choix de l’été, notre ePaginestival. Ce roman fait également partie de notre dossier thématique 9 destinations pour prendre le large, à télécharger gratuitement et à emmener partout avec vous.

dossier à télécharger gratuitement sur epagine.fr

Comme le cœur des grandes villes invite l’arpenteur à se perdre dans son labyrinthe pour mieux le connaître, Murmures à Beyoğlu est un livre qui invite au lâcher prise, par le biais d’histoires gigognes, de hasards et de coïncidences. Murmures à Beyoğlu, ce sont également deux récits magnifiquement orchestrés et construits, deux routes parallèles, deux narrateurs : un enfant du quartier de Beyoğlu à Istanbul dans les années 50 et un insomniaque d’aujourd’hui, cinquantenaire, d’origine turque et vivant à Londres.

En septembre 1955, le quartier de Beyoğlu a été purgé de ses communautés étrangères (les Grecs surtout mais aussi les Arméniens et les Juifs). Un enfant, au présent, nous décrit cela, avec sa voix d’enfant, ses yeux d’enfant, ses mots d’enfant. Et c’est encore lui qui nous narre l’histoire de sa famille de libres-penseurs qui a toujours lutté d’une manière ou d’une autre contre le pouvoir en place. Et c’est toujours lui qui nous conte l’histoire de son quartier, de ceux qui l’habitent, de leurs habitudes, des rumeurs, des fruits qu’on vole, des lettres qu’on perd. Mais cet enfant, comme son père et sa mère, connaîtra lui aussi l’exil.

D Boratav AAL 240909Le cinquantenaire, lui, est chercheur dans un laboratoire londonien et il souffre depuis quelque temps d’un « Mal » qui l’empêche de dormir. Par divers moyens – thérapie, drogues, alcool, compagnie des femmes – il tente en vain de retrouver le sommeil. Puis, son père – un écrivain d’origine turc exilé à Paris et avec qui il parlait peu – meurt, laissant derrière lui un grand poème inédit. Alors qu’il a toujours tout fait pour oublier cette autre langue qui est le turc, cet homme se retrouve du jour au lendemain à Istanbul, à la recherche de ce poème que sa mère (un personnage froid, égocentrique et sénile) a dû emmener avec elle lors de son retour au pays. Mutique et perdu dans cette ville qu’il doit réinventer à chaque pas et dans laquelle il apprendra à dormir à nouveau, cet homme, qui vivait jusque-là dans l’inconscience de ses origines, « va aller essayer de chercher là d’où il vient, la conscience de ses origines. » (« Trois questions à David Boratav ») Mais la route est longue et semée d’embûches (secousses sismiques et alcooliques, assassinat…) et de rencontres (des chauffeurs de taxi, des touristes hollandais, un rabatteur, un homme d’affaires milliardaire qui cherche lui aussi le manuscrit de son père…).

« En écrivant ce roman j’ai réalisé que je m’étais réapproprié la ville d’Istanbul, je l’ai réinventée ; c’est une Istanbul qui n’existe pas. », précise David Boratav lors de sa rencontre-lecture à la librairie L’Arbre à Lettres Mouffetard, le 24 septembre 2009. Et, à travers ces deux vies, David Boratav ne fait pas la part belle à la ville d’Istanbul telle que nous la connaissons comme touristes. En cela ce roman est une charge (discrète mais régulière) contre l’orientalisme et « Le Levant de pacotille » enseignés dans les manuels scolaires d’après les œuvres écrites et picturales très en vogue au XIXe siècle. Ici, outre les dérives solitaires, on voit surtout le dur quotidien des turcs soumis à la pauvreté, aux attentats, aux fanatismes, aux incessants tremblements de terre : le passage sur les maisons de fortune construites en une nuit au milieu des huiles de vidange est saisissant. On rit par ailleurs du mimétisme occidentaliste : la fête donnée par le milliardaire où se retrouvent tous les courtisans au pouvoir, à la richesse et à la gloire, est digne d’un Don DeLillo (œuvre publiée chez Actes Sud). Et on apprend qu’ici seules les histoires comptent, celles qu’on raconte, qu’on se raconte, qu’on réinvente, qu’on déforme : un murmure devient une rumeur et cette rumeur en appelle une autre jusqu’à l’infini.

D Boratav AAL 24 sept 09Hormis un bel aspect formel, le travail sur les voix des personnages – poétique, parfois ironique, mais toujours juste – est sans doute l’une des preuves de la grande maturité de ce romancier. Par ailleurs, la question de l’exil, qui est au cœur de ce roman, amène les personnages à repenser, à l’intérieur des grandes villes, leur rapport à l’autre, au sol, à la langue, – au désir, au pouvoir, à la honte, à la mélancolie et à la nostalgie donc. Des réflexions qui jalonnent le récit en l’étoffant si bien que nous ne sommes pas surpris de retrouver de manière implicite ou pas Nazim Hikmet (Il neige dans la nuit et autres poèmes, Gallimard, coll. Poésie), Nedim Gürsel (Un long été à Istanbul, Gallimard, coll. L’Imaginaire), Orhan Pamuk (Istanbul : souvenirs d’une ville, Gallimard, coll. Folio), Samuel Beckett (Malone meurt, éditions de Minuit), Jorge Luis Borges (L’Aleph, Gallimard, coll. L’Imaginaire), Blaise Cendrars (« Prose du transsibérien » in Du monde entier au coeur du monde, Gallimard, coll. Poésie) ou John Dos Passos (Orient Express, éditions du Rocher). Mais d’autres lectures nous reviennent au fil des pages, celle de L’Usage du monde de Nicolas Bouvier (Oeuvres complètes, Gallimard, coll. Quarto) ou encore l’univers de Amos Oz, Une Histoire d’amour et de ténèbres ou Seule la mer (Gallimard, coll. Du monde entier et Folio), par exemple.

David Boratav, né en 1971, vit à Paris. Murmures à Beyoğlu est son premier roman. Son livre est disponible en librairie ainsi que dans sa version numérique.

L’été n’est pas terminé. N’oubliez donc pas de passer par ce blog au gré de vos errances, de visiter le site ePagine et d’acheter vos livres numériques à des libraires. Bon été à tous !

Christophe Grossi

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Livre numérique cité dans cette chronique :

Autres livres ou auteurs cités :

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Les livres de la sélection epaginestival que vous auriez pu manquer

13 août 2010

Les derniers hommes, épisode 2 de Pierre Bordage (Le Diable Vauvert)

La maison d’édition Le Diable Vauvert a choisi le mois d’août pour commencer la diffusion en six épisodes du roman de Pierre Bordage, Les derniers hommes (déjà précédemment paru en feuilleton chez Librio, en 2000). Comme annoncé ici il y a quelques jours, vous pouvez d’ores et déjà télécharger gratuitement sur ePagine en pdf ou en epub le premier épisode, (« Le peuple de l’eau ») ainsi que le deuxième épisode (« Le cinquième ange ») pour moins d’un euro. Chaque semaine, l’éditeur proposera un nouvel épisode (six en tout pour moins de cinq euros contre 23 euros pour la version papier). Tous ces fichiers (sans DRM) sont compatibles avec votre iPad. Ils sont disponibles chez les libraires partenaires du réseau ePagine. Les premières pages peuvent également être feuilletées chez l’éditeur.

Présentation des deux premiers épisodes

1. Quelques peuples nomades tentent de subsister dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques. Parmi eux, le peuple de l’eau. Le seul à pouvoir localiser les sources épargnées par la contamination. L’avenir de tous dépend des baguettes des sourciers. Et sans eau pure, pas de vie ! Solman le boiteux est né avec le don de clairvoyance. Infaillible juge des âmes, rejeté par les autres, le jeune homme ne peut se confier qu’à Raïma la guérisseuse. Elle l’aide à prendre conscience de son pouvoir, lui ouvre les yeux sur les signes qui jalonnent la route du peuple de l’eau. Des signes qui, à la lueur du Livre interdit, semblent annoncer la fin des derniers hommes…

2. Trois Slangs, des troqueurs d’armes, ont tendu un piège à Solman lors du grand rassemblement : il doit maintenant juger ses propres père et mère, soupçonnés d’avoir volontairement livré de l’eau empoisonnée.
Mais, au-delà de ce procès, c’est une guerre totale qui s’engage désormais contre les peuples nomades. Une intelligence semble en effet oeuvrer à travers les Slangs et poursuivre son entreprise d’extermination en envoyant un à un les anges de l’Apocalypse.
Le salut du peuple aquariote repose désormais entièrement sur la clairvoyance de Solman. Mais lui-même n’est-il pas le jouet de forces qui le dépassent ? N’est-il pas atteint par la folie des donneurs ? Et le cinquième ange n’a-t-il pas pris l’apparence de l’un de ses proches ?

Christophe Grossi

12 août 2010

ePaginestival #18 : « Le Troisième Jour » de Chochana Boukhobza (rentrée littéraire numérique 2010/extrait)

Filed under: Extraits en ligne,Parutions numériques — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:37

Le Troisième Jour de Chochana Boukhobza sera mis en vente le 19 août sur ePagine et les sites des libraires partenaires. En attendant, voici un extrait du premier chapitre. N’hésitez pas à consulter le catalogue des éditions Denoël sur ePagine (29 livres numérisés à ce jour).

Présentation de l’éditeur

Elisheva, musicienne connue dans le monde entier, et Rachel, son élève violoncelliste, arrivent de New York pour un concert à Jérusalem, en 1990, un matin de khamsin. Tandis que Rachel retrouve sa famille, ses amis et un amour perdu, Elisheva prépare une très secrète entreprise. À l’hôtel, elle rencontre Daniel, un chasseur de nazis, et sur l’esplanade du Temple, Carlos, qui travaille pour le Vatican. Survivante des camps, puisant sa force dans la musique et la colère, Elisheva a embarqué les deux hommes dans son aventure. Sur l’échiquier de Jérusalem, deux histoires se superposent, l’une errante, qui ressuscite les blessures de l’enfance et l’intrigue amoureuse, l’autre pleine de la promesse faite aux morts. Dans un roman où chaque personnage livre sa vérité, Chochana Boukhoza tisse sur trois jours une aventure haletante dont Jérusalem, avec ses parfums et sa lumière intense, est le centre.

Extrait du premier cantique

Rachel

Je n’ai pas attendu de défaire ma valise. Je suis entrée dans la chambre d’Elisheva et je lui ai dit que je partais. Mon professeur a continué à accrocher ses robes sur des cintres avant de murmurer d’une voix neutre :
— La répétition commence à dix-huit heures.
J’ai préféré ignorer l’avertissement.
— Et toi ? Qu’est-ce que tu vas faire ?
— Me reposer. Passer quelques coups de fil.
— Les violoncelles ?
— Je m’en occupe.
— Mais je peux t’aider…
— Non. Laisse.
Elisheva m’a tendu trois billets pour le concert que j’ai empochés en souriant.
— Ils ne viendront pas, ai-je décrété, en pensant que cette femme était une sorcière. Elle savait où j’allais sans m’avoir posé de question.
— Tu les invites. C’est ça qui compte.
J’ai cueilli ma veste sur le dos d’une chaise et je me suis tirée sans prendre le temps d’enfiler la deuxième manche.
Le couloir était bouché par deux Américaines obèses, parées de diamants qui scintillaient sur leur peau pâle. La plus grosse répétait sur trois tons : « Oh my God ! » et sa compagne modulait : « Yes, yes ! »
Je me suis plaquée contre le mur, et elles sont passées, habillées de mousseline pastel qui frémissait à chaque ondulation de la graisse. Je me suis dit que je préférais être moi, pauvre, jeune et belle. Je n’ai pas de quoi me payer un palace, mais mon corps me répond.
J’ai pris l’ascenseur, marché, comme en rêve, dans le hall de l’hôtel.
Chaque pas me coûtait une énergie considérable. Le décalage horaire et ma nuit d’avion commençaient à me détraquer. Si je ne voulais pas bousiller mes solos durant la répétition, le mieux aurait été d’aller dormir. Mais j’avais besoin d’arpenter la ville, de la retrouver, rue après rue.
— I call you a taxi, miss ?
— I’ll take the bus… Thanks.
Le portier en livrée marron, qui doit arriver tous les matins en taxi collectif d’un village des territoires, m’a lancé un regard surpris, comme si j’allais à ma perte. Je lui ai souri et je me suis engouffrée dans la porte tambour dont les vitres étincelaient dans la lumière.
Et le souffle du charaf m’a foudroyée sur la terrasse plantée de lauriers roses.
Quelques pas plus loin, trempée de sueur, j’ai regretté la proposition du portier. La chaleur tombait du ciel comme une couverture de laine et pas un coin d’ombre n’était en vue. Électrifiés par le soleil, les arbres n’offraient aucune protection. L’air grésillait de bruits qui venaient de nulle part, grillons, pépiements d’oiseaux, ronflement de moteur.
J’ai traversé le jardin du Plazza, contourné Kikar Tsion, descendu Rehavia. J’avais envie d’un felafel sans oser me l’offrir. Comment m’envoyer dans l’estomac, à neuf heures du matin, une pita farcie de lamelles d’oignons, d’aubergines huileuses, de boules de pois chiches frites et le tout enrobé de harissa ?
Mais plus j’y pensais, plus je salivais.

© Le Troisième Jour, Chochana Boukhobza, Denoël, 2010

Retrouvez sur le site ePagine d’autres titres des éditions Denoël en numérique. Les premières pages de chacun de ces livres peuvent être feuilletées en ligne et/ou téléchargées sur ePagine ainsi que chez les libraires partenaires du réseau. Ils sont également compatibles avec le Cybook Opus ou l’iPad.

Christophe Grossi

11 août 2010

ePaginestival #17 : « Pas le bon, pas le truand » de Patrick Chatelier

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 09:22

Huitième livre de notre sélection ePaginestival, Pas le bon, pas le truand de Patrick Chatelier nous ramène dans le monde du western via une écriture poétique, brutale, visuelle, sensuelle. Ce roman fait également partie de notre dossier thématique 9 destinations pour prendre le large, à télécharger gratuitement et à emmener partout avec vous.

dossier à télécharger gratuitement sur epagine.fr

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Pas le bon, pas le truands de Patrick Chatelier,
1ère mise en ligne le 9 juin 2010

Pas le bon, pas le truand de Patrick Chatelier, son troisième roman publié aux éditions Verticales, a paru en papier et en numérique le même jour. Sauvage et poétique, sensible et brutal, humain et bestial, ce faux western à forte tension nous coupe plus d’une fois la respiration, jusqu’au final. Sa version numérique peut être téléchargée chez les libraires partenaires du réseau ePagine, les premières pages feuilletées en ligne et/ou téléchargées gratuitement. Et si vous souhaitez rencontrer l’auteur, il est ce jeudi l’invité de la librairie L’Atelier. Bang bang.

Je ne sais plus qui nous avait ramené l’affiche de cinéma, la vraie, la grande, pas un poster minable, mais ce qui est sûr c’est que je me suis mesuré à elle pendant toute mon enfance. Pourtant il buono, il brutto e il cattivo fixaient un point, je ne sais où, en tout cas ils ne me regardaient pas ; dessinés, ils paraissaient plus jeunes et moins usés que dans le film. Le nom de Clint Eastwood (Blondin, le bon) était écrit en lettres rouges dans un carré noir juste au dessus du titre et du réalisateur, Sergio Leone. Moitié de cigare vissé aux lèvres, il apparaissait également en plus petit, debout sur son épaule, les pieds sur son poncho, il tenait en joue les deux autres. The Good, the Bad and the Ugly étaient entourés de soldats, Guerre de sécession oblige. Chacun son chapeau, chacun une expression différente dans le regard. Sentenza, la brute (Lee Van Cleef) montrait de manière ostentatoire sa pétoire et Eli Wallach (Tuco, le truand) était le seul à ouvrir la bouche. Aujourd’hui, je me souviens surtout de la scène finale : confrontation, duel à trois. Du fameux silence pesant aussi, de personnages peu diserts aux répliques néanmoins saisissantes et de la musique d’Ennio Morricone.

Avec Pas le bon, Pas le truand, Patrick Chatelier rend ses lettres de noblesse à un genre « mineur », le western spaghetti. Évitant la surenchère parodique et le simple clin d’œil pour initiés, il préfère ranimer la sauvagerie poétique qui hante ces tragédies en cinémascope. Et revenir aux sources de certains clichés, au tout premier degré, en leur redonnant chair et parole de l’intérieur. (Yves Pagès, son éditeur chez Verticales.)

Je finis toujours le travail pour lequel on me paie ! est une des phrases tirées du film. Qui la prononce ? Pas le bon, pas le truand – comme dans le roman de Patrick Chatelier -, mais la troisième, l’autre, celle qui tombe dans le trou (dans le film) et qui se prend une série de cailloux (dans le livre). Je dis « la », vous comprenez pourquoi. Ce « la » est d’ailleurs très important dans le livre, comme l’usage des temps du récit, comme les verbes à l’infinitif dans les longues phrases, lyriques, rythmées, sensorielles, sensuelles, comme le chiffre 7, comme celui qui regarde, comme au cinéma, comme cet enfant qui a regardé l’affiche jusqu’à ce qu’il s’en aille. Comme cet autre qui dans le roman n’a pas de nom, mais un surnom (et rejoint celle qui est absente du titre, toujours la même) : drôle de couple la brute et l’idiot. Drôle de couple aussi George et Carlotta Butler qui n’auraient jamais dû (se rencontrer, folâtrer, mettre au doigt un anneau et au monde un enfant). Drôle de couple aussi ces deux enfants, ces deux voisins, l’un malin, Jesse (mais pas si malin que ça finalement) et celui dont le nom viendrait du grec « idios » et qui aurait signifié au tout début « propre », « particulier ». Et il faut être sacrément propre dans ce monde pour se laisser enfermer dans une cabane. Et il faut être bougrement particulier pour se nourrir à la même échelle du réel et de la fiction. Alors, dans ces conditions je veux bien moi aussi être encore celui-là : Idiot / Je suis un idiot / Complètement idiot / Je suis vraiment idiot / Je suis l’ami / L’ami des mouches / Les seules femelles / Que je n’effarouche (…) / Papa m’a dit idiot / Maman m’a dit idiot / Mon frère m’a dit idiot  Ma soeur m’a dit idiot  / Mon chapeau me dit idiot (…) / Moi-même je dis idiot (…) / Mes chaussettes me disent idiot (Arthur H).

Voilà ce qu’est un homme : celui qui a une vision. Un homme, c’est celui qui façonne sa vision, la précise peu à peu avec les ans, la renforce, l’approfondit, la décore, c’est celui qui protège coûte que coûte sa vision comme le trésor le plus précieux. Un homme, c’est celui qui porté par sa vision la transporte et la partage, la confronte aux autres et la vérifie, cherche de nouvelles visions à accoler dans une plus grande, immense vision pour un territoire qui s’étend vers l’ouest années après années, vision d’une patrie rassemblant les éparses car nous sommes tous américains, du Nord ou du Sud, du pâturin ou de la roche, de la bouse ou du pétrole nous sommes américains, riches et pauvres, blancs et nègres, bons et méchants d’une même nation, et nous planterons son drapeau sur les plus hautes montagnes afin que s’incline le reste du monde. (Patrick Chatelier, extrait de Pas le bon, pas le truand)

Le roman de Patrick Chatelier est un western au sens où la langue passe par la photographie (cf. par exemple L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et la photographie dans le roman est une merveille. J’y ai trouvé tout ce que je pouvais imaginer quand je regardais l’affiche et quand ensuite j’ai visionné le film : les silences des hommes, leur solitude, la poésie brutale de leurs regards, de leurs gestes, leur peur et leur fantasmes. Je dis que ce roman est un western et en même temps il n’en est pas un (il y aura bien quelques coups de feu, oui, du sang, oui, des corps qui tombent, oui, mais si peu), plutôt une nature morte. Pleine de vie intérieure. Oui, parce qu’à l’intérieur des personnages ça bouillonne. Parce que pas à leur place. Jamais. Des déplacés. Mais voilà que l’écrivain (qui l’est aussi) arrive pour faire jaillir ce qu’ils ne peuvent dire sur un divan. D’ailleurs Freud n’avait pas de colt. Et puis ce roman est aussi un travail saisissant sur les relations humaines : le couple, les relations filiales, de voisinage, « amicales », tout ce qui empote, emporte, prend la porte virtuellement. C’est là, chez les Butler et leurs macaroni. Et si je me taisais un peu ?

À vous de tirer le premier, maintenant.

L’idiot a vu la chute sous plusieurs angles, l’envolée des bras, le poids déporté, la jambe malade, la bascule puis le choc contre le sol dans une gerbe de minuscules poussières embrasées. L’idiot a sursauté quand le coup de feu a claqué. Il avait oublié qu’il s’y attendait, rivé à la somnolence puisque depuis des heures il ne se passait rien, plein de la fatigue d’attendre tout en sachant que l’attente aurait une fin, somnolent de deviner cette fin sans qu’elle advienne. Mouvements précipités, armes brandies, larmes et sueur : pan. Pas de côté, débandade : pan. C’est la fin, a t-il sursauté. C’est la somnolence, a hurlé la fin. (Patrick Chatelier, extrait de Pas le bon, pas le truand)

Patrick Chatelier est né en 1965 à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Il est l’auteur de trois romans aux Éditions Verticales, Infiniment petit (2002), Maternelles (2004) et Pas le bon, pas le truand (2010). Il développe par ailleurs un projet pluridisciplinaire et protéiforme autour de la figure du « Général Instin », avec des écrivains, comédiens, vidéastes… accessible notamment sur le site remue.net, dont il est membre du comité de rédaction.

N’oubliez pas de passer par ce blog au gré de vos errances estivales, de visiter le site ePagine et d’acheter vos livres numériques à des libraires. Bon été à tous !

Christophe Grossi

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