ePagine souhaite la bienvenue aux toutes nouvelles éditions des Grandes Personnes qui publieront des livres pour la jeunesse et des romans dont quatre d’entre eux viennent d’être numérisés.
Les éditions des Grandes Personnes (des livres destinés aux jeunes réalisés par des adultes) sont une maison d’édition indépendante créée en novembre 2009 avec Antoine Gallimard. L’éditrice Brigitte Morel, (ex Seuil Jeunesse puis Panama), en collaboration avec Florence Barrau et Sabine Louali, a choisi de reprendre en partie le catalogue des Éditions du Panama (sur les 22 titres de la rentrée, 6 sont des rééditions) ; elle proposera également de grands albums illustrés, des pop up, des livres-jeux créatifs, des coéditions avec Patrick Couratin ainsi que des romans. Pour cette première rentrée, la maison alterne des titres de Panama et des inédits en traduction et des romans français. Ce sont justement quatre d’entre eux que la maison a choisi de numériser.
L’Enfant du fantôme de Sonya Hartnett | Par une après-midi humide et argentée, Mathilda, 75 ans, découvre dans son salon un jeune garçon étrange qui n’y a pas été invité. De façon inattendue, ces deux-là prennent le thé et la vieille femme commence bientôt le récit de sa vie… Née au début du XXe siècle dans une famille australienne, Maddy est une enfant solitaire, étrangère dans sa propre maison, qui rêve d’une vie pleine de mystère… Alors le jour où, sur une plage, la jeune fille croise Plume, qui n’a aucune attache et ne possède rien, Maddy sent le sable s’ébouler sous ses pieds et les vagues lui répéter encore et encore le même mot… Une histoire douce-amère d’amour et de perte, d’acceptation et de réalisation de soi. Une fable lumineuse servie par la langue singulière de Sonya Hartnett, qui dit si bien la douleur et le transport amoureux, mais aussi la nature australienne, empreinte d’ancestrales légendes…
Calvino-Calvina de Carlo Frabetti | Un cambrioleur s’introduit dans une riche demeure et se retrouve pris au piège par le seul habitant de la maison, un enfant étrange et androgyne d’une dizaine d’années, complètement chauve et accompagné d’un impressionnant loup canadien. S’il veut échapper à la police, le voleur devra se raser la tête et se faire passer pour le père du garçon, qui répond au nom de Calvino… La suite des événements est sans queue ni tête, souvent loufoque, car dans le monde de Calvino, les morts sont parfois vivants, les fous errent dans les allées d’un asile qui est une bibliothèque, et les géants sont aussi des nains. Un monde d’illusions et de faux-semblants. Un roman drôle et absurde, où tout prête au jeu, aux jeux de mots, et où l’auteur, maniant avec brio la rhétorique, nous invite à le suivre pour mieux nous perdre…
Mademoiselle Scaramouche de Jean-Michel Payet | Lorsqu’elle assiste à la mort de son père, tué en duel, Zinia Rousselières est loin d’imaginer qu’elle est à l’aube d’un singulier tour du destin. Dans le caveau familial repose en effet déjà un cercueil, le sien, ou plutôt celui de celle qu’elle croyait être… En un instant, le monde de la jeune fille vole en éclats, et elle n’aura désormais de cesse de découvrir sa véritable identité. Des bas-fonds de la capitale au faste de Versailles, de la cour des Miracles au Trianon de porcelaine, Zinia se voit propulsée dans une aventure rocambolesque, aux mille rebondissements. Elle y assistera à une représentation de Molière, sauvera un assassin des mains du bourreau, côtoiera Athénaïs de Montespan et Louis XIV en personne. Car le mystère qui entoure sa naissance est en réalité au centre d’un complot qui vise le roi lui-même… Un complot vertigineux dont l’enjeu n’est autre que le secret des métamorphoses…
Le Baume du dragon Silvana Gandolfi | Au cours d’un voyage au Népal, Andrew, cinquantenaire déprimé, fait la connaissance d’un vieux sage. Celui-ci lui demande de remettre un remède, le Baume du Dragon, à sa petite-fille, la kumari royale, déesse vivante de Katmandou. Négligeant sa mission, Andrew avale lui-même le remède et ne tarde pas à découvrir ses effets prodigieux : ses rides s’effacent, son énergie décuple et, en trois semaines, il rajeunit de vingt ans. Mais le miracle tourne au cauchemar ! Pour stopper ce processus et sauver sa vie, Andrew doit se baigner dans un lac perdu au coeur de l’Himalaya. Une course contre la montre s’engage, en compagnie de l’exaspérante kumari. Un long et périlleux périple, sur les traces de l’abominable homme des neiges…
Christophe Grossi



On l’annonce déjà comme l’un des livres les plus importants de cette rentrée littéraire. Moins troublant que 




Agnès Desarthe est née en 1966 à Paris. Elle publie son premier roman, 
Depuis deux ans maintenant, 









Le cinquantenaire, lui, est chercheur dans un laboratoire londonien et il souffre depuis quelque temps d’un « Mal » qui l’empêche de dormir. Par divers moyens – thérapie, drogues, alcool, compagnie des femmes – il tente en vain de retrouver le sommeil. Puis, son père – un écrivain d’origine turc exilé à Paris et avec qui il parlait peu – meurt, laissant derrière lui un grand poème inédit. Alors qu’il a toujours tout fait pour oublier cette autre langue qui est le turc, cet homme se retrouve du jour au lendemain à Istanbul, à la recherche de ce poème que sa mère (un personnage froid, égocentrique et sénile) a dû emmener avec elle lors de son retour au pays. Mutique et perdu dans cette ville qu’il doit réinventer à chaque pas et dans laquelle il apprendra à dormir à nouveau, cet homme, qui vivait jusque-là dans l’inconscience de ses origines, « va aller essayer de chercher là d’où il vient, la conscience de ses origines. » (
Hormis un bel aspect formel, le travail sur les voix des personnages – poétique, parfois ironique, mais toujours juste – est sans doute l’une des preuves de la grande maturité de ce romancier. Par ailleurs, la question de l’exil, qui est au cœur de ce roman, amène les personnages à repenser, à l’intérieur des grandes villes, leur rapport à l’autre, au sol, à la langue, – au désir, au pouvoir, à la honte, à la mélancolie et à la nostalgie donc. Des réflexions qui jalonnent le récit en l’étoffant si bien que nous ne sommes pas surpris de retrouver de manière implicite ou pas Nazim Hikmet (
Le roman de Patrick Chatelier est un western au sens où la langue passe par la photographie (cf. par exemple L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et la photographie dans le roman est une merveille. J’y ai trouvé tout ce que je pouvais imaginer quand je regardais l’affiche et quand ensuite j’ai visionné le film : les silences des hommes, leur solitude, la poésie brutale de leurs regards, de leurs gestes, leur peur et leur fantasmes. Je dis que ce roman est un western et en même temps il n’en est pas un (il y aura bien quelques coups de feu, oui, du sang, oui, des corps qui tombent, oui, mais si peu), plutôt une nature morte. Pleine de vie intérieure. Oui, parce qu’à l’intérieur des personnages ça bouillonne. Parce que pas à leur place. Jamais. Des déplacés. Mais voilà que l’écrivain (qui l’est aussi) arrive pour faire jaillir ce qu’ils ne peuvent dire sur un divan. D’ailleurs Freud n’avait pas de colt. Et puis ce roman est aussi un travail saisissant sur les relations humaines : le couple, les relations filiales, de voisinage, « amicales », tout ce qui empote, emporte, prend la porte virtuellement. C’est là, chez les Butler et leurs macaroni. Et si je me taisais un peu ?