Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

26 janvier 2012

Camille de Toledo | L’inquiétude d’être au monde

Un samedi après-midi j’entre aux Folies d’encre (librairie à Montreuil). Une couverture attire mon attention (le jaune si reconnaissable des éditions Verdier), le titre aussi : L’inquiétude d’être au monde. Quant à l’auteur, bien qu’on m’en ait souvent parlé, je ne l’ai pas encore lu. Pourtant voilà presque un an que j’ai en tête ce titre Vies pøtentielles (éd. du Seuil, La Librairie du XXIe siècle) mais ce samedi je ressors avec L’inquiétude d’être au monde et le lis deux fois de suite. À ce moment-là je ne sais pas encore qu’il sera disponible en numérique. Je ne l’apprendrai que deux semaines plus tard via un mail du CDE qui diffuse notamment les éditions Verdier. Alors dimanche je l’ai relu et hier encore une fois, dans l’idée de partager mes impressions et de tenter de dire à quel point il est important, me semble-t-il, de le lire. Mais je me rends compte qu’il est difficile pour moi de parvenir à dire pourquoi ce texte me trouble, pourquoi cette voix me parle, pourquoi j’y pense souvent. Sans doute parce qu’elle parle de nous. Parce qu’elle dit le vertige qui est le nôtre, celui de notre présence au monde, loin du think pink et du glamour. Cette voix, belle et tragique, est pour moi celle d’un coryphée, le chef de chœur d’un groupe né au XXe siècle sur les ruines de deux guerres mondiales, de dizaines de massacres, de tentatives d’épuration, d’extermination… et qui a abordé avec crainte ce siècle déjà plus si neuf, un siècle secoué par des conflits armés, des catastrophes naturelles et encore des massacres, un siècle qui serait en quelque sorte le rejeton atrophié du précédent, encore plus mouvementé, toujours moins apaisé, un siècle-monstre (j’utilise à dessein le trait d’union qui a une importance chez Camille de Toledo), un siècle-folie, un siècle-vertige, un siècle-déjà-mort.

 

« Voici ce que je nomme : inquiétude.
Veille et terreur qui ne cessent de grandir en nous.
Quiétude que nous espérons,
mais qui nous quitte au fil de l’âge. »


Ce texte de Camille de Toledo est très court, très dense, aussi court que riche et fécond. C’est un chant où le lyrisme est assumé, un texte poétique, fouillé, politique, éthique, po-éthique dit l’auteur dans la vidéo que je reprends à la fin de ce billet, un texte où se mêlent le temps, l’Histoire, la géographie, les langues, la littérature, le cinéma, la philosophie, la politique et l’actualité. Ici la voix pourtant grave envoûte et le rythme haché emporte tout.


« Nous sommes des femmes et
des hommes du vingt-et-unième siècle,
et nous devons, maintenant,
apprendre à vivre entre les langues.
dans l’inquiétude informe, métaphorique
de toute chose. L’effroi au-dessus de nos têtes.
Partout, l’inquiétude.
Le tremblement, là, au bout du jardin,
Et la sonnette du portillon qui annonce encore,
toujours, que le temps des monstres
et des catastrophes n’est pas
derrière nous. »


Les interrogations que l’auteur soulève sont nombreuses. Il y est notamment question de la place de la littérature dans notre monde, du rôle de la technologie, de la place de l’homme dans cette Europe que certains voudraient refermer sur elle-même, hanter, diaboliser, terroriser. Quels rapports entre le massacre de Columbine (États-Unis, 1999) et celui d’Utoya (Norvège, 2011) ? Qu’est-ce qui rapproche ou sépare un père qui attend son enfant, priant en silence, et une mère qui, parce que son enfant n’est plus là où il devait être (sur le manège), pense déjà au pire ? Pourquoi tant d’inquiétude et de terreur ? Pourquoi si peu d’apaisement ? De Pascal à Zweig, de Stig Dagerman à Aimé Césaire, de Walter Benjamin à Pasolini, ce chant va creuser là où « l’inquiétude est entrée (…), dans le corps des choses. » Et face à notre « impossible apaisement/ dont nous portons le souvenir », l’auteur se demande comment éviter de trouver refuge dans la nostalgie – et quelle nostalgie d’ailleurs, celle d’un temps qui aurait été meilleur ? mais de quel pays aurions-nous le regret, nous qui sommes des bâtards (aujourd’hui on dit métis, ça fait plus politiquement correct) ? Il s’insurge aussi contre ceux qui font du commerce avec la consolation (« impossible à rassasier » comme on le sait) et le poète saoule d’ailleurs le Messie quand il vient frapper à sa porte. Reste alors à trouver le « seul endroit sauvage qu’il nous reste » : « l’entre-des-langues ».


« Là, pas de maître-mot, mais un trou,
un vertige, une hésitation.
A nowhere land, une terre sans mot,
sans doute pas même une terre.
Un non-lieu que je nomme u-topos,
où nous pourrions bien apprendre
à penser ; non pas dans la langue de l’autre,
mais dans l’entre, là où nous sommes également muets,
traversés par le même effroi.
Là, justement, où nous devons apprendre à vivre,
dans l’inquiétude de toute chose. »


L’inquiétude d’être au monde de Camille de Toledo, écrit et lu à Lagrasse en août 2011 lors du Banquet du livre et publié depuis par les éditions Verdier, est disponible en librairie dans sa version imprimée (6.30 €) ; quant au fichier ePub (4.85 €), il peut être téléchargé sur ePagine et chez tous les libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG



Camille de Toledo, L’inquiétude d’être au monde
éditions Verdier

24 janvier 2012

Sous les toits & Le cri de l’oiseau moqueur | Sébastien Ayreault

Aujourd’hui, découverte d’un auteur : Sébastien Ayreault qui vient de publier coup sur coup un roman et une nouvelle en numérique, Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur, chez StoryLab (les illustrations sont de Noémie Barsolle). Et ça dépote !


© Noémie Barsolle

David Serre est le nom du personnage et le double de Sébastien Ayreault. C’est la deuxième fois qu’il apparaît. Après Dieu vit au-dessus du frigo (Ex-Æquo, novembre 210), il débarque Sous les toits de Paris (StoryLab) et on me dit même qu’un troisième volet lui serait consacré (à Atlanta cette fois ?).

David Serre n’est donc plus un enfant, il a quitté l’Ouest de la France pour Paris avec en tête pas mal d’ambition et un peu de fric en poche mais très vite dépensé. David Serre s’ennuie un peu, picole beaucoup, mange mal, se masturbe entre une ou deux mésaventures dans son immeuble et quelques poèmes scatologiques griffonnés. Dans ses errances urbaines, David Serre rencontre des types pas si paumés que ça et forcément attachants ainsi que des filles qu’il ne sait (ou ne peut) pas retenir. Car David Serre ne sait pas où il va mais il y va. Et, à partir du moment où il se met à lire Miller, Bukowski, Fante ou encore Calaferte, David Serre se dit qu’il a trouvé sa voie, qu’il sera écrivain ou rien. Je ne sais pas si alignées comme ça ces phrases peuvent donner envie d’aller lire Sous les toits de Sébastien Ayreault. Pourtant cet auteur vaut le détour et son histoire décolle très vite, servie par des phrases qui font mouche, un style direct qui peut rappeler les auteurs cités supra mais sans mimétisme, sans maniérisme (sauf au début peut-être, le temps de s’y coller).

Peu importe l’histoire ici, d’ailleurs je ne la raconterai pas. Ce n’est pas ça qui a retenu mon attention. Que David Serre aille se cogner dans Paris, en banlieue, à Katmandou ou bien qu’il fasse et défasse ses premières armes n’y changera rien. C’est l’écriture qui compte, comme toujours, et le fait que celle-là contienne tout ce que le monde contemporain nous injecte (parfois de plus déstabilisant) m’a plu. Les déplacements ne sont juste là que pour décentrer David Serre et montrer la dispersion ou au contraire le sentiment de claustrophobie qui habitent ce personnage. Car pour moi ce roman de Sébastien Ayreault est avant tout un regard sur notre aujourd’hui, la dérive (avec tentative de s’en sortir et non de revenir à la case départ…) d’un jeune type qui doit traverser Paris + banlieue dans tous les sens pour survivre, une plongée dans l’intérim et la vie en usine ainsi qu’une saignée de la réalité sans cesse déformée par les litres d’alcool descendus. C’est aussi une vision, certes plus trash que ce qu’on nous propose en général en tête de gondoles, sur l’inquiétude d’être vivant et sur l’incertitude d’être soi d’un qui ne calculerait pas, jamais. D’ailleurs, le présent et l’écriture le travaillent tant qu’il est capable d’oublier ceux qui vivent à ses côtés. Oui David Serre est un personnage égoïste, instable, fragile comme tout, et borderline. Le constat est parfois sévère même si l’auteur jamais ne juge ni ne cherche d’excuses ou de justifications à ses actes. On est là, avec lui, au jour le jour, dans sa peau, son corps même, ses gueules de bois et ses descentes… Et si ça file à cent à l’heure c’est bien parce que David Serre vit tout intensément (quand il ne déprime pas) malgré les nombreuses galères et avec le minimum d’entraves. Et parce que David Serre cherche une solution pour gagner sa vie le plus facilement possible afin d’avoir du temps pour écrire. Comme l’usine ne lui permet pas ça, la musique sera peut-être son salut. À vous de lire…

© Noémie Barsolle

Pour ceux qui préfèrent les textes plus courts, les nouvelles, Sébastien Ayreault vient de publier Le cri de l’oiseau moqueur qui se lit en moins d’une demi-heure. On retrouve ici la même ambiance, la même auto-dérision, le même univers, noir, glauque et attachant, que dans Sous les toits, via un récit polyphonique sur fond de fin du monde, une structure narrative plus éclatée et une virée à travers les USA en compagnie de déjantés de première. En la terminant je me suis dit que les frères Coen devraient adapter cette nouvelle.

Pour aller plus loin, Sébastien Ayreault anime également son propre blog et nous permet d’écouter ses dernières chansons. Il a également écrit sur ventscontraires et a proposé un feuilleton sur le site des éditions de l’Abat-Jour. Et maintenant deux extraits. Le premier est issu de Sous les toits et l’autre du Cri de l’oiseau moqueur. Ils sont tous deux accompagnés d’illustrations saignantes de Noémie Barsolle qui a également signé la couverture de Sous les toits.

Ces deux titres sont disponibles chez tous les revendeurs de livres numériques, notamment sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

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Extrait de Sous les toits,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. Urban stories, 2.99€

« L’usine, les jours, les semaines, les mois qui défilent à la pointeuse. Identiques, sans un souffle de vent. Les mêmes blagues, les mêmes histoires de famille, les mêmes gueules dans le fumoir, la même Vierge en pendentif, la même paie. Mes siestes l’après-midi. Luba à l’université. Mes soirées à enregistrer chez Phil. Luba endormie à mon retour. L’alcool, les drogues, les aspirines 1000 vitaminées au réveil. Et puis Le If disparu à jamais.

J’avais fini par ouvrir un blog. J’y publiais les textes de mes chansons, des petites nouvelles, des poèmes, quelques états d’âme. J’avais deux, trois lecteurs. Deux, trois lecteurs qui écrivaient aussi. On s’envoyait des compliments, des commentaires et souvent, je me sentais misérable. Souvent, Cambrasse couchée sur mes genoux, je repensais à mon hamster, rongeant ses barreaux, courant comme un con dans sa roue blanche. J’avais complètement zappé mon histoire avec Laura, mais pas celle avec Agnès. J’avais retrouvé son numéro de téléphone dans l’annuaire. Elle vivait toujours au même endroit. J’avais envie de l’appeler, de lui parler. Minuit à la pendule. Je regardais le téléphone, j’hésitais, et puis je partais à la fenêtre. Une fenêtre pleine nuit. Je rêvassais. J’imaginais une de mes chansons passant à la radio et Agnès, dans sa voiture, qui soudain reconnaissait ma voix. A l’autre bout de l’appartement, à des kilomètres de là, Luba dormait. Luba dormait de plus en plus. J’avais trouvé une boîte d’antidépresseurs planquée dans son sac. Lui en parler, avouer que je fouillais dans ses affaires… Je me taisais. Ce n’était pas nos vies de tous les jours qui s’accordaient mal – on riait, on buvait, on dansait nu sur des musiques débiles – plutôt nos rêves qui grinçaient les uns contre les autres. Luba voulait parcourir le monde et moi le monde, je m’en foutais. Du moins, le monde pouvait attendre. J’étais complètement parti dans cette affaire de chanteur. Je me voyais tout là-haut. Je me voyais number ONE, mal rasé, à la télé, à la radio, sur des affiches dans le métro. Je me voyais partout, causant de tout, donnant mon avis sur tout. Et plus ma découpeuse découpait, séparait et empilait les relevés de banque, plus je délirais. Et ouais, j’allais taper sur des bambous, gagner quelques millions, et sûr putain, sûr que ça m’irait vachement bien.

N’oublie jamais : « Peu importe ce que tu fais. Il y aura toujours des gens pour aimer, d’autres pour détester, et la plupart pour s’en foutre. » »

 

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Extrait du Cri de l’oiseau moqueur,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. One shot, 0.99€

« J’ai toujours aimé écrire. Des bouts de phrases sur des bouts de papier. Éphémères.
Je n’ai pas su quoi en faire. L’abandonner au bord de la route n’était pas une solution. Pas que j’en avais spécialement quelque chose à foutre qu’il se laisse crever, j’avais surtout la trouille qu’il aille se dénoncer à la police. Et ça, il en était hors de question. Je l’avais payée assez cher ma liberté.
Fin octobre – marre de rouler, marre des motels, marre de fuir – j’ai loué une maison dans le sud de l’Idaho, à Cedar City. C’est de là que j’écris, en ce 20 décembre 2012.
Il fait chaud. Étrangement chaud. Par la fenêtre, je l’aperçois en train de peindre cette cabane en bois. Voilà plusieurs jours qu’il est dessus. C’est pour les oiseaux moqueurs, qu’il dit. En souvenir de Billy. Après ça, il descendra à la rivière, il y restera une bonne heure, et puis il reviendra, s’effondrera devant la télé, et je lui donnerai ses médicaments. Quinze jours qu’on n’a pas baisés. Je crois que c’est le rouge. Il ne me parle plus de la fin du monde. Aucun besoin. Parce que la fin du monde, elle est en lui. Il la porte en lui. Pire qu’un poison. (Hillary, Carnet intime, feuilles déchirées, retrouvés dans un pick-up…)
« 

22 janvier 2012

« Pirater ! Moi ? Jamais ! » by Numeriklivres

Il y a un peu moins de deux ans maintenant (juin 2010) arrivaient sur ePagine (et sur les sites des libraires partenaires) les premiers titres propulsés par la maison d’édition de Jean-François Gayrard, Numeriklivres (qu’on peut également orthographier comme ça, Numerik:)ivres). Dès le départ l’éditeur a fait plusieurs choix, et c’est de cela que j’aimerais parler aujourd’hui.

Le premier de ces choix a été de publier des textes destinés à n’être lus qu’en numérique, autrement dit de proposer aux lecteurs des textes à lire en ligne (streaming) et à télécharger aux formats numériques (PDF, abandonné depuis, mobi/kindle et ePub) sans passer par la version imprimée. Dix-huit mois plus tard, le catalogue se compose de plus de 80 titres dont la plupart sont des histoires (nouvelles, récits, romans) et des essais écrits par des auteurs d’aujourd’hui même si nous trouvons également depuis peu des grands classiques de la littérature. En parcourant à nouveau ce catalogue que je commence à bien connaître (on en a souvent parlé ici), on remarque désormais que la palette est cette fois très étendue : récits poétiques, érotiques ou fantastiques, romances et thrillers côtoient essais, études, réflexions mais également les BD (celles du Plup) et même l’humour. De trois collections au départ (Histoires à lire debout, Nouvelles à lire debout, Carnets à blog), la maison aujourd’hui en compte cinq supplémentaires (Comprendre le livre numérique, Les grands classiques en numérique, Roman de fille, 45 min et Les petites histoires à lire debout) sans compter ses coéditions avec Robert ne veut pas lire et Delbusso éditeur.

Le deuxième choix a été de proposer des textes qui ne dépasseraient pas 10 €. En fonction du nombre de signes et des contraintes techniques, les textes sont généralement vendus entre 0.99 € et 9.99 € (exception faite pour une des deux éditions du Roi des éditeurs). Dans tous les cas, près de 60 titres ne dépassent pas les 4.99 €, le reste se situant entre 5.99 € et 9.99 € (20 titres, coéditions comprises).

Le troisième choix a été, dès le départ, de jouer la clé de l’ouverture et de la confiance. Aucun verrou anti-copies (ou DRM) n’a en effet jamais été posé sur les fichiers numériques. L’éditeur s’en est d’ailleurs souvent expliqué sur les blogs, les réseaux sociaux et les forums. Une note d’intention figure désormais dans chacun des ebooks. Et si j’ai choisi de reproduire cette note à la fin de ce billet (capture d’écran), c’est bien parce qu’elle me semblait bien faite, pédagogique et pertinente, respectant le lecteur tout en mettant l’accent (à l’heure du « tout gratuit ») sur le travail que demande la création de telles oeuvres (de la part des auteurs, des « codeurs » et des éditeurs).

Si vous ne connaissez pas encore cette maison d’édition, n’hésitez pas à consulter son catalogue. Sûr que vous trouverez là des histoires et des écritures que vous aurez plaisir à lire avec votre Cybook Odyssey, votre dernière liseuse Sony, votre tablette Samsung ou votre iPad. Et maintenant quelques conseils (ah quand même, il était temps…)

Parmi les derniers titres mis en ligne, hormis le shadokien Plup qui me fait toujours autant rire (un nouveau Plup vient d’ailleurs d’être mis en ligne ces derniers jours, attention au cactus !), je conseillerais aux amateurs de littérature de lire Avez-vous connu l’amour de Karl Dubost qui, de Montréal à Tokyo en passant par l’Australie et la Normandie, cherche à retenir (par les mots et les images) ce qui, par inadvertance, par fatigue, par trop d’inattention, s’échappe trop souvent. Il y a une grande sensibilité dans cet ensemble de textes, tous issus de ses carnets via son site La Grange (cf. aussi L’ange comme extension de soi chez publie.net) ainsi qu’une perméabilité aux êtres et aux éléments qui émeut souvent ou fait sourire (dans le bon sens du terme). On se déplace beaucoup avec lui, en lecture et en écriture ; on questionne également le temps (qui passe et qu’il fait), sa relation aux autres (physique et virtuelle), le numérique, le quotidien, la ville et, avant toute chose, sa place dans le monde (distance). C’est très délicat.

Dans un genre totalement différent (plus trash et plus punk, mais tout aussi efficace), si vous êtes amateurs de thrillers et de feuilletons, ruez-vous sur le Waldgänger, le thriller fantastique, futuriste et sans pitié de Jeff Balek en 6 épisodes (le premier est gratuit, les autres sont vendus 0.99 € chacun et le dernier arrive d’ici une semaine). Promis, on reparlera !

En attendant, bonnes lectures en numérique.

ChG


20 janvier 2012

L’Enfer Khmer ou comment Rithy Panh écrit et filme son Si c’est un homme

Une fois n’est pas coutume, il sera aujourd’hui question d’un livre mais également d’un film. Et tous les deux sont bien difficiles à conseiller tant ils nous saisissent d’effroi. Le génocide cambodgien et plus particulièrement l’un des responsables de la disparition et de la mort de près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979 au Cambodge sont au cœur de deux monuments récents écrits et réalisés par le cinéaste cambodgien Rithy Panh : Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer (le film) et L’élimination, récit écrit en étroite collaboration durant plus de deux années avec Christophe Bataille.


 

Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer est un documentaire de 90 minutes écrit, monté et réalisé par Rithy Panh à partir de plus de 300 heures de rushes. Là, il laisse la parole à Kaing Guek Eav surnommé Duch, un homme qui a dirigé pendant quatre ans une prison des maquis khmers rouges, M13, avant de commander de 1975 jusqu’à la débâcle khmère en 1979 un centre, S21, dans lequel il a fait torturer, tuer et disparaître plus de 10.000 personnes. Quand j’écris « faire disparaître » je pense au terme « kamtech » qui en cambodgien serait quelque chose comme « détruire puis effacer toute trace ». (« La langue de tuerie est dans ce mot. Qu’il ne reste rien de la vie, et rien de la mort. Que la mort elle-même soit effacée », écrit Rithy Panh.) Cet homme, Duch, « a été le premier responsable khmer rouge présenté devant les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC). À la fin de son procès, Duch a demandé sa remise en liberté. Néanmoins, il a été condamné à 35 années d’emprisonnement. Duch a fait appel. » (texte inscrit au générique).

« C’est un homme de mémoire. Rien ne lui échappe. Il aime la méthode et la doctrine. Il n’a cessé d’affiner la machine de tuerie – et son langage même. (…) Plus tard, Duch me confie : “ Dans le passé, j’ai pensé que j’étais innocent. Maintenant, je ne pense plus ainsi. J’ai été l’otage du régime et l’acteur de ce crime. ” »

Dans le film, les gestes, les silences et les rires de cet homme sont aussi importants et glaçants que ses propos (ne dit-il pas par exemple qu’il estime avoir pleinement rempli sa mission ?) ou sa manière de décrire avec minutie les rouages de cette machine destinée à détruire l’humain. Rithy Panh le laisse s’accuser, se contredire, mentir jusqu’à même réaliser qu’il est devenu « l’instrument de cet homme ». Il n’y a aucune autre intervention de la part du réalisateur sinon après coup lors du montage, sinon des images qu’il incruste à cette voix qui nous remue les entrailles tant elle est posée, calme, moqueuse, manipulatrice, des photos et des films d’archives récoltés depuis des dizaines d’années, sinon des extraits de son documentaire réalisé en 2003 sur ce même centre de torture S 21 et dans lequel il avait filmé la rencontre entre les bourreaux et les victimes et où déjà il laissait beaucoup de place à la parole nue, aux silences et où il demandait « aux « camarades gardiens » de « faire les gestes » – une façon de prolonger la parole ». Alors on repense à tous ces moments où Duch lit à haute voix des slogans de l’Angkar (L’Organisation) qu’il choisit parmi la cinquantaine apportée par Rithy Panh. « À te garder, on ne gagne rien. À t’éliminer, on ne perd rien. », par exemple.

« Je n’ai retenu que deux plans pour filmer Duch : face à la caméra ; et légèrement de biais. Le dispositif est serré. Austère. » (…) Grâce au cinéma, la vérité advient : le montage contre le mensonge. »

Mais ce face à face (on imagine bien) a laissé des traces. Rithy Panh, qui s’est échappé à 15 ans des camps d’extermination khmers et qui depuis 20 ans a choisi l’image et le cinéma (une quinzaine de documentaires et de films déjà) pour s’emparer de la question cambodgienne, et plus particulièrement du régime communiste cambodgien de Pol Pot et des tortures khmères rouges, a cette fois ressenti la nécessité de raconter sa propre histoire, en mots, ce qu’il n’avait pas fait jusque-là, l’image étant essentiellement son mode de communication. Pour ce faire il a demandé à l’écrivain Christophe Bataille de l’aider à remettre de l’ordre dans ses souvenirs (parfois flous) et à trouver à la fois la structure et le ton adéquats. Plus de deux ans de travail… De cette rencontre (confrontation) le livre L’élimination dit alors ce que l’image ne montre pas, ce qu’elle a réveillé en lui comme insomnies, autodestructions, fantômes, blessures, cauchemars… Ainsi le récit fait s’alterner scènes de l’enfance (fuite avec sa famille, disparitions et morts, camps de travail, maladie, nettoyage de la zone des morts, fuite et refuge dans le camp de réfugiés), confrontation avec Duch et errances, doutes, angoisses entre la France et le Cambodge. Dans ce récit on sent bien que Rithy Panh cherche la bonne distance, comme au cinéma, la bonne distance face à celui qui est filmé, raconté, face à ses souvenirs, face à sa quête. Et la plupart du temps ça semble fonctionner. Sauf lorsqu’il se retrouve seul. Ce qui s’ouvre alors devant lui n’est plus que verticalité, précipice, peur du vide et vertige. Je crois que c’est ce double mouvement qui m’a le plus touché parce que Rithy Panh ne cherche jamais à en rajouter, on le sent bien, mais sa souffrance est réelle, pas fabriquée.

« Je n’aime pas le mot « traumatisme » qu’on ne cesse d’utiliser. Aujourd’hui, chaque individu, chaque famille a son traumatisme, petit ou grand. Dans mon cas, c’est un chagrin sans fin ; images ineffaçables, gestes impossibles désormais, silences qui me poursuivent. »

Ces deux œuvres sont ainsi indissociables et complémentaires, artistiquement parlant (procédé cinématographique d’une part et pacte autobiographique de l’autre) mais aussi tout simplement parce qu’elles sont des témoignages essentiels. Si, dans le film, Rithy Panh a enlevé tous les moments où il s’adresse à Duch, dans son livre c’est bien l’inverse qui se passe. Néanmoins on ne peut pas parler de making-of (ce serait beaucoup trop réducteur, trop faible, trop commercial comme terme, voire même insultant). Ce texte en effet n’est pas la simple adaptation du documentaire ou un travail sur les coulisses du film mais il va creuser beaucoup plus loin que là, dans le passé de Rithy Panh mais aussi dans son corps et dans son inconscient. Il parvient à saisir ce qu’il a vécu jusque dans la dépossession de son propre corps.

« Pendant quatre ans, je me suis souvent lavé tout habillé. Accroupi, je renversais sur moi un seau d’eau. Ou j’entrais dans une rivière. Je frottais le tissu, mon cou, mes cheveux, mes chevilles, mes pieds. Je séchais au soleil. Ainsi j’étais propre. Je n’ai jamais utilisé de savon ou de dentifrice. Rien n’était à moi : pas même ma nudité. Si j’ose dire : pas même notre nudité, car je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un corps vivant dénudé. Je ne me souviens pas non plus avoir vu mon visage, sauf dans les reflets de l’eau. Seul un individu a un regard sur son corps, qu’il peut cacher, offrir, partager, blesser, faire jouir. Contrôler les corps, contrôler les esprits : le programme était clair. J’étais sans lieu ; sans visage ; sans nom ; sans famille. J’étais dissous dans la grande tunique noire de l’organisation. »


 

Le documentaire nous secoue notamment parce qu’il nous met face aux propos et à la rhétorique du tortionnaire, on est saisis par son calme et son machiavélisme, par ses tentatives de séduction et de manipulation. Là c’est Rithy Panh qui filme. Il n’a pas besoin d’en dire plus. La force du réalisateur est là, de son film aussi. Mais on ressort de là avec un malaise encore plus profond quand on connaît un peu l’histoire du réalisateur. Je me suis alors dit qu’il lui aura fallu une grande force pour se taire, pour aller au bout de ce film dans lequel il ne souhaitait ni banaliser ni sacraliser le bourreau mais filmer quelqu’un qu’il pouvait « toucher à hauteur d’homme » (« je me tiens à distance humaine. Je veux pouvoir toucher mon sujet. »). Car tel est le parti pris de Rithy Panh dans ses deux œuvres (on n’est pas encore dans le pardon mais dans le souci de justice pour l’instant) : pour lui, Duch a sans doute fait tuer plus de 10.000 personnes à lui tout seul mais il reste avant tout un homme (ni un monstre ni un malade) qu’on doit laisser parler, qui doit être jugé. « Aujourd’hui, je ne cherche pas la vérité mais la parole », écrit-il. Ou encore : « Il est humain à chaque instant : c’est pourquoi il peut être jugé et condamné. » Cette force-là on la ressent également dans son livre sauf que là ce ne sont plus des images qui défilent mais des mots, des phrases qu’on reçoit et que, dans L’élimination, ce n’est plus Duch qui parle mais Rithy Panh. Et si cette fois il a ressenti le besoin d’écrire (et non de filmer) son histoire personnelle, nous, lecteurs, nous ne ressortons pas de là indemnes non plus. Ces deux œuvres qui n’en font qu’une nous renvoient très rapidement à d’autres horreurs que le vingtième siècle aura créées, à d’autres monuments artistiques aussi, à d’autres témoignages essentiels. Nous penserons beaucoup à Primo Levi, Charlotte Delbo, Robert Antelme, Elie Wiesel, Vassili Grossman, Claude Lanzmann, Abdourahman Waberi, Jean Hatzfeld, Duong Thu Huong et à tant d’autres encore. Nous serons aussi mal à l’aise, bouleversés et terrifiés. Nous retrouverons cette impression ressentie chez ses prédécesseurs (si je puis dire) et nous serons stupéfaits voire terrifiés : de l’horreur aura jailli une fois encore un objet complexe et fondamental.

« La faim est le premier des crimes de masse. » (…) J’ai aussi été celui qui mange des épluchures. Je me souviens avoir vu, sur d’autres images d’archives, des cochons se promener dans la Bibliothèque nationale de Phnom Penh, vidée par les Khmers rouges. Ils bousculaient des chaises et piétinaient des épluchures. Les cochons remplaçaient les livres. Et nous remplacions les cochons. »

Le récit de Rithy Panh est également celui de ses jeunes années, de son rapport à sa famille, à ses parents (il y a des moments magnifiques là aussi sur « l’avant »), à son pays. Puis, plus on avance plus le récit devient insupportable. L’usage du présent au milieu de bribes racontées au passé rend encore plus fort ce qui est dit. Et ce qui nous accompagne longtemps après avoir terminé le récit c’est cette façon que Rithy Panh a d’aller de l’avant, de dépasser son chagrin et, malgré ce qui s’est passé et qui le hante encore, de croire encore à la vie, au vivant et à l’humain.

« Je voudrais que ces pages soient loin des slogans khmers rouges, loin de la violence. Loin de la révolution. » (…) le travail de recherche, de compréhension, d’explication, qui n’est pas une passion triste : il lutte contre l’élimination. Bien sûr, ce travail n’exhume pas les cadavres. Il ne cherche pas la mauvaise terre ou la cendre. Bien sûr ce travail ne nous repose pas. Ne nous adoucit pas. Mais il nous rend l’humanité, l’intelligence, l’histoire. Parfois la noblesse. Il nous fait vivants. »

Si vous souhaitez aller plus loin avant de voir le film et ensuite de lire ce récit, je vous renvoie à ce texte qui m’a beaucoup touché de Richard Rechtman, directeur d’études à l’EHESS, « Reconstitution de la scène de crime » qu’on peut lire sur le site de la revue de culture contemporaine etudes ainsi qu’à l’entretien croisé entre Rithy Panh et Christophe Bataille sur le site du Monde, c’est époustouflant. Sur la fiche détail du livre numérique vous pourrez également regarder en ligne la vidéo bande annonce du film de Rithy Panh et télécharger gratuitement au format ePub un extrait de L’élimination. Ce récit est disponible dans sa version imprimée chez tous les libraires et en numérique via ePagine sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG


Oeuvres de Rithy Panh citées dans ce billet.

Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer, film écrit, réalisé et monté par Rithy Panh (Acacias Films, janvier 2012).
S21, la Machine de mort Khmère rouge, documentaire écrit et réalisé par Rithy Panh (sorti en salle en 2004).
L’élimination, récit de Rithy Panh avec Christophe Bataille (Grasset, janvier 2012), 19 € la version imprimée, 14.99 € en numérique (avec DRM).

18 janvier 2012

Le succès numérique des éditions Bragelonne

Hier j’ai réalisé que l’un des articles les plus consultés de ce blog, celui consacré à l’arrivée en numérique des premiers titres des éditions Bragelonne en novembre 2010, ne ressemblait plus à rien. Vu que les soixante premiers titres avaient changé (à quel moment ?) d’ISBN, il n’y avait plus moyen de consulter les fiches sur le site. Malgré cela, on continue à le consulter tous les jours… Paradoxal. Comme quoi (réflexion peut-être inutile et simpliste ?), apporter du contenu via des billets sur un blog signifie aussi les entretenir régulièrement. Mais qui s’en soucie ? Et qui prendra le temps de le faire ? Car il faut savoir qu’entre la recherche des nouveaux liens dans le catalogue, les vérifications, la suppression des titres qui ont disparu depuis et un nettoyage typographique, ce petit jeu (s’il en est un) m’a pris toute une matinée. Mais difficile de laisser un billet en l’état quand il est l’un des plus lus (près de 1.500 consultations à ce jour) et qu’il semble donc intéresser les internautes (puisqu’il tourne encore plus d’un an après) alors qu’il n’est qu’une présentation très formelle de ce catalogue.

Suite à ça je suis allé regarder de plus près le catalogue numérique actuel des éditions Bragelonne, l’un des plus vendus chaque jour. Et là, quand j’ai vu qu’on était passé de 60 titres fin décembre 2010 à 287 titres fin 2011 (ce qui représente plus de la moitié du catalogue papier des éditions), je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose (je précise : à mon niveau et avec les moyens du bord, n’étant pas un spécialiste ni un lecteur assidu du genre). J’ai réalisé que certains titres avaient en effet disparu (des séries qui marchaient pourtant bien, comme celle de Peter F. Hamilton, L’Étoile de Pandore), que d’autres avaient été complétées et surtout que de nouveaux titres avaient été mis en ligne. Et ça dans tous les genres soutenus par Bragelonne, qui est (je le rappelle) le premier éditeur francophone des littératures de l’imaginaire : fantasy, science-fiction, fantastique, bit-lit, terreur… Du côté des prix, Bragelonne n’a pas changé sa politique. Les textes sont toujours proposés entre 2.99 € et 12.99 €, sachant que près de 97% des titres du catalogue ne dépassent pas 9.99 € (60% du catalogue est disponible à moins de 5 €). Dès le départ la maison d’édition a également fait confiance à ses lecteurs en ne posant pas de verrous anticopies sur les ebooks et la politique de la maison n’a pas changé là non plus. Et le résultat est là : Bragelonne aurait vendu en 2011 plus de 50.000 textes au format numérique (source eBouquin).

Pour information, l’image reproduite plus haut est une sélection des 15 titres les plus téléchargés depuis le début. Vous pouvez la retrouver en ce moment à la une d’ePagine ainsi que sur bon nombre de sites de libraires partenaires (cf. les liens à la fin de ce billet). Si vous choisissez de cliquer sur l’image vous arriverez directement sur la page dédiée au catalogue Bragelonne sur ePagine.

Ce succès est aussi dû au fait que le catalogue numérique est représentatif de ce que défend depuis 2000 cette maison indépendante, à savoir un des catalogues les plus complets dans le domaine de la Fantasy et de la SF ainsi que des auteurs aujourd’hui incontournables pour les amateurs des littératures de l’imaginaire (David Gemmell, Raymond E. Feist, Fiona McIntosh, Peter V. Brett, Col Buchana, Ange, Pierre Pevel, Henri Lœvenbruck, Arthur C. Clarke, Richard Morgan, Graham Masterton ou encore James Herbert). Je ne sais pas si c’est utile mais je me suis amusé à faire une recherche par nom et à lister (avec liens) tous les auteurs (voir ci-dessous). Sûr que cette liste évoluera et qu’il me faudra la remettre à jour régulièrement. Entre parenthèses j’ai également indiqué le nombre de titres disponibles à ce jour.



Pour consulter le billet de novembre 2010 sur l’arrivée en numérique de Bragelonne, c’est par ici.

Pour aller plus loin, visitez le site de la maison d’édition mais aussi son blog, son forum, sa page Facebook, son compte twitter. La communauté Bragelonne c’est aussi Milady et Castelmore.

Tous les titres peuvent être consultés et téléchargés via ePagine sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).

Bonne lecture.

ChG


Auteurs Bragelonne et nombre de titres en numérique à ce jour :


A
Lara Adrian (4) Kevin J. Anderson (6) Ilona Andrews (4) Ange (3) Kelley Armstrong (6) Keri Arthur (6) Philip Athans (1)

B
Richard Baker (1) James Barclay (7) Greg Bear (1) Carol Berg (3) Jenna Black (4) Gary A. Braunbeck (1) Peter V. Brett (3) Patricia Briggs (9) Kristen Britain (4) Col Buchanan (1) Royce Buckingham (2) Chris Bunch (3) Jim Butcher (5) Richard Lee Byers (1)

C
Jérôme Camut (4) Cinda Williams Chima (2) Scott Ciencin + Troy Denning (3) Arthur C. Clarke (2) Dawn Cook (4) Louise Cooper (3)

D
Lauren DeStefano (1) Dave Duncan (6)

E
Kate Elliott (2)

F
Raymond E. Feist (24) Lynn Flewelling (3)

G
Mathieu Gaborit (3) Yasmine Galenorn (7) Emily Gee (1) David Gemmell (7) Ian Graham (1) Simon R. Green (14) Gudule (6) David Gunn (3)

H
Lisi Harrison (3) William Heaney (1) James Herbert (6) Jim C. Hines (3) Shaun Hutson (2)

K
Paul S. Kemp (1) Jasper Kent (1) E.E. Knight (8)

L
Mercedes Lackey (4) Joe R. Lansdale (1) Henri Loevenbruck (3) Adriana Lorusso (2)

M
John Marco(3) Ari Marmell (2) Graham Masterton (7) Richard Morgan (4) Robert McCammon (2) Fiona McIntosh (4) Richelle Mead (6)

N
Linda Nagata (1) Stan Nicholls (4) Eric Nylund (1)

P
K. J. Parker (3) Jesse Petersen (2) Pierre Pevel (3) Tim Powers (1)

R
Thomas M. Reid (1)

S
R.A. Salvatore (14) Ellen Schreiber (3) Magali Ségura (3) Lisa Smedman (1) Michael A. Stackpole (3) Matthew Stover (1)

T
Karen Traviss (3)

W
Lawrence Watt-Evans (3) Erik Wietzel (1) Chris Wooding (1) Stephen Woodworth (2)

Z
Sarah Zettel (2)

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