Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

18 avril 2014

Centenaire de la naissance de Marguerite Duras

 

Dossier Marguerite Duras sur ePagine

Dans le cadre du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, Ombres Blanches et ePagine vous proposent un catalogue numérique Duras .

Construit à partir du dossier bibliographique Marguerite Duras de la librairie Ombres Blanches ce catalogue numérique Duras est en ligne sur ePagine.fr , et par dissémination sur l’ensemble des librairies rattachées aux animations proposées par ePagine.fr. Nous avons choisi de mettre en avant ses textes par ordre chronologique, par catégories (romans, récits et écrits pour la presse, cinéma/théâtre), par catalogue d’éditeur, mais aussi via des thèmes transversaux. Ce dossier sera mis à jour chaque semaine en fonction des offices de livres numériques sur ou de Marguerite Duras. La thématique de la semaine est autour de la filiation littéraire. Elle reprend l’article de Florence Bouchy intitulé les Enfants de Marguerite Duras, paru dans le Monde des Livres du 4 d’avril.

Nous espérons vous avoir donné envie de quitter votre Vie Tranquille pour plonger dans Un Barrage contre le Pacifique, de rencontrer un Marin de Gibraltar dans un Camion ,de trouver l’Amour et de prendre un Amant, de passer Des journées entières dans les arbres à observer les Petits chevaux de Tarquinia Outside, de rejoindre le Square de Savannah Bay à Dix heures et demie du soir en été pour y rencontrer les Parleuses aux yeux bleus, cheveux noirs, de discuter entre vous, Moderato Cantabile, de cet Homme assis dans le couloir, de la Douleur, de la Maladie de la Mort, d’être renvoyé chez vous par la Pluie d’été sur le Monde extérieur, de rencontrer Agatha et Yann Andréa Steiner, son Amant de la Chine du Nord, de passer l’Été 80 avec la Pute de la côte normande et l’Homme Atlantique à Écrire , de polémiquer avec Emily L. de la Vie Matérielle, qu’elle souhaite Détruire, dit-elle comme Hiroshima mon amour… bref, de relire le Ravissement de Lol V. Stein !

 

Dossier Marguerite Duras sur ePagine

Dossier Marguerite Duras sur ePagine

Dossier Marguerite Duras sur ePagine

Stéphane Michalon, Nina Steffan

13 avril 2014

Thomas Géha – Portrait et interview

Portrait

Portrait de Thomas GéhaCe n’est pas dévoiler un secret que de dire que Thomas Géha est le pseudonyme d’un auteur, éditeur, libraire, critique, jury de prix, préfacier habitant Rennes.
Et non ce n’est pas le pseudonyme d’un collectif, mais bien d’une seule et même personne.
Thomas Géha a sorti son premier livre, A comme Alone en 2005, aux éditions Rivière Blanche.
Depuis, ce ne sont pas moins de 13 nouvelles et 8 romans que Thomas Géha a fait publier. Son premier diptyque, A comme Alone et A contre Alone vient d’être réédité au format papier sous une forme augmentée par les éditions Critic. De plus, le Sabre de Sang (Tome 1 et 2) vient lui d’être réédité au format poche chez Folio SF.

Et côté nouveautés ?

Couverture Cent visagesUn premier roman jeunesse est sorti le 9 avril en numérique chez Rageot Editions, Cent Visages (7,99€, Collection Rageot Thriller).
2025, aux environs d’Évry. Adolescent, Gregor appartient à la frange marginalisée de la population. Alors qu’il pénètre dans un entrepôt en quête de nourriture, il surprend le criminel Cent Visages et est agressé par un inconnu qui lui injecte un produit dans le bras. Gregor s’échappe grâce à une clandestine qui lutte contre le pouvoir autoritaire en place et l’entraîne à Paris chez les militants de la Capucine. Mais ne cherchent-ils pas à l’instrumentaliser ? Et quels liens les relient à Cent Visages ?

On regrettera que la version numérique soit avec une DRM, surtout pour un roman jeunesse. On le sait bien, la DRM d’Adobe nuit à l’usage facile d’un ouvrage numérique.

Interview

eP : Tout d’abord l’exercice bateau, peux-tu nous présenter Cent Visages, sans nous refaire la 4ème ?
Thomas Géha : c’est un thriller d’anticipation dont l’idée m’est venue pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. A l’époque, on parlait beaucoup de l’exclusion des Roms, de les renvoyer manu militari… où au fait ? Dans des camps ? Dans un pays… d’où ils ne sont pas ? Les parquer dans un ghetto ? En règle générale, je commence à trouver plus qu’ignoble la façon dont nos gouvernements successifs traitent les gens, en termes d’humanité. Cent Visages part de ce constat : j’ai donc imaginé une France alternative, qui aurait pu être, qui commence peut-être à être, allez savoir, où les gens qui ont refusé l’identification biométrique sont parqués dans des ghettos autour des villes, où les campagnes sont désertifiées, et où la pauvreté est encore décuplée. Évidemment, tout cela n’est qu’une toile de fond, sans doute plus légère que je ne l’aurais voulu, parce que le roman reste avant tout un thriller d’aventures pour la jeunesse, que j’ai voulu trépidant et plein d’action. On suit donc un jeune garçon du ghetto d’Evry, Gregor, pris dans une histoire compliquée, après avoir croisé le chemin d’un criminel masqué (comme Fantomas un peu) que tout le monde appelle Cent Visages. Son destin va être intiment lié à celui du criminel.

eP : Cent Visages est une virée de ta part dans deux lieux que tu ne nous avais jamais présentés : la jeunesse et le thriller. Après la science-fiction et la fantasy, pourquoi le thriller (même si celui-ci baigne dans l’anticipation ou comme tu le dis sur ton blog avec « une teinte dystopique ») ?
Thomas Géha : j’ai envie de te répondre simplement : parce que Guillaume Lebeau, le directeur de la collection Rageot thriller, est venu me proposer le projet à grands coups de pieds dans l’arrière-train. C’est plus lui que moi qui y a cru parce que la première fois qu’il m’a proposé la chose, j’ai pensé qu’il me faisait une blague… du coup, j’avais laissé filer l’opportunité. On s’est revus au salon du livre de Paris 2013 et c’est là qu’il m’a relancé, par l’entremise d’Anne Fakhouri. Ensuite, comme je ne me sens pas particulièrement enfermé dans un genre en particulier (sic), tant que je me sens l’envie ou plutôt à l’aise, je dis oui ou non. Là, je sentais bien le truc, donc j’ai dit oui.

eP : Et pourquoi destiné d’abord à la jeunesse (même si la lecture du roman sera forcément agréable aussi à un adulte) ? Par envie ou est-ce une commande ?
Thomas Géha : comme on l’a deviné dans mes autres réponses, c’est une sorte de commande de la part de Guillaume Lebeau pour Rageot. J’ai néanmoins dû passer par l’étape du synopsis avant d’être « validé ». La jeunesse, oui, j’avais déjà des envies. J’ai une idée de série qui traîne dans mon placard virtuel depuis des années. Je me dis que Cent Visages, c’est aussi une entrée et un apprentissage. Et que le projet de série jeunesse que j’ai pourrait bien trouver preneur plus facilement par la suite. Enfin, pas avant que j’aie rendu les trois autres romans adultes qu’on m’a demandés !

eP : Ta liste d’ouvrages à venir est bien remplie (un roman de fantasy urbaine écrit à mains avec Anne Fakhouri, et deux autres, en space-opéra et en fantasy rurale (???). Penses-tu qu’écrire un pur thriller adulte te plairait ?
Thomas Géha : pourquoi pas. Mais le pur thriller, ça ne me fait pas fantasmer plus que ça. Je n’ai pas d’idée. Pas de bonne en tout cas. Je serais plus proche d’écrire un roman noir qu’un thriller. Dommage, les romans noirs, ça ne vend pas… on m’a refusé le projet, que j’ai reconstruit dans ma tête, du coup, et transformé en roman noir fantasy rurale (!!!), que je compte écrire pour un éditeur que j’adore.

eP : Tu as eu affaire il y a quelques temps à une petite aventure en relation avec un forum de diffusion gratuite voire pirate de livres numériques, tu es toi-même éditeur et pas encore numérique. Quel est ton rapport avec le livre numérique ? Lis-tu toi-même sur tablette ou liseuse ?
Thomas Géha : c’est faux (^___^). Ad Astra a publié deux ouvrages de son catalogue en numérique. Ils sont disponibles sur le site. Preuve que je n’ai rien de particulier contre le numérique. La différence avec les acharnés du tout numérique, c’est que je suis un modéré (c’est beau ce que je dis ?), et qui plus est un amoureux du livre papier. Je ne considère pas un ebook comme un livre. Un ebook c’est un ebook. Un livre, c’est un autre objet. Les deux sont compatibles, et les deux sont capables, à mon sens, de coexister, parce qu’une banane n’est pas une pomme, même si ce sont deux fruits, si tu vois ce que je veux dire. Ce qui me dérange, dans tous les domaines, c’est le fanatisme. Eh bien, le fanatisme du numérique, ça me dérange aussi. Je trouve ça crétin et contre-productif. Ça ne m’empêche pas de penser qu’il y a de l’avenir dans l’édition numérique et ça ne m’empêche pas de lire sur ma liseuse (la très bonne Bookeen Odyssey). Oui, j’en ai une, je la trouve bien pratique quand je suis en déplacements. J’y lis avant tout des classiques de la littérature et des manuscrits. Je ne l’utilise jamais chez moi, en revanche. Je n’ai toujours rien trouvé de plus plaisant que de m’allonger sur mon lit avec un bon bouquin papier.

Quelques dates

Thomas Géha sera présent en juin à Étonnants Voyageurs , mais le rendez-vous majeur de ce mois sera Les Imaginales à Epinal, où cette année il est invité. Il y sera présent pendant toute la durée du festival, qui se tiendra du 22 au 25 mai. Une de ses nouvelles, « Guetteurs de Nuages », figurera au sommaire de l’anthologie officielle du festival. Comme d’habitude désormais, le livre paraîtra aux éditions Mnemos et est dirigé par Sylvie Miller et Lionel Davoust.
- En juin, du 13 au 15, il sera au festival ImaJn’Ere à Angers, festival dont il est un des parrains avec David S. Khara.

David Queffélec

 

10 avril 2014

Michel Barnier, Se reposer ou être libre

Filed under: + Conseils de lecture,+ Extraits en ligne,+ Qui lit quoi ?,Europe — Stéphane Michalon @ 13:28

Le 17 avril paraîtra Se Reposer ou être libre de Michel Barnier. Les prochaines élections européennes se dérouleront du 22 au 25 mai 2014 dans les 28 Etats membres de l’Union européenne. Les citoyens européens sont appelés à désigner les 751 députés qui les représenteront jusqu’en 2019. Les enjeux sont importants car les parlementaires auront plus de pouvoir dans la prochaine législature, notamment celui de désigner le prochain président de la Commission européenne. La lecture de ce livre rassemblant les propositions d’un commissaire en fonction, contribue aux débats dont nous avons besoin avant les élections de la fin mai, débats d’idées à confronter, qu’ePagine vous propose en tant que libraire, et sans lesquels on ne peut voter qu’à l’aveugle.

En ce qui nous concerne et pour faire suite à la lecture du livre La souveraineté numérique de Pierre Bellanger, chroniqué en mars sur le blog d’ePagine, signalons dans le livre de Michel Barnier :
1) le chapitre IV concernant le numérique et intitulé « Un continent numérique » à l’intérieur duquel sont également abordées sous forme de synthèse les notions de souveraineté, de protections des données, et de propriété intellectuelle.
2) et parmi les 30 propositions de Michel Barnier, celles numérotées 11/Mooc européen, 12 et 14/répartition dans la chaîne de valeur internet et stratégies concernant les industries créatives, 13/Marché unique du cloud.

Ce post vous propose ci-dessous l’introduction du livre ainsi que la table des matières des principaux chapitres.
Le premier chapitre de Se reposer ou être libre est dès à présent téléchargeable gratuitement dans les sites de tous les libraires du réseau ePagine et sur le portail de la librairie ePagine.fr. Il est signalé en fin d’ouvrage que les droits de l’ouvrage sont reversés à l’AFU en Haïti.

Stéphane Michalon, ePagine
se reposer ou être libraire ?

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   Bien avant que je n’engage la démarche d’une candidature pour la présidence de la Commission européenne au sein de ma propre famille politique, le Parti populaire européen, j’avais eu l’idée de ce petit livre en pensant au grand débat citoyen que doit être, normalement, l’élection, en mai 2014, d’un nouveau Parlement européen.

   Aujourd’hui le débat citoyen est là ! Toujours difficile et exigeant lorsqu’on parle de l’Europe. Et mon envie d’y participer est intacte. Cet essai en est la preuve. Il constitue ma contribution à ce que devrait être à mes yeux le projet européen pour les cinq années à venir.

   J’ai écrit ces pages en m’appuyant sur les réussites et les déceptions aussi, vécues depuis quatre ans avec les formidables équipes de mon cabinet et de la direction générale du marché intérieur à Bruxelles. Ces équipes font honneur à la fonction publique européenne.

   Ces pages sont aussi le reflet de mon expérience d’homme politique, d’élu local dans mon pays de Savoie, de ministre français et, à deux reprises, de commissaire européen en confiance avec les présidents Prodi et Barroso. Tout au long de ces étapes et de ces années, jamais je n’ai perdu ma capacité d’indignation ni mon enthousiasme.

   Ces pages n’engagent pas l’institution européenne à laquelle j’appartiens aujourd’hui, ni aucun de mes collègues. Elles expriment mes convictions personnelles et des idées auxquelles je crois.

   Je forme le vœu qu’elles soient utiles à la réflexion de celles et ceux qui prendront le temps de les lire.

Michel Barnier
Saint-Martin-de-Belleville,
le 14 mars 2014

 

« À bas l’Europe ! Vive la France ! »
C’était un dimanche pluvieux de janvier dernier et des milliers de Français manifestaient sur l’esplanade des Invalides contre tout et… le gouvernement. Remontant l’avenue à pied, quelques-uns d’entre eux, en me reconnaissant, me jetèrent ces mots au visage, comme une provocation.
Au même moment, le même soir, des milliers d’Ukrainiens révoltés manifestaient sur la place Maïdan à Kiev pour préserver leur « rêve européen »… Beaucoup d’entre eux y ont sacrifié leur vie…
J’aurais aimé convaincre, au moins parler avec ces jeunes du boulevard des Invalides.
J’aurais aimé leur dire que le choix n’est pas entre la France et l’Europe, qu’elles vont ensemble.
J’aurais aimé leur dire que le choix est entre une Europe indépendante, libre, souveraine ou une Europe sous influence et sous-traitante.
J’aurais aimé leur dire que la Commission de Bruxelles joue un rôle singulier au milieu de ces 28 nations pour qu’elles se tiennent ensemble. Et qu’à Bruxelles, comme à Paris, lorsque les technocrates prennent le pouvoir, c’est que les hommes politiques leur ont abandonné ce pouvoir.
J’aurais aimé leur dire que notre identité européenne, si plurielle, si changeante, ne vient pas remplacer notre identité nationale ou régionale. Elle s’y ajoute.
J’aurais aimé leur dire tant de choses… Je les ai écrites dans cet essai. Comme l’appel au dialogue d’un citoyen engagé qui se veut à la fois patriote et européen. Et qui croit possible de crier en même temps et d’un même mouvement « Vive la France ! », « Go Great Britain ! », « Wiwat Polska ! » et « Vive l’Europe ! ».
Jean Monnet disait souvent : « Je ne suis pas optimiste, je suis déterminé. »
Il y a tant de raisons de pessimisme à propos de la construction européenne. Tant de doutes, de colères, de souffrances que l’on met désormais au débit de Bruxelles et de ceux qui y travaillent.
Mais il y a encore plus de raisons d’une nouvelle détermination.
Stabilité financière, croissance, industrie, énergie, numérique, démographie, solidarités, action extérieure… face à tant de défis, j’ai voulu dire les raisons et l’intérêt que nous avons d’agir ensemble dans ce monde où l’Europe est parfois espérée mais n’est plus attendue.
Mais il y a un autre défi à relever et celui-là commande tous les autres. Celui de la démocratie européenne.
De la confiance des peuples ! De cette « envie d’être ensemble » qui est au moins aussi importante que l’intérêt à être ensemble.
Aux citoyens, il faut dire la vérité. Sur la direction que nous prenons. Sur ce que nous sommes dans cette union. Et sur ce que nous ne sommes pas.
Nous sommes un continent où chaque peuple, chaque religion, chaque opinion, chaque choix de vie est respectable et respecté. Ce sont les valeurs que nous nous sommes promis de défendre toujours et partout, comme on se « protège contre une partie de notre histoire », selon le mot de Daniel Cohn-Bendit. Contre le totalitarisme, le fascisme, le stalinisme, le colonialisme aussi.
J’ai souvent admiré la capacité des États-Unis à affronter tant de crises, sans jamais douter de leurs valeurs.
Mais nous ne sommes pas un peuple européen ! Nous ne voulons pas être une nation européenne. Il n’est pas question d’un État fédéral qui se substituerait aux États-nations ou aux régions.
Nous sommes aujourd’hui 28 peuples qui s’expriment dans 24 langues officielles. Nous formons 28 nations et nous avons 28 États qui tiennent, chacun, à leurs différences, à leurs traditions, à leur culture.
Et pourtant, ces 28 nations ont choisi de vivre ensemble, d’agir ensemble, pas seulement de coexister les unes à côté des autres.
Elles ont choisi de mutualiser un grand nombre de leurs politiques et de partager volontairement une partie de leur souveraineté, simplement pour créer, en plus, une souveraineté européenne. Et être libres !
Cette construction-là est unique dans l’histoire et dans le monde. Elle ne peut pas être simple. Elle est simplement révolutionnaire. Elle est aussi fragile, comme on le voit bien aujourd’hui.
Nous avons besoin des nations pour réconcilier les citoyens avec le projet européen. Nous avons besoin des nations pour combattre le nationalisme. Et, dans le même temps, nous avons besoin de l’Europe pour maîtriser, humaniser, en un mot réussir la mondialisation.
La nouvelle Europe doit être une véritable « fédération des États-nations ». Il lui faudra un visage et une voix forte. Il faudra un jour un président ou une présidente de      l’Union européenne qui réunira les missions d’animer le Conseil européen et de diriger le collège des commissaires où se forgent utilement, je peux en témoigner, les propositions et les impulsions les plus proches de l’intérêt commun.
Les rédacteurs du Traité de Lisbonne ont d’ailleurs pris soin de ne pas interdire cette avancée majeure et symbolique. En réalité, grâce à la sagesse de Valéry Giscard d’Estaing qui présidait alors la Convention européenne.
Prenons garde cependant de ne plus commettre la même faute : pendant dix ans, on a cru pouvoir répondre par le droit au déficit démocratique et à l’inquiétude des peuples. Avant de réviser le moteur, regardons la route et les étapes. L’urgence est le débat politique. Il sera ensuite temps de modifier les traités comme une conséquence des besoins politiques, qu’il s’agisse de prévoir des actions nouvelles, de consolider l’euro ou de changer la répartition des compétences entre les États et l’Union.
Oui il sera temps ! Et je sais bien que les initiatives que je propose dans ces pages ne sont pas possibles à périmètre constant et à budget identique.
Tout le monde d’ailleurs veut faire bouger le périmètre.
Le Royaume-Uni en le rétrécissant. Les fédéralistes en l’augmentant. Et entre les deux, nous sommes nombreux à vouloir faire bouger les lignes, faire moins de réglementations et plus de politiques !
La crise, les crises violentes que nous avons affrontées depuis 2008 ont tout changé. Tout révélé. Tout aggravé. Et la croissance qui revient lentement ne sera pas la même qu’avant. Quand tant de jeunes Européens sont privés d’emploi et de perspectives, ça ne peut pas être « business as usual ». L’architecture, le périmètre, les initiatives ne peuvent plus être les mêmes qu’avant.
Mais encore une fois, un débat sur le Traité n’est pas un préalable. Il doit être le prolongement du grand débat citoyen.
Et les élections européennes sont l’occasion de dessiner le nouvel équilibre entre utopie fédérale et repli national.
Et puis, de toute façon, il y a certaines choses qu’on ne pourra jamais écrire dans un Traité ou décréter par une directive.
C’est l’esprit européen ! La morale collective, le volontarisme des dirigeants, la mesure qu’ils prennent ensemble et personnellement de leur responsabilité devant l’histoire et face au monde d’aujourd’hui et de demain. Leur capacité d’assurer et d’expliquer le projet européen et leurs engagements face aux citoyens.
Nous avons peu d’années devant nous. Pas beaucoup plus pour choisir notre destin. Durant les toutes prochaines années, il y aura des élections présidentielles ou législatives dans la quasi-totalité des 28 pays européens. Il y aura très vite l’élection du nouveau Parlement européen et la mise en place d’une nouvelle Commission…
La crise financière qui a failli tout emporter il y a six ans est venue d’une caricature du libéralisme et d’une idée fausse et pourtant répandue aussi en Europe selon laquelle les marchés s’autorégulent.
L’Europe a été et reste mise à l’épreuve comme jamais et ces crises ont révélé, en effet, amplifié, accéléré toutes nos faiblesses en même temps : une régulation financière défaillante, la coexistence de l’union monétaire avec la désunion économique, trop de déficits et de dettes dans beaucoup de nos pays ; trop de divergences de compétitivité entre nous et vis-à-vis du reste du monde.
Nous avons réagi et nous agissons pour créer avec les autres et pour nous-mêmes les outils d’une vraie gouvernance économique, financière et bancaire.
La crise financière a été sans doute la plus violente. Elle n’est pas la seule. Écologie, sécurité alimentaire, changement climatique, pauvreté, stabilité et lutte contre les terrorismes : chaque fois, le besoin est là d’une nouvelle gouvernance mondiale. Et ce monde-là, qu’il faut regarder les yeux ouverts, sans nostalgie pour nos gloires passées, ne sera plus sûr que s’il est plus juste.
À cette table de la gouvernance mondiale, celle du G20 qui ne suffira d’ailleurs pas, il faut que les Européens soient acteurs, et jamais spectateurs. Voilà pourquoi l’unité de l’Europe reste une idée neuve et juste.
Nous avons le choix de nous reposer, de nous replier, chacun chez soi, chacun pour soi. Ce choix-là, plus commode dans un premier temps, conduit à l’isolement et au déclin.
Ou alors, il nous faut être capables de regarder sans les excuser nos erreurs et nos faiblesses.
Il faut réformer, travailler, innover. Être en mouvement.
Tony Blair disait : « Dans un monde où tout change, malheur à celui qui ne bouge pas ! »
L’Europe est en crise, en risque, en déséquilibre. Elle est interpellée de l’extérieur et de l’intérieur à la fois.
Mon appel s’adresse aux 28 chefs d’État et de gouvernement européens. Il s’adresse aussi et en même temps aux citoyens. L’unité européenne est entre leurs mains. Pour chacun des défis que j’ai voulu décrire dans les pages qui suivent, il y a matière à un nouveau contrat avec les citoyens. Il y a la preuve pour une nouvelle Europe qui agit, protège, rayonne sans effacer les nations qui la constituent. Il y a la raison d’un volontarisme, d’une audace ou simplement d’un courage collectif pour rester libres.

En librairie en livre et en livre numérique à compter du 17 avril.

Table des matières des principaux chapitres du livre :

I. Un nouveau chemin de croissance et d’emploi
II. Une politique industrielle pour l’Europe
III. Une union énergétique pour l’Europe
IV. Un Continent numérique
V. L’Europe, un continent ouvert à tous les vents ?
VI. Une Europe respectée
VII. Remettre les Européens sur la voie du progrès social
Conclusion. Pour un nouveau pacte citoyen européen
30 propositions pour une nouvelle Europe
Le tableau de l’économie mondiale d’ici 2050

19 mars 2014

Un plaidoyer pour le développement de la lecture numérique francophone

Filed under: + Événementiels — Mots-clés : , , — David @ 12:36

Groupement pour le développement de la Lecture NumériqueLe GLN (Groupement pour le développement de la Lecture Numérique) est un regroupement d’acteurs de l’écosystème du livre numérique. ePagine en fait partie, représentée au conseil d’administration par votre serviteur en temps que « Vice-Président du GLN en charge des relations avec les plateformes de téléchargement, les diffuseurs, les distributeurs et les librairies traditionnelles ».

Le GLN vient donc de publier un plaidoyer en 10 points pour d’abord de faire connaitre sa position sur les différents points clés fondamentaux pour le développement de la filière du livre numérique et pour également poser le débat avec la profession, les pouvoirs publics et le lecteur final.

Je serai du vendredi 21 au lundi 24 au salon du livre de Paris. J’invite donc les responsables de plateformes, les diffuseurs et les libraires à venir me rencontrer sur le stand ePagine (Allée C / stand 21) pour discuter du GLN et des 10 points mis en avant dans ce plaidoyer.

Voilà les 10 fondamentaux que le GLN présente, et sur lesquels il a déjà positionné quelques commissions de travail.

David Queffélec.

 

1. Privilégier le marquage social plutôt que les DRM

Les DRM ne protègent pas efficacement du piratage et contraignent le lecteur dans l’utilisation de son livre. La quasi-totalité des réclamations client concerne des livres protégés par DRM.

2. Militer pour un seul format pour lire, partout et sur tout support

Un livre numérique doit pouvoir être lu facilement sur tout support de lecture numérique (tablettes, liseuses, ordinateur, etc.) et sur autant de support que le souhaite le lecteur dès lors qu’il a été payé.

Militons pour l’interopérabilité des formats et des machines. Nous souhaitons pouvoir discuter avec les fournisseurs de supports de la possibilité de n’avoir qu’un seul format de livre numérique.

3. Proposer au lecteur une véritable offre numérique

Compris entre 130 000 et 150 000 livres (offre payante), le catalogue francophone numérique est encore très faible comparativement aux catalogues étrangers ou à l’offre francophone papier. Pour « démocratiser » la lecture numérique, le lecteur doit avoir un choix comparable à ce qu’il peut trouver au format papier.

Dans ce domaine, nous préconisons 3 actions concrètes :

  • Encourager la numérisation, quand cela est possible, de notre héritage de livres papier afin de proposer au lecteur une offre numérique plus complète.
  • Valoriser et mettre en avant la création littéraire numérique.
  • Encourager le principe de parutions numériques/papier concomitantes.

4. Adopter une politique tarifaire adaptée au numérique et proposer une offre attractive et cohérente aux lecteurs

Un livre numérique doit être moins cher que son équivalent papier, et les lecteurs attendent une décote significative des prix.

Cette décote doit tenir compte des formats, des cycles de vie du produit et des différents modèles économiques.

Une offre numérique cohérente et attractive permettra aux différents points de vente de se démarquer par l’animation et la mise en avant de leur catalogue.

5. Multiplier et diversifier les canaux de distribution de la lecture numérique

Il est nécessaire de favoriser l’augmentation de points de consommation de lecture numérique, notamment dans les circuits traditionnels de la chaîne du livre (librairies physiques, bibliothèques, etc.). Nous devons favoriser un accès maximal à l’offre numérique payante.

6. Développer l’offre et les formes de commercialisation du livre numérique

Nous devons innover dans l’offre proposée au lecteur : offre couplée papier/numérique (Bundle), prêt en bibliothèque, streaming, abonnement, location, etc.

7. Favoriser la visibilité du livre numérique

À ce jour, le livre numérique ne bénéficie pas de la même couverture médiatique que son homologue papier. Il est également exclu des prix littéraires.

Rééquilibrons les choses et militons activement auprès des journalistes, des auteurs, des jurys de prix littéraires et des médias au sens large pour que le livre numérique soit considéré à sa juste valeur, c’est-à-dire comme un livre à part entière qui mérite les mêmes chances que le livre papier…

Nous invitons les acteurs de l’édition à associer systématiquement le format numérique dans toute médiatisation d’ouvrages.

8. Valoriser l’activité de la filière

La lecture numérique doit être reconnue comme une filière d’avenir par la valorisation du format et du travail éditorial de qualité, la présentation des métiers, des avantages et des bonnes pratiques.

9. Sensibiliser le public à la lecture numérique 

Expliquer, montrer, démontrer les métiers du secteur numérique pour mieux promouvoir la lecture, tout en respectant les droits du lecteur et ceux des auteurs. Cela passe par l’union des différents acteurs professionnels sur cette problématique : libraires, éditeurs, institutionnels, etc.

10. Fournir aux professionnels actuels et futurs les moyens de leur développement 

Tout doit être mis en œuvre pour que chaque libraire puisse fournir les mêmes services à ses clients.

Nous souhaitons un cadre juridique clair, une stabilité et une égalité fiscale. Les mêmes règles pour tous pour le bien de tous !

18 mars 2014

La souveraineté numérique

Le dimanche matin sur France Culture je n’entends plus la messe de 10h. L’esprit libre, à 11h, j’écoute rituellement Philippe Meyer réanimer l’Esprit public. S’il peut m’arriver d’être en retard, ratant parfois le premier édito, je ne rate jamais l’envoi, la séquence des brèves proposées par son équipe en fin d’émission, et notamment le conseil de lecture constamment pertinent de Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au Monde. Le 23 février elle conseillait la lecture du livre de Pierre Bellanger, « La souveraineté numérique« .

Ces derniers jours, j’assistais en spectateur au passionnant feuilleton « Vivendi-SFR-Numéricable-Bouygues-Free-Montebourg » sous haute tension.

Vendredi dernier dénouement surprenant, car alors que les vents publics et privés semblaient souffler en faveur de Bouygues et du coup de maître joué avec Free, Vivendi choisit de rentrer pour trois semaines en négociation exclusive avec Numéricable.

Hier matin, et donc après le choix de Numéricable par Vivendi, dans le 7-9 de France Inter, on apprend par la voix Dominique Seux (journaliste aux Echos) que Jean-Pierre Jouyet (Président de la Caisse des Dépôts) qui accorde une longue interview aux Echos, à paraître ce lundi matin même, a fait rajouter et préciser dans son interview que « La Caisse des Dépôts pourrait […] accompagner en capital un rapprochement entre Vivendi, SFR et Bouygues. »

Les acteurs de ce moment stratégique ont-ils lu « La souveraineté numérique » ? Peut-être trouvent-ils la thèse du livre trop facile, trop nationale, trop européenne, trop ambitieuse, trop alarmiste quand il s’agit de notre souveraineté ou trop paranoïaque notamment à l’égard de la captation de nos données numériques par Google, Apple, Amazon ou Facebook ?

Dans le relatif silence d’Orange durant ces derniers jours nous voulons à nouveau par ce billet relayer le conseil de lecture du livre de Pierre Bellanger. En tant qu’ePagine, PME au service de la librairie, nous apprenons, dans le projet MO3T soutenu par l’État, à travailler avec Orange pour le compte des libraires indépendants. Dans le cadre du projet MO3T, nous percevons qu’Orange pourrait être bien plus qu’Orange. Nous sentons bien qu’Orange garde quelque chose de la culture France Telecom à vouloir proposer quelque chose au service de tous. La Caisse des Dépôts est peut-être actionnaire minoritaire de Vivendi, mais la France est surtout actionnaire d’Orange. Si l’État veut s’occuper de l’avenir Bouygues et de Free, ne devrait-il pas d’abord s’occuper d’Orange en premier, c’est-à-dire en lui donnant un rôle premier ?

On aurait pu donner à lire de très nombreux autres extraits du livre de Pierre Bellanger illustrant le virage Internet total que nous sommes en train de prendre malgré nous et de toutes les chances dont nous disposons encore pour maîtriser ce tournant pour peu que nous voulions vraiment les saisir. Dans un souci d’actualité, et sans extrait à vous proposer de la part de l’éditeur du livre en question, nous en reprenons ici des extraits qui concernent le rôle des opérateurs et l’ambition structurante que nous pourrions avoir pour une hypothèse Orange au service de l’ensemble du réseau.

En espérant vous donner l’envie d’acheter ce livre pour votre lecture et l’exercice de votre esprit critique.

Stéphane Michalon

 

EXTRAITS de « La souveraineté numérique », Pierre Bellanger, aux Editions Stock.

« Quelle est ici l’histoire. C’est l’histoire de notre Histoire. Celle d’un peuple et d’un pays qui a fait de la liberté son identité et qui aujourd’hui l’abandonne en chemin. Confrontée à la révolution de l’internet, la France a renoncé à maitriser son destin sur les réseaux informatiques. Notre pays a livré sa souveraineté numérique sans débat et sans combat.

C’est une catastrophe.

L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons. Il le remplace.

L’Internet siphonne nos emplois, nos données, nos vies privées, notre propriété intellectuelle, notre prospérité, notre fiscalité, notre république et notre liberté. C’est tout l’écosystème national qui est en péril. Nous allons subir un bouleversement qui mettra un terme à notre modèle social et économique.

Y a-t-il une alternative ? Oui. »

(…)

« La résistance »

« Il faut à notre tour nous servir de la puissance du réseau. Seul un réseau peut en affronter un autre. Nous ne nous en sortirons pas sans cette dynamique. L’objectif est de faire de notre pays une nation en réseau. Il faut reconfigurer notre pays en fonction du réseau, secteur par secteur.

L’enjeu et la mobilisation nécessaires sont tels que l’initiative ne peut en revenir qu’à l’État. D’ores et déjà, les nouvelles technologies sont fort justement invoquées à chaque rapport public sur l’avenir du pays.  Il manque cependant le mode d’emploi et la volonté. Les moyens font également défaut : le récent rapport de la commission Innovation 2030 a identifié sept priorités d’avenir, et lancé un concours ouvert aux entreprises et doté de 300 millions d’euros… soit 13,8% du bénéfice net de Google pour le seul troisième trimestre 2013. L’électrochoc Snowden pose soudain la question publique de notre perte de souveraineté. La prise de conscience de la gravité de la situation est en cours. Elle devra se concrétiser par une volonté politique qui engagera le pays entier.

Comment faire ? Comment réorganiser la société dans son ensemble et secteur par secteur autour du réseau ? Il faut agir immédiatement avec des résultats dans les délais les plus rapprochés. L’incendie n’attendra pas une loi sur les extincteurs. Pour cela il faut un champion national de l’internet autour duquel se structurent notre riposte et la reconquête de notre souveraineté numérique.

Plusieurs solutions sont possibles :

L’initiative publique pourrait susciter l’émergence de ce champion à partir d’un ou plusieurs acteurs de l’Internet français. L’avantage est de propulser la culture Internet à une dimension  industrielle nationale en s’appuyant sur ses entrepreneurs et de ses entreprises les plus dynamiques, pour autant qu’ils le souhaitent. La question se posera de la capitalisation, des ressources et du pouvoir.

Un deuxième scénario reposerait sur une alliance des opérateurs de télécommunications nationaux au sein d’une filiale commune chargée de constituer le résogiciel national. Le modèle pourrait être l’opérateur mobile et fournisseur d’accès anglais EE. La société, détenue par Orange et Deutsche Telekom, est une wholly owned subsidiary, c’est-à-dire une filiale propriété à 100% des deux opérateurs, mais disposant en droit et par les demandes du régulateur d’une réelle autonomie de gestion. L’avantage de ce projet est la mutualisation de moyens puissants, un accès aux réseaux de chacun et une dynamique libérée des contraintes de leurs actionnaires. L’inconvénient est comme le premier scénario, la divergence des intérêts et le contrôle.

Une troisième possibilité combinerait les deux premiers scenarii avec pour avantage d’associer la culture Internet et la culture des télécommunications en une seule entité, mais démultipliant les problèmes de tensions centrifuges et de points de vue antinomiques. Comme le disait Churchill : «Un chameau est un cheval dessiné par un comité. » Ces combinatoires peuvent aussi avoir une résonnance européenne sous la forme d’un consortium en réseau multinational. Un Airbus du réseau en quelque sorte.

Enfin dernier scénario pour incarner le moteur de cette révolution par le réseau : choisir le premier et principal opérateur de télécommunication nationale : France Telecom, aujourd’hui Orange. C’est le seul qui a la taille, les compétences et les ressources nécessaires pour se transformer en acteur majeur de l’Internet. Il s’agit également d’une société où l’État a le rôle principal. Une dynamique de service public est indispensable pour s’en sortir et c’est autour de cette dorsale numérique que notre destin se jouerait, car Orange peut créer les outils, les services et les réseaux qui vont changer la donne de nos industries et de nos services. Le projet mettre la France en réseau et faire de la France le cœur de ce réseau, le premier fédérateur de talent et de compétences, le premier acteur de l’économie numérique. Orange est de fait la première entreprise Internet de France. C’est à l’opérateur que reviendrait ce rôle majeur, de catalyseur et d’animateur de la mise en réseau nationale.

Toutefois cette option flamboyante et massive présente des risques majeurs, et les critiques faites à cette sont options sont fondées. L’opérateur est régulièrement vu de l’extérieur (et souvent de l’intérieur) comme une entreprise sans avenir et incapable de mutation. L’âge de ses personnels, la lourdeur de ses statuts, le nombre pléthorique de ses cadres, la dispersion du pouvoir, des processus de décisions labyrinthique, l’impossibilité de piloter des strates en silo, une culture technique hostile à l’Internet condamnent l’entreprise à une régression lente, mais certaine. L’actionnaire public, quant à lui, demande paix sociale et dividende. L’entreprise est une sorte de vache anesthésiée dont on a pris le lait, puis le sang et désormais la viande. Cette fatalité crépusculaire est partout ressentie, n’empêchent l’amertume et le sentiment d’un terrible gaspillage humain et industriel.

Cette résignation conduit (actuellement) le destin de l’entreprise (…)

Comment penser France télécom autrement, tant puissantes sont les inerties et les médisances ? Faire de cette entreprise le fer de lance de notre révolution numérique ? Beaucoup voient cela comme un oxymore. Le saut périlleux du tétraplégique, en quelque sorte.  Et de décrire comment ce monstre perclus et anémique échouerait avant même d’avoir commencé (…) Oui c’est probable. Oui c’est possible. Mais ce n’est pas certain.

Il se peut que cela soit tout l’inverse et que cette bête blessée soit notre meilleur appui. (…) France Telecom, car il faut plonger aux racines, est naturellement investi d’une mission d’intérêt général. Cette société a une âme de service public, de vertu et de dévouement à la cause commune. De tout temps, de toutes époques et de toutes circonstances, ses lignards ont fait le travail. L’entreprise n’attend peut être que ce moment. C’est aussi un esprit pionnier, fulgurant, espiègle, bricoleur et génial, déjouant les adversités. Peut être rêve t’il d’une métamorphose qui convoquerait pour les sublimer tous ses talents enfin à l’unisson. Et ainsi de tous nous surprendre.

Qui le sait ? Qui aura le courage de prendre le risque ? Qui lui donnera le courage justement en prenant le risque ? il faudra que l’entreprise suspende le versement de dividendes ; trente milliards en deux ans, dont huit pour la puissance publique ; que l’État renonce à ses ponctions et ses taxes indues sur l’entreprise. Il ne faudra plus saigner, mais doper un champion. Qui tiendra tête aux urgences financières de l’instant pour un futur aléatoire ?

(…)

N’y a-t-il pas chez nous connivence mortifère, qui se soumet sans le dire à une « Etrange Défaite« , pour écrire le titre du livre en 1940 par Marc Bloch ?

(…)

Il s’agit de retrouver l’esprit et la dynamique de ces alliances entre entreprise et pouvoirs publics qui ont changé notre pays. Que l’on se souvienne des grands projets nationaux qui ont soulevé l’enthousiasme collectif. L’état d’esprit est celui du plan Monnet des années 1945-1952 ; c’est la volonté qui anima des hommes remarquables comme Pierre Lefaucheux, président de la Régie Renault, et plus largement le patronat et les organisations syndicales d’alors.

Et puis rappelons-nous que cette situation s’est déjà produite et que nous en sommes sortis avec succès : il a fallu s’émanciper après-guerre du contrôle exclusif des États-Unis sur la téléphonie. Partant sans industrie et sans brevets la France, unissant les forces publiques et privées, rattrape son retard et réussit. Une nouvelle filière entière moderne et compétitive, développe le réseau national, multiplie les innovations et constitue finalement, en quelques décennies, le numéro deux mondial des télécommunications : Alcatel. (…) Ce qui a été fait hier avec le réseau téléphonique doit être fait maintenant avec le réseau numérique. »

Pierre Bellanger

La souveraineté numérique

Editions Stock, 2014

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