Grâce aux bons soins d’Olivier Bailly, Le Dilettante vient de publier Le Peuple des berges de Robert Giraud, auteur entre autres de l’incontournable Vin des rues. Les amoureux de Paris (époque Doisneau) et les amateurs de gouailles parigotes, d’argot, de style ou du sens de la formule devraient aimer cet ensemble de portraits touchants, tendres, drôles ou plus noirs de ceux qui aujourd’hui, avec l’arrivée du politiquement correct, ne sont plus appelés clochards. Le regard de Robert Giraud, cette façon de parler aux/des hommes et femmes, pourra rappeler celui d’un Henri Calet (La belle lurette, par exemple) si ce n’est que l’auteur aura vécu (la journée disons) avec les clochards de Paris après la seconde guerre mondiale, les aura suivis dans leur quotidien, leurs errances, leurs débrouilles, leur misère, leur histoire. Ce texte est disponible dans sa version imprimée (12 €) et en numérique (5.99 €). L’occasion de rappeler que l’offre numérique du Dilettante s’étoffe chaque jour. Plus de 200 titres sont aujourd’hui téléchargeables sur le site de la librairie ePagine (maquette sobre, marquage sans DRM, prix très abordables), un catalogue où l’on retrouve à la fois des auteurs du XXe siècle que nous affectionnons (Henri Calet, Jean Forton, Georges Hyvernaud, Jacques Perret, Alexandre Vialatte…) et des auteurs contemporains (Franz Bartelt, André Blanchard, Pierre Charras, Anna Gavalda, Eric Holder, Vincent Ravalec, Isabelle Rivoal, Vincent Wackenheim…). Infra, un extrait de la préface du Peuple des berges ainsi qu’une revue de presse & web. ChG
« La cloche, en argot, c’est le ciel. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit. Paris compte quelque vingt-cinq mille individus dans ce cas. On ne saura jamais, et pour cause, l’effectif exact de cette légion de pouilleux, vivant en marge d’une société dite organisée. On vient ; on s’en va ; on meurt dans le plus strict anonymat dans le monde de la guenille. Les loques sont une sorte d’uniforme qui, semblables à tous les autres uniformes, ôtent toute personnalité à qui les endosse. »
Robert Giraud, Le Peuple des berges, Le Dilettante, 2013
Le Peuple des berges
« Du 8 octobre au 3 décembre 1956, semaine après semaine, l’hebdomadaire Qui ? Détective publie « La vie secrète des clochards de Paris », neuf articles signés Robert Giraud. Cette exploration de la Ville lumière côté ombre est aussi une chronique du petit peuple des rues, un hommage à ceux qui paient d’une incommensurable misère une liberté toute relative.
Héritier du Détective dirigé dès la fin des années vingt par Joseph et Georges Kessel, Qui ? Détective n’est plus l’hebdomadaire de grands reportages d’avant-guerre, mais il n’est pas encore devenu Le Nouveau Détective qui s’affiche à la devanture des kiosques en 2012. C’est alors une passionnante photographie de la France de la IVe République. Pas toujours exempte de sensationnalisme, certes. Chaque époque a ses tares et l’on rira peut-être demain de l’objectivité de principe (principes à géométrie variable) des médias qui fabriquent aujourd’hui l’opinion.
Bob collabore à Qui ? Détective depuis le mois de juin 1954. Il cosigne son premier reportage – l’enterrement en grande pompe d’Alexandre Bouglione, « le roi du cirque » – avec son vieux copain Pierre Mérindol. Avant qu’il ne devienne le fameux chroniqueur du banditisme lyonnais au sein de la rédaction du Progrès de Lyon, Mérindol a fait les 400 coups avec Bob. Brocanteurs, traînant leur charrette à bras sur le pavé, ils montent ensemble le cabaret les Escarpes au numéro 74 de la rue du Cardinal-Lemoine (pour la petite histoire au rez-de-chaussée de l’immeuble qui abrita Hemingway lorsqu’il écrivit Paris est une fête). Ils relancent la chanteuse Fréhel qui y fait ses dernières et pathétiques apparitions publiques et y organisent un bal des tatoués dont la presse se fait l’écho, notamment Qui ? Détective du 17 juillet 1950, dans un article signé Jean Le Conte et illustré de photos de… Robert Doisneau.
Cette paire de Robert se connaît depuis 1947, mais leur collaboration professionnelle ne débute qu’en 1950. Cette année-là, ils publient avec le commissaire Jacques Delarue Les Tatouages du milieu. En avril ils livrent « Étoiles noires de Paris » à la rédaction de Paris Presse – L’Intransigeant, une série de portraits de doux dingues que l’on peut alors croiser ici et là dans Pantruche. Il est probable que Doisneau ait introduit son compère à Qui ? Détective. Pourtant ce n’est pas lui qui illustre le reportage que nous pouvons lire dans ce recueil, mais Georges Dudognon. » (Extrait de la préface d’Olivier Bailly au Peuple des berges de Robert Giraud, Le Dilettante, 2013)
Bio-bibliographie
Robert Giraud (1921-1997) s’est distingué dans la Résistance, puis a collaboré, dès 1945, à Franc-Tireur, Paris-Presse, France-Soir et Qui ? Détective, avant d’aborder la carrière de bouquiniste. Après avoir écrit Le Vin des rues, il devint chroniqueur attitré de L’Auvergnat de Paris, croquant les innombrables bougnats alors tenus par des Auvergnats, des Limousins et des Aveyronnais. Plus parisien que nature, Robert Giraud, que l’on rencontrait surtout dans un bistrot à vins du pied de la butte Montmartre, Le Négociant, avait notamment écrit sur la langue des Titis. Outre Le Peuple des berges, quatre autres titres de Robert Giraud publiés eux aussi au Dilettante sont disponibles en papier et en numérique: Paris, mon pote, Faune et flore argotiques, Les lumières du zinc et Carrefour Buci. L’œuvre de Robert Giraud a également été publiée par d’autres maisons d’édition, notamment Denoël.
Ils en parlent
Jérôme Garcin – Le Nouvel Observateur
« Ces clochards parisiens des années 1950, Robert Giraud (1921-1997) les appelait « le peuple des berges », « le monde guenilleux » ou « l’armée des couche-dehors ». L’auteur du Vin des rues et de l’Argot du bistrot, qui était un peu le Henri Calet des bougnats, les connaissait bien… Giraud les portraiture sans les idéaliser ; il n’a pas son pareil pour attendrir la misère et rendre leur dignité aux humiliés. Son livre d’un autre temps, celui du noir et blanc de Doisneau, est terriblement actuel. C’est beau, c’est triste. »
Florence Bouchy – Le Monde
« Le journaliste a (…) de 1947 à 1950, « partagé l’existence des gueux ». Olivier Bailly, le préfacier, rappelle qu’à cette époque, au chômage, récemment divorcé, Giraud s’est laissé dériver avec les mendiants de Paris, partageant leur quotidien, apprenant les règles de cette société parallèle, même s’il n’a « jamais été clochard au vrai sens du mot, parce qu’(il a) toujours eu un domicile ». « La « cloche », en argot, c’est le ciel, rappelait souvent le journaliste. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit… Si « le miséreux a toujours été le meilleur gobeur de merveilleux », c’est que « celui-ci fait oublier tant de souffrances ».
Marc Villard – Blog Actu
« Il faut voir comment Robert présente tout son monde. On n’est pas dans l’étude chiffrée ; là nous sommes côté cœur avec un gros zeste de fiction parfois mais c’est tellement bon quand c’est Giraud qui parle. Olivier Bailly, qui tient un blog consacré à l’écrivain, a signé la préface et on me dit qu’il est à l’origine de cette édition. Mais Giraud n’est pas un inconnu au Dilettante qui a déjà publié notamment Paris mon pote, Carrefour Buci et Les lumières du zinc. Indispensable aux amoureux de Paris. Aux aminches et aux marlous des fortifs. »
Philippe Lacoche – Les dessous chics
Robert Giraud dresse dans un style élégant, efficace et sans graisse, le portrait des clochards de Paris au sortir de la guerre. (…) La plume de Robert Giraud est tour à tour tendre, réaliste, très française. Toujours belle. »
























