Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

16 mai 2012

Les Éditions de Londres arrivent sur les sites des librairies numériques

À l’occasion du lancement officiel des éditions de Londres, 85 livres numériques sur la centaine figurant à leur catalogue (jusqu’à présent téléchargeables gratuitement sur leur site) seront désormais vendus 0.99 € chez tous les revendeurs de livres numériques ainsi que sur les sites des libraires en ligne (ePagine et le réseau de libraires partenaires inclus).

 


Ce sont donc cent classiques des Éditions de Londres qui sont maintenant accessibles sur l’ensemble des librairies numériques, disponibles en formats PDF, ePub, Mobi, enrichis de préfaces, de biographies et de nombreuses couvertures originales. Pendant une période limitée (trois à quatre semaines d’après le fondateur de la maison d’édition), ces ebooks seront vendus 0.99 € (et 15 d’entre eux peuvent toujours être téléchargés gratuitement).

Parmi les cent titres mis en ligne et en vente par les éditions de Londres, vous retrouverez ceux d’Albert Londres, Jules Verne, Alfred Jarry, Aristophane, Bougainville, Élisée Reclus, Zola, Rimbaud, Bakounine, Beaumarchais, Diderot, Étienne de La Boétie, Vidocq, Georges Darien, Nerval, Maupassant, Rousseau, Kropotkine, Marco Polo, Paul Lafargue, Hugo, Voltaire, Xavier de Maistre ou encore Zo d’Axa.

« Les Éditions de Londres sont une nouvelle maison d’édition numérique au catalogue polémique ou fondateur, qui se propose de relancer des auteurs oubliés ou méconnus (écrivains « incontournables », libertaires, journalistes, voyageurs, poètes…), et très bientôt (avant l’été) de faire découvrir des auteurs nouveaux (romans, pamphlets, satires, pastiches…). Un éditeur libre-penseur, un catalogue d’œuvres ouvertes, où classiques et œuvres contemporaines refusent de se regarder en chiens de faïence, Les Éditions de Londres vont avant tout à contre-courant des idées reçues. » (communiqué de presse)

Pour aller plus loin et notamment savoir pourquoi les éditions de Londres passent du téléchargement gratuit à la vente, vous pourrez lire le billet posté ce lundi 14 mai sur le blog de la jeune maison d’édition.

Bienvenue à eux, donc !

ChG

15 mai 2012

Jusqu’au 27 mai 2012, promotion sur tous les guides numériques Petit Futé & 2 gratuits

Filed under: Offres découvertes — Mots-clefs :, , , , , , — Christophe @ 14:48

En cette période où vous êtes nombreux à préparer vos prochaines vacances, Les guides Petit Futé lancent une offre exceptionnelle via tous les libraires en ligne proposant à la vente leurs livres numériques.

Jusqu’au 27 mai 2012, tous les guides numériques Petit Futé seront en promotion sur l’ensemble des sites participant à l’opération, ePagine et le réseau des libraires partenaires compris. Près de 500 titres (actuellement 473 au format ePub et une bonne centaine en PDF) pourront être téléchargés au prix de 2.99 € seulement (certains titres seront même moins chers encore, 1.99 €), et ceci pour toutes leurs collections :

— Guides Country
— Guides City Monde
— Guides City Trip
— Guides Régions
— Guides Départements
— Guides City France
— Guides Thématiques.

En plus de cette offre promotionnelle, deux guides Petit Futé pourront être téléchargés gratuitement pendant toute cette période. À vous de trouver lesquels.

Profitez-en avant vos prochaines vacances !

 

 


14 mai 2012

La Nébuleuse de l’insomnie de António Lobo Antunes (extrait)

Pour fêter l’arrivée au catalogue du grand auteur portugais António Lobo Antunes, voici un extrait de son dernier roman toujours aussi polyphonique et qui, pour l’instant, est le seul texte disponible à la vente en numérique. La Nébuleuse de l’insomnie, traduit du portugais par Dominique Nédellec et publié chez Christian Bourgois éditeur, comme la quasi totalité de ses textes traduits en français, vient en effet de paraître conjointement dans sa version papier et en numérique. Il est proposé en France au même prix partout et il est protégé par la DRM Adobe. L’extrait que vous allez lire est issu du chapitre 1 de la première partie (le roman est divisé en trois parties qui comprennent chacun cinq chapitres). Celui qui parle ici a été surnommé « l’idiot » par son grand-père, qui gère en autocrate et avec violence un grand domaine agricole. Un extrait plus long peut être téléchargé gratuitement en cliquant ici.

Extrait

D’où peut bien me venir cette impression que dans la maison, alors que rien n’a changé, tout ou presque a disparu ? Les pièces sont les mêmes avec les mêmes meubles et les mêmes tableaux et pourtant ce n’était pas comme ça, ce n’était pas ça, de vieilles photos à la place de ma mère, de mon père, des bonnes de la cuisine et de la toux de mon grand-père qui commandait le monde, pas sa présence, pas ses ordres, la toux, un mouchoir sortait de sa poche et lui embroussaillait la moustache, mon père attachait le cheval à l’anneau et après rien d’autre que le bruissement des herbes qui lui perdure en revanche, mais sec et dur même après la pluie, depuis la terrasse les champs que je connais et ne connais pas, l’allée de cyprès qui conduisait au portail et au-delà du portail dont l’un des piliers s’est écroulé les chênes-lièges et le blé, le bourg toujours plus distant dont les lumières accentuent l’obscurité, un lieu habité par les morts dont je parcourais les rues au trot blotti contre mon père, effrayé par les petites fenêtres vides et avec la certitude qu’on nous épiait depuis les aulnes de la place à l’époque où rien n’avait encore disparu dans la maison, ma mère à l’étage qui parfumait des coffres, la tasse de ma grand-mère sur la soucoupe et elle qui me fixait de son regard de portrait traversant les âges retour d’un pique-nique pour dames à bandeaux et messieurs à faux col en celluloïd et moi de penser et si tout le monde était encore là plongé dans ces conversations que l’horloge à pendule noyait dans le cœur au ralenti, un après-midi j’ai trouvé la tasse et la soucoupe au bord de la table et la chaise vide, un autre après-midi les coffres à l’étage ont cessé de sentir seulement cette fois des voitures dans la cour, des messieurs qui m’ébouriffaient les cheveux avec une compassion attendrie
— L’orphelin
pendant que les bonnes de la cuisine amoncelaient des fleurs dans la charrette où il m’a semblé que l’odeur des coffres se dissipait doucement, mon grand-père avec une cravate lui qui ne mettait jamais de cravate, il mettait un bouton de cuivre qui lui fermait le cou et mon père détachant de l’anneau les rênes du cheval, je l’ai vu s’arrêter sur une crête avant de repartir au trot, puis on l’a aperçu en train de fixer les fleurs depuis l’extérieur du cimetière mais ce que je me rappelle le mieux c’est une grive sur un ange de plâtre et la bruine d’octobre, des gouttes qui ne tombaient pas, elles changeaient de place sous un ciel lessivé, des hommes munis de houes, les croix des soldats morts en France dans un carré où les arbustes poussaient sans que jamais on les taille et qui semblaient gémir, mon père à travers champs poursuivi par le hurlement des chiens et affolant les poules lui qui ne parlait pas à ma mère, ne la saluait même pas, il dormait dans la pièce à côté de la cuisine et la rendait coupable de l’indifférence de mon frère, mon frère qui est toujours avec moi dans cette maison où tout ou presque a disparu alors que rien n’a changé, les mêmes escaliers, les potiches, les lambrequins, le cheval que personne n’a plus jamais monté et mon père sur la marche à l’arrière de la maison, en fin d’après-midi, tirant les lièvres à mesure que le bourg se mettait à grouiller de spectres et le parfum des coffres remplacé par l’odeur de moisi des vêtements, quand mon grand-père est mort des années plus tôt personne n’est venu nous rendre visite excepté un ou deux hommes de son âge avec un bouton de cuivre qui leur fermait le cou que personne ne visitait non plus et qu’on pousserait sans fleurs jusqu’au cimetière que les types à la houe ont déserté nous laissant au milieu des blés flétris et de l’avoine roussie et mon père qui n’avait que faire de l’avoine, un étranger pour moi comme j’étais un étranger pour lui pareils aux aïeuls des portraits dans ce que je m’entête à appeler maison faute de trouver un autre nom, trop grande pour nous avec deux ou trois palmiers et ma grand-mère
— Le jardin
un souffle chargé de poudre montait des croix des soldats quand les créatures du bourg, trépassées depuis tant d’années, ont commencé à nous encercler, pendant les mois de la révolution l’armée et les paysans ont essayé de nous voler la maison
(la tasse de ma grand-mère tremblotant sur la soucoupe, pas ma grand-mère, la tasse, ma grand-mère impavide sur sa chaise)
ils ont mis le feu au grenier, égorgé les volailles et brisé les pattes des agneaux et des vaches
(la tasse contre la soucoupe, la tasse sans répit contre la soucoupe)
ma mère cachée à l’étage en train de pleurer j’imagine comme lorsque mon père
— Quelle idée j’ai eue pourquoi je t’ai pas laissée aux fourneaux ?
elle travaillait à la cuisine avec les autres jusqu’au jour où lui avant de gagner la remise
— Demain tu monteras tes affaires à l’étage (…)

© António Lobo Antunes, La Nébuleuse de l’insomnie, traduit du portugais par Dominique Nédellec, Christian Bourgois éditeur, mai 2012

11 mai 2012

#VendrediPublie avec Milad Doueihi, Juliette Mézenc, Christine Jeanney, Antoine Boute et Cathie Barreau

 

C’est la deuxième semaine du #VendrediPublie. Les utilisateurs de twitter comprendront (j’espère) la présence de ce mot-clé étrange ici. Pour les autres, si vous avez manqué les épisodes précédents (ici et ), sachez que la coopérative d’auteurs publie.net donne désormais rendez-vous à ses lecteurs chaque vendredi en proposant 5 titres issus du catalogue numérique à un prix découverte jusqu’au lundi soir. Parmi ces cinq découvertes vous trouverez la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. De la littérature contemporaine (poésie, récits) bien sûr mais aussi des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Aujourd’hui vendredi 11 mai, et jusqu’à lundi 14 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 €) sur chacun des 5 titres suivants :


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Paru aux éditions du Seuil en septembre 2011, Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi, a de suite fait partie des quelques livres importants qui s’intéressent en profondeur aux rapports entretenus entre les nouvelles technologies, le numérique, les réseaux sociaux, l’individu et la société via notamment la question de la « culture ». C’est d’ailleurs par ça que commence son essai et c’est aussi ce que je vous donne à lire ci-dessous. Grande chance pour nous que ce texte soit enfin disponible en numérique. Il est publié ici dans la collection Washing Machine dirigée par Hubert Guillaud.


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Après avoir publié Sujets sensibles il y a 3 ans, publie.net vient de mettre en ligne un nouvel ensemble de Juliette Mézenc intitulé Poreuse, un récit polyphonique et labyrinthique, ludique et pensé. Bien que ce récit offre la possibilité d’une lecture non linéaire, les gardes-fous sont ici assez maîtrisés pour que chacun de nous puisse se faire sa propre histoire à partir des fragments écrits par Juliette Mézenc sans avoir l’impression d’être face à un amas de textes. Il y aurait donc, si nous voulions insister, autant d’histoires possibles qu’il y aurait de lectures. Les hyperliens permettent cette exploration, cette aventure, avec possibilité d’avancer, de prendre une autre histoire en cours ou bien de revenir en arrière. Très vite vous comprendrez qu’il y a là trois personnages. Ce sont eux que vous suivrez. Au-delà du côté ludique et technologique, au-delà de la prise de risque et de l’inventivité, on est bien ici dans un beau projet littéraire où l’écriture ciselée et le sujet (avec tonalités sensibles, cyniques et politiques) méritent d’être salués. Deux extraits ci-dessous pour vous donner une idée de ce projet.


• REMISE EN AVANT. Je suis très heureux que cet ensemble de textes avec photos de Christine Jeanney (et ses 50 contributeurs) soit repris aujourd’hui. Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus ce sont 180 todo listes, les 180 premières devrais-je dire puisque aujourd’hui Christine Jeanney vient de publier sur son site la 315ème. Une rigueur oulipienne et une prouesse littéraire d’abord. Une inventivité renouvelée, un regard singulier sur l’autre et le monde, une œuvre poétique et politique avec beaucoup d’humour. À ne pas manquer surtout ! Un deuxième tome est en préparation me semble-t-il. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus j’avais fait une présentation de ce premier tome ici.


• REMISE EN AVANT. Brrr… de Antoine Boute est un vrai roman policier. « En fait, non. Plein de romans policiers – des rêves ou des cauchemars pire que des romans policiers. Tous les codes, hémoglobine, marques de chaussures, coprophagie même, ça décape. Et parmi les personnages de passage, pas moins que Jésus, King Kong ou la poésie lettriste elle-même. Ou faire un best-seller avec un livre sur la vie des têtards composé via Internet, vous sauriez, vous ? C’est bien un seul polar géant et malsain de 150 pages qu’on propose d’avaler – ça secoue la réalité. » (présentation de publie.net)


• REMISE EN AVANT. Refuge sacré de Cathy Barreau. « Si ce livre est si fort, c’est que Cathie a choisi le risque maximum : l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, dont l’existence ne s’est pas arrêtée avec Antonin Artaud et Camille Claudel. Elle choisit la forme du carnet de voyage, s’y rendre, villes, traversées, et puis ce qu’on y fait. Ateliers d’écriture, performance théâtrale des textes. Discussions de fond avec les soignants. La façon dont tout cela s’imbrique. Ce qui est posé par Cathie Barreau, outre la force d’abîme de l’expérience elle-même, c’est la question même de la littérature et du langage dans le lieu même d’où ils ont été détruits, et qu’on ne renonce pas à l’humain. » (présentation par François Bon)


Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).

Bonnes découvertes !

ChG


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Extrait de Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi,
publie.net, collection Washing Machine

 

POURQUOI UN HUMANISME NUMÉRIQUE ? Non par goût de la provocation mais plutôt par souci de réalisme. Cet humanisme qui donne son titre à cet essai n’est point l’expression d’une volonté archaïque ni d’une quelconque nostalgie de l’antique, d’une époque supposée plus stable, plus sereine et plus cohérente. L’humanisme numérique est au contraire le résultat d’une convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. D’une convergence qui, au lieu de simplement renouer l’antique et l’actuel, redistribue les concepts, les catégories et les objets, comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau. L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l’échelle mondiale, et parce que le numérique, malgré une forte composante technique qu’il faut toujours interroger et sans cesse surveiller (car elle est l’agent d’une volonté économique), est devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se caractérise par les nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine.

Cette dimension culturelle est évidente dans la crise actuelle de certains de nos objets les plus classiques. En premier lieu, les objets hérités de la culture de l’imprimé et du livre, avec leur support complexe et multiple, leur matérialité, sont aujourd’hui confrontés aux réalités des pratiques et des contraintes de l’environnement numérique. Si le livre comme objet résiste, la culture du livre et de l’imprimé est en crise en grande partie à cause des pratiques courantes et quasi naturelles dans l’environnement numérique. La convergence entre la technique et l’héritage culturel nécessite une remise en question des valeurs attachées à des pratiques éditoriales et juridiques ancrées dans une tradition avec un poids économique important, une fonction symbolique puissante et un rôle politique majeur. Car les objets sont aussi associés à des institutions qui sont des lieux de production, de transmission et de préservation du savoir. Et la fragilisation actuelle de ces objets implique une déstabilisation de ces espaces lettrés et savants, de même que leur soumission aux pressions suscitées par les modèles de la production du savoir inhérente à l’environnement numérique. Ainsi, la mutation induite par le numérique touche d’abord à la stabilité de cet espace dans toute sa diversité. Qu’il s’agisse de l’institution et de ses extensions (université, édition, revues scientifiques, etc.) ou des archives (bibliothèques), la culture numérique transforme les pratiques courantes et risque de modifier la nature même des objets de notre savoir comme de l’espace censé les accueillir et les faire circuler. Cette dimension spatiale est essentielle, voire déterminante, car elle participe d’une manière remarquable à ce bouleversement général qui semble caractériser notre aventure numérique.

© Milad Doueihi et publie.net

 

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Extrait de Poreuse de Juliette Mézenc,
publie.net, Hors collection

 

On était cinquante personnes, on est rentrés dans un pirogue, on avait un GPS, qui nous montrait le chemin. Depuis le deuxième jour, le GPS s’est tombé dans l’eau, ça ne marchait plus, on ne sait plus là où on est. Le pirogue, ça bougeait trop, y avait beaucoup de vagues, sur les pirogues et y avait quelqu’un là-dedans, il ne pouvait plus se lever, il avait trop faim, il avait trop froid, il était malade aussi. Même si on le levait, il se tombait. Il est mort. On l’a emmené, au port de Ténérife. Les gens de Ténérife, y nous a vus dans l’eau, avec un hélicoptère. Depuis qu’il nous a vus, on a levé notre main à lui. Après, l’équipe de sauvetage est partie, il nous cherchait avec un bateau, à ce moment-là (rire) j’étais très content, parce que je, j’ai (rire) je croyais que j’étais mort. Quand je suis arrivé à Ténérife beaucoup de prières, pour Dieu, parce que, on croyait tous qu’on était morts.
Physiquement, j’étais mal parce que, mes muscles des genoux, ça me faisait très mal. Et aussi j’avais arrêté de manger, ça faisait trois jours. J’avais trop de faim. Ils ne voulaient pas que je vienne, ils avaient très peur, mais, je les ai forcés, ils m’ont laissé partir, mon père, il est cultivateur. Ma mère, elle est ménagère. Et, la pluie, ça ne pleut pas beaucoup là-bas. J’étais un peu fort en étude, mais, j’avais peur après pour mon avenir, parce que je voyais mes grands frères à la maison, ils avaient les diplômes, ils n’avaient rien.
Moi j’ai dit. Il faut que j’aille. À Ténérife, c’est très différent, le climat, c’est pas bon, il n’y a pas d’argent, on fait l’école, il n’y a pas de travail, faut que je sors, c’est ça mon défi. Or, je n’ai pas été perdu dans le voyage, je ne peux pas se perdre ici. Moi j’ai dit il faut que j’aille plus loin, faut que je sors, comme ça que j’ai repris un bateau, comme ça que j’ai débarqué ici.

En novembre, les Sétois se divisent en deux classes bien distinctes : il y a les couillons, que le vol des étourneaux mène par le bout du nez — avez-vous déjà suivi des yeux cette écriture serrée serrée comme un poing au-dessus de la ville, et qui soudain s’étire, frissonne, miroite, on croirait des poissons échappés et il y a les monstres qui frémissent et lèvent les yeux au ciel avant de cracher sur le trottoir les mots « chiures », « puanteur » ou encore, attestant alors une pensée plus élaborée, plus distanciée, le mot « nuisances ».
C’est l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école tandis que le soleil se couche, offrant alors aux oiseaux, c’est pas trop tôt, un décor à leur hauteur : horizon mauve sur le bleu dur de la mer, barre de nuages cotonneux posée sur les contreforts des Cévennes, ciel blanchi, guirlandes qui s’allument sur les grues du port. Un homme invisible — missionné par la mairie, sans doute — fera exploser des pétards et c’est le ciel en entier qui s’animera alors par-dessus les têtes levées. De gigantesques nuages se formeront en un clin d’œil, palpiteront sans effort visible, certains y verront des ballets de baleines à bosse, d’autres rien de spécial, mais peut-être verront-ils, eux.
Les premiers, donc, contemplent bouche bée, et c’est risqué, mais ils n’y pensent pas, vous pensez bien.
Les seconds, et bien, ils pensent, ils pensent même beaucoup. À leur voiture garée sous un platane et qui risque de se retrouver criblée de crottes corrosives ; à la somme qu’il faudra débourser pour faire repeindre la carrosserie ; à leurs semelles qu’il faudra nettoyer avant de s’accorder un repos bien mérité ; à leur conjoint dont il faudra subir les invectives à l’annonce des dégâts ; et enfin et surtout, à la semaine, qui avait été bien assez chiante comme ça sans en remettre une couche !
Il va sans dire que les deux catégories peuvent éventuellement coexister chez la même personne, une attitude cédant le pas sur l’autre en fonction du jour et de l’humeur. Parmi eux, il y a Mathilde, Jacques et Guillaume.

© Juliette Mézenc et publie.net

9 mai 2012

Les 10 articles les plus consultés en avril 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 billets les plus consultés le mois dernier sur ce blog. Vous retrouverez en bonne place les éditions Bragelonne grâce à leur offre découverte du 1er avril, l’appel à participation pour l’étude du MOTif via le médialab qui continue à être relayé et forcément des ouvrages liés aux très récentes élections présidentielles. Bel intérêt également pour les offres développées par les maisons d’édition numérique ainsi que pour l’arrivée en numérique des grands classiques du XXe siècle publiés aux éditions de Minuit. Encore une fois, merci à tous.

Si vous avez manqué quelque chose, dans la liste ci-dessous un lien pointe à chaque fois vers le billet en question et parfois un autre vers epagine.fr (pour consulter un titre ou le catalogue d’une maison d’édition). Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés depuis tous les sites de vente des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici).

ChG

 

Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en avril 2012

 


1. Le succès de l’opération 100k Bragelonne sur le réseau ePagine | billet du 4 avril 2012
2. No exit (Nicolas Sarkozy et la France) de Philip Gourevitch, éditions Allia | billet du 5 avril 2012
3. 4 nouveautés ONLIT BOOKS et une nouvelle offerte | billet du 18 avril 2012
4. Liste des librairies partenaires d’ePagine | mise à jour du 13 décembre 2011
5. 10 nouveaux titres des éditions de Minuit à lire en numérique | billet du 13 avril 2012
6. La Nouvelle Revue de Psychanalyse numérisée | billet du 22 février 2010
7. Le programme de François Hollande en numérique | billet du 5 mars 2012
8. appel à participation : étude sur les usages du livre numérique (médialab / Le MOTif) | billet du 21 mars 2012
9. Prix de lancement et offres promotionnelles (publie.net, ONLIT BOOKS, guides MAF…) | billet du 26 avril 2012
10. Le Dalaï-lama et Stéphane Hessel chez Indigène éditions | billet du 16 avril 2012

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