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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

22 avril 2013

Fantôme, la 9e enquête de Harry Hole, par Jo Nesbø

Lors de sa précédente enquête (Le léopard), Harry Hole, réfugié à Hong-Kong après l’affaire du Bonhomme de neige, avait dû oublier un temps sa déprime amoureuse, l’alcool, le jeu et l’opium, pour aller traquer, en pleine guerre des polices, un tueur en série dans les montagnes du Congo. Cette enquête était la plus sanglante et la plus violente de la série, un cauchemar. Paraît aujourd’hui la 9e enquête, celle qui fait revenir à Oslo un Harry Hole encore plus déboussolé et abîmé (on a l’habitude vous me direz). En son absence (trois ans), la ville a été reprise en main par les trafiquants de drogue – la drogue sera d’ailleurs le fil conducteur de ce thriller, la ligne (si je puis dire) de toute cette enquête moins sanglante mais plus construite encore que les précédentes – et la corruption a envahi tous les quartiers. Dans Fantôme, Harry Hole renoue également avec l’amour (compliqué) de sa vie, son fils étant mêlé à un meurtre, celui d’un dealer avec qui il s’était associé. Bien que démissionnaire de la police, l’inspecteur va une fois encore reprendre du service, renouant avec les méthodes les plus radicales et les plus personnelles puisque devant faire face à un mystérieux truand russe « Fantôme », à la haine de la police locale corrompue et à l’arrivée de la fioline, une nouvelle drogue qui fait des ravages dans la capitale norvégienne. Jo Nesbø nous avait habitué à charger la braque de son inspecteur. Là, il frappe vraiment très fort.

Pour vous donner un aperçu de cette nouvelle enquête, nous publions aujourd’hui un extrait. Pour info, les deux premiers chapitres de Fantôme peuvent être téléchargés gratuitement. Autre bonne nouvelle, Le bonhomme de neige est actuellement en promo : 3.99 € jusqu’au 1er mai (lire notre billet).

Les cinq enquêtes de Harry Hole de Jo Nesbø parues dans la collection Série Noire puis en Folio policier sont toutes disponibles en numérique : L’étoile du diable, Le Sauveur, Le bonhomme de neige, Le léopardFantôme ainsi que Chasseurs de tête (un roman policier qui ne fait pas partie de la série). Tous les romans de Jo Nesbø peuvent également être lus en anglais. Cliquez ici pour accéder à l’ensemble des titres disponibles sur le site de la librairie ePagine.

ChG

 

 

EXTRAIT DE FANTÔME DE JO NESBØ
NEUVIÈME ENQUÊTE DE HARRY HOLE


« Les cris l’appelaient. Telles des lances sonores, ils transperçaient tous les autres bruits du soir dans le centre d’Oslo, le ronronnement régulier de la circulation sous les fenêtres, la sirène lointaine qui montait et descendait, les cloches de l’église qui venaient de se mettre à sonner. C’était maintenant, à la tombée de la nuit, et éventuellement juste avant le lever du soleil, qu’elle partait en quête de nourriture. Elle promena son nez sur le linoléum crasseux de la cuisine. Enregistra et classa à toute vitesse les odeurs en trois catégories : comestibles, menaçantes ou sans intérêt pour la survie. Le parfum âcre de la cendre de tabac. Le goût doucereux et sucré du sang sur un coton. L’exhalaison amère de la bière dans une capsule de Ringnes. Des molécules de soufre, de salpêtre et de dioxyde de carbone s’élevaient d’une douille métallique vide adaptée à une balle de 9 x 18 mm, appelée aussi Makarov, d’après le pistolet pour lequel le calibre avait été conçu. La fumée d’un mégot encore chaud à filtre jaune et papier noir frappé de l’aigle impérial russe. Le tabac était comestible. Et là : des effluves d’alcool, de cuir, de graisse et d’asphalte. Une chaussure. Elle la flaira et constata qu’elle se laissait moins facilement manger que le blouson dans le placard, celui qui sentait l’essence et l’animal en décomposition dont il était fait. Son cerveau de rongeur se concentra donc sur la façon de franchir l’obstacle devant elle. Elle avait essayé par les deux côtés, tenté de glisser son corps de vingt-cinq centimètres et de moins de cinq cents grammes. En vain. L’obstacle gisait sur le flanc, dos au mur, et l’empêchait d’accéder au trou menant à son nid et à ses huit nouveau-nés aveugles et nus qui réclamaient de plus en plus bruyamment ses mamelles. La montagne de viande sentait le sel, la sueur et le sang. C’était un être humain. Un être humain vivant ; ses oreilles sensibles lui permettaient de distinguer les faibles battements de cœur sous les hurlements affamés de ses petits.
Elle avait peur, mais elle n’avait pas le choix. Nourrir sa progéniture passait avant tous les dangers, tous les autres instincts, au prix de tous les efforts. Elle s’immobilisa donc le nez en l’air, dans l’attente de la solution.
Les cloches sonnaient en rythme avec le cœur humain. Un coup. Deux. Trois, quatre…
Elle découvrit ses dents de rongeur.

Juillet. Merde. On ne meurt pas en juillet. J’entends vraiment les cloches d’une église ou y avait un hallucinogène dans ces saletés de balles ? OK, c’est la fin. Et qu’est-ce que ça peut foutre ? Ici ou ailleurs. Maintenant ou plus tard. Mais méritais-je vraiment de mourir en juillet ? Sur fond de chants d’oiseaux, de tintements de bouteilles, de rires au bord de l’Akerselva et de foutu bonheur estival juste sous mes fenêtres ? Méritais-je de me retrouver par terre dans une piaule de junkie infecte, avec un trou de trop dans le corps, par lequel tout s’écoule : la vie, les secondes et les flash-back de tout ce qui m’a conduit ici ? Les grandes et les petites choses, la masse de hasards et de choix qui n’en étaient pas tous. Est-ce moi, est-ce tout, est-ce ça, ma vie ? J’avais des projets, non ? Maintenant, il reste un sac de poussière, une blague sans chute, si courte que j’aurais eu le temps de la raconter avant que cette foutue cloche arrête de sonner. Ah, saloperie de lance-flammes ! Personne ne m’avait dit que ça ferait si mal de mourir. T’es là, papa ? Te barre pas, pas maintenant. Écoute la blague : Je m’appelle Gusto. J’ai vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. T’étais un sale type, qui s’est tapé une sale bonne femme. Neuf mois plus tard, j’ai débarqué et j’avais pas eu le temps de dire « papa ! » qu’on me confiait à une famille adoptive. Là-bas, j’ai fait toutes les conneries que j’ai pu, et eux, ils ne faisaient que m’envelopper un peu plus dans leur étouffante couverture de sollicitude, et me demander ce que je voulais pour me tenir tranquille. Une foutue glace ? Ils n’étaient pas fichus de comprendre que les gens comme toi et moi devraient être exécutés à la naissance, exterminés comme la vermine, que nous transmettons mort et maladies, et nous reproduisons comme des rats dès que l’occasion se présente. Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Mais ils veulent aussi quelque chose. Comme tout le monde. J’avais treize ans la première fois que je l’ai vu dans les yeux de ma mère adoptive : ce qu’elle voulait.
« Comme tu es beau, Gusto », elle a dit. Elle était entrée dans la salle de bains – j’avais laissé la porte ouverte, sans faire couler la douche, pour éviter que le bruit la mette en garde. Elle est restée une seconde de trop avant de ressortir. Et j’ai ri, car à ce moment-là je savais. Voilà mon talent, papa : je sais ce que veulent les gens. Est-ce que je le tiens de toi ? Étais-tu comme ça, toi aussi ? Une fois qu’elle est sortie, je me suis regardé dans le miroir de la salle de bains. Elle n’était pas la première à le dire. Que j’étais beau. J’étais plus précoce que les autres garçons. Grand, mince, déjà large d’épaules et musclé. Des cheveux noirs et luisants, comme si la lumière ricochait dessus. Pommettes hautes. Menton carré. Une grande bouche avide, mais des lèvres pulpeuses comme celles d’une fille. Peau hâlée et lisse. Yeux marron, presque noirs. « Rat brun », m’avait surnommé un garçon de la classe. Didrik, c’était ça, son nom ? Il voulait devenir pianiste professionnel, en tout cas. Je venais d’avoir quinze ans et il l’avait dit tout haut dans la classe. « Ma parole, le rat brun ne sait même pas lire correctement. »
Je me suis contenté de rire, je savais pourquoi il le disait, bien sûr. Ce qu’il voulait. Kamilla, dont il était secrètement amoureux, était un peu moins secrètement amoureuse de moi. À la fête de classe, j’avais pu tâter ce qu’elle avait sous le pull. Pas grand-chose. J’en avais parlé à deux ou trois gars, Didrik l’avait su, et il avait décidé de me mettre sur la touche. Je ne tenais certes pas forcément à faire partie d’un groupe, mais l’éviction, c’est l’éviction. Alors je suis allé voir Tutu au club de motards. J’avais déjà dealé du shit pour eux à l’école, et je leur ai expliqué que si je voulais faire mon boulot correctement, il fallait qu’on me respecte. Tutu m’a dit qu’il allait s’occuper de Didrik. Lequel n’a par la suite jamais voulu expliquer à qui que ce soit comment il avait réussi à se coincer deux doigts juste au-dessous de la charnière supérieure de la porte des chiottes des garçons. Mais il ne m’a plus jamais appelé rat brun. Et – d’ailleurs – il n’est jamais devenu pianiste professionnel. Putain, ce que ça fait mal ! Non, c’est pas du réconfort qu’il me faut, papa, c’est un shoot. Juste un dernier shoot, et puis je quitterai ce monde bien tranquillement, promis. La cloche sonne de nouveau. Papa ? »

© chapitre 1 de la première partie de Fantôme de Jo Nesbø, roman traduit du norvégien par Paul Dott, Gallimard, 2013, pour la traduction française

15 avril 2013

Parution intégrale de AL TEATRO de Stéphanie Benson (avec promotions)

AL TEATRO, la saga de Stéphanie Benson, démarre en 2001 aux éditions L’Atalante avec Cavalier seul. Suivront Cheval de guerre en 2003 et Moros en 2004, toujours à L’Atalante. En 2010, ces trois tomes (qui ne sont plus disponibles en papier) ressortent en numérique chez Publie.net. Aujourd’hui, plus de dix ans après nous avoir fait découvrir les premières aventures du colonel Katz et du diabolique Milton, Stéphanie Benson transforme enfin sa trilogie en tétralogie et clôt ainsi la saga AL TEATRO. Propulsée une nouvelle fois par Publie.net dans la collection Publie.Noir, cette saga, qui mêle habilement polar très sombre (voire trash) et fantastique, décrit à vive allure la folie destructrice qui s’empare de notre monde à la fin du XXe siècle et nous interroge sur le sort de notre civilisation. Huit personnages, huit regards, huit points de vue en tout, pour cette somme où les valeurs du Bien et le Mal sont totalement renversées et qui ne nous épargne aucune horreur, aucun effroi (d’ailleurs, pour les plus sensibles d’entre vous, accrochez-vous !). Al Teatro, entre théâtre délirant des opérations et scène du crime où les personnages tragi-comiques sont des pantins désarticulés ou monstrueux, est aussi une descente aux enfers pour Katz et son équipe, coincés qu’ils sont entre tueurs en série, fous furieux, allumés de première et prétendants au trône mondial, tous sans scrupules.

Pour accompagner la parution intégrale de la tétralogie AL TEATRO, les trois premiers tomes sont en promotion depuis aujourd’hui (3.99 € chaque au lieu de 6.99 €) et la nouvelle inédite de Stéphanie Benson, Phasmes, publiée elle aussi dans la collection Publie.Noir, vous est offerte… Attention, jusqu’au 15 mai uniquement !

Les titres de Publie.net ne comportent pas de dispositif de cryptage limitant leur utilisation (DRM) : ils sont identifiés par un tatouage (le nom de l’acheteur à la toute fin du fichier).

Cette édition 100 % numérique (code et design) a été réalisée par Roxane Lecomte (studio ePub Chapal & Panoz).

Pour accéder à la liste des quatre tomes de la saga AL TEATRO ainsi qu’au titre offert, rendez-vous sur la librairie ePagine. Vous pouvez également cliquer sur les images ou sur les liens ci-après.

ChG

 

 

► La nouvelle inédite Phasmes (offerte jusqu’au 15 mai 2013)

► La tétralogie AL TEATRO :
1. Cavalier seul (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
2. Cheval de guerre (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
3. Moros (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
4. Pur sang (6.99 €)

12 décembre 2012

Martin Winckler se lit aussi en numérique

 

L’intégralité des titres de Martin Winckler publiés aux éditions P.O.L (dont quelques-uns sont également disponibles au format poche) peuvent désormais être lus sur liseuse, tablette, smartphone et ordinateur. Huit titres parmi lesquels on retrouvera son roman familial (Plumes d’ange) ainsi que son personnage le plus célèbre (Bruno Sachs), présent à la fois dans son roman qui l’a fait connaître, La Maladie de Sachs (prix du Livre Inter 1998), mais aussi dans Les Trois médecins (roman qui s’inspire des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas sauf qu’il se passe en plein dans les seventies à l’intérieur d’une faculté de médecine créée de toute pièce) ou encore dans La Vacation (première apparition du personnage dans un centre IVG et premier roman publié de Martin Winckler). On n’oubliera pas non plus ses chroniques (Histoires en l’air) ou encore son best-seller au format poche, Le Chœur des femmes ainsi que son roman sur les fictions qu’on s’invente et ce que la mémoire en garde (Légendes). Last but not least, P.O.L vient également de mettre en ligne En souvenir d’André paru en octobre 2012 et dont nous vous proposons un extrait du prologue infra, un roman qui met en scène un autre médecin que Bruno Sachs et donne à entendre une autre voix. Ici, le narrateur a dû appréhender au plus près et comprendre la douleur et l’angoisse puisqu’il a fait le choix d’assister des personnes en fin de vie qui demandaient à mourir. Mais son l’histoire personnelle (on ne fait pas ces métiers par hasard) va entrer en résonance avec son activité.

Autre information qui a son importance : il y a quelques jours, les éditions P.O.L ont également fait le choix de baisser le prix de la plupart des titres de Martin Winckler (entre 4.99 € et 11.99 € pour la nouveauté) et c’est une très bonne nouvelle pour ses nombreux lecteurs et lectrices équipés en liseuses et tablettes de lecture.

Outre ces huit titres de Martin Winckler chez P.O.L, cinq autres sont présents au catalogue numérique : un polar (Les invisibles chez 12-21), sa trilogie Twain chez Calmann-Lévy (Un pour deux, L’un ou l’autre et Deux pour tous) ainsi qu’un recueil de 5 nouvelles chez publie.net (Le cahier de transmissions). Comme le précise Benoît Mélançon dans les commentaires, Martin Winckler publie aussi sous le nom de Marc Zaffran. Son ouvrage Profession médecin de famille est disponible, en numérique et en papier, auprès des Presses de l’Université de Montréal. Enfin, La Maladie de Sachs est disponible au téléchargement dans sa traduction anglaise (The Case of Dr Sachs, Seven Stories Press Digital).

Pour la plupart de ces titres, un extrait peut être lu en ligne et/ou téléchargé gratuitement au format ePub.

ChG

 

 

EN SOUVENIR D’ANDRÉ
de MARTIN WINCKLER

 

D’abord, l’officier d’état civil a examiné tes papiers d’identité et constaté que ton nom, ta date de naissance et ton numéro matricule sont identiques à ceux qu’indique le document officiel. Puis il a consulté le dossier administratif attestant que le patient a bien subi – j’utilise le mot à dessein – son entretien psychiatrique. Que l’expert y affirme son bon équilibre mental et souligne l’absence de signes de dépression. Que la maladie est incurable et que, quoique bénéficiant de soins palliatifs de qualité, le patient a exprimé sa demande auprès de trois médecins différents, à trois semaines d’intervalle, comme la loi l’exige. Et que tous ont donné leur accord.
Une fois ces précautions prises, il t’a permis de lire le dossier. C’est un document médical anonyme, un peu technique : il retrace l’itinéraire du patient depuis les premiers symptômes, passe en revue les examens diagnostiques, les choix thérapeutiques effectués en conformité avec l’état des connaissances, la longue phase de rémission de cinq ans, les deux récidives et leurs traitements – manifestement efficaces puisqu’ils lui ont valu, respectivement, quatre ans et vingt-sept mois supplémentaires de répit. Pour en arriver à la rechute survenue il y a neuf mois, avec la découverte de lésions disséminées dans plusieurs organes vitaux, parmi lesquels le foie, les deux poumons, la colonne vertébrale et, possiblement – mais il a refusé l’examen qui aurait permis de le confirmer – le cerveau. Tu as lu tout cela avec curiosité et le malaise qu’on éprouve en découvrant des secrets qui ne nous appartiennent pas. Mais c’est la règle : que tu décides ou non de prendre contact, tu dois le faire en connaissance de cause. Ton imagination s’envole. C’est comme ça, tu n’y peux rien, tu as besoin de remplir le vide et de le peupler de figures en trois dimensions, même floues. Comme d’autres l’auraient fait à ta place, tu t’es préparé à rencontrer une épave, un corps humain replié de douleur, amaigri par la maladie, déformé par les interventions qui lui ont retiré un organe par-ci, un organe par-là, et cloué au fauteuil ou au lit, bardé de tuyaux divers et variés.
Mais tu fais erreur. La maladie n’a pas dévoré un organe vital, elle a pris naissance dans une multitude de localisations et le patient a été traité par chimiothérapie, non par la chirurgie. Jusqu’à sa rechute, il y a quelques semaines, il était parfaitement valide. Selon les dernières observations – effectuées juste avant qu’on te communique le dossier –, il était en parfaite possession de ses moyens intellectuels. Certes, il est âgé – soixante-dix-sept ans –, mais au jour d’aujourd’hui, vu le nombre et l’état des centenaires, les moins de quatre-vingts ans sont souvent de première jeunesse.
Enfin, le dossier t’a appris que le patient est médecin.
Tu as refermé le dossier et tu as hoché la tête.
Après t’avoir fait signer le document légal, l’officier d’état civil t’a remis la lettre.
Tu l’as tournée entre tes doigts avec une certaine émotion. Tu as attendu d’avoir quitté le bâtiment pour aller t’asseoir sur un banc, non loin de ton véhicule. Et là, tu l’as ouverte.
Tu l’as lue plusieurs fois, afin de t’assurer que tu comprenais bien. Et tu as bientôt senti la feuille couverte de quelques lignes manuscrites prendre toute sa gravité.
Tu t’es demandé brièvement ce qui l’avait poussé à te choisir, toi.
Tu as remis la lettre dans l’enveloppe et tu l’as appelé.
Tandis que tu diriges ton véhicule vers l’adresse qu’il t’a indiquée, ton esprit vagabonde une nouvelle fois.
S’il n’est pas prostré dans son lit, va-t-il t’accueillir assis bien droit dans un fauteuil de pierre tel un Moïse moderne ? Va-t-il, à ton entrée, abandonner sa lecture pour lever vers toi son front auréolé de lumière ?
La réalité résiste à tes fictions. Tu ne t’attendais pas à cette maison en bois, d’aspect anodin, juchée sur un demi-sous-sol.
La peinture est écaillée. Sur la galerie, à l’ombre, deux sièges en osier sont placés côte à côte. Alors que tu t’apprêtes à frapper ou sonner – tu n’as pas encore décidé –, un chat noir surgi de nulle part vient se frotter contre tes tibias. Il a le poil court, une tache blanche sur l’œil gauche, et porte une petite clochette sur son collier. Avant que tu aies pu te pencher vers lui, il disparaît.
Tu sonnes.

*

La porte s’ouvre sur un homme âgé, amaigri, voûté, vêtu d’un vêtement d’une autre époque, une vieille salopette rayée à bretelles et tablier, aux couleurs passées, au tissu élimé. Son torse enveloppé d’une chemise grise te fait penser à un menuisier qui n’aurait pas voulu prendre sa retraite ; ses jambes flottant dans le bas de la salopette évoquent – tu n’aimes pas cette image mais elle te vient tout de même – la silhouette d’un déporté du siècle dernier.
Il a les cheveux blancs, il est rasé de frais.
Il te sourit, te fait entrer, t’invite à poser ton manteau, te propose un café – il vient d’en faire. Ou alors, un thé ? Il peut en faire pour toi.
Tu hésites, tu sens qu’il veut te mettre à l’aise. Tu dis oui au café.
Tu ne sais pas quoi dire. C’est ta première fois. Ce sera peut-être la seule. Tu brûles de lui demander pourquoi il a fait appel à toi, mais tu as lu dans le guide que cela ne se fait pas. Tu n’es pas là pour l’interroger sur ses motifs. C’est à lui de décider la nature de cette rencontre et, en signant le document officiel, tu as accepté ses conditions.
Tu n’as pas peur, mais tu t’inquiètes un peu, tout de même. As-tu bien fait d’accepter cette mission ?
Certes, tu accomplis là un acte civique auquel beaucoup de citoyens de ton âge, aujourd’hui, se portent volontaires. Mais seras-tu à la hauteur de l’expérience ? Tu n’en es pas tout à fait sûr.
Ton hôte, lui, n’a pas du tout l’air inquiet. Ni pressé. On dirait qu’il t’attendait comme un visiteur familier venu passer un moment avec lui. Tu pensais qu’il te donnerait rendez-vous à la nuit tombante et, puisqu’on est à la fin du mois de juin, que tu ne lui rendrais visite qu’après le souper. Mais il t’a fait venir à deux heures de l’après-midi en ajoutant, avec un petit rire : « J’ai beaucoup de choses à vous raconter. »
La pièce dans laquelle il te fait entrer est un salon tout en longueur, meublé à l’ancienne, à l’avant de la maison. Près de la fenêtre donnant sur la rue, un fauteuil relax. De l’autre côté de la pièce, un canapé tendu d’un plaid tricoté à la main. Sur la table basse, un album de photographies comme tu n’en as vu que chez tes grands-parents adoptifs.
Ton hôte t’invite à t’asseoir et disparaît dans la cuisine. Il revient bientôt, deux bocks fumants à la main. Il refuse que tu saisisses celui qu’il te destine – « Non, non, c’est très chaud, attendez un peu qu’il refroidisse ! » – et le pose devant toi sur la table basse, près de l’album de photos.
Puis, l’autre bock à la main, il traverse la pièce en boitant et s’installe prestement dans le fauteuil relax, sans renverser une goutte.
Il boit une gorgée et te regarde.
« On y va ? »

(…) 

Pour lire la suite cliquez ici.

 

© En souvenir d’André de Martin Winckler (éditions P.O.L, 2012)

14 octobre 2012

Lecture de « Haïku », un thriller signé Eric Calatraba (Numeriklivres)

Après vérification dans sa filmographie sur Wikipédia, je peux affirmer sans me tromper que je n’ai jamais vu Steven Seagal au cinéma (eh oui…). En revanche, Kill Bill de Tarantino, si. The Killer de John Woo, aussi. Et Les Sept Samouraï de Kurusawa, itou.
J’ai fait du judo mais pas d’aïkido.
J’ai en tête quelques airs d’opéra mais à « Questions pour un champion », Eric Calatraba s’en sortirait haut la main.
Je connais assez bien l’Italie du Nord (la région des Lacs surtout) ; le Japon, ça sera pour le printemps prochain.
Je lis régulièrement des haïkus, ceux de Bashō et de Issa en particulier.
Je n’ai jamais conduit de moto ; à vélo, déjà, je suis un danger public (plusieurs accidents à mon actif).
Je lis très rarement des thrillers mais il m’arrive de faire des exceptions, comme cet été.
Je n’ai a priori jamais croisé de représentants de la mafia russe ou chinoise.
Jusque-là, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser de près au trafic d’organes.
Je suis allé une fois à Genève et deux fois dans la région niçoise.
J’ai lu le premier tome de Haïku d’Eric Calatraba une nuit d’insomnie.
J’ai lu le deuxième tome de Haïku d’Eric Calatraba en deux soirs.
J’ai beaucoup aimé Haïku d’Eric Calatraba, la force de ce thriller tenant dans l’extrême précision des sujets abordés (cf. la liste supra).
Petit bémol toutefois : les personnages quasi gémellaires et complémentaires (l’un est le bon et l’autre le méchant – même si au fil de l’histoire l’un pourrait remplacé l’autre) sont parfois un peu trop magnifiés, me semble-t-il.
Autre petit bémol : ce roman aurait peut-être gagné en force si on l’avait allégé de quelques adjectifs.
Mais pour le rythme, la vitesse, le mélange des genres et le goût des détails, je trouve que ce thriller est sacrément efficace, bravo à l’auteur !
Pour résumer, que vous aimiez les grosses cylindrées ou pas, les poèmes japonais ou pas, les arts martiaux ou pas, l’opéra ou pas, les voyages à travers le monde ou pas, les histoires de mafia et de code de l’honneur ou pas, les courses-poursuites ou pas, ruez-vous sur Haïku ! Le premier tome est vendu 0.99 € et le deuxième, 3.49 €. C’est Eric Calatraba qui tient le sabre, c’est Numerik:)ivres qui joue avec le katana et ça se lit en numérique (sans DRM, avec tatouage). Un extrait de chacun des tomes peut être téléchargé gratuitement sur ePagine (ici et ) ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

ChG

16 juin 2012

offres découvertes du week-end (Omnibus, Métailié, publie.net, Folio Policier, Numeriklivres, Petit Futé)

Parmi les offres découvertes et mises en avant repérées cette semaine (elles se multiplient) et qui égailleront votre week-end, vous trouverez des guides voyages, des histoires patagoniennes et islandaises, des polars, des thrillers, des écritures urbaines, intimes, poétiques, des ambiances rock, de la chick-lit et le grand Simenon : des lectures, des lectures, des lectures, des paysages et des mots qui font du bien aux yeux et aux oreilles. Profitez-en, certaines offres ont une durée très limitée !

 

1. Simenon chez Omnibus

41 romans de Simenon viennent d’entrer au catalogue numérique. Une offre découverte est d’emblée proposée par la maison d’édition : 3 titres pour le prix de 2 dans un seul ePub (15,99 € au lieu de 23.99 €). Offre valable jusqu’au 21 décembre 2012.

À la découverte de Simenon 1 : Le Chien jaune, Les Scrupules de Maigret, Le Coup de Lune
À la découverte de Simenon 2 : Pietr-le-Leton, La Fuite de Monsieur Monde, Chez les Flamands
À la découverte de Simenon 3 : Les Fiançailles de Mr. Hire, Le Fou de Bergerac, Betty

 



 

2. Sepúlveda & Indridason chez Métailié

• Toujours d’actualité (jusqu’au 30 juin), la nouvelle El Tano de Luis Sepúlveda est à télécharger gratuitement. Deux autres histoires issues également de Dernières nouvelles du Sud (Le dernier voyage du Patagonia Express et El Duende) sont, quant à elles, vendues 0.99 €, et le recueil intégral 12.99 € (cf. notre billet du 6 juin).

• Autre coup de projecteur et pas des moindres : jusqu’au 30 juin, La femme en vert d’Arnaldur Indridason, sans doute l’un des meilleurs polars de la série avec le commissaire Erlendur est à 6.99 € au lieu de 13.99 € (cf. notre billet du 18 mai 2011).

 



 

3. DOA en Folio Policier

Jusqu’au 18 juin, Folio Policier baisse les prix sur trois romans noirs de DOA (Citoyens clandestins, Le serpent aux mille coupures et La ligne de sang). Chacun est proposé à 4.99 € (cf. notre billet du 11 juin pour connaître les deux prochaines offres Folio Policier et Folio SF).

 



 

4. Cécile Portier, François Bon, Daniel Bourrion, Marc Villard & Véronique Vassiliou chez publie.net

Plus d’un mois après son premier rendez-vous, l’offre découverte publie.net se poursuit (cf. nos précédents billets) avec cette semaine 4 nouveautés et une reprise. Dans tous les cas, 5 auteurs contemporains à (re)découvrir à travers des ambiances rock’n'roll, noires, poétiques, autoroutières et gymnastiques. 5 titres, comme toujours, proposés avec prix de lancement ou découverte : 0.99 € jusqu’à lundi soir. Ils viennent (la plupart) juste d’arriver ou d’être remis à jour et comme je ne les ai pas encore tous lus, pour en savoir plus cliquez sur les liens ou les couvertures de Roxane Lecomte.


• Cécile Portier, Contact (collection REPRINT) : un monologue puissant dans lequel une femme au volant de sa voiture, entre Paris et le Sud de la France, se demande quelle route prendre, celle qui la mène vers son amant ou l’autre, vers sa famille. Un récit, un road novel, où les réponses se trouvent dans les questions intimes que se pose la narratrice, celles qu’entraînent routes et autoroutes au fil des kilomètres, et leurs déviations possibles.

• François Bon, Conversations avec Keith Richards : ces quatorze Conversations avec Keith Richards seraient comme le carnet de notes qu’aurait tenu François Bon (via twitter) et qui accompagnerait sa biographie des Rolling Stones (publiée en 2002), biographie qui sera mise en ligne mi-juillet dans une version augmentée et révisée.

• Daniel Bourrion, J’ai été Robert Smith : « Narration précise de Daniel Bourrion dans ce mode à la fois poétique et autobiographique auquel il nous a habitués, un samedi soir dans une boîte de nuit, une virée en bagnole, un walkman avec The Cure… »

• Marc Villard, Sharon Tate ne verra pas Altamont (collection PUBLIE NOIR) : « Marc Villard explore avec ses propres outils, fragments de scènes fixées au plus près par la langue, cette période cruciale où la décennie des sixties bascule tout entière, lorsque les illuminés de Charles Manson viennent égorger Sharon Tate pour satanisme. Une semaine après c’est Woodstock, et Altamont en décembre. »

• Véronique Vassiliou, Movies : un texte poétique, décalé et très rythmé sur le rapport au corps à partir d’une méthode d’exercices de gymnastique.

 



 

5. Marie Potvin, André Delauré & Jean-Louis Michel chez Numerik:)ivres

Pendant tout l’été, les premiers tomes publiés dans la collection “Noir, c’est noir” de Numerik:)ivres (une collection 100% numérique consacrée au roman noir, au roman policier et au thriller) seront à 0,99 € et les suivants entre 2.99 € et 3.99 €. Deux auteurs sont d’ores et déjà concernés par cette mise en avant, André Delauré et Jean-Louis Michel. À noter aussi que le feuilleton (chick-lit) en 5 épisodes de Marie Potvin, Les Héros ça s’trompe jamais est désormais complet et en ligne (le premier épisode est gratuit, les suivants à 0.99 €).


• André Delauré
Fracture mentale t.1 Charly (0.99 €)
Fracture mentale t.2 Aurélie (3.99 €)

• Jean-Louis Michel
Fin de route tome 1 (0.99 €)
Fin de route tome 2 (2.99 €)

 



 

6. City trip & City Monde by Petit Futé

Jusqu’à demain soir, tous les guides numériques Petit Futé des collections City Monde et City Trip sont en promotion à 1.99 €. Plus de 150 destinations en tout (cf. notre billet du 13 juin).

 


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