De nombreux textes d’auteurs du monde entier tombent chaque année dans le domaine public. Quiconque dans ces cas là peut s’en emparer et remettre au goût du jour des œuvres souvent importantes, parfois délaissées ou oubliées, voire même traduire des fragments qui jusque-là étaient restés inédits. J’avais naïvement pensé qu’avec les outils numériques, les nouvelles traductions (avec possibilité de mises à jour) seraient plus importantes que ça. Ce n’est malheureusement pas le cas. Trop de maisons d’édition continuent à commercialiser des traductions surannées, démodées voire obsolètes. Pour certains de ces textes (vu comme ils sont prescrits chaque année par l’éducation nationale), les maisons d’édition ont dû amortir les coûts de traduction et d’impression depuis longtemps, non ?
Il y a néanmoins de magnifiques contre-exemples. Citons sans réserve chez P.O.L le travail exemplaire de Frédéric Boyer autour de la Chanson de Roland ou encore la nouvelle traduction de « Gatsby » par Julie Wolkenstein. Mais hormis quelques rares cas comme ceux-là, force est de constater que, depuis quelques mois, ce sont surtout les maisons d’édition de création numérique (publie.net et Numeriklivres en l’occurrence) qui sont les plus actives en la matière et ont ouvert un chantier des plus créatifs avec leurs auteurs/traducteurs. Souvenez-vous, on avait déjà évoqué ici les nouvelles traductions du Bartleby de Melville, de plusieurs textes de Lovecraft, du Vieil homme et la mer d’Hemingway qui avait fait grand bruit il y a un an ou encore des récits brefs de Kafka. Depuis, d’autres récits et nouvelles de Kafka ont été traduits grâce à Laurent Margantin (À la colonie pénitentiaire et Un artiste de la faim). Viennent également de faire l’objet d’une nouvelle traduction : Portrait de l’artiste en jeune homme de James Joyce et Une pièce à soi, texte-conférence incontournable de Virginia Woolf sur sa relation au monde, à l’écriture et aux hommes. Signalons aussi la mise en place d’une collection jeunesse chez Numeriklivres, une des rares maisons d’édition numériques (avec La Souris qui raconte) à proposer des livres numériques et non des livres-applications pour les jeunes lecteurs.
Pour commencer, deux nouvelles traductions signées Céline Decamps avec illustrations de Jasmine Bourrel du Chat et le diable de Joyce et de Un dé en or de Woolf. À venir, un inédit de Jack London.
Comme vous pouvez le constater, parmi les textes qui viennent d’être mis en ligne, nombreux sont ceux qui ne sont pas les plus simples à traduire. Prenez par exemple les Satires du poète romain Horace. Ce qu’en fait Danielle Carlès (traduction intégrale avec texte latin emmêlé au français, notes et liens) est pourtant prodigieux alors même que c’est un auteur très difficile à lire dans sa version originale (vous souvenez-vous de vos cours de latin ?). Mais quelle jubilation il y a là non ? Lorsque cette latiniste a ouvert un blog (fonsbandusiae) dédié aux œuvres d’Horace mais aussi de Virgile, qui aurait parié à ce moment-là qu’un an et demi plus tard ses traductions et notes régulières seraient suivies par des centaines de personnes et qu’un éditeur allait prendre le risque de mettre en page, de coder et de commercialiser ce travail ? Pas grand monde je pense.
Je terminerai sur le travail de Christine Jeanney qui ne cesse pas de me surprendre (on a déjà parlé ici de son œuvre ouverte, en mouvement). À la fin de l’année 2012, elle a décidé de s’atteler à la traduction du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, non pas la version que nous connaissons tous et qui avait subi de nombreuses coupes à l’époque de sa parution en Angleterre (et c’est cette version qu’avaient choisies les traducteurs) mais sa version originale, celle du Lippincott’s Monthly Magazine, avant la censure, donc. Cette nouvelle traduction est suivie d’une postface où Christine Jeanney revient sur cette expérience, son immersion au cœur du roman de Wilde, ses choix… À lire également d’elle en ce moment son journal de bord consacré aux Vagues de Virginia Woolf, son nouveau chantier.
Tous les titres au format numérique cités dans ce billet font partie de la sélection « nouvelles traductions » sur le site de la librairie ePagine. Ils peuvent être téléchargés depuis ce site pour ensuite être lus sur le support de lecture de votre choix (liseuse, tablette, ordinateur et smartphone). Certains des fichiers proposés (ePub) contiennent une DRM Adobe et d’autres juste un tatouage (le site de la librairie le signale à chaque fois). Ils sont vendus entre 0.99 € et 13.99 €.
ChG




























