À l’origine, ce billet devait servir d’introduction au deuxième volet de la série lancée la semaine dernière et qui présente une sélection de livres numériques qui sont actuellement mis en avant sur ePagine. Par peur à la fois d’alourdir l’ensemble et de mélanger mes propres questions aux textes conseillés j’ai préféré le dédoubler. Aujourd’hui, petite réflexion autour de la production éditoriale actuelle (vue depuis la librairie en ligne) et demain, présentation des textes 100 % numériques sélectionnés.

Après l’hommage rendu à Hubert Nyssen et aux éditions Actes Sud, demain je proposerai donc une autre sélection. Cette fois ce seront les livres 100 % numériques qui seront à l’honneur, des textes que vous retrouverez sur la page d’accueil des sites ePagine et Place des libraires numérique (cf. ici pour la présentation de cette série). Par cette sélection je chercherai à valoriser le travail fourni par des éditeurs encore méconnus du grand public et un peu boudés par les médias traditionnels, qui font pourtant preuve de créativité et savent prendre des risques en publiant la plupart du temps de jeunes auteurs. Il me semble que sans ce genre de mise en avant par un libraire, quasiment tous ces textes se retrouveraient très vite perdus dans un catalogue qui accueille chaque jour des dizaines de nouveautés. Je parle ici des sites des librairies indépendantes qui proposent à la vente des livres numériques et pourraient ainsi s’emparer des outils proposés et non du travail d’Apple et d’Amazon qui avec leurs algorithmes, qui ont d’ailleurs leur efficacité, ne cherchent pas à mettre en scène de cette manière les livres numériques et mettent en avant les meilleures ventes, gommant d’ailleurs au passage le nom de l’éditeur (cf. à ce sujet le billet sur ebouquin). Je m’adresse ici aux internautes qui souhaiteraient trouver d’autres propositions que celles sélectionnées chez ces revendeurs, aux libraires qui ne savent pas toujours comment faire pour conseiller des textes ailleurs que dans leur magasin et aux éditeurs pour leur affirmer mon soutien et que, même si la méthode peut paraître artisanale et être largement améliorée, elle a le mérite d’être testée, éprouvée, renouvelée très régulièrement via ce blog ou le site ePagine. J’adresse ici un salut amical à Bernard Strainchamps (Bibliosurf et eBooksurf) qui derrière son écran a fait ces dernières années un travail colossal, épuisant et qui n’a malheureusement pas porté ses fruits mais qui a su inventer chaque jour de nouvelles manières d’éditorialiser l’offre numérique.
Quand je parle de lectures 100 % numériques, je pense avant tout aux textes publiés d’abord en numérique et qui tentent de répondre aux nouveaux usages de lecture ainsi qu’aux attentes des lecteurs qui s’équipent de plus en plus en smartphones, liseuses ou tablettes et sont friands de propositions et de découvertes. Ces éditeurs dont je suis la production se concentrent à la fois sur la qualité des textes, sur les usages (lectures mobiles ou urbaines notamment) et sur des formes qui s’adaptent à ces nouveaux usages (formes courtes ou feuilletons, par exemple). Quant aux genres, la SF, le fantastique, la fantasy, les romans noirs, les thrillers, les romances côtoient des genres plus classiques, la littérature dite « blanche » (nouvelles, récits, romans, essais) et d’autres plus déstabilisants, innovants ou ludiques. La jeunesse n’est pas en reste d’ailleurs, plusieurs éditeurs testant actuellement des formes et des offres s’adressant aux tout petits jusqu’aux ados.
On repère également que de plus en plus de projets éditoriaux s’éloignent aujourd’hui de la proposition classique (lecture d’un texte linéaire, par exemple) et, même si le livre numérique a toujours un train de retard sur le web, les éditeurs cherchent de nouvelles possibilités à partir des outils qui se développent sans cesse (lecture aléatoire, navigation par carte graphique, sous-couches de textes à l’infini, hyperliens, intégration de fichiers audio et vidéo, combinaison image / texte / son / vidéo…), ce qu’on appelle en général « livres enrichis » mais qui n’enrichissent personne. Blague à part, même si certains ePub ou livres applis sont un peu gadgets, il y a parmi ces propositions de vrais projets qui renversent de manière radicale notre manière de créer et de lire (je pense notamment à La Table de Claude Ponti, à Il y a le chemin de Jean-Yves Fick, aux guides MAF ou encore à la Chair d’Achala de Charlie Bossu parmi les derniers que j’ai pu lire). Notez bien que ces expériences-ci sont conçues et optimisées pour être lues sur iPad (en attendant que le système Android, notamment, arrive à maturité). Ces expériences ne peuvent donc être complètes avec une liseuse (Bookeen, Sony, par exemple) même s’il y a toujours la possibilité de lire le texte seul.
Face à cette production il n’est en effet pas simple de s’y retrouver. La presse préférant pour l’instant traiter de technologie plutôt que de création ou relayer de fausses informations, la critique méprisant cette partie-là de la création contemporaine, les libraires n’ayant pas la curiosité d’aller voir de ce côté-là, il vous faudra aller chercher du côté des blogueurs ou des réseaux sociaux pour trouver ces éditeurs et leurs auteurs. Du côté du site ePagine un onglet 100% numérique vous permet de découvrir ce qui se produit chaque jour. Quant au blog ePagine, via la rubrique Lecture 100% numérique vous trouverez des infos pratiques ainsi que des textes chroniqués par moi ou d’autres internautes. J’espère également que les textes qui seront présentés demain aiguiseront votre curiosité et vous permettront de faire de belles découvertes.
@ suivre…
ChG