Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

10 octobre 2012

ePagine à la Foire de Francfort 2012

La Foire de Francfort est le plus grand salon du livre au monde. Cette année, la Nouvelle Zélande est le pays d’honneur et un Hall est dédié au numérique. Une nouvelle fois, ePagine y sera présent. Du 10 au 12 octobre inclus, Hall 4.0, stand B1312, ePagine France et ePagine Benelux (Belgique et Pays-Bas) présenteront leurs solutions aux éditeurs et aux libraires du monde entier qui envisagent de fabriquer ou de commercialiser des livres numériques. Pour les éditeurs : outils d’e-fabrication et d’e-distribution, outils de promotion et services de presse… Pour les libraires : site « clé en main » (Internet, mobile, appli) ou intégration, via webservices, dans un site existant, achat et téléchargement des livres numériques par les clients via une nouvelle borne « grand public », offre d’extraits et diffusion du journal du libraire en version numérique, base de données harmonisée (ONIX), catalogue spécifique à chaque librairie, agrégation autour d’une interface unique des différents entrepôts éditeurs, outils de promotion numériques : téléchargement d’extraits, feuilletage, vidéo…

Si vous êtes à Francfort cette fin de semaine, n’hésitez pas à vous rendre sur le stand ePagine afin de découvrir la librairie en ligne, les solutions numériques pour éditeurs et libraires ou encore les applications.

28 septembre 2012

édition/diffusion/distribution numérique 2012

Pour téléchargez en PDF la liste des maisons d'édition proposant des livres numériques (par distributeur et diffuseur), cliquez sur cette image

Il y a un an (octobre 2011), je vous proposais de consulter ici-même et de télécharger en PDF la liste de tous les éditeurs présents au catalogue numérique ePagine (et libraires partenaires) par ordre alphabétique de distributeur et de diffuseur. Contrairement à ce que j’avais annoncé je n’ai pas remis à jour cette liste alors que 1. cette page a été vue près de 2.000 fois en moins d’un an (il était temps de l’actualiser) et que 2. dans le même temps, chaque jour les maisons d’édition arrivaient par dizaines sur les plateformes de distribution de livres numériques (il était plus que temps).

L’an passé je dénombrais 455 maisons d’édition dans le catalogue numérique, aujourd’hui elles sont 936. Hormis les 300 nouveaux éditeurs qui se sont lancés dans l’aventure numérique (notez le développement de immatériel.fr par exemple qui passe de 87 éditeurs diffusés et distribués à 273 ou encore Volumen qui diffusait 13 éditeurs et qui aujourd’hui en diffuse 24), vous remarquerez que ePagine et ses libraires partenaires proposent désormais les ebooks en langue anglaise de 155 éditeurs anglo-saxons. Enfin, la connexion avec le catalogue distribué par Izneo (spécialisé en BD et Manga) a amené 22 éditeurs supplémentaires.

Comme d’habitude, cette liste (20 pages cette fois) figurera en permanence dans la colonne de droite de ce blog (PDF compris).

• Distribution : à ce jour 9 distributeurs se répartissent les 936 éditeurs présents au catalogue => CDI SA (155), EDEN (87), ENTREPÔT NUMÉRIQUE (64), ePagine (70), Eplateforme (59), HARMATTAN (1), immatériel.fr (273), IZNEO (22), NUMILOG (205)

• Diffusion : à ce jour, 18 structures se répartissent la diffusion des 936 éditeurs présents au catalogue.


♦ Distribution CDI SA (ebooks en anglais) 155 (-) / Diffusion : OLF 155 (-)
♦ Distribution EDEN 87 (61) / Diffusion : Actes Sud 5 (3), CDE 19 (14), Edilarge 1 (1), Flammarion 11 (8), Gallimard 4 (4), Harmonia Mundi 18 (14), Sofedis 5 (4), Volumen 24 (13)
♦ Distribution ENTREPÔT NUMÉRIQUE 64 (42) / Diffusion : ePagine 64 (42)
♦ Distribution ePagine 70 (51) / Diffusion : ePagine 68 (46), Librairie.ePagine 1 (-), Virgin Mega 1 (1)
♦ Distribution Eplateforme 59 (47) / Diffusion : Editis 59 (47)
♦ Distribution HARMATTAN 1 (1) / Diffusion : L’Harmattan 1 (1)
♦ Distribution immatériel.fr 273 (87) / Diffusion : immatériel 273 (87)
♦ Distribution IZNEO 22 (-) / Diffusion : Izneo 22 (-)
♦ Distribution NUMILOG 205 (166) / Diffusion : Hachette 205 (166)

* ci-dessus en gras : nombre d’éditeurs en 2012, en gris : nombre d’éditeurs en 2011

 

 Pour télécharger la liste en PDF, cliquez sur ce lien.

31 mai 2012

Univers Poche lance 12-21, sa marque dédiée aux livres numériques

Univers Poche vient de regrouper ses différentes collections et ses différents éditeurs (Pocket, Pocket Jeunesse, Fleuve Noir, 10/18) sous un label unique, une marque 100 % numérique appelée 12-21. Même si ce changement, techniquement, a eu lieu il y a quelques jours déjà sur les plateformes de vente en ligne, Univers Poche a choisi le 31 mai comme date de lancement officiel de cette nouvelle marque dédiée aux livres numériques.

 

 

Univers Poche est présent sur les plateformes de téléchargements de livres numériques et les sites des libraires en ligne avec qui le groupe a signé un contrat de vente depuis 2010. Aujourd’hui le catalogue comprend un peu plus de 750 titres protégés par la DRM Adobe et vendus entre 0.99 € et 17.99 € (la moyenne se situant autour de 8.50 €). On y trouve de la littérature française et étrangère, beaucoup de romans policiers historiques, des thrillers, de la SF, des romances mais également des sciences humaines, des documents, des ouvrages pratiques et de développement personnel ainsi que des histoires pour la jeunesse. Figurent ici de nombreux auteurs de best-sellers : Giacometti et Ravenne, Maxime Chattam, Franck Thilliez et Karine Giébel (thrillers) ; Claude Izner, S.J. Parris, Anne Perry (romans policiers historiques) et San-Antonio ; du côté de la SF et de la fantasy, David Farland ou encore Darlton et Scheer ; pour la jeunesse, la désormais incontournable Suzanne Collins (Hunger games), Marie-Aude Murail ou Jean-Claude Mourlevat ; quelques auteurs de romances, de comédies et de romans érotiques qui ont la côte, Andréa CamerosGilles Legardinier (auteur jeunesse également), Galatée de Chaussy, Valentine Abé et Andrea Luccella ; des classiques, Louis Pergaud, Confucius, Nietzsche, F. Scott Fitzgerald (en V.O.) et encore des dizaines d’autres. Cliquez ici si vous souhaitez en savoir plus.

Univers Poche souhaitait franchir une nouvelle étape dans son développement vers le numérique, d’où la création de cette marque 100 % numérique qui vient remplacer sur le net le nom des maisons spécialisées dans le Poche : Pocket, 10/18, Fleuve Noir… Avec 12-21 le groupe poursuivra sa mise en valeur de catalogues importants, donnera de la visibilité à des titres qui entament une deuxième, voire une troisième vie, et fera vivre des titres de fonds sur le long terme.

Ainsi 12-21 publiera en numérique l’ensemble des titres des maisons du groupe disponibles dans leur version imprimée mais proposera aussi des livres numériques de titres publiés par des maisons d’édition qui ne font pas partie du groupe (éditions Blanches, éditions La Branche, Berg international…). Il y aura également de plus en plus de textes publiés uniquement au format numérique (essentiellement des textes courts). Dans le catalogue, on en trouve déjà quelques-uns à télécharger à partir de 0.99 €.

Retrouvez dès aujourd’hui cette nouvelle marque sur tous les sites des libraires du réseau ePagine (liste à jour ici).

 

 

16 mai 2012

Les Éditions de Londres arrivent sur les sites des librairies numériques

À l’occasion du lancement officiel des éditions de Londres, 85 livres numériques sur la centaine figurant à leur catalogue (jusqu’à présent téléchargeables gratuitement sur leur site) seront désormais vendus 0.99 € chez tous les revendeurs de livres numériques ainsi que sur les sites des libraires en ligne (ePagine et le réseau de libraires partenaires inclus).

 


Ce sont donc cent classiques des Éditions de Londres qui sont maintenant accessibles sur l’ensemble des librairies numériques, disponibles en formats PDF, ePub, Mobi, enrichis de préfaces, de biographies et de nombreuses couvertures originales. Pendant une période limitée (trois à quatre semaines d’après le fondateur de la maison d’édition), ces ebooks seront vendus 0.99 € (et 15 d’entre eux peuvent toujours être téléchargés gratuitement).

Parmi les cent titres mis en ligne et en vente par les éditions de Londres, vous retrouverez ceux d’Albert Londres, Jules Verne, Alfred Jarry, Aristophane, Bougainville, Élisée Reclus, Zola, Rimbaud, Bakounine, Beaumarchais, Diderot, Étienne de La Boétie, Vidocq, Georges Darien, Nerval, Maupassant, Rousseau, Kropotkine, Marco Polo, Paul Lafargue, Hugo, Voltaire, Xavier de Maistre ou encore Zo d’Axa.

« Les Éditions de Londres sont une nouvelle maison d’édition numérique au catalogue polémique ou fondateur, qui se propose de relancer des auteurs oubliés ou méconnus (écrivains « incontournables », libertaires, journalistes, voyageurs, poètes…), et très bientôt (avant l’été) de faire découvrir des auteurs nouveaux (romans, pamphlets, satires, pastiches…). Un éditeur libre-penseur, un catalogue d’œuvres ouvertes, où classiques et œuvres contemporaines refusent de se regarder en chiens de faïence, Les Éditions de Londres vont avant tout à contre-courant des idées reçues. » (communiqué de presse)

Pour aller plus loin et notamment savoir pourquoi les éditions de Londres passent du téléchargement gratuit à la vente, vous pourrez lire le billet posté ce lundi 14 mai sur le blog de la jeune maison d’édition.

Bienvenue à eux, donc !

ChG

28 novembre 2011

Entretien avec Lise Belperron, éditions Métailié

Éditeur de littérature étrangère aux éditions Métailié, depuis janvier Lise Belperron s’occupe également de la partie numérique (10 à 15 % de son temps de travail). Même si elle n’a pas encore franchi le pas de lire en numérique et si au départ elle n’était pas destinée à réfléchir à cette question, elle a aujourd’hui, à force de rencontres et de réflexions, une expérience intéressante qui m’a poussé à la rencontrer. Pour rappel, les éditions Métailié publient majoritairement des auteurs espagnols, portugais, latino-américains, brésiliens, allemands, écossais, islandais mais également quelques Français. Sur les 845 titres figurant à leur catalogue une petite trentaine est disponible en numérique à ce jour parmi lesquels on trouvera des textes de Luis Sepúlveda, Arnaldur Indridason, John Burnside, Lídia Jorge mais aussi de Pierre Christin, François Arango, Stéphane Fière ou Olivier Christin. Grand merci à Lise d’avoir accepté de répondre à mes questions dans les locaux de la maison d’édition et de m’avoir permis de prendre quelques photos.


Lise Belperron, reflet

 

Blog ePagine : Lisez-vous en numérique ?
Lise Belperron : Pas vraiment. Je n’arrive pas à aimer quelque chose sur une tablette de lecture mais c’est sans doute un problème psychologique. En revanche, parce que je ne suis pas fan de nouvelles technologies mais de littérature, la question du numérique m’intéresse. Ensuite, ce travail m’a amenée à discuter avec Eden, avec Apple, avec d’autres acteurs. Ça m’a propulsée d’emblée dans un monde qui n’est pas du tout le mien. Une fois par mois, je regarde la progression des ventes de nos titres en numérique. Pour la fabrication, nous sommes deux à suivre ça. Mais vu les ventes et la lenteur des choses, on hésite à faire des demandes de subvention globales au CNL, tant qu’on n’a pas un projet d’envergure, une vision claire. Ma question serait plutôt : Que peut-on faire à long terme, avec qui ? Parce que je ne crois pas au numérique pour le numérique.

Blog ePagine : Comment ça ?
Lise Belperron : Ce qui se vend aujourd’hui en numérique est ce qui se vend déjà dans les relais de gare principalement. À part la littérature sentimentale, le polar et la science fiction, on achète ce qui est déjà tout en haut de l’affiche. Le public littéraire, notre lectorat disons, n’est pas encore équipé en liseuses ou en tablettes. Et d’autre part, j’ai l’impression que sur Internet on ne cherche pas un livre précis en numérique, on regarde les pages d’accueil où sont souvent présentés des best-sellers. Par ailleurs, sur bon nombre de sites marchands, les classifications par genres sont aberrantes ; il n’y a même pas le genre « littérature » sur la plupart des plateformes. Par exemple, chez Métailié on a sorti toute l’œuvre traduite de Luis Sepúlveda et ça ne s’est presque pas vendu alors que ce sont des titres qui continuent à être beaucoup achetés en librairie. Très vite ils se sont retrouvés relégués au fond des catalogues numériques, ils sont donc introuvables, sauf si on les cherche précisément. Sur Internet, on ne flâne pas entre des étagères.

Blog ePagine : À moins que ce ne soit relayé par les libraires ?
Lise Belperron : Oui, ou à moins de faire une opération. Mais je ne veux pas en faire à chaque fois qu’on sort un titre en numérique. Et c’est faire du marketing alors qu’il est déjà difficile d’avoir un interlocuteur sur la plupart des plateformes ; ça me prendrait beaucoup de temps pour un bénéfice moindre. Et puis je vous le redis, il n’y a rien qui vient spontanément à soi sur Internet, et d’ailleurs ce qui vient en général n’est pas satisfaisant. Lorsque je fais une recherche je ne trouve jamais rien. Les vitrines des librairies numériques sont à l’opposé de ce que va chercher un lecteur dans une librairie. Ça n’a aucun sens.

Blog ePagine : Si les libraires s’emparaient du numérique avec une bonne base de données, une arborescence pensée, un système de tags (mots-clés) qui permettraient à des livres très différents (un roman, un essai, un livre jeunesse par exemple autour de la question du corps) de se retrouver ensemble, est-ce qu’on ne retrouverait pas le travail du libraire mais adapté au support ?
Lise Belperron : Oui mais ma réflexion est à l’instant présent. Vu ce qui se vend aujourd’hui je trouve que le libraire a du mal à trouver sa place dans le circuit de la vente du livre numérique ; l’accès aux livres numériques me paraît encore très compliqué, les libraires ne peuvent pas disposer de la force de frappe des multinationales, qui possèdent les tuyaux, les outils de lecture, les solutions technologiques. En revanche, si je regarde Apple : acheter un livre numérique sur iPhone ou iPad est d’une telle simplicité, c’est sidérant. D’ailleurs je suis presque sûr qu’il y a des gens qui achètent des livres numériques sans s’en rendre compte. Vous cliquez sur Extrait et derrière vous avez le bouton Achetez. Ailleurs on vous demande de vous identifier, on télécharge un lien, il faut vraiment faire un effort pour avoir le fichier. Et puis, pour répondre à votre question sur les libraires, fin août, par exemple, on a proposé un dossier à télécharger gratuitement qui contenait des extraits de notre rentrée. Presque personne ne l’a mis en avant. C’est décevant. On reproche toujours aux éditeurs de ne rien faire et d’être passifs mais globalement dans la chaîne personne ne s’entraide. Il n’y a pas de cercle vertueux.

Blog ePagine : Du côté d’ePagine on ne pouvait pas mettre en avant ce dossier vu qu’il y avait là des extraits dont certains titres de la rentrée Métailié n’étaient pas disponibles en numérique ; les internautes n’auraient pas compris pourquoi on leur proposait un extrait en numérique et pas le reste. Ils auraient pu nous le reprocher. Pour les autres librairies en ligne je ne peux pas répondre à leur place. Mais sinon, pour revenir à ce qu’on disait, Indridason a un peu mieux marché non ?
Lise Belperron : Indridason est un best-seller en papier déjà. Il s’en vend beaucoup. Quand la collection Points Seuil fait une campagne il est affiché dans toutes les gares. C’est une présence massive et c’est donc logique qu’il soit un best-seller numérique. Comme les acteurs du numérique ont besoin de vendre ils le mettent en avant très volontiers. C’est un succès. Mais pour le reste de notre catalogue, c’est compliqué. Depuis qu’on publie des livres numériques, c’est-à-dire huit ou neuf mois, la plupart des titres n’ont aucune existence numérique alors qu’ils en ont une dans les librairies physiques. La question, c’est : est-ce qu’on numérise à tout-va pour dire qu’on a tout numérisé, qu’on est à la pointe, ou est-ce qu’on cherche un moyen de mettre en avant certains titres en attendant que la lecture numérique devienne démocratique et que les lecteurs achètent de tout ? A l’heure actuelle, on ne sait pas trop sur quel pied danser, on se dit qu’il faut continuer à élargir le catalogue, même si la plupart des titres passeront inaperçus.

Blog ePagine : Au niveau des contrats où en êtes-vous ?
Lise Belperron : La plus grosse difficulté pour nous est de refaire les contrats avec tous les agents ; nous publions très majoritairement des écrivains étrangers, les négociations sont longues et ardues pour un marché encore balbutiant. Les éditeurs étrangers et les agents partent du principe qu’on est comme le marché américain ; ils mettent des clauses qui ne correspondent pas du tout au marché français et qu’on ne peut pas accepter. Du coup, blocage. Et on met vraiment longtemps à avoir les droits numériques. C’est ce qui explique que les sorties numériques ne soient pas systématiques.

Blog ePagine : Est-ce que les auteurs français de votre catalogue sont demandeurs ?
Lise Belperron : Pas spécialement. Et pour ceux qui sont en numérique, la plupart du temps ils ne demandent même pas d’exemplaire justificatif. D’ailleurs, ils ne sont pas équipés en tablettes ou liseuses. En plus, comme nos auteurs français ne sont pas très connus, à part Bernard Giraudeau, ils ont peu de chance d’être mis en avant. Il peut y avoir des exceptions : par exemple, le polar de François Arango, Le jaguar sur les toits, a connu un « succès » numérique surprenant : c’est un polar, et ce genre est plutôt recherché en numérique, ça lui a permis d’être accessible et même un peu visible.

Blog ePagine : Auriez-vous des projets purement numériques ?
Lise Belperron : Je ne pense pas. Nous sommes avant tout des éditeurs ; nous publions des textes. Nous n’avons ni les compétences, ni l’envie de proposer des « produits » numériques ; par contre, nous pouvons réfléchir à des manières d’améliorer les textes pour leur version numérique (sur le plan de la forme), histoire de ne pas les traiter comme des versions dégénérées du livre papier. On a beaucoup d’auteurs étrangers qui ont un blog ou un site et qui font des expériences d’écriture en live mais pour l’instant ça ne se transforme pas en demande spécifique autour du numérique.

Blog ePagine : On parle de plus en plus de la lecture nomade, qu’en pensez-vous ?
Lise Belperron : En France, on a une religion pour le roman. Si vous regardez la production éditoriale en Amérique latine, vous vous rendrez compte qu’elle est beaucoup plus variée qu’ici. Il y a énormément de jeunes auteurs qui écrivent des nouvelles et qui n’ont aucune difficulté à les publier. En France c’est plus difficile mais j’ai l’impression qu’avec le numérique ça peut changer. C’est typiquement une forme qui peut avoir sa chance. Mais je reste persuadée qu’il faut un éditeur pour passer du blog ou du site internet à la publication, qu’elle soit numérique ou imprimée. Il faut donc réfléchir à d’autres formes mais également à d’autres modèles parce que je ne suis pas sûr que l’achat d’un livre numérique à l’unité soit le bon modèle à terme. Pour moi, un ebook ne s’offre pas mais un abonnement, oui. C’est pour ça qu’il serait intéressant de réfléchir à autre chose qu’une reproduction pure et simple de la chaîne du livre papier, qui permettrait à tous les acteurs de participer.

Blog ePagine : D’accord. Alors, comment feront les libraires pour proposer des abonnements à leurs clients ? Donnerez-vous vos fichiers à ces libraires, comme vous les donnez à Apple, pour qu’ils puissent proposer des bouquets d’abonnements ?
Lise Belperron : C’est une question que je ne maîtrise pas. C’est Eden, notre distributeur, qui s’occupe de ça pour nous. On nous dit qu’Apple avait fourni des garanties. Pour moi la détention des fichiers n’était qu’une question technique ; en ce moment je me rends compte que ce n’est pas le cas.

Blog ePagine : C’est important de savoir où vont vos fichiers, non ? Ce n’est pas parce que vous les donnez à Apple qu’ils sont en sécurité.
Lise Belperron : Non, ce que je veux dire c’est que la décision n’a pas été prise par la maison d’édition. D’ailleurs, on ne nous a pas posé la question.

Blog ePagine : Ces accords passés entre Eden Livres avec Amazon ou Apple mais pas avec la librairie indépendante me posent question. Avez-vous votre mot à dire en tant qu’éditeur indépendant diffusé par La Martinière / Volumen et distribué pour la partie numérique par Eden ?
Lise Belperron : Nous sommes dans une phase d’apprentissage ; nous commençons tout juste à travailler avec tous ces acteurs, et c’est vrai que certaines décisions, au niveau de la distribution, nous échappent – ce que je regrette. Il faut être vigilant. Il faudrait aussi que l’information circule un peu plus, y compris avec les libraires numériques indépendants : ce sont des questions qui méritent d’être discutées.

Blog ePagine : Si d’un côté les libraires n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente, si de l’autre les éditeurs privilégient les géants de la distribution, d’après vous que risque-t-il de se passer ?
Lise Belperron : J’ai toujours pensé qu’Eden était là pour protéger la librairie indépendante. Dans les faits j’ai l’impression que c’est la prime aux plus gros, mais c’est aussi parce qu’on a affaire à des logiques très différentes : d’un côté des rouleaux-compresseurs qui cherchent à enrichir leur offre numérique en termes quantitatifs, de l’autre des libraires indépendants qui essayent d’être visibles sur un marché encore très restreint et très monopolistique. Individuellement ils ne pourront pas faire un contrepoids suffisant à Amazon, Apple et compagnie.

Blog ePagine : Anne-Marie Métailié a su créer un lien privilégié avec les libraires indépendants depuis la création de sa maison. Avec le numérique ne risque-t-elle pas de se retrouver en porte-à-faux vis à vis des libraires ?
Lise Belperron : Avec le numérique on ne sait pas encore comment travailler avec les libraires ni comment faire en sorte que nos lecteurs, s’ils veulent acheter du numérique, se fournissent chez les libraires indépendants et non pas uniquement sur la Fnac, chez Apple ou sur Amazon par exemple. Mais a priori, à notre niveau, le numérique intéresse peu les libraires. C’est dommage. Nous avons décidé de ne pas faire de ventes directes ; sur notre site on renvoie sur la page d’Eden où sont indiqués tous les sites revendeurs. Dans l’hypothèse où il y aurait un groupement de libraires efficace, simple d’utilisation, la page renverrait vers leur site ; nous n’avons absolument aucun intérêt à privilégier Apple, la Fnac ou Amazon. Ceci dit, vu ce qui se vend aujourd’hui en numérique, très peu en réalité, les libraires préfèrent se concentrer sur ce qu’ils savent faire, quelque part je les comprends. Car au-delà de la vente de livres numériques ils devraient se mettre à animer un site, faire des vidéos… en gros, et c’est le problème avec Internet, ils devraient savoir tout faire, et investir massivement, pour un résultat plus qu’incertain. Dans le domaine du numérique, la différence de taille et de culture entre les revendeurs est énorme, abyssale ! Les grands groupes nous démarchent depuis des mois. Parmi tous ces gens certains au début certains voulaient même des remises à 70%, juste pour fournir un canal (ils n’ont pas obtenu gain de cause !). Ces entreprises n’ont aucun point commun avec les librairies ; ce sont souvent des gens qui ne lisent pas, qui ne trient pas, qui ne réfléchissent pas à la question de la présentation ou des logiques de classement, et présentent tous les livres alignés dans l’ordre des meilleures ventes, comme si tout était équivalent. Leur travail consiste simplement à mettre en lien une communauté potentielle de lecteurs et une infinité de contenus sans autres distinctions. C’est ce que deviennent nos livres : des contenus. Et ça, moi ça m’interroge vraiment.

Blog ePagine : Dernière question qui concerne les DRM. Métailié est une des rares maisons d’édition diffusées par Volumen/La Martinière et distribuées par Eden (avec Minuit, Sciences humaines, L’Opportun) à proposer des ebooks protégés par filigrane mais sans DRM. Pourquoi ce choix ?
Lise Belperron : Pour moi, quelqu’un qui achète un fichier numérique fait déjà un gros effort. Partir du principe que ce lecteur va sans doute filouter et prêter son livre ou le diffuser sur des plateformes de téléchargement illégales, c’est soupçonner son lecteur. C’est la dernière chose à faire pour un éditeur. Il y a un minimum de libre circulation pour l’utilisateur à garantir. Poser des DRM, alors qu’elles sont rapidement « crackables », c’est comme si on se faisait peur et qu’on cherchait à se rassurer avec un outil qui ne marche pas, et qui pénalise le lecteur. Je trouve ça exagéré ; il me semble qu’on peut lutter contre la piraterie par d’autres moyens, en soignant l’offre, en ayant une politique de prix raisonnable, en responsabilisant les lecteurs.

 


 

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine, novembre 2011.

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress