Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

1 février 2016

ePagine Févirer 2016

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 09:52

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1 janvier 2016

Elena Ferrante

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 09:27

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ePagine – Janvier 2016

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 08:26


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8 décembre 2015

Hier était écrit. Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction.

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Stéphane Michalon @ 08:29

 

« Aujourd’hui nous sommes pris par les mirages de politiques sans principe, d’affaires sans morale, de fortunes sans travail, d’éducations sans caractère, de sciences sans humanité, de plaisirs sans conscience, de religions sans spiritualité, et de compétences sans responsabilité professionnelle. » Abdulghafur El-Busaiyn, Nairobi (AFP)© 2015

ePagine s’inscrit dans une responsabilité professionnelle qui ne veut rien censurer ni les livres ni les lecteurs et cherche au contraire à proposer vers le plus de territoires possibles le catalogue numérique le plus large possible en littérature française et étrangère. Continuons, c’est notre profession, de vous signaler et de vous vendre des livres qui font appel à toute notre intelligence, et sur ce point sans doute n’avons nous pas besoin qu’on nous fasse la morale mais plutôt qu’on nous rafraîchisse la mémoire.

epagine.fr20151207

Hier était écrit. Vous trouverez ci-dessous un vers Rien où poser sa tête, le formidable récit de Françoise Frenkel. Terrible et heureux récit qu’il faut lire si l’on veut oser dire quoi que ce soit sur la question de l’accueil des étrangers en France. Faut-il croire que seule Angela Merkel lit aujourd’hui Françoise Frenkel ?
Vous trouverez ci-dessous un liens vers l’érudite réédition critique du texte original de Lucien Rebatet, Les Décombres, paru fin juillet 1942, et connu pour avoir été le « best-seller » de l’Occupation (dont l’éditeur était Robert Denoël, et dont le chef de fabrication n’était autre que René Barjavel). La première phrase de son avant-propos résonne avec tant d’actualité qu’il nous faut tout le travail universitaire de Bénédicte Vergez-Chaignon pour nous accompagner dans sa relecture. Libre à vous de la lire en téléchargeant  l’extrait proposé par l’éditeur sur epagine.fr.

Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction. Le réel est dans la littérature. Voilà pourquoi nous continuons de vous proposer aussi, sans relâche depuis leurs sorties, 3 livres d’auteurs contemporains qui nous le souhaitons seront aussi des meilleures ventes de leur temps ; La Fin de l’homme rouge de Svétlana Alexievitch, la Boussole de Mathias Enard, et l’année 2084 de Boualem Sansal, « Meilleur livre de l’année 2015 » en son temps.

Bonne semaine de lectures.
A dimanche soir prochain.

Pour ePagine, Stéphane Michalon
epagine.fr 07/12/2015 (maj 08/12/2015)

Rien où poser sa tête

  • ebook (ePub)11.99 €

 

Le Dossier Rebatet

  • ebook (ePub)19.99 €

 

La fin de l'homme rouge

  • ebook (ePub)17.99 €

 

Boussole

Boussole

Mathias Enard

extrait gratuit

  • ebook (ePub)15.99 €

 

2084. La fin du monde

  • ebook (ePub)13.99 €

 

Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction. Le réel est dans la littérature.

epagine.fr20151207-2

Demain est écrit

  • ebook (ePub)10.99 €

 

Le Pays de la littérature. Des Serments de Strasbourg à l'enterrement de Sartre

  • ebook (ePub)12.99 €

 

Disparaître de soi

  • ebook (ePub)14.99 €

 

Assises internationales du roman 2014

  • ebook (ePub)9.99 €

 

7 octobre 2015

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l’arbalète gallimard

Rien où poser sa tête

Françoise Frenkel

« Le destin éditorial de certains livres est à l’exacte mesure du texte qu’ils nous offrent, émouvant, surprenant, généreux, tout autant qu’irrémédiablement mystérieux. L’unique ouvrage de Françoise Frenkel, Rien où poser sa tête,publié en Suisse en 1945, et rédigé en 1943 et 1944 « sur les bords du lac des Quatre-Cantons » où son auteure, juive d’origine ­polonaise, avait trouvé refuge, en est l’exemple récent le plus ­saisissant.

De sa redécouverte à Nice, fin 2010, dans un vide-grenier des Compagnons d’Emmaüs, à sa ­parution chez Gallimard, que Patrick Modiano a accepté de préfacer, c’est une « histoire tramée par les livres » qui s’est déployée, selon les mots de Michel Francesconi, l’heureux découvreur de l’exemplaire. Un « mouvement d’intérêt et de solidarité, impliquant de nombreuses personnes, en France et en Allemagne, pour reconstituer le puzzle d’un texte et d’une auteure sur lesquels on ne savait rien », dit Frédéric Maria, qui a œuvré pour le faire éditer, et s’est chargé du dossier qui l’accompagne aujourd’hui. L’« histoire de gens qui sont tous fous de livres, qui ont fait passer celui-ci des mains des uns à celles des autres avec une simplicité telle qu’il paraît presque invraisemblable que l’aventure finisse par aboutir », comme le résume Thomas Simonnet, directeur de la collection « L’arbalète », chez ­Gallimard. »

Florence Bouchy


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/29/contre-l-oubli-de-francoise-frenkel_4798905_3260.html#565XuCiRdlo5OPqa.99

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l'arbalète gallimard

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l’arbalète gallimard

l’arbalète – gallimard

15 octobre 2015

Il faut saluer les éditions L’Arbalète-Gallimard d’avoir exhumé le livre de Françoise Frenkel qui est pour l’histoire de la présence du livre français à Berlin un legs inestimable.

Dans ses rapports à l’institution tout comme à la communauté francophone des années 1920, ainsi qu’au public exigeant d’amoureux du livre d’ici, c’est d’une collègue libraire impliquée dans son époque dont le premier chapitre de ce récit modianien avant la lettre, se propose de retranscrire la vérité.

Par le témoignage de ces rencontres d’auteurs où Henri Barbusse et René Crevel parmi tant d’autres éminents représentants de l’actualité francophone, venaient croiser là. Par l’obsession pour un lieu habité de livres dont les voix l’on hantée, à l’heure de plier boutique, en butte à la censure de la Gestapo.

Par la joie et la force que la parole écrite apporte à tous ses amoureux et ses flâneurs, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, de Méditerranée ou de Scandinavie, notre boussole à nous, libraires indépendants, Maison du livreou ZADIG Buchhandlung, n’est-elle pas de porter haut les couleurs d’un temps retrouvé, en mémoire des proses migrantes de demain ou d’hier ? Tenter de prolonger l’inaliénable rêve éveillé d’une culture européenne éprise d’ouverture aux mondes !

Patrick Suel – Librairie Zadig, Berlin

À l’occasion de la foire du livre de Francfort, ZADIG ouvrira sa porte au livre numérique…

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26 août 2015

SONATINE / R. J. Ellory : La Sœur & Les Assassins

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 » Si tu regardes trop longtemps l’abîme, l’abîme aussi regardera en toi. »» Friedrich Nietzsche

À tous ceux qui ont regardé l’abîme, mais sans jamais perdre l’équilibre.

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Pendant longtemps, John Costello tenta d’oublier ce qui s’était passé.

Fit semblant, peut-être, que ça n’était jamais arrivé.

Le diable se présenta sous la forme d’un homme, enveloppé par l’odeur des chiens.

À voir sa tête, on aurait cru qu’un inconnu lui avait donné un billet de 50 dollars dans la rue. Un air surpris. Une sorte d’émerveillement satisfait.

John Costello se souvenait d’un bruit d’ailes affolées lorsque les pigeons fuirent la scène.

Comme s’ils savaient.

Il se souvenait que l’obscurité était tombée à la hâte ; retardée quelque part, elle était maintenant soucieuse d’arriver à l’heure dite.

C’était comme si le diable avait le visage d’un acteur – un acteur oublié, au nom effacé, mais dont la tête rappellerait vaguement quelque chose.

« Je le connais… Oui, c’est… c’est… Chérie, l’autre type, là. Comment il s’appelle, déjà ? »

Il avait plein de noms.

Tous signifiaient la même chose.

Le diable possédait le monde entier mais il se souvenait de ses racines. Il se souvenait d’avoir été jadis un ange jeté dans la géhenne pour avoir trahi et s’être révolté, et il faisait de son mieux pour se contenir. Parfois, il n’y arrivait pas.

C’était aussi paradoxal que de coucher avec une vilaine putain dans un motel pas cher. Partager quelque chose de si intense, de si intime, sans jamais donner son nom. Ne se croire coupable de rien de grave, donc se croire innocent.

John Costello avait presque 17 ans. Son père possédait un restaurant où tout le monde allait manger.

Après ça, John ne fut plus jamais le même.

Après ça… Mon Dieu, aucun d’entre eux ne fut plus jamais le même.

 

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Pour la sortie du dernier polar de R.J. Ellory, Les Assassins, votre librairie vous offre Chicagoland #1 – La Soeur. Il est à téléchargé ici (sur le portail Librel.be).

 

25 août 2015

L’Envers du Feu, Anne Dufourmantelle, Albin Michel

Filed under: Non classé — Yann @ 12:51

Les grands feux sont une espèce en voie de disparition. Ils se propagent à la vitesse du vent et de la nuit. Leur souveraineté soumet l’espace. Pareils aux météorites et au désir, leur dangerosité, leur degré de combustion, leur trajectoire sont imprévisibles.

Dévastation. Régénération. Nous sommes de même nature ; des feux.

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Premier jour. Matin.

– Je suis allongé sur le sol. Le souffle de l’incendie envahit la nuit. Il passe sur la terre. Les arbres s’embrasent et se fendent. Les animaux s’enfuient, certains sont en flammes. C’est une clairière rouge. Le cœur vivant du brasier me frôle, s’éloigne. Je suis indemne. Ce n’est pas la première fois que je me lève avec cette épouvante. Je veux en finir avec elle, je viens pour ça.
Il se tait. Le silence dans la pièce mansardée aux lampes allumées en plein jour a une qualité particulière.
– J’ai besoin de vous, j’ai perdu l’équilibre.

L’angoisse n’est pas toujours ce qui conduit quelqu’un à parler pour conjurer le pire. Il explique qu’il a fait un malaise dans l’avion. Débarqué en escale aux urgences de Roissy. Rien au scanner, du repos comme seule prescription. Il a pris une chambre dans un hôtel près de la Seine. Personne ne lui a demandé combien de temps il comptait rester ; ça l’arrange, il ne sait pas. Il s’est dit qu’il devait se confier. Il est temps. Il a appelé la psychanalyste tôt le matin. « Galande », le nom de sa rue lui a plu. Après l’avoir écouté, elle a refusé sa demande de le recevoir pour un unique rendez-vous. Deux semaines pas moins, matin et soir ; une cure intensive. Il a aimé sa certitude. À choisir, autant descendre dans l’arène.

Ils se font face. Sans reprendre sa respiration, il trébuche sur la première syllabe.
– Il y a un autre motif à mon appel.
Elle ne le quitte pas des yeux.

Douze jours pour qu’il lui parle de ce qui a changé sa vie, c’est peu et c’est beaucoup. Elle a fixé la règle du jeu. Il a dit oui. Ensuite il reprendra son vol pour New York et ils ne se reverront pas.

Il a commencé par se perdre. La Seine traversée, il a longé les quais. La ruelle donne sur une église byzantine, c’est tout ce qu’il sait. Il est encore trop tôt quand finalement il arrive en vue du square. L’attente lui semble interminable. Elle a répondu à l’interphone à l’heure dite, pas la même voix qu’au téléphone, ça l’a troublé. La porte d’entrée dissimule une cour pavée avec des ateliers de part et d’autre. Il y a des roses trémières dans de grands pots en terre cuite. Une odeur de salpêtre et d’humidité dans la cage d’escalier. Des ferrures anciennes aux fenêtres, un pavement au damier noir et blanc. Elle n’a pas ouvert tout de suite, et dans cet intervalle de temps, il a eu envie de s’enfuir. Il s’est efforcé de ne pas perdre contenance lorsqu’elle l’a invité à entrer. Il ne l’imaginait pas ainsi.

– Je vais vous faire un récit, mais pas celui de ma vie. Vous savez, les souvenirs, ça ne m’intéresse, mais alors, pas du tout… Je vais commencer par la nuit où tout a basculé. C’était au solstice d’été, il y a quelques mois. Le ciel était rouge comme dans mon rêve. Je me rappelle avoir pensé que cette lumière était un présage. Je vais raconter les choses dans l’ordre où elles me sont arrivées, pour que vous soyez avec moi. J’ai quelques cailloux dans ma poche, au cas où. Je voudrais repartir d’ici avec un chemin.
La psychanalyste l’observe. Grande femme à la peau mate et aux cheveux noirs tressés en arrière, à l’indienne. Son regard traduit son calme.
– Parlez-moi au présent, dit-elle.
Il rapproche un peu le fauteuil, scrute l’espace. La lumière du matin est contrecarrée par des volets intérieurs mi-clos. Les ombres légères tracées par les lampes dessinent des frontières entre les objets. La pièce est mansardée, poutres, cheminée, tomettes, une fenêtre, un divan, une table étroite, deux fauteuils. Entre les livres, des objets venus de voyages font totems. Du bleu et de l’or, les couleurs des miniatures byzantines.
– C’est la dernière fête du semestre avant l’été. L’invitation vient de Dolorès Montero, une linguiste de Columbia spécialiste de la Renaissance italienne, vous en avez entendu parler ? Une oratrice exceptionnelle. Elle remplit des amphis sur la rhétorique de l’amour courtois. On avait sympathisé sur le campus, flirté un peu. La soirée a lieu chez elle, dans les derniers étages d’une ancienne imprimerie de Brooklyn Heights. On dit que des musiciens y improvisent chaque année des bœufs mémorables. L’endroit vaut le détour. J’aime les bâtiments industriels du début du siècle, leurs volumes d’insectes géants, mais pas leur détournement décoratif. Explorer les endroits que je ne connais pas est une passion, me faire oublier dans les musées la nuit, être enfermé dans les bâtiments publics, m’attarder sur les chantiers de fouilles archéologiques, me rendre invisible. J’y cherche sans doute un lieu secret, une chambre cachée, une pièce pour rien. C’est peut-être ce qui m’a poussé à devenir architecte.

Il se souvient d’être arrivé bien avant la nuit. Beaucoup de monde déjà jusque dans la rue, étudiants et professeurs brassés dans une indistinction voulue. Il y a un thème à la soirée, il ne se rappelle plus lequel, certains sont venus déguisés. Il cherche des yeux quelqu’un qu’il pourrait connaître, mais sans conviction, et monte au dernier étage contempler la ligne des skyline : du futur en dents de scie.

– Ça commence par un éblouissement. Le crépuscule, soleil de face. Il y a cette femme appuyée à la baie vitrée, de profil. Je l’intériorise tout de suite. Je ferme les yeux. Elle est devenue dans l’instant une apparition. Un front bombé, des cheveux noués sur la nuque, blonds, pommettes lisses. Elle porte une robe noire à bretelles fines et des chaussures à brides. À sa taille est noué un K-Way à bandes fluorescentes comme en portent les cyclistes la nuit. Parfois les détails me suffisent. Je rouvre les yeux. Elle est isolée, presque en creux parmi les corps qui dansent. Je la ressens. Le regard n’est pas toujours le seul véhicule du désir. Je la vois sans la voir, sans comprendre d’où me vient l’envie de partir en reconnaissance. On dit ça, n’est-ce pas, d’une incursion en territoire ennemi ? Ne m’en voulez pas si j’hésite, parfois je ne sais plus quelle est ma langue natale. Je suis un Américain mis à l’école française, mais à la maison on parlait russe. Quand je serai trop fatigué, je reviendrai à l’anglais si vous permettez…
– En termes militaires, on dit « partir en reconnaissance », mais ici, ce serait tout autant « faire connaissance »…
Elle a une voix claire, plus jeune que son âge. Des yeux clairs aussi qu’il remarque pour la première fois.
– L’ennemi était là avant moi, mais je ne le savais pas.
Il s’interrompt, attend – ou espère – une question. Elle reste silencieuse.
– Je crois que je n’ai pas voulu qu’elle me voie la regarder. On dit que le destin se joue sur des impulsions, mais il arrive qu’une timidité le définisse tout autant. J’ai reculé dans l’autre pièce jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Ce mouvement, je l’ai reconstruit mentalement des centaines de fois. À quel moment aurais-je pu, aurais-je dû, l’approcher, lui parler ? Pour moi c’était une infante : une reine et une enfant à la fois. Une petite Alice. Est-ce qu’une infante danse ? N’étant pas le lapin blanc, ni le chapelier fou, je ne l’ai pas entraînée à me suivre.
Alexeï lève les yeux vers la psychanalyste.
– Cette scène dans mon esprit se reconduit à l’identique, sans altération. Tout est surexposé : elle, la lumière, la musique qui passe à ce moment-là, la disposition des objets et des corps. Quand elle a disparu de mon champ de vision, je me suis senti bizarrement soulagé. Libre de filer en douce. Je cherche des yeux Dolorès pour lui dire au revoir. Elle est en bas, dans le jardin, avec des musiciens ; une contrebasse, une basse et un harmonica. Elle chante avec eux. Je vais chercher un verre en attendant. Quand elle les quitte pour venir me parler, je lui demande si sa petite fille est là, elle me dit : « Oui, quelque part avec sa baby-sitter. » Je précise ça pour la suite. D’autres personnes arrivent. Des mondanités s’échangent. J’ai du mal à rester en surface, il y a toujours un moment où j’ai envie de cracher des insanités. J’en profite pour m’excuser. Je me décide à retourner là-haut. La pièce est rendue aux danseurs. Plus de trace de mon apparition devant les verrières ouvertes. Depuis que je l’ai vue, son visage m’obsède. Je comprends que cela ira en s’aggravant si je ne fais rien. Et là, au lieu d’aller la chercher comme je me le suis promis, je me ravise.
Alexeï s’interrompt une seconde :

– On dit cela, « raviser » ? Donc, je change d’avis, je recule vers l’escalier avec l’envie de devenir invisible, comme souvent. Je quitte la scène. Vous ai-je dit que j’avais l’habitude de m’égarer volontairement dans les lieux où l’on m’invite ? Ce n’est peut-être qu’un prétexte à tomber sur ce qu’on appelle une « scène primitive »… Ah, quand même, je vous fais sourire. Pourquoi sinon se glisser dans les chambres, les salles de bains, les greniers ? Je n’ai jamais surpris d’amants. Seulement des enfants réveillés qui se cachent pour rêver tranquilles, espionner ou lire. Ils ne m’ont jamais trahi, on s’est compris eux et moi.
J’ai fini par me retrouver dans le bureau de Dolorès dégorgeant de livres, de manuscrits, de guitares dans un désordre indescriptible. Je me suis senti voyeur. Les livres n’appartiennent à personne, les conserver ne m’est jamais venu à l’esprit. Ils sont faits pour passer de main en main, de vie en vie. J’aime les déplacer, en dérober un comme ça, pour l’abandonner ensuite dans un endroit public. Dans mon foyer d’étudiants, il n’y en a pas. Je ne possède presque rien. Et chez mon père, dans le Connecticut, rien ne me ressemble, même pas ce qui me tient lieu de chambre. J’ai bien conscience qu’en devenant architecte je vais construire pour d’autres ce qui m’apparaît superflu pour moi-même. Ce n’est pas tant les espaces qui me fascinent que l’histoire dont ils gardent la trace, ou celle qu’ils annoncent en secret. Enfin, cette nuit-là, j’ai empoché un manuel d’histoire des langues proto-européennes. Pourquoi ces précisions absurdes ? Les détails me rassurent, ils s’opposent à l’oubli. Je revois ma déambulation, les pièces entrevues, les recoins, les objets. Comment vous décrire mon état d’esprit, l’impression d’urgence grandissante en moi ? La vision de cette femme adossée à la baie vitrée ne me quitte pas. Elle me parle. Je me maudis de ne pas être allé à sa rencontre. Quand soudain j’entends un rire.
Je cherche d’où il provient et au bout du couloir, par la porte entrouverte de sa chambre, j’aperçois Héloïse, la fille de Dolorès qu’il m’est arrivé d’accompagner une ou deux fois à la piscine avec sa mère. Elle parle à quelqu’un, leurs voix me parviennent. « Tu reviendras ? » demande la petite. Je ne capte pas la réponse. « Mais pourquoi ? » insiste-t-elle. J’entends alors ces mots « moy vozlyublennyy » prononcés avec douceur. Il signifie « mon aimée » en russe, mais on l’adresse aux très jeunes enfants, il est chanté dans les berceuses. Je ne peux rien contre l’émotion qui me cueille. Une mère disparue dans l’enfance laisse un désarroi que rien ne recouvre. La mienne est morte quand j’avais dix ans, on m’a dit qu’une pneumonie l’avait emportée. Quand la petite m’aperçoit, la jeune femme aussi se retourne. C’est elle. Nos regards se croisent une seconde à peine, le temps que soit refermée la porte de la chambre.
J’ai la gorge serrée. Je ne peux pas aller plus loin.

La vérité c’est qu’il ne sait plus ce qu’il a fait ensuite. Il a marché dans Brooklyn au hasard. Il est entré dans un bar, puis un autre, puis un autre. Il a parlé avec n’importe qui, mais l’obsession ne le lâche pas. Alors finalement il cède. Une voix lui intime l’ordre de la chercher. Il va passer à côté de sa vie. Tandis que ses pas le ramènent vers la fête, l’urgence se fait plus pressante. L’aube s’annonce dans les replis du noir. Il y a encore foule devant le bâtiment. D’abord, il ne prête pas attention aux voitures de flics, gyrophares allumés, garées sur le bas-côté, sa pensée est ailleurs, mais quand il veut entrer, un officier de police l’arrête. « Personne ne passe. Dégagez. » Il sort sa vieille carte de presse, cadeau d’un mensuel d’architecture pour lequel il fait des piges occasionnelles, toujours utile en coupe-file. La police déteste le pouvoir de nuisance de la presse au moins autant que celui de ses propres instances de corruption. L’officier jette un coup d’œil rapide au document et lui fait signe de passer. Le sentiment d’alerte est assez lent à se déclencher en lui, mais là, un mauvais pressentiment le saisit. Il monte au dernier étage. La pièce s’est vidée de ses danseurs. Un ruban « do not cross » en barre l’accès. La musique s’est tue. Les officiers relèvent l’identité de ceux qui sortent. Dolorès parlemente avec un secouriste. Il entend dire qu’il y a eu un accident, quelqu’un est tombé. On ne sait pas si c’est un suicide, un bad trip ou autre chose. Il enjambe le cordon de sécurité et va vers la baie vitrée. Manhattan a des allures de navire illuminé. Il se penche. Les musiciens ont quitté le jardin. L’effroi vient du silence soudain. D’autres policiers entrent dans le bâtiment pour le faire évacuer. Il y a un corps au sol. Du sang répandu, une posture bizarre. Des personnes autour s’affairent. Il reconnaît les bandes fluorescentes du K-Way bleu.

Alexeï cherche le regard de la psychanalyste. Elle ne bronche pas. Il cache sa tête entre ses mains, se fait violence pour continuer.
– Elle est tombée là, neuf étages plus bas.
Ils l’emmènent, la tête est recouverte d’un drap. Je suis tétanisé. Quelqu’un me dit de m’éloigner de la verrière, il faut partir. Je tente de convaincre l’officier, il doit sentir ma nervosité, je le supplie de me laisser la voir avant qu’elle disparaisse à nouveau. Les sirènes d’une ambulance s’éloignent, trop tard. Ils ont sécurisé le périmètre. La maison est pleine de flics. Je finis par être poussé dehors. Je sors sans être fouillé.
La plupart des étudiants présents se sont réfugiés dans le seul bar de la rue encore ouvert. Quelques-uns n’ont pas quitté leur masque. Suicide ou accident, ça discute. Apparemment personne ne l’a vue basculer. Les descriptions sont contradictoires, on n’assiste jamais au même événement. Le vrai témoin n’existe pas. Un calme étrange règne, comme si chacun pour supporter la scène se repliait sur le geste le plus banal, des anecdotes, une cigarette, boire. Je n’arrive pas à respirer. Je me sens relié à cette femme comme si j’étais mort avec elle. À partir de là, je ne me souviens plus de rien : comment je suis rentré, qui j’ai vu ou à qui j’ai parlé, si j’ai parlé…
Il relève les yeux vers elle. Elle écrit quelques mots puis sa main droite revient à plat se poser sur ses genoux.
– Quelques heures d’absence, ça m’arrive quand c’est trop dur à encaisser. Comme une transe somnambulique, et tout est oublié. Depuis l’enfance, je vis avec la sensation que chaque moment de mon existence peut être effacé…
– Pensez-vous que, dans mon jargon, ce pourrait être une amnésie post-traumatique ? Je ne parle pas de la mort de cette femme mais de quelque chose qui serait survenu avant…
– Non, je ne vois pas.
– Ce qu’on oublie est un choix, pas un accident, encore moins une faiblesse. Mais tout ne s’efface pas, il y a des îlots qui échappent au refoulement. De là, il est possible de remonter à la source.
– Je n’ai pas choisi d’oublier.
Elle entend la détresse dans son refus, elle choisit d’insister. Elle pense à cet instant qu’un état somnambulique peut être une forme de veille paradoxale. Les vigilances se créent parce qu’un jour elles ont été prises en défaut.
– Une amnésie post-traumatique vous met à l’abri de tout ce qui peut rappeler le choc initial. Un remède de secours contre un mal violent, pas une petite chose. Ce que vous avez vu vous a peut-être rappelé autre chose. Vous comprenez ? L’amnésie va faire comme si l’événement n’avait pas existé. Elle met la pensée hors circuit. L’émotion va resurgir tôt ou tard. Dans un détail, une couleur, une vision associée. Et c’est par là aussi que ça va revenir. Peut-être que votre malaise dans l’avion n’y est pas étranger, mais c’est trop tôt pour le dire…
Il répète :
– Je n’ai pas choisi d’oublier… (Sa main se crispe sur le bras du fauteuil.) Je ne connaissais pas cette femme, elle ne m’était rien. Je n’avais aucune raison d’éprouver ce choc. Un suicide, un accident, ça arrive. Mais pour moi, le drame a été, dans l’instant, définitif.
Visiblement, continuer à parler lui coûte. Soudain il entrevoit que ces séances vont peut-être devenir un calvaire.
– Je crois que j’ai pensé à sa solitude… comme si les morts pouvaient être chacun, différemment, seuls.
– Le trauma fait de nous des revenants, répond-elle avec cette lenteur qui semble la caractériser.
Ralentie, oui. C’est le sentiment qu’elle lui communique. Et que ce temps déposé là, entre eux, se désaccélère. Il remarque sa bouche maquillée. Le reste du visage est nu.
– L’amnésie nous exile de notre propre conscience, temporairement. Bannis, mais pour notre bien. Nous avons été effacés de l’événement et pourtant nous y étions… c’est comme dans le film Shining, à la fin, vous l’avez vu ? (Elle l’interroge du regard.) Tous les protagonistes du drame se retrouvent sur les cartes postales…
En l’écoutant, Alexeï se demande si elle-même fait partie des éprouvés. Il apprécie qu’elle utilise le « nous », mais a-t-elle seulement la moindre idée de ce qu’il a vécu ?
– Le trauma met le futur sous séquestre, poursuit-elle. Ça ne cesse pas de revenir… C’est à notre insu que vont se reproduire ensuite les conditions de ce choc fantôme. Vous comprenez ? Elle est peut-être là votre espèce d’empathie à propos de la solitude des morts, de cette morte. Quoi de plus seuls que les fantômes.
– Je ne suis pas sûr de comprendre.
– La question n’est pas de comprendre, mais de revivre.
– Ah, on n’est pas ici pour comprendre, je vois.

Son ironie n’est pas mordante, mais triste. Il a les yeux bridés, trace de ses origines slaves. Une cicatrice sur la tempe gauche. Son français est meilleur qu’il l’annonçait, avec un léger accent. Il émane de lui une espèce d’élégance décalée. Une gaucherie adolescente.
– Revivre non, je ne veux pas revivre ça. Pour rien au monde. Je vous paie pour m’écouter, c’est l’idée n’est-ce pas ? Dévider sa petite pelote. Remettre son passé d’équerre. Douze jours et la hache tombera, et que les morts quittent leur solitude.
– On peut arrêter là…
Elle se redresse et se dirige vers la porte d’entrée. Alexeï hésite, et se lève à son tour. Elle le voit prendre plusieurs billets dans sa poche, les compter et les poser sur le piano droit à l’entrée.
– Vous me règlerez chaque fin de séance, c’est plus simple, d’accord ?
Il acquiesce d’un signe de tête.
– À ce soir.

Les pas s’éloignent dans l’escalier. Dix minutes avant le prochain. Elle ouvre plus largement les volets. La lumière du matin ne suffit pas encore à éclairer la pièce. De la où elle se tient, on voit le chevet de l’église orthodoxe. Elle remet la musique qu’elle avait interrompue à l’arrivée d’Alexeï. Pourquoi un nouveau patient ? Elle s’était juré qu’elle n’en prendrait plus cette année. Un inconnu qui ne se recommandait de personne. Mais venu avec un grand rêve. Trop tard, ils sont embarqués.
Cantate BW36 de Bach

(…)

Ce livre vous est conseillé par ePagine (ePsy).
Lire la suite en achetant ce livre à un libraire indépendant ici, sur le site numérique de la Librairie Le Divan, Paris.

anne.dufourmantelle© ePagine

 

 

24 août 2015

Booming, Mika Biermann, Anacharsis (24 août 2015)

Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.

« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.

 

Mika Biermann vit à Marseille, dont il a adopté l’accent bien que sa langue maternelle soit l’allemand. Il développe cependant sans accent et directement en français une œuvre littéraire des plus originales dans le paysage contemporain. Après Ville propre (La Tangeante, 2007), il publie en 2013 le très remarqué Un Blanc chez Anacharsis, puis, coup sur coup, Palais à volonté (POL, 2014) et Mikki et le village miniature (POL, 2015)

 

 

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Ça commence comme ça :

 

Une porte s’ouvre sur le désert.
Les méchants sont vêtus de manteaux.
Un homme tire plus vite que son ombre.
On aura tout vu.
Presque tout.

Lee Lightouch et Pato Conchi franchirent la frontière à l’aube. Lightouch était habillé de cuir, Conchi de lin. Le premier portait un couvre-chef gras de sueur, le deuxième allait boucles au vent. L’un était grand, l’autre rond. Le grand maigre, arborant moustache et barbiche, marchait mains dans les poches, le gros glabre avait glissé une machette dans sa ceinture. Leur mule les suivait comme une ombre. Ils voyagèrent cinq jours d’affilée. Le soir, ils mangèrent du lard ; une couenne était attachée au bat. Ils firent de petits feux sans fumée. Le matin, ils burent une infusion de chicorée. Les nuages à l’horizon ne changeaient ni de taille ni de couleur, quelle que soit l’heure, quel que soit le jour. Sauf le soir, quand ils viraient au rouge, comme d’ailleurs le reste du monde.
— C’est magnifique, dit Lightouch.
— Bof, dit Conchi.

Le sixième jour, ils entrèrent dans le village de Townsend. Lightouch se rendit à l’Eden Saloon. Accoudé au zinc, il leva son verre et regarda le barman barbu à travers le liquide ambré.
— Nous voudrions nous rendre à Booming.
— Booming ?
Le barman chauve expédia un mollard dans le crachoir.
— Personne ne va jamais à Booming.
— Pourquoi pas ?
— N’y a rien là-bas.
— Je suis artiste, mon ami. Vous ne voulez pas une belle fresque au mur ? Une chasse au bison ? Une charge de cavalerie ? Je vous fais un prix.
Le barman cracha de nouveau.
— Non.
Lightouch haussa les épaules. Il finit son whisky, bien mauvais d’ailleurs. Il avait bu pire, mais pas souvent. Ce qu’il aimait, c’était du champagne avec une goutte de sirop de figue. Il adorait le vin noir de Smyrne. Il ne crachait pas sur un verre de raki turc. Dans cette contrée, on avalait partout du whisky fait à base d’épluchures de patates et de la bière faite à base d’épluchures de patates. Il avait vu des durs à cuire vomir leurs tripes. Il n’aimait pas les cow-boys. Ils n’avaient jamais vu Rome.
— Vous avez déjà vu une cathédrale ?
—’Sais pas.
— C’est une énorme église, dont les flèches jettent leur ombre sur la ville. Le long du toit pendent des cages en fer où on enfermait les hérétiques. La pierre de la façade est travaillée comme une dentelle, même au sommet, là où personne ne la voit jamais. Des gargouilles, monstres hideux ou vierges ailées, crachent leur eau vers le dédale des rues. Autour du portail virevoltent des anges, et des saints décapités portent leurs têtes sous le bras. Une fois à l’intérieur, on se croit au fond d’une eau tiède et parfumée. Des losanges multicolores de soleil mouchettent les dalles. Un million de bougies chauffent l’air. Du vieil or entoure les tableaux de saints oubliés. Au plafond, on voit les blasons de rois morts et de villes détruites. Les colonnes torsadées de l’autel portent des nuages d’étain chevauchés par des putti aux derrières rebondis qui se perdent dans les combles. Dans les reliquaires jaunissent les osselets des martyrs. Des vieilles minuscules, écrasées par ces piliers, cette pénombre, cette odeur de cire, prient à genoux, à toute vitesse. L’orgue murmure un plain-chant. Une soif inexplicable vous serre la gorge.
— Je vous ressers ?
— D’accord…

À la Cantina de Townsend, Conchi buvait du lait de chèvre. Son bol était émaillé de bleu. Dans son assiette en grès fumaient d’énormes haricots blancs. La robe de la dueña lui rappelait un étang couvert de lentilles d’eau, ses cheveux les nuits d’été au bord du Pacifique.
— C’est très bon, dit-il, la bouche pleine.
— Mon oisillon, mon bébé, mon héros, tu voudrais un piment pour te rafraîchir la bouche ?
— Ma caille, envoie le piment.
Un rideau de perles se sépara sur un garçon qui portait un panier. Les piments étaient longs et rouges et luisaient comme des flammes.
— C’est le tien ? demanda Conchi.
Il caressa la tête de l’enfant qui se laissa faire.
— Le mien, mon loup. Lui, et six autres, tous en bonne santé et vifs comme argent. Béni soit Dieu qui nous gâte ainsi.
— Amen !
La bouche pleine de haricots, ça sortait « ham’ ».
— Tu vas où ainsi, mon beau voyageur ?
— À Booming.
— Ne va pas à Booming. Il n’y a rien là-bas. Reste avec moi.
— Et ton mari, que dira-t-il ?
— Il te battra comme plâtre.
— Tu vois bien, mi corazón, ma fleur jolie-jolie, que je dois continuer mon chemin.
— Promeneur, il n’y a pas de chemin, seulement un sillage sur la mer, dit le garçon.
En passant devant la Cantina, Pato Conchi y voit un homme attablé, portant les mêmes vêtements que lui, coiffé des mêmes boucles huileuses, de la même corpulence, en train de manger des burritos. Il entre, s’assoit en face de l’étranger et engage la discussion. Ils parlent de la pluie et du beau temps, de Booming et de Townsend, des femmes et des prostituées, de mets et de boissons, de l’homme et de son destin. Ils sont d’accord : pour le bordel que c’est, on y vit avec un certain plaisir, dans ce monde, et pas dans l’autre. Quand Conchi se lève pour se retirer, l’homme l’arrête.
— Excuse ma question, l’ami, mais qui es-tu ?
— Qui je suis, répond Conchi, ça, je n’en sais rien. Mais j’ai toujours voulu avoir une petite conversation avec moi-même.
Ils se retrouvèrent devant l’étable. Lightouch paya les vingt cents pour une nuit dans le foin. Le lendemain matin, ils firent des provisions à la quincaillerie tenue par un homme grassouillet affublé d’un tablier. Lee essaya de marchander.
— Trois dollars pour une outre ? Je vous en donne la moitié.
— C’est à prendre ou à laisser.
— Qu’est-ce que vous en dites, Pato ?
— Et si on prenait quelques harengs ?
Conchi était penché sur un tonneau d’où s’échappaient les effluves évidents du poisson salé.
— C’est une outre premier choix, dit le commerçant. En peau de chèvre, cousue par ma femme. Garantie increvable. Touchez pas à ça !
Conchi recula devant une pyramide de cylindres en fer-blanc.
— C’est quoi, ces trucs ?
— C’est des boîtes de conserve.
— Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
— Vous ne savez pas lire les étiquettes ?
— « Pêches au sirop », déchiffra Conchi. « Langue de bœuf ». « Haricots en sauce ». « Graisse de canard ». « Pemmican extra ». Lee, ça te dit, une boîte de saucisses de Francfort ? Comment ça s’ouvre ?
— Avec un ouvre-boîte.
— Combien, les saucisses ?
— Trois dollars. Et cinq dollars pour l’outil.
— Ça va pas la tête ? Cinq dollars pour l’ouvrir ?
— Vous pouvez toujours essayer avec une pierre pointue.
— Deux dollars pour l’outre, dit Lightouch. Il nous faut également une couenne de lard, un sac de haricots, une tresse d’oignons, une cruche de whisky, une pelle. Faites-nous un prix.
— Vous allez où, comme ça ?
— À Booming.
— À Booming ?
— C’est ça.
Le commerçant indiqua une jarre sur le comptoir.
— Personne ne va à Booming. Prenez un bonbon. Je ne crois pas que là-bas, ils en aient.
La piste de Santa Fe partait à gauche, vers les montagnes aux cimes blanches de neige ; la piste de Cribbs à droite, vers une rangée de cactus candélabre. Le chemin qui menait à Booming allait tout droit jusqu’au lieu-dit du Doigt-Dieu au bord de la grande falaise. Dans cette direction, la poussière était vierge de toute trace de botte, sabot ou roue.
— Maintenant vous allez me dire ce qu’on va faire à Booming, dit Lightouch.
— On va chercher une femme.
— Comment ça, une femme ? Une femme quelconque ? Pourquoi là-bas, où la terre s’arrête, où commence le brasier de Jahannam ?
— On va chercher ma femme.
— Vous n’êtes même pas marié.
— Tu ne peux pas comprendre, compadre. J’aime Conchita. Elle a été enlevée par un hijo de puta nommé Kid Padoon.
— Qui c’est, Kid Padoon ?
— Un petit voyou. Je ne l’ai jamais vu. Quelqu’un m’a dit les avoir vus à Booming.
— Je pourrais attendre votre retour sous un saule…
— Ne dis pas de bêtises, Lightouch. Il n’y a pas de saules ici.
— Je ne serai d’aucune utilité dans votre entreprise de récupération sentimentale.
— Au contraire. Je n’y arriverai pas tout seul. Aide-moi, amigo.
— Quand c’est si gentiment demandé…
Tous deux se mirent en branle, direction le Doigt-Dieu. La mule, n’ayant pas le choix, suivait du pas résigné de la bête de somme.

Une tortue traversa le sentier à la recherche d’ombre. En temps normal, elle évitait les heures chaudes, pendant lesquelles elle cuisait dans sa carapace, et les terrains sablonneux, où elle avançait à reculons. Un petit renard l’avait délogée de sa cavité sous les pierres en lui urinant dessus. Lee et Pato débattirent longuement de sa valeur culinaire, puis de son régime alimentaire. De toute évidence, elle ne chassait ni la souris ni la mouche. La limace eût été à sa portée, mais les gastéropodes n’existaient pas dans ces contrées.

… à suivre ; en achetant ce livre dans une « des dizaines de librairies indépendantes françaises qui vous permettent, via leur site Internet, d’acheter les livres numériques du catalogue Anacharsis. »

Booming

 

« À propos de la jouissance et de la lecture numérique »

« Les livres numériques préparés par les éditions Anacharsis sont commercialisés sans protection spécifique, autrement appelés DRM ou « verrous numériques ».

Pour Anacharsis, il est essentiel que le lecteur dispose avec sa copie numérique de droits de jouissance similaires à ceux d’un livre papier.

Pourtant, si vous achetez votre copie directement à partir de votre périphérique de lecture, au sein de la librairie en ligne associée à la marque de votre liseuse ou tablette, vous ne pourrez sans doute jamais transférer votre livre ailleurs, sur un appareil qui dispose d’un environnement de lecture différent.

Acheter vos livres numériques dans les magasins intégrés à chaque plate-forme de lecture est une démarche facilitée par les fabricants. Ils espèrent de cette manière faire de vous une clientèle captive et soumise, qui ne peut d’aucune manière transférer sa bibliothèque dans un autre environnement de lecture.

Les éditions Anacharsis considèrent que les droits concédés sur une copie numérique ne doivent pas être limités au seul droit d’accès à partir d’un environnement de lecture particulier, déterminé par la marque d’une tablette ou d’une liseuse.

À l’heure actuelle, il existe des dizaines de librairies indépendantes françaises qui vous permettent, via leur site Internet, d’acheter les livres numériques du catalogue Anacharsis. Dans ce cas, aucune restriction de lecture ne vous est imposée. Vous voilà libre. »

Anacharsis

à noter  :

Ce livre numérique a été fabriqué par Lekti.

En exergue de  Booming on trouve :

 La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction, dit Basil avec calme. Car la fiction n’est qu’une création de l’esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure.

Gilbert Keith Chesterton, Le Club des métiers bizarres

À la recherche du temps perdu

Titre d’un roman en sept tomes de Marcel Proust (1871-1922).

« Nous avons peut-être un peu exagéré, mais je ne savais pas comment terminer autrement. »

Howard Hawks, à propos de la fin de Red River.

Nous aimerions qu’à la fin les méchants mordent la poussière et les bons dans la brioche. Or, la réalité n’est pas faite ainsi. Le Far West a ses propres lois, et l’une d’elles stipule que rien ne peut aboutir, ni ce livre ni l’agonie des bisons ni la longue marche des Indiens ni le vol paresseux de la balle qu’un brave ou qu’un bandit envoie sur sa trajectoire vers une cible qui se dérobe toujours et à jamais.

William Hintercaler, The Bad Sheriff

Les volumes de la collection WESTERN sont imprimés en très grande série. Un incident technique peut se produire en cours de fabrication et il est possible qu’un livre souffre d’une imperfection qui a pu échapper aux services de contrôle. Dans ce cas il ne faut pas hésiter à nous le renvoyer.

Il sera immédiatement échangé.

Les frais de port seront remboursés.

Note de l’éditeur pour La Vengeance de Kate Lundy de Louis L’Amour.

ePagine

 

 

 

26 juin 2015

Démarrage en trombe vers le Premier Parallèle

Filed under: + Conseils de lecture,+ Entretiens — Étiquettes : , — David @ 15:55

Il y a peu nous interviewions les deux nouvelles éditrices, Amélie Petit et Sophie Caillat. En trois petits mois l’envol de Premier Parallèle est stupéfiant. Les médias (presse, radio, télé) ont enchainé références, interviews et reportages sur quasiment chacun de leurs ouvrages au catalogue. Le mercredi 24 juin, Elise Lucet recevait au journal de 13h, en interview, Sébastien Martinez, le talentueux préfacier de l’ouvrage sur la mémoire, L’homme qui se souvient de tout.

Voici la vidéo de l’interview, durant laquelle Sébastien Martinez arrive à faire mémoriser sans mal à la journaliste un numéro de téléphone, à l’aide d’une méthode très simple à comprendre.

Vous souhaitez découvrir cette méthode pour apprendre à apprendre, ce court essai romancé est pour vous.
Et après la lecture, vous étonnerez sans mal vos proches en retenant sans problème ce qui vous était avant impossible à mémoriser.

 

David Queffélec

2 juin 2015

L’Atalante – La décade de l’imaginaire 2015

Filed under: + SF/Fantasy — David @ 17:44

Du 8 au 17 juin 2015, l’Atalante renouvelle cette année sa décade de l’imaginaire.

Le principe est simple, du 8 juin au 17 juin, 10 ouvrages des éditions L’Atalante sont en promotion. Et tous les deux jours (ou presque), une nouvelle gratuite est mise à disposition.

L'horloge du temps perduCygnisLe chant du cosmos

 

 

 

 

 

 

 

Cette année encore les fines plumes francophones de la littérature de l’imaginaire sont au rendez-vous. Côté romans en promotion, on pourra s’arrêter sur un roman jeunesse d’Anne Fakhouri l’exilée, L’horloge du temps perdu. Du suisse Vincent Gessler on pourra ainsi lire son premier et remarqué roman de science-fiction, Cygnis. Les amateurs du jeu de Go, et ceux de science-fiction, pourront lire ou relire Le chant du cosmos, du regretté Roland C. Wagner. La liste complète des romans en promotion est accessible au bout du lien.

Côté nouvelles gratuites, on retrouvera avec grand plaisir des nouvelles gratuites de Dmitry Glukhovsky, Pierre Bordage, Jean-Marc Ligny, Anne Fakhouri, Johan Heliot et Roland C. Wagner. La liste complète est accessible là.

Une fois de plus, l’Atalante pense à vos vacances d’été à venir et prépare votre liseuse aux longues séances de lecture. Avec de gros romans à petits prix et sans DRM !

 David Queffélec.

28 avril 2015

Comment personnaliser sa PocketBook Touch Lux 3

Filed under: Non classé — Yann @ 18:56

 

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Pocket Book sur ePagine

Avant (ci-dessus)

Après (ci-dessous)

Voici quelques exemples de personnalisations possibles de l’écran de couverture de votre PocketBook.   Avec une image couverture de livre à venir, Perfidia, de James Ellroy, déjà en précommande,

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Perfidia de James Ellroy

avec le livre dans lequel il faut plonger, passer Marseille, suivre la côte, Corniche Kennedy de Maylis de Kérangal,

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Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

ou avec toute image, logo de votre librairie, photo de votre librairie préférée, plan ou sitemap de la librairie que vous voudriez ouvrir…

La petite méthode est téléchargeable ici :

« Comment changer l’écran de couverture de ma PocketBook hors tension »

Cordialement,

L’équipe ePagine

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… tout en nuances de gris.

 

24 avril 2015

Digestion PocketBook Touch Lux 3

Filed under: + Qui lit quoi ?,Liseuses — Étiquettes : — Yann @ 16:46

 La PocketBook Touch Lux 3 digère tous les formats : EPUB DRM, EPUB, PDF DRM, PDF, FB2, FB2.ZIP, TXT, DJVU, HTML, DOC, DOCX, RTF, CHM, TCR, PRC (MOBI)

Pourquoi ne l’ai-je pas lu avant ? Si j’avais su le charme discret de son intestin !

Couverture de Le charme discret de l'intestin

En plus de vous conseiller ce petit livre génial et désormais indispensable (cliquer sur la couverture ci-dessus), dans le prochain post sur ce blog Eddy vous apprend comment personnaliser l’écran d’accueil de vos PocketBook Touch Lux 2 & 3.
Car elle digère aussi le .bmp.

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Le Charme discret de l'intestin
Giulia Enders
Tout sur un organe mal aimé
Éditions Actes Sud -  1 Avril 2015 
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