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27 mai 2014

« Mes réveils se ressemblent tous, désormais. »
La faux soyeuse, Eric Maravélias

Filed under: + Conseils de lecture,+ Nouveautés numériques,+ Qui lit quoi ?,+Thrillers — Stéphane Michalon @ 15:17
La faux soyeuse Éric Maravélias

La faux soyeuse
Éric Maravélias

 

« Mes réveils se ressemblent tous, désormais. »

La faux soyeuse Éric Maravélias Gallimard – Série noire

Quais du Polar 2014, Eric Maravélias présente son ouvrage « La faux soyeuse » paru aux éditions Gallimard. 

Eric Maravélias (retranscription de l’interview-vidéo réalisée par la librairie Mollat) :

« La faux soyeuse se passe dans la banlieue parisienne, et ça couvre … on va dire de la fin des années 70 (le tout début des années 80) jusqu’en 1999, qui est la fin du livre. Au niveau de la construction, il y a « avant » et « aujourd’hui ». Le personnage vit l’heure H. Il est à ce moment là. Il nous parle. Il est dans le moment présent, dans l’état où il est à ce moment là, dans un état assez dégradé. Et au cours du livre il raconte de quelle manière il est descendu si bas. On voit à travers ce livre l’arrivée de l’héroïne en masse, en France, puisque c’est la France que je connais, dans la banlieue parisienne et à Paris, vers 1981.

Eric Maravélias – La faux soyeuse par Librairie_Mollat

En fait moi dans mon esprit, et c’est ce qui s’est passé, ça correspond à l’élection de François Mitterrand. Ça n’a rien à voir évidemment, simplement l’année après son élection la came était partout, donc on peut peut être faire un lien avec les russes qui étaient en Afghanistan. Il y a un financement de la guerre, comme c’est souvent le cas, par l’opium ou l’héroïne, ou la cocaïne pour l’Amérique du sud, c’est très lié souvent. Bon ça je ne le traite pas dans le livre, je dis juste qu’en 81 l’héroïne a débarqué sur la France, et sur les banlieues et surtout que ça a changé nos vies, évidemment, parce qu’à cette époque là on ne connaissait rien de l’héroïne. Il n’y avait pas de prévention des risques. Il n’y avait aucun reportage sur la dépendance. On savait même pas qu’on s’accrochait à l’héroïne, c’est pour vous dire. C’est à dire que moi j’ai connu de nombreux amis qui, quand ils ont ressenti le manque, par exemple au bout de deux mois d’utilisation de l’héroïne, ne savaient pas ce que c’était. Je me rappelle, je le dis dans le livre, je me rappelle d’un pote à moi qui avait l’impression d’avoir une grippe, il devait avoir quinze ans et demi, et il disait : « je sais pas ce que j’ai mais j’ai l’impression que je vais l’avoir toute ma vie ». C’est assez incroyable comme prémonition parce qu’effectivement, ça n’a peut être pas duré toute sa vie, mais quelques décennies.

On parle de ça, de cette arrivée qui change tout, à partir de 86-87, et plus encore à partir de 90-91, avec l’arrivée du sida, et là c’est l’hécatombe évidemment, ce ne sont plus seulement des overdoses, c’est la maladie qui décime tout le monde, avec des traitements qui ne sont pas au point, l’AZT qui ravage les malades, parce que c’était surpuissant et surdosé.

Dans cette histoire on va suivre un jeune qui s’appelle Franck qui, vers seize ans, commence à traîner dans la rue, commence à fumer des joints, à fréquenter des troquets un peu malsains et qui doucement va glisser, d’une manière qu’on ne peut pas dire imperceptible, mais quand même quelques part oui, sournoise.  C’est venu comme ça,  doucement, et à un moment il se rend compte qu’il est plus bas que terre, et c’est devenu un pauvre chien, même dans sa tête, jusqu’à la fin. Il y a une histoire d’amour aussi entre ce gars et une femme, histoire d’amour qui finit mal comme les histoires d’amour bien souvent finissent mal, en général, et celle-ci finit mal.

C’est un peu cela ce livre : donner une vision aux gens de cet univers mais pas comme on le voit d’habitude. Vous voyez, moi, mon but c’était qu’à la fin on aime les personnages, malgré leur laideur, malgré leurs vices, malgré leur langage pourri, qu’à la fin on les aime parce qu’on se rend compte que ceux sont des gens comme vous et moi qui ont un cœur qui bat. Il bat juste beaucoup trop vite, beaucoup trop fort, ils sont hypersensibles, souvent la vie les heurte, et le refuge c’est de se faire mal à soi même.

Eric Maravélias – La faux soyeuse par Librairie_Mollat

Voilà, c’est ça le livre, en fait c’est une autre vision de ce monde qui n’a rien à voir avec les reportages, avec les médias {qui nous jouent du violon}. Là, franchement, vous allez être immergé dedans et je peux vous dire sincèrement, avec tous les retours que j’ai maintenant, qu’on n’en sort pas indemne, vraiment. Ça pousse à réfléchir. Pour tous ceux qui ont vécu ces années, ça les ramène à des moments vraiment difficiles, ils m’ont tous dit que ça les a bouleversés parce que c’est tellement précis dans les détails, il faut l’avoir vécu pour parler des gestes, le langage, ce qu’on achetait comme produit, comme seringue quand elles n’étaient pas en vente libre, les vaccins particuliers dans lesquels il y avait des seringues… Tout ça ça les ramène forcément vingt ans en arrière, malgré la vie qu’ils ont construite parce que toute la vie, ce sera là.

La faux soyeuse c’est ça, elle vous fauche d’accord, mais de façon soyeuse, c’est la came, c’est doux, c’est bon, à la fin on est quand même dans la fosse. »

Eric Maravélias.
La faux soyeuse
Série Noire
Gallimard

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La faux soyeuse, « ça vous ramène forcément vingt ans en arrière« . Libraire il y a vingt ans je me demande ce qu’en aurait pensé Cavana, forcément. Car, forcément, chacun dédierait sa lecture de ce livre à quelqu’un. 17 ans. Je voudrais dédier ma lecture à Marie Souvoroff. Ce n’était pas le 92, c’était le 78, mais c’était les mêmes années. Ce n’était pas « Chez Léon », c’était « Le Soubise », chic au pire, à la même overdose. C’était le lycée, une autre terminale.
A vous de lire.
Stéphane Michalon
ePagine

9 janvier 2014

Interview d’Ayerdhal pour la sortie de « Bastards »

Le 6 janvier 2014, pour débuter une nouvelle année en fanfare, les éditions Au Diable Vauvert sortent une nouvelle pépite écrite par Ayerdhal : Bastards. Comme pour le précédent opus de l’auteur chez ce même éditeur, Rainbow Warriors, (lui sur 6 épisodes), la sortie numérique s’effectue ici sur 12 épisodes, s’étalant du 6 janvier au 6 février 2014. Là les deux premiers épisodes sont gratuits. Ce qui permet de se faire une très bonne idée du genre et de la manière d’écrire de l’auteur. Pour marquer cette sortie, nous avons interviewé Ayerdhal.

 

Entretien avec AYERDHAL

eP : Le premier épisode de Bastards est sorti ce 6 janvier. Peux-tu nous faire le pitch en quelques lignes (de ton cru) et nous donner le genre dans lequel s’inscrit Bastard ? S’il est pertinent de vouloir mettre une étiquette sur cette nouvelle parution, bien entendu.
Ayerdhal : Alexander Byrd ne parvient plus à écrire depuis qu’il a été récompensé par le prix Pulitzer. Colum McCann l’incite à arpenter New York en inventant mentalement des vies pour les inconnus qu’il croise et à lier ces vies autour d’un fait divers peu banal : une très vieille dame, non identifiée, qui a occis trois agresseurs avec un outil de jardin et l’aide d’un chat. Sur les traces de celle que les médias surnomment Cat-Oldie, Alexander arpente les cimetières du Queens en rollers avec, dans sa capuche, Folksy, son propre chat ou, plutôt, le chat qui le possède. Dans sa quête de l’inspiration, il cherche aussi conseil auprès de Paul Auster, Norman Spinrad, Jerome Charyn, Toni Morrison, Michael Chabon, Siri Hustvedt… C’est finalement sur la tombe d’Houdini qu’il retrouve Cat-Oldie, dont il découvre qu’elle a connu l’illusionniste, comme elle a fréquenté des personnalités aussi fascinantes que Ian Fleming, Robert Capa ou John Steinbeck, au cours d’une vie si longue qu’elle pourrait bien être la doyenne de l’humanité et si mystérieuse que plusieurs services secrets n’ont eu de cesse tour à tour de l’employer et de la pourchasser.
Une étiquette… pas facile ! Thriller un brin déjanté ?

eP : La première publication numérique va se faire sous forme d’épisodes, 12 au total, qui sortiront du 6 janvier au 6 février. Les deux premiers épisodes sont gratuits, les suivants téléchargeables pour la modeste somme de 0,99 € chaque épisode. Y aura-t-il, comme il y a eu pour Rainbow Warriors, une édition numérique complète reprenant tous les épisodes ?
Ayerdhal : Oui, il y aura une version complète numérique et une version papier.

eP : C’est donc, te concernant au Diable Vauvert, la deuxième « prépublication » sous forme d’épisodes. Est-ce Ayerdhal qui tient à cette prépublication, l’éditeur Au Diable Vauvert ou une réflexion commune vous amenant à travailler ainsi ?
Ayerdhal : Le Diable m’a soufflé l’idée et nous avons poursuivi la réflexion ensemble.

eP : Comment a été écrit Bastards ? A-t-il été écrit et pensé en feuilleton ? Était-il déjà écrit et ensuite a été découpé, ou est-il écrit « en temps réel », comme l’a fait Pierre Bordage cet été ?
Ayerdhal : Ni l’un, ni l’autre. J’avais écrit un peu plus de 200 pages lorsque la Diablesse en chef m’a demandé un pitch, auquel j’ai joint quelques chapitres. En discutant, nous nous sommes aperçus que Bastards ferait une bonne série TV. De là à passer à l’acte, il n’y avait qu’à remodeler ce qui était déjà écrit et à calibrer l’ensemble sur le principe des séries américaines. Environ 50 min de lecture par épisode, avec une scène pré-générique, une histoire interne développant une méta-histoire plus complexe et un cliffhanger. Pour ce qui était déjà écrit, j’ai dû tout reprendre à zéro, ce qui m’a permis de choper le rythme et de poursuivre sur la lancée… bon, j’ai un petit peu dû aussi modifier mon scénario et les personnages originels.

eP : As-tu des retours sur les ventes numériques concernant Rainbow Warriors ?
Ayerdhal : En novembre, nous atteignions un total de 1690 téléchargements.

eP : Le sujet est assez étonnant venant d’un auteur prolifique comme toi : le manque d’inspiration. Pourquoi utiliser ce sujet en trame de fond ?
Ayerdhal : Le syndrome de la page blanche est moins une trame de fond qu’un point de départ. C’est un phénomène que beaucoup d’auteurs connaissent de très près et que certains événements peuvent rendre totalement handicapant. Ainsi, Jean Carrière a éprouvé les pires difficultés à se relever du prix Goncourt décerné à L’épervier de Maheux en 1972 (il a d’ailleurs écrit Le Prix d’un Goncourt en 1987 pour expliquer ce qui lui est arrivé et ce qu’il a ressenti). Pour des raisons d’ordre personnel, j’ai moi-même traversé une période inféconde de plusieurs années. J’ai eu envie de jouer avec.

eP : Cette prépublication se fait en numérique. Lis-tu toi-même en numérique ? Si oui, que lis-tu ?
Ayerdhal : Je lis majoritairement en numérique, sur liseuse ou sur tablette, voire même sur ordinateur en usant de Calibre. Il m’arrive souvent de transformer en epub les fichiers doc ou odt des copains qui me demandent une « première lecture » pour travailler dessus plus confortablement.

eP : Est-ce qu’un auteur très remarqué et reconnu comme toi doit publier des œuvres en papier et d’autres en numérique ? Le fais-tu pour toucher un lectorat plus large, par goût du jeu, parce que tu es sensible aux évolutions technologiques, etc ?
Ayerdhal : J’écris pour être lu. Même si j’aime les livres papier et que la maison en déborde, je ne m’attache pas au support quand je travaille. Or le papier comme le numérique ne sont que des supports. L’ouvrage n’existe que par son contenu, et celui-ci est œuvre de l’esprit, comme le rappelle le Code de la Propriété Intellectuelle.

 

Merci à Ayerdhal pour ces réponses, et bonne lecture à vous, amateurs de thrillers déjantés !

David Queffélec.

Pour accéder à Bastards, épisode par épisode, cliquez ici

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