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23 septembre 2011

Brigitte Célérier lit Leslie Kaplan

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #5 en compagnie de Brigitte Célérier qui nous propose une lecture mordante de l’ensemble de textes poétiques et politiques de Leslie Kaplan, Les mots (publie.net) dont j’avais publié un extrait en avril dernier sur ce blog. Cet ensemble est disponible en numérique sur les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine (format ePub uniquement) ou Place des libraires numérique (PDF, ePub, streaming, mobi) et les libraires partenaires (liste ici). Et merci à Brigitte Célérier pour sa confiance !

 

 

Pour les encore craintifs devant la lecture sur écran un texte court (57 pages), pour les amoureux des mots, de la raison et d’une certaine causticité, pour les gens en colère, un plaisir, ou mieux une formulation de nos idées.

« Les mots, qu’est-ce que c’est ?
on se pose cette question quand il y a une crise
quand on ressent une crise
des mots, du langage, du sens
les mots sont dévalorisés, ne signifient plus rien,
mensonges, tromperie. »

Les mots, la littérature, importants pour ne pas être engloutis, brouillés, abêtis par les mots qui volent de politiques en médias, en conversations paresseuses et sans pensée, grâce aux mots qui ouvrent au monde quand on les respecte, qui creusent le réel, au plus près.

Un texte qui avance en fragments de phrases rythmées, rebondissantes.

« c’est une recherche de vérité
concrète
sur la société, l’état de la société
et le monde
et le rapport qu’ici et maintenant je maintiens
avec elle »

Les mots de la littérature, les mots sortis du flux banal, protection contre la trivialité de la société, devraient être à la base de la démocratie s’ils n’étaient détournés.

Et les phrases de Leslie Kaplan, découpées en petits blocs frappant, sont pleins d’une ferme colère froide contre le relativisme, le suivisme, le détournement, et d’espoir dans la langue et les idées, dans la façon dont les mots se tissent pour les exprimer, montrent ce qu’ils disent de la réalité de notre société, l’exclusion, la surveillance, la façon dont ils sont utilisés pour créer un désir d’autorité, de s’en remettre, une méfiance.

Cette société où l’on doit être heureux, mais qui est réunion de personnes qui ont des raisons d’être malheureux, et qui s’efforcent d’être conformes, donc heureux, avec une sexualité épanouie, et des désirs, des enthousiasmes pour ces objets, tous ces objets qui sont offerts, non pas offerts dans le sens du don mais montrés, prescrits, petits objets de rien qui sont à notre portée, rêves humbles et fabriqués.

Société de clichés, celui de la femme libérée, de la douceur féminine, de la différence des sexes… où les têtes sont comme « caddie dans un supermarché la veille de Noël ».

Les phrases avancent et amènent, donnant chair aux idées, des situations, des hommes et femmes qui côtoient toutes nos vies, qui pourraient être nous, ceux qui sont victimes des mots manipulés, les adolescents qui bossent mais ne sont pas travailleurs mais « en stage », ceux qui sont sur le bord, sortis du monde des mots de la société, pour laquelle elle trouve des noms qui les caractérisent, les séparent.

« mais ce qui restait était le nom
donné à ces gens-là
on les appelle les « hommes-ordures » »
Et voici que je vais finir par être aussi longue que le texte, qui, sans en avoir l’air, tissant les récits, les formes, dit l’essentiel
« en tant que demeure
humaine
le langage est fondé
sur ce qui se passe
entre les mots
si cet entre-mots
tombe
alors
désastre
la violence »

et se termine, comme une lumière, en une longue litanie « d’hommes libres », comme un espoir, des modèles.

« c’est un homme qui a passé sa vie en prison en subissant le pire et qui sort avec un visage ouvert,
radieux. Nelson Mandela.
c’est une femme qui a toujours pensé qu’elle était l’égale de l’homme ;
c’est Bartleby le copiste de Melville qui un jour arrête tout en disant, I would prefer not to, Je préfère ne pas (…) »

 

Brigitte Célérier (brigetoun pour les blogueurs, les twitteriens, les facebookés, les babelionnistes…) se décrit volontiers comme « paumée », « dépassée – et pourtant ». « Brigetoun et ses entours surtout, ne sont pas Brigitte Célérier et ses entours – se ressemblent fortement – ont beaucoup de points communs – ne sont pas totalement identiques – fantaisie ou mensonge revendiqués », écrit-elle aussi. Brigitte Célérier est avignonaise et sans elle le festival d’Avignon ne serait pas ce qu’il est (en tout cas pour ceux qui sont restés à ce moment-là derrière l’écran). Brigitte Célérier est blogueuse et IL FAUT (message subliminal à Google) lui rendre visite. Ses portes et fenêtres sont ouvertes tous les jours ici et . Brigitte Célérier c’est la vigie du web. Sans elle les vases communicants (le premier vendredi de chaque mois) seraient un beau foutoir. Et sans elle on serait orphelins de comptes-rendus en textes et images. Brigitte Célérier s’excuse, s’absente, se perd, part, revient, c’est un deux-en-un dont on ne peut se passer, personne et personnage tous deux très touchants et addictifs. D’elle on peut télécharger gratuitement Brindilles sur le site Oeuvres ouvertes, ses portraits, ses tables et ses portes sur calaméo. D’elle on lira aussi ses twitts, ses chroniques de lectures sur Babelio, ses nombreux coups de gueule sur Facebook, ses matins difficiles, ses nuits à fumer des cigarillos et à écrire, ses soirées théâtrales et musicales, ses errances dans la ville, son opiniâtreté.

© Ben

Leslie Kaplan est née à New-York en 1943, elle a été élevée à Paris dans une famille américaine, elle écrit en français. Après des études de philosophie, d’histoire et de psychologie, elle travaille deux ans en usine et participe au mouvement de Mai 68. Elle publie depuis 1982 (L’Excès-l’usine, Hachette/P.O.L, repris en 1987 aux éditions P.O.L). Quatre autres livres peuvent être téléchargés au format numérique : Louise, elle est folle (2011),  Toute ma vie j’ai été une femme (2008), Fever (2005), Les Outils (2003). Tous les autres textes de Leslie Kaplan publiés par P.O.L sont disponible dans leur version papier (liste complète sur Place des libraires) dont Les Amants de Marie (2002), Le Psychanalyste (1999), Les Prostituées philosophes, Depuis maintenant 2 (1997), Depuis maintenant, Miss Nobody Knows (1996), Les Mines de sel (1993), Le Silence du diable (1989), L’Épreuve du passeur (1988), L’excès-L’usine (1987), Le Pont de Brooklyn (1987), Le Criminel (1985), Le Livre des ciels (1983). Maintes fois citée sur ce blog, deux chroniques lui ont également été consacrées (en mai 2010 et en avril 2011). Pour suivre son actualité, ses ateliers et lectures, la lire, l’entendre,…, cliquez par ici (site de P.O.L) et par (remue.net).

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