C’est depuis l’Australie que la toute jeune maison d’édition emue (née de l’impulsion de Sophie Marozeau, ancienne journaliste d’Europe 1 et éditrice pour les contenus numériques chez Lonely Planet) diffuse ses livres numériques. Quelles que soient leurs origines tous les auteurs des éditions emue ont comme dénominateur commun la langue française. Trois recueils de nouvelles sont d’ores et déjà disponibles en numérique, Femmes contre nature de Léa Godard, Le doigt de l’historienne de Ray Parnac (chroniqués aujourd’hui) et L’Ora(n)ge d’Emilio Sciarrino (que je n’ai pas encore lu) où une mélancolie urbaine et un sentiment d’étrangeté habiteraient semble-t-il « ce recueil plein de couleurs et d’une poésie réjouissante ». Aujourd’hui deux recueils de nouvelles, donc, où les relations hommes/femmes sont en jeu. D’un côté, une vision caustique et parfois cruelle mais jamais cynique et de l’autre, de décoiffants portraits à la sauce british.
Si l’on ne devait s’arrêter qu’au titre et à la table des matières de Femmes contre nature on pourrait imaginer que Léa Godard ne sera pas tendre avec les personnages féminins de son recueil de nouvelles. Mais il ne faudra pas prendre au pied de la lettre ce qui nous est annoncé d’emblée. Ici tout le monde en prendra pour son grade, et pas uniquement les femmes « contre nature ». Chaque nouvelle, via règlements de compte parfois sanglants, vengeances mais également révélations, fera remonter à la surface des blessures plus profondes encore chez les hommes et les femmes incarnés par Léa Godard, qu’ils soient pères, mères, enfants, frères et soeurs. À travers ces onze portraits de femmes (de nullipare à jalouse en passant par égocentrique, dépressive ou encore frigide) si Léa Godard porte en effet un regard acéré sur les relations amoureuses et familiales (notamment fraternelles) c’est la question du libre-arbitre qu’elle interroge ici tout en disséquant les névroses, les fantasmes et les idéaux des personnages portraiturés dans leur environnement et leur quotidien (au travail, chez eux, en croisière, en pèlerinage ou encore lors d’un Noël en famille). Qu’ils se prénomment Anne, Barbara, Justine, Eliette, Marianne, Pénélope, Paul, Hélène ou Tom, chacun ici devra faire face à l’imprévisible, cet événement qui le réveillera, le révélera ou l’avalera. À travers les problèmes de couple, les rivalités entre frères et soeurs et les relations filiales (suite par exemple à une réussite professionnelle, un succès en amour ou un héritage), ce recueil va creuser vers l’intime mais sans jamais sombrer dans la facilité — qu’il soit question du corps (acceptation), d’amour (découverte de l’autre, recherche de preuves), d’usure du couple (séparation, divorce), de sexualité (désir, fantasme, domination, soumission), d’insatisfactions (dépression, bovarysme, crise d’adolescence, stress des jeunes parents, solitude), de jalousie (entre frères et soeurs surtout) ou encore d’impuissance (les peurs liées à l’enfance ressurgissant chez une jeune mère tandis qu’elle s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son mari et de son fils partis en balade). Nerveuses, parfois douces-amères mais surtout mordantes ces onze nouvelles sont suivies d’un épilogue plutôt habile.
Dans les dix nouvelles qui composent Le doigt de l’historienne de Ray Parnac les personnages se prénomment Gareth Murgatroyd, Lawrence Sibley ou encore Jordan Lady. Vous l’aurez deviné : si les histoires de Léa Godard se situent principalement en France, avec Ray Parnac nous venons de traverser la Manche. Et à Londres comme ailleurs, qu’ils soient futurs chirurgiens, instituteurs, étudiants, intérimaires, SDF ou stagiaires, tous les personnages auront droit à une bonne dose de perversion injectée par l’auteure. Des esclaves sexuels côtoieront des hommes brutaux ; celui-là, homme odieux qui aime avoir tout sous la main et en double, femme et maîtresse, basculera dans la schizophrénie (le dédoublement a aussi son revers de la médaille) ; des arrogants prendront plaisir à humilier, à exploiter, joueront avec la culpabilité et le deuil de l’autre ; plus loin on abusera de son pouvoir ; plus loin encore on s’épiera, on fantasmera, on rêvera de faire irruption dans une autre vie, on ne vivra pas la sienne, on mentira, on se mentira ; celui-ci est orgueilleux, sûr de son talent et de son potentiel érotique (hommes et femmes ne sont que des jouets sexuels pour lui), il pense tuer le père en devenant chirurgien orthopédique et non simple médecin comme son géniteur : mais sa citadelle est-elle si imprenable que ça et est-il si libre qu’il en a l’air ? Cette autre qui accumule les missions en intérim sera harcelée physiquement et psychologiquement par une historienne, un chirurgien ou encore la directrice d’un collège de jeunes filles de banlieue, une dictatrice qui persécute et humilie tout le personnel ; cette autre encore, après un terrible accident et plusieurs chirurgies esthétiques, deviendra également l’objet sexuel de son nouveau compagnon. C’est dans ce monde-là que l’auteure vous fera entrer, celui des petites perversions ordinaires. Attention où vous mettrez les pieds… et les doigts !
Ces deux titres sont disponibles en numérique dans plusieurs formats sur ePagine, Place des libraires numérique, ePagine reader ainsi que sur tous les sites des libraires-partenaires. Ils sont vendus 4,49 € chacun et n’ont ni DRM ni tatouage.
Bienvenue aux éditions emue et bonnes lectures à tou(te)s.
ChG

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Ping by Une autre rentrée littéraire Le doigt de l’historienne ― Ray Parnac — 25 août 2011 @ 12:16
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