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18 mars 2010

Sur la route de Mahigan Lepage

Vers l’Ouest, écrit François Bon, l’éditeur (Publie.net) de ce beau et long souffle littéraire, est une « grande dérive adolescente sur les routes de l’ouest canadien, une version contemporaine de la tradition du road-movie dans les villes d’aujourd’hui. »

Comme toute expérience marquante, il faut laisser le temps faire son travail en nous avant de pouvoir la narrer. D’ailleurs, Mahigan Lepage l’apprend à ses dépends lors de l’une de ses tentatives avortées : « Est-ce que j’avais seulement apporté un seul livre dans l’Ouest ou même un carnet pour écrire ? À quoi je pensais ? Je partais comme ça dans l’Ouest et je croyais que la vie allait s’occuper de lier d’elle-même l’expérience. »

Ce qu’il ramène, après son dernier retour, est bien plus qu’un journal de route ou un récit de ses traversées dans lequel revenir sur les heures passées au bord des routes à attendre le pouce levé qu’un automobiliste veuille bien l’emmener avec lui ou encore sur les galères, les petits boulots (quand il y en a), les plans pour trouver à manger, où dormir, de quoi fumer. Non, Vers l’Ouest est d’abord une attention portée à la notion de territoire : les espaces bien entendu (rapport ville / plaine / montagne / vallée), la géométrie, la langue (le français de plus en plus minoritaire, l’omniprésence de l’anglais et celle, commerciale et oppressante, du japonais), les communautés (et leur hiérarchie dans le monde du travail). Je pense également au territoire retraversé (ce voyage sans cesse recommencé, celui-là même qu’avaient fait ses parents) ; en cela, ce texte est bien un récit transgénérationnel (lire les passages sur l’expérience de la génération précédente ainsi que sur les relations au père et à la mère) écrit par un grand adolescent paumé dans le Canada (Québec compris) d’aujourd’hui. Paumé mais pas plombé. Car, malgré les galères, le personnage cultive des paradoxes intéressants : très sociable il aime néanmoins rester à l’écart, surplomber, observer ; s’il n’aime pas les mêlées ni les bagarres il trouve toujours quelqu’un avec qui partager un repas, un joint, un bout de route.

Vers l’Ouest est aussi le livre de l’éternel retour. Mais n’attendez pas d’atermoiements de sa part (pas son genre), plutôt une sorte de fatalité (douce, presque sereine) une fois la terre natale à nouveau en vue. Peut-être parce que c’est là (à ce moment, à cet endroit) que commence le temps de l’écriture.

Christophe Grossi

Retrouvez Mahigan Lepage sur son blog, Le Dernier des Mahigan, ainsi que dans Carnet du Népal (Publie.net, août 2008).

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