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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

13 septembre 2013

ePagine publications numériques vous offre La Grande panne de Théo Varlet

 

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013) et César Capéran de Louis Codet (juillet 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne sur epagine.fr son sixième livre numérique : La Grande panne de Théo Varlet, un roman d’anticipation publié en 1930 par un passionné d’astronomie et de sciences, à la fois poète et auteur de science-fiction, un visionnaire souvent salué par la critique littéraire dans les années vingt et trente mais dont l’œuvre n’a quasiment pas été rééditée après sa mort. À lire la préface que Xavier Dollo consacre à ce roman et dans laquelle il revient sur cette découverte qui a modifié son parcours de lecteur, une préface que nous publions en partie infra.

Ce texte et les cinq précédents sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande. Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfère publier peu mais avec la garantie que les fichiers sont soignés et de qualité (composition et correction). ePagine propose donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficient du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions sont presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Toute l’équipe de ePagine tient à remercier Xavier Dollo, auteur de la préface de cette édition numérique de La Grande panne.

ChG

 

Extrait de la préface de La Grande panne par Xavier Dollo

« Il est des écrivains que, parfois, l’on croit être seul à connaître et aimer. On trouve même cet état de fait profondément injuste et frustrant, parce que l’on admire l’écrivain. Sans contestation possible, Théo Varlet entrerait dans cette catégorie des mal aimés et des mal connus. (…) Grand oublié, à mon sens, de l’omnibus consacré à la science-fiction ancienne dirigé par Serge Lehman, Chasseurs de Chimères, Théo Varlet n’en reste pas moins une figure marquante du merveilleux scientifique, lui qui était doté d’un style attrayant, d’une langue maîtrisée et d’un imaginaire vraiment original, éclectique et atypique. De la poésie au roman, Varlet aura exploré de nombreuses facettes de la science-fiction ; avec André Blandin, par exemple, il signe une belle uchronie avant l’heure, La Belle Valence, explore une poésie classique – il aime le sonnet – mais originale dans son approche thématique, le terme de poésie « cosmique » étant assez parlant ; avec Les Titans du Ciel (premier volume de l’Épopée Martienne), en collaboration avec Octave Joncquel, il imagine un système solaire rempli de vie extraterrestre où la Terre prend contact avec les martiens et les joviens, où les martiens – voir ici l’influence déjà très forte de H.G. Wells – ont des intentions nocives envers notre planète.
(…) La Grande Panne, paru en 1930, raconte l’épopée d’une jeune femme intrépide, Aurore Lescure – Varlet se démarque déjà de son époque par cette utilisation d’un personnage féminin fort – qui a tenté d’atteindre la Lune dans une fusée construite par son père, un savant américain. Cependant, elle rapporte dans ses bagages un organisme qui se nourrit d’électricité ! (…) Derrière un récit d’aventures très bien mené, Varlet explore à sa manière des questions de société, l’avenir de l’humanité et les conséquences des progrès scientifiques. »

Xavier Dollo,
auteur et éditeur de science-fiction

 

Théo Varlet : quelques éléments bio-bibliographiques

Né en 1878 à Lille, Théo Varlet passe une grande partie de sa jeunesse à voyager en France et en Europe. Après trois recueils publiés avant la première guerre mondiale, il traduit dans les années 20 et 30 de nombreux auteurs anglo-saxons dont Stevenson, Melville et Kipling et publie également une vingtaine de recueils de poésie, de récits et de romans d’anticipation, souvent salués par la critique. Malgré les éloges, quasiment aucun de ses ouvrages n’a été réédité après sa mort survenue en 1938.

Quelques œuvres marquantes : Heures de rêve (Ninez et Lecocq, 1898), Notes et poèmes (éditions Du Beffroi, 1905), Les Titans du ciel (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1921), L’Agonie de la terre (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1922), La Belle Valence (en collaboration avec André Blandin, E. Malfère, 1923), Le Roc d’or (Plon et Nourrit, 1927), Ad astra et autres poèmes (A. Messein, 1929), La Grande Panne (éditions des Portiques, 1930), Aurore Lescure, pilote d’astronef (L’Amitié par le livre, 1943).

7 juillet 2013

ePagine publications numériques vous offre César Capéran de Louis Codet

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013) et Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son cinquième livre numérique, César Capéran de Louis Codet. Pour rappel, tous les textes de ePagine publications numériques sont offerts en permanence sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions seront presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier la famille de Louis Codet qui a gentiment accepté que le portrait de l’écrivain soit reproduit dans le fichier ePub et ici même (photo également mise en ligne par l’association des lecteurs de Claude Simon sur le site qui lui est consacré, le père de Louis Codet étant un cousin germain de la mère de Claude Simon).

 

Présentation de César Capéran et bio-bibliographie de Louis Codet

Cette novela (entre la longue nouvelle et le court roman) raconte l’histoire d’un personnage énigmatique et original prénommé César Capéran, « Gascon gasconnant », « Gascon taciturne » et « digne campagnard » selon le narrateur. Ce provincial tout en paradoxes (retenues et exultations soudaines) est également un être plein d’ambitions même s’il préfère la plupart du temps se taire ou faire parler « la tradition » symbolisée par Pascal, Bossuet, Diderot ou Poussin. Monté à Paris pour des raisons d’abord obscures mais avec en tête de vagues projets littéraires, il passe la plupart de son temps à… ne rien faire sinon boire le vin de son pays, fumer et parler avec le narrateur dans sa chambre ou dans sa mansarde au Ministère des Colonies. En vrai dilettante, le jeune Gascon, sorte de Bartleby ou de Jean Dézert, aura un destin que n’envieront sans doute pas ses aïeux, les personnages balzaciens. Texte désopilant, pince-sans-rire et original, écrit au tout début du siècle par un auteur mort sur les Champs d’honneur.

César Capéran de Louis Codet a d’abord été publié dans la revue Les Marges, puis par Gallimard en 1918 et a été accueilli chaleureusement par les critiques.

Louis Codet est né à Perpignan le 8 octobre 1876. Fin dandy, cette personnalité artistique parisienne reconnue a fréquenté les précurseurs du surréalisme et s’est lié d’amitié avec Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin. Il a collaboré à plusieurs revues indépendantes (La Revue blanche, La Vogue et Les Marges), a participé au premier numéro de la Nouvelle Revue française et a publié La Rose du jardin (son premier roman) chez Fasquelle en 1907 et La Petite Chiquette, son œuvre la plus connue, en 1908 (même éditeur).
Mobilisé dès le début de la guerre, il est blessé à Steenstrate (Flandres belges) le 5 novembre 1914, touché à la gorge par un éclat d’obus. Il est alors évacué au Havre mais, mal soigné, il meurt six semaines plus tard. Il est enterré dans son village de Saint-Junien.
L’œuvre de Louis Codet est en grande partie posthume : César Capéran en 1918, La Fortune de Bécot en 1921 et Louis l’indulgent en 1926.

 

Louis Codet | César Capéran (extrait)
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I
LE PENSEUR DU CAFÉ VACHETTE

Je fis la connaissance de César Capéran au café Vachette, du temps que j’étais étudiant.
Imaginez un grand gaillard de vingt-deux ou vingt-trois ans, dodu, ventru, fleurant la santé, ayant l’œil très noir et la joue bien pleine, avec quelque chose de napoléonien dans le menton. Toujours propre, toujours rasé, il était coiffé d’un grand feutre noir, et ne portait qu’un vêtement noir ample et sévère.
Il s’asseyait, tout seul, et passait la soirée en fumant sa pipe silencieusement, non loin du coin où nous faisions notre poker. Je l’avais remarqué, pour son air majestueux. On eut dit un Curiace de l’Odéon, ou, encore, un moine romantique, un moine vénitien.
Un soir, quelqu’un nous le présenta et il s’assit à notre table. Je me souviens que ce jour-là le poker prit fin de bonne heure et que l’on entama une discussion philosophique ; je demandai à Capéran, le nouveau venu, quel était son avis.
Il me regarda, ôta lentement de ses lèvres sa longue pipe Jacob et posa une main sur ma hanche.
— Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense, me dit-il.
Je souris, nous sourîmes tous, devant une telle déclaration, prononcée d’une belle voix de baryton qu’ennoblissait encore l’accent de Toulouse. Mais déjà César Capéran s’était retiré en lui-même et s’enveloppait d’un nouveau nuage de fumée.
Cependant, à dater de ce jour, Capéran fit partie de notre bande au Vachette : entendez qu’il s’asseyait sur la banquette à côté de nous, car il ne se mêlait point à nos jeux. Jamais je ne le vis toucher une carte. Il ne lisait pas non plus les journaux ; il ne faisait rien ; il fumait.
C’était vraiment un drôle de corps. S’il arrivait, de loin en loin, qu’il énonçât son opinion, il s’exprimait en des termes synthétiques et lapidaires. Par exemple, quand on agitait entre nous les mérites de quelque peintre ou d’un écrivain :
— C’est de l’art français, dans la tradition ! disait Capéran.
Ou, au contraire :
— Ce n’est pas dans la tradition !
Et, ayant dit, jamais il ne s’expliquait davantage.
Lorsqu’il s’agissait de payer les consommations, il tirait de son gousset une pièce de cinq francs, qu’il nommait un écu, et il me jouait son verre contre le mien « au jeu ancien de pile ou face ! »
Vous avez sans doute observé déjà que les gens d’humeur silencieuse ne peuvent nous être indifférents. Il faut qu’on juge un homme qui se tait. Il faut qu’on se dise, ou : « c’est un sot » ou : « c’est un homme très intelligent, au fond. C’est un artiste, un érudit… » Je crois que nous inclinions vers ce dernier parti ; Capéran nous en imposait véritablement.
Certes, on le plaisantait parfois ; on l’appelait le Penseur, ou le Gascon Taciturne : un étudiant normand glissé dans notre bande avait trouvé ce second surnom, qui le peignait assez bien. Mais nul ne demeurait si grand, si impassible sous la plaisanterie. Et Poupoun lui-même y perdait ses flèches. Celui que nous nommions Poupoun était un petit étudiant en droit, brun comme une taupe, portant lorgnon et barbe en pointe ; un Méridional, comme Capéran, mais c’était le Méridional maigre et rageur, qui gesticulait, qui pétaradait, et qui fonçait à tout propos sur le prochain.
— Si notre Penseur national, si Sa Majesté Capéran Premier voulait bien nous faire l’honneur, au lieu de ricaner dans sa pipe, de nous exposer là-dessus le point de vue de la tradition ? s’écriait Poupoun.
Capéran répondait avec placidité de sa voix enflée, noble et grave, de sa voix de prédicateur :
— Je ne vous écoutais pas, mon ami. Je rêvais aux belles filles de chez moi…
Poupoun haussait les épaules, et, ricanant lui-même, revenait à l’attaque. On eut dit le combat du jaguar et du superbe éléphant.
Leurs assauts les plus remarquables se livrèrent à propos de la question religieuse.
En ce temps-là, on discutait la Séparation à la Chambre, et nous en causions quelquefois ; Poupoun figurait parmi nous l’anticlérical à tous crins, le féroce mangeur de curés. Ce fut pour Poupoun une belle journée lorsque nous apprîmes par hasard que Capéran allait à l’église.
Je ne sais qui l’avait aperçu à je ne sais quelle cérémonie, dans Notre-Dame. Non ! vous ne pouvez concevoir la joie de Poupoun, et combien de fois par soirée il traitait l’autre de calotin, de tartufe, de théatin, d’enfant chéri de Loyola, de chevalier du goupillon…
Une des plaisanteries de Poupoun consistait à renifler les vêtements de Capéran :
— Mais tu sens l’eau bénite rance, mon pauvre Penseur ! Voyons, entre chez le barbier et colle-toi du parfum, pour combattre ce vieux relent de sacristain ?…
Capéran répondait avec sérénité :
— Sachez que je suis un incrédule, mon ami !… Et néanmoins, toute ma vie, j’irai à la messe et aux vêpres, afin de rendre hommage aux pompes magnifiques de l’Église romaine !
— Hardi, Capéran ! faisions-nous en chœur. Mords-le ! Défends-toi !
— Et si vous n’avez jamais assisté, reprenait la voix de Capéran, si vous n’avez jamais assisté à une des cérémonies de Notre-Dame, je crois que vous n’êtes pas digne de lire !…

 César Capéran de Louis Codet, ePagine publications numériques, 2013

31 mai 2013

Grand prix des lectrices ELLE 2013 : focus sur Rithy Panh

Le 20 janvier 2012 je vous annonçais sur ce blog la double sortie (version imprimée et numérique) de L’élimination de Rithy Panh (Grasset), récit-témoignage écrit en étroite collaboration durant plus de deux années avec l’écrivain Christophe Bataille ainsi que de son film, Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer, deux œuvres dans lesquelles il revient sur le génocide cambodgien et plus particulièrement sur Kaing Guek Eav surnommé Duch, un homme qui a dirigé pendant quatre ans une prison des maquis khmers rouges, M13, avant de commander de 1975 jusqu’à la débâcle khmère en 1979 un centre, S21, dans lequel il a fait torturer, tuer et disparaître plus de 10.000 personnes. Premier responsable khmer rouge présenté devant les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC), Duch, à la fin de son procès, avait demandé sa remise en liberté. Il avait été condamné à 35 années d’emprisonnement.

Un mois plus tard, en février, une nouvelle tombait. L’ancien khmer rouge était condamné en appel à la prison à perpétuité par le tribunal spécial soutenu par les Nations unies, au Cambodge. La Chambre de la Cour suprême avait jugé que Duch devait être tenu pour responsable de la mort des 14.000 détenus de Tuol Sleng, près de Phnom Penh, sous le régime des Khmers rouges (1975-79). « La peine doit être sévère pour éviter des crimes similaires, sans aucun doute parmi les pires de l’histoire de l’humanité », déclarait alors le président de la cour, Kong Srim. La prison de Tuol Sleng, aurait-il ajouté, était une « usine de la mort ».

Jugé coupable en juillet 2010 de meurtre, torture, viol et crimes contre l’humanité, il faut savoir que ce verdict de culpabilité est le seul à avoir été rendu par le tribunal spécial soutenu par les Nations unies depuis sa création en 2005.

Plus d’un an après sa parution, ce témoignage vient d’être récompensé par le jury du Grand prix des lectrices de ELLE dans la catégorie « Documents » et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Les deux autres titres qui ont été mis à l’honneur hier soir par les lectrices de ELLE sont, dans la catégorie « Roman », Arrive un vagabond de l’auteur américain Robert Goolrick (éditions Anne Carrière, traduction Marie de Prémonville) et, dans la catégorie « Policier », Les Apparences, thriller de l’auteur américain Gillian Flynn (éditions Sonatine, traduction Héloïse Esquié). Ces deux titres sont à la fois disponibles en papier et en numérique.

ChG

 

Lire, visionner, aller plus loin

lire ou relire le billet que je lui avais consacré le 20 janvier 2012
regarder en ligne la bande-annonce du film de Rithy Panh sur le site ePagine
télécharger gratuitement au format ePub ou lire en ligne un extrait de L’élimination
lire du même auteur Le papier ne peut pas envelopper la braise (Grasset)
consulter d’autres textes disponibles en numérique sur le sujet

15 avril 2013

Parution intégrale de AL TEATRO de Stéphanie Benson (avec promotions)

AL TEATRO, la saga de Stéphanie Benson, démarre en 2001 aux éditions L’Atalante avec Cavalier seul. Suivront Cheval de guerre en 2003 et Moros en 2004, toujours à L’Atalante. En 2010, ces trois tomes (qui ne sont plus disponibles en papier) ressortent en numérique chez Publie.net. Aujourd’hui, plus de dix ans après nous avoir fait découvrir les premières aventures du colonel Katz et du diabolique Milton, Stéphanie Benson transforme enfin sa trilogie en tétralogie et clôt ainsi la saga AL TEATRO. Propulsée une nouvelle fois par Publie.net dans la collection Publie.Noir, cette saga, qui mêle habilement polar très sombre (voire trash) et fantastique, décrit à vive allure la folie destructrice qui s’empare de notre monde à la fin du XXe siècle et nous interroge sur le sort de notre civilisation. Huit personnages, huit regards, huit points de vue en tout, pour cette somme où les valeurs du Bien et le Mal sont totalement renversées et qui ne nous épargne aucune horreur, aucun effroi (d’ailleurs, pour les plus sensibles d’entre vous, accrochez-vous !). Al Teatro, entre théâtre délirant des opérations et scène du crime où les personnages tragi-comiques sont des pantins désarticulés ou monstrueux, est aussi une descente aux enfers pour Katz et son équipe, coincés qu’ils sont entre tueurs en série, fous furieux, allumés de première et prétendants au trône mondial, tous sans scrupules.

Pour accompagner la parution intégrale de la tétralogie AL TEATRO, les trois premiers tomes sont en promotion depuis aujourd’hui (3.99 € chaque au lieu de 6.99 €) et la nouvelle inédite de Stéphanie Benson, Phasmes, publiée elle aussi dans la collection Publie.Noir, vous est offerte… Attention, jusqu’au 15 mai uniquement !

Les titres de Publie.net ne comportent pas de dispositif de cryptage limitant leur utilisation (DRM) : ils sont identifiés par un tatouage (le nom de l’acheteur à la toute fin du fichier).

Cette édition 100 % numérique (code et design) a été réalisée par Roxane Lecomte (studio ePub Chapal & Panoz).

Pour accéder à la liste des quatre tomes de la saga AL TEATRO ainsi qu’au titre offert, rendez-vous sur la librairie ePagine. Vous pouvez également cliquer sur les images ou sur les liens ci-après.

ChG

 

 

► La nouvelle inédite Phasmes (offerte jusqu’au 15 mai 2013)

► La tétralogie AL TEATRO :
1. Cavalier seul (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
2. Cheval de guerre (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
3. Moros (3.99 € au lieu de 6.99 € jusqu’au 15 mai 2013)
4. Pur sang (6.99 €)

31 juillet 2012

ePagine publications numériques vous offre Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont

Mercredi dernier, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine a offert en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter (et non pas à l’ensemble des inscrits) un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, ont choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Cet ebook au format ePub est désormais en ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur ePagine mais également sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici) et peut être lu sur différents supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette).

L’équipe ePagine continuera à offrir de nouvelles publications numériques à tous ses abonnés dès la rentrée (les textes seront ensuite mis en ligne). Pour recevoir ces ebooks en avant-première, il suffit juste de s’inscrire sur le site et de ne pas oublier de cocher la case (obligation légale) : « Je souhaite m’inscrire à la newsletter et recevoir des ebooks en exclusivité ».

Parce qu’offrir une lecture dans de bonnes conditions est essentiel pour qui souhaite partager les textes qu’il aime, cette édition des Dimanches de Jean Dézert a fait l’objet d’une attention particulière (recherches bibliographiques et typographiques, mise en page, création de l’ePub, du visuel de couverture, corrections,…) de la part de tout le service e-fabrication que dirige Sébastien Cretin. Cette première publication numérique de l’équipe ePagine lui doit beaucoup ainsi qu’à Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez (merci spécial à ce bibliophile averti). Outre une biobibliographie, cette édition contient en postface une lecture de Patrice Delbourg (merci à Karen et au Castor Astral). J’ai, pour ma part, signé une courte préface à ce roman que j’aime faire lire depuis plusieurs années maintenant. Je publie ci-dessous la version (un peu plus) longue. N’hésitez pas à lire ce texte et à le partager !

ChG


 

JEAN DÉZERT OU LA « SINGULIÈRE BANALITÉ »

Jean de la Ville de Mirmont est mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire. S’il n’a publié de son vivant qu’un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, il laisse derrière lui plusieurs recueils de poésie (dont L’Horizon chimérique mis en musique par Fauré), des Contes et des dizaines de lettres à sa famille et à ses amis qui sont essentielles pour découvrir (et comprendre peut-être) la personnalité complexe de ce bordelais né en 1886, fils rebelle d’un universitaire et ami de Mauriac. Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de la Ville est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, son Jean Dézert figure parmi les romans les plus étonnants du début du XXe siècle, et plus généralement, parmi ces intemporels qui, depuis qu’il a été remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929 et redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, passent régulièrement de bouche à oreille et de main en main.

Déniché dans les années 90 alors que j’étais libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon, je n’ai eu de cesse de conseiller ce roman qui m’a souvent rappelé la douce ironie et la politesse du désespoir d’un Emmanuel Bove, notamment lorsque celui-ci portraiture les employés de bureaux et tous ceux qui se fondent dans la masse, ou encore le Bartleby de Melville. Son écriture simple, voire minimaliste, son lyrisme discret, son regard distancié qui, par un effet de bascule imprévu, l’amène à décentrer la phrase, ses pas de côté et ses mises en abîme, les monomanies de ses personnages et leur singulière banalité (si je peux me permettre cet oxymore) m’ont également souvent fait penser aux textes de Robert Pinget ainsi qu’aux tout premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.

Jean Dézert est un jeune homme solitaire, sans épaisseur ni fantaisie, un passant, une ombre dans la foule. Ni triste ni gai, on ne le voit jamais vraiment plombé ni euphorique (et lorsqu’il le deviendra, il lui en coûtera). Jean Dézert a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant scrupuleusement les prospectus publicitaires amassés la semaine, errer dans Paris. C’est ainsi qu’il fera la rencontre de drôles de personnages, dont une fantasque jeune fille… mais on n’en dira pas plus.

Ce roman est aussi une sorte de photographie du Paris de la Belle Époque qu’on traverse dans tous les sens, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique – de la rue du Bac à Saint-Michel en passant par la rue Monge, la rue du Faubourg-Montmartre, la rue de Vaugirard, le boulevard Sébastopol ou encore la rue de la Gaîté. On ira aussi faire un tour du côté de la barrière du Trône, dans les catacombes, au musée Grévin, sur le Pont-Royal, dans la colonne de la Bastille et on sortira même une fois de Paris.

Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » !

16 février 2012

Hemingway | Le vieil homme et la mer | nouvelle traduction

Note du 17 février 2012, 22h00 : Ce soir on en sait plus sur les raisons qui ont poussé les éditions Gallimard à demander de manière soudaine à tous les diffuseurs de retirer ce titre de leurs différentes plateformes. Alban Cerisier, secrétaire général de la maison d’édition, s’en est expliqué via le site ActuaLitté. « Si on suit strictement la règle, nous sommes en effet les seuls à pouvoir publier une traduction de cette œuvre. Mais vis-à-vis de la succession Hemingway, on ne pouvait pas faire autrement que de réagir en demandant le retrait de ces œuvres. Nous sommes tenus contractuellement de faire respecter ces droits. François Bon n’avait probablement pas connaissance de ces accords contractualisés ». Cette affaire, plus complexe qu’elle n’y paraissait au premier abord, est d’ailleurs très bien analysée par Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’InternetActu.net. « Cette histoire (une de plus) me semble emblématique d’une incompréhension de plus en plus aiguë entre la création et le droit, entre le partage et la propriété », écrit-il sur sur le blog La Feuille, billet que je vous invite à consulter avant d’ouvrir à nouveau les fenêtres sur le monde.

Note du 17 février 2012, 17h30 : Contrairement à ce que j’écrivais hier, ce titre ne peut plus être téléchargé pour l’instant, ni sur ePagine, ni sur les sites des libraires partenaires, les éditions Gallimard venant brutalement de demander à publie.net « de retirer cet ouvrage de la vente, dont la publication et la commercialisation constituent un acte de contrefaçon » ainsi qu’à tous les diffuseurs « de procéder à son retrait immédiat » de leur plateforme (cf. le billet de François Bon sur le tiers livre).
Pour l’instant, comme personne ne m’a encore demandé de « procéder au retrait immédiat » de ce billet avec extrait de la traduction du vieil homme et la mer par François Bon, je le laisserai en ligne. En soutien à tous les passeurs de textes, de savoir et d’émotions.
Je signale aussi à tous ceux qui ne connaîtraient pas et souhaiteraient découvrir ce que propose cette maison d’édition numérique d’aller jeter à œil à son catalogue exigeant (vous pouvez aussi visiter ce blog qui a chroniqué nombre de ses titres mis en ligne depuis 3 ans). Vous y trouverez là des écrivains classiques mais surtout des auteurs d’aujourd’hui. Vous y lirez de la poésie, des fictions, des polars, de la SF, des essais. Il n’y aura pas plus beau soutien (et agréable qui plus est) à cette maison d’édition (qui est une coopérative d’auteurs) passionnée par la diffusion de toutes les formes d’écritures, les langues singulières, les voix et les idées. Ce qui s’écrit là est notre mémoire de demain, la mémoire des hommes, la mémoire et la mer (« La marée, je l’ai dans le cœur/ Qui me remonte comme un signe »).

ChG


billet du 16 février 2012

Après Lovecraft, Melville et Kafka, un autre grand auteur du XXe siècle, Hemingway, vient de rejoindre le répertoire numérique de publie.net en bénéficiant lui aussi d’une nouvelle traduction. Si le Bartleby de Melville (cf. billet du 27 juillet 2011) et les histoires terrifiantes de Lovecraft sont traduites par Ruth Szafranski (cf. également ses récentes traductions de Dashiell Hammett), si les 57 récits brefs de Kafka (cf. billet du 6 février dernier) sont traduits par Laurent Margantin, Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway, lui, a été travaillé au plus près par François Bon. Voici d’ailleurs ce qu’il en dit : « Traduire c’est reprendre un texte comme du gravier, lentement. Par rapport aux autres textes d’Hemingway, presque un travail de statuaire : si peu de mots, et le tournoiement de leurs répétitions, des didascalies qui détourent les phrases comme un vitrail. Le jeu précis de miroitements entre les paroles que le vieil homme dit à haute voix pour le ciel, le poisson ou lui-même, et son monologue intérieur. Le travail comme sur du marbre entre homme et animal, et l’égalité terrible devant mort et destin. L’énorme défi de ce texte, c’est comment l’universel tient à ce rythme, et ce concret. Puis la violence de la fable, l’émergence crue de beauté qui en est le complément nécessaire, presque incestueux. »

Cette nouvelle traduction du vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway mise en ligne par publie.net peut être téléchargée sur toutes les plateformes de ventes de livres numériques, ePagine et ses libraires partenaires inclus (multi-formats dont ePub, marquage sans DRM, 2.99€).

Et tout de suite un long extrait qui rappellera bien des choses à tous les amateurs de ce monument de la littérature mondiale qui est aussi le dernier texte connu écrit par Hemingway avant son suicide en 1961.

ChG

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Extrait du vieil homme et la mer

« (…)

Juste avant la nuit, alors qu’ils passaient une grande île de sargasses qui se soulevaient et balançaient dans la lumière de la mer comme si l’océan faisait l’amour avec quelque chose qui se cachait sous une couverture jaune, un dauphin attrapa la ligne arrière. Il le vit tout d’abord quand il sauta en l’air, tout doré dans la dernière lumière du soleil, battant violemment dans son saut. Il sauta de nouveau et de nouveau, des sauts que la peur rendait acrobatiques, et il l’amena jusqu’à sa poupe, accroupi, tout en retenant la grande ligne de sa main et du bras droits, ramenant le dauphin de sa main gauche, retenant la ligne chaque brasse de son pied nu. Quand le poisson fut à toucher le canot, plongeant et se hérissant de tous les côtés par désespoir, le vieux se pencha sur le plat-bord, et souleva le poisson d’or poli avec ses taches mauves par-dessus la poupe. Ses mâchoires battaient convulsivement dans des morsures rapides contre l’hameçon, et il battait le fond du bateau de son long corps plat, de la queue et de la tête, jusqu’aux coups de gourdin sur la tête brillante et dorée qui le laissaient tressaillant, mais inerte.
Le vieux décrocha le poisson, remit un appât sur sa ligne avec une autre sardine et la remit à la traîne. Puis il revint laborieusement à la proue. Il lava sa main gauche et l’essuya sur son pantalon. Puis il passa la grande ligne de sa main droite à sa main gauche et lava sa main droite dans la mer tout en regardant le ciel plonger dans l’océan, et surveillant l’inclinaison de la ligne.
– Elle n’a pas changé du tout, dit-il. Mais suivant le mouvement de l’eau le long de sa main, il remarqua qu’ils avaient encore ralenti.
– Si je laisse les deux avirons à la traîne, ça devrait le ralentir encore pour cette nuit, dit-il. Il est bon pour la nuit et moi aussi.
Ce serait mieux de dépecer le dauphin un peu plus tard, pour que le sang reste dans la viande, pensa-t-il. Je peux faire ça dans un moment, quand je mettrai mes avirons à la traîne. C’est mieux de laisser le poisson tranquille maintenant, et de ne pas trop le déranger au crépuscule. Le coucher du soleil est un moment difficile pour tous les poissons.
Il sécha sa main droite dans l’air du soir, puis assura de nouveau sa prise sur la ligne et s’arrangea comme il put, se débrouillant pour s’allonger contre le plat-bord pour que le bateau ait sa part de la traction, et partage avec lui.
J’apprends comment le faire, pensa-t-il. Enfin, cette partie-là. Puis se souvint qu’il n’avait rien mangé depuis qu’il avait pêché ce thon gardé comme appât, et qu’il avait besoin de se nourrir. J’ai mangé le thon en entier, demain je mangerai le dauphin. Il l’appelait dorado. Peut-être que je devrais en manger un morceau quand je le viderai. Ce sera plus difficile à manger que la bonite. Mais ici rien n’est facile.
– Tu vas comment, le poisson, demanda-t-il à voix haute. Moi je me sens bien, ma main gauche va mieux, j’ai de quoi manger pour cette nuit et demain. Tire mon bateau, le poisson.
Il ne sentait pas si bien que cela, la douleur due à la corde en travers de son dos avait dépassé la simple douleur, était devenue un engourdissement dont il se méfiait. Mais j’ai traversé des choses bien pires, pensait-il. Ma main est seulement coupée et la crampe est partie de l’autre. Mes jambes vont bien. Et maintenant j’ai un avantage sur lui dans comment se nourrir.

(…) »

© Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer, traduction François Bon, publie.net, 2012.

3 février 2012

Duch condamné en appel à la prison à perpétuité

Le 20 janvier dernier je vous annonçais ici-même la sortie (version imprimée et numérique) de L’élimination de Rithy Panh (Grasset), récit-témoignage écrit en étroite collaboration durant plus de deux années avec l’écrivain Christophe Bataille ainsi que de son film, Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer. Dans les deux œuvres il revient sur le génocide cambodgien et plus particulièrement sur Kaing Guek Eav surnommé Duch, un homme qui a dirigé pendant quatre ans une prison des maquis khmers rouges, M13, avant de commander de 1975 jusqu’à la débâcle khmère en 1979 un centre, S21, dans lequel il a fait torturer, tuer et disparaître plus de 10.000 personnes. Premier responsable khmer rouge présenté devant les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC), Duch, à la fin de son procès, avait demandé sa remise en liberté. Il avait été condamné à 35 années d’emprisonnement.

La nouvelle vient de tomber. L’ancien khmer rouge vient d’être condamné en appel à la prison à perpétuité par le tribunal spécial soutenu par les Nations unies, au Cambodge. D’après la dépêche AFP (Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français), la Chambre de la Cour suprême a jugé vendredi que Duch devait être tenu pour responsable de la mort des 14.000 détenus de Tuol Sleng, près de Phnom Penh, sous le régime des Khmers rouges (1975-79). « La peine doit être sévère pour éviter des crimes similaires, sans aucun doute parmi les pires de l’histoire de l’humanité », a déclaré le président de la cour, Kong Srim. La prison de Tuol Sleng, aurait-il ajouté, était une « usine de la mort ».

Jugé coupable en juillet 2010 de meurtre, torture, viol et crimes contre l’humanité, il faut savoir que ce verdict de culpabilité est le seul à avoir été rendu par le tribunal spécial soutenu par les Nations unies depuis sa création en 2005.

ChG


Lire, visionner, aller plus loin :

lire ou relire le billet que je lui avais consacré le 20 janvier 2012
regarder en ligne la vidéo bande-annonce du film de Rithy Panh
télécharger gratuitement au format ePub un extrait de L’élimination
consulter d’autres textes disponibles en numérique sur le sujet

1 février 2012

romans, nouvelles, récits, thriller : une sélection

Les lectures s’accumulent, les billets aussi. Et ils disparaissent trop vite – comme si ce que nous avions découvert, et aimé, et partagé, ne devait durer que quelques jours, le temps que de nouvelles chroniques viennent les remplacer. Pourtant certaines lectures demandent du temps avant d’être digérées, comprises aussi parfois. Et nous aimerions pouvoir les conseiller une fois, deux fois, dix fois mais j’ai bien l’impression que l’effet répétitif pourrait agacer… Pour d’autres textes, nous ne savons pas pourquoi nous sommes soudain poussés par un sentiment d’urgence. Ces billets-là s’écrivent plus vite mais ils disparaissent tout aussi rapidement de la toile que les autres. Dans tous les cas (et il y a tant de textes qui m’ont remués et que je n’ai pas encore chroniqués), ces recommandations-là j’y tiens. Voilà pourquoi (désolé pour l’impression de ‘réchauffé’ et tant mieux si d’autres étaient passés à côté au moment de leur publication) j’ai décidé de lister aujourd’hui les textes chroniqués ces quatre dernières semaines sur ce blog. Ces sera aussi désormais un rendez-vous mensuel via la nouvelle rubrique. J’ai appelé ça Sélections parce que je n’ai jamais trop aimé la notion de Coups de cœur. Disons qu’il s’agit tout simplement de textes qui ont été lus en numérique et qui nous ont à chaque fois, pour une raison bien particulière, touchés (je dis nous parce qu’il y a dans cette liste un recueil admirable qui a été chroniqué par Roxane Lecomte via la rubrique Qui lit quoi ?). Vous trouvez donc là parmi ces dix titres (pour 13 auteurs) des récits, des romans et des recueils de nouvelles d’auteurs francophones et étrangers, un témoignage saisissant sur le génocide cambodgien et un thriller décapant proposé sous la forme d’un roman-feuilleton en six épisodes. Certains de ces auteurs ne sont pas connus ni encore très médiatisés, ils le mériteraient pourtant. À vous de nous dire et bonnes lectures à tou(te)s !

ChG


Romans, nouvelles et récits francophones


L’inquiétude d’être au monde
de Camille de Toledo
court et dense poème en prose, politique et po-éthique
6.30 € la version imprimée, 4.85 € en numérique
éditions Verdier
lire la chronique

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Avez-vous connu l’amour ? & L’ange comme extension de soi
de Karl Dubost
regards sur le monde et sur soi via le Québec, le Japon, la Normandie…
2.99 € en numérique
Numerik:)ivres et publie.net
lire la chronique

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Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur
de Sébastien Ayreault
un roman urbain sur le lirécrire et une balade américaine très noire
illustrations Noémie Barsolle
2.99 € et 0.99 € en numérique
StoryLab, collection Urban stories et One shot
lire la chronique

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L’Ora(n)ge
d’Emilio Sciarrino
recueil de nouvelles lu et chroniqué par Roxane Lecomte
4.49 € en numérique
emue
lire la chronique


Nouvelles et romans étrangers


Meydan | la place
anthologie d’auteurs contemporains turcs n°1
avec Ece Temelkuran, Latife Tekin, Hakan Bıçakçı, Perihan Mağden, Karin Karakaşlı et Ahmet Ümit
traduction Canan Marasligil
3.99 € en numérique
publie.net
lire la chronique

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Amour dans une petite ville
de WANG Anyi
roman sensuel et troublant traduit du chinois par Yvonne André
6.50 € la version imprimée, 4.49 € en numérique
Philippe Piquier
lire la chronique



Thriller


Le Waldgänger
de Jeff Balek
thriller futuriste et fantastique
6 épisodes en numérique
le premier est gratuit, les autres à 0.99 €
Numerik:)ivres, collection 45 min
lire la chronique



Histoire du XXe siècle


 

L’élimination
de Rithy Panh avec Christophe Bataille
témoignage sur le génocide cambodgien et l’Enfer des prisons khmères
19 € la version imprimée, 14.99 € en numérique
Grasset
lire la chronique


Tous ces titres sont disponibles en numérique sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

26 janvier 2012

Camille de Toledo | L’inquiétude d’être au monde

Un samedi après-midi j’entre aux Folies d’encre (librairie à Montreuil). Une couverture attire mon attention (le jaune si reconnaissable des éditions Verdier), le titre aussi : L’inquiétude d’être au monde. Quant à l’auteur, bien qu’on m’en ait souvent parlé, je ne l’ai pas encore lu. Pourtant voilà presque un an que j’ai en tête ce titre Vies pøtentielles (éd. du Seuil, La Librairie du XXIe siècle) mais ce samedi je ressors avec L’inquiétude d’être au monde et le lis deux fois de suite. À ce moment-là je ne sais pas encore qu’il sera disponible en numérique. Je ne l’apprendrai que deux semaines plus tard via un mail du CDE qui diffuse notamment les éditions Verdier. Alors dimanche je l’ai relu et hier encore une fois, dans l’idée de partager mes impressions et de tenter de dire à quel point il est important, me semble-t-il, de le lire. Mais je me rends compte qu’il est difficile pour moi de parvenir à dire pourquoi ce texte me trouble, pourquoi cette voix me parle, pourquoi j’y pense souvent. Sans doute parce qu’elle parle de nous. Parce qu’elle dit le vertige qui est le nôtre, celui de notre présence au monde, loin du think pink et du glamour. Cette voix, belle et tragique, est pour moi celle d’un coryphée, le chef de chœur d’un groupe né au XXe siècle sur les ruines de deux guerres mondiales, de dizaines de massacres, de tentatives d’épuration, d’extermination… et qui a abordé avec crainte ce siècle déjà plus si neuf, un siècle secoué par des conflits armés, des catastrophes naturelles et encore des massacres, un siècle qui serait en quelque sorte le rejeton atrophié du précédent, encore plus mouvementé, toujours moins apaisé, un siècle-monstre (j’utilise à dessein le trait d’union qui a une importance chez Camille de Toledo), un siècle-folie, un siècle-vertige, un siècle-déjà-mort.

 

« Voici ce que je nomme : inquiétude.
Veille et terreur qui ne cessent de grandir en nous.
Quiétude que nous espérons,
mais qui nous quitte au fil de l’âge. »


Ce texte de Camille de Toledo est très court, très dense, aussi court que riche et fécond. C’est un chant où le lyrisme est assumé, un texte poétique, fouillé, politique, éthique, po-éthique dit l’auteur dans la vidéo que je reprends à la fin de ce billet, un texte où se mêlent le temps, l’Histoire, la géographie, les langues, la littérature, le cinéma, la philosophie, la politique et l’actualité. Ici la voix pourtant grave envoûte et le rythme haché emporte tout.


« Nous sommes des femmes et
des hommes du vingt-et-unième siècle,
et nous devons, maintenant,
apprendre à vivre entre les langues.
dans l’inquiétude informe, métaphorique
de toute chose. L’effroi au-dessus de nos têtes.
Partout, l’inquiétude.
Le tremblement, là, au bout du jardin,
Et la sonnette du portillon qui annonce encore,
toujours, que le temps des monstres
et des catastrophes n’est pas
derrière nous. »


Les interrogations que l’auteur soulève sont nombreuses. Il y est notamment question de la place de la littérature dans notre monde, du rôle de la technologie, de la place de l’homme dans cette Europe que certains voudraient refermer sur elle-même, hanter, diaboliser, terroriser. Quels rapports entre le massacre de Columbine (États-Unis, 1999) et celui d’Utoya (Norvège, 2011) ? Qu’est-ce qui rapproche ou sépare un père qui attend son enfant, priant en silence, et une mère qui, parce que son enfant n’est plus là où il devait être (sur le manège), pense déjà au pire ? Pourquoi tant d’inquiétude et de terreur ? Pourquoi si peu d’apaisement ? De Pascal à Zweig, de Stig Dagerman à Aimé Césaire, de Walter Benjamin à Pasolini, ce chant va creuser là où « l’inquiétude est entrée (…), dans le corps des choses. » Et face à notre « impossible apaisement/ dont nous portons le souvenir », l’auteur se demande comment éviter de trouver refuge dans la nostalgie – et quelle nostalgie d’ailleurs, celle d’un temps qui aurait été meilleur ? mais de quel pays aurions-nous le regret, nous qui sommes des bâtards (aujourd’hui on dit métis, ça fait plus politiquement correct) ? Il s’insurge aussi contre ceux qui font du commerce avec la consolation (« impossible à rassasier » comme on le sait) et le poète saoule d’ailleurs le Messie quand il vient frapper à sa porte. Reste alors à trouver le « seul endroit sauvage qu’il nous reste » : « l’entre-des-langues ».


« Là, pas de maître-mot, mais un trou,
un vertige, une hésitation.
A nowhere land, une terre sans mot,
sans doute pas même une terre.
Un non-lieu que je nomme u-topos,
où nous pourrions bien apprendre
à penser ; non pas dans la langue de l’autre,
mais dans l’entre, là où nous sommes également muets,
traversés par le même effroi.
Là, justement, où nous devons apprendre à vivre,
dans l’inquiétude de toute chose. »


L’inquiétude d’être au monde de Camille de Toledo, écrit et lu à Lagrasse en août 2011 lors du Banquet du livre et publié depuis par les éditions Verdier, est disponible en librairie dans sa version imprimée (6.30 €) ; quant au fichier ePub (4.85 €), il peut être téléchargé sur ePagine et chez tous les libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG



Camille de Toledo, L’inquiétude d’être au monde
éditions Verdier

20 janvier 2012

L’Enfer Khmer ou comment Rithy Panh écrit et filme son Si c’est un homme

Une fois n’est pas coutume, il sera aujourd’hui question d’un livre mais également d’un film. Et tous les deux sont bien difficiles à conseiller tant ils nous saisissent d’effroi. Le génocide cambodgien et plus particulièrement l’un des responsables de la disparition et de la mort de près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979 au Cambodge sont au cœur de deux monuments récents écrits et réalisés par le cinéaste cambodgien Rithy Panh : Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer (le film) et L’élimination, récit écrit en étroite collaboration durant plus de deux années avec Christophe Bataille.


 

Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer est un documentaire de 90 minutes écrit, monté et réalisé par Rithy Panh à partir de plus de 300 heures de rushes. Là, il laisse la parole à Kaing Guek Eav surnommé Duch, un homme qui a dirigé pendant quatre ans une prison des maquis khmers rouges, M13, avant de commander de 1975 jusqu’à la débâcle khmère en 1979 un centre, S21, dans lequel il a fait torturer, tuer et disparaître plus de 10.000 personnes. Quand j’écris « faire disparaître » je pense au terme « kamtech » qui en cambodgien serait quelque chose comme « détruire puis effacer toute trace ». (« La langue de tuerie est dans ce mot. Qu’il ne reste rien de la vie, et rien de la mort. Que la mort elle-même soit effacée », écrit Rithy Panh.) Cet homme, Duch, « a été le premier responsable khmer rouge présenté devant les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC). À la fin de son procès, Duch a demandé sa remise en liberté. Néanmoins, il a été condamné à 35 années d’emprisonnement. Duch a fait appel. » (texte inscrit au générique).

« C’est un homme de mémoire. Rien ne lui échappe. Il aime la méthode et la doctrine. Il n’a cessé d’affiner la machine de tuerie – et son langage même. (…) Plus tard, Duch me confie : “ Dans le passé, j’ai pensé que j’étais innocent. Maintenant, je ne pense plus ainsi. J’ai été l’otage du régime et l’acteur de ce crime. ” »

Dans le film, les gestes, les silences et les rires de cet homme sont aussi importants et glaçants que ses propos (ne dit-il pas par exemple qu’il estime avoir pleinement rempli sa mission ?) ou sa manière de décrire avec minutie les rouages de cette machine destinée à détruire l’humain. Rithy Panh le laisse s’accuser, se contredire, mentir jusqu’à même réaliser qu’il est devenu « l’instrument de cet homme ». Il n’y a aucune autre intervention de la part du réalisateur sinon après coup lors du montage, sinon des images qu’il incruste à cette voix qui nous remue les entrailles tant elle est posée, calme, moqueuse, manipulatrice, des photos et des films d’archives récoltés depuis des dizaines d’années, sinon des extraits de son documentaire réalisé en 2003 sur ce même centre de torture S 21 et dans lequel il avait filmé la rencontre entre les bourreaux et les victimes et où déjà il laissait beaucoup de place à la parole nue, aux silences et où il demandait « aux « camarades gardiens » de « faire les gestes » – une façon de prolonger la parole ». Alors on repense à tous ces moments où Duch lit à haute voix des slogans de l’Angkar (L’Organisation) qu’il choisit parmi la cinquantaine apportée par Rithy Panh. « À te garder, on ne gagne rien. À t’éliminer, on ne perd rien. », par exemple.

« Je n’ai retenu que deux plans pour filmer Duch : face à la caméra ; et légèrement de biais. Le dispositif est serré. Austère. » (…) Grâce au cinéma, la vérité advient : le montage contre le mensonge. »

Mais ce face à face (on imagine bien) a laissé des traces. Rithy Panh, qui s’est échappé à 15 ans des camps d’extermination khmers et qui depuis 20 ans a choisi l’image et le cinéma (une quinzaine de documentaires et de films déjà) pour s’emparer de la question cambodgienne, et plus particulièrement du régime communiste cambodgien de Pol Pot et des tortures khmères rouges, a cette fois ressenti la nécessité de raconter sa propre histoire, en mots, ce qu’il n’avait pas fait jusque-là, l’image étant essentiellement son mode de communication. Pour ce faire il a demandé à l’écrivain Christophe Bataille de l’aider à remettre de l’ordre dans ses souvenirs (parfois flous) et à trouver à la fois la structure et le ton adéquats. Plus de deux ans de travail… De cette rencontre (confrontation) le livre L’élimination dit alors ce que l’image ne montre pas, ce qu’elle a réveillé en lui comme insomnies, autodestructions, fantômes, blessures, cauchemars… Ainsi le récit fait s’alterner scènes de l’enfance (fuite avec sa famille, disparitions et morts, camps de travail, maladie, nettoyage de la zone des morts, fuite et refuge dans le camp de réfugiés), confrontation avec Duch et errances, doutes, angoisses entre la France et le Cambodge. Dans ce récit on sent bien que Rithy Panh cherche la bonne distance, comme au cinéma, la bonne distance face à celui qui est filmé, raconté, face à ses souvenirs, face à sa quête. Et la plupart du temps ça semble fonctionner. Sauf lorsqu’il se retrouve seul. Ce qui s’ouvre alors devant lui n’est plus que verticalité, précipice, peur du vide et vertige. Je crois que c’est ce double mouvement qui m’a le plus touché parce que Rithy Panh ne cherche jamais à en rajouter, on le sent bien, mais sa souffrance est réelle, pas fabriquée.

« Je n’aime pas le mot « traumatisme » qu’on ne cesse d’utiliser. Aujourd’hui, chaque individu, chaque famille a son traumatisme, petit ou grand. Dans mon cas, c’est un chagrin sans fin ; images ineffaçables, gestes impossibles désormais, silences qui me poursuivent. »

Ces deux œuvres sont ainsi indissociables et complémentaires, artistiquement parlant (procédé cinématographique d’une part et pacte autobiographique de l’autre) mais aussi tout simplement parce qu’elles sont des témoignages essentiels. Si, dans le film, Rithy Panh a enlevé tous les moments où il s’adresse à Duch, dans son livre c’est bien l’inverse qui se passe. Néanmoins on ne peut pas parler de making-of (ce serait beaucoup trop réducteur, trop faible, trop commercial comme terme, voire même insultant). Ce texte en effet n’est pas la simple adaptation du documentaire ou un travail sur les coulisses du film mais il va creuser beaucoup plus loin que là, dans le passé de Rithy Panh mais aussi dans son corps et dans son inconscient. Il parvient à saisir ce qu’il a vécu jusque dans la dépossession de son propre corps.

« Pendant quatre ans, je me suis souvent lavé tout habillé. Accroupi, je renversais sur moi un seau d’eau. Ou j’entrais dans une rivière. Je frottais le tissu, mon cou, mes cheveux, mes chevilles, mes pieds. Je séchais au soleil. Ainsi j’étais propre. Je n’ai jamais utilisé de savon ou de dentifrice. Rien n’était à moi : pas même ma nudité. Si j’ose dire : pas même notre nudité, car je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un corps vivant dénudé. Je ne me souviens pas non plus avoir vu mon visage, sauf dans les reflets de l’eau. Seul un individu a un regard sur son corps, qu’il peut cacher, offrir, partager, blesser, faire jouir. Contrôler les corps, contrôler les esprits : le programme était clair. J’étais sans lieu ; sans visage ; sans nom ; sans famille. J’étais dissous dans la grande tunique noire de l’organisation. »


 

Le documentaire nous secoue notamment parce qu’il nous met face aux propos et à la rhétorique du tortionnaire, on est saisis par son calme et son machiavélisme, par ses tentatives de séduction et de manipulation. Là c’est Rithy Panh qui filme. Il n’a pas besoin d’en dire plus. La force du réalisateur est là, de son film aussi. Mais on ressort de là avec un malaise encore plus profond quand on connaît un peu l’histoire du réalisateur. Je me suis alors dit qu’il lui aura fallu une grande force pour se taire, pour aller au bout de ce film dans lequel il ne souhaitait ni banaliser ni sacraliser le bourreau mais filmer quelqu’un qu’il pouvait « toucher à hauteur d’homme » (« je me tiens à distance humaine. Je veux pouvoir toucher mon sujet. »). Car tel est le parti pris de Rithy Panh dans ses deux œuvres (on n’est pas encore dans le pardon mais dans le souci de justice pour l’instant) : pour lui, Duch a sans doute fait tuer plus de 10.000 personnes à lui tout seul mais il reste avant tout un homme (ni un monstre ni un malade) qu’on doit laisser parler, qui doit être jugé. « Aujourd’hui, je ne cherche pas la vérité mais la parole », écrit-il. Ou encore : « Il est humain à chaque instant : c’est pourquoi il peut être jugé et condamné. » Cette force-là on la ressent également dans son livre sauf que là ce ne sont plus des images qui défilent mais des mots, des phrases qu’on reçoit et que, dans L’élimination, ce n’est plus Duch qui parle mais Rithy Panh. Et si cette fois il a ressenti le besoin d’écrire (et non de filmer) son histoire personnelle, nous, lecteurs, nous ne ressortons pas de là indemnes non plus. Ces deux œuvres qui n’en font qu’une nous renvoient très rapidement à d’autres horreurs que le vingtième siècle aura créées, à d’autres monuments artistiques aussi, à d’autres témoignages essentiels. Nous penserons beaucoup à Primo Levi, Charlotte Delbo, Robert Antelme, Elie Wiesel, Vassili Grossman, Claude Lanzmann, Abdourahman Waberi, Jean Hatzfeld, Duong Thu Huong et à tant d’autres encore. Nous serons aussi mal à l’aise, bouleversés et terrifiés. Nous retrouverons cette impression ressentie chez ses prédécesseurs (si je puis dire) et nous serons stupéfaits voire terrifiés : de l’horreur aura jailli une fois encore un objet complexe et fondamental.

« La faim est le premier des crimes de masse. » (…) J’ai aussi été celui qui mange des épluchures. Je me souviens avoir vu, sur d’autres images d’archives, des cochons se promener dans la Bibliothèque nationale de Phnom Penh, vidée par les Khmers rouges. Ils bousculaient des chaises et piétinaient des épluchures. Les cochons remplaçaient les livres. Et nous remplacions les cochons. »

Le récit de Rithy Panh est également celui de ses jeunes années, de son rapport à sa famille, à ses parents (il y a des moments magnifiques là aussi sur « l’avant »), à son pays. Puis, plus on avance plus le récit devient insupportable. L’usage du présent au milieu de bribes racontées au passé rend encore plus fort ce qui est dit. Et ce qui nous accompagne longtemps après avoir terminé le récit c’est cette façon que Rithy Panh a d’aller de l’avant, de dépasser son chagrin et, malgré ce qui s’est passé et qui le hante encore, de croire encore à la vie, au vivant et à l’humain.

« Je voudrais que ces pages soient loin des slogans khmers rouges, loin de la violence. Loin de la révolution. » (…) le travail de recherche, de compréhension, d’explication, qui n’est pas une passion triste : il lutte contre l’élimination. Bien sûr, ce travail n’exhume pas les cadavres. Il ne cherche pas la mauvaise terre ou la cendre. Bien sûr ce travail ne nous repose pas. Ne nous adoucit pas. Mais il nous rend l’humanité, l’intelligence, l’histoire. Parfois la noblesse. Il nous fait vivants. »

Si vous souhaitez aller plus loin avant de voir le film et ensuite de lire ce récit, je vous renvoie à ce texte qui m’a beaucoup touché de Richard Rechtman, directeur d’études à l’EHESS, « Reconstitution de la scène de crime » qu’on peut lire sur le site de la revue de culture contemporaine etudes ainsi qu’à l’entretien croisé entre Rithy Panh et Christophe Bataille sur le site du Monde, c’est époustouflant. Sur la fiche détail du livre numérique vous pourrez également regarder en ligne la vidéo bande annonce du film de Rithy Panh et télécharger gratuitement au format ePub un extrait de L’élimination. Ce récit est disponible dans sa version imprimée chez tous les libraires et en numérique via ePagine sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG


Oeuvres de Rithy Panh citées dans ce billet.

Duch, Le Maître des Forges de l’Enfer, film écrit, réalisé et monté par Rithy Panh (Acacias Films, janvier 2012).
S21, la Machine de mort Khmère rouge, documentaire écrit et réalisé par Rithy Panh (sorti en salle en 2004).
L’élimination, récit de Rithy Panh avec Christophe Bataille (Grasset, janvier 2012), 19 € la version imprimée, 14.99 € en numérique (avec DRM).

23 mai 2011

Lévi-Strauss politique, Alexandre Pajon, Privat

Les éditions Privat viennent d’entrer au catalogue numérique avec deux premiers ebooks, Catholiques et francs-maçons de Paul Pistre et Lévi-Strauss politique d’Alexandre Pajon. C’est à ce dernier titre qu’on s’intéressera aujourd’hui. Par ailleurs, note très importante, le prochain ebook mis en ligne par Privat sera Feux du Perthus, première publication du journal en français d’Alvaro De Orriols (avec l’intégralité de ses dessins) dans lequel il retrace l’histoire de ce chemin de croix qu’a été « La Retirada » (lorsqu’un demi-million de civils et militaires en janvier 1939, craignant la répression du futur régime totalitaire de Franco, ont fui la Catalogne via les Pyrénées pour rejoindre la France), exode qui a signé la faillite de tout un pays mais également celle de l’oeuvre perdue à jamais entre Barcelone et la France de cet écrivain… Ces ebooks sont proposés sans DRM à moins de 8 € (pas de prix annoncé encore pour le journal d’Alvaro De Orriols). Vous pouvez les découvrir et télécharger gratuitement pour chacun d’eux un extrait en ePub sur ePagine.

En s’intéressant à une période peu étudiée de la vie de Claude Lévi-Strauss, sa jeunesse politique au sein de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), Alexandre Pajon tend à démontrer que, bien qu’il ait fait le choix de l’anthropologie, le grand homme n’a, durant toute sa carrière, jamais renié son militantisme ni quitté son engagement politique. Au contraire même, l’auteur nous donne les clés pour relire son parcours, ses actes et ses oeuvres à la lumière de ce premier engagement. Pour ce faire il rappelle d’emblée le discours que Claude Lévi-Strauss a prononcé en 2005 (au moment du débat sur l’identité nationale) où il pointait du doigt les dérives de politiques étatiques : « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les États. On sait quels désastres en résultèrent », disait-il. On connaît en effet les grandes dates de la vie de l’académicien, on a au moins lu Tristes tropiques, on a retraversé le siècle lors des nombreux hommages au moment de sa mort. Mais ici dans cette étude il s’agit surtout des années d’apprentissage dont il sera question ainsi que de la formation d’un esprit et d’un intellectuel hors normes. On le suivra donc quasiment pas à pas, de son enfance au milieu de ses parents artistes à ses premières lectures, de son parcours universitaire (droit, philosophie) jusqu’à son entrée au Collège de France en 1959 en passant par son passage en Belgique où il découvrira Marx, de ses rencontres déterminantes à la tentation d’une carrière politique et jusqu’à son départ pour le Brésil où il dirigera plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie. Bien avant cela, militant au sein de la SFIO il sera chargé d’animer le Groupe d’Études Socialistes avant d’assumer le rôle de Secrétaire Général des Étudiants Socialistes et il sera même tenté de mener une campagne électorale alors qu’il n’a pas 30 ans à l’époque. Des années 30 aux années 50 c’est à la fois le parcours d’un futur grand, le fondateur du structuralisme, qui est retracé ici et au millimètre mais c’est bien entendu également celui d’une période cruciale du XXe siècle, l’entre-deux-guerres d’abord, la seconde guerre mondiale ensuite, l’après-guerre enfin, périodes au cours desquelles Lévi-Strauss sera très marqué par l’impuissance des démocraties européennes face aux régimes fascistes et devra s’exiler aux États-Unis en raison des lois raciales de Vichy avant de revenir en France et de retraverser à nouveau l’Atlantique.

Alexandre Pajon a fait des études d’histoire et de sciences politiques à Toulouse, puis à la Sorbonne et à Sciences-Po Paris. Spécialiste de l’histoire intellectuelle et politique de l’entre-deux-guerres, il a enseigné à Paris avant d’opter pour une carrière dans les relations internationales. Il a publié dans de nombreuses revues françaises et allemandes dont Diogène, Lendemains, Gradhiva, Europe, et a aussi contribué au Dictionnaire des intellectuels français (Le Seuil, 1996). Son dernier ouvrage chroniqué aujourd’hui, Lévi-Strauss politique, est disponible en ePub sur ePagine ; en ePub et en PDF sur Place des libraires numérique.

ChG

10 mai 2011

Au diable vauvert : La collection « à 20 ans » en numérique

Pour les 10 ans du Diable et à l’occasion de la sortie de Jean-Jacques Rousseau à 20 ans, les éditions Au diable vauvert viennent de mettre en ligne en numérique l’ensemble des titres de la collection « à 20 ans » dirigée par Louis-Paul Astraud au prix attractif de 4,99 € (format ePub et sans DRM). Le but de cette collection, dont l’ambition est de donner l’envie de littérature aux élèves des collèges et lycées (véritable outil pédagogique), est de se concentrer sur une période peu étudiée de la vie d’auteurs incontournables : leur jeunesse. « Pour qu’ils deviennent des classiques, il fallait d’abord qu’ils soient des originaux. » : tel est le slogan de cette collection.

Après Colette, Duras, Flaubert, Genet, Hemingway, Proust et Vian, c’est donc au tour du jeune Jean-Jacques Rousseau de faire l’objet d’une biographie inédite. À la veille des commémorations officielles du tricentenaire de sa naissance dès juin 2011 à Genève, en Savoie, à Lyon, Paris et partout en Europe, Claude Mazauric propose de suivre, à travers le récit d’une initiation aventureuse au siècle des Lumières, le roman de formation d’un homme dont la pensée rayonne toujours sur le monde. De son enfance genevoise à son arrivée à Paris en passant par Lyon, l’auteur tente de montrer, à travers ses relations fortes et souvent conflictuelles, à quel moment Jean-Jacques est mort pour laisser place à Rousseau. Il sera ici beaucoup question d’errances, de questionnements, de rivalités, de religion, de passion mais aussi d’opiniâtreté et de force d’âme.

Tous ces portraits « à 20 ans » sont rédigés sous forme de récit vivant mais avec une grande rigueur sur les faits afin de répondre aux attentes du plus grand nombre de lecteurs possibles. Le lecteur grand public pourra se plonger dans les années de jeunesse d’un auteur qu’il apprécie et découvrir comment celles-ci ont imprégné le reste de sa vie et toute son œuvre. Le jeune lecteur, lycéen ou étudiant, trouvera dans ces portraits un intérêt pédagogique, et se projettera dans la vie de l’auteur au même âge que lui, démarche ludique et encourageante. Le lecteur plus averti, fin connaisseur de l’artiste dont il aura choisi de lire le portrait, trouvera quant à lui un intérêt particulier dans l’effet loupe opéré sur la vie de son auteur et les moments clés qui ont présidé à la formation de son caractère.

Pour chacun des titres de cette collection un extrait gratuit peut être téléchargé sur ePagine.

Titres disponibles en numérique :


À signaler aussi qu’Au diable vauvert vient de mettre en ligne trois romans du trentenaire Louis Lanher dont son petit dernier, Trois jours à tuer, un thriller psychologique lancé à 320 km/h comme cette Bugatti ralliant Paris à Marrakech (3000 km en 3 jours) au volant de laquelle un certain Maximillion Cooper a fort à faire avec ses concurrents, la jolie Zoé et les fantômes de son enfance. Comme les précédents ebooks, ceux-ci sont en vente au prix de 4,99 € (en ePub et sans DRM). Un extrait peut également être téléchargé gratuitement sur ePagine.

ChG

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