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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

4 janvier 2014

L’intégrale de la saga de Krondor de Raymond E. Feist : dernier week-end #operationfeist

Dernier week-end : #operationfeist se terminera demain
DIMANCHE 5 JANVIER 2014 juste avant minuit
.

Milady lance une opération qui va ravir les amateurs de littératures de l’imaginaire et va sans doute permettre à de nouveaux lecteurs de découvrir l’un des maîtres de la Fantasy : Raymond E. Feist. La maison d’édition profite en effet de la période approchante des fêtes pour mettre en avant un des classiques incontournables de la Fantasy et un best-seller international : La Saga de Krondor. Cette saga foisonnante pleine de magie, de luttes et de personnages inoubliables, est l’œuvre d’une vie, l’auteur ayant écrit 27 tomes dans 9 séries.

Les éditions exclusives en numérique de La Saga de Krondor de Raymond E. Feist comportent également des couvertures inédites. Chaque série, contenant entre 2 et 4 tomes, sera vendue entre 9.99 € et 14.99 €. Et pour couronner le tout, Milady proposera l’intégrale de la saga de Krondor en un seul livre numérique (27 tomes, l’équivalent de 11.000 pages pour 99.99 €).

Infra, vous trouverez la liste des séries avec les visuels de couverture et les liens vers la librairie ePagine. Si vous souhaitez consulter les 10 références en un coup d’œil, suivez ce lien.

 

L’édition exclusive en numérique de La Saga de Krondor contient les ouvrages suivants :

 

•1 La Guerre de la Faille (4 tomes, 9,99 €)
Magicien, L’Apprenti (2005), Magicien, Le Mage (2005), Silverthorn (2005) et Ténèbres sur Sethanon (2005)
•2 La Trilogie de l’Empire (3 tomes, 9,99 €)
Fille de l’Empire (2011), Pair de l’Empire (2011) et Maîtresse de l’Empire (2011)
3• Le Legs de la Faille (3 tomes, 9,99 €)
Krondor : La Trahison
(2006), Krondor : Les Assassins (2006) et Krondor : La Larme des dieux (2007)

4• L’Entre-deux-guerres (2 tomes, 9,99 €)
Prince de sang (2005) et Le Boucanier du roi (2005)
5• La Guerre des Serpents (4 tomes, 9,99 €)
L’Ombre d’une reine noire (2004), L’Ascension du prince marchand (2004), La Rage d’un roi démon (2005) et Les Fragments d’une couronne brisée (2005)
6• Le Conclave des Ombres (3 tomes, 14,99 €)
Serre du Faucon argenté (2008), Le Roi des renards (2008) et Le Retour du banni (2009)

7• La Guerre des ténèbres (3 tomes, 14,99 €)
Les Faucons de la Nuit (2009), La Dimension des ombres (2010) et La Folie du dieu noir (2011)
8• La Guerre des démons (2 tomes, 14,99 €)
La Légion de la terreur (2011) et La Porte de l’Enfer (2011)
9• La Guerre du Chaos (3 tomes, 14,99 €)
Un royaume assiégé (2012), Une couronne en péril (2013) et La Fin du magicien (2013)

L’intégrale Krondor (9 séries, 27 tomes, 99,99 €)
pour les détails, se référer aux séries et tomes listés supra

20 novembre 2013

L’intégrale de la saga de Krondor de Raymond E. Feist #operationfeist

Milady lance une opération qui va ravir les amateurs de littératures de l’imaginaire et va sans doute permettre à de nouveaux lecteurs de découvrir l’un des maîtres de la Fantasy : Raymond E. Feist. La maison d’édition profite en effet de la période approchante des fêtes pour mettre en avant un des classiques incontournables de la Fantasy et un best-seller international : La Saga de Krondor. Cette saga foisonnante pleine de magie, de luttes et de personnages inoubliables, est l’œuvre d’une vie, l’auteur ayant écrit 27 tomes dans 9 séries. Attention ! comme pour les Intégrales Bragelonne, cette opération a une durée limitée : elle débutera le 22 novembre 2013 et se terminera le 5 janvier 2014.

Les éditions exclusives en numérique de La Saga de Krondor de Raymond E. Feist comportent également des couvertures inédites. Chaque série, contenant entre 2 et 4 tomes, sera vendue entre 9.99 € et 14.99 €. Et pour couronner le tout, Milady proposera l’intégrale de la saga de Krondor en un seul livre numérique (27 tomes, l’équivalent de 11.000 pages pour 99.99 €).

Infra, vous trouverez la liste des séries avec les visuels de couverture et les liens vers la librairie ePagine. Si vous souhaitez consulter les 10 références en un coup d’œil, suivez ce lien.

 

L’édition exclusive en numérique de La Saga de Krondor contient les ouvrages suivants :

 

•1 La Guerre de la Faille (4 tomes, 9,99 €)
Magicien, L’Apprenti (2005), Magicien, Le Mage (2005), Silverthorn (2005) et Ténèbres sur Sethanon (2005)
•2 La Trilogie de l’Empire (3 tomes, 9,99 €)
Fille de l’Empire (2011), Pair de l’Empire (2011) et Maîtresse de l’Empire (2011)
3• Le Legs de la Faille (3 tomes, 9,99 €)
Krondor : La Trahison
(2006), Krondor : Les Assassins (2006) et Krondor : La Larme des dieux (2007)

4• L’Entre-deux-guerres (2 tomes, 9,99 €)
Prince de sang (2005) et Le Boucanier du roi (2005)
5• La Guerre des Serpents (4 tomes, 9,99 €)
L’Ombre d’une reine noire (2004), L’Ascension du prince marchand (2004), La Rage d’un roi démon (2005) et Les Fragments d’une couronne brisée (2005)
6• Le Conclave des Ombres (3 tomes, 14,99 €)
Serre du Faucon argenté (2008), Le Roi des renards (2008) et Le Retour du banni (2009)

7• La Guerre des ténèbres (3 tomes, 14,99 €)
Les Faucons de la Nuit (2009), La Dimension des ombres (2010) et La Folie du dieu noir (2011)
8• La Guerre des démons (2 tomes, 14,99 €)
La Légion de la terreur (2011) et La Porte de l’Enfer (2011)
9• La Guerre du Chaos (3 tomes, 14,99 €)
Un royaume assiégé (2012), Une couronne en péril (2013) et La Fin du magicien (2013)

L’intégrale Krondor (9 séries, 27 tomes, 99,99 €)
pour les détails, se référer aux séries et tomes listés supra

19 septembre 2012

Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy)

Il y a encore quelques mois, Gonçalo M. Tavares faisait partie des auteurs dont j’avais entendu parler (via Enrique Vila-Matas notamment), que j’avais très envie de découvrir mais que je n’avais pas encore lus. Quand en juillet j’ai appris que les éditions Viviane Hamy numériseraient à la rentrée Un voyage en Inde (qui vient de paraître) mais également ses sept autres textes, je me suis dit que c’était le bon moment. Cet été je suis donc parti avec trois d’entre eux et je les ai lus en moins d’une semaine. Et je vais dans les prochaines semaines lire les cinq autres. Autant dire tout de suite que cette œuvre en mouvement est pour moi plus qu’une simple découverte : très vite, Tavares a rejoint les auteurs essentiels, les indispensables, ceux qu’on lit et relit, les Michaux, les Chevillard, les Lobo Antunes, les Tabucchi, les Bolaño, entre autres. Plus que jubilatoires, son écriture, son style et sa pensée sont explosifs. Poésie, roman, philosophie, mythologie, épopée, cet auteur engrange tout, digère et diffuse. Avec mélancolie, avec humour, avec esprit. C’est tout simplement remarquable. Auteur de plusieurs romans et d’une série décalée qu’il construit à l’intérieur d’un quartier imaginaire dans lequel vivent des écrivains et philosophes célèbres (« O Bairro »), cet auteur va très vite devenir incontournable, j’en suis certain ! Pour vous donner un aperçu de son travail, je vous parlerai aujourd’hui de Un voyage en Inde (un roman de 500 pages) et très prochainement de sa série autour du « Quartier ou O Bairro » (les personnages se nommant ici Monsieur Valéry, Monsieur Kraus, Monsieur Walser, Monsieur Brecht ou encore Monsieur Calvino). Tous ces textes sont disponibles en papier mais également en numérique (entre 7.99 € et 16.99 €, sans DRM avec marquage). Pour ceux qui voudraient aller à l’essentiel, à la fin de ce billet (qui est très long, désolé…), vous trouverez quelques extraits ; vous pouvez également télécharger gratuitement les premières pages sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires. Pour visiter le site de l’auteur (en portugais) c’est par ici.

 

Pour écrire Un voyage en Inde, Gonçalo M. Tavares a emprunté à Luís de Camões la forme du poème épique, celle qu’il avait choisie dans Les Lusiades. Ainsi se lira son épopée moderne, en vers libres, un roman qui fera aimer la poésie à tous ceux que le genre rebute (comme Amos Oz il y a quelques années avec Seule la mer) ou qui vous la fera oublier tant la forme est liée à la narration (essayez, vous verrez), une narration qui vient détourner le propos du grand texte fondateur des lettres portugaises écrit au XVIe siècle dans lequel Camões glorifiait le Portugal à travers la découverte de la route maritime des Indes par Vasco de Gama. Découpé en dix chants (1102 strophes en tout), via aphorismes, pensées et maximes, le roman de Tavares (pour qui le récit est comme l’ami « déloyal des faits ») jouera en effet sans cesse avec le récit d’aventures (mélange d’épique et de rocambolesque), avec le conte philosophique et les récits mythologiques mais avec une distanciation et une ironie (un regard tantôt mélancolique tantôt amusé) qui vous rappelleront peut-être certains romans d’Éric Chevillard (Le Vaillant Petit Tailleur ou Les absences du Capitaine Cook, par exemple) ou encore l’univers d’Enrique Vila-Matas (Abrégé d’histoire de la littérature portative, Bartleby et compagnie ou encore Le Mal de Montano).

Le personnage de ce voyage sans cesse repoussé et retardé aurait pu s’appeler Ulysse. En réalité il s’appelle Bloom (comme chez Joyce), un Bloom qui pourrait être le fils volcanique de Voltaire et de Heidegger (un étonnant mélange de candeur et de pessimisme). Il vient d’une famille où la haine fratricide, la vengeance et les assassinats sont légion et se répètent régulièrement. Bloom dit faire un long voyage. Bloom dit quitter Lisbonne pour aller en Inde afin d’essayer de trouver une femme et/ou la sagesse. Bloom dit qu’il cherche le chemin le plus lent (« l’important était de mettre longtemps à arriver là où il voulait arriver »). Bloom dit qu’il fuit. Bloom dit qu’il s’est vengé. Bloom dit qu’il a tué. Bloom dit beaucoup de choses, et parfois même contradictoires. Son voyage durera sept années (2003-2010).

À Londres, Bloom fera la rencontre de trois hommes, de leur père, de Thom C et d’une prostituée, tombera dans un premier traquenard (et quelle rigolade !), il rêvera de Paris avant de s’y rendre, fantasmera sur la parisienne et rencontrera un personnage important, Jean M qui est à la fois une sorte de conseiller, de double, de béquille avec qui philosopher dans la ville des Lumières (on pensera ici au Paradoxe sur le comédien de Diderot), avec qui parler enfance, mémoire, territoire, carte, voyage, fuite, sexualité et sentiments.

Vers la moitié du roman, Bloom n’aura toujours pas posé le pied en Inde (soyez prévenus ! on ment souvent dans cette histoire) ; il aura néanmoins traversé quatre capitales européennes (sans compter Lisbonne) mais on ne saura rien des villes ou si peu. L’essentiel ne sera pas là puisque ce n’est pas à un voyage touristique ou de plaisance qu’on vous invite ici mais à un voyage pour oublier et s’oublier avant de (éventuellement) se trouver, à un voyage intérieur, un voyage où prendre de la hauteur, pour mieux se connaître ou se perdre (qu’est-ce qu’on gagne, qu’est-ce qu’on perd à ce jeu-là ?). Plutôt que des hauts faits, on s’intéressera ici au banal et à la faiblesse humaine (couardise, bêtise, imbécilité, absurdité, méchanceté, bestialité). On donnera sa vision de l’Europe, on parlera du rapport entre les villes, les éléments, la pensée, l’histoire, le corps humains et la mort. On questionnera également beaucoup les notions d’échec et de courage à travers l’expérience de la guerre et de l’oubli de la guerre. On interrogera la mémoire inexacte, l’invention, la naissance du récit (« celui qui se souvient invente : tout commence de nouveau » ou encore « Il est bon/ de méconnaître le passé avec une certaine exactitude/ – ce qui ne va pas sans difficulté, car méconnaître exactement/ correspond à un mélange entre amnésie et capacité à viser juste,/ un mélange entre jardin rectangulaire et catastrophe »). Certaines réflexions, certaines attitudes et une forme de pensée logique poussée à l’extrême (jusqu’à l’absurde) nous rappelleront les personnages de « O Bairro » et Un certain Plume de Henri Michaux. À d’autres moments, lorsque Bloom jugera le monde et les humains, le constat sera souvent pessimiste voire triste mais le tout, vous verrez, sera toujours dit avec panache.

Gonçalo M. Tavares se plaît à brouiller les cartes et s’amuse à confondre les narrateurs. Il n’est pas rare de ne plus savoir qui parle, surtout lorsque Bloom et Jean M s’entretiennent. À ce jeu sur le double via la narration doublé de mises en abîme et de digressions, rajoutez quelques comparaisons entre Anciens et Modernes (à travers la technique et la technologie), des réflexions détonantes sur l’opposition nature/humains, dieux/technologie, sur la perte de la mémoire des conflits, sur la langue, le langage, la poésie et le temps distendu, vous obtiendrez un cocktail vraiment explosif.

Voilà ! Il vous reste tout ça à découvrir, il vous reste aussi à rencontrer Anish et le sage Shankra, il vous reste à appréhender l’Inde de Bloom, à vivre ses (més)aventures. Il vous reste à vous plonger dans Les Lettres à Lucilius de Sénèque (dans une édition ancienne), le théâtre complet de Sophocle (dans une édition rare) et Le Mahâbhârata (dans une vieille édition). Il vous reste l’orgie, le meurtre, la vieille radio du père de Bloom et le retour. Mais comme l’écrit Eduardo Lourenço dans la postface, « il nous est impossible de voyager vers un quelconque paradis (…) tous les voyages sont toujours un retour vers le passé dont nous ne sommes jamais sortis ».

Et maintenant, voici quelques extraits de Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares, roman traduit par Dominique Nédellec et publié chez Viviane Hamy. S’il figure sur la première liste du prix Médicis, il mérite avant tout d’être lu, annoté, partagé, commenté. C’est un grand grand grand texte (pardon pour l’emphase mais elle se fait rare ces temps-ci).

ChG

 

“ Il est des êtres vivants qui partent en voyage
pour aller à la chasse aux événements pour leur existence, comme si les
excitations étaient des papillons énormes,
d’une taille considérable (incapables de fuir à travers le filet).
Et il en est d’autres, comme Bloom, qui, avant même le début du voyage,
sont déjà propriétaires d’une température de citoyen au sang chaud :
passions extrêmes, vengeances, luttes, façons vénéneuses
et saintes de pénétrer dans le paysage.
Bloom disposait de fait d’un inventaire complet de l’existence :
dans son cas, oui, cela avait un sens que l’homme
soit doté de cette faculté à entendre et à voir derrière lui
que l’on appelle mémoire. (Chant II, 113)


L’énergie avec laquelle on se fait écraser n’a pas d’importance,
ce qui importe en effet c’est l’énergie qui nous reste
après qu’on nous a écrasés. (Chant III, 75)


Ce qui se passe, c’est qu’un pays ne
se soucie plus de savoir s’il fabrique ou non des poètes.
Et la fabrique elle-même ne tolère pas les rebuts :
toute la matière devra être exploitée,
comme une prostituée habile exploite tous les recoins
de son corps. Les pays ont perdu du style,
ils ont gagné des actionnaires. (Chant IV, 25)


Honte de l’art : localisé, comme n’importe quel point
mesquin d’une carte. Aucun artiste n’est
célébré dans le monde entier,
depuis l’Europe jusqu’en Asie, si ce n’est le banquier
qui s’occupe de l’œuvre d’art la plus simple
et la plus ancienne. (Chant VII, 50)


Bonne mémoire ne vaut pas sincérité et
les plus grandes canailles n’oublient
jamais de s’effacer devant les demoiselles
au moment de franchir une porte. (Chant VIII, 82)


Je veux d’abord arriver en Inde intérieurement,
pensait Bloom, en construisant l’oubli
de ma vie antérieure comme on construit patiemment un édifice.
L’oubli est une faculté de l’esprit
perfectible comme toutes les autres
(comme son contraire, par exemple, la mémoire).
Cependant, Bloom chercha des livres avec des exercices
pour apprendre à oublier, mais n’en trouva aucun ;
il chercha beaucoup. (Chant V, 69)
 ”

12 mai 2011

La rivière noire, Arnaldur Indridason, Métailié

Toute la série « Erlendur » d’Arnaldur Indridason (éditions Métailié) traduite en français est disponible depuis quelques semaines en numérique, notamment sur ePagine, Place des libraires numérique et les sites des libraires partenaires. Si Chaque enquête est vendue 15 euros (sans DRM), ePagine, pour vous faire une idée, vous propose de télécharger gratuitement un extrait en ePub. Aujourd’hui, lecture de La rivière noire (où exceptionnellement Erlendur est en goguette et remplacé par son adjointe, Elinborg) suivie d’un court extrait du premier chapitre que je dois à Lise Belperron chez Métailié et que je remercie pour sa gentillesse et sa pugnacité. Très prochainement un dossier thématique sera également mis en ligne sur ePagine avec un extrait de chacun des sept romans. Pour mieux connaître l’Islande et notamment ses auteurs, n’hésitez pas à consulter Chemins d’Islande, site d’Aurore Guilhamet exclusivement consacré à ce pays ; vous y trouverez là une interview d’Indridason réalisée en février 2008 à Paris (propos recueillis par Claudine Despax) mais aussi des pages entières sur l’art et la littérature, Reykjavík ou la langue ainsi que des dossiers très complets sur le polar islandais, le réalisme magique ou encore la crise de 2008.

Je n’avais pas encore lu d’auteurs islandais contemporains. Impossible pourtant de ne pas croiser le nom d’Indridason depuis que la littérature scandinave, notamment policière, a envahi tables des libraires et listes des meilleures ventes. Je ne suis jamais allé en Islande non plus et ce que je connais de ce pays est assez convenu : Björk, The Sugarcubes et GusGus (musique), la saga de Hrafnkell et Halldór Laxness (littérature classique), les vikings, la crise économique de 2008, le volcan Eyjafjöll et son nuage de fumée en avril 2010 (Histoire et actualité). Ayant achevé la lecture de La rivière noire puis de La femme en vert et L’Homme du lac, ce qui m’a sauté aux yeux c’est que dans ces textes-là on oscille en permanence entre tradition et modernité — et c’est encore plus flagrant lorsqu’on quitte Reykjavik. Après coup je me dis que lire Indridason, c’est avoir conscience de vivre 24h/24 sur une île de l’Atlantique Nord qui a un nombre d’habitants équivalant à une ville de 300.000 personnes et c’est important je crois de garder ça en tête : écriture insulaire, qui plus est du Grand Nord, dans un petit espace fermé mais ouvert sur le monde, pays de mythes fondateurs mais qui a aussi reçu de nombreuses bases anglaises et américaines durant la deuxième guerre mondiale. Lire Indridason, c’est avancer avec la neige et le froid, utiliser l’unique route nationale qui fait le tour de l’île, prendre un 4×4 pour les routes secondaires ou l’avion, visiter les petits ports de pêche mais aussi les blogs, les salles de sport, les hôpitaux ou les squats, se rendre dans des brasseries traditionnelles ou dans des restaurants à service rapide. Lire Indridason, c’est plonger dans ce mélange entre tradition très forte et encore bien vivante et modernité croissante (occidentalisation, boboisation du vieux quartier de Thingholt renommé Reykjavik 101, changements des habitudes alimentaires, solitude des villes…). La deuxième chose qui m’a frappée dans ces polars psychologiques (assumés) ce sont les personnages (enquêteurs, victimes, assassins…) qui sont tous obsédés par leur passé mais aussi par celui de leur pays : blessures de l’Histoire et de l’enfance, non-dits, secrets… Erlendur, commissaire emblématique et récurrent de cette série, personnage marqué par le passé, par les traces du passé et autres blessures enfouies, en est d’ailleurs un assez bon représentant.

Erlendur est absent de La rivière noire, puisqu’en congés, parti sur les lieux de son enfance. Remplacé par Elinborg, son adjointe, cette histoire est forcément plus féminine que les précédentes ; elle permet aussi à l’auteur de creuser le passé de celle-ci et de la saisir dans son rapport à sa famille (ce qu’on voit dans les autres épisodes à travers Erlendur et ses rapports conflictuels avec son ex-femme et ses deux enfants). Celle-ci sera néanmoins accompagnée par le très impulsif Sigurdur Oli, jeune flic qui doit lui aussi faire face à d’autres questions personnelles (liées, elles, à la paternité). Chez Indridason, en effet, l’histoire personnelle des personnages est aussi importante que l’enquête en cours. Et il arrive très souvent que les deux viennent à se croiser.

Il fallait sans doute une femme pour partir sur les traces de la rivière enfouie et noire, enquête dans laquelle il sera surtout question de viols, de non-dits, de secrets et de leurs désastreuses conséquences. Il fallait une femme pour se mettre dans la peau de celles, fragiles et vulnérables, qui ont subi de telles violences. Il fallait le nez d’une bonne cuisinière, auteur d’un livre de recettes et amatrice de cuisine indienne, pour tenter de retrouver l’assassin. Il fallait une mère de famille prise dans son quotidien (l’enquête d’un côté, ses trois enfants et son fils adoptif de l’autre) pour comprendre les questions des autres mères (comme quoi les insomnies ne sont pas réservées aux seuls personnages masculins…).

La rivière noire est aussi l’histoire d’un arroseur arrosé, celle d’un homme qui abuse sexuellement ses clientes (il travaille pour un opérateur téléphonique), n’hésitant pas à utiliser la drogue du violeur, le Rohypnol, pour arriver à ses fins, mais qui est retrouvé mort chez lui. Victime à la vie très discrète, trop secrète pour être honnête, cet homme avait peu d’amis sauf un certain Edvard… Par ailleurs, les rencontres avec la mère de la victime et les habitants de son village natal au bord de la mer sont édifiantes (ambiance lourde, plus que chargée, chemin vers une certaine rivière noire…). Parallèlement, Elinborg retrouve la trace d’une jeune femme violée avec le Rohypnol qui va participer à l’enquête de manière étrange. Mais il lui faudra se méfier des fausses pistes et des personnages qui n’hésitent pas à jouer à cache-cache avec la police et à s’autoproclamer assassins.

Si vous êtes amateurs d’hémoglobine et de thrillers, sachez que les enquêtes d’Indridason ne sont pas très sanglantes. D’ailleurs, apprenons-nous au détour d’une description de Reykjavik, qu’il y a peu de meurtres dans ce pays et que le taux de criminalité, même dans la capitale islandaise, est assez faible. On n’hésite d’ailleurs pas à mobiliser toute une équipe pour retrouver l’identité d’un corps enterré depuis… plus de soixante ans (La femme en vert). Non, tout se joue ailleurs, chez cet auteur, dans la violence des échanges, en famille, au travail, dans le couple notamment. D’autres questions traversent également ses romans : que deviennent nos enfants quand ils quittent le domicile familial ? Celles-ci sont récurrentes dans plusieurs des polars d’Indridason mais encore plus criantes dans La rivière noire car posées par une mère qui réalise qu’il peut y avoir un gouffre entre ce qu’un ado écrit sur les blogs et ce qu’il tait à la maison. Mais au-delà des ados, nombreux sont les personnages secrets chez cet auteur. Et plus ils sont secrets plus ils s’exposent et exposent leurs proches. Enfin, il sera également parfois question de la vengeance, question politique et judiciaire qui ne cesse de faire débat.

ChG

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Extrait du premier chapitre de La rivière noire

Il enfila un jeans noir, une chemise blanche et une veste confortable, mit ses chaussures les plus élégantes, achetées trois ans plus tôt, et réfléchit aux lieux de distraction que l’une de ces femmes avait évoqués.
Il se prépara deux cocktails assez forts qu’il but devant la télévision en attendant le moment adéquat pour descendre en ville. Il ne voulait pas sortir trop tôt. S’il s’attardait dans les bars encore presque vides, quelqu’un remarquerait sa présence. Il préférait ne pas courir ce risque. Le plus important c’était de se fondre dans la foule, il ne fallait pas que quelqu’un s’interroge ou s’étonne, il devait n’être qu’un client anonyme. Aucun détail de son apparence ne devait le rendre mémorable ; il voulait éviter de se distinguer des autres. Si, par le plus grand des hasards, on lui posait ensuite des questions, il répondrait simplement qu’il avait passé la soirée seul chez lui à regarder la télé. Si tout allait comme prévu, personne ne se rappellerait l’avoir croisé où que ce soit.
Le moment venu, il termina son deuxième verre puis sortit de chez lui, très légèrement éméché. Il habitait à deux pas du centre-ville. Marchant dans la nuit de l’automne, il se dirigea vers le premier bar. La ville grouillait déjà de gens venus chercher leur distraction de fin de semaine. Des files d’attente commençaient à se former devant les établissements les plus en vogue. Les videurs bombaient le torse et les gens les priaient de les laisser entrer. De la musique descendait jusque dans les rues. Les odeurs de cuisine des restaurants se mêlaient à celle de l’alcool qui coulait dans les bars. Certains étaient plus soûls que d’autres. Ceux-là lui donnaient la nausée.
Il entra dans le bar au terme d’une attente plutôt brève. L’endroit ne comptait pas parmi les plus courus, pourtant il aurait été difficile d’y faire entrer ne serait-ce que quelques clients supplémentaires ce soir-là. Cela lui convenait. Il se mit immédiatement à parcourir les lieux du regard à la recherche de jeunes filles ou de jeunes femmes, de préférence n’ayant pas dépassé la trentaine ; évidemment, légèrement alcoolisées. Il ne voulait pas qu’elles soient ivres, mais simplement un peu gaies.
Il s’efforçait de rester discret. Il tapota une fois encore la poche de sa veste afin de vérifier que le produit était bien là. Il l’avait plusieurs fois tâté tandis qu’il marchait et s’était dit qu’il se comportait comme ces cinglés qui se demandent perpétuellement s’ils ont bien fermé leur porte, n’ont pas oublié leurs clefs, sont certains d’avoir éteint la cafetière ou encore n’ont pas laissé la plaque électrique allumée dans la cuisine. Il était en proie à cette obsession dont il se souvenait avoir lu la description dans un magazine féminin à la mode. Le même journal contenait un article sur un autre trouble compulsif dont il souffrait : il se lavait les mains vingt fois par jour.
La plupart des clients buvaient une grande bière. Il en commanda donc également une. Le serveur lui accorda à peine un regard. Il régla en liquide. Il lui était facile de se fondre dans la masse. La clientèle était principalement constituée de gens de son âge, accompagnés d’amis ou de collègues. Le bruit devenait assourdissant quand ils s’efforçaient de couvrir de leurs voix le vacarme criard du rap. Il scruta les lieux et remarqua quelques groupes de copines ainsi que quelques femmes, attablées avec des hommes qui semblaient être leurs maris, mais n’en repéra aucune seule. Il sortit sans même terminer son verre.
Dans le troisième bar, il aperçut une jeune femme qu’il connaissait de vue. Il se dit qu’elle devait être âgée d’une trentaine d’années ; elle avait l’air seule. Elle était assise à une table de l’espace fumeur où se trouvaient d’autres personnes, mais qui n’étaient sûrement pas avec elle. Elle but une margarita et fuma deux cigarettes tandis qu’il la surveillait de loin. Le bar était bondé, mais il semblait bien qu’elle n’était sortie s’amuser avec aucun de ceux qui tentaient d’engager la conversation avec elle. Deux hommes avaient tenté une approche ; elle leur avait répondu non de la tête et ils étaient repartis. Le troisième prétendant se tenait face à elle. Tout portait à croire qu’il n’avait pas l’intention de s’en laisser conter.
C’était une brune au visage plutôt fin, même si elle était un peu ronde ; ses épaules étaient recouvertes d’un joli châle, elle portait une jupe qui l’habillait avec goût ainsi qu’un t-shirt de couleur claire sur lequel on lisait l’inscription “San Francisco” : une minuscule fleur dépassait du F.
Elle parvint à éconduire l’importun. Il eut l’impression que l’homme éructait quelque chose à la face de la jeune femme. Il la laissa se remettre et attendit un moment avant de s’avancer.
– Vous y êtes déjà allée ? demanda-t-il.
La brune leva les yeux. Elle ne parvenait pas vraiment à se souvenir où elle l’avait vu.
– À San Francisco, précisa-t-il, son index pointé vers le t-shirt.
Elle baissa les yeux sur sa poitrine.
– Ah, c’est de ça que vous parlez, observa-t-elle.
– C’est une ville merveilleuse. Vous devriez aller y faire un tour, conseilla-t-il.
Elle le dévisagea, se demandant sans doute si elle devait lui ordonner de décamper comme elle l’avait fait avec les autres. Puis, elle sembla se rappeler l’avoir déjà croisé quelque part.
– Il se passe tellement de choses là-bas, à Frisco, il y a de quoi visiter, poursuivit-il.
Elle consentit un sourire.
– Vous ici ? s’étonna-t-elle.
– Eh oui, charmé de vous y voir. Vous êtes seule ?
– Seule ? Oui.
– Sérieusement, pour Frisco, vous devriez vraiment y aller.
– Je sais, j’ai…
Ses mots se perdirent dans le vacarme. Il passa sa main sur la poche de sa veste et se pencha vers elle.
– Le vol est un peu cher, concéda-t-il. Mais, je veux dire… j’y suis allé une fois, c’était superbe. C’est une ville merveilleuse.
Il choisissait ses mots à dessein. Elle leva les yeux vers lui et il s’imagina qu’elle était en train de compter sur les doigts d’une seule main le nombre de jeunes hommes qu’elle avait rencontrés et qui utilisaient des termes comme “merveilleux”.
– Je sais, j’y suis allée.
– Eh bien, me permettez-vous de m’asseoir à vos côtés ?
Elle hésita l’espace d’un instant, puis lui fit une place.
Personne ne leur prêtait une attention particulière dans le bar et ce ne fut pas non plus le cas quand ils en sortirent, une bonne heure plus tard, pour aller chez lui, en empruntant des rues peu fréquentées. À ce moment-là, les effets du produit avaient déjà commencé à se faire sentir. Il lui avait offert une autre margarita. Alors qu’il revenait du comptoir avec la troisième consommation, il avait plongé sa main dans sa poche pour y prendre la drogue qu’il avait versée discrètement dans la boisson. Tout se passait pour le mieux entre eux, il savait qu’elle ne lui poserait aucun problème.

© La rivière noire, Arnaldur Indridason, Métailié

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