Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

18 mars 2013

Les Avenirs d’Hafid Aggoune (édition revue et corrigée) chez StoryLab

Les Avenirs est le premier roman d’Hafid Aggoune pour lequel il a reçu le prix de l’Armitière 2004 et le prix Fénéon 2005. Je me souviens (je travaillais alors à la librairie Les Sandales d’Empédocle à Besançon) l’avoir lu lors de sa parution aux éditions Farrago, maison d’édition qui a cessé son activité en 2006. Et si ce roman m’avait touché (il faisait partie des textes que j’avais largement recommandé), l’annonce de la fermeture de Farrago m’avait rendu très triste. L’auteur, lui, a continué de publier (une fois encore chez Farrago, ensuite chez Denoël et Joël Losfeld, titres non disponibles en numérique). Avec un titre comme celui-là, Les Avenirs ne pouvait pas ne pas renaître. Étant épuisé, l’auteur a récupéré ses droits et a choisi de le reprendre, de le corriger, de proposer cette nouvelle édition à une maison d’édition. Mais parce qu’on est presque dix ans plus tard et parce que nous sommes face à des dizaines d’avenirs possibles, le roman d’Hafid Aggoune paraît cette fois non pas chez un éditeur papier mais en numérique, aux éditions StoryLab.

Récit sur la mémoire individuelle et collective, l’exil, l’absence, les blessures et le retour à la vie, ce roman d’Hafid Aggoune n’a pas perdu de sa vigueur ni de sa troublante sensualité. Les Avenirs est aussi un voyage dans le temps et dans l’histoire, un exercice délicat mais réussi, tantôt d’une lucidité cruelle tantôt poétique voire onirique. Les Avenirs est aussi un roman d’amour doublé d’un roman d’apprentissage inversé où le lecteur suit le narrateur dans sa lente remontée du siècle dernier, jusqu’au choc, jusqu’à la perte. Les Avenirs dresse également le portrait d’un homme qui, par le manque, l’absence et grâce aux souvenirs (même si ceux-ci sont douloureux), a choisi de revivre. Les Avenirs, enfin, est une ode à la création, à la vie.

Le roman d’Hafid Aggoune est disponible sur ePagine au format ePub au prix de 5.99 €. Le fichier est fourni avec un dispositif de protection par filigrane (sans DRM Adobe). Ce procédé permet une lecture sur les différents supports disponibles (liseuses, tablettes, ordinateurs, smartphones) et ne limite pas son utilisation, qui demeure strictement réservée à un usage privé.

Pour en savoir plus sur l’auteur et son roman, visionnez l’interview infra.

Si vous souhaitez consulter ou télécharger Les Avenirs, cliquez ici.

ChG

 

 

Les Avenirs, Hafid Aggoune, StoryLab, 2013, 5.99 €

7 janvier 2013

3 histoires déjantées | Urban Stories Anthologie #1 (StoryLab)

Cet été, les éditions StoryLab avaient proposé une compilation des meilleurs thrillers de la collection One shot dans un seul fichier pour moins de 5 € (lire notre billet) et cette offre découverte avait été un véritable succès pour cette maison d’édition de créations numériques qui publie depuis près de deux ans maintenant des auteurs connus ainsi que des nouveaux talents. En ce début d’année, StoryLab remet le couvert en valorisant une autre de ses collections, Urban stories, qui propose des petits romans ou de longues nouvelles (novela) souvent très cinématographiques et qui allient suspense, action et humour déjanté. J’ai lu plusieurs titres de cette collection et trois d’entre eux m’ont particulièrement saisis, Sous les toits de Sébastien Ayreault (on reparlera très bientôt et ici même de cet auteur), Ava ou l’aigreur de Sébastien Gendron (une rencontre explosive entre un double de Nikita et un type humilié par sa femme, une course-poursuite dans l’Est parisien très efficace et une fin qui vous soufflera) et Fiché coupable d’André Delauré (un huis-clos paranoïaque, saisissant et maîtrisé au cours duquel un flic va user de son petit pouvoir pour faire plier un écrivain qui ne s’attendait pas du tout à être reçu de la sorte au commissariat). Cette collection contient d’autres titres que je n’ai pas encore lus, dont deux figurent dans l’anthologie que vient de mettre en ligne StoryLab. Voilà pour la présentation.

Sachez que vous avez jusqu’au 15 février pour télécharger Urban Stories Anthologie #1 qui vous permettra de découvrir pour moins de 7 € (au lieu de 10 €) trois titres de cette collection, Ava ou l’aigreur de Sébastien Gendron, Les derniers jours de David Carradine de Thibault Lang-Willar et Un clown américain : Le journal imaginaire de Steve O’ d’Aude Walker. Ces titres peuvent néanmoins être téléchargés séparément.

Petits résumés infra et bonnes lectures urbaines !

ChG

 

__________________________________

Sommaire de Urban Stories Anthologie #1

 

Ava ou l’aigreur
Sébastien Gendron

« Ava est une femme forte. Pute, certes, mais forte. S’il y a une chose qu’Ava Yaroslavivna Tymochenko a gardée de son début d’existence, c’est bien le désir profond d’être et de rester la meilleure. » Mais pour être la meilleure, il faut rester en vie, Ava le sait… Et c’est dans une course poursuite à 200 Km/h dans les rues de Paris, le gang Chinois de Tran Jiabao à ses trousses, qu’elle va se retrouver embarquée dans un western urbain de très haute voltige. Adrénaline, action, et suspense assurés !

Les derniers jours de David Carradine (fiction)
Thibault Lang-Willar

Le 4 juin 2009, les médias du monde entier relayaient la mort mystérieuse de David Carradine dans une chambre d’hôtel de Bangkok, alors qu’il participait au tournage du film Stretch. Suicide ? Accident « auto-érotique » ? Le doute subsiste mais a inspiré bien des théories, dont celle de Thibault Lang-Willar qui a imaginé les derniers jours du célèbre acteur de Kung Fu, inoubliable héros de Kill Bill. Avec un humour mordant, l’auteur nous invite à suivre les pérégrinations exubérantes de l’éternel Petit Scarabée en perdition jusqu’à sa tragique fin, pointant du doigt l’absurdité d’une vie dont le besoin de reconnaissance fut le principal écueil. Et si la vérité était ailleurs ?

Un clown américain : Le journal imaginaire de Steve O’
Aude Walker

Stephen Glover était parti pour la vie dorée d’enfant gâté. Il a préféré devenir le clown le plus déjanté de l’Amérique avec Jackass. Mais à force d’enchaîner les conneries en tutoyant la caméra, on peut risquer sa vie… Un texte plein de bruit et de fureur, où Steve O’ raconte son existence de trublion cathodique, au credo aussi radical que lui même : dead or famous.

9 octobre 2012

Grégoire Polet et la rentrée littéraire 100% numérique de StoryLab

L’éditeur numérique StoryLab présente en cette rentrée littéraire quatre textes inédits d’auteurs par ailleurs publiés dans des maisons d’édition traditionnelles : Grégoire Polet (Leurs vie éclatantes et Les ballons d’hélium chez Gallimard), Frédéric Mars (plusieurs thrillers chez Michel Lafon et J’ai lu ainsi que Non stop chez Black Moon), Aymeric Patricot (Gallimard, Flammarion, Leo Scheer) ou encore Sébastien Gendron (Éditions Baleine, Les Petits matins). Certains d’entre eux, comme l’écrivain et traducteur belge Grégoire Polet, ont d’ailleurs obtenu plusieurs prix littéraires ces dernières années. Parallèlement à leurs projets d’écriture plus ambitieux, ces quatre auteurs ont choisi via StoryLab de jouer le jeu du numérique en publiant des textes très narratifs, des nouvelles noires, nerveuses, chorales (selon la sensibilité) aux chapitres courts et adaptés à la lecture nomade. Aujourd’hui, coup de projecteur sur Les bouts de ficelle de Grégoire Polet lu cet été sur tablette et présentation des trois autres textes (non lus à ce jour) par la maison d’édition.

Tous ces titres disponibles uniquement en numérique peuvent être téléchargés sur epagine.fr ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste ici).

 

••

 

Les bouts de ficelle de Grégoire Polet, StoryLab, septembre 2012, 2.99 €, format ePub, marquage sans DRM, disponible sur ePagine

Les bouts de ficelle de Grégoire Polet est un puzzle à assembler patiemment, une longue nouvelle urbaine où une dizaine de personnages vont se croiser sans cesse sans forcément savoir ce qui a priori les relie. D’autres forceront le destin. Petit à petit, l’araignée tisse sa toile, l’auteur nouera des bouts de ficelle (à l’instar du magicien) via une fiction très bien construite dans laquelle la ville de Paris (l’Est parisien surtout et un bar en particulier, Le Verre brisé) se retrouve être l’agitatrice de rencontres et de ruptures. Eh oui… l’amour, le manque, le trop plein et le trop peu d’amour, le désamour et l’anamour sont au centre de cette novela chorale. Ici un vendeur de paquets de Kleenex installé au feu rouge croisera un attaché de presse en scooter qui n’aura d’yeux que pour les chevilles d’Emma, un apprenti prestidigitateur et cleptomane tombera amoureux de celle que personne ne désire, l’écrivain Irwin se verra offrir un prix pour l’ensemble de son œuvre tandis qu’il vivra cet événement comme « un enterrement de première classe, et du vivant de l’auteur », on redécorera le magasin de Pompes funèbres tandis que la « remarquable obèse » et vendeuse de pompes de « Ô talons » attendra le prince charmant. On se bousculera dans Paris une journée durant, on klaxonnera, une portière de voiture sera rayée, la tension montera, on tanguera… Ce roman court est publié dans la collection DécaLab, dirigée par Jean-Baptiste Gendarme, (on en a déjà parlé ici). Pour aller plus loin vous pouvez également lire l’entretien de Grégoire Polet sur Lettres numériques

ChG

 

 ___________________

Autres titres de StoryLab

 

Le livre qui rend dingue
Frédéric Mars
2.99 €, format ePub, marquage sans DRM

« C’est le plus grand best-seller de tous les temps. Le livre raz-de-marée. En quelques semaines, il se vend à des centaines de millions d’exemplaires, le monde entier est subjugué. Mais bientôt d’étranges phénomènes frappent les lecteurs… »

disponible sur ePagine

 

 

L’amour chien
Aymeric Patricot
2.99 €, format ePub, marquage sans DRM

« Elle est élégante et cultivée, il est réfléchi et honnête. Rien ne laissait présager la passion soudaine et envahissante d’Amandine pour les chiens, ni les conséquences que celle-ci allait avoir dans leur vie bien huilée… »

disponible sur ePagine

 

 

Zeus
Sébastien Gendron
0.99 €, format ePub, marquage sans DRM

« Zeus est un tueur-né. Zeus aime le sang, il est violent, il est incontrôlable. Tom, petite frappe du banditisme bordelais, aurait préféré ne jamais croiser sa route… Mais on n’a pas toujours le choix. »

disponible sur ePagine

21 juin 2012

L’été sera SHOT avec les mini thrillers de Jabre, Ayreault, Modat & Le Forestier (StoryLab éditions)

Le premier titre de la collection ONE SHOT a été publié par la maison d’édition 100 % numérique StoryLab il y a un peu plus d’un an maintenant. C’était en mai 2011 exactement. Et ce lancement n’est pas passé inaperçu, loin de là, puisqu’à peine mise en ligne, la nouvelle déjantée et alcoolisée d’Elias Jabre, Absolut barbarian trip, faisait déjà partie des titres les plus téléchargés toutes plateformes confondues. Deux autres mini thrillers de ce même auteur ont paru depuis, avec le même succès (nous nous étions d’ailleurs entretenus avec Elias Jabre ici-même) mais également des textes d’autres jeunes auteurs. Des traversées ou des plongées, souvent urbaines, et au bout de la rue ou de la route, des morts qui se ramassent à la pelle.

 

 

J’aime beaucoup cette collection qui se joue des genres littéraires. Si toutes ces nouvelles plaisent aux lecteurs de nouvelles noires et de mini thrillers, elle est aussi très suivie par les lecteurs qui aiment avant tout les styles très marqués, l’humour noir et le regard que ces textes portent sur le monde actuel (il est souvent question de la rue, de dérives sentimentales et de notre rapport à la consommation ou au travail). Si ces histoires tiennent toutes debout (pas comme les personnages qui, eux, tombent comme les cordes du ciel parisien depuis deux mois), ce sont les écritures serrées, nerveuses et incarnées ainsi que l’humour noir, qui donnent à cette collection une couleur particulière. En cela je trouve que ces quatre auteurs renouvellent à leur manière la nouvelle à la française, jouant avec les codes des séries TV, des meilleurs romans de Fante ou de Bukowski et des films des frères Coen ou de David Fincher. Avec One shot, on peut vraiment dire que ça pince, que ça mord, que ça rit jaune. Décapantes, noires et saignantes, ces nouvelles d’Elias Jabre, de Sébastien Ayreault et, tout dernièrement, d’Éric Le Forestier et d’Arnaud Modat, vous l’aurez compris, sont à lire et à faire lire.

Les One shot sont habituellement proposés chacun à 0.99 € et sans DRM. Face au succès de cette collection, StoryLab a décidé de proposer pour l’été une compilation (on dit « coffret » aussi) des meilleurs titres de cette série dans un seul fichier à 4,99 €. On l’appellera donc L’intégrale One Shot #1. Jusqu’au 31 août, vous pourrez partir avec six mini thrillers pour moins de 5 €, pas mal non ? Mais attention il paraît qu’on n’en sort pas indemne ! Maintenant place à une petite présentation (je commencerai par ceux que je n’avais pas encore lus ni chroniqués) et en avant la musique !

Pour rappel, ces titres peuvent être téléchargés (au même prix partout) sur toutes les plateformes de vente de livres numériques. Les liens ici renvoient vers ePagine mais vous retrouverez également ces One shot sur les sites des libraires partenaires. Si vous souhaitez tester ces univers et écritures avant d’aller plus loin, sachez que chacune des nouvelles contient un extrait à télécharger gratuitement. Pour cela, rien de plus simple, cliquez sur la/les couverture(s) ou les liens.

ChG

 

Comic Strip, Arnaud Modat
Ici, sur le boulevard Desproges, les tapineurs se font appeler Buster, Coluche ou encore Raymond Devos, les maquereaux sont des clowns, la Cour des miracles (les recalés du Jamel Comedy Club) attend ses clients et ce n’est pas la chtouille qui se refile mais le cynisme. Ici comme ailleurs les frustrations vont bon train mais Arnaud Madat a remplacé les histoires de passes à la sauvette par des crises de rire bon marché. Mais, parce que c’est un One shot, il y a des chances que tout cela finisse dans un grand cimetière… Cet auteur est une découverte pour moi. Et j’irais bien voir qui il a pu sacrifier dans sa fée Amphète (un recueil de nouvelles qui vient également d’être mis en ligne par les éditions Quadrature).

Cinquante balles pour la peau, Éric Le Forestier
Drôle de nouvelle que Cinquante balles dans la peau mais pas drôle. Et quel style incisif, efficace, impeccable que celui d’Eric Le Frorestier que je découvre également ! On m’avait dit, tu verras c’est une sorte de Fight club à la française et on ne s’était pas trompé. C’est dur, très dur, très violent, et sans jamais trop en faire ni trop en dire, l’auteur dégomme en passant un certain nombre des vices actuels. Dans cette nouvelle urbaine, noire et rouge, l’auteur confronte le monde des SDF à celui des paris ignobles : un type à la rue se fait payer trois fois rien pour être tabassé par des femmes sapées SM dans un bois. Ça commence comme ça puis ça va plus loin et ça dérape…

Le cri de l’oiseau moqueur, Sébastien Ayreault
Le cri de l’oiseau moqueur se lit en moins d’une demi-heure. On retrouve ici la même ambiance, la même auto-dérision, le même univers, noir, glauque et attachant, que dans Sous les toits (du même auteur), via un récit polyphonique sur fond de fin du monde, une structure narrative plus éclatée et une virée à travers les USA en compagnie de déjantés de première. En la terminant je me suis dit que les frères Coen devraient adapter cette nouvelle. (extrait de notre chronique consacrée à cette nouvelle et au roman urbain de Sébastien Ayreault, Sous les toits, que je vous conseille toujours et encore).

La gaîté démente du poulet triomphant, Elias Jabre
« Devenir riche en une fraction de seconde ? Et si la chance souriait enfin à Greg et Farid, un duo de réalisateurs de clips hip-hop à la recherche du succès, à qui l’on promet une grosse somme d’argent en échange d’un « petit » service ? » (présentation de l’éditeur).

Absolut Barbarian Trip, Elias Jabre
Cette nouvelle d’Elias Jabre semble avoir été écrite à cent à l’heure ; ici, belle descente infernale, le trip (vous le lirez dans tous les sens du terme) vous emmènera sur une île où il fait beau et chaud (ça vous changera peut-être), une île paradisiaque sur laquelle des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles (sex & drugs & rock’n’roll) étaient sans doute trop simples pour être honnêtes…

Un psychopathe et demi, Elias Jabre
Ne soyez pas étonnés si, lisant cette nouvelle construite dans la lenteur et la tension permanentes, vous vous retrouviez soudain à vouloir ouvrir une fenêtre et à chercher un peu d’air… C’est normal car dans ce huis-clos très angoissant, Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante. Pas immorale cette nouvelle mais amorale !

16 avril 2012

Vote et tais-toi par StoryLab

À moins d’une semaine du premier tour des élections présidentielles, un nouveau livre numérique vient de faire son entrée au catalogue numérique. Coédité par StoryLab et Hugo Doc, Vote et tais-toi détaille 12 mesures chocs pour sauver la France de la faillite. Même si la situation de la France est inquiétante, même si le bilan des 5 dernières années est catastrophique, et bien que le constat soit amer, le Parti de la dernière chance (tel est le nom de ce collectif) s’est emparé avec humour (noir, parfois potache) de chacun des thèmes qu’on peut retrouver chez les candidats au trône hexagonal… sauf qu’ici à chaque fois le collectif aura préféré le contrepied (dans la fourmilière). Parmi les 12 mesures en voici trois : « Pour rendre aux Français le goût de l’impôt, faisons de la France un paradis fiscal / Pour une diplomatie qui rapporte, privatisons le Quai d’Orsay / Pour valoriser nos territoires, vendons les au plus offrant ». Et une quatrième (légèrement développée ci-dessous avec un extrait) : « Pour donner un avenir aux jeunes, remplaçons un fonctionnaire sur deux… par un stagiaire ! » On proposera ici à chaque jeune sans emploi un stage obligatoire dans la fonction publique. On donnera quelques exemples de contrats, le C.O.N. (Contrat d’Orientation Nationale), le C.A.R.P.ET. (Contrat d’Apprentissage Rémunéré en Partenariat avec l’ETat) et on découvrira le fabuleux destin de Norbert, stagiaire-pilote en contrat CREVARD à la préfecture de l’Orne.

Inspiré, bien écrit et délicieusement caustique (voir notamment la profession de foi ci-contre ainsi que les images, documents et graphiques illustrant chacune des mesures) Vote et tais-toi devrait être offert aux présidentiables de tout poil. Leur crédo : « L’avenir de la France est trop important pour être confié à des professionnels : il est temps de laisser faire les amateurs ! » Pour découvrir leur site, cliquez ici. Pour télécharger le livre numérique (format ePub, sans DRM, 2.99 €), visitez la page dédiée sur ePagine ou chez l’un des libraires partenaires du réseau. Il est au même prix partout !

ChG


EXTRAIT de la mesure 7 :
Pour donner un avenir aux jeunes, remplaçons un fonctionnaire sur deux…
par un stagiaire !

« LA FACE CACHÉE DE L’EXCEPTION FRANÇAISE : 1 JEUNE SUR 3 RÊVE DE DEVENIR FONCTIONNAIRE

Entassés dans des amphis, confinés dans des chambres de bonne, six millions de futurs collaborateurs attendent leur heure. Toujours jeunes, serviables, pleins d’entrain, respectueux de la hiérarchie, zélés, dociles, prêts à travailler toujours plus et pourtant perpétuellement reconnaissants, les 18-25 ans pourraient devenir les forces vives de l’administration. Cette innovation serait une solution définitive au problème du chômage des moins de 25 ans. Elle comblerait le vide laissé par la suppression du service militaire et le fiasco du « service civique ». Surtout, elle véhiculerait les mêmes valeurs fondamentales : engagement pour la communauté, apprentissage de la discipline et intégration républicaine.
L’organisation de ces stages ne posera pas de grande difficulté. Arrivé à sa majorité, chaque jeune devra se présenter au BRAD (bureau de recrutement administratif départemental) le plus proche. Il y rencontrera un MAC (médiateur d’action civique) qui aura pour mission de définir le calendrier et la nature du stage, en tenant compte de ses attentes et de son projet professionnel. Cette expérience, d’une durée minimale de six mois, devra être accomplie avant l’âge de 25 ans. Elle sera rémunérée au tarif habituel (417,09 euros mensuels). Seuls les titulaires d’un emploi stable en seront dispensés.
L’entretien débouchera sur la signature d’un CON (Contrat d’Orientation National), dans le cadre duquel chaque jeune se verra proposer un des contrats suivants (voir doc. 1).

Document 1 – CARPET, CREVARD, CANCRELAH : plus qu’un métier, un destin. »

© Vote et tais-toi, Le Parti de la dernière chance, StoryLab & Hugo Doc, 2012

1 février 2012

romans, nouvelles, récits, thriller : une sélection

Les lectures s’accumulent, les billets aussi. Et ils disparaissent trop vite – comme si ce que nous avions découvert, et aimé, et partagé, ne devait durer que quelques jours, le temps que de nouvelles chroniques viennent les remplacer. Pourtant certaines lectures demandent du temps avant d’être digérées, comprises aussi parfois. Et nous aimerions pouvoir les conseiller une fois, deux fois, dix fois mais j’ai bien l’impression que l’effet répétitif pourrait agacer… Pour d’autres textes, nous ne savons pas pourquoi nous sommes soudain poussés par un sentiment d’urgence. Ces billets-là s’écrivent plus vite mais ils disparaissent tout aussi rapidement de la toile que les autres. Dans tous les cas (et il y a tant de textes qui m’ont remués et que je n’ai pas encore chroniqués), ces recommandations-là j’y tiens. Voilà pourquoi (désolé pour l’impression de ‘réchauffé’ et tant mieux si d’autres étaient passés à côté au moment de leur publication) j’ai décidé de lister aujourd’hui les textes chroniqués ces quatre dernières semaines sur ce blog. Ces sera aussi désormais un rendez-vous mensuel via la nouvelle rubrique. J’ai appelé ça Sélections parce que je n’ai jamais trop aimé la notion de Coups de cœur. Disons qu’il s’agit tout simplement de textes qui ont été lus en numérique et qui nous ont à chaque fois, pour une raison bien particulière, touchés (je dis nous parce qu’il y a dans cette liste un recueil admirable qui a été chroniqué par Roxane Lecomte via la rubrique Qui lit quoi ?). Vous trouvez donc là parmi ces dix titres (pour 13 auteurs) des récits, des romans et des recueils de nouvelles d’auteurs francophones et étrangers, un témoignage saisissant sur le génocide cambodgien et un thriller décapant proposé sous la forme d’un roman-feuilleton en six épisodes. Certains de ces auteurs ne sont pas connus ni encore très médiatisés, ils le mériteraient pourtant. À vous de nous dire et bonnes lectures à tou(te)s !

ChG


Romans, nouvelles et récits francophones


L’inquiétude d’être au monde
de Camille de Toledo
court et dense poème en prose, politique et po-éthique
6.30 € la version imprimée, 4.85 € en numérique
éditions Verdier
lire la chronique

_______________________________

Avez-vous connu l’amour ? & L’ange comme extension de soi
de Karl Dubost
regards sur le monde et sur soi via le Québec, le Japon, la Normandie…
2.99 € en numérique
Numerik:)ivres et publie.net
lire la chronique

__________________________________

Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur
de Sébastien Ayreault
un roman urbain sur le lirécrire et une balade américaine très noire
illustrations Noémie Barsolle
2.99 € et 0.99 € en numérique
StoryLab, collection Urban stories et One shot
lire la chronique

__________________________________

L’Ora(n)ge
d’Emilio Sciarrino
recueil de nouvelles lu et chroniqué par Roxane Lecomte
4.49 € en numérique
emue
lire la chronique


Nouvelles et romans étrangers


Meydan | la place
anthologie d’auteurs contemporains turcs n°1
avec Ece Temelkuran, Latife Tekin, Hakan Bıçakçı, Perihan Mağden, Karin Karakaşlı et Ahmet Ümit
traduction Canan Marasligil
3.99 € en numérique
publie.net
lire la chronique

__________________________________

__________________________________

Amour dans une petite ville
de WANG Anyi
roman sensuel et troublant traduit du chinois par Yvonne André
6.50 € la version imprimée, 4.49 € en numérique
Philippe Piquier
lire la chronique



Thriller


Le Waldgänger
de Jeff Balek
thriller futuriste et fantastique
6 épisodes en numérique
le premier est gratuit, les autres à 0.99 €
Numerik:)ivres, collection 45 min
lire la chronique



Histoire du XXe siècle


 

L’élimination
de Rithy Panh avec Christophe Bataille
témoignage sur le génocide cambodgien et l’Enfer des prisons khmères
19 € la version imprimée, 14.99 € en numérique
Grasset
lire la chronique


Tous ces titres sont disponibles en numérique sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

24 janvier 2012

Sous les toits & Le cri de l’oiseau moqueur | Sébastien Ayreault

Aujourd’hui, découverte d’un auteur : Sébastien Ayreault qui vient de publier coup sur coup un roman et une nouvelle en numérique, Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur, chez StoryLab (les illustrations sont de Noémie Barsolle). Et ça dépote !


© Noémie Barsolle

David Serre est le nom du personnage et le double de Sébastien Ayreault. C’est la deuxième fois qu’il apparaît. Après Dieu vit au-dessus du frigo (Ex-Æquo, novembre 210), il débarque Sous les toits de Paris (StoryLab) et on me dit même qu’un troisième volet lui serait consacré (à Atlanta cette fois ?).

David Serre n’est donc plus un enfant, il a quitté l’Ouest de la France pour Paris avec en tête pas mal d’ambitions et un peu de fric en poche mais très vite dépensé. David Serre s’ennuie un peu, picole beaucoup, mange mal, se masturbe entre une ou deux mésaventures dans son immeuble et quelques poèmes scatologiques griffonnés. Dans ses errances urbaines, David Serre rencontre des types pas si paumés que ça et forcément attachants ainsi que des filles qu’il ne sait (ou ne peut) pas retenir. Car David Serre ne sait pas où il va mais il y va. Et, à partir du moment où il se met à lire Miller, Bukowski, Fante ou encore Calaferte, David Serre se dit qu’il a trouvé sa voie, qu’il sera écrivain ou rien. Je ne sais pas si alignées comme ça ces phrases peuvent donner envie d’aller lire Sous les toits de Sébastien Ayreault. Pourtant cet auteur vaut le détour et son histoire décolle très vite, servie par des phrases qui font mouche, un style direct qui peut rappeler les auteurs cités supra mais sans mimétisme, sans maniérisme (sauf au début peut-être, le temps de s’y coller).

Peu importe l’histoire ici, d’ailleurs je ne la raconterai pas. Ce n’est pas ça qui a retenu mon attention. Que David Serre aille se cogner dans Paris, en banlieue, à Katmandou ou bien qu’il fasse et défasse ses premières armes n’y changera rien. C’est l’écriture qui compte, comme toujours, et le fait que celle-là contienne tout ce que le monde contemporain nous injecte (parfois de plus déstabilisant) m’a plu. Les déplacements ne sont juste là que pour décentrer David Serre et montrer la dispersion ou au contraire le sentiment de claustrophobie qui habitent ce personnage. Car pour moi ce roman de Sébastien Ayreault est avant tout un regard sur notre aujourd’hui, la dérive (avec tentative de s’en sortir et non de revenir à la case départ…) d’un jeune type qui doit traverser Paris + banlieue dans tous les sens pour survivre, une plongée dans l’intérim et la vie en usine ainsi qu’une saignée de la réalité sans cesse déformée par les litres d’alcool descendus. C’est aussi une vision, certes plus trash que ce qu’on nous propose en général en tête de gondoles, sur l’inquiétude d’être vivant et sur l’incertitude d’être soi d’un qui ne calculerait pas, jamais. D’ailleurs, le présent et l’écriture le travaillent tant qu’il est capable d’oublier ceux qui vivent à ses côtés. Oui David Serre est un personnage égoïste, instable, fragile comme tout, et borderline. Le constat est parfois sévère même si l’auteur jamais ne juge ni ne cherche d’excuses ou de justifications à ses actes. On est là, avec lui, au jour le jour, dans sa peau, son corps même, ses gueules de bois et ses descentes… Et si ça file à cent à l’heure c’est bien parce que David Serre vit tout intensément (quand il ne déprime pas) malgré les nombreuses galères et avec le minimum d’entraves. Et parce que David Serre cherche une solution pour gagner sa vie le plus facilement possible afin d’avoir du temps pour écrire. Comme l’usine ne lui permet pas ça, la musique sera peut-être son salut. À vous de lire…

© Noémie Barsolle

Pour ceux qui préfèrent les textes plus courts, les nouvelles, Sébastien Ayreault vient de publier Le cri de l’oiseau moqueur qui se lit en moins d’une demi-heure. On retrouve ici la même ambiance, la même auto-dérision, le même univers, noir, glauque et attachant, que dans Sous les toits, via un récit polyphonique sur fond de fin du monde, une structure narrative plus éclatée et une virée à travers les USA en compagnie de déjantés de première. En la terminant je me suis dit que les frères Coen devraient adapter cette nouvelle.

Pour aller plus loin, Sébastien Ayreault anime également son propre blog et nous permet d’écouter ses dernières chansons. Il a également écrit sur ventscontraires et a proposé un feuilleton sur le site des éditions de l’Abat-Jour. Et maintenant deux extraits. Le premier est issu de Sous les toits et l’autre du Cri de l’oiseau moqueur. Ils sont tous deux accompagnés d’illustrations saignantes de Noémie Barsolle qui a également signé la couverture de Sous les toits.

Ces deux titres sont disponibles chez tous les revendeurs de livres numériques, notamment sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

__________________
Extrait de Sous les toits,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. Urban stories, 2.99€

« L’usine, les jours, les semaines, les mois qui défilent à la pointeuse. Identiques, sans un souffle de vent. Les mêmes blagues, les mêmes histoires de famille, les mêmes gueules dans le fumoir, la même Vierge en pendentif, la même paie. Mes siestes l’après-midi. Luba à l’université. Mes soirées à enregistrer chez Phil. Luba endormie à mon retour. L’alcool, les drogues, les aspirines 1000 vitaminées au réveil. Et puis Le If disparu à jamais.

J’avais fini par ouvrir un blog. J’y publiais les textes de mes chansons, des petites nouvelles, des poèmes, quelques états d’âme. J’avais deux, trois lecteurs. Deux, trois lecteurs qui écrivaient aussi. On s’envoyait des compliments, des commentaires et souvent, je me sentais misérable. Souvent, Cambrasse couchée sur mes genoux, je repensais à mon hamster, rongeant ses barreaux, courant comme un con dans sa roue blanche. J’avais complètement zappé mon histoire avec Laura, mais pas celle avec Agnès. J’avais retrouvé son numéro de téléphone dans l’annuaire. Elle vivait toujours au même endroit. J’avais envie de l’appeler, de lui parler. Minuit à la pendule. Je regardais le téléphone, j’hésitais, et puis je partais à la fenêtre. Une fenêtre pleine nuit. Je rêvassais. J’imaginais une de mes chansons passant à la radio et Agnès, dans sa voiture, qui soudain reconnaissait ma voix. A l’autre bout de l’appartement, à des kilomètres de là, Luba dormait. Luba dormait de plus en plus. J’avais trouvé une boîte d’antidépresseurs planquée dans son sac. Lui en parler, avouer que je fouillais dans ses affaires… Je me taisais. Ce n’était pas nos vies de tous les jours qui s’accordaient mal – on riait, on buvait, on dansait nu sur des musiques débiles – plutôt nos rêves qui grinçaient les uns contre les autres. Luba voulait parcourir le monde et moi le monde, je m’en foutais. Du moins, le monde pouvait attendre. J’étais complètement parti dans cette affaire de chanteur. Je me voyais tout là-haut. Je me voyais number ONE, mal rasé, à la télé, à la radio, sur des affiches dans le métro. Je me voyais partout, causant de tout, donnant mon avis sur tout. Et plus ma découpeuse découpait, séparait et empilait les relevés de banque, plus je délirais. Et ouais, j’allais taper sur des bambous, gagner quelques millions, et sûr putain, sûr que ça m’irait vachement bien.

N’oublie jamais : « Peu importe ce que tu fais. Il y aura toujours des gens pour aimer, d’autres pour détester, et la plupart pour s’en foutre. » »

 

___________________________
Extrait du Cri de l’oiseau moqueur,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. One shot, 0.99€

« J’ai toujours aimé écrire. Des bouts de phrases sur des bouts de papier. Éphémères.
Je n’ai pas su quoi en faire. L’abandonner au bord de la route n’était pas une solution. Pas que j’en avais spécialement quelque chose à foutre qu’il se laisse crever, j’avais surtout la trouille qu’il aille se dénoncer à la police. Et ça, il en était hors de question. Je l’avais payée assez cher ma liberté.
Fin octobre – marre de rouler, marre des motels, marre de fuir – j’ai loué une maison dans le sud de l’Idaho, à Cedar City. C’est de là que j’écris, en ce 20 décembre 2012.
Il fait chaud. Étrangement chaud. Par la fenêtre, je l’aperçois en train de peindre cette cabane en bois. Voilà plusieurs jours qu’il est dessus. C’est pour les oiseaux moqueurs, qu’il dit. En souvenir de Billy. Après ça, il descendra à la rivière, il y restera une bonne heure, et puis il reviendra, s’effondrera devant la télé, et je lui donnerai ses médicaments. Quinze jours qu’on n’a pas baisés. Je crois que c’est le rouge. Il ne me parle plus de la fin du monde. Aucun besoin. Parce que la fin du monde, elle est en lui. Il la porte en lui. Pire qu’un poison. (Hillary, Carnet intime, feuilles déchirées, retrouvés dans un pick-up…)
« 

30 décembre 2011

Elias Jabre lit La tentation du clitoris de Régis Jauffret

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #12 (le dernier rendez-vous de l’année) en compagnie d’Elias Jabre qui nous propose une lecture de La tentation du clitoris de Régis Jauffret. Ce texte, édité par publie.net (0.99€ en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Elias !

 

À la recherche d’un texte court à lire d’une traite, je tente le catalogue Publie.net et tombe sur La tentation du clitoris de Régis Jauffret dans la collection Stigme.99.

Peu attiré par les titres tapageurs, je sais que Jauffret ne va pas m’engluer dans une mélasse porno-transgressive. J’ai lu Autobiographie, et la tension de cette écriture qui porte ce héros abject et dérisoire, enchaînant les liaisons sexuelles avec des femmes plus solitaires les unes que les autres dans un paysage réduit à peau de chagrin, pousse l’effroi à un niveau d’humour qui me fait encore glousser en y repensant. Alors j’achète, et comme prévu, je lis d’une traite.

Bizarre. Je suis content. Content de lire cette nouvelle, et pourtant, il ne reste rien de l’empathie que j’avais pour le héros d’Autobiographie. Le décalage entre son héroïne au destin médiocre (incarnée à la première personne), salariée d’une entreprise à la poursuite vaine du profit, et la voix altière qui la porte avec un style sophistiqué, au lieu de créer une brèche ouvrant sur une autre dimension, me comble aussi peu que cette baiseuse qui peine à jouir.

Je retrouve pourtant Autobiographie avec quelques déplacements. Une sorte d’accumulation insatisfaite, le même affect obsessionnel qui traverse de bout en bout le récit. Et dans ma tête, ça ne marche pas.

Mais je suis content.

Content, déjà, parce qu’un style est suffisamment rare pour se sentir transporté et reconnaissant. Ensuite, parce que cette revendication portée par l’héroïne qui s’est appropriée le discours des droits de l’homme pour exiger l’orgasme comme un devoir de la société envers son corps, évite l’écueil que je redoutais au départ. Le sexe transgressif dans une ère de consommation qui en est saturé.

Au contraire, dans ce monde de chiffres et d’ordinateurs, l’héroïne ne peut vivre sa sexualité que dans une tiédeur inguérissable, ce qui a au moins l’effet de la faire enrager. Cette nostalgie de l’orgasme transformé en mythe ancien se transforme en manifeste politique naïf et tendre. Elle semble chercher l’orgasme comme on cherche Dieu. Mais ce dernier a été remplacé par la morne frénésie du Retour sur investissement. Au lieu de la bonne vieille dépense improductive chère à Bataille.

Mais Jauffret n’arrive pas à nous faire ressentir cette baisse de désir si bien inoculée par Houellebecq grâce à la platitude de son écriture qui coïncide merveilleusement avec la société dans laquelle nous pataugeons.

Pourtant, s’il faut choisir la fin du monde, je préfère le nihilisme vivifiant de Jauffret avec son style aristocratique plutôt que Houellebecq, le dépressif indolent. Alors, pourquoi cette rage qui éclate comme un pétard mouillé ? La menace qui pèse sur les humains ne génère-t-elle pas également une angoisse nouvelle, où jouissance et apocalypse coexisteraient au profit d’orgasmes meurtriers ?

La perte de soi dans l’extase, Bataille l’a explorée, et Jauffret n’a peut-être pas voulu marcher sur ses plates-bandes. Ou bien, souffrons-nous d’un mal plus profond qui a rendu cette perte moins poignante et donc, voluptueuse ? Pour pouvoir se perdre, encore faut-il se posséder. Et nous serions désormais tellement rabotés, encagés dans nos mouvements… que reste-t-il à perdre ? Pour Jauffret, rien d’assez valable pour créer la tension salutaire. D’où cette femme qui n’atteint plus l’orgasme, avec les hommes, les femmes, à plusieurs, ou même toute seule.

Au-delà des souverainetés perdues, qu’il s’agisse de Dieu ou de nos Moi décomposés, d’autres agencements aujourd’hui nous construisent, nous rendant de nouveau désirants. En attendant, Jauffret porte le désert d’une société molle qu’il harcèle de sa plume décapante, et à laquelle il est bon qu’il n’accorde aucun répit.

Elias Jabre

 

Elias Jabre, est auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez l’éditeur 100% numérique, StoryLab, Absolut Barbarian Trip (chroniqué ici par François Prêtre) Un psychopathe et demi (mentionné ) et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin 2011 il a bien voulu répondre à mes questions sur ce blog. Il travaille depuis un an chez ePagine où il est notamment chargé des programmes de recherche et développement.


Régis Jauffret, né à Marseille en 1955, a notamment publié aux éditions Verticales Clémence Picot, Autobiographie, fragments de la vie des gens et Univers univers. Chez Gallimard, Asiles de fous et Microfictions – désormais un des classiques du contemporain. Au Seuil, Sévère et Tibère et Marjorie. Chez publie.net, La tentation du clitoris, Vivre encore, encore et Week-end familial à Clichy-sur-mer (mentionné ici) Son site Internet est en ligne (mais pour l’heure il n’est pas mis à jour).

27 août 2011

Françoise Prêtre lit Elias Jabre

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #2 en compagnie de Françoise Prêtre qui propose une lecture d’Absolut Barbarian Trip d’Elias Jabre, livre numérique proposé par l’éditeur pure playeur StoryLab dans la collection One shot où sont publiées des nouvelles très courtes. Ce texte est disponible sur le site de l’éditeur ainsi que sur tous les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine ou Place des libraires numérique (0,99€ sans DRM).

 

Lire c’est vivre ! des moments, des émotions, des envies… Je ne fais pas partie des « livrophiles », capables d’ingurgiter plusieurs bouquins (ou écrits) par semaine. Je suis de ces lecteurs qui aiment la lecture, en ont besoin, pour grandir et rêver, et déplorent ne pas avoir suffisamment de temps pour vivre ces moments, ces émotions, ces envies ! Alors, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir dans ma boîte mail une invitation à lire une œuvre à condition que celle-ci soit disponible sur ePagine ! Tout à coup, j’avais une bonne raison de quitter mon bon gros bouquin de poche et me tourner pour la première fois (si, si) vers un ouvrage numérique ! (Encore que, j’en lis plein en fait ! Passons !) Ravie de lire le mail chaleureux de qui vous savez, et dont je ne dirai pas le nom, je pars donc faire mon marché dans l’énorme librairie de livres numériques. Après avoir eu quelques déconvenues de formats avec les supports de lecture (un ePub sur mon Mac, ça ne le fait pas), mon choix se tourne finalement vers Absolut Barbarian Trip.

Il y a un mois de cela, je me suis retrouvée autour (du même côté serait plus juste) de la table avec Nicolas Francannet à l’occasion d’une présentation à Futur en Seine. La passion du garçon m’a transportée (c’est fou ce que ces jeunes créateurs ont comme niaque !), et la réaction d’un spectateur dans la salle, vantant les qualités des titres édités par StoryLab, aussi ! Le prix de 0,99 € hyper attractif a fait le reste.

Mon seul support de lecture numérique étant l’iPad, le choix de celui-ci ne s’est donc pas posé en tant que tel ! Confortablement installée dans mon canapé, j’allais enfin pouvoir lire un livre de grande personne, écrite pour les grandes personnes ! Eh bien, côté grandes personnes, je n’ai pas été déçue ! Il faut quand même vous dire pour ceux qui ne l’ont pas lu, que c’est l’histoire de 5 comparses, protagonistes déjantés d’un voyage organisé, des bébés barbarians, qui embarquent à bord d’un Zodiac pour vivre un mois d’éclate totale sur une île paradisiaque. Évidemment y’a un loup ! Mais je n’en dirai pas plus.

Le verbe est incisif, branché, voire chébran ! Le style m’a plu, parce qu’en plus c’est bien écrit. Le rythme est rapide et l’ouvrage se lit en une demi heure. Absolut Barbarian Trip est une nouvelle de quarante pages qui comme comme beaucoup de nouvelles publiées par StoryLab est pensée pour être lue en mobilité. C’est sûr qu’en mode canapé, je me suis retrouvée à la fin du livre en moins de temps qu’il ne faut pour en tomber ! Du coup, je l’ai trouvé trop court ce livre, j’aurais aimé que la fin soit moins précipitée. J’ai ressenti comme une obligation à conclure, alors qu’au fond, il y aurait eu encore plein de choses à écrire. L’expérience que vivent ces vacanciers, franchement trop anisés, court sur 35 pages. 5 pages seulement pour une fin que je trouve finalement frustrante.

Bon, ceci dit ce n’est pas grave, parce que vraiment c’est une bonne nouvelle ! Avoir eu l’idée d’éditer des bouquins à lire en mobilité est génial, mais peut-être pourriez-vous penser au retour M. Nicolas !

 

Cette lecture m’a été envoyée par la pétillante François Prêtre que je remercie vivement. Françoise Prêtre est la créatrice de la maison d’édition jeunesse 100% numérique La Souris Qui Raconte (LSQR pour les intimes) qui propose, via 4 collections, des lectures en ligne (et qui peuvent être téléchargées) pour les enfants de 5 à 12 ans. Lecture innovante, intuitive et sensorielle, ce serait un peu le crédo de cette jeune maison d’édition. Ne s’appuyant sur aucun livre édité, toutes les créations sont originales ; les histoires sont éco-citoyennes et solidaires ; elles contiennent des illustrations animées et interactives de qualité. J’avais eu le plaisir d’interviewer Françoise Prêtre en décembre 2010 et avais également relayé le formidable travail réalisé par deux classes d’une école élémentaire autour histoire, Louise ou la vraie vie, livre numérique également éditée en LSF (Langue des Signes Français).

Elias Jabre, lui, est notamment l’auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez StoryLab, Absolut Barbarian Trip, Un psychopathe et demi et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin dernier il a bien voulu répondre lui aussi à mes questions.

29 juin 2011

Entretien avec Elias Jabre (collection One shot chez StoryLab)

Il y a quelques semaines l’éditeur pure player StoryLab lançait une nouvelle collection d’ebooks (des nouvelles pour moins d’un euro) : « One shot ». Initiateur de ce projet, Elias Jabre (que je croise depuis quelques mois chez ePagine) est également devenu le premier auteur à rejoindre cette nouvelle collection avec deux de ses nouvelles. Après Absolut barbarian trip (fin mai) c’est au tour de Un psychopathe et demi d’être désormais propulsé sur tous les sites de vente en ligne, mobiles ou non. Deux nouvelles donc et deux univers : Absolut barbarian trip semble avoir été écrit à cent à l’heure ; ici le trip (vous le lirez dans tous les sens du terme) vous entraînera dans une descente aux Enfers sur une île où des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles (sex & drugs & rock ‘n’ roll) étaient sans doute trop simples pour être honnêtes… Un psychopathe et demi est en revanche une nouvelle beaucoup plus lente, plus angoissante aussi, quasiment un huis clos. Et ici Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante. Place maintenant à l’entretien auquel Elias a bien voulu participer. Merci à lui.

 

Entretien avec Elias Jabre

 

Avec Absolut barbarian trip et Un psychopathe et demi, StoryLab vient d’inaugurer une nouvelle collection (« One shot ») réservée aux textes très courts, mobilité oblige. Qui a eu l’idée ? L’éditeur ? Toi ?
L’idée de lancer une collection de nouvelles me trottait dans la tête depuis un certain temps. On avait commencé à y réfléchir avec un petit groupe à l’époque où on essayait de monter une maison d’édition papier, et en calculant, publier des nouvelles papier à moins de deux euros, s’avérait injouable d’un point de vue économique. Travaillant également dans l’édition numérique, je savais qu’il y avait une autre carte à jouer. J’ai commencé par aller voir un éditeur traditionnel, mais l’ebook lui semblait trop nébuleux pour se lancer. Un jour, j’ai découvert Storylab et j’ai été fortement séduit par leur positionnement. Ils étaient arrivés aux mêmes conclusions : des textes courts, à prix réduit, pour la mobilité, en numérique. J’ai commencé par envoyer Absolut Barbarian Trip, qui a leur a plu, et quand j’ai rencontré Nicolas Francannet, l’un des fondateurs, je lui ai proposé de pousser leur logique jusqu’au bout : des formats « nouvelles » vendues sur le modèle des tracks de musique à 99 cents.

 

As-tu le projet d’écrire d’autres nouvelles pour cette collection ? Si oui seront-elles ensuite réunies dans un recueil ?
Rien n’est encore défini.

 

J’imagine que la collection est ouverte à d’autres projets d’écriture, à d’autres auteurs confirmés ou débutants. Qui fait la sélection et comment un auteur doit procéder s’il souhaite envoyer un de ses textes ?
Bien sûr, tant que le texte gagne nos faveurs ! La ligne éditoriale, c’est essentiellement deux critères. Le format court, des nouvelles entre 25 000 et 45 000 signes. Et des histoires, sans limite de thème, du thriller à la science-fiction, etc. L’idée que les auteurs développent des univers forts, à l’instar des séries américaines, nous plaît aussi beaucoup. La sélection est faite par le comité de lecture Storylab, et quelques lecteurs donnent également un premier avis. Les manuscrits peuvent être envoyés ici.

 

Tu travailles actuellement à un projet en Recherche et Développement pour ePagine, le livre numérique ne t’est donc pas étranger. Tu pourrais nous en parler un peu ?
Je suis le projet SOLEN, c’est une plate-forme de recherche destinée aux libraires qui associera par contexte des contenus de journaux, de revues et des livres numériques, le but étant de multiplier les croisements pertinents entre différents contenus. Concernant l’ebook, étant donné la facilité à produire un livre aujourd’hui (un ebook mais également un livre papier) à un coût limité, je crois que les éditeurs vont devoir réinvestir de façon ferme leur premier rôle, celui d’accompagner les auteurs, en prenant le temps de travailler leurs textes. Désormais, il va falloir se démarquer encore davantage pour être visible, et l’éditeur reste le principal garant des auteurs publiés. En plus de la production foisonnante où il faut trouver sa place, il y a également les nouveaux prescripteurs qui vous attendent au tournant, des nouvelles formes de critique professionnelle avec des sites comme nonfiction, aux critiques de lecteurs regroupés dans des communautés comme Babelio. De leur côté, les prescripteurs libraires vont sans doute voir leur rôle s’accentuer en même temps que leur métier évoluer. Ils pourraient se mettre à gérer des communautés de lecteurs en ajoutant une coloration plus humaine que la simple relation entre internautes qu’offrent les solutions pure web, sans compter leur expertise et leur relation étroite avec les éditeurs et les auteurs. Plus ancrés dans des pratiques traditionnelles, ils sont à même de créer un nouveau type de lien correspondant à une nouvelle évolution d’internet qui reflue vers le physique, et qui mêle le physique au web, le local au global, le ebook au papier. Par exemple, un libraire, aujourd’hui, est amené à proposer à la communauté de clients de sa librairie (physique et numérique) des contenus ebooks qui n’existent pas en papier, des extraits numériques pour des œuvres à paraître (en papier et numérique), les titres en numérique des livres qui sont épuisés au format papier. Il mêlera de plus en plus des offres papier et numérique à travers de nouvelles relations qu‘il reste encore à inventer, en plus des rencontres libraires avec les auteurs et de toutes les autres activités qu‘il propose déjà et qui vont également évoluer. C’est les outils qu’ePagine construit avec eux pour suivre ce mouvement de fond.

 

Et personnellement tu as quel rapport avec les nouveaux supports de lecture ? As-tu une liseuse, une tablette, lis-tu sur smartphone ? Pratiques-tu les sites, les blogs ? Lesquels ?
J’ai acquis sur le tard un iphone, et peu à peu, à force de lire de la presse, mes mails, et des extraits de nouveautés que je n’avais jamais eu l’idée d’ouvrir en librairie, je me suis fait plus rapidement que je ne pensais à la lecture ebook sur écran LCD. Sans compter des livres du domaine public et gratuits en numériques que je ne pense pas non plus acheter : la vie de Poe par Baudelaire, des nouvelles de Poe que je ne connaissais pas, des aphorismes et poèmes d’Oscar Wilde, etc. Mais je pense que le livre doit rester court, sinon j’ai tendance à revenir au papier. J’avais également obtenu une tablette E Ink d’un précédent travail, et cette fois, il n’y a plus de problème de format. J’ai lu Albertine disparue et la thèse d’un ami de 400 pages (si l’on compte en papier) sans difficulté. En revanche, je ne prenais pas la tablette E Ink avec moi en déplacement, je ne lisais qu‘à la maison. D’une technologie à l’autre, ce ne sont pas les mêmes usages de lectures, les mêmes textes qu’on a envie de lire, etc. Concernant les blogs, j’en fréquente quelques-uns en plus de celui d’ePagine. Par exemple, Le silence qui parle qui fait de belles propositions de textes, des extraits littéraires et critiques, de philo, de danse, de politique, etc.

 

Ton premier roman, Immortalis publié au Masque en 2004 (Prix du roman fantastique du festival de Gérardmer) était un thriller très enlevé où tu jouais beaucoup avec les codes du genre. On sent que tu t’es également amusé pour écrire Absolut barbarian trip qui pourrait être inspiré par des émissions et des jeux de télé-réalité. Est-ce une de tes marques de fabrique ou un hasard ?
Dans Immortalis, il y avait, je crois, comme une volonté de parodie qui traversait l’histoire, l’écriture et les personnages, tout en mêlant de nombreux codes comme les jeux vidéo et le manga, sans compter un jeu de référence constant à d’autres livres par des citations en début de chapitre, sorte de puzzle qui raconte encore une histoire, mais devenue suspecte à force d’insister sur le fait qu’elle est composée de vieilles pièces, tout en restant une histoire avec tout un mélange clinquant. Absolut barbarian trip est pour moi très différent, ou alors ça passe ailleurs. Aucune parodie directe. Il y a, je crois, une plus grande innocence dans ma façon d’écrire. Mon personnage est en plein dans la marmite et moi avec d’une certaine manière, aucune raison qu’on échappe au dehors et de ne pas être plongé dans cet univers qui va s’avérer tout aussi fabuleux qu’effroyable, aussi loin qu’il semble pousser les limites… Plutôt que les jeux de téléréalité, j’ai dû prendre des bouts de souvenirs, soirées étudiantes, voyages dans des similis Club Med, observations de fêtards en vacances, sans compter le springbreak des étudiants américains qui inspirent les écoles de commerce françaises où les fêtes ne sont peut-être pas encore aussi extrêmes, quoique… Nicolas, après avoir lu ma nouvelle, m’a dit : j’ai immédiatement pensé à l’île de Ricard, elle est réservée par les écoles de commerce pour des séminaires « festifs » ! Cette culture qui mêle fête, beuverie et sexe s’est propagée à très grande échelle. Dans mon autre nouvelle qui vient d’être mise en ligne, Un psychopathe et demi, j’essaye de mettre la même sincérité et jubilation dans l‘écriture, une histoire avec un type enfermé dans un espace conjugal menaçant qui ne supporte plus les coordonnées du monde, et où il ne voit pas d’échappatoire. Peut-on vivre dans les coordonnées que nous donne le monde à tel moment ? Comment se manifestent-elles dans les corps de mes personnages impuissants pour les pousser à l’impensable, à l’infamie, qui deviennent des pistes loufoques qu’il ne faut pas hésiter à explorer pour retrouver de la respiration…

 

 

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

24 juin 2011

#EbookFriday, 4e semaine

Déjà vendredi et un nouvel #EbookFriday en vue ! Pour les retardataires ou pour tous ceux qui voudraient connaître la règle du jeu lancée par Numerik:)ivres à la fin du mois de mai, vous pouvez cliquer ici. Ça ne fait pas mal, promis. Pour tout le monde, voici infra la liste des trois titres du jour (dont deux ont été chroniqués sur ce blog), tous piochés par l’éditeur pure player dans son catalogue et qui seront vendus 0,99 € pendant 24 heures sur toutes les plateformes de vente de livres numériques, dont ePagine, Place des libraires numérique et les sites des libraires-partenaires. À cette liste je rajouterai trois autres titres vendus 0.99 € ce vendredi mais également les autres jours de la semaine et publiés par deux autres éditeurs 100% numérique (publie.net via la collection stigme99 et StoryLab via sa collection One shot) ; trois titres, trois textes très différents mais qui tous traversent avec leur souffle propre des bouts de nos vi(ll)es ordinaires avec tension et brutalité.

 

Le Roi silence de Samir Bouhadjadj (recueil de 3 nouvelles chroniqué sur ce blog le 6 juillet 2010) (Numerik:)ivres)
Plongeant dans une première histoire qui laissera sa place à d’autres histoires au gré des événements soudains qui bouleversent souvent la trajectoire de nos vies, j’ai été saisi par cette manière qu’a l’auteur de nous faire traverser ainsi une trentaine d’années en si peu de pages. Et par ces filins à la fois discrets et solides qui relient les pères et les fils en passant par les militaires ou encore les camarades de promotion.

L’édition interdite de Thierry Crouzet (texte chroniqué sur ce blog le 14 mars 2011) (Numerik:)ivres)
Thierry Crouzet a construit son nouvel essai sous la forme d’une liste de 149 propositions, aphorismes et sentences à partir desquels sont venus répondre plusieurs auteurs, journalistes et lecteurs. Il reprend et prolonge ce qu’il défend par ailleurs sur son blog depuis très longtemps : comment Internet est en train de bouleverser la diffusion des textes et de manière plus générale l’édition ?

Tokyo, Québec de Leroy K. May (Numerik:)ivres)
Tokyo, Québec est un road book sans voiture, où le métro fait office de véhicule. À travers 18 chapitres au rythme effréné, Leroy K. May mène le lecteur dans les méandres d’un amour possible seulement dans le rêve, les chambres d’hôtel luxueuses et le sang.

 

Wagon de Jacques Serena (publie.net, stigme99)
Une femme interpelle un homme dans un wagon et les mots cognent en uppercut : « Et moi qui en étais à me dire : tiens, nous voilà un peu seuls, cet homme et moi, dans ce bout de wagon, alors il y a des chances pour que nous nous mettions, lui et moi, à ressentir l’espèce d’entente tacite, ce lien, cette intimité étrange, douce et un peu choquante, qui parfois arrive, dans un bout de wagon, passé une certaine heure. Lui, à savourer une nouvelle journée de travail accomplie, moi, tranquille, prête à regarder un peu par la vitre, à retarder le moment de m’offrir ce plaisir, rouler en regardant par la vitre. Mais voilà. Il faut que je me dise voilà, idiote, ton entente tacite, tu as vu l’œil qu’elle te jette, qu’est-ce que tu croyais. »

Morsure (une grève) de François Bon (publie.net, stigme99)
Tout démarre avec une grève de plus mais cette fois ce sont les camionneurs qui s’y collent et font pression. Sur les autoroutes, dans les stations essence, partout. On ne parle alors plus que de ça. Sauf qu’au milieu de cette activité qui semble s’être arrêtée des figures surgissent, comme autant de portraits : ce sans-abri par exemple ou encore cet ado qui cherche à mettre fin à ses jours dans une ville que nous pourrions connaître. Et qui l’en empêchera ? Et qu’avons-nous fait de notre rêve de ville demande François Bon ?

Un psychopathe et demi d’Elias Jabre (StoryLab)
« Rien de plus délicat que d’annoncer une rupture surtout quand votre partenaire pense vivre le parfait amour. Et si c’était votre jour de chance ? » lit-on sur la fiche de présentation de cette nouvelle. Sauf qu’ici l’auteur joue avec nos nerfs. Construite dans la lenteur et la tension cette nouvelle, quasiment un huis clos, est en effet assez angoissante. Surtout qu’Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante.

 

17 juin 2011

#EbookFriday pour tous

Créé par les utilisateurs de Twitter, le FollowFriday associé à son hashtag (#FollowFriday ou #FF) est, chaque vendredi, un moyen de faire découvrir aux personnes qui vous suivent de nouveaux membres que vous appréciez ou ceux dont vous recommanderiez de suivre les tweets durant le week-end par exemple. Il y a presque un mois maintenant Jean-François Gayrard de Numerik:)ivres, s’inspirant de cette coutume, a lancé l’EbookFriday (#EbookFriday ou #EF sur Twitter). Chaque vendredi jusqu’à minuit sa maison d’édition 100% numérique propose 3 titres de son catalogue à 0,99€ alors que d’ordinaire ils sont vendus entre 1.99 € et 5.99 €. Ces titres (romans, nouvelles, polars…) peuvent être achetés sur tous les sites de vente de livres numériques, notamment sur ePagine, Place des libraires numériques ou via le reader ePagine pour ceux qui liraient avec iPhone ou iPad. La semaine dernière un autre éditeur, publie.net, s’est associé à l’événement via sa collection stigme.99 ; comme pour Numerik:)ivres on ne trouvera ici que de la littérature contemporaine voire hyper-contemporaine à la différence près que cet éditeur pure player a choisi de commercialiser ses titres-là (30 à ce jour) en permanence à 0.99 €. Pour jouer le jeu, aux trois titres de Numerik:)ivres j’en ai choisi aujourd’hui 3 autres de la collection stigme.99 dont je recommande la lecture ainsi que trois titres mis en vente à moins d’un euro (et sans DRM) par d’autres éditeurs du catalogue ePagine. Ainsi on arrive à 9, chiffre du jour ! Je tiens aussi à préciser que cette opération ne vise pas à brader les textes numériques mais permet, grâce aux outils mis à disposition sur le web (merci en passant à immatériel pour la manip !), de faire connaître à la fois de nouveaux acteurs du livre numérique, des éditeurs, des catalogues et surtout des auteurs que vous ne connaitriez peut-être pas encore. Bon EbookFriday à tou(te)s !

 

Sélection Numerik:)ivres du jour

 

Fracture mentale, André Delauré
Charly est un schizophrène. Il enlève des enfants pour les éduquer selon son mode de pensée et cela se passe très mal… Il nous entraîne dans sa dérive ; un suspens intenable écrit par un spécialiste du roman noir. Âmes sensibles, certaines scènes peuvent vous heurter !

 

Zoé Bonhomme (épisode 1, Zoé a trop bu), Lucy Gareth
Zoé Bonhomme est à la recherche de l’âme-soeur. Jeune femme active, urbaine, fêtarde et hyperconnectée, Zoé Bonhomme a un gros problème : lors de sa dernière sortie elle a un peu trop abusé de la vodka au miel et il y a comme un grand voile blanc au matin… À lire au second degré !

 

Reine(s), Astrid Monet
En 5 nouvelles, l’auteure amène ses lecteurs à franchir 5 étapes de la vie d’un couple (Georges et Clara) face à la question de l’engagement en jouant avec plusieurs codes et procédés narratifs.

 

 

Sélection ePagine du jour

 

Cartons, Christine Jeanney, publie.net, coll. stigme.99
On a tous déménagé au moins une fois. On a tous rempli, numéroté, annoté les cartons. On a tous retrouvé, à mesure que les cartons se remplissaient et la maison se vidait, des traces de notre passé récent ou ancien, des histoires qu’on avait pu oublier… L’auteur de Signes cliniques ou de Fichaises, profitant d’un déménagement, a choisi de numéroter et de répertorier à sa manière chacun de ses cartons. Il y en a 50 et ça déménage !

 

Au troisième étage, Sébastien Rongier, publie.net, coll. stigme.99
La voix de l’enfance, d’un enfant. Tenter avec le style et le rythme mais aussi avec la ponctuation de faire sortir la violence rentrée et l’événement. Comme ça par exemple : « La voiture. À l’arrière l’enfant pleure. encore. Des larmes presque sèches. Presque écoulées. Devant, le père conduit. Sans se retourner. Pas même le rétroviseur pour vérifier que le monde s’éteint avec la route. Et la nuit. »

 

Les villes fantômes, Jean Rouaud, publie.net, coll. stigme.99
Ensemble de textes sur la ville que Jean Rouaud avait remis précédemment à Place publique, « revue de réflexion et de débat sur les questions urbaines (…) qui privilégie la raison à l’émotion, la durée à l’éphémère, [qui croise] les savoirs, les regards, les approches [et] permet la confrontation des projets. »

 

Absolut barbarian trip, Elias Jabre, Storylab, coll. One shot
Cette nouvelle écrite à cent à l’heure, ce trip (dans tous les sens du terme), vous entraînera vers une descente aux Enfers sur une île où des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles sont simples : éclatez-vous, ici c’est sex & drugs & rock & roll !

 

Le poids des mots, le choc des reliures, André Marois, Les éditions de la courte échelle
Nouvelle noire extraite du recueil Du cyan plein les mains. Avec un beau sens de la formule et un humour très grinçant, l’auteur nous invite ici à une bataille rangée entre libraires et lecteurs au beau milieu du magasin. Et ça fuse de tous les côtés, bouquins et noms d’oiseaux !

 

Les derniers hommes, Pierre Bordage, Au diable vauvert
Partez en compagnie des aquariotes à la recherche de l’eau potable dans un monde devenu invivable (radiations nucléaires, poisons déversés dans les rivières et les lacs, armes robotisées, animaux fous…). 6 épisodes vous attendant, le 1er est gratuit, les 5 autres sont vendus 0.99 €.

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress