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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

30 décembre 2011

Elias Jabre lit La tentation du clitoris de Régis Jauffret

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #12 (le dernier rendez-vous de l’année) en compagnie d’Elias Jabre qui nous propose une lecture de La tentation du clitoris de Régis Jauffret. Ce texte, édité par publie.net (0.99€ en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Elias !

 

À la recherche d’un texte court à lire d’une traite, je tente le catalogue Publie.net et tombe sur La tentation du clitoris de Régis Jauffret dans la collection Stigme.99.

Peu attiré par les titres tapageurs, je sais que Jauffret ne va pas m’engluer dans une mélasse porno-transgressive. J’ai lu Autobiographie, et la tension de cette écriture qui porte ce héros abject et dérisoire, enchaînant les liaisons sexuelles avec des femmes plus solitaires les unes que les autres dans un paysage réduit à peau de chagrin, pousse l’effroi à un niveau d’humour qui me fait encore glousser en y repensant. Alors j’achète, et comme prévu, je lis d’une traite.

Bizarre. Je suis content. Content de lire cette nouvelle, et pourtant, il ne reste rien de l’empathie que j’avais pour le héros d’Autobiographie. Le décalage entre son héroïne au destin médiocre (incarnée à la première personne), salariée d’une entreprise à la poursuite vaine du profit, et la voix altière qui la porte avec un style sophistiqué, au lieu de créer une brèche ouvrant sur une autre dimension, me comble aussi peu que cette baiseuse qui peine à jouir.

Je retrouve pourtant Autobiographie avec quelques déplacements. Une sorte d’accumulation insatisfaite, le même affect obsessionnel qui traverse de bout en bout le récit. Et dans ma tête, ça ne marche pas.

Mais je suis content.

Content, déjà, parce qu’un style est suffisamment rare pour se sentir transporté et reconnaissant. Ensuite, parce que cette revendication portée par l’héroïne qui s’est appropriée le discours des droits de l’homme pour exiger l’orgasme comme un devoir de la société envers son corps, évite l’écueil que je redoutais au départ. Le sexe transgressif dans une ère de consommation qui en est saturé.

Au contraire, dans ce monde de chiffres et d’ordinateurs, l’héroïne ne peut vivre sa sexualité que dans une tiédeur inguérissable, ce qui a au moins l’effet de la faire enrager. Cette nostalgie de l’orgasme transformé en mythe ancien se transforme en manifeste politique naïf et tendre. Elle semble chercher l’orgasme comme on cherche Dieu. Mais ce dernier a été remplacé par la morne frénésie du Retour sur investissement. Au lieu de la bonne vieille dépense improductive chère à Bataille.

Mais Jauffret n’arrive pas à nous faire ressentir cette baisse de désir si bien inoculée par Houellebecq grâce à la platitude de son écriture qui coïncide merveilleusement avec la société dans laquelle nous pataugeons.

Pourtant, s’il faut choisir la fin du monde, je préfère le nihilisme vivifiant de Jauffret avec son style aristocratique plutôt que Houellebecq, le dépressif indolent. Alors, pourquoi cette rage qui éclate comme un pétard mouillé ? La menace qui pèse sur les humains ne génère-t-elle pas également une angoisse nouvelle, où jouissance et apocalypse coexisteraient au profit d’orgasmes meurtriers ?

La perte de soi dans l’extase, Bataille l’a explorée, et Jauffret n’a peut-être pas voulu marcher sur ses plates-bandes. Ou bien, souffrons-nous d’un mal plus profond qui a rendu cette perte moins poignante et donc, voluptueuse ? Pour pouvoir se perdre, encore faut-il se posséder. Et nous serions désormais tellement rabotés, encagés dans nos mouvements… que reste-t-il à perdre ? Pour Jauffret, rien d’assez valable pour créer la tension salutaire. D’où cette femme qui n’atteint plus l’orgasme, avec les hommes, les femmes, à plusieurs, ou même toute seule.

Au-delà des souverainetés perdues, qu’il s’agisse de Dieu ou de nos Moi décomposés, d’autres agencements aujourd’hui nous construisent, nous rendant de nouveau désirants. En attendant, Jauffret porte le désert d’une société molle qu’il harcèle de sa plume décapante, et à laquelle il est bon qu’il n’accorde aucun répit.

Elias Jabre

 

Elias Jabre, est auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez l’éditeur 100% numérique, StoryLab, Absolut Barbarian Trip (chroniqué ici par François Prêtre) Un psychopathe et demi (mentionné ) et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin 2011 il a bien voulu répondre à mes questions sur ce blog. Il travaille depuis un an chez ePagine où il est notamment chargé des programmes de recherche et développement.


Régis Jauffret, né à Marseille en 1955, a notamment publié aux éditions Verticales Clémence Picot, Autobiographie, fragments de la vie des gens et Univers univers. Chez Gallimard, Asiles de fous et Microfictions – désormais un des classiques du contemporain. Au Seuil, Sévère et Tibère et Marjorie. Chez publie.net, La tentation du clitoris, Vivre encore, encore et Week-end familial à Clichy-sur-mer (mentionné ici) Son site Internet est en ligne (mais pour l’heure il n’est pas mis à jour).

8 juillet 2011

#ebookfriday6

Depuis un mois et demi, chaque vendredi jusqu’à minuit, les éditions Numerik:)ivres proposent de télécharger 3 titres de leur catalogue à 0.99 €. Cette semaine Manihi de Christine Machureau, Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek et Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko sont mis à l’honneur. D’autres éditeurs suggèrent également de télécharger quelques-uns de leurs titres au même prix, notamment publie.net avec la collection stigme99. À découvrir aujourd’hui deux de ces titres qui n’ont pas été encore chroniqués sur ce blog, 10 fois en moyenne de Sarah Cillaire et Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret. Et enfin, mise en avant de la revue de genres, Angle mort dont le troisième numéro (excellent soit dit en passant) vient d’être mis en ligne. Nous avions déjà parlé d’eux, c’était . Comme le prochain #EbookFriday aura lieu dans quatre semaines, c’est aujourd’hui qu’il faut faire le plein de lectures !

Manihi de Christine Machureau, Numerik:)ivres, 0.99 € jusqu’à minuit, 4,99 € ensuite.
Très loin des clichés touristiques aux odeurs de vanille et aux déhanchements de sublimes jeunes filles couvertes et fleurs, ce roman servi par une écriture fluide, simple, mordante mais non dénuée d’humour nous entraîne derrière l’envers du décor de ces îles paradisiaques, dans une réalité brute d’une vie difficile que les popaa (les blancs) ne soupçonnent même pas. Une chronique sociale qui nous immerge dans le quotidien d’une jeune femme maori qui doit se battre pour s’élever, gagner son indépendance et lutter contre la douleur des traditions ancestrales.

Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek, 0.99 € jusqu’à minuit, 2,99 € ensuite.
Au bout de la rue, pas loin de chez vous, il y a des humains qui se débattent avec leur quotidien. Des humains désabusés souvent, déshumanisés parfois, attachants aussi. Et tellement réels. Dans ces quinze textes qui vous emmèneront au bout de la rue, là où le jour peine à pénétrer, entre des murs serrés sur des secrets inavouables, l’auteur, d’un style précis et efficace, noir, sans concession, mais avec un humour un rien cynique, brosse des portraits dans lesquels on pourrait presque se reconnaître. Vous ne regarderez plus les nains de jardin de la même façon, ni les petites vieilles avec leur chihuahua, vous changerez souvent de trottoir en croisant vos voisins, surtout s’ils sont déguisés en gros poussin jaune… Jeff Balek joue avec ses personnages comme le chat avec la souris, mais avec une tendresse évidente, d’une belle écriture qui vous prend sans vous lâcher, même après avoir terminé la lecture. Son écriture n’est pas sans rappeler le polar, elle est rythmée comme un air de blues ou de métal rock, sans rien perdre de sa poésie.

Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko, 0.99 € jusqu’à minuit, 3,99 € ensuite.
Une sorte de huis clos, élargi aux rues d’un village du sud de la France, dans le bleu, le jaune, le vert et le brun des paysages du Lauragais. Un « roman » à sketches, des histoires de voisines, de passantes, où il y a ce qui se voit et ce que l’on cache. Les hirondelles arrivent avec le printemps, mais s’en vont aux premiers froids. La détresse et la misère sont les mêmes, peu importe la saison, et peu importe le lieu… Dans une mégapole, une grande ville, ou un village, les humains que nous sommes regardent passer les « autres » sans vraiment s’en préoccuper. Parfois s’en amuser, comme à une terrasse de café, sur une grande place mondialement connue, ou sur la petite place d’une mairie de province. On sirote un café en se moquant souvent de l’allure des passants. Mais on ne cherche pas à entrer dans leur intimité. Ni à leur tendre la main. Pourtant, cela en aurait peut-être aidé quelques-unes…

10 fois en moyenne de Sarah Cillaire, stigme99, 0.99 €.
« En moyenne, une femme part dix fois avant de partir. Dedans, porter le deuil de grands sentiments toujours en application, les sentir palpiter, faire bruisser les artères, prolonger le moignon. Une morte tous les trois jours, en moyenne. Un mort tous les quinze jours, tiens. Dans trois-quarts de maricides, la femme se défend contre son conjoint. » Avec cet ensemble de textes de Sarah Cillaire pas la peine de vous faire un dessin… On comprend en effet tout de suite de quelle violence il s’agit ici. Mais au-delà des questions abordées, quelle puissance dans le souffle, non ? Et quelle poigne il y a dans ce sujet à la fois tenu distance mais où les mots eux sont tenus serrés serrés ! Entremêlés d’extraits de l’Enéide de Virgile et des Démons de Fédor Dostoïevski, cet ensemble très théâtralisé est à lire et à faire lire au moins à dix personnes. À dix hommes ?

Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret, stigme99, 0.99 €.
Comme le dit François Bon dans sa présentation, avec Jauffret c’est un rire jaune qui se tord, « un rire jaune qu’on entend depuis longtemps dans la littérature, qu’on n’entend pas forcément assez souvent au présent. » Jugez par vous-même : « Chaque vendredi, ma fille et une portion de mes petits, arrières-petits, et arrières-arrières-petits-enfants, arrivent par le vapeur de dix-huit heures dix qui n’en peut mais, tant ma descendance est pléthorique. J’appartiens à une famille catholique qui a toujours lutté contre la régularisation des naissances, et dont les membres n’en sont pas moins lubriques et prompts au coït. À mon âge, je suis excusable de ne pas me souvenir du prénom de chacun d’eux, certains sont du reste quinquagénaires, et de les appeler tous Kévin quel que soit leur sexe. »

Revue Angle mort, 13 titres au catalogue désormais : 10 nouvelles à télécharger gratuitement et 3 numéros complets  (ces nouvelles + les entretiens inédits), 2,99 € chacun.
Parmi les nouvelles découvertes récemment au sommaire du 3e numéro figurent notamment Œuvre vécu d’Athanase Stedelijk, une monographie de Léo Henry, une plongée étourdissante dans le monde de l’art, avec dédoublement, histoire d’amour et un style étourdissant à la clé, et Le jardin des silences de Mélanie Fazi,
tragique histoire d’amants meurtriers sur fond de musique rock avec dédoublement de la narratrice. Grâce aux animateurs de cette revue (grand merci donc !), j’ai découvert là deux voix qui me plaisent beaucoup et que je n’aurais jamais trouvé dans les littératures dites blanches. Pourtant je ne vois pas pourquoi un éditeur traditionnel ne pourrait pas publier ces auteurs-là. Il faudra quand même qu’on m’explique un jour ces histoires de clivages. En tout cas ces deux textes, je les ai pris de plein fouet, leur langue surtout, et c’est ça qui compte pour moi : être déstabilisé. Téléchargez donc ces deux nouvelles, il y a de la qualité dans l’air, vraiment, et si vous êtes convaincus téléchargez le numéro complet pour soutenir ces découvreurs-là !

ChG

1 juillet 2011

nouveau mois, nouvel #EbookFriday

On change de mois mais pas d’habitudes. En effet depuis fin mai, le vendredi c’est #EbookFriday pour tous. Sur ce blog et sur le site ePagine, on réserve de la place à des titres vendus (ce jour-là ou en permanence) autour d’un euro. Pour ceux qui se demanderaient ce que peut bien signifier ce nom barbare, on a d’ailleurs créé une nouvelle catégorie. Comme chaque semaine Numerik:)ivres sort 3 titres de son chapeau en les proposant à 0.99 € (jusqu’à minuit). Demain ils seront plus chers. Cette semaine ils innovent encore avec la mise en ligne de leur premier roman de fantasy, Par-delà l’océan, une histoire de pirates écrite par Nicolas B. Wulf. Pour commémorer le 2e anniversaire de la mort de Michael Jackson, l’éditeur pure player a décidé de remettre en avant Michael, journal d’un fan de Franck Vidiella. On trouvera aussi un recueil de nouvelles de Nicolas Bleusher, Fictions&Confidences, que je n’avais pas lu lors de sa mise en ligne en novembre dernier. C’est chose faite depuis quelques jours. Comme chaque semaine maintenant, j’ai rajouté à cette sélection deux titres de la collection stigme99, Langue de Daniel Bourrion lu deux fois de suite avant-hier tellement c’est bien et Les prunes de Tirana de Michèle Kahn, relu hier avec grand plaisir. Dernier titre mis en avant ici aujourd’hui, Et votre mari ? d’André Marois (éditions la courte échelle), nouvelle plus que grinçante écrite par un auteur que j’ai découvert récemment. Je vous rappelle par ailleurs que d’autres textes seront mis en avant toute la journée sur la table d’accueil d’ePagine et de Place des libraires numérique. Voilà pour ce nouvel #EbookFriday. Et quand vous aurez tout lu, faites un tour par ici : chaque premier vendredi du mois des auteurs et des blogueurs écrivent les uns chez les autres ; on appelle ça les Vases communicants. Bonnes lectures !

 

Par-delà l’océan de Nicolas B. Wulf, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 4.99 € ensuite.
Nickolah Dothiriel porte un lourd héritage : être le fils de Filhip Dothiriel, le Fléau des Dix Océans, l’un des pirates le plus connu et le plus respecté. Las des quolibets dont il est la victime, Nickolah finit par accepter le commandement du navire de son père, la Dalvénia, pour partir à la recherche d’un corsaire à la solde du royaume Hyspan. À ses côtés, des pirates chevronnés, un jeune mousse plein d’entrain, un étranger sorcier vaudou. Effrayé par l’idée d’une mutinerie, inconscient de la magie qui imprègne le monde dans lequel il vit, Nickolah ignore encore jusqu’où le portera son voyage. Car, par-delà l’océan, c’est un héritage bien plus ancien et bien plus étrange qui attend le jeune capitaine (présentation de l’éditeur). Outre cette aventure tout entière dédiée à la piraterie, les heureux possesseurs de tablettes croqueuses de pomme auront la possibilité, grâce à l’ePub optimisé iPad, de découvrir quelques astuces typographiques.

Fictions&Confidences de Nicolas Bleusher, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 3.99 € ensuite.
L’écriture de Nicolas Bleusher est toute délicate. Même lorsqu’il est heurté, voire violenté, par les aléas de la vie (deuils, ruptures amoureuses, fatigues…), il n’empêche qu’il trouve toujours le bon angle et dépasse le cadre du journal ou des confidences pour aller vers la littérature. Élégante en effet cette manière qu’il a de se scanner et de se représenter à la lumière d’événements tristes, décalés ou étonnants ainsi qu’à travers les attitudes, gestes, paroles,…, des autres. Pas toujours tendre avec lui-même, au fil des textes l’auteur gagne son pari me semble-t-il, et son personnage devient de plus en plus attachant. Sensible, jamais revanchard, mais lucide, il nous entraîne dans différents pays qui sont autant de lieux où sont inscrits sa mémoire et ses origines, mais également au cœur de son écriture et de ses fantasmes. Et c’est là sans doute que l’auteur m’a le plus touché, dans ce mélange subtil entre événementiel (coups du sort, coups de sang, coups de coeur…) et quotidien (ce que Georges Perec appelait « le banal, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel »).

Michael, journal d’un fan de Franck Vidiella, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 5.99 € ensuite.
Rappel des faits : le 25 juin 2009, un fan de Michael Jackson apprend le décès de son idole en direct de CNN. Le choc est pour lui d’une puissance inouïe. Deux semaines plus tard, malgré la profonde tristesse qui le ronge, il décide de se rendre à Londres afin de participer à une commémoration organisée par le fan club anglais de la star à la date qui devait marquer le grand retour de MJ sur scène. Mais l’expérience londonienne se transforme rapidement en chemin de croix, la douleur suscitée par l’émotion étant trop forte… Dans ce récit de Franck Vidiella, il est question de la construction des idoles dans nos sociétés, du rapport à la mort et de cette solitude caractéristique de la modernité à laquelle se trouve confronté le fan de MJ. Cet ebook est illustré avec des oeuvres originales de l’artiste espagnol Onésimos Colavidas. (présentation de l’éditeur)

Langue de Daniel Bourrion, publie.net, stigme99, 0.99 €
Qu’est-ce qu’une langue maternelle ? Qu’est-ce que perdre cette langue ? Comment cette langue qu’on nous impose d’oublier ne se perd jamais ? Foutue à la porte par les représentants de la langue officielle, par quelle fenêtre reviendra-t-elle ? Comment viendra-t-elle s’incruster à l’autre langue ? Comment cette langue associée à l’autre langue devient soudain Langue, celle de l’écrivain ? C’est à ce travail-là que s’attelle ici Daniel Bourrion dans un texte aussi dense que fort et que je vous recommande de lire à voix haute. « (…) je suis d’un pays qui n’a peut-être même pas de langue propre, de langue à lui, et moi dedans, avec ma langue désapprise et puis cette autre avalée après que la première ait été perdue, je ne sais plus à force de quelle terre je suis, et puis comment je dois parler, comment je dois écrire, je ne sais même plus, quand je m’en vais ailleurs, derrière d’autres frontières, d’autres traits sur les cartes, marcher sur d’autres terres, je ne sais même plus donc où est vraiment ma langue et si celle que j’aborde lorsque je suis ici ou là n’est pas en fait la mienne, celle dont j’ai si vague connaissance. »

Les prunes de Tirana de Michèle Kahn, publie.net, stigme99, 0.99 €
Deux ans avant l’explosion du rideau de fer, quatre écrivains français sont invités à participer à un colloque sur la littérature classique française, à Tirana, en Albanie. Il y a là trois hommes et une femme (Michèle Kahn elle-même), « élément féminin » qui perturbera les Albanais avant de s’autodésigner chef de la délégation française. Là, tout est ultra réglementé et chaque déplacement surveillé bien évidemment. Pas moyen non plus de savoir si les textes des écrivains français ont été fidèlement traduits… Mais il y a dans ce récit de belles rencontres aussi, des secrets divulgués sur les chemins, des histoires de cigarillos, un projet d’écriture et surtout de la confiture de prunes.

Et votre mari ? d’André Marois, éditions de la courte échelle, 0.90 €
Cette nouvelle noire fait partie du recueil Du cyan plein les mains d’André Marois (auteur chroniqué la semaine dernière sur ce blog dans ce billet consacré aux éditions de la courte échelle). Ici, la supposée épouse d’un écrivain de romans érotiques pose lentement et sûrement son piège lors d’une fête à la kermesse. C’est grinçant à souhait et les personnages féminins sont ici plus vrais que nature. Si vous n’avez pas encore lu André Marois, aujourd’hui l’occasion vous en est donnée. Toutes les nouvelles de ce recueil peuvent être téléchargées pour 0.90 € chacune, l’ensemble (18 nouvelles en tout) pour 7,77 €.

ChG

24 juin 2011

#EbookFriday, 4e semaine

Déjà vendredi et un nouvel #EbookFriday en vue ! Pour les retardataires ou pour tous ceux qui voudraient connaître la règle du jeu lancée par Numerik:)ivres à la fin du mois de mai, vous pouvez cliquer ici. Ça ne fait pas mal, promis. Pour tout le monde, voici infra la liste des trois titres du jour (dont deux ont été chroniqués sur ce blog), tous piochés par l’éditeur pure player dans son catalogue et qui seront vendus 0,99 € pendant 24 heures sur toutes les plateformes de vente de livres numériques, dont ePagine, Place des libraires numérique et les sites des libraires-partenaires. À cette liste je rajouterai trois autres titres vendus 0.99 € ce vendredi mais également les autres jours de la semaine et publiés par deux autres éditeurs 100% numérique (publie.net via la collection stigme99 et StoryLab via sa collection One shot) ; trois titres, trois textes très différents mais qui tous traversent avec leur souffle propre des bouts de nos vi(ll)es ordinaires avec tension et brutalité.

 

Le Roi silence de Samir Bouhadjadj (recueil de 3 nouvelles chroniqué sur ce blog le 6 juillet 2010) (Numerik:)ivres)
Plongeant dans une première histoire qui laissera sa place à d’autres histoires au gré des événements soudains qui bouleversent souvent la trajectoire de nos vies, j’ai été saisi par cette manière qu’a l’auteur de nous faire traverser ainsi une trentaine d’années en si peu de pages. Et par ces filins à la fois discrets et solides qui relient les pères et les fils en passant par les militaires ou encore les camarades de promotion.

L’édition interdite de Thierry Crouzet (texte chroniqué sur ce blog le 14 mars 2011) (Numerik:)ivres)
Thierry Crouzet a construit son nouvel essai sous la forme d’une liste de 149 propositions, aphorismes et sentences à partir desquels sont venus répondre plusieurs auteurs, journalistes et lecteurs. Il reprend et prolonge ce qu’il défend par ailleurs sur son blog depuis très longtemps : comment Internet est en train de bouleverser la diffusion des textes et de manière plus générale l’édition ?

Tokyo, Québec de Leroy K. May (Numerik:)ivres)
Tokyo, Québec est un road book sans voiture, où le métro fait office de véhicule. À travers 18 chapitres au rythme effréné, Leroy K. May mène le lecteur dans les méandres d’un amour possible seulement dans le rêve, les chambres d’hôtel luxueuses et le sang.

 

Wagon de Jacques Serena (publie.net, stigme99)
Une femme interpelle un homme dans un wagon et les mots cognent en uppercut : « Et moi qui en étais à me dire : tiens, nous voilà un peu seuls, cet homme et moi, dans ce bout de wagon, alors il y a des chances pour que nous nous mettions, lui et moi, à ressentir l’espèce d’entente tacite, ce lien, cette intimité étrange, douce et un peu choquante, qui parfois arrive, dans un bout de wagon, passé une certaine heure. Lui, à savourer une nouvelle journée de travail accomplie, moi, tranquille, prête à regarder un peu par la vitre, à retarder le moment de m’offrir ce plaisir, rouler en regardant par la vitre. Mais voilà. Il faut que je me dise voilà, idiote, ton entente tacite, tu as vu l’œil qu’elle te jette, qu’est-ce que tu croyais. »

Morsure (une grève) de François Bon (publie.net, stigme99)
Tout démarre avec une grève de plus mais cette fois ce sont les camionneurs qui s’y collent et font pression. Sur les autoroutes, dans les stations essence, partout. On ne parle alors plus que de ça. Sauf qu’au milieu de cette activité qui semble s’être arrêtée des figures surgissent, comme autant de portraits : ce sans-abri par exemple ou encore cet ado qui cherche à mettre fin à ses jours dans une ville que nous pourrions connaître. Et qui l’en empêchera ? Et qu’avons-nous fait de notre rêve de ville demande François Bon ?

Un psychopathe et demi d’Elias Jabre (StoryLab)
« Rien de plus délicat que d’annoncer une rupture surtout quand votre partenaire pense vivre le parfait amour. Et si c’était votre jour de chance ? » lit-on sur la fiche de présentation de cette nouvelle. Sauf qu’ici l’auteur joue avec nos nerfs. Construite dans la lenteur et la tension cette nouvelle, quasiment un huis clos, est en effet assez angoissante. Surtout qu’Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante.

 

10 juin 2011

des ebooks à 0.99 € : #EbookFriday et stigme.99

#Ebookfriday est avant tout et surtout une incitation à la découverte de textes 100% numériques, une incitation à la lecture numérique, des livres disponibles pour seulement 0,99 €, sans DRM, pendant 24 heures. Initié par l’éditeur pure player Numeriklivres il y a deux vendredis, cet événement a poussé publie.net cette semaine à ouvrir une collection de livres numériques, également vendus à 0,99€ : stigme.99.

 

Ce vendredi, donc, Numerik:)ivres vous propose de découvrir trois recueils de nouvelles, celui de Valérie Pascual dans lequel arbres et êtres humains partagent histoires et secrets, celui d’Anita Berchenko (mis en ligne très récemment) où vous suivrez le destin de dix femmes dans un petit village du Lauragais (sud de la France) et le recueil de nouvelles érotiques de Paloma Casanova.

 

 

Non pas sept mais vingt-huit d’un coup : stigme.99 fait mieux que le Vaillant Petit Tailleur ! 28 textes courts, tous déjà présents dans le catalogue de publie.net, viennent d’être regroupés dans une collection intitulée stigme.99. Outre le changement de prix (ils sont tous proposés à 99 cents et ça chez tous les distributeurs, revendeurs et libraires) leur couverture ont commencé à être modifiées hier matin (pas encore à jour sur ePagine). Parmi ces 28 titres vous ne retrouverez que des auteurs d’aujourd’hui, certains sont déjà connus des libraires, de la presse et du grand public (François Bon (7 textes), Éric Faye, Régis Jauffret (2 textes), Michèle Kahn, Marc Pautrel, Jean Rouaud ou Jacques Séréna (2 textes)), d’autres se sont d’abord faits un nom sur Internet ou lors de lectures/performances (Daniel Bourrion (2 textes), Sarah Cillaire, Fred Griot, Christine Jeanney, Arnaud Maïsetti ou Joachim Séné (3 textes)) et d’autres encore que je vous invite à découvrir si vous ne les connaissez pas encore (Anne Collongues, Armand Dupuy, François Pachet ou Dominique Quélen) en cliquant sur les liens ci-dessous. Pour aller plus loin : lire le billet sur le tiers livre consacré à stigme.99 ainsi que celui de Brigitte Célérier dans lequel elle donne à lire ce matin via citations quelques-uns de ces textes.

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