Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

21 juillet 2011

Duel dans les Alpes (Erri De Luca, Le poids du papillon)

Voilà presque dix ans que je n’avais pas lu Erri De Luca. Une fois, un jour (éditions Verdier et repris en numérique par Gallimard sous le titre Pas ici, pas maintenant) a pourtant été une belle découverte pour moi, son recueil de nouvelles En haut à gauche (Rivages) ou encore son roman Tu, mio (Rivages), également. Ces trois titres m’ont même accompagnés longtemps à une période où j’avais plongé dans la littérature italienne classique et contemporaine. Je me souviens aussi que j’ai commencé à être moins attentif quand ont paru les romans qui l’ont pourtant fait connaître en France, Trois chevaux (Gallimard) et surtout Montedidio (Gallimard, prix Femina étranger en 2002). J’étais parti ailleurs à ce moment-là, chez Tabucchi, Battisti, Fois, Magris ou Manganelli sans doute. C’est Franck Queyraud qui m’a donné envie de lire à nouveau cet auteur avec cette simple citation du roman Le poids du papillon reprise sur son blog : « Quand un homme s’arrête pour regarder les nuages, il voit défiler le temps au-dessus de lui, un vent qui enjambe. Alors, il faut se remettre debout et le rattraper. »

Le poids du papillon nous convie à un duel, inévitable le duel. Ça pourrait être un western, ça pourrait être la version montagnarde de Moby Dick, c’est autre chose mais disons qu’ils seraient deux, qu’on les suivrait chacun leur tour, dans leur environnement, dans leurs gestes, leur quotidien et l’attente de l’événement. Disons aussi qu’ils s’épieraient, ils ne feraient que ça d’ailleurs. En vérité ils auraient autre chose à faire mais cette rencontre les obsèderait tant que le reste leur paraîtrait presque superflu. Depuis des dizaines d’années que ça dure, faut dire. Des décennies qu’ils s’attendent, qu’ils attendent de se retrouver. Car il y a bien une première fois. Une tragédie. Et voici l’heure de la revanche. Un demi-siècle plus tard peut-être bien. Ces deux-là ont beau avoir vieilli, ils n’ont pas changé et ils continuent de se ressembler un peu ; ils ont d’ailleurs le même surnom même si l’un sait qu’il est un usurpateur (un nom pareil pour une activité pareille…) tandis que l’autre ne peut savoir qu’on l’appelle ainsi vu qu’il ne connaît pas le langage des hommes. Mais à ce jeu le vocabulaire on s’en moque, et ces choses-là se sentent : il sait très bien qui il est, lui, qu’il est le roi, le roi des montagnes. Ce qui les réunit aussi : tous les deux devinent qu’ils arrivent au bout de leur course et que cette saison sera pour au moins l’un des deux la dernière. Les chamois flairent ces choses-là aussi, surtout celui-là, le roi des montagnes. L’autre est trop obsédé par sa tâche mais il y a des signes qui ne trompent pas. Désir de fuite ou pas celui-là n’en démord pas, il lui faut trouver ce chamois (cette force de la nature) après qui il aura couru des années entières, il doit le tuer, ce sera son ultime trophée, le plus beau, celui qui parachèvera son oeuvre de chasseur.

Revenons à notre duel, à cette histoire d’acharnement, cette histoire de lutte entre un homme et un animal (mais pas n’importe quel homme, pas n’importe quel animal !), cette histoire de vieux boxeurs aussi, cette traque, ce jeu de cache-cache dans les montagnes alpines, terrain du vent, de la neige, du passage des saisons et du silence. À cette histoire qui prend en compte son environnement et celui de la chasse, avec tout ce qu’il faut de lenteur et de patience. Mais pas de place ici pour la nostalgie ou les regrets, on est juste dans le temps de la phrase hors sentiers. Comme on marche en montagne, un pas devant l’autre, loin du pas de charge, loin du lyrisme. Et c’est ainsi que l’histoire avance – même si celle-ci (quoique très forte) se retrouve reléguée loin derrière la langue et les tiroirs sans fin que chaque phrase va ouvrir (comme les trains, chaque phrase de De Luca en cache des dizaines d’autres). Est-ce que l’auteur ferait dans la phrase-poupée-gigogne ?

On pourrait encore parler des très belles évocations et méditations sur la vie, la mort ou la solitude ainsi que des formules qui font mouche. On pourrait aussi parler de son plaisir à retrouver le Erri De Luca qui ne peut s’empêcher d’évoquer ici et là sa jeunesse ouvrière. On pourrait avoir envie de comparer ce texte à celui d’un Rigoni Stern (Histoire de Tönle, par exemple) parce qu’on sait par ailleurs qu’aujourd’hui De Luca fréquente beaucoup plus les montagnes que les villes… On pourrait également conseiller de lire le court récit qui suit ce duel, texte où il sera question d’un arbre avec qui l’auteur a rendez-vous tous les jours, le pin des Alpes. On pourrait citer tout le texte, on se contentera d’un extrait. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail remarquable de la traductrice, Danièle Valin (preuve une fois de plus qu’il y a bien deux auteurs derrière un bon texte traduit).

Le poids du papillon ainsi que 4 autres titres d’Erri De Luca sont disponibles en numérique (format ePub sur ePagine ; en PDF et en ePub sur tous les autres sites de vente en ligne. Ces ebooks sont toujours protégés par des DRM mais Gallimard a néanmoins fait un effort du côté des prix, les alignant ici (sauf la nouveauté) sur ceux du format poche (collection Folio). Un extrait du poids du papillon peut également être téléchargé dans le dossier gratuit proposé par Gallimard, 10 romans incontournables.

ChG

 

Extrait du poids du papillon

« Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil.
Orphelin avec sa sœur, sans un troupeau voisin, il apprit tout seul. Adulte, il faisait une taille de plus que les mâles de son espèce. Sa sœur fut emportée par un aigle un jour d’hiver et de nuages. Elle s’aperçut qu’il planait au-dessus d’eux, isolés sur une pâture au sud, là où subsistait un peu d’herbe jaunie. Sa sœur voyait l’aigle même sans son ombre à terre, sous un ciel bouché.
C’était sans issue pour l’un des deux. Sa sœur se mit à courir, donnant l’avantage à l’aigle, et elle fut attrapée.
Resté seul, il grandit sans frein ni compagnie. Quand il fut prêt, il partit à la rencontre de la première harde, défia le mâle dominant et fut vainqueur. Il devint roi en un jour et en duel.
Les chamois ne vont pas jusqu’au bout dans un combat, ils décident du vainqueur aux premiers coups. Ils ne se cognent pas de front comme les bouquetins et les chèvres. Ils penchent la tête vers le sol et tentent de glisser leurs cornes, légèrement recourbées, sous le flanc de l’autre. Si la reddition n’est pas immédiate, ils accrochent le ventre et le déchirent en tirant le cou en arrière. Ils arrivent rarement à cette fin.
Avec lui, ce fut différent, il avait grandi sans règles et il les imposa. Le jour du duel, ils avaient au-dessus d’eux le magnifique ciel de novembre et par terre des mottes de neige fraîche, encore peu abondante. Les femelles sont en chaleur avant l’hiver et mettent bas au milieu du printemps. En novembre, les chamois se défient.
Il entra à l’improviste dans le champ du troupeau, surgissant d’un bond du haut d’un rocher. Les femelles s’enfuirent avec les petits de l’année, le mâle resta et racla furieusement l’herbe de ses sabots antérieurs. »

© Erri De Luca, Il peso della farfalla, Giangiacomo Feltrinelli Editore, 2009 / Le poids du papillon, Gallimard, coll. Du monde entier, traduit de l’italien par Danièle Valin, 2011.

6 avril 2011

Série Marc Pautrel #2 L’homme pacifique (Gallimard, 2009)

Après la lecture de Un voyage humain (le 28 mars), deuxième temps de cette série consacrée à Marc Pautrel. Aujourd’hui il sera question de L’homme pacifique. Très prochainement on poursuivra cette traversée avec Le moteur à os et autres récits pour terminer avec son essai sur l’écriture et les écrivains, La vie des écrivains classiques. Comme je le signalais la dernière fois, chaque chronique est accompagnée d’un extrait à lire sur ce blog (les premières pages). Pour aller plus loin, n’hésitez pas à télécharger gratuitement en ePub un extrait plus long sur ePagine. Pour ce faire, cliquez sur les titres ; un lien vous mènera directement sur la fiche de présentation.

 

À télécharger sur epagine.fr

Série Marc Pautrel #2 L’homme pacifique (Gallimard, 2009)

Un voyage humain (chroniqué la semaine dernière) et L’homme pacifique sont deux textes qui vont bien ensemble, chacun « s’emparant » de la vie ou d’un segment particulier de la vie d’un personnage. À chaque fois les événements (même les plus lointains) sont racontés au présent (un présent de narration le plus souvent). Et dans les deux cas il sera également question des choix (qu’on fait ou pas, qu’on assume ou pas) mais aussi de paternité et de filiation. Là s’arrête la ressemblance. Pour le reste, le narrateur de Un voyage humain et le personnage dont il est question dans L’homme pacifique se situent à l’extrême opposé. Si nous ne savons pas grand chose de l’histoire passée du premier (sinon à travers les bribes de ce qu’il vit au moment où il nous le raconte), le narrateur de L’homme pacifique entreprend de nous raconter la vie de son oncle et parrain, un homme qui vient de mourir. Nous commencerons donc ici par la fin et ferons des incursions dans tout le vingtième siècle en compagnie d’un homme né en 1926 et mort quatre-vingts ans plus tard, un homme qui face aux traumatismes (seconde guerre mondiale, mort prématurée de ses parents, mort de la femme de sa vie qui n’aura jamais pu avoir d’enfants…) aura toujours préféré l’apaisement à la colère.

Tout au long du roman, cet homme est décrit comme courageux, très intelligent (Il est capable, mentalement, de se situer sur une carte du monde et une carte du temps. C’est beaucoup.) ; il a également une excellente mémoire. S’il est pacifique c’est aussi un amoureux des armes à feu ; bien que très sociable personne ne connaît mieux que lui la forêt environnante. Combatif mais pas batailleur, patient mais pas résigné, il cultive les paradoxes mais jamais ne revient sur ses choix et a toujours une vision singulière du monde. Quand on n’a pas d’enfants, on ressent d’une manière plus intense le devenir de l’humanité, on peut voir en surimpression sur le monde la trace du temps, telle une autoroute en pointillé, écrit Marc Pautrel qui s’attelle ici à un roman sur la filiation, une filiation très particulière puisque cet homme n’aura pas de descendants directs. Personne pour se souvenir de lui et de sa femme, dit quelque part son neveu, le narrateur. Et c’est donc lui, celui qui est bien plus que son filleul (le fils spirituel, son fils d’adoption en quelque sorte) qui viendra entretenir cette mémoire-là.

En utilisant le présent de narration, Marc Pautrel rend le personnage de l’oncle encore plus vivant, ce qu’il est toujours pour ce narrateur. Et comme dans Un voyage humain, il n’y a pas un mot de trop ici, pas de débordements, pas de lyrisme non plus même si le texte n’est jamais sec ni trop distancié. La langue est simplement belle et le verbe précis et juste.

Ce roman est également d’une extrême finesse. S’il est bien question de l’oncle ici, on n’oubliera pas que son histoire est racontée par le neveu, personnage pudique (bien qu’affecté il prend bien garde de toujours rester digne) et secret (il ne dit presque rien de lui mais ne s’empêche pas de donner son avis et d’avancer dans « la genèse de [s]es prétentions », comme l’écrit Pierre Michon). C’est d’ailleurs là  (s’il fallait chercher bien entendu) qu’on entrevoit le mieux une certaine proximité entre les narrateurs de ces deux romans publiés chez Gallimard, une familiarité qu’on retrouve également chaque jour dans les carnets de Marc Pautrel sur son site.

ChG

 

 

Extrait de L’homme pacifique

La porte s’ouvre et il est là, allongé en travers de la salle du funérarium. Son visage est terriblement creux, il donne l’impression de souffrir. Ses mains sont jointes sur le thorax comme s’il dormait, mais en souffrant. Le lit est surélevé, au-dessus un grand crucifix a été cloué au mur, tout autour par terre ont été déposées des couronnes de fleurs avec des bandeaux indiquant leur provenance. La lumière est tamisée, il règne une odeur agréable diffusée par l’aération, et il fait très froid, c’est une étrange chambre à coucher. À côté, dans une petite pièce séparée par une porte coulissante, les frères et les belles- sœurs sont assis, parlent, boivent du café et mangent des biscuits. Tout le monde discute avec animation, le défunt était âgé, sans enfants, veuf, sa maladie le faisait souffrir, ç’aura été une délivrance. Sa présence si près de nous me gêne. Je sais qu’il n’est plus là, je sais qu’il est mort, que son corps s’est changé en cadavre, mais pourtant pour moi il est encore là et je suis perturbé de me tenir à ses côtés sans pouvoir lui parler.

Ses yeux sont fermés, le visage tourné vers le plafond, mais on ne le reconnaît qu’à moitié car il ne porte pas ses lunettes. On devrait enterrer un mort avec ses lunettes ; si comme le croient les Égyptiens et les Tibétains, et aussi les juifs, les chrétiens, le mort après son décès se réveille dans un autre monde où il peut aller et venir normalement, il aura besoin de ses lunettes là-bas. Je ne connaissais son visage que chaussé de ces lunettes dont il n’avait pas changé la monture depuis quarante ans, je ne le connaissais que les yeux grands ouverts, me regardant au travers de ces lentilles grossissantes. Ce visage nu aux paupières closes m’était inconnu : celui du repos et de la concentration, de la souffrance aussi. Ce mort allongé semble tellement souffrir ; il faut supposer que l’état mortel n’est pas un état agréable.

© Marc Pautrel, L’homme pacifique, Gallimard (L’Infini), 2009

 

 

Les quatre titres de Marc Pautrel disponibles en numérique sur ePagine :

Autres textes de Marc Pautrel non disponibles en numérique :

Pour aller plus loin :

24 mars 2011

Sciences humaines/Petit futé/Prix littéraires

Lire comme quatre aujourd’hui avec les Éditions des Sciences Humaines, les guides de voyage du Petit Futé et deux lauréats de prix littéraires attribués la semaine dernière : Victor Cohen-Hadria et Nicolas Fargues.

Les Éditions des Sciences Humaines

Il y a quelques mois on annonçait que Les Éditions Sciences Humaines avaient commencé à numériser leur fonds (collections « Ouvrages de synthèse », « Petite Bibliothèque de Sciences humaines » et « Dossiers de l’éducation » notamment). Depuis quelques semaines, dix ouvrages ont été mis en vente sur ePagine (en ePub), sur Place des libraires numérique et sur les sites des libraires-partenaires (en PDF et ePub). On retrouvera ici quelques grands noms dont Michel Wieviorka, Pierre-Noël Giraud ou encore Jean-François Dortier. Tous ces titres sont proposés sans DRM et coûtent entre 8 et 19 euros. Les éditeurs annoncent que quinze titres supplémentaires seront mis en vente au printemps et que le reste du catalogue arrivera au dernier trimestre 2011.

Partir avec le Petit Futé

Plus de 130 guides Petit Futé ont récemment intégré le catalogue numérique. Compris entre 2.99 € et 6.99 €, ils sont disponibles en ePub et sans DRM. Grâce aux différentes collections proposées, chacun devrait pouvoir dénicher le guide qui correspondra le mieux à une destination (ville, département, région, pays), à une durée et à un type de séjour précis. Pour l’heure vous trouverez, parmi les villes et départements français, 11 références dans la coll. City guides, 7 dans la coll. Départements et 1 dans la coll. Région ; parmi les villes et pays du monde 20 titres sans la coll. City trip, 29 dans la coll. City guide monde et 61 dans la coll. Country guide ainsi que deux guides Thématiques (guide de l’écotourisme et Paris Resto).

Prix des Libraires 2011

Le 57e Prix des libraires a été décerné lundi 14 mars à Victor Cohen-Hadria pour son roman Les trois saisons de la rage (éd. Albin Michel), « un de ces romans-fleuves où l’on s’enfonce et se perd, étonné par la multitude des personnages, gourmand de leurs destins hauts en couleur dans cette mystérieuse Normandie du milieu du XIXe siècle… » (Fabienne Pascaud, Télérama). Ce roman, disponible en ePub avec DRM, a également obtenu le prix du Premier roman 2010.

Prix France Culture-Télérama

Le 6e Prix du livre France Culture-Télérama a été décerné mardi 15 mars à Nicolas Fargues pour son roman Tu verras (éd. P.O.L) dans lequel il explore les affres de la relation père-fils. Déjà plébiscité par la critique avec One Man Show en 2002, c’est avec J’étais derrière toi en 2006 que Nicolas Fargues a connu son plus grand succès. Outre Tu verras, deux autres romans de Nicolas Fargues publiés chez P.O.L figurent au catalogue numérique en ePub avec DRM : Beau rôle et Le roman de l’été.

ChG

 

7 février 2011

Les nouveautés Gallimard + Verticales (février 2011)

Les éditions Gallimard viennent de nous adresser leur programme de nouveautés pour le mois de février (romans, récits, journaux, polars et roman Jeunesse) tandis que les trois premiers ebooks de la liste (formats PDF et ePub avec DRM) arrivent sur ePagine. Cliquez sur les liens ci-dessous, feuilletez les premières pages, téléchargez un extrait : c’est gratuit !

Très heureux de retrouver dans ce programme, parmi quelques têtes de série (Marie NDiaye, Jérôme Garcin ou encore Eoin Colfer), des auteurs que j’apprécie depuis de nombreuses années, Gilles Ortlieb et Gérard Macé en particulier. Trois premiers romans (dont une série noire) figurent également au menu. Surprise aussi de voir apparaître dans la Blanche Patrick Pécherot pourtant habitué à la Série Noire (j’avais beaucoup aimé sa trilogie sur le Paris populaire de l’entre-deux-guerres) mais d’autres avant lui ont changé de couleur de couverture dans leur parcours (Daniel Pennac et Jean-Claude Izzo pour ne citer qu’eux). Un auteur à suivre en tout cas. Enfin, du côté de Verticales, jetez un oeil au roman de Hugues Jallon dès qu’il sera en ligne ; il n’est peut-être pas très connu mais univers et écriture valent le déplacement.

ChG

GALLIMARD JEUNESSE

collection HORS SÉRIE LITTÉRATURE

• Eoin Colfer, Artemis Fowl et le complexe d’Atlantis (tome 7)
à partir de 14.00 € (disponible sur ePagine)
Et si le génie criminel n’était pas celui que vous croyiez ? Victime du complexe d’Atlantis, Artemis Fowl peut-il encore sauver la planète ? Ce septième tome, véritable pivot dans la série, s’est vendu à plus de 20 millions d’exemplaires à travers le monde, dont plus d’1 million en langue française. Le rythme, ici, est toujours aussi haletant, les répliques font mouche. L’auteur, lui, prend le risque de déstabiliser les fans d’Artemis. La fin, comme son héros, sont totalement imprévisibles.

GALLIMARD

collection BLANCHE

• Frédéric Gruet, L’art de creuser un trou (premier roman)
à partir de 16,50 € (disponible sur ePagine)
C’est l’histoire d’un neurologue français qui après avoir fait naufrage adopte un perroquet bleu, d’un aristocrate écossais qui peint des chameaux colorés et d’une jungle pleine de tigres, d’araignées et de geckos. C’est l’histoire d’un général karen qui ne comprend pas ses prédécesseurs, d’un boxeur thaïlandais qui combat pour des clopinettes et d’un restaurateur d’Anvers qui enfourche sa moto. C’est l’histoire d’un peuple qui ne se rend pas, d’une mère maquerelle qui aime le calme et de la fille d’une toiletteuse de chiens. C’est l’histoire d’un colonel birman devenu général et à qui vient l’idée de creuser un trou.

• Clément Caliari, Retrait de marché (premier roman)
à partir de 15.00 € (disponible sur ePagine)
France, années cinquante. Louis Lémure est ingénieur dans l’industrie pharmaceutique. À l’image du général de Gaulle, son obsession, il se voit comme un sauveur. La chance veut qu’il mette au point un antibiotique fabuleux, une panacée presque universelle. Hélas, le médicament miracle, produit à très grande échelle et prescrit par les médecins aux quatre coins du pays, a des effets secondaires catastrophiques : près de deux cents morts, des malformations en pagaille, des rescapés grièvement atteints qui s’associent pour comprendre les raisons du désastre. Lémure doit fuir en Algérie. En France, la justice l’attend de pied ferme.

• Jérôme Garcin, Olivier
à partir de 12.00 € (disponible sur ePagine)
À la veille de ses six ans, Olivier fut fauché par une voiture. Il ne survécut pas à l’accident. Il était le frère jumeau de Jérôme Garcin. Olivier a grandi en lui, en même temps que lui. Dans ce récit, l’auteur remonte le fil de ses souvenirs, met en regard les grands textes littéraires ainsi que les écrits scientifiques consacrés à la gémellité, et retrouve à chaque fois un peu de ce frère perdu. Un jeu de miroir et de mémoire pour tenter de dire ce drame qui a déterminé sa vie.

• Patrick Pécherot, L’homme à la carabine
à partir de 13.50 € (10/02/11)
Né en 1953 à Courbevoie, Patrick Pécherot est aujourd’hui journaliste social. De lui, les Éditions Gallimard (dans la collection Série noire) ont déjà publié Tiuraï,
Soleil noir, Tranchecaille, Les brouillards de la Butte, premier volet d’une trilogie sur le Paris populaire de l’entre-deux-guerres qui se poursuit avec Belleville-Barcelone et Boulevard des Branques.

• René Frégni, La fiancée des corbeaux
à partir de 12.00 € (17/02/11)
Comme une suite à Elle danse dans le noir, ce journal est un chant d’amour qui monte des vastes déserts de pierre et de lavande que l’on découvre dès que l’on quitte Banon, Manosque ou Moustiers-Sainte-Marie, un chant mélancolique et lumineux ; un voyage parfois cruel vers la tendresse et la beauté.

• Gérard Macé, Pensées simples
à partir de 14.00 € (17/02/11)
La langue, la littérature, les mythes, la civilisation et la barbarie : telles sont les lignes de force et les hantises personnelles à partir desquelles se dessine l’unité de ce livre, qui repose aussi sur l’enchaînement des pensées.

• Marie NDiaye, Les grandes personnes
à partir de 10.00 € (17/02/11)
« J’avais décidé de ne pas en parler. Je me disais : si tu commences, on verra que tu as peur et tu seras bien obligée d’avouer que tu as peur. Tant que je n’en parlais pas, ce n’était qu’un songe un peu déplaisant. » (Marie NDiaye)

collection L’ARBALETE

• Pascale Bouhénic, Boxing parade
à partir de 13.00 € (date à préciser)

collection L’UN ET L’AUTRE

• Gilles Ortlieb, Tombeau des anges
à partir de 14.00 € (date à préciser)
Écrivain et traducteur, Gilles Ortlieb est né en 1953. Il vit actuellement au Luxembourg. Il a déjà publié aux Éditions Gallimard un recueil de poèmes, Place au cirque (collection Blanche, 2002) et deux essais, Le grand miroir (L’un et l’autre, 2005) et Des orphelins (L’un et l’autre, 2007) ainsi que nombreux autres récits, poèmes et exercices d’admiration au Temps qu’il fait, chez L’Obsidiane, Théodore Balmoral ou à La Dogana.

collection SERIE NOIRE

• Attica Locke, Marée noire (premier roman)
à partir de 16.50 € (date à préciser)
Jay Porter est loin d’être l’avocat qu’il aurait voulu devenir. Son client le plus prometteur est une prostituée de bas étage, et son cabinet se trouve dans un petit centre commercial minable. Mais cela fait longtemps qu’il a enterré son rêve américain et mis soigneusement de côté sa facette la plus sombre : les armes, l’enquête du FBI, le procès qui a bien failli le détruire. Houston, Texas, 1981. C’est dans cette ville que Jay pense pouvoir reprendre de zéro. Jusqu’au soir où il sauve une femme de la noyade – et ouvre la boîte de Pandore… Une écriture intelligente qui captive le lecteur dès la première scène, jusqu’au dénouement haletant.

• Jo Nesbo, Le Léopard (traduit par Alexis Fouillet)
à partir de 16.50 € (date à préciser)
Né en 1960, Jo Nesbø, d’abord journaliste économique et musicien, a été propulsé sur le devant de la scène littéraire en 1998 en recevant le prix du meilleur roman policier nordique de l’année pour L’homme chauve-souris. De lui, les Éditions Gallimard ont également publié d’autres romans  policiers dont Les cafards, L’étoile du diable, Rouge-gorge ou encore Chasseurs de têtes.

VERTICALES

• Hugues Jallon, Le début de quelque chose
à partir de 12.00 € (10/02/11)
Le début de quelque chose emprunte à l’imaginaire commun des vacances pour mieux en dérégler tous les sens. Au cœur de cette temporalité immobile, apaisante, protectrice, Hugues Jallon réussit à semer progressivement le doute, puis le trouble, avant que la terreur ne gagne la partie. Et, avec un sens de la dramatisation implacable, il transforme notre utopie la plus familière en un cauchemar éveillé.

6 janvier 2011

Au diable vauvert fait sa rentrée numérique sur ePagine

1er temps de la valse : en février 2010, les éditions Au diable vauvert se lancent dans l’aventure numérique en proposant de télécharger gratuitement sur ePagine le dernier roman de Douglas Coupland, jPod, ainsi que, pour une durée de 24 heures, celui de Nicolas Rey qui venait de paraître. 2ème temps : cet été, la maison choisit cette fois de diffuser sous forme de feuilleton numérique (à raison d’un épisode par semaine mis en ligne sur ePagine) Les derniers hommes de Pierre Bordage (lire billet sur ce blog) ; le 1er épisode en epub était gratuit et les suivants coûtaient tous moins d’un euro. Dans la foulée, elle mettait en ligne le premier numéro (gratuit) de la revue Luxe intérieur conçue par le collectif Gonzaï.com (voir également billet). 3ème temps : aujourd’hui, la maison d’édition ajoute trois nouveaux textes (sur ePagine toujours) dont l’un est écrit par un de ses auteurs emblématiques ainsi que deux premiers romans dont l’un paraît conjointement en papier et en numérique pour la rentrée littéraire de janvier : en epub, sans verrous (DRM) et pour moins de 5 euros. Présentation, donc, de ses trois romans et une vidéo pour terminer. Bonnes lectures !

C’est donc officiel : le diable s’habille désormais en numérique sur ePagine en proposant trois de ses jeunes auteurs français qui tous partagent une forme de gravité désenchantée, une fausse brutalité, des phrases cinglantes et un certain sens de la formule sur fond de crises sociales, existentielles et sentimentales : Nicolas Rey, avec Un léger passage à vide, côtoie de près Romain Monnery, auteur d’un premier roman, Libre, seul et assoupi, paru lors de la rentrée littéraire 2010 et Xavier de Moulins, auteur d’un premier roman lui aussi, Un coup à prendre, qui paraît simultanément en papier et en numérique. Cette initiative devrait plaire aux nombreux jeunes lecteurs de cette maison d’édition située à Vauvert qui a également fait le choix de commercialiser chaque ebook à 4,99 € en epub et sans DRM (marquage Eden) ! Les premières pages de ces trois textes peuvent être feuilletées via ePagine (pour cela, cliquez sur les liens ou sur les couvertures des livres présentés).

Après avoir quitté sa femme au bout de dix années (poussives) de vie conjugale, le narrateur du premier roman de Xavier de Moulins, Un coup à prendre, jeune auteur parisien et père de deux filles, choisit de s’installer à trois rues de chez elle. Au début il y a une autre femme mais très vite Antoine devra résoudre un certain nombre de problèmes. Outre celui de la misère affective, il arpentera également le long chemin qui va de la « rupture à la séparation » et découvrira pour la première fois ce que signifie réellement être père. Les amateurs de phrases mordantes voire cinglantes apprécieront ce roman. Extrait : « C’est pour rester proche de mes filles que je me suis installé à trois rues de leur mère, trois semaines tout juste après l’avoir quittée pour une autre. Pourtant, j’ai toujours été contre la rupture de proximité. Plutôt du genre à penser que lorsqu’un couple se viande et enterre son histoire, il convient de séparer les tombes, ne pas faire cimetière commun. Je m’étais même toujours dit que, si un jour ça nous arrivait à Alice et moi, eh bien que j’irais me refaire à l’opposé, question de principes et de territoire. Bien sûr, j’ai fait l’inverse. Et j’ai cherché la bonne distance, pour installer un nouveau chez-moi. La bonne distance, c’était la croisée des chemins entre vie d’avant et vie à venir, entre deux saisons, l’été et l’hiver. C’était simple en théorie, jeté comme ça sur le papier. La bonne distance, c’était une sorte de Yalta, un partage sinon du monde, du moins d’un arrondissement, d’un quartier, d’une rue, sans casque bleu pour maintenir la paix, mais un processus, un accord tacite comme entre deux pays belligérants, entre deux bandes rivales au lycée. Avec Alice, on s’était mis d’accord dans l’intérêt des enfants. »  Notez que l’auteur rencontrera ses lecteurs dans plusieurs librairies françaises : le 14 janvier à 17h à la librairie Doucet au Mans ; le 22 janvier de 16h à 18h chez Sauramps Odyssée à Montpellier ; le 28 janvier à 17h30 à la FNAC Saint Lazare ; le 18 février de 16h à 18h à la FNAC de Nice et le 19 février de 16h à 18h à la FNAC de Marseille.

Libre, seul et assoupi de Romain Monnery est un premier roman qui, lors de sa sortie en papier à la rentrée littéraire dernière, en a énervé plus d’un et en énervera encore. Mais l’inverse est vrai aussi : ce texte en a fait rire plus d’un ; d’ailleurs il a même reçu le soutien de Frédéric Beigbeder, c’est dire ! Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu et qui se demandent s’ils n’auraient pas envie d’essayer maintenant qu’il est en numérique, sachez que ce roman met en scène un certain « Machin » qui, à 25 ans, vient de se faire virer de chez ses parents (pas de Tanguy ici !) et, bac +5 en poche, ne rêve que d’une chose : glander. Se coltinant la précarité en collectionnant les stages bidons, lorgnant du côté du RMI et de son ancienne copine de fac qui l’héberge gentiment, ce désabusé, après s’être fait lourdement exploité, trouvera donc sa voie : il refusera désormais ce que la société propose et ne propose pas aux jeunes et fera tout pour éviter de trouver un boulot (ennuyeux) dans une entreprise (de toute manière) sinistre. (« … je compris très vite que viser un emploi dès la sortie de sa scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. ») Magnifiquement oisif, un brin provocateur, désillusionné et sans ambition, ce fumiste déclaré, d’ailleurs heureux et fier de l’être, s’essayera donc à ne faire faire : ce sera son activité principale (il additionnera le nombre d’heures passées à regarder la télévision ou à se masturber, le nombre de films vus, de livres de poche lus…) Ses proches auront beau tenter de le ramener dans le droit chemin, Machin refusera tout net : « Je n’ai rien contre l’idée de travailler du moment qu’on ne m’y oblige pas », répondra-t-il. Ce roman qui a paru en plein débat sur les retraites a su faire parler de lui. « Vrai style, sens aigu de l’observation, Monnery est assuré d’un triomphe auprès des jeunes. », écrit d’ailleurs Pierre Vavasseur dans Le Parisien. Après avoir lu son roman, continuez de glander avec l’auteur sur sa page Facebook !

On a déjà beaucoup écrit sur Nicolas Rey, Prix de Flore en 2000 pour Mémoire courte et sur Un léger passage à vide, son sixième roman. Juste signaler que c’est le texte de « l’après », celui qui remet les pendules à l’heure quand la descente a été digérée. Retour sur l’avant donc : ici le narrateur, un trentenaire parisien connaît le succès puis les addictions (whisky, cocaïne, somnifères, anxiolytiques…) ainsi que les manques affectifs et autres ruptures, les crises existentielles, sentimentales et paternelles (paternité et enfance mêlées). Comme ce narrateur connaît bien le milieu parisien, il l’effleure parfois, le déflore souvent mais il a beau s’en moquer il en fait bien partie.  On a dit que c’était le roman le plus touchant de Nicolas Rey, qu’il était l’oeuvre d’un romantique, qu’on avait là un descendant direct de Sagan. Un léger passage à vide, dans tous les cas, a fait partie des meilleures ventes (Edistat/L’Express, Datalib, Livres Hebdo,…) et il est désormais disponible, comme les deux autres ebooks cités supra, en epub et au prix de 4,99 €. Jugez donc par vous-même !

Pour terminer cette petite présentation, voici une vidéo dans laquelle Marion Mazauric, éditrice des éditions Au diable vauvert, s’explique sur le numérique.

Bonnes lectures et bienvenue à tous les diables d’auteurs numérisés !

Christophe Grossi

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