Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

1 juin 2012

offres découvertes publie.net (week-end du 1er juin)

L’offre découverte publie.net, c’est très simple : chaque semaine (du vendredi matin au lundi soir) la coopérative d’auteurs et maison d’édition numérique publie.net propose de découvrir à prix lancement sa ou ses dernières nouveautés et, à prix découverte, des titres issus du catalogue numérique, remis à jour ou en avant. Cette semaine, 5 textes à la une, chacun à 0.99 €, et pas des moindres.

— D’abord, un roman noir, périurbain, social, politique, poétique, L’affranchie du périphérique de Didier Daeninckx mis en ligne cette nuit (court extrait à lire ci-dessous) ;

— un roman d’anticipation d’Olivier Le Deuff dans la collection e-styx, Print brain technology ;

— un récit labyrinthique, surréaliste, urbain, onirique et fantastique de Cécile Portier, Saphir Antalgos (travaux de terrassement du rêve), ePub révisé & augmenté par Roxane Lecomte ;

— un ensemble de textes délicats (L’ange comme extension de soi) tous issus des Carnets Web de La Grange de Karl Dubost qui chaque jour, à travers ses voyages, ses lectures et ses rencontres, questionne le temps (qui passe et qu’il fait), sa relation aux autres (physique et virtuelle), le numérique, son quotidien, la ville et, avant toute chose, sa place dans le monde (distance).

— et pour terminer, un classique, La Mer de Jules Michelet, ePub revu par Gwen Catala.

Comme d’habitude, tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous pouvez également cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder directement à cette mise en avant.

Bonne découverte à tou(te)s !

ChG

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L’affranchie du périphérique
Didier Daeninckx
© Didier Daeninckx et publie.net pour la version numérique,
juin 2012

 LA PREMIÈRE FOIS QUE je me suis aventurée de l’autre côté du périphérique, par les berges du canal Saint-Denis, c’était il y a tout juste un an. Nous étions partis à vélo de notre appartement de la rue Oberkampf, Alain et moi, pour rejoindre des amis qui participaient à un spectacle de cirque en plein air, au parc de la Villette. Leur travail consistait à maquiller des nuées de gamins en leur dessinant des papillons, des libellules, des oiseaux multicolores sur les joues, le front, autour des yeux. Quand ils se mettaient à courir, sillonnant les pelouses, ça faisait comme des envols d’animaux souriants. J’avais pris quelques photos alors qu’ils se précipitaient vers un imposant jeu de construction en forme de dragon et que la bouche du monstre semblait vouloir les absorber. Ils s’amusaient de leur peur qui nous arrivait aux oreilles, en cris aigus. Des mouettes exilées striaient la surface du bassin en se posant sur l’eau. Soudain, le ciel s’était obscurci et des éclairs aveuglants avaient choisi de faire craquer un lourd nuage noir au-dessus de nos têtes, noyant la fête sous un déluge de grêle. Le chapiteau était trop petit pour accueillir la foule transie et les centaines d’enfants aux visages arcs-en-ciel. Alain m’avait entraînée dans un café qu’on aurait cru rescapé du temps, face à la maçonnerie montante qui enserre les écluses. Devanture bois et vitres, bec-de-cane, carillon, inscription en relief pour rappeler qu’il fut un temps où l’on téléphonait en chiffres et en lettres : « Tel : FLA 36-52 », banquettes en moleskine, tables rondes habillées de marbre, chaises cannelées. Nous avions attendu devant un demi que l’orage s’éloigne, puis Alain m’avait guidée dans ce quartier des anciens abattoirs où d’autres industries le disputaient, en ces années-là, à la seule tuerie animale : fabriques de bougies, de confitures, entrepôts de bois précieux, ateliers de verrerie et de travail des émaux, fonderies, distilleries… J’avais fermé les yeux pour mieux comprendre ses mots, et, aux bouffées de vapeur humide qui montaient de l’asphalte, étaient venues se mêler l’odeur âcre du sang des échaudoirs, celle de la poussière de charbon, celles des alcools tièdes, celle du caramel qui naît des ébullitions sucrées. Nous avions traversé le boulevard des Maréchaux afin de pouvoir accéder à un escalier en pente raide qui menait au chemin de halage avant de nous élancer vers la naissance du canal, à quelques kilomètres de là, face à l’Île-Saint-Denis, dans un méandre du fleuve. Les pavés disjoints mettaient nos machines et nos bras à rude épreuve, et c’est tout juste si je parvenais à saisir quelques bribes du paysage. Des terrains vagues, des darses, des magasins généraux aux toits crénelés, des centrales-béton autour desquelles s’agglutinaient des camions-toupies aux flancs jaune et noir, semblables à de monstrueuses abeilles protégeant une ruche. Nous venions de dépasser la maison de l’éclusier qui veille au mouvement des vannes hydrauliques du secteur des Vertus, quand la roue avant de ma bicyclette avait suivi, malgré moi, le tracé d’un rail rouillé qui filait droit vers le portail déglingué d’une usine désaffectée. Le coup de frein m’avait déséquilibrée, et il s’en était fallu de quelques centimètres que je ne termine mon vol plané dans les remous provoqués par l’hélice d’une péniche qui s’apprêtait à pénétrer dans le sas. Un pêcheur de gardons était venu à mon secours tandis qu’Alain continuait de pédaler en direction du pont de Stains. Il avait fini par rebrousser chemin quand il s’était aperçu qu’il parlait dans le vide… ”

11 décembre 2009

Suite Olivier Rolin : en lisant, en écrivant

Olivier Rolin fait partie des écrivains français contemporains qui comptent (comme on dit) et, à ce titre, il n’est pas rare qu’on vienne lui demander de rendre hommage à tel auteur, d’animer une conférence sur tel sujet en littérature, de révéler quelles lectures ou quels voyages l’ont formés. Alors, à force de répondre, de dire et d’écrire, des textes ont commencé à s’accumuler, textes que Publie.net regroupe régulièrement (depuis 2008) dans des recueils qui sont en quelque sorte la boîte à outils de l’auteur mâtinée d’une valise littéraire dans laquelle surgissent – à travers réflexions ou fictions – ses compagnons de routes, ses pairs ou encore ses idéaux et ses inquiétudes. Trois volumes sont ainsi disponibles dans leur format numérique où nous retrouvons son univers singulier fait d’incursions dans la littérature, la politique, les voyages, les hôtels ou encore les bars. Avec Le génie subtil du roman, Littérature, politique et La chambre des cartes, se referme cette « Suite Olivier Rolin à l’hôtel ePagine » ouverte le 26 novembre, visite que nous avions poursuivie le 30 novembre avec Tigre en papier et le 4 décembre avec Un chasseur de lions.

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Le génie subtil du roman est composé de trois conférences et d’un cours dans lesquels Olivier Rolin revient sur son parcours politique dans les années 60-70 ainsi que sur l’origine de ses projets littéraires. Et nous retrouvons là ceux qui l’accompagnent ou le portent : Joseph Conrad (Lord Jim), Gustave Flaubert, Blaise Cendrars, Céline, Paul Valéry mais aussi Roland Barthes (Le Plaisir du texte), Henri Michaux, Milan Kundera (L’Art du roman) et bien entendu Marcel Proust. C’est d’ailleurs à partir du Temps retrouvé qu’il interroge la « langue qui se dresse », « la vraie vie de l’écriture », c’est-à-dire le style. S’il revient ensuite sur les lieux où se déroulent ses romans, à l’étranger le plus souvent, c’est pour mieux réaffirmer, comme pour Angélique Ionatos que « [s]a vraie patrie, c’est [s]a langue » et que le geste d’écrire a surgi parce que, comme tout écrivain, Olivier Rolin est « mal placé » dans son époque et là où il vit. D’ailleurs, pour lui, « aucun lieu n’est tenable (…) même le genre qu’il pratique ne lui offre pas un refuge. »

Littérature, politique contient dix textes parus (entre 2002 et 2006) en revue, dans des cahiers et des dossiers ainsi qu’une conférence sur Jean Echenoz. Dans cette boîte à outils, essentielle et admirable, on retrouve les thématiques abordées dans Le génie subtil du roman – il revient notamment sur l’idée que la beauté en littérature (cette flèche qui va droit au but) « naît d’un déplacement ». Outre Jean Echenoz, on trouvera ici d’autres compagnons de route importants, Pierre Michon, Claude Simon, Malcolm Lowry ou encore Serge Gainsbourg et on pourra y lire ceci : « Tramer de la beauté avec les mots (…) est proprement l’objet de la littérature. »

Dans La chambre des cartes, Olivier Rolin nous rappelle quels rapports il entretient avec le rêve, les voyages, les explorateurs, le monde réel, en ruine ou imaginaire. En partant de la consultation des cartes, le lecteur s’embarquera alors vers l’incongru (il apprendra comment se changer dans les toilettes merdiques d’un Ilyouchine 18 à destination de la Sibérie) ou vers l’horreur (il retournera au camp de la Kolyma, « cette autre énorme machine à avilir et tuer » (à ce sujet, lire Vie et destin de Vassili Grossman et Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov)). À travers des textes tantôt sensibles ou mordants (la nouvelle intitulée Mongolie (sur la poésie) est à lire de toute urgence !), tantôt décalés, touchants ou fantastiques, le lecteur errera entre réalité et fiction, contemplera des ruines, explorera des univers extrêmes en compagnie de drôles d’oiseaux, partira se réfugier dans les nuages ou encore au fond des mers  avant de revenir à la table de travail de l’écrivain qui, lui, continue de chercher refuge dans un lieu hors du monde, hors du temps où la langue, en résonnant, l’aiderait à tenir debout. Longtemps !

Christophe Grossi

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Livres numérisés de Olivier Rolin cités dans cette chronique :

Autres textes ou auteurs cités dans cette chronique :

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