Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

3 novembre 2010

Bernard Quiriny, Les Assoiffées (Le Seuil), rentrée littéraire 2010

Filed under: + Conseils de lecture — Mots-clefs :, , , , — Christophe @ 09:11

Saviez-vous que depuis 1970 une armée d’assoiffées contrôlait tout le Benelux ? Non ? Eh bien partez donc à leur rencontre en compagnie de Bernard Quiriny, l’auteur de ce roman burlesque et politique, publié par le Seuil et disponible en numérique (pdf et epub) sur ePagine.

Un matin de 1970, la Belgique se réveille avec une drôle de gueule de bois : une armée de femmes, dont le mouvement est né aux Pays-Bas, vient de renverser le pouvoir en place et s’apprête à étendre son action dans tout le Benelux. Géré par la féministe Judith (dite la Bergère) et ses brigadières, cet « Empire des femmes » ceinturé par une zone neutre, a désormais pour capitale Bruxelles et la langue officielle est le néerlandais. On prétend que des lois sexistes auraient été rapidement imposées, les mariages hétérosexuels interdits et que les hommes, esclavagisés, asexués, humiliés, auraient été parqués dans des « élevages en commun ». On dit même que certains mots (trop masculins) auraient été rectifiés (‘effort’ au profit de ‘candeur’ par exemple).

En 1995, les frontières de l’Empire se referment ; certains esprits mal intentionnés soupçonnent la Bergère d’avoir ouvert des camps de rééducation où l’autocritique serait de mise tandis que quelques mauvaises langues se mettent à parler d’oppressions, de malnutrition, d’exécutions, de déportations… Ici et là émergent des filières clandestines ainsi qu’un petit groupe de terroristes mené par une ancienne féministe entrée en dissidence. Heureusement, les artistes d’État et la propagande (via l’unique chaîne de télévision où sont diffusés les mêmes documentaires) permettent d’exporter une belle image de l’Empire dans le monde entier, notamment en France où la Bergère trouve de nombreux soutiens auprès des intellectuels, des journalistes et des féministes. C’est dans ce climat-là qu’un certain Gould (sorte d’incontournable touche-à-tout du milieu artistique parisien), décide de monter une expédition en compagnie de cinq autres français, quatre hommes et deux femmes (Langlois, Golanski, Bordeaux, Alvert et Lotte) afin d’en ramener un reportage le plus objectif possible.

À partir de là, Bernard Quiriny s’amusera à suivre chacun de ces journalistes, revuistes, militants et féministes dans leur ubuesque épopée où les appareils photos et les montres seront d’emblée confisqués et où le programme sera sans cesse modifié. On ne leur montrera (dira) que ce qu’on voudra bien leur montrer (dire) – visites d’usines, de cantines, de camps de rééducation des hommes, de centres de conservation et de traitement du sperme -, on séparera les hommes et les femmes quand il s’agira d’entrer dans des lieux non mixtes (village de femmes notamment). En gros, ils ne verront rien et l’un d’entre eux souhaitera même ne pas rentrer en France.

Au récit de ce voyage est intercalé le journal d’une citoyenne de l’Empire, Astrid Van Moor, qui travaille au bloc dans un hôpital, dont la mère a été fusillée à tort, et qui partage une vie sororale avec ses deux filles et d’autres femmes : « La sororité, disait-elle, c’est le partage, y compris de nos grippes ! Si j’objectais, elle se réfugiait derrière le livre, qu’elle savait par coeur et dont elle récitait des passages entiers pour se justifier. » Avec elle, on apprend quel malheur atteint les mères d’enfants de sexe masculin. Le sien a d’ailleurs été placé à la campagne (pour le protéger bien entendu) mais il lui manque. Et celle-ci prend des risques en tenant son journal et en rendant visite à son fils mais on la sent dans le même temps fascinée par les femmes au pouvoir, par Judith surtout (peur et fascination mêlées). Choisie pour remettre sur scène un cadeau à la Bergère (détruire la statue d’un homme en direct), son attitude changera dès l’obtention des premiers privilèges. Cette fois elle sera tiraillée entre le sentiment de trahison et d’orgueil. À partir de là, elle pénétrera l’antre du pouvoir qu’elle décrira de l’intérieur, un univers très éloigné de celui dépeint par nos Français (boîtes de nuit, débauches, orgies). Mais il lui faudra se méfier : jalousies et dénonciations sont monnaie courante ici.

Le pari de Bernard Quiriny est énorme, son projet aussi délirant qu’ambitieux et le fond beaucoup plus sérieux qu’il en a l’air de prime abord. On pourrait peut-être regretter que l’auteur ne soit pas allé assez loin dans l’absurde mais ce qu’il démontre à sa manière est finalement tout aussi subversif que s’il avait étalé une débauche de procédés censés faire mouche. Si les Français ne veulent rien voir et n’admettent pas qu’on se fout d’eux, qu’ils  n’ont rien à rapporter, il n’empêche qu’ils ne parleront jamais de fiasco. Au contraire même. Mais à travers ces deux histoires, l’auteur, mine de rien, nous renvoie aux mythes fondateurs ainsi qu’à tout un pan de notre Histoire (souvent proche et encore actuelle). Bien sûr on pensera d’emblée au conflit wallon-flamand mais aussi au régime communiste chinois (à sa politique de l’enfant unique par exemple) ainsi qu’aux régimes nord-coréen ou birmans ; cette expédition vous rappellera peut-être aussi les voyages entrepris en URSS par nos intellectuels français au temps du communisme (le régime belge étant ici soutenu par le P.F.F.) ; on pensera par ailleurs aux Amazones mais aussi à Cythère et à Sappho ; on ira fouiller du côté des contre-utopies (Swift, Orwell, Zamiatine, Wells, Jünger, Huxley, Bradbury…) et on reviendra se nourrir en compagnie de Montesquieu où L’Esprit des lois est dans ce roman maintes fois cité.

Christophe Grossi

Né en Belgique en 1978, Bernard Quiriny vit aujourd’hui en Bourgogne. Il s’est fait connaître par ses papiers à Chronic’Art (et occasionnellement à Epok) dans le domaine de la littérature et dans celui du jazz. L’angoisse de la première phrase (non disponible en numérique à ce jour) est son premier ouvrage publié, suivi du recueil de nouvelles Contes carnivores (disponible en numérique). La virtuosité avec laquelle il compose ses nouvelles, teintées de fantastique, fait de lui un héritier digne d’Edgar Allan Poe et de Borges. Son premier roman, Les assoiffées, a paru à la rentrée littéraire 2010 ; il est disponible en numérique (pdf et epub) sur ePagine.

18 octobre 2010

Eric Pessan, Incident de personne (Albin Michel), rentrée littéraire 2010

à télécharger sur ePagine

Incident de personne d’Éric Pessan (Albin Michel) n’est pas un roman de gare mais plutôt un manuel de survie. Bien que se déroulant dans un train à l’arrêt, ce récit raconté par un homme « à deux doigts de la ruine » est loin d’être statique. Noirceur et élégance, goût du détail et lucidité sont au rendez-vous ! Le TGV comme lieu de la langue, ça vous tente ? Entrez donc et bienvenue à bord de ce roman disponible en papier mais aussi en numérique sur ePagine.

Visualiser le roman d’Éric Pessan est assez simple : un homme abîmé vient de prendre place dans un TGV à côté d’une inconnue. Entre Paris et Nantes, quelque part près d’Angers, le train s’arrête. Quelqu’un s’est jeté sur la voie. Chacun sait désormais que l’attente sera longue et qu’il ne faudra surtout pas compter sur les contrôleurs pour en savoir plus. « L’incident de personne » se suffit à lui-même, l’euphémisme coupe court à toute explication : il a été inventé pour ça aussi. La nuit vient, la nuit remue, les voyageurs s’activent, s’endorment, perdent patience… Mais cet homme qui s’est soudain mis à parler à sa voisine ne s’arrête plus. Dans la voiture du TGV à l’arrêt, cet homme (animateur d’ateliers d’écriture) parle donc durant plusieurs heures à sa voisine (professionnelle de l’écoute). Son soliloque est ponctué de silences (Noir) et de quelques indications scéniques (on dit didascalies aussi) : faits et gestes des autres voyageurs (angoisses, coups de gueules, va-et-vient), voix du contrôleur dans le haut-parleur, réactions de sa voisine, l’immobilité lourde du dehors… Est-ce bien la peine de préciser qu’il s’agit ici d’un huis-clos ?

Pour Littré, l’incident est notamment un « événement accessoire qui survient dans le cours de l’action principale d’un roman, d’une pièce de théâtre. » Ici l’événement (affreux de le savoir accessoire) est le suicide d’un homme ou d’une femme. D’une personne. De quelqu’un. Qui n’est pas personne. Pourrait être tout le monde. Même qu’avec une majuscule, il redeviendrait Ulysse face au Cyclope. Mais bon, voilà, aujourd’hui on a rapproché « incident » et « personne ». Et quiconque a pris le métro ou un train sait ce que cela signifie. Pas besoin d’en rajouter sur cette figure de style. On peut dire en revanche qu’Éric Pessan, en donnant ce titre à son roman, file un grand coup de pied au derrière de ceux qui usent des euphémismes (pour ne pas choquer, dit-on). Car des incidents, des accidents, des morts violentes, l’histoire de l’homme abîmé en est criblée. Des personnes, on en croisera donc des dizaines ici. Des mortes, des suicidées, des violées, des ruinées. Nommées explicitement par le narrateur (qui n’est pas un communiquant mais un littéraire), elles prendront de plus en plus d’épaisseur à mesure que la nuit avancera. Et paradoxalement, la personne la plus absente  et la plus présente à la fois sera celle qui aura provoqué cet arrêt brutal du train. Restera alors l’imagination. Ainsi les morts seront convoqués.

Ulysse parvient à quitter l’île des cyclopes et on se doute aussi que le narrateur sortira un jour de cette voiture, que le train redémarrera et qu’on ne verra jamais le corps du ou de la suicidé(e). Mais n’aurait-il mieux pas fallu pour lui que ce train ne reparte jamais. Revenant de Nicosie (autre lieu de catastrophes), à « deux doigts de la ruine », ce qui l’attend à Nantes est bien pire qu’une énigme à résoudre. Sa vie étant déjà traversée par de nombreuses morts violentes, des descentes aux enfers, des récits de femmes battues, forcées, prostituées, violées, on peut dire que cet homme ne porte pas qu’un sac de voyage mais également des histoires lourdes avec beaucoup de mor(t)s dedans.

Jusque-là il était un réceptacle, celui qui engrangeait des milliers de mots à travers les histoires lues dans les livres, entendues et confiées par les participants des ateliers d’écriture ; cette fois c’est lui qui s’est mis à parler, à se délester pour ne pas étouffer, ce qu’il nomme la transmission.

« J’ai passé deux mois à Nicosie, et j’ai ressassé durant deux mois la mort d’un soldat et le suicide de son grand frère. C’est peut-être la raison pour laquelle je vous raconte à mon tour cette histoire, pour éviter qu’elle ne nidifie en moi, qu’elle s’enkyste et m’étouffe. Veuillez m’en excuser, à votre tour il faudra la transmettre, vous en délester très vite. Disons que nous sommes devenus vous et moi maillons d’un hommage. Tant que quelqu’un racontera cette histoire, la mémoire de ces deux hommes, fauchés à trente-cinq années d’intervalle, survivra. »

Éric Pessan maîtrise son sujet ainsi que les unités de temps théâtrales, c’est indéniable et jamais il ne vous laissera en paix. Maniaque du verbe et du détail, habitué du style café-noir-court-non-sucré, son écriture fait sacrément mouche. En deux coups de cuillère à pot, c’est l’enfance qui reflue à nouveau chez  cet homme qui, malheureux confident de sa mère, semble être condamné à reproduire la chute de ses parents. Outre une vision décapante de Chypre, de Nicosie en particulier, une descente dans le quotidien des abimés de la vie (comme dirait l’autre) et de longues incursions dans les ateliers d’écriture (lieu de l’intime, du social et de la langue), il vous entraînera avec habileté dans le corps et la tête de son personnage avec même parfois une douce sensualité (sans jamais tomber dans les clichés).

Je sens déjà les sourcils se froncer, les yeux se plisser : mais que ce roman est noir, pensez-vous ! Peut-être mais ce n’est pas tant le sujet qui compte que la manière dont il est traité. Ne serait-ce que pour l’écriture, ce roman vaut plus qu’un simple coup d’oeil.

« Toutes les histoires devraient commencer ainsi : par un brutal arrêt, un hoquet dans la course folle, le monde se vide et deux personnages se font face. Ils devront agir l’un et l’autre, en taisant, en disant, en cachant, en mentant, mais ils seront liés pour que l’histoire puisse avoir lieu. »

Éric Pessan est auteur de plusieurs romans, de fictions radiophoniques, de textes de théâtre, ainsi que des textes en compagnie de plasticiens. Il anime également des rencontres littéraires et des débats, ainsi que des ateliers d’écriture. Il collabore au site remue.net. Il a été rédacteur en chef de la revue d’art et littérature Éponyme, publiée par les éditions Joca Seria (quatre numéros parus). En compagnie de Nicole Caligaris, il a co-dirigé l’ouvrage collectif Il me sera difficile de venir te voir, correspondances littéraires sur les conséquences de la politique d’immigration française, publié en octobre 2008, aux éditions Vents d’ailleurs. Son dernier roman, Incident de personne, chroniqué aujourd’hui, est disponible en numérique sur ePagine.

6 octobre 2010

Entretien avec Brigitte Giraud, directrice de la collection « la forêt » (Stock)

Il y a deux semaines, Franck d’Anne Savelli, récit publié début septembre aux éditions Stock dans la collection « la forêt », était chroniqué ici. Aujourd’hui, je vous propose de lire l’entretien que j’ai eu avec la directrice de cette collection, l’écrivain Brigitte Giraud (grand merci à elle). Pour compléter cet entretien, je reviendrai ensuite sur les deux titres publiés à ce jour dans sa collection (celui d’Anne Savelli et celui de Fabio Viscogliosi qui vient de recevoir la Bourse de découverte Prince Pierre de Monaco) ainsi que sur son dernier roman à elle, publié chez Stock en août 2009, Une année étrangère. Sachez également que Brigitte Giraud sera présente demain à la librairie Les Buveurs d’encre lors de la soirée consacrée à Anne Savelli qui, en compagnie de Pierre Ménard (souvenez-vous), proposera une lecture croisée d’extraits de Franck et de Cowboy Junkies /the trinity session (éditions Le mot et le reste). Pour toutes ces raisons, ePagine a créé un bandeau (mise en avant numérique) que vous retrouverez sur la page d’accueil du site. Bonne promenade dans la Forêt !

5 questions à Brigitte Giraud

Vous êtes une femme-orchestre, Brigitte ! Auteur de romans, de récits et de nouvelles, vous êtes également une des responsables de la Fête de Bron depuis de nombreuses années et maintenant éditrice chez Stock…

Non, non je ne suis pas une femme-orchestre, j’ai été en effet Chargée de la programmation de la Fête du Livre de Bron (près de Lyon) pendant une quinzaine d’années et ne suis depuis deux ans plus que Conseiller Littéraire, c’est-à-dire toujours impliquée, mais moins dans le quotidien, dans cet événement auquel je suis très attachée. C’est un choix que j’ai décidé de faire pour pouvoir me consacrer davantage à l’écriture. La proposition de collection que m’a faite Jean-Marc Roberts est récente et m’a enthousiasmée parce qu’elle me permet de défendre des textes singuliers de littérature contemporaine, dont l’écriture est un engagement fort. C’est en tout cas ainsi que je vois « la forêt » où je publierai de 4 à 6 textes par an.

J’avais déjà beaucoup aimé le premier titre paru dans votre collection : Je suis pour tout tout ce qui aide à traverser la nuit de Fabio Viscogliosi. Comment a-t-il été reçu ?

Je suis heureuse du succès d’estime qu’a reçu le texte de Fabio, les libraires l’ont porté et beaucoup défendu pour certains, des critiques littéraires l’ont aussi découvert avec enthousiasme et passion parfois. Je crois que Fabio, qui avait déjà une belle reconnaissance en tant que musicien et dessinateur, est à présent considéré comme un écrivain à suivre, repéré pour son premier livre qui, il faut le dire, est un texte rare et d’une grande beauté et intelligence.

Franck d’Anne Savelli est le deuxième titre de la collection « la forêt ». Comment avez-vous découvert l’auteur ? En lisant ses deux textes précédents parus chez le Mot et le reste ? Via son blog ? Et pouvez-vous nous dire pourquoi ce récit vous a touchée ?

Oui, j’avais lu son « Cowboy Junkies » et je connaissais et aimais sa voix. Le manuscrit m’a été transmis par l’intermédiaire d’une amie libraire qui avait compris que ce texte me toucherait. J’ai été saisie à sa lecture par la force de l’écriture, son tempo, sa mécanique, la façon dont la voix de l’écrivain résonne pour approcher un sujet rare et délicat. Anne Savelli fait le portrait d’un homme (qu’elle a aimé) en parlant des lieux dans lesquels il a vécu, qu’il s’agisse des squats, des halls de gare, des stations de métro ou de Fleury-Mérogis… C’est le portrait d’un homme indésirable, qui n’a de place nulle part et dont le destin est d’être chassé. Le travail d’Anne Savelli sur les lieux est unique, il tente de comprendre comment les lieux jettent au lointain ceux qui n’ont ni statut, ni légitimité, ni argent. C’est la première fois que je lisais une approche aussi sensuelle et précise du parloir en prison, saisi de l’intérieur. Savoir ce que vit la « visiteuse » quand, après avoir parcouru des kilomètres et imaginé ce moment attendu pendant des jours, elle voit enfin son homme le temps de quelques minutes et que ni la parole ni les gestes ne sont à la hauteur de ce qu’on voudrait exprimer. C’est bouleversant, de pudeur et de désespoir, c’est un texte fort qui dit comment la machine pénitentiaire broie sans laisser de trace, qui révèle ce qu’on a du mal à affronter, dans une société qui peine à regarder en face la prison et à proposer un vrai débat. Publier ce texte était pour moi un engagement littéraire mais aussi politique.

Certains de vos livres commencent à être disponibles en numérique, ceux de votre collection également. Pensez-vous que c’est une bonne chose ?

Houlà, franchement, je suis assez partagée ! Si le numérique est certain de préserver l’intégralité du droit d’auteur quoi qu’il arrive, et de respecter le lecteur et le libraire, pourquoi pas, mais pour être franche, je suis assez perplexe. Le support papier n’est pas quelque chose de ringard ou de dépassé, il fait partie de la matière du travail, fabriquer un objet n’est pas anodin, l’objet n’est pas qu’un support, c’est bien plus…

Vous avez d’autres projets j’imagine. Pouvez-vous nous en parler ?

D’autres titres de « la forêt » paraîtront en 2011, deux titres prévus pour janvier et mars, hybrides et singuliers. Et pour ma part je travaille à l’écriture d’un roman que je terminerai sans doute cet hiver. A signaler aussi que la prochaine Fête du Livre de Bron aura lieu en février prochain et proposera un regard sur « 25 ans de littérature française », pour fêter son 25e anniversaire.

Les deux titres publiés dans la collection « la forêt » disponibles en numérique

Franck d’Anne Savelli, septembre 2010

Franck traversait déjà Cowboy Junkies / The Trinity Session : il était « celui à qui elle écrivait ». Cette fois, il est nommé, prénommé. Bel et bien absent de la vie de la narratrice, il n’empêche qu’il est toujours là, figure obsédante, d’où l’adresse, d’où le titre, d’où le sujet de ce récit. Elle qui a fait un bon bout de route avec lui et ne l’a jamais laissé tomber. Même et surtout lorsqu’il s’est retrouvé en prison. Malgré les difficultés administratives, malgré les longues attentes, malgré les allers et retours, malgré les courtes entrevues, malgré son impuissance ou son dégoût d’un système kafkaïen qui passe plus de temps à réprimer, à punir et à soigner son image qu’à respecter les hommes et les femmes emprisonnés mais également ceux et celles qui sont enfermés dehors. Mais comment écrire et décrire l’attente qui a été la sienne ? Comment nommer l’innommable quand « celui à qui » n’est plus qu’un matricule et que la naratrice se retrouve soudain dans la masse compacte, anonyme et impuissante des visiteuses ? Comment ne pas être touché par cette écriture forte, visuelle et sonore ainsi que par les deux figures de ce récit prises dans une société déshumanisante, deux êtres inséparables mais séparés ? (extrait de la chronique du 22 septembre 2010)

Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit de Fabio Viscogliosi, février 2010

Le livre de Fabio Viscogliosi fait partie de ces objets littéraires qu’on met du temps à terminer parce qu’on pressent déjà au bout de quelques pages seulement que la séparation sera difficile. L’écriture est tendue, entre la retenue et le lâcher prise ; le texte-bloc, synthétique, avec ce qu’il faut de touchant et d’humour, est bien maîtrisé. Ici, on peut réellement parler d’une rencontre physique entre la voix de celui qui écrit et celle du lecteur. Oui, ce livre va laisser des traces, on le sait déjà, à cette manière que l’auteur a d’être au monde, de le regarder et de le dire : cet ordonnancement, ce goût pour le détail et l’infiniment petit : ce grain de sable qui aurait pu tout briser, tout changer, tout défaire, cet autre qui a tout sapé.
Et puis il y a cette impression à chaque chapitre (plus de cent cinquante en tout) d’avancer dans un univers familier, connu, vécu, truffé de rencontres, de moments volés ou repris à l’enfance, de références littéraires, cinématographiques, musicales, sportives… mais également de leçons de plomberie, de soudure ou d’électronique. On y croise Raymond Chandler, le chien Snoopy, René Magritte, Henri Calet, l’Italie, le rock, ce qu’il reste de l’enfance pour tenir devant les jours adultes et une figure : celle du père, entre ombre et lumière, qui est celui qui guidera le narrateur jusqu’à l’ultime confession. (extrait de la chronique du 11 juillet 2010)

Le dernier roman publié de Brigitte Giraud

Une année étrangère de Brigitte Giraud, Stock, 2009

Pourquoi cette famille allemande qui a priori n’avait pas besoin de jeune fille au pair en a-t-elle fait la demande ? Voilà la première question que se pose Laura, cette française de 17 ans, dès son arrivée. D’abord bloquée avec la langue (donc avec la pensée), elle est également maladroite car elle ne sait pas ce que cette famille si différente de la sienne (qui, elle, est en train d’éclater suite à la mort du petit frère) attend d’elle. Elle doit donc recomposer « ce qui s’est décomposé en elle », malgré la forêt inquiétante, l’hiver et ses courtes journées et ce qu’on lui cache : le pourquoi de sa présence.
Laura distille les informations et au détour d’une phrase nous livre un élément de sa vie d’avant ou de sa nouvelle vie allemande. En procédant ainsi, par touches, l’auteur parvient à nous plonger dans le même sentiment d’étrangeté que son héroïne, qui s’invente un personnage pour faire la nique au réel ou lit Thomas Mann et Hitler pour mieux comprendre la langue.
Un matin la jeune allemande lui échappe et Laura se perd dans la forêt ; et soudain c’est son frère qu’elle cherche, ce frère qui la hante, cette mort qui lui a fait faire ce voyage de l’autre côté de la frontière, à plus de mille kilomètres des siens. Elle comprend alors que c’est ce deuil impossible qui l’a amenée là, au bord de la Baltique, (« L’expérience du deuil ? Un vertige d’étrangeté », dit-elle), en cet endroit précis où, face à la maladie qui déboussole la famille allemande liée à la France par le grand-père, elle devrait mieux accepter la mort de son frère et enfin rejoindre l’âge adulte.

Les autres titres de Brigitte Giraud en vente sur ePagine

Christophe Grossi

PS : info de dernière minute : lire l’excellent article de François Bon (le tiers livre) publié hier mardi 5 octobre où il revient sur la démarche exemplaire d’Anne Savelli (réponse de l’auteur dans les commentaires), l’audace formelle de son roman et le web comme création critique. Sont également recensés là tous les articles, billets et chroniques consacrés à ce roman.

 

 

 

 

5 octobre 2010

Gaëlle Bantegnie, France 80 (L’arbalète/Gallimard), rentrée littéraire 2010

Feuilletez les premières pages en ligne sur ePagine !

J’ai eu la chance de lire très tôt France 80, le premier roman de Gaëlle Bantegnie (L’arbalète/Gallimard). C’était avant l’été et j’ai tout de suite su que ce texte m’accompagnerait longtemps. Fin juillet, souvenez-vous, je vous ai même proposé de lire un extrait sur ce blog. Puis la rentrée est arrivée, le livre n’ayant pas été numérisé de suite, j’ai dû patienter un peu. Parmi les romans disponibles à la vente en numérique sur ePagine et les sites des libraires partenaires, ce texte reste pour moi, avec Franck d’Anne Savelli, Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal ou encore Signes cliniques de Christine Jeanney, ce que j’ai lu de plus singulier et de plus fort ces derniers mois. Mais je n’ai pas encore tout lu…

Claire est née au début des années 70. En 1984 (année où sera identifié le sida en France, où meurent Marvin Gaye, Truman Capote et François Truffaut, où Marguerite Duras reçoit le prix Goncourt avec L’amant), elle a 13 ans ; elle vit avec ses parents et sa petite-soeur (maison individuelle, quartier résidentiel) à Rezé près de Nantes. Quelques mois après la mort de John Cassavetes, quelques autres avant la chute du Mur de Berlin, à sa majorité, elle aura son bac en poche. Voilà pour les balises temporelles de France 80.

Qu’est-ce que passer de l’adolescence à l’âge adulte dans les années 80 dans l’ouest de la France ? Voilà à quoi s’est attelé Gaëlle Bantegnie dans ce premier roman. Si les métamorphoses corporelles et psychiques de Claire, son éveil à la sexualité, ses évolutions dans le rapport aux autres (les copains et copines, les amoureux, les parents, la petite soeur, la grand-mère, les cousines…), à la nourriture, à la culture ou à la consommation sont bien là, l’auteur est également parvenu à inscrire avec finesse et clairvoyance son personnage dans son époque. Et c’est bien là pour moi que réside la force de ce texte littéraire. Plutôt que d’être tentée par le récit autofictionnel basique, l’auteur, tout en se servant néanmoins de certains codes intrinsèques à ce genre, a privilégié la distance non affectée qu’on peut trouver dans les Mythologies de Roland Barthes ou chez Perec, Les Choses, Je me souviens ou encore Espèces d’espaces. Résultat : un mélange étonnant et détonnant, un regard clair, juste, précis et un style efficace non dénué d’humour et de douce ironie sur cet âge, ce lieu et cette période ingrats. Pour ce faire, Gaëlle Bantegnie égraine les marques, les titres de chansons de l’époque traversée, les noms de sportifs célèbres, les titres d’émissions de télévision… mais plutôt que d’en faire une liste ou un inventaire (son remember), l’auteur les a intégrés au récit. Alors bien sûr, il sera aussi question des bars et des hôtels dans lesquels on pouvait encore fumer et des boîtes de nuit, des maisons jumelles, de la vie des gens (leurs habitudes, leur quotidien) et de la déferlante technologique. On se met à la place de Claire et ça fonctionne. Ce vécu et ce rapport au réel sont pertinents, font sens, comme dirait l’autre. On s’étonne de retrouver telle chanson, on est émerveillé par une si belle maîtrise de la construction du récit où l’avenir nous est donné en même temps qu’on suit Claire dans ses faits et gestes, dans son quotidien, entre Polaroid et journal intime.

Claire fait souvent figure d’ovni dans son environnement et semble déjà différente des autres. Mais les autres, hormis les gens de son âge, qui sont-ils ?

- ses parents qui sont rattachés à leur maison individuelle semblable ou presque aux autres dans ce quartier résidentiel de Rezé ; brossés dans leur quotidien, on les suivra à travers leurs passions, leurs peurs, leurs névroses et leurs renoncements, leur égoïsme et leur générosité, leur lutte pour faire tenir la cellule familiale le plus longtemps possible.

- Patrick et Nadine (lui VRP, elle coiffeuse) sont de grands enfants qui ne veulent rien assumer et n’assurent pas. Alors on vole un peu d’argent, on met en difficulté une entreprise de bâtiment (premier point de convergence avec l’histoire de Claire ; leurs routes se croiseront encore, toujours de manière subtile), on vend des décodeurs pour Canal+, on cherche à coucher à droite à gauche, on va en boîte, on ment, on a peur de prendre un appartement ensemble, de faire un enfant, on se rend compte qu’on n’aura plus jamais l’âge de Claire (si Patrick a 14 ans de plus que Claire, à la lecture de France 80 il semble bien souvent moins mature qu’elle).

- le vendeur de frites sera peut-être (je ne vais pas tout vous dire !) celui qui fera chavirer le coeur de Claire et aura son nom au générique des premières fois…

Moi aussi, comme l’auteur, je me souviens des années 80 : j’ai l’âge de Claire à peu de choses près. Et je ne peux pas nier que j’ai aimé ce roman pour son côté transgénérationnel. Mais pas seulement. Ceux qui sont nés au début des années 70 en France retrouveront sans peine tout ce qu’ils ont connu dans leur enfance et ceux qui ont l’âge de leurs parents se retrouveront peut-être dans le portrait des adultes mais chacun verra par lui-même qu’il n’y a pas de place ici pour la nostalgie, la régression ou le cynisme (peut-être une douce ironie ?). France 80 est une analyse, par la fiction, de ce que deux classes d’âge ont vécu à une période bien précise : les années 80. Et ce qui fonctionne dans ce roman (je sais que je me répète), c’est d’avoir réussi à insérer sans que ça paraisse ni forcé ni surfait tout ce que et tout ce qui représente une époque : la mémoire collective à travers quelques expériences singulières. Pour le coup, plus de 20 ans après, on note ce qui a disparu et ce qui est resté, les impondérables ou les produits qui ont changé de nom mais sont toujours là. On a le recul nécessaire pour ça. Comme celui de repérer les mêmes gestes qu’aujourd’hui, les mêmes désirs, attentes, aspirations, rêves : consommer et vouloir être dans son temps. Mais, tout de même, 20 à 25 ans c’est rien (une génération) et c’est pourtant le temps qui nous sépare de cette époque ; 25 ans c’est rien et néanmoins j’ai souvent eu l’impression que l’auteur me parlait d’un temps que les moins de 200 ans n’auraient pas pu connaître et d’un pays qui ne serait pas le nôtre… L’effet du temps, sur le lecteur aussi.

On dit, lit, entend, répète partout que l’adolescence est une période ingrate, cruciale et délicate vers la construction du soi adulte. Mais à lire ce récit, ce qui semble attendre Claire (les désillusions, mensonges, abnégations et autres renoncements décrits chez les adultes) est bien plus dur encore. Terminant ce texte, je me suis mis à espérer que le temps se soit arrêté en 1989 pour elle.

France 80 est le premier roman de Gaëlle Bantegnie, professeur de philosophie et membre du collectif Othon. Elle a également participé au recueil 14 femmes : pour un féminisme pragmatique (Gallimard, octobre 2007). Un extrait de France 80 peut être feuilleté en ligne ou téléchargé gratuitement sur vos ordinateur, liseuse, iPad… Un autre extrait, lu par Benjamin Jungers (Pensionnaire de la Comédie-Française), est également disponible ici. Ce roman fait partie, tout comme l’excellent recueil de nouvelles de Thomas Clerc, L’homme qui tua Roland Barthes, de la collection L’arbalète que dirige Thomas Simonnet. Enfin, Gaëlle Bantegnie (accompagnée d’Alain Mabanckou) fera sa rentrée le samedi 2 octobre à 17 heures au Théâtre de l’Odéon (salon Roger Blin) dans le cadre du programme « Présent composé » (tarif unique, 5 euros).

Christophe Grossi

http://www.epagine.fr/9782072412608-france-80-bantegnie-gaelle/

3 octobre 2010

Le siècle des nuages, Philippe Forest (rencontres en librairie)

Durant tout le mois d’octobre, Philippe Forest présentera son dernier roman, Le siècle des nuages (Gallimard), dans de nombreuses librairies dont trois sont liées à ePagine. Parmi elles figurent Mollat à Bordeaux, Ombres Blanches à Toulouse ou encore Kléber à Strasbourg qui recevra l’auteur le 26 dans le cadre de ses Conversations. La rencontre sera animée par Isabelle Baladine Howald, poète et libraire. L’occasion pour ePagine de proposer une mise en avant numérique de ce livre sur sa page d’accueil et, pour moi, de remonter la chronique écrite le 27 août dernier.

Chronique du 27 août 2010

Le siècle des nuages de Philippe Forest (Gallimard) ou le vingtième siècle vu par l’histoire familiale de l’auteur et celle de l’aviation. Un roman à feuilleter en ligne ou en téléchargeant un extrait sur votre ordinateur, votre liseuse ou votre iPad.

On l’annonce déjà comme l’un des livres les plus importants de cette rentrée littéraire. Moins troublant que L’Enfant éternel ou Toute la nuit, moins puissant que Sarinagara, ce roman de Philippe Forest (Le siècle des nuages) est néanmoins son plus ambitieux. Embrassant le vingtième siècle (vu non du ciel mais par le ciel) via l’aviation et la figure du père, il questionne une fois encore le deuil, la création et la place de l’Homme dans ce siècle passé. Roman familial, historique ? Aucun doute qu’il revisite ces deux genres romanesques. Mais, parce que l’auteur s’appelle Philippe Forest, qu’il interroge la question de la fiction dans le roman contemporain (comment dire l’intime ou l’expérience, à partir de quels matériaux raconter les légendes familiales liées à sa propre histoire ?), il parvient ici, par l’autofiction, sans pathos et sans effets hagiographiques, à insérer la petite histoire dans la grande. Parce qu’il est à la fois un être humain de sexe masculin, fils, amant, père, intellectuel, essayiste et romancier, Philippe Forest se sert de ses différentes facettes pour dire, témoigner, raconter, penser et inventer. Pas de pacte autobiographique ici : d’emblée, puisqu’il est question de souvenirs, il s’agira donc de presque vérités, de légendes : chacun de nous étant plusieurs romans flous : « Celui qui rêve ou se souvient, écrit-il, ne fait jamais que réciter à son insu une fable qui lui a été dictée ou bien soufflée, qui fut celle de milliers d’autres avant lui et à l’exclusive propriété de laquelle il n’est personne qui puisse finalement prétendre. Si bien que c’est moi maintenant qui me souviens (…) » et plus loin : « N’importe qui, et moi aussi bien mais pas davantage qu’un autre, peut se rappeler tout cela et en faire la matière utile d’un roman qui soit à la fois le sien et celui de tous. » S’il a choisi la distanciation et le détachement, ce ton qu’on attribue d’ordinaire aux textes tendant à l’objectivité, l’utilisation systématique du participe présent en début de phrase, un sens aiguisé de la formule ainsi que les longues phrases déployées sont bien l’oeuvre d’un écrivain et non d’un scientifique. Par ailleurs, si l’auteur, contrairement à ses romans précédents, se fait ici discret (il faut attendre la dernière partie pour voir apparaître sa marque de fabrique), à différents moments, son texte peut rappeler l’entreprise romanesque de Jean Rouaud, entre saga familiale (celle publiée chez Minuit) et réflexions sur l’invention du roman (publiées chez Gallimard). Enfin, ce nouvel opus est une fois encore l’occasion pour lui de parler des auteurs qui l’accompagnent : Faulkner, Céline, Flaubert ou encore Joyce


Philippe Forest, entretien avec Sylvain Bourmeau (Mediapart)

Hormis pour le prologue et pour l’épilogue, l’auteur a donné comme titre à ses chapitres des dates liées à son histoire familiale et à celle de l’aviation, de 1903 à 1998 : les deux angles de ce roman.

Le siècle des nuages est d’abord le portrait de son père (peu importe qu’il soit en partie inventé). Personnage idéaliste et inquiet, sûr de ses principes (qui pourtant tomberont les uns derrière les autres) et très croyant, déçu par le devenir de l’aéronautique, miné par les amis qui disparaissent les uns après les autres ainsi que par la vie sentimentale cabossée de ses enfants, bouleversé par la mort de la fille de Philippe Forest, on le suivra de sa naissance à sa mort en passant par sa vie à Mâcon, sa passion pour l’aviation qui l’amènera à devenir pilote de ligne, ou encore sa décisive rencontre amoureuse (lire les descriptions sur les deux milieux parentaux, celui de la confiserie et de la librairie). On le verra également conduire sous l’Occupation une voiture sans permis ou bien s’interroger sur les choix à faire sous Pétain (c’est quoi le bon camp ?) ; on le suivra à travers ses fiançailles ou son premier vol, en Algérie et aux États-Unis, via le débarquement manqué et son mariage à distance ; on le retrouvera en pleine guerre froide, pauvre, débutant chez Air France puis, plus tard, pilote, commandant de bord jusqu’à la retraite, la dépression, la vieillesse… Derrière lui, en creux, il y a la mère de l’écrivain ; malgré sa présence discrète, ce personnage fidèle et loyal est le véritable pilier de la famille (cinq enfants à élever et un mari souvent dans les airs) ; c’est d’ailleurs elle qui ramènera à la raison son mari lorsqu’il ne comprendra pas pourquoi ses enfants (et le monde en général) ont choisi une autre vie que celle qu’il avait espérée, pourquoi ils ne ressemblent pas à ce qu’il s’était imaginé et semblent si éloignés de ses valeurs.

Le siècle des nuages est aussi le roman sur l’histoire de l’aviation, de son évolution, de son rapport étroit avec la recherche scientifique et militaire, de son rôle tragiquement essentiel lors des conflits armés dans ce siècle meurtrier. Là aussi, l’auteur (qui entremêle les deux angles) a choisi la linéarité, la chronologie pour raconter cette histoire-là, depuis sa naissance, son invention, jusqu’à nos jours, n’oubliant pas les grandes étapes de l’aviation moderne, ses pionniers ainsi que les écrivains aviateurs (Ader, les frères Wright, Blériot, Guynemer, Lindbergh, Guillaumet, Mermoz, Saint Exupéry…).

© portrait de l'auteur, site Gallimard

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et docteur ès lettres, Philippe Forest enseigne la littérature comparée à l’Université de Nantes. Il est l’auteur de nombreux essais consacrés à la littérature et à l’histoire des courants d’avant-garde et de romans. Collaborateur de la revue Art Press, il est également critique littéraire, cinématographique et artistique. Son roman, Le siècle des nuages, a paru le même jour dans son format papier et en numérique (compatible avec l’iPad) sur ePagine ; les premières pages peuvent être feuilletées en ligne et téléchargées gratuitement sur tous les sites des libraires partenaires du réseau ePagine. Un extrait du texte est également lu par Benjamin Jungers, Pensionnaire de la Comédie-Française sur le site de l’éditeur.

Christophe Grossi


Livre numérisé de Philippe Forest aux éditions Gallimard : Le siècle des nuages, août 2010.
Pour consulter la liste de ses autres essais et romans, rendez-vous sur Place des libraires.

Quelques rencontres en librairie

  • Librairie L’Armitière (Rouen) le 6 octobre
  • Librairie Compagnie (Paris 5ème) le 7 octobre
  • Librairie le Square (Grenoble) le 12 octobre
  • Librairie Mollat (Bordeaux) le 15 octobre
  • Librairie Kléber (Strasbourg) le 26 octobre
  • Librairie Ombres Blanches (Toulouse) le 28 octobre
  • Librairie Tonnet (Pau) le 30 octobre
Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress