Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

16 juin 2010

« La guerre des vanités » en numérique et Marin Ledun au Comptoir des mots

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 09:56

Marin Ledun (La guerre des vanités) est après Antoine Chainas (Une histoire d’amour radioactive), Dominique Manotti (Bien connu des services de police) ou Ingrid Astier (Quai des Enfers), la nouvelle voix de la Série noire chez Gallimard. Numérisé comme ceux de ses confrères, son roman, qui met à mal les secrets des habitants de Tournon tous empêtrés dans une série de suicides d’enfants et d’adolescents, a fait couler beaucoup d’encre… noire. On aime son sens du récit ou on est agacé. Les avis sont tranchés. Comme le style de Marin Ledun. Comme les manières d’enquêter du lieutenant Korvine. Pour vous faire vous-même votre opinion, vous pouvez feuilleter, télécharger ou acheter La guerre des vanités dans sa version numérique chez ePagine mais aussi à L’Alinéa à Martigues ou encore sur le site de Bibliosurf.  L’auteur sera également vendredi 18 juin à 20h à la librairie Le Comptoir des Mots (239, rue des Pyrénées, Paris 20, M° Gambetta) et la rencontre sera animée par Didier Coviaux. On le retrouvera le lendemain, samedi 19 juin, à la librairie Terminus Polar (1 rue Abel Rabaud, Paris 11 – M° Goncourt) pour une après-midi et une soirée consacrées à la collection « Le Poulpe ».

Tournon : petite ville où tout le monde sait tout sur tout le monde avec vue sur le Rhône et Tain L’Hermitage.
Tournon : en banlieue de Valence, qui souffre de ses embouteillages, de la drogue, de l’alcool, de ses silences de plomb.
Tournon : ses familles amputées, brisées, endeuillées, claquemurées dans leurs secrets trop longtemps gardés ; ses notables ; son laboratoire.
Tournon : ses cinq suicides d’enfants et d’adolescents en une matinée (plus d’autres qui suivront).
Tournon : entre sexe, mensonge et vidéo ; entre jeux de rôle, lâcheté et webcams.
Tournon : son lieutenant (Korvine, une enfance difficile) qui la connaît trop bien ; une ville qui ne connaît pas encore ses méthodes brutales. Et bien qu’usé, crachant ses poumons, cet homme est prêt à remuer ciel chargé et terre glaise pour démêler le faux du vrai : « Quels sont les noms de ceux qui savent et qui mentent ? Pourquoi se taisent-ils ? (…) Et surtout, pourquoi ces films ont été tournés ? Qui servent-ils ? Quel est leur but ? (…) Pourquoi est-ce que les enfants sourient sur les vidéos ? »
Tournon : ses faux témoins, son suspect idéal, sa fatalité.
Tournon : sa guerre des vanités.

Coup de coeur : « Figure montante du jeune polar français, Marin Ledun signe un thriller noir au rythme époustouflant, haletant au sens premier du terme. Tranchant, rugueux, aussi violent que le récit qu’il anime, son style est à l’image de son propos : engagé, révolté et sans concession. À 35 ans, il s’impose comme une voix tranchante et singulière du polar français, pour qui l’écriture est avant tout un engagement citoyen. Après deux premiers romans parus au Diable Vauvert, cet écrivain prolifique a signé pas moins de trois romans et un essai au cours des derniers mois. Qu’il s’inscrive dans des collections connues et étroitement codifiées (Le Poulpe, avec Un singe en Isère, éd. Baleine, 2010 ; Mona Cabriole, avec Le Cinquième clandestin, éd. La Tengo, 2009) ou qu’il entre dans la prestigieuse Série Noire de Gallimard (La guerre des vanités, 2010), il ne lâche rien de ses convictions, ni de sa volonté de scruter les dérives sociales, technologiques ou culturelles qui entravent notre monde et nos libertés individuelles. » (Didier Coviaux, libraire au Comptoir des mots)

Emballement : « Outre un excellent polar par son rythme, son suspense et sa structure, La Guerre des Vanités est aussi un livre de société traitant de thèmes graves et dénonçant les troubles de la société actuelle. » (lecteur à la Fnac)

Sur sa fin : « Marin Ledun n’a pas totalement réussi à me convaincre que de si petites causes puissent entraîner de si grosses catastrophes. Mais je suis peut-être passé à côté, et cela n’enlève rien aux réelles qualités de ce roman. Juste l’impression d’être passé à côté de quelque chose de beaucoup plus fort. » (blog de Jean-Marc Laherrère, actu-du-noir)

Contre : « Pour ce texte de Ledun, j’annonce la couleur tout de suite, j’ai définitivement calé à la page 110. Le lieutenant Korvine continuera les 300 suivantes sans moi. (…) Je ne doute pas une seconde que de nombreux lecteurs passeront un bon moment avec le Lieutenant Korvine, j’en suis heureux pour eux et pour l’auteur. Mais vous l’avez compris, c’est pour moi définitivement impossible. » (Thierry Godefroid, lecteur sur Bibliosurf)

Né en 1975, docteur en communication politique, Marin Ledun a été un spécialiste des questions liées au vote électronique, a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail. Son écriture est influencée par les univers romanesques et poétiques d’Erskine Caldwell, Dashiell Hammett, David Peace, Haruki Murakami ou Akutagawa Ryünosuke, mais aussi par les travaux de Louis Althusser, Norbert Elias, Michel Foucault, Cornélius Castoriadis ou Theodor W. Adorno. Il anime également un blog.

Christophe Grossi

12 juin 2010

Une journée avec Franz Bartelt (« La mort d’Edgar ») chez Millepages à Vincennes

La librairie Millepages organise une journée avec Franz Bartelt autour de La mort d’Edgar (recueil de nouvelles numérisé chez Gallimard que vous pouvez retrouver dans le dossier thématique Nouvelles et contes à télécharger gratuitement sur ePagine) ainsi que de Je ne sais pas parler, son nouveau roman publié aux éditions Finitude. C’est à Vincennes que ça se passe et c’est aujourd’hui !

La mort d’Edgar contient neuf nouvelles où l’humour noir de Franz Bartelt, son sens de la formule et du détail, son goût pour le comique de situation ou encore son ironie mordante nous rappellent souvent les dialogues de Michel Audiard et les meilleurs auteurs du roman noir américain. Qu’il soit question de jalousie, de tromperie, de défis cruels, d’assassinat, de suicide, l’auteur trouve toujours le ton juste et le pas de côté pour éviter affect et pathos. Sans concession, son oeuvre découpe au scalpel l’univers de ses contemporains, leur misère, leur quotidien, leurs affres, leurs désirs les plus fous, leur méchanceté, leur frustration et leurs délires. Pour aller plus loin, lisez l’interview de Franz Bartelt par Marc Villard sur Bibliosurf.

à télécharger gratuitement

Feuilletez le livre sur ePagine, téléchargez un extrait ou le dossier thématique et achetez vos livres numériques à des libraires avant de retrouver Franz Bartelt chez Millepages à 10h30.  Dans l’après-midi il jouera au libraire et vous conseillera les livres qu’il a aimés avant une lecture apéritive qui se terminera sans doute très tard.

Christophe Grossi

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Programme de la journée du samedi 12 juin 2010

  • 10h30-12h00: Petit-déjeuner lectures à haute voix en la présence de Franz Bartelt.
  • 15h-17h : L’écrivain joue au libraire. Demandez lui conseil, ça vaut le détour !
  • 17h30-(?) : Lecture apéritive de Franz Bartelt dans la cour.

Librairie Millepages – 91, rue de Fontenay – Vincennes – Inscriptions au Petit-déjeuner : 01 43 28 04 15

9 juin 2010

« Pas le bon, pas le truand » de Patrick Chatelier (Verticales)

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:30

Pas le bon, pas le truand de Patrick Chatelier, son troisième roman publié aux éditions Verticales, a paru en papier et en numérique le même jour. Sauvage et poétique, sensible et brutal, humain et bestial, ce faux western à forte tension nous coupe plus d’une fois la respiration, jusqu’au final. Sa version numérique peut être téléchargée chez les libraires partenaires du réseau ePagine, les premières pages feuilletées en ligne et/ou téléchargées gratuitement. Et si vous souhaitez rencontrer l’auteur, il est ce jeudi l’invité de la librairie L’Atelier. Bang bang.

Je ne sais plus qui nous avait ramené l’affiche de cinéma, la vraie, la grande, pas un poster minable, mais ce qui est sûr c’est que je me suis mesuré à elle pendant toute mon enfance. Pourtant il buono, il brutto e il cattivo fixaient un point, je ne sais où, en tout cas ils ne me regardaient pas ; dessinés, ils paraissaient plus jeunes et moins usés que dans le film. Le nom de Clint Eastwood (Blondin, le bon) était écrit en lettres rouges dans un carré noir juste au dessus du titre et du réalisateur, Sergio Leone. Moitié de cigare vissé aux lèvres, il apparaissait également en plus petit, debout sur son épaule, les pieds sur son poncho, il tenait en joue les deux autres. The Good, the Bad and the Ugly étaient entourés de soldats, Guerre de sécession oblige. Chacun son chapeau, chacun une expression différente dans le regard. Sentenza, la brute (Lee Van Cleef) montrait de manière ostentatoire sa pétoire et Eli Wallach (Tuco, le truand) était le seul à ouvrir la bouche. Aujourd’hui, je me souviens surtout de la scène finale : confrontation, duel à trois. Du fameux silence pesant aussi, de personnages peu diserts aux répliques néanmoins saisissantes et de la musique d’Ennio Morricone.

« Avec Pas le bon, Pas le truand, Patrick Chatelier rend ses lettres de noblesse à un genre « mineur », le western spaghetti. Évitant la surenchère parodique et le simple clin d’œil pour initiés, il préfère ranimer la sauvagerie poétique qui hante ces tragédies en cinémascope. Et revenir aux sources de certains clichés, au tout premier degré, en leur redonnant chair et parole de l’intérieur. » Yves Pagès, son éditeur chez Verticales.

Photo de l'auteur par Alph. B. Seny (site des éditions Verticales)

Je finis toujours le travail pour lequel on me paie ! est une des phrases tirées du film. Qui la prononce ? Pas le bon, pas le truand – comme dans le roman de Patrick Chatelier -, mais la troisième, l’autre, celle qui tombe dans le trou (dans le film) et qui se prend une série de cailloux (dans le livre). Je dis « la », vous comprenez pourquoi. Ce « la » est d’ailleurs très important dans le livre, comme l’usage des temps du récit, comme les verbes à l’infinitif dans les longues phrases, lyriques, rythmées, sensorielles, sensuelles, comme le chiffre 7, comme celui qui regarde, comme au cinéma, comme cet enfant qui a regardé l’affiche jusqu’à ce qu’il s’en aille. Comme cet autre qui dans le roman n’a pas de nom, mais un surnom (et rejoint celle qui est absente du titre, toujours la même) : drôle de couple la brute et l’idiot. Drôle de couple aussi George et Carlotta Butler qui n’auraient jamais dû (se rencontrer, folâtrer, mettre au doigt un anneau et au monde un enfant). Drôle de couple aussi ces deux enfants, ces deux voisins, l’un malin, Jesse (mais pas si malin que ça finalement) et celui dont le nom viendrait du grec « idios » et qui aurait signifié au tout début « propre », « particulier ». Et il faut être sacrément propre dans ce monde pour se laisser enfermer dans une cabane. Et il faut être bougrement particulier pour se nourrir à la même échelle du réel et de la fiction. Alors, dans ces conditions je veux bien moi aussi être encore celui-là : Idiot / Je suis un idiot / Complètement idiot / Je suis vraiment idiot / Je suis l’ami / L’ami des mouches / Les seules femelles / Que je n’effarouche (…) / Papa m’a dit idiot / Maman m’a dit idiot / Mon frère m’a dit idiot  Ma soeur m’a dit idiot  / Mon chapeau me dit idiot (…) / Moi-même je dis idiot (…) / Mes chaussettes me disent idiot (Arthur H).

« Voilà ce qu’est un homme : celui qui a une vision. Un homme, c’est celui qui façonne sa vision, la précise peu à peu avec les ans, la renforce, l’approfondit, la décore, c’est celui qui protège coûte que coûte sa vision comme le trésor le plus précieux. Un homme, c’est celui qui porté par sa vision la transporte et la partage, la confronte aux autres et la vérifie, cherche de nouvelles visions à accoler dans une plus grande, immense vision pour un territoire qui s’étend vers l’ouest années après années, vision d’une patrie rassemblant les éparses car nous sommes tous américains, du Nord ou du Sud, du pâturin ou de la roche, de la bouse ou du pétrole nous sommes américains, riches et pauvres, blancs et nègres, bons et méchants d’une même nation, et nous planterons son drapeau sur les plus hautes montagnes afin que s’incline le reste du monde.  » Patrick Chatelier, extrait de Pas le bon, pas le truand.

Le roman de Patrick Chatelier est un western au sens où la langue passe par la photographie (cf. par exemple L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et la photographie dans le roman est une merveille. J’y ai trouvé tout ce que je pouvais imaginer quand je regardais l’affiche et quand ensuite j’ai visionné le film : les silences des hommes, leur solitude, la poésie brutale de leurs regards, de leurs gestes, leur peur et leur fantasmes. Je dis que ce roman est un western et en même temps il n’en est pas un (il y aura bien quelques coups de feu, oui, du sang, oui, des corps qui tombent, oui, mais si peu), plutôt une nature morte. Pleine de vie intérieure. Oui, parce qu’à l’intérieur des personnages ça bouillonne. Parce que pas à leur place. Jamais. Des déplacés. Mais voilà que l’écrivain (qui l’est aussi) arrive pour faire jaillir ce qu’ils ne peuvent dire sur un divan. D’ailleurs Freud n’avait pas de colt. Et puis ce roman est aussi un travail saisissant sur les relations humaines : le couple, les relations filiales, de voisinage, « amicales », tout ce qui empote, emporte, prend la porte virtuellement. C’est là, chez les Butler et leurs macaroni. Et si je me taisais un peu ?

À vous de lire maintenant. Et de rencontrer Jeudi 10 juin 2010 à 20h00 Patrick Chatelier à L’atelier (librairie 2bis rue du jourdain, Métro jourdain, Paris 20ème) où une projection d’un extrait du film Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone sera diffusée avant une lecture de Pas le bon, pas le truand et un échange avec Sébastien Rongier. Il sera également jeudi 19 juin l’invité de la Nuit Remue n°4 en compagnie de Christophe Manon (lectures croisées) au Centre Cerise, 46 rue Montorgueil, 75002 Paris, métro Sentier ou Etienne-Marcel.

« L’idiot a vu la chute sous plusieurs angles, l’envolée des bras, le poids déporté, la jambe malade, la bascule puis le choc contre le sol dans une gerbe de minuscules poussières embrasées. L’idiot a sursauté quand le coup de feu a claqué. Il avait oublié qu’il s’y attendait, rivé à la somnolence puisque depuis des heures il ne se passait rien, plein de la fatigue d’attendre tout en sachant que l’attente aurait une fin, somnolent de deviner cette fin sans qu’elle advienne. Mouvements précipités, armes brandies, larmes et sueur : pan. Pas de côté, débandade : pan. C’est la fin, a t-il sursauté. C’est la somnolence, a hurlé la fin.  » Patrick Chatelier, extrait de Pas le bon, pas le truand.

Patrick Chatelier est né en 1965 à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Il est l’auteur de trois romans aux Éditions Verticales, Infiniment petit (2002), Maternelles (2004) et Pas le bon, pas le truand (2010). Il développe par ailleurs un projet pluridisciplinaire et protéiforme autour de la figure du « Général Instin », avec des écrivains, comédiens, vidéastes… accessible notamment sur le site remue.net, dont il est membre du comité de rédaction.

Christophe Grossi

26 mai 2010

Quand les libraires vendent du numérique et invitent des auteurs

Filed under: Journal de bord — Mots-clefs : — Christophe @ 05:54

Derrière un livre (papier ou numérique) il y a toujours au moins un auteur ; quand votre libraire l’invite c’est l’occasion pour tout le monde de le rencontrer, de l’entendre parler de ses projets, d’écriture, ou encore des thèmes qu’il aborde dans ses romans, essais… L’occasion aussi de l’écouter lire, d’échanger ou encore de demander une dédicace. Pour terminer le mois de mai et débuter juin, des librairies partenaires du projet ePagine reçoivent J.B. Pontalis et Geneviève Brisac dont les textes ont été numérisés dernièrement. De leur côté, les libraires du Cultura de Villeneuve-d’Ascq accueilleront deux auteurs dont les livres ont également été numérisés par leur maison d’édition, Ravet-Anceau, située dans le nord de la France et notamment spécialisée dans le roman policier. Trois rendez-vous à ne pas manquer.

Samedi 29 mai, la librairie Cultura de Villeneuve d’Ascq recevra Emmanuel Sys, auteur de Julia, morte deux fois, Chaud beffroi et La morte du canal ainsi que Lucienne Cluytens, auteur des Peupliers noirs et de Lille-Québec aller simple (extrait disponible gratuitement dans notre dossier thématique spécial romans noirs). Ces cinq romans policiers publiés par Ravet-Anceau sont tous disponibles en numérique.

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Mardi 1er juin 2010, la Librairie de Paris reçoit J.-B. Pontalis. Créateur de la Nouvelle Revue de Psychanalyse (dont 45 numéros sont numérisés), éditeur de collections dont « L’un et l’autre » chez Gallimard, auteur d’ouvrages de psychanalyse importants et de récits mêlant son expérience et l’intime. « Il existe, écrit-il dans Perdre de vue, une analogie évidente entre la psychanalyse et la littérature. Nous y voyons à l’œuvre, sans doute par des voies différentes, […] le même postulat : être, pour la première fois, entendu, reconnu, […], et dans le même mouvement, craindre d’être absorbé par la pensée et par le langage. ». La rencontre qui commencera à 18 heures sera animée par Didier Blonde. Douze de ses livres sont aujourd’hui disponibles en numérique.

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Le lendemain, mercredi 2 juin 2010 de 18 heures à 20 heures, la librairie Ombres blanches à Toulouse accueille Geneviève Brisac auteur du récit Une Année avec mon père (éditions de l’Olivier) que nous avons chroniqué dernièrement, un des dix romans sélectionnés pour le Livre Inter 2010. La rencontre sera animée par Jean-Antoine Loiseau.


P.S. : comme nous le fait remarquer Bernard Strainchamps de Bibliosurf (dans les commentaires), il y a aussi des librairies en ligne qui invitent des auteurs. Par exemple :

  • Galadio : longue interview de Didier Daeninckx
  • L’Affaire de l’esclave Furcy : courte interview de Mohammed Aissaoui
  • La mort d’Edgar : interview de Franz Bartelt par Marc Villard

Christophe Grossi

8 mars 2010

Rencontres en librairie

Parmi les auteurs figurant au catalogue numérique ePagine, Hédi Kaddour, Olivier Rolin, Arnaud Cathrine (cf. chronique du 15 janvier 2010), Franz-Olivier Giesbert, Philippe Adam (cf. chronique du 24 février 2010), Jérôme Garcin, Bernard Thilie ou encore Myriam Revault d’Allonnes vous donnent rendez-vous en librairie pour échanger autour de leur dernier livre (lecture, débat, signature) et d’un verre.

Mardi 9 Mars 2010 à 18h00 chez Mollat (Bordeaux), Hédi Kaddour parlera de ses derniers ouvrages parus chez Gallimard, notamment de  Savoir-vivre. Le lendemain, mercredi 10 Mars 2010 (même endroit, même heure, même éditeur), ce sera au tour de Franz-Olivier Giesbert, pour Un très grand amour ; FOG sera également le samedi 13 mars à 16 h à la Librairie Charlemagne de Toulon.

Le 11 mars 2010 à 17 h 30, la Librairie Kléber (Strasbourg) accueillera Jérôme Garcin pour une conversation avec Marc Jarry autour de L’écuyer mirobolant (Gallimard).

Philippe Adam sera à la librairie Libralire le 10 mars 2010 pour une présentation de son nouveau roman Les centenaires. Rendez-vous au 116 rue Saint-Maur, 75011 Paris, à partir de 19 heures. Invité par la revue Transfuge, il fera le 12 mars 2010 une lecture d’extraits des centenaires à L’Arbre à Lettres République (33/35 bd du Temple – 75003 Paris). Il dédicacera également son dernier roman sur le stand N75 des éditions Verticales au Salon du livre de Paris Porte de Versailles le mardi 30 mars 2010 de 20 heures à 21 heures.

Le 13 mars 2010 à 15 heures, Le Furet du Nord de Roubaix (Rue du Grand Chemin) recevra en signature le roubaisien Bernard Thilie, auteur d’un premier roman policier, Nuit de Chine, publié par les éditions Ravet-Anceau.

La librairie Les Guetteurs de Vent (108 avenue Parmentier 75011 Paris) recevra Arnaud Cathrine pour une lecture du Journal intime de Benjamin Lorca (Éditions Verticales), avec Yves Arcaix, le mardi 23 mars 2010 à 19h30. Lecture du journal au sens strict du terme puisque l’auteur viendra avec des pages inédites, fragments du fameux journal de Benjamin Lorca qu’il prétend avoir retrouvé… Peut-on lui faire confiance ? D’où sortent ces pages ? De scènes coupées (comme on dit au cinéma) ? Du journal de l’auteur ? Benjamin Lorca aurait-il vraiment existé… ?

Le 23 mars 2010, à 17h30, la Librairie Kléber (Strasbourg) accueillera Olivier Rolin, auteur de Bakou, derniers jours (qui vient de paraître, non numérisé à ce jour) ou encore de Tigre en papier (cf. chronique du 30 novembre 2009), tous deux publiés au Seuil. Rencontre animée par Jean-Philippe Pierre, comédien.

Le 8 avril 2010, la Librairie de Paris (7-11 place de Clichy 75017 Paris) proposera une soirée Philo en compagnie de Myriam Revault d’Allonnes qui a notamment écrit L’Homme compassionnel ou encore Le Pouvoir des commencements, tous deux publiés au Seuil et numérisés. La rencontre sera animée par Michael Foesse.

Christophe Grossi

20 novembre 2009

Michèle Gazier, deuxième temps : portrait

Michèle Gazier en deux temps : dans une précédente chronique, il était question de Mont-Perdu qui vient d’être numérisé. Aujourd’hui, son portrait.

© Pascal Hee

© Pascal Hee

Si Michèle Gazier est satisfaite de voir ses romans numérisés, elle n’a pas encore franchi le pas en tant que lectrice. L’ordinateur est devenu un compagnon indispensable dans sa pratique quotidienne mais elle continue d’imprimer les textes qu’elle reçoit. Une commission du Syndicat de la Librairie Française lui a d’ailleurs demandé récemment comment la technique était venue se greffer sur son activité de journaliste et d’écrivain.

J’ai rencontré Michèle Gazier en 2007, à Uzès, dans les caves du Le Parefeuille – librairie dirigée par les très actifs Monèle et Yves Mandagot. Elle animait alors une rencontre en compagnie de Michèle Lesbre. Le Canapé rouge venait tout juste de paraître. Je me souviens d’une complicité entre ces deux femmes, d’une belle nuit de fin d’été, d’un dîner agréable. Pierre Lepape était là aussi (m’accompagnent encore souvent ses feuilletons littéraires qu’il écrivait chaque semaine dans Le Monde des Livres ainsi que son Pays de la littérature que je conseille très souvent).
De Michèle Gazier, j’aimais sa manière de brosser le portrait, de creuser chez ses personnages l’indicible ou le non-dit à travers la banalité du quotidien ou, au contraire, de l’événement qui chamboule une vie ou encore de partir d’une blessure qui remonte à l’enfance pour parler de la question de l’identité, du droit à la différence, de la place de l’enfant, de la femme, de l’étranger…, dans la famille ou la société. Tous ces thèmes, nous les retrouvons dans Mont-Perdu (cf. chronique du 11 novembre 2009) ou encore dans Les Garçons d’en face. merle bleuJe pense également à Nativités et à ces histoires sur la maternité et la filiation (désir, peur, aversion, renoncement, épanouissement), des récits parfois doux et amusants, parfois féroces et déchirants. Ou encore au Merle bleu – qui d’ailleurs se déroule à Uzès –, ce récit dans lequel des oiseaux craintifs, égoïstes et solitaires vont être amenés à modifier leur rapport au monde et à l’autre. De Michèle Gazier j’avais aussi en tête ses articles dans Télérama et notamment le très beau portrait (tout en nuance, drôle et touchant) qu’elle avait fait de Nathalie Sarraute en 2002.
Son dernier roman paru au Seuil s’intitulait Un soupçon d’indigo (il devrait être numérisé bientôt) et son prochain, La Fille, toujours chez le même éditeur, paraîtra début février 2010. Pour la sortie de ce roman, les éditions du Seuil ont joué le jeu en envoyant une quarantaine de jeux d’épreuves aux libraires, m’a-t-elle dit, heureuse et inquiète à la fois. Un autre livre paraîtra en mars au Mercure de France : « Le Goût de la lecture » réunira de nombreux textes d’auteurs classiques et contemporains sur ce sujet que personne n’avait encore abordé dans cette collection. Nous suivrons tout ça avec grande attention surtout qu’une signature sera sans doute organisée par les librairies La Terrasse de Gutenberg et Les Cahiers de Colette à Paris, L’Horloge à Carpentras ou encore Le Parefeuille à Uzès.

En attendant, nous nous installons au Café français à la Bastille près de l’ancienne librairie de Colette Loyer, 1789, devenue depuis avril 2008 Pensées classées et tenue désormais par François Morice. Et la chose qui me frappe d’emblée est la suivante : Michèle Gazier a tant de cordes à sa harpe (professeur d’espagnol, traductrice, journaliste, écrivain, animatrice de rencontres, éditrice… et j’en oublie sûrement), tant de projets en cours et elle en parle avec tellement d’allant qu’on pourrait lui consacrer au moins une chronique par semaine.

Avec elle, ce n’est pas la matière qui manque mais le temps ; il suffit d’ailleurs de tirer un fil (le fil de soie ?) et nous voilà invités à une rencontre en compagnie de Thierry Hesse (Démon est pour moi l’un des projets littéraires les plus ambitieux de la rentrée), de Jean Rouaud (prix Goncourt en 1990 pour Les Champs d’honneur, dont La Femme promise vient d’être numérisé et dont Les Villes fantômes est disponible chez publie.net) et de Gilles Heuré, journaliste à Télérama, biographe, romancier et historien. Michèle Gazier animera donc là, dans le cadre de Une saison de lecture un débat intitulé « Les fictions de la mémoire : quête et enquête ». Le présent n’existe pas en littérature. Ce que l’on écrit au présent est une mise en perspective de ce qui s’est passé, de ce dont on se souvient, de ce qu’on imagine à partir du souvenir. Toute oeuvre aussi proche soit-elle de la réalité est une reconstruction fondée sur une enquête ou une quête. Quête de soi, quête identitaire, quête familiale, enquête historique ou policière. Les outils, les méthodes de l’enquêteur, de l’historien et ceux du romancier ont souvent d’étranges ressemblances. Le romancier creuse le territoire qu’il s’est choisi à la recherche du temps perdu, de vérités enfouies, de ses racines. Il explore les traces, soulève les pierres. Toute quête est un enquête et réciproquement, écrit-elle dans sa présentation. Et je ne suis pas surpris de la voir animer une rencontre autour d’un thème qui rappelle à bien des égards ceux qu’elle aborde dans ses romans. Ce débat est organisé en partenariat avec La Scène du balcon, les Bibliothèques de la Ville de Paris, Paris Bibliothèques et la librairie Delamain, partenaire d’ePagine pour la vente de livres numériques sur son site Internet. Cette rencontre-lecture aura lieu le 2 décembre à 19 h à la Bibliothèque Flandres, 41, avenue de Flandres 75019 Paris (Métro Stalingrad ou Riquet). L’entrée est libre et gratuite mais une réservation est souhaitée (par téléphone au 01 42 96 34 98 ou par mail : scenedubalcon3@aol.com).

Parler avec elle de Thierry Hesse (que j’ai eu la chance de rencontre à Thionville au festival Des frontières et des hommes), des derniers romans qui nous ont marqués, c’est forcément parler de son coup de cœur à elle et d’Uzès. L’auteur qui l’a profondément marquée s’appelle Jocelyn Bonnerave. Son premier roman, Nouveaux Indiens, publié au Seuil et qui vient d’être numérisé, a obtenu il y a quelques jours le Prix du premier roman français. Ce roman emmène un français aux États-Unis, un anthropologue qui va étudier la vie de quelques musiciens. Tandis qu’une campagne présidentielle bat son plein, il va devoir sortir de sa réserve scientifique lorsqu’il mettra au jour les turpitudes d’une drôle de bande : de jeunes artistes, des intellectuels bien en place, un chirurgien, et une clocharde qui porte au cou de jolies pierres d’ambre.

Nouveaux Indiens est à la fois un roman classique - une remarquable
maitrise d'écriture - et un roman très moderne dans le mode de récit.
C'est une quête (celle du chercheur anthropologue), une enquête sociale
mais aussi vaguement policière autour d'une disparition. Bonnerave mêle
à merveille, anthropologie, littérature et musique de la langue. À lire,
comme lui : à haute voix.
Michèle Gazier

C’est donc en toute logique que Jocelyn Bonnerave sera l’un des invités du festival « Au coin de la place… la littérature » (du 11 au 13 décembre 2009) organisé par la librairie Le Parefeuille et elle-même. L’auteur des Nouveaux Indiens proposera notamment une performance (avec Olivier Lété à la basse électrique) qui mêlera poésies en prose et musiques, anthropologie et sociologie. Seront également présents… Thierry Hesse mais aussi Gwenaëlle Aubry (Prix Femina 2009 pour Personne), François Gantheret (dont je conseille son Libido Omnibus) ou encore Lydie Salvayre (dont BW vient d’être numérisé).

Je ne sais plus comment nous en sommes arrivés à Roger Grenier, un ami très proche de Michèle Gazier. Roger Grenier (écrivain, homme de radio, scénariste pour la télévision et le cinéma, conseiller littéraire pour Gallimard où il est rentré en 1964 et qui a reçu le Grand prix de l’Académie française en 1985 pour l’ensemble de son œuvre non numérisée à ce jour et composée de plus d’une trentaine d’ouvrages, des essais, des nouvelles et des romans, dont deux best-sellers Le Palais d’hiver en 1965 et Ciné-roman, Prix Femina en 1972) vient d’avoir 90 ans. À cette occasion, Michèle Gazier, Eliane Huber (responsable de la librairie Wallonie-Bruxelles) et Antoine Gallimard ont décidé de demander aux auteurs de la maison Gallimard qui sont ses amis, qu’il a édités, qu’il a côtoyés, qu’il a accompagnés ou simplement croisés, d’écrire un court texte pour lui dire leur affection, leur sympathie, leur reconnaissance, leur connivence… Les écrits feront l’objet d’un petit fascicule qui sera distribué lors de la soirée qui lui sera consacrée en janvier à l’Hôtel du Nord. Jean Rouaud, J. B. Pontalis, Eduardo Manet, Annie Ernaux, Colette Fellous, Guy Goffette, Daniel Pennac, Jean-Marie Laclavetine et bien d’autres participeront au fascicule et à la fête.

Sa soif de découverte et son goût pour la transmission (après l’enseignement, la traduction ou l’animation) font d’elle l’une des personnes les plus actives dans le milieu du livre. Elle lit, écrit, diffuse, conseille, anime, écoute, découvre, relaie. Avec le sourire en prime. Et continue avec force et conviction d’organiser des lectures, des conférences, des tables rondes, n’hésitant pas à faire se côtoyer des écrivains célèbres et des jeunes romanciers.

René Char et André Velter aux Busclats © Marie-José Lamothe

René Char et André Velter aux Busclats, © Marie-José Lamothe

À cela il faut désormais rajouter une nouvelle corde… 2010 sera en effet pour elle une autre grande année de découvertes puisqu’elle vient de créer en compagnie de Marie-Claude Char, la veuve du poète René Char, les éditions des Busclats. Les deux premiers livres paraîtront en avril 2010 et seront signés par Jean Rouaud et par l’historien Pascal Ory. Nous en reparlerons, c’est sûr ! Mais pour l’heure, la question cruciale est de trouver un diffuseur et un distributeur. Bonne chance et bonne route aux Busclats !

Christophe Grossi

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Livres numérisés cités dans cette chronique :

  • Autres livres de Michèle Gazier aux éditions du Seuil :

    Chez d’autres éditeurs :

    Autres livres ou auteurs cités :

  • 18 novembre 2009

    Des primé(e)s, 4ème épisode

    Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , — Christophe @ 11:15

    La saison des récompenses littéraires touche bientôt à sa fin. Les auteurs, primés ou pas, numérisés ou pas, continuent leur route et les rencontres en librairie (notamment) se poursuivent.

    1. Le roman de Yannick Haenel, Jan Karski, publié par Gallimard et non numérisé à ce jour, vient d’obtenir le Prix Interallié après après avoir déjà reçu fin août le Prix du Roman Fnac 2009.

    2. Le roman de Gwenaëlle Aubry, Personne, publié au Mercure de France et qui a obtenu le Prix Femina, est désormais disponible en numérique sur le site ePagine.

    Ses prochaines rencontres :

    . Dimanche 29 novembre au Salon du livre du Figaro (Paris)
    . Mardi 1er décembre à 18 h à la librairie Mollat (Bordeaux)
    . Samedi 5 décembre à la Journée dédicaces de Sciences Po (Paris)
    . Mardi 8 décembre à la librairie Sauramps (Montpellier)
    . Jeudi 10 décembre à 19 h à la librairie Filigranes (Bruxelles)
    . Samedi 12 décembre à Uzès au festival « Au coin de la place… la littérature », organisé par la librairie Le Parefeuille
    . Vendredi 18 décembre à la librairie Kléber (Strasbourg)

    3. Le Prix Wepler-Fondation la Poste vient d’être décerné à l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, auteur de Yanvalou pour Charlie chez Actes Sud, éditeur qui, pour l’heure, a numérisé le quatorzième roman du fondateur de cette maison d’édition, Hubert Nyssen : Les Déchirements, livre publié en 2008.

    4. Véronique Ovaldé, après le Renaudot des lycéens, vient de recevoir le Prix France Télévisions avec Ce que je sais de Vera Candida (éditions de L’Olivier). Son roman précédent, Et mon cœur transparent, Prix France Culture / Telerama 2008 (même éditeur) est disponible dans sa version numérique.

    Ses prochaines rencontres :

    . Samedi 20 novembre à 19h30 à la librairie Atout Livre (Paris) avec Marie-Hélène Laffon et Cécile Ladjali
    . Du 27 au 28 novembre, au festival les Petites fugues (Besançon)
    . Mercredi 2 décembreà 19h à la librairie des Batignolles (Paris), avec Jean-Michel Guenassia, Prix Goncourt des lycéens 2009
    . Vendredi 4 décembre à 19 h à la librairie La Colline aux livres (Bergerac)
    . Samedi 5 décembre à 16 h à La Machine à lire (Bordeaux)
    . Mardi 8 décembre à la Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône (Marseille) avec Olivier Adam
    . Mercredi 9 décembre à 14 h à la Médiathèque Noailles (Cannes) avec la Librairie Masséna (Nice)
    . Mercredi 9 décembre à 19 h à la librairie Charlemagne (Toulon)

    Christophe Grossi

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    Livres numérisés et cités dans cette chronique :

    Autres livres ou auteurs cités :

    16 novembre 2009

    Rêveries verticales (Raulet, Lefebvre, Luthaud & Co)

    Quatre livres publiés par les éditions Verticales (Une parenthèse espagnole de Sylvie Gracia, Nullipare de Jane Sautière, Des néons sous la mer de Frédéric Ciriez et Vous n’étiez pas là d’Alban Franc) figurent désormais au catalogue d’ePagine. C’est un bon début, non ? Alors imaginez maintenant que l’on puisse bientôt lire dans une version numérisée les romans du trop tôt disparu Philippe Raulet (cf. l’hommage rendu par Dominique Bondu sur remue.net), notamment Pitiés (que je recommande tout particulièrement) ou Va-et-vient paradis, qui vient de paraître chez Verticales et qui m’attend sur ce prie-dieu bancal qui fait office de table de nuit. Ou encore que le premier roman désormais numérisé de Noémi Lefebvre, L’Autoportrait bleu, belle surprise de cette dernière rentrée littéraire (avec le très décalé et original roman de François Beaune, Un homme louche), vienne rejoindre ses camarades ?

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    L’Autoportrait bleu, tiens, parlons-en ! Il débute alors que la narratrice s’apprête à quitter Berlin en avion, en compagnie de sa sœur férue d’aérofreins, et s’achève à Paris lors de l’atterrissage, une heure et demi plus tard (environ). Et il me semble que ce roman, au lendemain du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, aurait toute sa place dans cet espace, non ? Pourquoi pas ! Surtout qu’il n’est pas seulement question d’une expérience berlinoise mais également de musique comme forme de résistance, du nazisme, de Schönberg (son œuvre musicale mais aussi picturale), de la correspondance entre Thomas Mann et Adorno, de mélancolie, de craintes et du bonheur collectif. Et tout cela dans un rythme frénétique et un travail sur la langue qui rappellent à bien des égards l’univers de Thomas Bernhard. Vous n’êtes pas encore convaincus ? Alors, rendez-vous à la librairie La Terrasse de Gutenberg (9 rue Emilio Castelar Paris 12e) le samedi 21 novembre 2009 à partir de 17 heures : autour de Berlin et de l’Allemagne, Noémi Lefebvre et Alban Lefranc liront là des extraits de leur roman : L’Autoportrait bleu et Vous n’étiez pas là. En attendant, rendez-vous sur fluctuat.net (très bon entretien avec l’auteur) ou ci-dessous (© interview avec Sylvain Bourmeau, Mediapart).

    Si l’expérience berlinoise ne vous tente pas, si vous préférez les fables et les ogres, alors n’hésitez plus : jetez-vous sur le roman de Anne Luthaud, Comme un mensonge, qui revisite de manière très jubilatoire et cruelle le conte de La Barbe Bleue ! Vous y découvrirez là un homme, B. qui a construit une drôle de maison. Et alors qu’aucune femme ne voulait de lui jusque-là, soudain il devient un vrai tombeur. Grâce à son magnétisme, à sa maison aussi et au mystère qui l’entoure également. Car cette maison est particulière ; elle contient huit pièces, chacune son style, sa couleur, son ambiance ; sept chambres où vivront et mourront (sauf la dernière) les sept femmes rencontrées dans les environs ; la huitième pièce, objet de toutes les curiosités et cabinet des horreurs, comme dans la fable, est fermée à clé.

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    Dans un vertigineux travail sur la voix et la phrase, le souffle et la musicalité, Anne Luthaud donne ici la parole à B. ainsi qu’aux sept femmes et revient une fois encore (après Garder et Blanc) sur l’épineuse question des relations conjugales (écoute, partage, osmose, domination, sado-masochisme, défi, jalousie, adultère, ennui,…), sur la difficulté de vivre à deux et les parts de vérité et de mensonge. Nul doute que B. est un tyran, qu’il pousse les amoureuses dans leurs retranchements et finit par les tuer (« Les seuls ciels enviables sont ceux des morts », dit-il) mais n’est-ce pas ce qu’elles désiraient secrètement ? Car l’auteur, qui n’est pas tendre non plus avec les femmes, les décrit comme faibles, envieuses, orgueilleuses, colériques, fantasmant une vie meilleure, désirant rester dans l’enfance, vivant par procuration… B. est en effet un meurtrier mais il n’est pas un serial killer ni le Landru de Saumur. Tout est plus ambigu, complexe et fin. « Je conseille et je sais conduire l’autre là où il sera bien, à l’endroit qui lui conviendra, y compris malgré lui », dit-il. Et soudain, B. devient un dieu grec, accompagne la mortelle de l’autre côté du fleuve, vide les questions de celle qui en posait trop, pousse la femme volage à le tromper, tend un miroir à celle qui avait peur de son image, détruit les photos de celles qui ne parvenait pas à se libérer de son passé. Que penser, enfin, de celle qui rêvait d’être une héroïne et qui en connaîtra la fin tragique, « égarée dans un décor de film » ?

    Grâce aux éditions Verticales, de beaux horizons en perspective ainsi que de vertigineux rêves de verticalité – en numérique ou pas – vous attendent dans le catalogue. Foncez !

    Christophe Grossi

    N.B. : Par respect du copyright et du droit de reproduction – et bien que j’en sois l’auteur -, ces chroniques s’inspirent très largement de celles postées sur le blog de Culturesfrance. Merci à eux. (© Christophe Grossi et Culturesfrance, articles du 10 juin et du 13 octobre 2009)

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    Actualité des auteurs et livres cités :

    - Dans le cadre du Festival Les Petites Fugues de Franche-Comté, Jane Sautière sera à la médiathèque municipale de Champagney,  jeudi 19 novembre à 20 h 30 ; à l’Atelier de L’Exil-Le Bœuf sur le Toit à Lons-le-Saunier le  vendredi 20 novembre à 19 h 30 et au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon le dimanche 22 novembre à 15 h 30.

    - Dans le cadre d’une « Lecture Mets et vins » chez Thierry Moyne au restaurant La Balance à Arbois (Jura), une soirée d’hommage sera rendue à Philippe Raulet le samedi 21 novembre à 18 h. Lecture de Va-et-vient paradis par Anne-Marie Marques suivie de réjouissances gustatives.

    - François Beaune est invité pour une lecture-rencontre à La Librairie (14 rue Pascal, Clermont-Ferrand) samedi 28 novembre à 17 h 30.

    Livres des éditions Verticales numérisés et cités dans cette chronique :

    L’Autoportrait bleu de Noémi Lefebvre
    Une parenthèse espagnole de Sylvie Gracia
    Nullipare de Jane Sautière
    Des néons sous la mer de Frédéric Ciriez
    Vous n’étiez pas là d’Alban Franc

    Autres livres des éditions Verticales :
    Pitiés et Va-et-vient paradis de Philippe Raulet
    Un homme louche de François Beaune
    Comme un mensonge,
    Garder et Blanc de Anne Luthaud

    Autres livres, auteurs, sujets… :
    La Barbe Bleue
    Le Mur de Berlin
    Schönberg
    Correspondance entre Thomas Mann et Adorno
    Thomas Bernhard
    Landru

    27 octobre 2009

    du Nobel au tombeau de Tommy : esthétique de la résistance

    Affiche-rouge

    herta mullerPour qu’un livre soit numérisé par un éditeur, il faut l’accord de l’auteur. Un avenant à son contrat doit être alors effectué, avenant qu’il signera – sauf si bien sûr il ne souhaite pas voir ses livres publiés au format numérique. En revanche, si un éditeur a publié le texte d’un auteur étranger dont il a acheté les droits de traduction – parce qu’il a un agent ou un éditeur -, il n’aura pas le droit de numériser l’ouvrage. Voilà pourquoi les livres numérisés dans le catalogue d’ePagine sont signés par des auteurs français ; on ne trouvera donc pas les livres de Herta Müller, nouveau prix Nobel de Littérature. D’ailleurs, puisque la remise de ce prix à cet auteur quasiment inconnu en France (seulement trois livres traduits sur la vingtaine écrits) a surpris tout le monde, à l’heure où j’écrivais cette chronique aucun de ses romans n’était disponible. Désormais ils le sont tous : Le Renard était déjà le chasseur (Le Seuil), La Convocation (Métailié) et L’homme est un grand faisan sur terre (Maren Sell puis Folio) sauf, bien sûr, son nouveau texte puisque Gallimard vient d’en acheter les droits : il paraîtra en France fin 2010. Car si les bookmakers misaient volontiers depuis quelques semaines sur Philip Roth (dont Exit le fantôme vient de paraître) ou Amos Oz, personne n’a vu venir cette allemande d’origine roumaine.

      Si elle n'a jamais vraiment parlé roumain, c'est pourtant sa vie en Roumanie sous la dictature de Ceausescu, véritable école de la peur, qui nourrit toute son œuvre - esthétique de la résistance, littérature contre l'oubli. (...) - qui tourne autour de la dénonciation de cette oppression vécue au quotidien ; c'est ce qui a du reste motivé la décision du comité du Nobel, qui souligne l'aptitude de l'auteur à donner "une image de la vie quotidienne dans une dictature pétrifiée" et à peindre "le paysage des dépossédés". Pierre Deshusses dans Le Monde du 9 octobre 2009

    Entre l’univers de Herta Müller et celui d’Alain Blottière, à première vue il n’y a rien qui les rapproche. « L’oppression vécue au quotidien », voilà bien pourtant un des thèmes qu’aborde Alain Blottière dans Le Tombeau de Tommy (Gallimard), son dernier roman que vient de publier Gallimard. Exit Ceaucescu, donc, et revenons en arrière (dix ans avant la naissance d’Herta Müller), un peu plus vers l’ouest : en pleine France occupée. Alors que les rafles s’intensifient et que les juifs sont de plus en plus persécutés, tandis qu’on commence à savoir quelles exactions commettent les nazis en Pologne notamment, au même moment se mettent en place différents réseaux de résistants parmi lesquels les F.T.P.-M.O.I. (les Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre immigrée) qui de 1942 à 1943 vont mener la lutte armée dans la région parisienne. Quatre détachements seront créés : le premier sera constitué de Roumains et de Hongrois ; le deuxième, de Juifs polonais ; le troisième, d’Italiens et le quatrième réunira des anciens de la guerre d’Espagne. A cela, rajoutons une « équipe spéciale » composée d’Arméniens (dont le célèbre Manouchian). Parmi le premier détachement on trouvera un jeune homme de seize ans, Thomas Elek, dit Tommy ; il figurera sur l’Affiche rouge qu’on exposera partout parmi vingt et un autres « terroristes » que les nazis nommeront « L’Armée du crime » et qui seront fusillés en 1944.

      "En août 1942, plus d'un an après avoir quitté le lycée et arrêté ses études, Tommy s'est engagé chez les F.T.P.-M.O.I., dont la principale mission était de démoraliser l'occupant par des actions terroristes : essentiellement, alors, des lancers de grenades ou de bombes artisanales sur des détachements allemands, ou dans des lieux fréquentés par les militaires. Terroristes, en effet, non pour semer la mort et faire naître la peur au sein d'une population civile, mais pour démoraliser l'armée d'occupation." (Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy, Gallimard, page 52)

    Alain Blottière a réuni nombre de documents, de témoignages, de photographies sur ce jeune Tommy et a notamment lu le livre d’Hélène Elek, la mère du résistant, livre publié chez Maspero en 1977 (épuisé aujourd’hui). Puis il a créé un site dédié à Tommy sur lequel sont mis à disposition du public différents documents – photos, vidéos, lettres, archives de police… Et son roman, que dit-il de plus ? alain-blottiere-le-tombeau-de-tommyD’abord il pose une question : comment filmer un héros (quoi dire, quels sentiments montrer, et d’ailleurs pourquoi ce héros-ci et pas un autre) ? Ensuite, il nous emmène sur les traces d’un tournage, dans les coulisses du film que le narrateur est en train de faire sur le jeune Tommy. A partir de là, nous suivons deux histoires, deux trajectoires, deux métamorphoses : celle d’un jeune Juif d’origine hongroise qui, telle une comète, passera de l’enfance à la mort le temps de devenir un meurtrier et celle du jeune comédien, Gabriel, qui s’identifiera tant à son personnage qu’il deviendra Tommy, changera sa voix, sa démarche, sa manière de penser le monde et la vie, se rapprochera de la comédienne qui joue le rôle de la mère pour retrouver la relation fusionnelle que Hélène et son fils entretenaient, ira jusqu’à risquer sa peau. De l’autre côté de la caméra se tient celui qui nous raconte ces deux histoires mais plus le récit avance plus on le sent fébrile et Gabriel (qui lui rappelle par moments l’adolescent de Paranoid Park (film de Gus Van Sant) et parfois Tadzio, le jeune héros de Thomas Mann de la Mort à Venise et que filmera Luchino Visconti en 1971) va le bousculer sérieusement.

    Puisqu’il est question de cinéma, de Manouchian et des F.T.P.-M.O.I., signalons la sortie de L’Armée du crime, film de Robert Guédiguian, en salle depuis le 16 septembre, de la parution chez Perrin de Missak par Didier Daeninckx, chez Rue du monde de Missak, l’enfant de l’Affiche Rouge par Didier Daeninckx et Laurent Corvaisier ainsi que de la réédition chez Denoël de L’Affiche Rouge de Benoît Rayski.

    Alain Blottière est né en 1954 (un an après Herta Müller). Romancier, il est notamment l’auteur de Saad (Gallimard, Prix littéraire de la Vocation) et L’Enchantement (Calmann-Lévy, Prix Valéry Larbaud). Parallèlement à ses œuvres de fiction, il a consacré plusieurs essais et récits de voyage à l’Égypte, pays où il réside une partie de l’année depuis 1985 : L’Oasis (Payot) et Si-Amonn (Mercure de France). On retrouvera l’auteur sur son site et sur celui des éditions Gallimard (entretien vidéo, résumé, bonnes feuilles, extraits audio, salons et signatures : il sera notamment le 21 novembre 2009 à Enghien (librairie Antipodes) et le 5 décembre 2009, de 14 h à 18 h, à la Journée dédicaces de Sciences Po). Son roman est notamment soutenu par les librairies La Réserve (Mantes-la-Jolie), Atout Livre (Paris, 12ème), La Galerne (Le Havre) et Points Communs (Villejuif). Notons également qu’il fait partie de la dernière sélection du prix Renaudot qui sera remis le 2 novembre et de la deuxième sélection du prix Médicis qui sera remis deux jours plus tard.

    Christophe Grossi

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    Livre numérique cité dans cette chronique :

    Autres livres de Alain Blottière :

    Autres livres cités :

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