Marin Ledun (La guerre des vanités) est après Antoine Chainas (Une histoire d’amour radioactive), Dominique Manotti (Bien connu des services de police) ou Ingrid Astier (Quai des Enfers), la nouvelle voix de la Série noire chez Gallimard. Numérisé comme ceux de ses confrères, son roman, qui met à mal les secrets des habitants de Tournon tous empêtrés dans une série de suicides d’enfants et d’adolescents, a fait couler beaucoup d’encre… noire. On aime son sens du récit ou on est agacé. Les avis sont tranchés. Comme le style de Marin Ledun. Comme les manières d’enquêter du lieutenant Korvine. Pour vous faire vous-même votre opinion, vous pouvez feuilleter, télécharger ou acheter La guerre des vanités dans sa version numérique chez ePagine mais aussi à L’Alinéa à Martigues ou encore sur le site de Bibliosurf. L’auteur sera également vendredi 18 juin à 20h à la librairie Le Comptoir des Mots (239, rue des Pyrénées, Paris 20, M° Gambetta) et la rencontre sera animée par Didier Coviaux. On le retrouvera le lendemain, samedi 19 juin, à la librairie Terminus Polar (1 rue Abel Rabaud, Paris 11 – M° Goncourt) pour une après-midi et une soirée consacrées à la collection « Le Poulpe ».

Tournon : petite ville où tout le monde sait tout sur tout le monde avec vue sur le Rhône et Tain L’Hermitage.
Tournon : en banlieue de Valence, qui souffre de ses embouteillages, de la drogue, de l’alcool, de ses silences de plomb.
Tournon : ses familles amputées, brisées, endeuillées, claquemurées dans leurs secrets trop longtemps gardés ; ses notables ; son laboratoire.
Tournon : ses cinq suicides d’enfants et d’adolescents en une matinée (plus d’autres qui suivront).
Tournon : entre sexe, mensonge et vidéo ; entre jeux de rôle, lâcheté et webcams.
Tournon : son lieutenant (Korvine, une enfance difficile) qui la connaît trop bien ; une ville qui ne connaît pas encore ses méthodes brutales. Et bien qu’usé, crachant ses poumons, cet homme est prêt à remuer ciel chargé et terre glaise pour démêler le faux du vrai : « Quels sont les noms de ceux qui savent et qui mentent ? Pourquoi se taisent-ils ? (…) Et surtout, pourquoi ces films ont été tournés ? Qui servent-ils ? Quel est leur but ? (…) Pourquoi est-ce que les enfants sourient sur les vidéos ? »
Tournon : ses faux témoins, son suspect idéal, sa fatalité.
Tournon : sa guerre des vanités.
Coup de coeur : « Figure montante du jeune polar français, Marin Ledun signe un thriller noir au rythme époustouflant, haletant au sens premier du terme. Tranchant, rugueux, aussi violent que le récit qu’il anime, son style est à l’image de son propos : engagé, révolté et sans concession. À 35 ans, il s’impose comme une voix tranchante et singulière du polar français, pour qui l’écriture est avant tout un engagement citoyen. Après deux premiers romans parus au Diable Vauvert, cet écrivain prolifique a signé pas moins de trois romans et un essai au cours des derniers mois. Qu’il s’inscrive dans des collections connues et étroitement codifiées (Le Poulpe, avec Un singe en Isère, éd. Baleine, 2010 ; Mona Cabriole, avec Le Cinquième clandestin, éd. La Tengo, 2009) ou qu’il entre dans la prestigieuse Série Noire de Gallimard (La guerre des vanités, 2010), il ne lâche rien de ses convictions, ni de sa volonté de scruter les dérives sociales, technologiques ou culturelles qui entravent notre monde et nos libertés individuelles. » (Didier Coviaux, libraire au Comptoir des mots)
Emballement : « Outre un excellent polar par son rythme, son suspense et sa structure, La Guerre des Vanités est aussi un livre de société traitant de thèmes graves et dénonçant les troubles de la société actuelle. » (lecteur à la Fnac)
Sur sa fin : « Marin Ledun n’a pas totalement réussi à me convaincre que de si petites causes puissent entraîner de si grosses catastrophes. Mais je suis peut-être passé à côté, et cela n’enlève rien aux réelles qualités de ce roman. Juste l’impression d’être passé à côté de quelque chose de beaucoup plus fort. » (blog de Jean-Marc Laherrère, actu-du-noir)
Contre : « Pour ce texte de Ledun, j’annonce la couleur tout de suite, j’ai définitivement calé à la page 110. Le lieutenant Korvine continuera les 300 suivantes sans moi. (…) Je ne doute pas une seconde que de nombreux lecteurs passeront un bon moment avec le Lieutenant Korvine, j’en suis heureux pour eux et pour l’auteur. Mais vous l’avez compris, c’est pour moi définitivement impossible. » (Thierry Godefroid, lecteur sur Bibliosurf)

Né en 1975, docteur en communication politique, Marin Ledun a été un spécialiste des questions liées au vote électronique, a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail. Son écriture est influencée par les univers romanesques et poétiques d’Erskine Caldwell, Dashiell Hammett, David Peace, Haruki Murakami ou Akutagawa Ryünosuke, mais aussi par les travaux de Louis Althusser, Norbert Elias, Michel Foucault, Cornélius Castoriadis ou Theodor W. Adorno. Il anime également un blog.
Christophe Grossi




Le roman de Patrick Chatelier est un western au sens où la langue passe par la photographie (cf. par exemple L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et la photographie dans le roman est une merveille. J’y ai trouvé tout ce que je pouvais imaginer quand je regardais l’affiche et quand ensuite j’ai visionné le film : les silences des hommes, leur solitude, la poésie brutale de leurs regards, de leurs gestes, leur peur et leur fantasmes. Je dis que ce roman est un western et en même temps il n’en est pas un (il y aura bien quelques coups de feu, oui, du sang, oui, des corps qui tombent, oui, mais si peu), plutôt une nature morte. Pleine de vie intérieure. Oui, parce qu’à l’intérieur des personnages ça bouillonne. Parce que pas à leur place. Jamais. Des déplacés. Mais voilà que l’écrivain (qui l’est aussi) arrive pour faire jaillir ce qu’ils ne peuvent dire sur un divan. D’ailleurs Freud n’avait pas de colt. Et puis ce roman est aussi un travail saisissant sur les relations humaines : le couple, les relations filiales, de voisinage, « amicales », tout ce qui empote, emporte, prend la porte virtuellement. C’est là, chez les Butler et leurs macaroni. Et si je me taisais un peu ?


Je pense également à 



Pour qu’un livre soit numérisé par un éditeur, il faut l’accord de l’auteur. Un avenant à son contrat doit être alors effectué, avenant qu’il signera – sauf si bien sûr il ne souhaite pas voir ses livres publiés au format numérique. En revanche, si un éditeur a publié le texte d’un auteur étranger dont il a acheté les droits de traduction – parce qu’il a un agent ou un éditeur -, il n’aura pas le droit de numériser l’ouvrage. Voilà pourquoi les livres numérisés dans le
D’abord il pose une question : comment filmer un héros (quoi dire, quels sentiments montrer, et d’ailleurs pourquoi ce héros-ci et pas un autre) ? Ensuite, il nous emmène sur les traces d’un tournage, dans les coulisses du film que le narrateur est en train de faire sur le jeune Tommy. A partir de là, nous suivons deux histoires, deux trajectoires, deux métamorphoses : celle d’un jeune Juif d’origine hongroise qui, telle une comète, passera de l’enfance à la mort le temps de devenir un meurtrier et celle du jeune comédien, Gabriel, qui s’identifiera tant à son personnage qu’il deviendra Tommy, changera sa voix, sa démarche, sa manière de penser le monde et la vie, se rapprochera de la comédienne qui joue le rôle de la mère pour retrouver la relation fusionnelle que Hélène et son fils entretenaient, ira jusqu’à risquer sa peau. De l’autre côté de la caméra se tient celui qui nous raconte ces deux histoires mais plus le récit avance plus on le sent fébrile et Gabriel (qui lui rappelle par moments l’adolescent de