Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

12 novembre 2013

Les 10 articles les plus consultés en octobre 2013 sur le blog ePagine

Retour aujourd’hui sur les dix articles les plus consultés au mois d’octobre 2013 sur ce blog, un mois où vous avez été surtout intéressés par les auteurs traduits : l’Islandais Bergsveinn Birgisson, la Canadienne Alice Munro, l’Américain Hugh Howey, l’Espagnol Javier Marías ou l’Uruguayen Horacio Quiroga. Peut-être parce que la Foire de Francfort est passée par là… Quelques auteurs français ont néanmoins retenu votre attention, le regretté Christian Gailly et l’excellent Eric Pessan. En octobre on aura par ailleurs pu se procurer le premier annuaire des acteurs du livre numérique ou encore Propos sur le métier de Libraire offert par la librairie ePagine. C’était un mois très riche et intense, et en plus (mise à part une tempête violente) il a souvent fait très beau en France !

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités plus bas sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente des libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici).

La photo du mois a été prise à la Foire de Francfort.

Bonnes lectures à tout-te-s.

ChG (billet), SM (photo)

 

Les 10 billets les plus consultés sur ce blog | octobre 2013


 

 

1 ► [note de lecture] La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson
| billet du 23 septembre 2013
2 ► Quoi lire en numérique de Alice Munro, Prix Nobel de littérature 2013 ?
| billet du 10 octobre 2013
3 ► SILO de Hugh Howey (Actes Sud, coll. Exofictions) en cinq épisodes avant intégrale
| billet du 10 septembre 2013
4 ► Six libraires et ePagine vous offrent Propos sur le métier de Libraire
| billet du 9 octobre 2013
5 ► [note de lecture] Comme les amours de Javier Marías
| billet du 17 septembre 2013
6 ► Premier annuaire des acteurs du livre numérique (ActuaLitté et Primento)
| billet du 16 octobre 2013
7 ► ePagine à la Foire de Francfort 2013 en images
| billet du 14 octobre 2013
8 ► Christian Gailly pour mémoire : Rest in peace & swing
| billet du 7 octobre 2013
9 ► [note de lecture] Muette d’Eric Pessan
| billet du 18 octobre 2013
10 ► Près de 40 nouvelles fantastiques de l’auteur uruguayen Horacio Quiroga en numérique
| billet du 24 octobre 2013

6 novembre 2013

Francis Huster dans la peau d’Albert Camus (Le Passeur éditeur)

Le Passeur Éditeur a mis en ligne ses premiers livres numériques en mars 2013. Un peu plus de six mois plus tard, son catalogue comporte près de 25 titres. On y trouve des romans, des essais ou encore des biographies, notamment Le Clown et la geisha d’Alexandre Naos (un monologue en forme d’hommage à La Chute d’Albert Camus) ou Les Impostures du réel, une quête initiatique de Frédérick Tristan. Tous les titres de cette maison d’édition sont proposés sans DRM Adobe, avec tatouage numérique, et les prix sont compris entre 4.99 € et 9.99 €, la moyenne se situant autour de 5.99 €.

À l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus, Le Passeur éditeur a choisi de remettre en avant Albert Camus un combat pour la gloire de Francis Huster paru au printemps dernier et qui a fait un peu parler de lui en librairie et dans la presse, un texte dans lequel le comédien se met dans la peau de l’écrivain, prix Nobel de Littérature en 1957. Tout le mois de novembre, Albert Camus un combat pour la gloire pourra être téléchargé au prix de 4.99 € sur toutes les plateformes de téléchargement de livres numériques et, aujourd’hui mercredi 6 novembre jusqu’à minuit, il sera même proposé à 1.49 €. Pour en savoir plus, rendez-vous sur la librairie ePagine.

Le texte de Francis Huster, sorte de testament imaginaire que nous aurait légué Camus, se présente comme un long monologue. « Je suis revenu de la mort pour parler aux générations futures. Parce que je ne veux pas qu’on leur mente. Et qu’elles subissent ce que nous avons dû souffrir, comme un aboutissement logique », écrit Huster. On retrouve ici tous les thèmes abordés par Camus dans son œuvre ou à travers ses engagements : la justice, la politique, la religion, son enfance, l’Algérie, le terrorisme, le nazisme, la France de Vichy, l’artiste, Dieu, la liberté, la révolte, le nihilisme… « Le comédien, qui partage avec l’écrivain la passion du théâtre et qui a adapté avec succès La Peste sur scène, nous fait redécouvrir cette voix essentielle penchée sur le destin de l’humanité. Un plaidoyer vibrant pour un humanisme contemporain contre la barbarie », peut-on lire dans la présentation de ce récit par l’éditeur.

Albert Camus, un combat pour la gloire, Francis Huster, Le Passeur éditeur

13 octobre 2013

Actualité de la semaine ePagine [du 7 au 13 octobre 2013]

Comme chaque dimanche vous trouverez dans ce billet hebdomadaire des liens vers les derniers articles de ce blog que vous n’avez peut-être pas eu le temps de lire dans la semaine ainsi qu’une mise en avant récente de la librairie ePagine. Aujourd’hui Christian Gailly, Alice Munro (nouveau Prix Nobel de Littérature), La Foire de FrancfortPropos sur le métier de Libraire ou encore Le Cavalier bleu sont à la une…. J’en profite pour vous rappeler que 10 titres phares des collections Folio, Folio Policier, Folio SF et Folio Biographies sont proposés au prix exceptionnel de 3,99 € jusqu’à demain minuit. Une dernière chose : ePagine recrute, n’hésitez pas à en parler autour de vous.

En avant pour quelques invitations à la lecture !

ChG

 

— LES BILLETS DE LA SEMAINE DU BLOG EPAGINE —

 

► 11.10.13 : ePagine recrute
Dans le cadre de ses développements, ePagine recrute un développeur web php/MySQL junior (f/h). Si vous souhaitez consulter les détails de l’annonce et/ou contacter le responsable du service pour avoir des informations complémentaires suivez le lien ci-contre. [lire la suite du billet]

► 10.10.13 : Quoi lire en numérique de Alice Munro, Prix Nobel de littérature 2013 ?
Le Prix Nobel de littérature vient d’être attribué à l’auteur de langue anglaise Alice Munro (82 ans), reconnue dans le monde entier pour son art de bâtir des histoires savamment dosées, des histoires généralement courtes, qu’on pourrait nommer nouvelles (short stories) mais que l’un de ses éditeurs en France préfère voir comme un genre à part entre la nouvelle et le roman. [lire la suite du billet]

► 09.10.13 : Six libraires et ePagine vous offrent Propos sur le métier de Libraire
ePagine, pour le compte de six librairies, vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne un septième titre dans sa collection ePagine Publications Numériques : Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres. Cette publication et les six précédentes, toutes Hors Commerce, sont offertes en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande. [lire la suite du billet]

► 08.10.13 : ePagine à la Foire de Francfort 2013
La Foire de Francfort, qui s’est ouverte mercredi et se termine aujourd’hui, est le plus grand salon du livre et de la lecture au monde. Une fois encore, une partie de l’équipe de ePagine France et de ePagine Benelux était présente dans le Hall 4.0, stand B31. Elle présentera jusqu’à ce soir ses solutions aux éditeurs et aux libraires du monde entier qui envisagent de fabriquer ou de commercialiser des livres numériques. [lire la suite du billet]

► 07.10.13 : Christian Gailly pour mémoire : Rest in peace & swing
En 2004 (j’étais alors libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon) j’avais eu la chance de rencontrer Christian Gailly et de l’interviewer dans le bureau de Robbe-Grillet aux éditions de Minuit. Apprenant sa mort lundi sur les réseaux sociaux j’ai choisi, en hommage à cet écrivain important dans mon parcours de lecteur, de reproduire la chronique de Dernier amour et l’entretien tels qu’ils avaient été publiés alors dans le magazine Page des libraires. [lire la suite du billet]

 

— UNE MISE EN AVANT DE LA LIBRAIRIE EPAGINE —

 

Avec plus de 400 titres papier au catalogue, Le Cavalier Bleu est une marque bien identifiée de la vulgarisation en sciences humaines. Rédigé par des spécialistes reconnus, chaque ouvrage énumère les idées reçues pour les éclairer et les nuancer et constitue ainsi une excellente entrée en matière sur le sujet traité. Depuis quelques jours, en pleine Fête de la Science, l’intégralité du catalogue numérique du Cavalier Bleu (15 titres) est en promotion au prix de 4.99 €. Quasiment tous les titres retrouveront leur prix initial le jeudi 24 octobre sauf pour L’hyperactivité et Fascination du Japon qui bénéficieront de cette offre promotionnelle jusqu’au 31 octobre. Pour consulter la liste des titres du Cavalier bleu disponibles en numérique, cliquez ici.

10 octobre 2013

Quoi lire en numérique de Alice Munro, Prix Nobel de littérature 2013 ?

Le Prix Nobel de littérature vient d’être attribué ce jour à l’auteur de langue anglaise Alice Munro (82 ans), reconnue dans le monde entier pour son art de bâtir des histoires savamment dosées, des histoires généralement courtes, qu’on pourrait nommer nouvelles (short stories) mais que l’un de ses éditeurs en France préfère voir comme un genre à part entre la nouvelle et le roman. Alice Munro est l’auteur de treize recueils de nouvelles et d’un roman. Dear Life (publié récemment en anglais mais pas encore traduit en français) devait être, selon cette ancienne libraire, sa dernière publication, l’auteur souhaitant s’écarter de la « vie littéraire ».

À chaque prix Nobel ses comptes d’apothicaires : il faut savoir que Alice Munro est la treizième femme, la première nouvelliste et la première ressortissante du Canada à recevoir le Prix Nobel de Littérature depuis sa création il y a 112 ans (1901).

En France, son œuvre est publiée par les éditions Rivages et les éditions de L’Olivier (cliquez ici pour accéder à tous ses titres disponibles en librairie). La plus grande partie de son œuvre est également disponible en poche (Points et Rivages/poche). Quant au numérique, si 23 références en langue anglaise figurent au catalogue (recueils de nouvelles, roman et nouvelles à l’unité), une seule est disponible en langue française (des problèmes de droits sans doute) : son dernier titre traduit en français et publié à L’Olivier, le très actuel (on le lui souhaite en tout cas) Trop de bonheur (Too much happiness). Sauf pour ce titre, les amateurs de littérature anglo-saxonne qui ne lisent pas dans la langue de l’auteur n’auront donc pour l’instant pas d’autre choix que de se ruer sur les éditions imprimées.

Pour retrouver nos anciens billets sur d’autres lauréats du Prix Nobel de Littérature, cliquez par exemple sur ces noms-ci : Mo Yan, Herta Müller, Mario Vargas Llosa. Pour accéder à l’œuvre de Alice Munro disponible en numérique (en V.O. & en français), suivez ce lien.

ChG

 

28 mai 2013

Lettres portugaises (Lobo Antunes, Tavares, Pessoa, Lídia Jorge…) : une sélection avec extrait

Il y a deux semaines arrivaient le même jour au catalogue numérique de la librairie ePagine deux titres importants des Lettres portugaises traduits en français et publiés chez Métailié, Le Cul de Judas de António Lobo Antunes et La Couverture du soldat de Lídia Jorge, deux auteurs marqués par la guerre coloniale en Angola. Comme j’ai toujours eu une grande attirance pour la littérature portugaise je me suis mis à la recherche des titres actuellement disponibles en numérique. Une petite trentaine de titres seulement figurent au catalogue, en français (un peu plus si je rajoute toutes les publications de la maison d’édition portugaise Edições Vercial) et quelques titres sont également traduits en anglais. C’est assez peu au final mais les connaisseurs remarqueront que la qualité ne manque pas. Outre António Lobo Antunes (2 titres dont La Nébuleuse de l’insomnie, roman chroniqué ici) et Lídia Jorge (3 titres), vous retrouverez ici 8 titres du talentueux Gonçalo M. Tavares (lire notre billet à propos de Un Voyage en Inde), le prix Nobel de Littérature (1998) José Saramago (un seul titre malheureusement) ainsi que trois autres auteurs contemporains que je n’ai pas encore lus : José-Luis PeixotoMargarida Rebelo Pinto et Joao Tordo. Si maintenant vous remontiez le temps, vous tomberez sur Fernando Pessoa… mais un seul titre du grand poète peut aujourd’hui être lu en numérique (offre légale en français). Remontant encore le temps, vous parviendrez jusqu’au poète Mário de Sá-Carneiro (en portugais uniquement) et à Eça de Queirós, ce voyageur infatigable et grand lecteur de Zola qui a introduit le naturalisme dans la littérature portugaise (un titre en français, le reste en portugais).

Ci-dessous un extrait du Cul de Judas de António Lobo Antunes qui n’est pas son premier roman même s’il est le premier à avoir été traduit en France. Paru en 1979 au Portugal et en 1983 en France aux éditions Métailié, ce roman fait partie d’un cycle autobiographique (Mémoire d’éléphant, Le Cul de Judas, Connaissance de l’enfer) au style déroutant et où les thèmes abordés sont extrêmement touchants voire violents : dans Le Cul de Judas, après avoir participé à plus de deux ans de guerre en Angola, une guerre imbécile orchestrée par un régime autoritaire, stupide et brutal, un homme se confesse à une femme dans un bar et décrit notamment sa dérive et celle de milliers de soldats à peine sortis de l’enfance, déboussolés ; dans les deux autres volets (publiés en français chez Christian Bourgois éditeur et non disponibles en numérique), l’auteur s’applique surtout à dénoncer les pratiques de la psychiatrie avant la révolution des Œillets (pour rappel, la révolution des Œillets est le nom donné aux événements d’avril 1974 qui ont entraîné la chute du régime autoritaire et dictatorial de Salazar qu’il avait mis en place au Portugal dans les années 30).

Pour consulter la sélection complète sur le site de la librairie ePagine, cliquez ici. Vous pouvez également cliquer sur les visuels de couverture ou sur les liens qui se trouvent tout en bas de ce billet.

Bonnes lectures !

ChG

P.S. : comme signalé dans les commentaires, sont également disponibles deux titres de José Rodrigues dos Santos publié par HC Editions : La formule de Dieu et L’Ultime Secret du Christ.

 

Extrait du CUL DE JUDAS de António Lobo Antunes
Traduit du portugais par Pierre Léglise-Costa, éd. Métailié


A

«Ce qui me plaisait le plus au Jardin zoologique c’était la patinoire sous les arbres et le professeur de gymnastique noir, très droit, glissant en arrière, sur le ciment, en ellipses lentes sans bouger un seul muscle, entouré de jeunes filles en jupe courte et bottes blanches qui, s’il leur arrivait de parler, posséderaient sûrement des voix aussi enveloppées de gaze que celles qui dans les aéroports annoncent le départ des avions : des syllabes de coton qui se dissolvent dans les oreilles à la manière des fins de bonbons dans la coquille de la langue. Je ne sais pas si ce que je vais vous dire vous paraîtra idiot, mais, le dimanche matin, quand nous y allions, avec mon père, les bêtes étaient encore plus bêtes, la solitude de spaghetti de la girafe ressemblait à celle d’un Gulliver triste et des stalles du cimetière des chiens montaient, de temps en temps, des glapissements affligés de caniche. Cela sentait comme les couloirs du Colisée en plein air remplis de bizarres oiseaux inventés, dans des volières de filet, des autruches identiques à des vieilles filles professeurs de gymnastique, des pingouins trébuchant comme des portiers affligés de cors aux pieds, des cacatoès la tête penchée de côté comme des amateurs de tableaux ; dans le bassin des hippopotames gonflaient la lente tranquillité des gros, les serpents s’enroulaient en molles spirales d’étron, et les crocodiles s’accommodaient sans peine de leur destin tertiaire de lézards patibulaires. Les platanes, entre les cages, grisonnaient comme nos cheveux, et il me semblait que d’une certaine façon nous vieillirions ensemble : l’employé au rateau qui poussait les feuilles vers un seau avait sans doute le même air que le chirurgien qui balayerait les pierres de ma vésicule vers un flacon couvert d’une étiquette adhésive ; une ménopause végétale, dans laquelle les calculs de la prostate et les nœux des troncs d’arbre se rapprocheraient et se confondraient, nous ferait confraterniser dans la même mélancolie sans illusion ; mes molaires tomberaient de la bouche comme des fruits pourris, la peau de notre ventre ferait des plis comme des aspérités d’écorce ; mais il n’était pas impossible qu’un souffle complice fasse trembler les chevelures des branches les plus hautes et qu’une quelconque toux rompe péniblement le brouillard de la surdité en mugissements de coquillage qui peu à peu gagneraient la tonalité tranquillisante de la bronchite conjugale.

Le restaurant du zoo, où l’odeur des bêtes s’insinuait en lambeaux dilués dans le fumet du pot-au-feu, assaisonnant d’une désagréable suggestion de poils de cochon la saveur des pommes de terre et conférant à la viande le goût pelucheux des moquettes, se trouvait rempli, habituellement, en doses équivalentes, d’excursionnistes et de mères impatientes, qui éloignaient avec leur fourchette des ballons à la dérive comme des sourires distraits, traînant derrière eux des bouts de ficelle comme les fiancées volantes de Chagall traînent l’ourlet de leurs robes. Des dames âgées vêtues de bleu, des plateaux de gâteaux sur le ventre, offraient des millefeuilles plus poussiéreux que leurs joues feuilletées, poursuivies par le dégoût gluant des mouches. Des chiens squelettiques de retable médiéval hésitaient entre le bout de la chaussure des employés et les saucisses qui dépassaient des assiettes vers le plancher à la façon de doigts superflus, huilés et comme luisants de brillantine. Les bateaux qui pédalaient dans le bassin menaçaient à tout moment d’entrer en voguant par les fenêtres ouvertes, oscillant sur les vagues hostiles des serviettes en papier. Et dehors, indifférent à la musique terne que les haut-parleurs embuaient, aux lamentations esseulées du cheval-bœuf, à la jovialité des tambourins fatigués des excursionnistes et à l’étonnement de mon admiration émue, le professeur noir continuait à glisser immobile sur la patinoire, sous les arbres, avec la majesté merveilleuse et insolite d’une procession à reculons.

Si nous étions, madame, par exemple, vous et moi, des tamanoirs, au lieu de causer l’un avec l’autre dans cet angle du bar, peut-être me ferais-je davantage à votre silence, à vos mains posées sur le verre, à vos yeux de colin vitreux flottant quelque part sur ma calvitie ou sur mon nombril, peut-être pourrions-nous nous entendre dans une complicité de trompes inquiètes reniflant de concert sur le ciment des regrets d’insectes inexistants, peut-être nous unirions-nous, sous le couvert de l’obscurité, en coïts aussi tristes que les nuits de Lisbonne, quand les Neptunes des bassins se dépouillent de la vase de leur mousse et promènent sur les places vides des orbites anxieuses et rouillées. Peut-être, à la fin, me parleriez-vous de vous. Peut-être que derrière votre front de Cranach, endormie, se loge une tendresse secrète pour les rhinocéros. Peut-être qu’en me tâtant me trouverais-je soudain unicorne : je vous enlacerais et vous agiteriez des bras épouvantés de papillon épinglé, croulante de tendresse. Nous achèterions des billets pour le train qui circule dans le zoo, d’animal en animal avec son moteur mécanique, évadé d’un train fantôme de province, nous saluerions en passant la grotte-crèche des ours blancs, tapis recyclés. Nous observerions, ophtal-mologiquement, la conjonctivite anale des mandrills dont les paupières s’enflamment d’hémorroïdes combustibles. Nous nous embrasserions devant les grilles des lions, rongés par les mites comme de vieux manteaux, retroussant leurs lippes sur leurs gencives démeublées. Je vous caresse les seins à l’ombre oblique des renards, vous m’achetez un bâtonnet glacé près de l’enceinte des clowns où des gifles au sourcil levé sont soulignées par un saxophone tragique. Et nous aurions, de cette façon-là, récupéré un peu de cette enfance qui n’appartient à aucun de nous et qui s’entête à descendre par le toboggan d’un rire dont nous arrive, de loin en loin, et dans une sorte de rage, l’écho atténué.

Vous souvenez-vous des aigles de pierre à l’entrée du zoo et des guichets semblables à des guérites de sentinelles où officient des employés moisis qui clignent des orbites myopes de hibou dans la pénombre humide ? Mes parents n’habitaient pas très loin, près d’une agence de pompes funèbres où l’on trouvait des mains de cire et des bustes de saint Vincent de Paul que les hurlements nocturnes des tigres faisaient vibrer de terreur arthritique sur les étagères de la vitrine, des mystiques invalides qui allaient décorer le haut des réfrigérateurs sur des ovales de crochet si bien qu’on aurait dit que le ronronnement des appareils naissait de leurs œsophages de terre cuite affligés d’indigestions de burettes. De la fenêtre de la chambre de mes frères on apercevait l’enclos des chameaux dont les expressions ennuyées manquaient d’un cigare de gestionnaire. Assis sur les w.-c. où un reste de fleuve agonisait dans des gargarismes d’intestin, j’écoutais les lamentations des phoques qu’un diamètre excessif empêchait de voyager dans la plomberie et de descendre dans le jet des robinets avec des grognements impatients d’examinateur de mathématiques. Le lit de ma mère gémissait, certaines fins de nuit, du lumbago de l’éléphant édenté qui tirait une sonnette en échange d’une botte de choux dans un commerce centenairement inaltérable à l’inflation, commandé par l’asthme de mon père en sifflements rythmés de cornac. La femme des cacahuètes, à qui manquait le coude gauche, montait son entreprise en posant ses paniers au-dessous de notre balcon et narrait à ma grand-mère, en discours verticaux, de bas en haut, les soûleries de son mari à travers la violence desquelles explosaient des chapitres de Maxime Gorki en éditions populaires. Les matins se peuplaient de toucans et d’hibiscus servis avec les pains du petit-déjeuner qui abandonnaient sur les doigts la farine ou la poussière des meubles à épousseter. La tache du soleil de l’après-midi trottait sur le plancher dans la cadence furtive des hyènes, révélant et cachant les dessins successifs du tapis, le relief lacéré de la plinthe, sur le mur le portrait d’un oncle pompier, illuminé de moustaches et dont le casque astiqué scintillait en reflets domestiques comme les poignées des portes. Dans le vestibule, il y avait un miroir biseauté qui, la nuit, se vidait d’images et devenait aussi profond que les yeux d’un bébé qui dort, capable de contenir tous les arbres du zoo et les orangs-outangs suspendus à leurs anneaux à la manière d’énormes araignées congelées. À cette époque-là je nourrissais l’espoir insensé de tourner un jour en spirales gracieuses autour des hyperboles majestueuses du professeur noir, en bottes blanches et pantalon rose, glissant dans un bruit de poulies, comme j’ai toujours imaginé le vol difficile des anges de Giotto battant des ailes dans leurs ciels bibliques avec l’innocence d’une littérature de foire. Les arbres de la patinoire se fermeraient derrière moi entrelaçant leurs ombres épaisses et ce serait là ma façon de partir. Peut-être que, quand je serai vieux, réduit à mes pendules et à mes chats dans un troisième étage sans ascenseur, je concevrai ma disparition non pas comme celle d’un naufragé submergé par des emballages de comprimés, des cataplasmes, des tisanes et des prières au Divin Saint Esprit, mais sous la forme d’un petit garçon qui s’élèvera de moi comme l’âme du corps dans les gravures du catéchisme, pour s’approcher, en pirouettes incertaines, du noir très droit, aux cheveux lissés à la gomina et dont les lèvres s’incurveront avec le sourire énigmatique et infiniment indulgent d’un bouddha en patins à roulettes.

Cet ange gardien en cravate a, depuis longtemps, remplacé pour moi l’image vertueuse de la petite sainte aux joues équivoques, Mae West de sacristie compromise dans des amours mystiques avec un christ ayant une petite moustache à la Fairbanks, dans le cinéma muet des oratoires de mes tantes qui habitaient de grandes maisons sombres où les bas-reliefs des canapés et des meubles rendaient la pénombre plus dense et où les touches des pianos, couvertes de châles damassés, scintillaient de toutes leurs caries de bémols. Dans chaque immeuble de la rue Barata Salgueiro, triste comme la pluie dans une cour de récréation de collège, habitait une parente âgée qui ramait avec sa canne dans la marée basse des moquettes couvertes de grandes potiches chinoises et de secrétaires à tiroirs de marqueterie que la mer de générations de commerçants à barbiche y avait abandonnés, comme sur une plage ultime. Cela sentait le renfermé, la grippe et les biscuits, et seules les grandes baignoires oxydées, aux pieds en forme de griffe de sphynx et à la ligne de l’eau absente signalée par une bordure brune semblable à la marque d’une casquette sur le front, elles seules me paraissaient vivantes, cherchant de leurs gueules avides et démesurées les mamelons de cuivre des robinets, desquels tombaient, de temps en temps, des larmes rares comme des gouttes brunes de sérum physiologique. Dans les cuisines, identiques au laboratoire de chimie du lycée, avec au mur le calendrier des Missions, plein de petits noirs, des bonnes sans âge, qui s’appelaient toutes Albertine, préparaient des bouillons de poule sans sel en grommelant au-dessus des casseroles des bouts de rosaire destinés à assaisonner le riz blanc. Dans les chauffe-eau très anciens, contemporains de la marmite de Papin, les flammes du gaz acquéraient la forme instable de pétales fragiles oscillant au bord d’une explosion catastrophique qui réduirait en morceaux méconnaissables la dernière tasse de Sèvres. On ne distinguait pas les fenêtres des tableaux : sur le carreau ou sur la toile les mêmes arbres d’octobre se recroquevillaient comme des bites transies après un bain de piscine, sur lesquels on aurait enroulé les serpentins déteints d’un carnaval défunt. Les tantes avançaient par à-coups, comme les danseuses des boîtes à musique à la fin de leur course, elles pointaient sur mes côtes la menace incertaine de leurs cannes, elles observaient avec mépris les épaules rembourrées de ma veste et proclamaient aigrement : “Tu es maigre” comme si mes clavicules saillantes avaient été plus honteuses qu’une marque de rouge à lèvres sur mon col de chemise.

Une pendule inlocalisable perdue parmi les ténèbres des armoires laissait s’égoutter des heures étouffées dans un quelconque couloir lointain encombré de malles de bois précieux et conduisant à des chambres raides et humides où le cadavre de Proust flottait encore, éparpillant dans l’air raréfié un relent usé d’enfance. Les tantes s’installaient, avec peine, sur le bord de fauteuils gigantesques décorés de filigranes en crochet, elles servaient le thé dans des théières ouvragées comme des ostensoirs manuélins et complétaient leur jaculatoire en désignant avec la cuiller à sucre des photographies de généraux furibonds décédés avant ma naissance, à la suite de glorieux combats de trictrac et de billard dans des mess mélancoliques comme des salles à manger vides où les “Dernière Cène” étaient remplacées par des gravures de batailles.

“Heureusement, le service militaire fera de lui un homme.”

Cette vigoureuse prophétie, transmise tout au long de mon enfance et de mon adolescence par des dentiers d’une indiscutable autorité, se prolongeait en échos stridents sur les tables de “canasta” autour desquelles les femelles du clan offraient à la messe du dimanche un contrepoids païen, à deux centimes le point, somme nominale qui leur servait de prétexte pour expulser des haines anciennes patiemment sécrétées. Les hommes de la famille, dont la pompeuse sérénité m’avait fasciné, avant ma première communion, quand je ne comprenais pas encore que leurs conciliabules murmurés, inaccessibles et vitaux comme des Assemblées de dieux, étaient uniquement destinés à discuter les tendres mérites des fesses de la bonne, soutenaient gravement les tantes dans l’intention d’éloigner de futures mains rivales qui les pinceraient furtivement pendant que l’on desservait. Le spectre de Salazar faisait planer sur les calvities les pieuses petites flammes du Saint Esprit Corporatif qui nous sauverait de l’idée ténébreuse et délétère du socialisme. La PIDE poursuivait courageusement sa valeureuse croisade contre la notion sinistre de démocratie, premier pas vers la disparition de la ménagère en Christofle dans les poches avides des journaliers et des petits commis. Le cardinal Cerejeira encadré, garantissait, dans un coin, la perpétuité de la conférence de saint Vincent de Paul et, par inhérence, celle des pauvres domestiqués. Le dessin qui représentait le peuple hurlant d’une joie athée autour d’une guillotine libératrice avait été définitivement exilé au grenier parmi les vieux bidets et les chaises boiteuses qu’une fente poussiéreuse de soleil auréolait du mystère qui souligne les inutilités abandonnées. De sorte que, lorsque je me suis embarqué pour l’Angola, à bord d’un navire bourré de troupes, afin de devenir, enfin, un homme, la tribu reconnaissante envers le gouvernement, qui m’offrait la possibilité de bénéficier gratuitement d’une telle métamorphose, a comparu en bloc sur le quai, consentant dans un élan de ferveur patriotique à être bousculée par une foule agitée et anonyme semblable à celle du tableau de la guillotine et qui venait là assister impuissante à sa propre mort. » (Le Cul de Judas, António Lobo Antunes, traduit du portugais par Pierre Léglise-Costa, éd. Métailié)

 

Notre sélection au 28 mai 2013


 

• 2 titres en français de António Lobo Antunes (éd. Métailié et Christian Bourgois éditeur)
• 1 titre en français de Fernando Pessoa (Christian Bourgois éditeur)
• 1 titre en français et 7 en anglais de José Saramago (Seuil)
• 8 titres en français de Gonçalo M. Tavares (éd. Viviane Hamy)
• 2 titres en français de Lídia Jorge (éd. Métailié)
• 1 titre en français (éd. Grasset) et 2 en anglais de José-Luis Peixoto
• 1 titre en français de Margarida Rebelo Pinto (JC Lattès)
• 2 titres en français de Joao Tordo (Actes Sud)
• 1 titre en français (Mille et une nuits) de Eça de Queirós, les 3 autres en portugais (Edições Vercial)
• 3 titres en portugais de Mário de Sá-Carneiro (Edições Vercial)

 

11 octobre 2012

Extrait du « Veau » de Mo Yan (prix Nobel de Littérature 2012)

L’écrivain chinois Mo Yan a publié plus d’une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles dans son pays. Traduit en français depuis le début des années 90, on trouve ses textes principalement aux éditions du Seuil mais aussi chez Actes Sud, Philippe Picquier et aux éditions Caractères. Depuis quelques heures, il est également le nouveau Prix Nobel de Littérature.

Je m’empresse de faire un tour sur la catalogue d’ePagine et remarque qu’un seul titre est disponible actuellement dans sa traduction française en numérique (d’autres à venir dans les prochains mois ?). Il s’agit du Veau suivi du Coureur de fond, un recueil de deux nouvelles qui vient de paraître au Seuil. Pour les autres titres, je vous renvoie sur le site des éditions du Seuil puisqu’une page lui est consacrée ainsi que sur la page Wikipédia qui dresse une bibliographie complète (à signaler qu’à peine apprenions-nous la nouvelle que la mention du prix Nobel était déjà en ligne sur la fiche de Mo Yan sur Wikipédia).

Ci-dessous, un extrait du début du Veau, nouvelle dans laquelle l’auteur revient sur son adolescence paysanne dans la province du Shandong en Chine, un exercice qui lui permet, à travers le prisme de l’enfance, de parler de l’époque maoïste, du quotidien, des querelles, de la pauvreté des villageois qu’il a connus mais aussi des astuces en tous genres pour pallier à la misère.

Le Veau suivi du Coureur de fond est disponible en numérique sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

ChG


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Extrait du premier chapitre du Veau de Mo Yan,
traduit du chinois par François Sastourné
© Éditions du Seuil, 2012


I

À cette époque, j’étais adolescent.
À cette époque, j’étais l’adolescent le plus turbulent du village.
À cette époque, j’étais aussi l’adolescent le plus pénible du village.
Le plus embêtant chez un adolescent de ce genre, c’est qu’il ne se rend pas compte à quel point les gens le détestent. Il va toujours se fourrer là où il se passe quelque chose. Quelle que soit la personne qui parle et quoi qu’elle dise, il tend l’oreille et écoute ; qu’il comprenne ou non, il faut qu’il intervienne. Lorsqu’il a entendu ou vu quelque chose, il fait le tour du village et le raconte à tout le monde : s’il rencontre un adulte, il lui en parle ; s’il rencontre un enfant, il lui en parle aussi ; s’il ne rencontre personne, il parle tout seul, comme si le fait de garder une phrase par-devers lui risquait de lui faire exploser la panse. Il croit à tort que les autres l’aiment. Il est capable de faire un tas de folies pour se faire aimer des autres.
Par exemple, cet après-midi-là, un groupe de villageois désœuvrés jouaient aux cartes sous le saule près du bassin ; je m’approchai et, pour attirer leur attention, je bondis dans l’arbre comme un chat, je m’assis sur la fourche d’une branche et me mis à imiter le coucou. Personne ne réagit. Au bout d’un moment, je m’en lassai et je me mis à observer la partie depuis ma position élevée. Puis la langue commença à me démanger, et je criai : « Zhang San a tiré un roi ! » Zhang San leva la tête et gueula : « Luo Han, t’en as assez de vivre ? » Li Si tira un valet et je ne pus me retenir : « Li Si a tiré un valet ! » Et Li Si dit : « Si la langue te démange, t’as qu’à la gratter contre l’écorce ! » Je continuai à jaser comme une pie dans mon arbre. Les joueurs finirent par se fâcher et se mirent à me lancer des bordées d’injures. Du haut de mon perchoir, je leur répondis sur le même ton. Excédés, n’y tenant plus, ils arrêtèrent leur partie, ramassèrent par terre des morceaux de brique ou de tuile, puis se mirent en ordre de bataille et les lancèrent sur moi. Au début je crus que c’était pour rire, mais je reçus une brique sur le crâne, et ma tête résonna comme un gong. Je vis mille étoiles, et heureusement que j’étais bien accroché à ma branche, sinon je serais tombé à coup sûr. C’est alors que je compris qu’ils étaient sérieux. Pour éviter les projectiles, je grimpai vers la cime, qui se cassa, et je tombai dans le bassin avec une branche morte, faisant un grand plouf et éclaboussant tout le monde. Les badauds éclatèrent de rire. J’étais très content du résultat : s’ils riaient, cela voulait dire qu’ils ne m’en voulaient plus. Mais j’avais une belle bosse et j’étais couvert de boue. Quand je sortis du bassin, tel un singe de terre, je me rendis compte confusément que j’avais fait exprès de me risquer en haut de l’arbre, pour attirer l’attention de tout le monde, pour les faire rire, pour les amuser. J’avais un peu mal à la tête, et l’impression que mille insectes me grimpaient sur le visage. Les gens me regardaient avec étonnement, et je les dévisageais. Lorsque j’arrivai en titubant au pied de l’arbre et que je m’appuyai sur le tronc, quelqu’un s’exclama : « Misère, ce gamin va y passer ! » Tout le monde se regarda, interdit, poussa un cri, et les badauds se dispersèrent comme sous le souffle du vent. Je trouvais cela plus qu’ennuyeux et je m’assis contre l’arbre. En un rien de temps, je m’assoupis.
Lorsque je me réveillai, il y avait de nouveau un attroupement au pied du saule. Un de mes oncles, au visage grêlé, chef de la brigade de production, me tira de sous l’arbre : « Luo Han, dit-il, m’appelant par mon petit nom, qu’est-ce que tu fais là ? Qu’est-ce que tu t’es fait à la tête ? Regarde-moi ça, tu es beau ! Ta mère s’égosille à t’appeler partout, et toi tu es là à traîner ! Fiche le camp, dépêche-toi de filer à la maison ! »
Debout sous le soleil éblouissant, j’avais le vertige. J’entendis mon oncle dire : « Et lave-moi cette boue et ce sang ! »
Je m’accroupis au bord du bassin, m’aspergeant d’eau, me lavant sommairement plusieurs fois. L’eau froide sur ma blessure me fit un peu mal, mais ce n’était pas grave. À ce moment-là, je vis maître Du, responsable de l’élevage dans notre brigade de production, approcher en tenant trois veaux par une corde. Il leur disait : « Allez, allez, pas la peine d’avoir peur, on dirait des laiderons qui ont peur de rencontrer leur belle-mère ! »
Aucun d’eux n’avait d’anneau dans le nez. Ils levaient la tête et, tirant sur leur corde, résistaient. Ces trois veaux étaient mes amis : lorsque le foin avait manqué à la fin de l’hiver, je les avais gardés avec maître Du dans les prés couverts de neige. Comme les autres, ils avaient appris avec la vache mongole à creuser la neige avec leurs sabots pour trouver l’herbe. Ils étaient alors petits et je n’aurais pas imaginé qu’en quelques semaines ils seraient devenus si grands. Deux d’entre eux étaient de la race Luxi, à la robe beige et au museau blanc. Ils se ressemblaient comme des jumeaux, avec le même air abruti. L’autre, à la robe rousse, avait une double bosse sur l’échine ; c’était un veau de cette vache mongole à la queue en tirebouchon ; je lui avais donné un nom : Double Échine. C’était un sacré chenapan : l’hiver dernier, lorsque nous l’avions gardé, il essayait à tout bout de champ de monter les vaches. Au début, maître Du se moquait de lui, il croyait qu’il grimpait les femelles pour rien, mais très vite il s’était aperçu qu’il était déjà tout à fait capable de commettre le péché de chair. Il s’était empressé de lui lier les deux pattes de devant – ce qui ne l’avait pas empêché de continuer à vouloir sauter toutes les vaches, y compris sa mère. Maître Du avait conclu : « Ce chameau se prend pour le roi, il veut même se taper sa mère. » (…)

12 avril 2012

Relire La bascule du souffle de Herta Müller

Tandis que paraît (en papier et en numérique) Animal du cœur de Herta Müller (prix Nobel de littérature 2009), Gallimard vient de baisser le prix de La bascule du souffle (6.99 €) un roman hors catégorie (chroniqué ici en décembre 2010) et qui a d’emblée rejoint les plus grands textes sur l’univers concentrationnaire. Ci-dessous, après reprise de mon billet, vous trouverez un extrait de ce roman. Ce chapitre, intitulé « le bonheur des camps » (où forme et fond donnent tout leur sens au projet de Herta Müller), est sans doute l’un de ceux qui m’a le plus passionné. À noter que pour mon plus grand bonheur la littérature de langue allemande s’étoffe de plus en plus en numérique. Les auteurs classiques côtoient les contemporains, tous éditeurs confondus, avec ou sans DRM, petits prix ou non (tout est indiqué sur les fiches détail). Pour vous faire une idée, cliquez sur ce lien. Je vous rappelle que les livres numériques sont, en France, vendus au même prix partout, sur tous les sites, chez tous les revendeurs. Alors pourquoi ne pas faire un tour chez un des libraires partenaires de ePagine (liste ici) ?

Pour continuer votre lecture, vous pouvez consulter le dossier consacré à Herta Müller sur le site Oeuvres ouvertes (plusieurs entretiens avec l’auteur ainsi qu’avec Nicole Bary, sa traductrice et éditrice ; discours pour la réception du Prix Nobel de littérature 2009 ; lecture par Pierre Ménard de L’homme est un grand faisan sur terre…). Un extrait du nouveau roman de Herta Müller au format ePub peut également être feuilleté en ligne ici. Je vous en reparlerai sans doute dès que je l’aurai lu.

 


En 2001, Herta Müller commença à s’entretenir avec des gens de son village, des Allemands de Roumanie, qui dès 1945 avaient été déportés par les russes dans les camps de travaux forcés afin de participer à la « reconstruction » de l’URSS, dont Oskar Patior. Ce dernier ne fit pas que lui confier ses souvenirs. Rapidement lui et Herta Müller (sa mère y avait été également internée) décidèrent d’écrire un livre à quatre mains. Malheureusement Oskar Patior mourut avant d’avoir achevé le texte. Ce qui était un « nous » devint un « je » et le « je » de fiction un certain Léo, jeune homme qui, soixante ans après les événements, revient soudain dans La bascule du souffle et avec détails sur ses cinq années passées au goulag (de 1945 à 1950) tout en racontant le retour impossible à la vie.

Je n’avais pas encore lu Herta Müller (prix Nobel de Littérature 2009) et ne peux simplement que regretter de ne pouvoir la lire dans sa langue. Car, quel souffle (pas que dans le titre d’ailleurs) ! Quelle force contenue dans cette écriture ! Voyez un peu : « Le coin droit de sa bouche se mit à trembler, puis quitta son visage, à croire que le fil rattachant le rire à la peau s’était cassé. » Ou encore ça : « Je porte des bagages qui ne font pas de bruit. Depuis bien longtemps, mon bagage de silence est si profond que je ne pourrai jamais tout déballer. Quand je parle, je ne fais que m’emballer dans un autre bagage de silence. »

Bien sûr à la lecture de ce texte reviennent d’autres textes essentiels sur les univers concentrationnaires. Néanmoins c’est la première fois que je lis un texte écrit par une fille de déportée (qui a toujours tu cela – la honte d’être associée aux nazis) qui s’inspire des souvenirs d’un autre déporté, Oskar Patior, pour décrire en détail le quotidien de Léo et des siens (Le Coucou ou encore Katie le Planton – simplette et robuste). C’est la première fois aussi que je lis un texte sur les « Malgré nous » roumains.

Léo ne peut que revivre ces cinq années-là, impossible de jeter cette peau. Magnifique travail de l’auteur sur le temps par la matière, le concret : son quotidien (les vols, les trocs, les morts qu’on dépouille, les peupliers, la faim, le labeur, les poux et les punaises, le passage des saisons, le linge, les sacs de ciment, la mendicité, la pelle en coeur qui sert à décharger le charbon et l’ange de la faim, les recettes de cuisine qu’on s’échange alors que tout le monde (la peau sur les os) meurt de faim), ses souvenirs (sa famille, la haine envers le frère de substitution, ses premières expériences sexuelles), ses rencontres (ceux qui arrivent, résistent ou meurent, ceux qui s’en sont sortis (manière de dire), sa rencontre avec cette vieille dame qui lui offre un mouchoir et une soupe). Soixante ans ont passé mais ce qui continue de hanter Léo c’est son rapport à la nourriture (absence, besoin, gloutonnerie, dégoût, rejet) : « Moi, mon rapport au monde est la nourriture. »

Ce drôle de mélange (notes d’un côté et les non-dits familiaux de l’autre) donne un résultat à vous couper le souffle, disais-je. On parle bien de littérature, pas de témoignage. Avec ce qu’il faut de visions (« Chaque tranche de travail est une oeuvre d’art »), de fulgurances, de formules (« Peut-être que la solitude russe s’appelle Vania »), d’humour noir (« Le russe est une langue enrhumée ») et de colère,  qui nous arrêtent dans notre lecture. Et ce qui est prodigieux ici c’est cette tension permanente, l’angoisse qu’on devine parfois au détour d’une phrase, cette angoisse que Herta Müller résume à la toute fin de son texte : « On ne parlait des années de camp que par sous-entendus, en famille, ou avec des amis qui avaient connu le même sort. Mon enfance a été imprégnée de ces conversations furtives. Si je n’en comprenais pas la teneur, j’en devinais l’angoisse. »

ChG

 

Le bonheur au camp

Le bonheur est chose soudaine.
Je connais le bonheur de la bouche et celui de la tête.
Le bonheur de la bouche vient à table, et il est plus bref que la bouche, voire que le mot bouche. Quand on le prononce, il n’a pas le temps de vous monter à la tête. Le bonheur de la bouche ne veut surtout pas qu’on en parle. En parlant, je devrais commencer chaque phrase par le mot SOUDAIN, et ajouter ensuite : TU N’EN PARLES À PERSONNE VU QUE TOUT LE MONDE A FAIM.
Je ne le dis qu’une fois : soudain, tu abaisses une branche, tu cueilles des fleurs d’acacia et tu les manges. Tu n’en parles à personne car tout le monde a faim. Tu cueilles de l’oseille au bord du chemin et tu la manges. Tu cueilles de la camomille à l’entrée du sous-sol et tu la manges. Tu abaisses une branche, tu cueilles des mûres noires et tu les manges. Tu cueilles de la folle avoine dans les terrains vagues et tu la manges. Derrière la cantine, tu ne trouves pas la moindre pelure de pomme de terre mais un trognon de chou, et tu le manges.
L’hiver, finie la cueillette. Après le travail, tu rentres chez toi à la baraque, sans savoir à quel endroit la neige est le plus savoureuse. Faut-il en prendre dès la sortie du sous-sol, ou attendre d’être près du tas de charbon enneigé, voire à la porte du camp. Sans te décider, tu prends une poignée du bonnet blanc qui coiffe un pilier de la barrière, et tu te rafraîchis le pouls, la bouche et la gorge en descendant jusqu’au cœur. Soudain, tu ne sens plus la fatigue. Tu ne le dis à personne vu que tout le monde est fatigué.
S’il n’y a pas d’effondrement, c’est un jour comme un autre. Tu as envie qu’il en soit ainsi. Le cinquième passe après le neuvième, dit Oswald Enyeter, l’homme au rasoir – la chance, selon sa loi, c’est un peu le bordel. Le balamouc. Moi, je dois avoir de la chance, parce que ma grand-mère a dit : je sais que tu reviendras. Encore un truc que je ne dis à personne, vu que tout le monde veut rentrer chez soi. Pour avoir de la chance, il faut avoir un but. Il faut que j’en cherche un, fût-ce de la neige sur le pilier.
Le bonheur de la tête se commente mieux que celui de la bouche.
Le bonheur de la bouche veut être seul, il est muet et attaché à l’intérieur. Le bonheur de la tête, lui, est sociable et se languit des autres. C’est un bonheur vagabond, bancal aussi. Il dure trop longtemps, on a du mal à être à la hauteur. Le bonheur de la tête est morcelé et difficile à trier, il se mélange à sa guise et passe à toute vitesse du bonheur
clair au bonheur
sombre
estompé
aveugle
envieux
caché
flottant
hésitant
impétueux
encombrant
chancelant
effondré
délaissé
empilé
enfilé
trompé
cousu de fil blanc
émietté
confus
à l’affût
piquant
malsain
revenu
effronté
volé
jeté
resté
raté de peu
Le bonheur de la tête peut avoir les yeux mouillés, le cou tordu ou les doigts qui tremblent. Mais chaque fois il vous tambourine dans le front comme une grenouille dans une boîte de conserve.
Le tout dernier bonheur est le ras-le-bol du bonheur. Il intervient quand on meurt. Je me souviens qu’au moment de la mort d’Irma Pfeifer dans la fosse à mortier, Trudi Pelikan a eu ce mot lapidaire en faisant claquer sa langue comme un gros zéro :
Ras-le-bol du bonheur.
Je lui ai donné raison, parce que en dépouillant la morte on a vu son soulagement d’avoir enfin la paix avec sa tête au nid figé, son souffle à la bascule vertigineuse, sa poitrine à la pompe folle de rythme, son ventre à la salle d’attente déserte.
Il n’y a jamais eu de pur bonheur de la tête, parce que la faim était sur toutes les lèvres.
Même soixante ans après le camp, la nourriture me donne une grande excitation. Je mange par tous les pores. Quand je mange avec d’autres, je deviens désagréable. Je me nourris en ergoteur. Les autres, qui ne connaissent pas le bonheur de la bouche, se nourrissent comme des êtres sociables et courtois. Mais moi, en mangeant, je me prends à penser au ras-le-bol du bonheur : il surviendra un jour ou l’autre, et chaque convive attablé à mes côtés devra restituer le nid de sa tête, la bascule de son souffle, la pompe de sa poitrine, la salle d’attente de son ventre. J’aime tellement manger que je ne veux pas mourir, vu qu’après je ne pourrai plus manger. Depuis soixante ans, je sais que mon retour au pays n’a pas eu raison du bonheur au camp. Aujourd’hui encore, la faim du camp ronge le cœur de tous les autres sentiments. Au cœur de moi, c’est le vide.
Depuis mon retour à la maison, chaque sentiment a sa propre faim quotidienne, il exige la réciproque, et je ne la donne pas. Plus personne n’a le droit de s’agripper à moi. Instruit par la faim, je suis inaccessible par humilité, non par dédain.

© Herta Müller, La bascule du souffle, Gallimard (chapitre « Le bonheur au camp »)


Herta Müller, née en 1953 dans le Banat roumain au sein de la minorité germanophone, vit en Allemagne depuis 1987. Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais. Son œuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2009. La bascule du souffle et Animal du coeur sont ses deux derniers romans traduits en français et disponibles en numérique.

17 octobre 2011

Extrait de la conférence de Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, prix Nobel de littérature 2010

« J’ai appris à lire à l’âge de cinq ans, dans la classe du frère Justiniano, au collège de La Salle à Cochabamba (Bolivie). » Ainsi commence la conférence prononcée par l’écrivain péruvien-espagnol Mario Vargas Llosa lors de la remise du prix Nobel de Littérature qu’il a reçu en 2010. Cette conférence vient d’être traduite et publiée sous le titre Éloge de la lecture et de la fiction dans une version imprimée (7.90 €) et numérique (6.30 €) par les éditions Gallimard au moment où sont également mis en vente au format ePub son dernier roman, Le rêve du Celte (18.30 €) ainsi que trois de ses textes les plus importants, dont Tours et détours de la vilaine fille (8.40 €), La Fête au Bouc (9.40 €) et Le Paradis – un peu plus loin (9.90 €). Pour vous familiariser avec son œuvre, chacun de ses titres contient un extrait à télécharger gratuitement sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous trouverez infra un extrait de la conférence d’abord mise en ligne sur le site Nobelprize.org avant d’être publiée en France et qui autorise la reproduction de ce texte « dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2010 17h30 heure de Stockholm » pourvu que la mention du copyright vienne accompagner « la publication de l’intégralité ou d’extraits importants du texte. » Bonne lecture !

ChG


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Mario Vargas Llosa,
Éloge de la lecture et de la fiction
(extrait)

 

Si je convoquais en ce discours tous les écrivains à qui je dois un peu ou beaucoup, leurs ombres nous plongeraient dans l’obscurité. Ils sont innombrables. Non seulement ils m’ont révélé les secrets du métier d’écrire, mais ils m’ont fait explorer les abîmes de l’humain, admirer ses prouesses et m’horrifier de ses égarements. Ils furent les amis les plus serviables, les animateurs de ma vocation, et j’ai découvert dans leurs livres que, même dans les pires circonstances, il reste de l’espoir et qu’il vaut la peine de vivre, ne serait-ce que parce que sans la vie nous ne pourrions lire ni imaginer des histoires.

Je me suis demandé parfois si dans des pays comme le mien, qui compte si peu de lecteurs et tant de pauvres, d’analphabètes et d’injustices, et où la culture reste le privilège d’un tout petit nombre, écrire n’était pas un luxe solipsiste. Mais ces doutes n’ont jamais étouffé ma vocation, car j’ai toujours continué à écrire, même dans ces périodes où les travaux alimentaires absorbaient presque tout mon temps. Je crois avoir agi sagement car, si pour que la littérature fleurisse dans une société il avait fallu d’abord accéder à la haute culture, à la liberté, à la prospérité et la justice, elle n’aurait jamais existé. Au contraire, grâce à la littérature, aux consciences qu’elle a formées, aux désirs et élans qu’elle a inspirés, au désenchantement de la réalité au retour d’une belle histoire, la civilisation est maintenant moins cruelle que lorsque les conteurs ont entrepris d’humaniser la vie avec leurs fables. Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l’esprit critique, moteur du progrès, n’existerait même pas. Tout comme écrire, lire c’est protester contre les insuffisances de la vie. Celui qui cherche dans la fiction ce qu’il n’a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu’elle est ne suffit pas à combler notre soif d’absolu, fondement de la condition humaine, et qu’elle devrait être meilleure. Nous inventons les fictions pour pouvoir vivre de quelque manière les multiples vies que nous voudrions avoir quand nous ne disposons à peine que d’une seule.

Sans les fictions nous serions moins conscients de l’importance de la liberté qui rend vivable la vie, et de l’enfer qu’elle devient quand cette liberté est foulée aux pieds par un tyran, une idéologie ou une religion. Que ceux qui doutent que la littérature, qui nous plonge dans le rêve de la beauté et du bonheur, nous alerte, de surcroît, contre toute forme d’oppression, se demandent pourquoi tous les régimes soucieux de contrôler la conduite des citoyens depuis le berceau jusqu’au tombeau, la redoutent au point d’établir des systèmes de censure pour la réprimer et surveillent avec tant de suspicion les écrivains indépendants. Ces régimes savent bien, en effet, le risque pris à laisser l’imagination discourir dans les livres, et combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s’y étale, avec l’obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l’insatisfaction, en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l’imaginaire est plus riche que la routine quotidienne. Ce constat, s’il s’ancre dans la sensibilité et la conscience, rend les citoyens plus difficiles à manipuler, à accepter les mensonges de ceux qui voudraient leur faire croire qu’entre les barreaux, au milieu d’inquisiteurs et de geôliers, ils vivent mieux et plus en sécurité.

© LA FONDATION NOBEL 2010, Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, Stockholm, 7 décembre 2010, traduction par Albert Bensoussan

>>> Pour lire la conférence intégrale, rendez-vous sur le site Nobelprize.org ou téléchargez sa version ePub sur ePagine.

2 février 2011

Les 10 articles les plus consultés en janvier 2011

Comme chaque début de mois, petit coup de projecteur sur les 10 billets les plus consultés le mois précédent sur ce blog. Pour chacun d’entre eux vous trouverez deux liens, l’un menant vers l’article et l’autre vers ePagine lorsqu’il s’agit d’un texte chroniqué. De la même manière, en cliquant sur les couvertures vous pourrez consulter les fiches de présentation des livres numériques sur le site-portail. Avant d’acheter un ebook, pensez également à le feuilleter en ligne quand l’éditeur ou ePagine le proposent ; pour certains, il est même possible de télécharger gratuitement un extrait en epub ou en pdf.

Hormis le billet consacré au roman de Maylis de Kerangal (toujours aussi consulté), le mois passé vous avez surtout été intéressés par l’entrée au catalogue numérique de trois titres des éditions Au diable vauvert, la rentrée littéraire de janvier et la chronique consacrée à l’excellent Accident de personne de Guillaume Vissac. D’ailleurs, que ce billet posté dans les derniers jours de janvier fasse partie des plus lus est une donnée intéressante, me semble-t-il (comme pour l’essai de Lorenzo Soccavo), car tous deux ont été bien relayés sur les réseaux sociaux où les auteurs et les éditeurs y sont très actifs. La lettre de diffusion du Seuil et le programme d’affiliation avec Rue89 font également partie des 10 billets les plus consultés. Pour le reste, on retrouvera les mêmes que le mois dernier : le Prix Nobel de Littérature 2009, Herta Müller, le Grand Prix du roman de l’Académie Française, Eric Faye, ainsi que l’article recensant tous les numéros de La Nouvelle Revue de Psychanalyse épuisés en papier et disponibles sur ePagine en numérique. Dans tous les cas, je remarque une nouvelle fois que vous êtes de plus en plus intéressés par les billets consacrés à l’offre numérique sans DRM et/ou 100 % numérique, les prix littéraires et la numérisation des livres épuisés dans leur format papier. Et mon petit doigt me dit que cette tendance n’est pas prête de s’inverser.

Merci de votre confiance et bonnes lectures en numérique.

ChG

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Les 10 articles les plus consultés sur ce blog en janvier 2011 :

1. Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont (Verticales) | 10 septembre 2010

2. Au diable vauvert fait sa rentrée numérique sur ePagine | 6 janvier 2011

3. Rentrée littéraire de janvier 2011 (1) | 7 janvier 2011

4. Guillaume Vissac (Accident de personne) | publie.net en temps réel | 26 janvier 2011

5. Éric Faye, Nagasaki, Grand Prix du roman de l’Académie Française | 29 octobre 2010

6. La Nouvelle Revue de Psychanalyse numérisée | 22 février 2010

7. Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère (Numerik:)ivres) | 20 janvier 2011

8. Mini-bilan, best, perspectives et parutions numériques (Seuil diffusion) | 14 janvier 2011

9. Programme d’affiliation autour du livre numérique entre ePagine et Rue89 | 19 janvier 2011

10. Herta Müller, La bascule du souffle (Gallimard) | 16 décembre 2010

5 janvier 2011

Les 10 articles les plus consultés en décembre 2010

Comme annoncé le mois dernier, voici parmi les 325 publiés à ce jour les 10 billets les plus consultés en décembre 2010 sur ce blog – sorte de séance de rattrapage pour ceux qui parmi vous seraient passés à côté. Pour chacun d’entre eux vous trouverez deux liens, l’un menant vers l’article et l’autre vers les livres concernés. Par ailleurs, en cliquant sur chaque couverture vous pourrez consulter la fiche détail afférente sur ePagine. Avant d’acheter un ebook, pensez également à le feuilleter en ligne quand l’éditeur ou ePagine le proposent ; pour certains, il est même possible de télécharger gratuitement un extrait en epub ou en pdf.

Comme pour le mois précédent, les billets consacrés à Éric Faye et à Maylis de Kerangal (plus de 1300 visites depuis sa mise en ligne) ont été les plus lus en décembre. Par ailleurs, si la chronique (avec extrait) du prix Nobel de Littérature 2009, Herta Müller, a retenu votre attention, vous avez été nombreux à jeter un oeil au récit fantastique de Claustrophile le « cataphile » (avec extrait à lire en ligne là aussi). Je remarque également que les articles consacrés à l’actualité numérique (conférence, collection à venir chez Numerik:)ivres, étude du marché du livre et revue de genre 100% numérique) vous intéressent de plus en plus. Début décembre, j’avais proposé de vous laisser la parole et vous avez été nombreux à réagir (4e post le plus consulté) : nous recommencerons bientôt. Enfin (et ce n’est pas une surprise puisque ça fera bientôt un an que chaque mois ce billet figure parmi les plus lus), l’article qui recense tous les numéros de La Nouvelle Revue de Psychanalyse épuisés en papier et disponibles sur ePagine en numérique est toujours autant consulté. Une déception toutefois : je pensais que vous seriez plus nombreux à visiter la page consacrée à la nouvelle collection polar 100% numérique (mauvais genres) dirigée par Bernard Strainchamps ; les quatre premiers titres valent pourtant le détour.

Bonnes lectures en numérique !

Christophe Grossi

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Les 10 articles les plus consultés sur ce blog en décembre 2010 :

1. Éric Faye, Nagasaki, Grand Prix du roman de l’Académie Française | billet du 29 octobre 2010

2. Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont (Verticales), rentrée littéraire 2010 | billet du 10 septembre 2010

3. Numerik:)ivres lance une nouvelle collection : « Comprendre le livre numérique » | billet du 9 décembre 2010

4. La parole est à vous maintenant. | billet du 7 décembre 2010

5. Le livre face au défi du numérique : conférence aux Arts et Métiers | billet du 13 décembre 2010

6. La Nouvelle Revue de Psychanalyse numérisée | billet du 22 février 2010

7. Le marché du livre numérique par l’institut Edistat | billet du 11 septembre 2010

8. Herta Müller, La bascule du souffle (Gallimard) | billet du 16 décembre 2010

9. La fille des carrières, Claustrophile (L’Harmattan) | billet du 2 décembre 2010

10. La revue Angle Mort n°1 sur ePagine | billet du 23 décembre 2010

30 décembre 2010

Coup de coeur de fin d’année #4 Herta Müller (La bascule du souffle)

Parmi tous les livres numériques mis en ligne ces derniers mois, cinq d’entre eux font partie des « coups de coeur de fin d’année » d’ePagine. Comme tous ces textes ont été chroniqués sur ce blog, cette semaine sera entièrement consacrée à eux. Bien entendu, notre fin d’année ne se résume pas seulement à ces cinq titres-là. D’autres romans, d’autres essais, des livres jeunesse, des polars, des recueil de nouvelles fantastiques,… auraient pu être cités ici. Vous retrouverez donc la totalité des livres mis en avant par ePagine sur la page d’accueil du site. Neuf autres tables vous attendent : Noël rêveur (livres jeunesse), Noël primé (tous les prix littéraires 2010), Noël littéraire (récits, nouvelles et romans francophones soutenus par ePagine), Noël à l’étranger (romans traduits), Noël noir (polars, thrillers, romans noirs…), Noël imaginaire (SF, fantastique, fantasy, bit-lit…), Noël classique (petits prix), Noël de l’honnête homme (sciences-humaines) et Noël érotique (pour soirées cheminée).

Les cinq coups de coeur de fin d’année d’ePagine :

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reprise de la chronique du 16 décembre 2010.

La bascule du souffle de Herta Müller (Gallimard, coll. Du monde entier) est un roman hors catégorie qui (pour moi) rejoint les plus grands textes sur l’univers concentrationnaire. Ci-dessous, après ma note de lecture, vous trouverez un extrait du roman ; ce chapitre, intitulé « le bonheur des camps » (où forme et fond donnent tout leur sens au projet d’Herta Müller), est sans doute l’un de ceux qui m’a le plus subjugué. Dernière chose : ce textes d’Herta Müller fait partie des quinze romans traduits que ePagine a mis en avant sur sa table « Noël à l’étranger » que vous trouverez en page d’accueil du site. Bonne lecture.

En 2001, Herta Müller commença à s’entretenir avec des gens de son village, des Allemands de Roumanie, qui dès 1945 avaient été déportés par les russes dans les camps de travaux forcés afin de participer à la « reconstruction » de l’URSS, dont Oskar Patior. Ce dernier ne fit pas que lui confier ses souvenirs. Rapidement lui et Herta Müller (sa mère y avait été également internée) décidèrent d’écrire un livre à quatre mains. Malheureusement Oskar Patior mourut avant d’avoir achevé le texte. Ce qui était un « nous » devint un « je » et le « je » de fiction un certain Léo, jeune homme qui, soixante ans après les événements, revient soudain dans La bascule du souffle et avec détails sur ses cinq années passées au goulag (de 1945 à 1950) tout en racontant le retour impossible à la vie.

Je n’avais pas encore lu Herta Müller (prix Nobel de Littérature 2009) et ne peux simplement que regretter de ne pouvoir la lire dans sa langue. Car, quel souffle (pas que dans le titre d’ailleurs) ! Quelle force contenue dans cette écriture ! Voyez un peu : « Le coin droit de sa bouche se mit à trembler, puis quitta son visage, à croire que le fil rattachant le rire à la peau s’était cassé. » Ou encore ça : « Je porte des bagages qui ne font pas de bruit. Depuis bien longtemps, mon bagage de silence est si profond que je ne pourrai jamais tout déballer. Quand je parle, je ne fais que m’emballer dans un autre bagage de silence. »

Bien sûr à la lecture de ce texte reviennent d’autres textes essentiels sur les univers concentrationnaires. Néanmoins c’est la première fois que je lis un texte écrit par une fille de déportée (qui a toujours tu cela – la honte d’être associée aux nazis) qui s’inspire des souvenirs d’un autre déporté, Oskar Patior, pour décrire en détail le quotidien de Léo et des siens (Le Coucou ou encore Katie le Planton – simplette et robuste). C’est la première fois aussi que je lis un texte sur les « Malgré nous » roumains.

Léo ne peut que revivre ces cinq années-là, impossible de jeter cette peau. Magnifique travail de l’auteur sur le temps par la matière, le concret : son quotidien (les vols, les trocs, les morts qu’on dépouille, les peupliers, la faim, le labeur, les poux et les punaises, le passage des saisons, le linge, les sacs de ciment, la mendicité, la pelle en coeur qui sert à décharger le charbon et l’ange de la faim, les recettes de cuisine qu’on s’échange alors que tout le monde (la peau sur les os) meurt de faim), ses souvenirs (sa famille, la haine envers le frère de substitution, ses premières expériences sexuelles), ses rencontres (ceux qui arrivent, résistent ou meurent, ceux qui s’en sont sortis (manière de dire), sa rencontre avec cette vieille dame qui lui offre un mouchoir et une soupe). Soixante ans ont passé mais ce qui continue de hanter Léo c’est son rapport à la nourriture (absence, besoin, gloutonnerie, dégoût, rejet) : « Moi, mon rapport au monde est la nourriture. »

Ce drôle de mélange (notes d’un côté et les non-dits familiaux de l’autre) donne un résultat à vous couper le souffle, disais-je. On parle bien de littérature, pas de témoignage. Avec ce qu’il faut de visions (« Chaque tranche de travail est une oeuvre d’art. »), de fulgurances, de formules (« Peut-être que la solitude russe s’appelle Vania. »), d’humour noir (« Le russe est une langue enrhumée. ») et de colère, qui nous arrêtent dans notre lecture. Et ce qui est prodigieux ici c’est cette tension permanente qu’elle maîtrise : l’angoisse qu’on devine parfois au détour d’une phrase, cette angoisse que Herta Müller résume en fin d’ouvrage : « On ne parlait des années de camp que par sous-entendus, en famille, ou avec des amis qui avaient connu le même sort. Mon enfance a été imprégnée de ces conversations furtives. Si je n’en comprenais pas la teneur, j’en devinais l’angoisse. »

Le bonheur au camp

Le bonheur est chose soudaine.
Je connais le bonheur de la bouche et celui de la tête.
Le bonheur de la bouche vient à table, et il est plus bref que la bouche, voire que le mot bouche. Quand on le prononce, il n’a pas le temps de vous monter à la tête. Le bonheur de la bouche ne veut surtout pas qu’on en parle. En parlant, je devrais commencer chaque phrase par le mot SOUDAIN, et ajouter ensuite : TU N’EN PARLES À PERSONNE VU QUE TOUT LE MONDE A FAIM.
Je ne le dis qu’une fois : soudain, tu abaisses une branche, tu cueilles des fleurs d’acacia et tu les manges. Tu n’en parles à personne car tout le monde a faim. Tu cueilles de l’oseille au bord du chemin et tu la manges. Tu cueilles de la camomille à l’entrée du sous-sol et tu la manges. Tu abaisses une branche, tu cueilles des mûres noires et tu les manges. Tu cueilles de la folle avoine dans les terrains vagues et tu la manges. Derrière la cantine, tu ne trouves pas la moindre pelure de pomme de terre mais un trognon de chou, et tu le manges.
L’hiver, finie la cueillette. Après le travail, tu rentres chez toi à la baraque, sans savoir à quel endroit la neige est le plus savoureuse. Faut-il en prendre dès la sortie du sous-sol, ou attendre d’être près du tas de charbon enneigé, voire à la porte du camp. Sans te décider, tu prends une poignée du bonnet blanc qui coiffe un pilier de la barrière, et tu te rafraîchis le pouls, la bouche et la gorge en descendant jusqu’au coeur. Soudain, tu ne sens plus la fatigue. Tu ne le dis à personne vu que tout le monde est fatigué.
S’il n’y a pas d’effondrement, c’est un jour comme un autre. Tu as envie qu’il en soit ainsi. Le cinquième passe après le neuvième, dit Oswald Enyeter, l’homme au rasoir – la chance, selon sa loi, c’est un peu le bordel. Le balamouc. Moi, je dois avoir de la chance, parce que ma grand-mère a dit : je sais que tu reviendras. Encore un truc que je ne dis à personne, vu que tout le monde veut rentrer chez soi. Pour avoir de la chance, il faut avoir un but. Il faut que j’en cherche un, fût-ce de la neige sur le pilier.
Le bonheur de la tête se commente mieux que celui de la bouche.
Le bonheur de la bouche veut être seul, il est muet et attaché à l’intérieur. Le bonheur de la tête, lui, est sociable et se languit des autres. C’est un bonheur vagabond, bancal aussi. Il dure trop longtemps, on a du mal à être à la hauteur. Le bonheur de la tête est morcelé et difficile à trier, il se mélange à sa guise et passe à toute vitesse du bonheur
clair au bonheur
sombre
estompé
aveugle
envieux
caché
flottant
hésitant
impétueux
encombrant
chancelant
effondré
délaissé
empilé
enfilé
trompé
cousu de fil blanc
émietté
confus
à l’affût
piquant
malsain
revenu
effronté
volé
jeté
resté
raté de peu
Le bonheur de la tête peut avoir les yeux mouillés, le cou tordu ou les doigts qui tremblent. Mais chaque fois il vous tambourine dans le front comme une grenouille dans une boîte de conserve.
Le tout dernier bonheur est le ras-le-bol du bonheur. Il intervient quand on meurt. Je me souviens qu’au moment de la mort d’Irma Pfeifer dans la fosse à mortier, Trudi Pelikan a eu ce mot lapidaire en faisant claquer sa langue comme un gros zéro :
Ras-le-bol du bonheur.
Je lui ai donné raison, parce que en dépouillant la morte on a vu son soulagement d’avoir enfin la paix avec sa tête au nid figé, son souffle à la bascule vertigineuse, sa poitrine à la pompe folle de rythme, son ventre à la salle d’attente déserte.
Il n’y a jamais eu de pur bonheur de la tête, parce que la faim était sur toutes les lèvres.
Même soixante ans après le camp, la nourriture me donne une grande excitation. Je mange par tous les pores. Quand je mange avec d’autres, je deviens désagréable. Je me nourris en ergoteur. Les autres, qui ne connaissent pas le bonheur de la bouche, se nourrissent comme des êtres sociables et courtois. Mais moi, en mangeant, je me prends à penser au ras-le-bol du bonheur : il surviendra un jour ou l’autre, et chaque convive attablé à mes côtés devra restituer le nid de sa tête, la bascule de son souffle, la pompe de sa poitrine, la salle d’attente de son ventre. J’aime tellement manger que je ne veux pas mourir, vu qu’après je ne pourrai plus manger. Depuis soixante ans, je sais que mon retour au pays n’a pas eu raison du bonheur au camp. Aujourd’hui encore, la faim du camp ronge le coeur de tous les autres sentiments. Au coeur de moi, c’est le vide.
Depuis mon retour à la maison, chaque sentiment a sa propre faim quotidienne, il exige la réciproque, et je ne la donne pas. Plus personne n’a le droit de s’agripper à moi. Instruit par la faim, je suis inaccessible par humilité, non par dédain.

© Herta Müller, La bascule du souffle, Gallimard (chapitre « Le bonheur au camp », pp. 251-254)

Herta Müller, née en 1953 dans le Banat roumain au sein de la minorité germanophone, vit en Allemagne depuis 1987. Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais. Son œuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2009. La bascule du souffle est son dernier roman tout en étant le premier à être disponible en numérique dans le catalogue français.

Christophe Grossi

P.S. Consultez également le dossier consacré à Herta Müller sur le site de Laurent Margantin, Oeuvres ouvertes (plusieurs entretiens avec l’auteur ainsi qu’avec Nicole Bary, sa traductrice et éditrice ; discours pour la réception du Prix Nobel de littérature 2009 ; lecture par Pierre Ménard de L’homme est un grand faisan sur terre…).

16 octobre 2010

Destination Ulysse : le Pérou

Chaque samedi depuis un mois, ePagine vous propose de partir à la découverte d’un pays, d’une région ou d’une ville en compagnie des guides et chapitres Ulysse numériques. En plus du guide de voyage qui vous aidera à bien préparer votre séjour, nous sommes allés piocher dans le catalogue numérique pour vous conseiller des livres qui vous permettront de découvrir autrement les régions visitées. Notre proposition est donc assez simple : une destination = un guide numérique + des conseils de lecture. Aujourd’hui, nous partons découvrir le pays du lauréat du Prix Nobel de littérature 2010. Bon voyage !

Ce guide sur le Pérou transporte le lecteur au coeur de l’ancien Empire inca et fait découvrir les richesses de Cusco, l’ancienne capitale inca, tout comme celles de Lima, la capitale du pays. Il donne toutes les clés pour permettre aux visiteurs d’être à la fois déroutés et mystifiés par un séjour dans la mémoire de l’histoire d’une mosaïque de peuples. Description détaillée des spectaculaires ruines de Machu Picchu et de tous les sites archéologiques importants. Tous les repères pour naviguer sur le lac Titicaca et pour décoder les énigmatiques géoglyphes de Nasca. Nombreuses suggestions d´activités de plein air. Solide portrait historique et culturel. Plus de 50 plans et cartes pour mieux préparer vos itinéraires.

Les fiches des ouvrages cités et conseillés dans cette chronique (guides, romans, essais…) peuvent être consultées sur ePagine et les sites des libraires partenaires. Tous ces livres numériques pourront également être téléchargés sur votre ordinateur personnel ou votre liseuse en quelques clics. Si vous souhaitez accéder à la liste des autres guides numériques d’Ulysse (294 ouvrages disponibles en ligne à ce jour), suivez le guide !

Quelques lectures pour vous accompagner avant, pendant ou après votre séjour :

Christophe Grossi

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