Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

10 décembre 2012

les 10 articles les plus consultés en novembre 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog.

Mis à part les billets consacrés aux prix littéraires (c’était la saison), nous constaterons que la note de lecture de La nuit tombée d’Antoine Choplin aux éditions La Fosse aux ours a été, comme en octobre, l’article le plus consulté au mois de novembre. Si, depuis, l’auteur a obtenu le prix du roman France Télévisions, en novembre il ne l’avait pas encore reçu. Le billet faisait déjà partie des plus consultés quand, suite au passage d’Antoine Choplin (assez peu connu du grand public) à La Grande Librairie (l’émission de François Busnel), ce billet a été consulté plus de 300 fois en une nuit (et ça continue encore aujourd’hui). Ce roman a pourtant été chroniqué sur d’autres blogs et sites mais ce soir-là, sur le moteur de recherche de Google, le billet du blog ePagine était positionné juste derrière le site Babelio. D’où ce pic.

Toujours aussi égoïstement, je suis très heureux de contaster que le long billet avec extrait consacré à Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (un texte pourtant exigeant publié par Viviane Hamy) soit toujours aussi consulté. En revanche, je pensais convaincre plus de monde avec les chroniques de lecture de L’Employé de l’écrivain argentin Guillermo Saccomanno (L’Asphalte) et Quand les passants font marche arrière ça rembobine, le tome 2 des todo-listes de Christine Jeanney (publie.net). On ne peut pas gagner à chaque fois…

Par ailleurs, on retrouvera dans cette liste le grand Beckett mais également la maison d’édition L’Atalante (SF, fantastique et fantasy) et la collection Que sais-je ? aux PUF qui font leur entrée dans le catalogue numérique ainsi que les éditions Verdier qui viennent de supprimer la DRM de tous leurs ebooks. Le mois dernier, on aura également parlé de clause de territorialité, un vaste et complexe sujet. Enfin, dans le cadre d’un partenariat entre ePagine, Place des libraires et le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, nous nous serons entretenus avec sa directrice, Sylvie Vassallo. La photo du mois a d’ailleurs été prise là-bas.

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

Merci pour votre soutien et vos relais, toujours plus nombreux.

ChG

 

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Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en novembre 2012
+ les 2 chroniques qui auraient pu être plus lues

1► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
2► Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, prix Goncourt | billet du 8 novembre 2012
3► Les premiers titres de L’Atalante en numérique | billet du 13 novembre 2012
4► Les éditions Verdier suppriment la DRM Adobe | billet du 1er novembre 2012
6► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
5► Beckett en numérique aux éditions de Minuit | billet du 12 novembre 2012
7► Les 104 premiers Que sais-je ? en numérique | billet du 6 novembre 2012
8► Entretien avec Sylvie Vassalo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis | billet du 27 novembre 2012
9► extrait de Féerie générale, Emmanuelle Pireyre, prix Médicis | billet du 7 novembre 2012
10► Librairies numériques et clause de territorialité | billet du 22 novembre 2012

+

1► L’Employé de Guillermo Saccomanno, Asphalte éditions | billet du 21 novembre 2012
2► Les todo listes de Christine Jeanney en 2 tomes chez publie.net | billet du 19 novembre 2012


 

8 novembre 2012

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012 (avec extrait)

Le prix Goncourt 2012 a été décerné à Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome publié par Actes Sud. Même si ce roman n’est pas celui que je préfère de lui, c’est à la fois une très belle voix qui a été récompensée aujourd’hui – une voix sombre et terriblement juste – et une phrase : celle d’un auteur qui mêle avec finesse le monologue intérieur au fil du récit, le lyrisme et la distanciation. Lire Jérôme Ferrari, c’est aussi entrer dans les méandres de la Mémoire, la collective et la familiale, à travers la guerre notamment (les guerres devrais-je dire) qui est omniprésente dans tous ces romans et change la donne, transforme des vies, dévie la course du récit : première et deuxième guerre mondiale, guerre d’Algérie ou guerre dans les Balkans. À chaque fois, au moins un personnage aura participé à un conflit. Et à chaque fois, ce sont les blessures physiques et psychiques qui seront pointées par les narrateurs ainsi que la difficulté de vivre à nouveau dans la société, une histoire amoureuse ou dans son propre corps, une fois retourné au pays. La Corse (lieu des origines) est également au cœur de tous ces projets littéraires ainsi que la confusion des sentiments. Très littéraire, souvent inspiré par des textes classiques, philosophiques ou religieux ainsi que par des figures tragiques, les romans de Jérôme Ferrari dépeignent avec une lucidité parfois glaciale notre histoire et notre monde en les comparant à d’autres civilisations ou époques. J’avais été très impressionné par Un dieu un animal (disponible désormais en numérique et que je vous conseille vivement) et avais parlé ici de son roman précédent, Où j’ai laissé mon âme, le premier à avoir été numérisé par Actes Sud (lire le billet avec extrait).

De la guerre d’Algérie il en est à nouveau question dans Le sermon sur la chute de Rome à travers une des figures centrales du roman, celui qui regarde la photo qui nous permettra de remonter dans le désordre l’histoire d’une famille partagée entre l’Algérie, Paris et la Corse. On découvre aussi une autre famille que le projet central du roman (la réouverture d’un bar dans un village corse) dézinguera. Des histoires de chutes, donc, d’un petit empire qui aurait pu tenir si ceux qui l’avaient repris n’avaient pas cédé aux désordres affectifs mais aussi aux plaisirs de la chair et à la corruption. Le sermon sur la chute de Rome va s’occuper de tout cela et démonter le château de cartes, phrase après phrase.

Pour vous en donner un aperçu, voici quelques lignes extraites du tout début, une scène d’exposition très importante pour la suite.

La version numérique de ce roman de Jérôme Ferrari (13.99 € avec DRM Adobe) peut être téléchargée chez tous les libraires connectés, dont ePagine. Le prix de vente étant le même partout en France, privilégiez un libraire partenaire.

ChG


 

Comme témoignage des origines – comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l’été 1918, que Marcel Antonetti s’est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l’énigme de l’absence. On y voit ses cinq frères et sœurs poser avec sa mère. Autour d’eux, tout est d’un blanc laiteux, on ne distingue ni sol ni murs, et ils semblent flotter comme des spectres dans la brume étrange qui va bientôt les engloutir et les effacer. Elle est assise en robe de deuil, immobile et sans âge, un foulard sombre sur la tête, les mains posées à plat sur les genoux, et elle fixe si intensément un point situé bien au-delà de l’objectif qu’on la dirait indifférente à tout ce qui l’entoure – le photographe et ses instruments, la lumière de l’été et ses propres enfants, son fils Jean-Baptiste, coiffé d’un béret à pompon, qui se blottit craintivement contre elle, serré dans un costume marin trop étroit, ses trois filles aînées, alignées derrière elle, toutes raides et endimanchées, les bras figés le long du corps et, seule au premier plan, la plus jeune, Jeanne-Marie, pieds nus et en haillons, qui dissimule son petit visage blême et boudeur derrière les longues mèches désordonnées de ses cheveux noirs. Et à chaque fois qu’il croise le regard de sa mère, Marcel a l’irrépressible certitude qu’il lui est destiné et qu’elle cherchait déjà, jusque dans les limbes, les yeux du fils encore à naître, et qu’elle ne connaît pas. Car sur cette photo, prise pendant une journée caniculaire de l’été 1918, dans la cour de l’école où un photographe ambulant a tendu un drap blanc entre deux tréteaux, Marcel contemple d’abord le spectacle de sa propre absence. Tous ceux qui vont bientôt l’entourer de leurs soins, peut-être de leur amour, sont là mais, en vérité, aucun d’eux ne pense à lui et il ne manque à personne. Ils ont sorti les habits de fête qu’ils ne mettent jamais d’un placard truffé de naphtaline et il leur a fallu consoler Jeanne-Marie, qui n’a que quatre ans et ne possède encore ni robe neuve ni chaussures, avant de monter tous ensemble vers l’école, sans doute heureux que quelque chose se passe enfin qui les arrache un instant à la monotonie et à la solitude de leurs années de guerre. La cour de l’école est pleine de monde. Toute la journée, dans la canicule de l’été 1918, le photographe a fait le portrait de femmes et d’enfants, d’infirmes, de vieillards et de prêtres, qui défilaient devant son objectif pour y chercher eux aussi un répit et la mère de Marcel, et ses frère et sœurs, ont patiemment attendu leur tour en séchant de temps en temps les larmes de Jeanne-Marie qui avait honte de sa robe trouée et de ses pieds nus. Au moment de prendre la photo, elle a refusé de poser avec les autres et il a fallu tolérer qu’elle reste debout toute seule, au premier rang, à l’abri de ses cheveux ébouriffés. Ils sont réunis et Marcel n’est pas là. Et pourtant, par le sortilège d’une incompréhensible symétrie, maintenant qu’il les a portés en terre l’un après l’autre, ils n’existent plus que grâce à lui et à l’obstination de son regard fidèle, lui auquel ils ne pensaient même pas en retenant leur respiration au moment où le photographe déclenchait l’obturateur de son appareil, lui qui est maintenant leur unique et fragile rempart contre le néant, et c’est pour cela qu’il sort encore cette photo du tiroir où il la conserve soigneusement, bien qu’il la déteste comme il l’a, au fond, toujours détestée, parce que s’il néglige un jour de le faire, il ne restera plus rien d’eux, la photo redeviendra un agencement inerte de taches noires et grises et Jeanne-Marie cessera pour toujours d’être une petite fille de quatre ans. Il les toise parfois avec colère, il a envie de leur reprocher leur manque de clairvoyance, leur ingratitude, leur indifférence, mais il croise les yeux de sa mère et il s’imagine qu’elle le voit, jusque dans les limbes qui retiennent captifs les enfants à naître, et qu’elle l’attend, même si, en vérité, Marcel n’est pas, et n’a jamais été, celui qu’elle cherche désespérément du regard. Car elle cherche, bien au-delà de l’objectif, celui qui devrait se tenir debout près d’elle et dont l’absence est si aveuglante qu’on pourrait croire que cette photo n’a été prise pendant l’été 1918 que pour la rendre tangible et en conserver la trace. Le père de Marcel a été fait prisonnier dans les Ardennes au cours des premiers combats et il travaille depuis le début de la guerre dans une mine de sel en Basse-Silésie. Tous les deux mois, il envoie une lettre qu’il fait écrire par l’un de ses camarades et que les enfants lisent avant de la traduire à haute voix à leur mère. Les lettres mettent tant de temps à leur parvenir qu’ils ont toujours peur d’entendre seulement les échos de la voix d’un mort, portés par une écriture inconnue. Mais il n’est pas mort et il rentre au village en février 1919 afin que Marcel puisse voir le jour. Ses cils ont brûlé, les ongles de ses mains sont comme rongés par l’acide et l’on voit sur ses lèvres craquelées les traces blanches de peaux mortes dont il ne pourra jamais se débarrasser. Il a sans doute regardé ses enfants sans les reconnaître mais son épouse n’avait pas changé parce qu’elle n’avait jamais été jeune ni fraîche, et il l’a serrée contre lui bien que Marcel n’ait jamais compris ce qui avait bien pu pousser l’un vers l’autre leurs deux corps desséchés et rompus, ce ne pouvait être le désir, ni même un instinct animal, peut-être était-ce seulement parce que Marcel avait besoin de leur étreinte pour quitter les limbes au fond desquels il guettait depuis si longtemps, attendant de naître, et c’est pour répondre à son appel silencieux qu’ils ont rampé cette nuit-là l’un sur l’autre dans l’obscurité de leur chambre, sans faire de bruit pour ne pas alerter Jean-Baptiste et Jeanne-Marie qui faisaient semblant de dormir, allongés sur leur matelas dans un coin de la pièce, le cœur battant devant le mystère des craquements et des soupirs rauques qu’ils comprenaient sans pouvoir le nommer, pris de vertige devant l’ampleur du mystère qui mêlait si près d’eux la violence à l’intimité, tandis que leurs parents s’épuisaient rageusement à frotter leurs corps l’un à l’autre, tordant et explorant la sécheresse de leurs propres chairs pour en ranimer les sources anciennes taries par la tristesse, le deuil et le sel et puiser, tout au fond de leurs ventres, ce qu’il y restait d’humeurs et de glaires, ne serait-ce qu’une trace d’humidité, un peu du fluide qui sert de réceptacle à la vie, une seule goutte, et ils ont fait tant d’efforts que cette goutte unique a fini par sourdre et se condenser en eux, rendant la vie possible, alors même qu’ils n’étaient plus qu’à peine vivants. Marcel a toujours imaginé – il a toujours craint de n’avoir pas été voulu mais seulement imposé par une nécessité cosmique impénétrable qui lui aurait permis de croître dans le ventre sec et hostile de sa mère tandis qu’un vent fétide se levait et portait depuis la mer et les plaines insalubres les miasmes d’une grippe mortelle, balayant les villages et jetant par dizaines dans les fosses creusées à la hâte ceux qui avaient survécu à la guerre, sans que rien pût l’arrêter, comme la mouche venimeuse des légendes anciennes, cette mouche née de la putréfaction d’un crâne maléfique et qui avait surgi un matin du néant de ses orbites vides pour exhaler son haleine empoisonnée et se nourrir de la vie des hommes jusqu’à devenir si monstrueusement grosse, son ombre plongeant dans la nuit des vallées entières, que seule la lance de l’Archange put enfin la terrasser. L’Archange avait depuis longtemps regagné son séjour céleste d’où il restait sourd aux prières et aux processions, il s’était détourné de ceux qui mouraient, à commencer par les plus faibles, les enfants, les vieillards, les femmes enceintes, mais la mère de Marcel restait debout, inébranlable et triste, et le vent qui soufflait sans relâche autour d’elle épargnait son foyer. Il finit par tomber, quelques semaines avant la naissance de Marcel, cédant la place au silence qui s’abattit sur les champs envahis de ronces et de mauvaises herbes, sur les murs de pierre effondrés, sur les bergeries désertes et les tombeaux. (…)


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© Le sermon sur la chute de Rome
de Jérôme Ferrari,
Actes Sud, prix Goncourt 2012
disponible en papier & en numérique

20 décembre 2011

Baisse des prix sur le catalogue numérique de Gallimard

Si la hausse de la TVA sur le livre imprimé est reportée au mois d’avril 2012, la baisse annoncée du taux réduit de TVA sur le livre numérique sera quant à elle effective au 1er janvier 2012. Depuis quelques semaines, de nombreux lecteurs, blogueurs et professionnels du livre se demandent si les éditeurs vont profiter de cette application pour baisser le prix de vente de leurs ebooks. Jusque-là, silence radio. Mais une première nouvelle vient de tomber. Le groupe Gallimard a en effet annoncé hier soir qu’il avait choisi d’anticiper ce passage de 19.6% à 7% en baissant dès à présent les prix de son catalogue numérique (Éditions Gallimard, Verticales, Gallimard Jeunesse, Les Grandes Personnes). Selon Éric Marbeau, qui est chargé des partenariats et de la diffusion numérique pour le groupe et qui a bien voulu répondre à mes questions, cette décision prise en cette période de fêtes de fin d’année est avant tout une opportunité commerciale, un geste en direction du public qui aura fait l’acquisition d’une tablette de lecture ou d’une liseuse à Noël et n’aura qu’une envie : chercher dans les catalogues numériques l’offre la plus attractive (large choix, qualité des fichiers, prix). Mais cette décision est sans doute aussi un message fort adressé aux autres groupes d’édition. Quelle politique tarifaire proposeront dès le 1er janvier les groupes d’édition comme Flammarion, Le Seuil (La Martinière), Hachette ou encore Editis ? Là encore, le groupe Gallimard (qui a signé avec Amazon mais pas avec Apple) tente de se démarquer des autres acteurs. On suivra donc ça de près dans les prochains jours.

Concrètement, les nouveautés du groupe Gallimard sont désormais proposées à environ -30% du prix TTC de l’édition imprimée. Sur le grand format, la baisse de prix est proportionnelle à la baisse de la TVA. Sur le poche, la baisse est beaucoup moins significative (-5% environ). Par ailleurs, afin de faciliter la lecture des prix sur leur catalogue, les éditions Gallimard ont appliqué des arrondis à l’ensemble de leurs titres (x.49€ ou x.99€). Par exemple le dernier prix Goncourt, L’Art français de la guerre, est aujourd’hui vendu 21€ dans sa version imprimée contre 14.99€ en numérique (au lieu de 16.80€ la semaine dernière). Dans la collection Folio, La délicatesse de David Foenkinos (l’une de leurs meilleures ventes du moment) est proposée 6.20€ dans sa version imprimée et 5.99€ en numérique (ce qui équivaut, à quelques centimes près, au prix du livre papier avec remise de 5%). Idem pour Le bonhomme de neige de Jo Nesbø (8.10€ le livre papier, 7.69€ avec remise de 5% et 7.49€ en numérique). Autre exemple avec la collection Folio SF, tout nouvellement arrivée au catalogue numérique. Les 3 titres (celui de Philp K. Dick et ceux de Daniel F. Galouye) sont vendus 6.49€ et 6.99€ (contre 6.60€ et 7.12€ en papier avec remise de 5%).

Dans sa lettre adressée hier soir aux revendeurs de livres numériques, Éric Marbeau terminait ainsi : « Nous espérons que ce nouveau positionnement contribuera à l’émergence du marché du livre numérique en Europe et participera à constituer une offre attractive pour le lectorat francophone ». Nous ne manquerons pas de le contacter au cours du mois de janvier pour savoir si cette décision aura été bénéfique ou pas pour ce groupe d’édition.

ChG

24 novembre 2011

ePagine, sélections 11/11 #3 Prix littéraires 2011

Après les éditions Actes Sud et les lectures 100% numériques, troisième mise en avant : les prix littéraires 2011. Une quatrième sélection, dans les prochains jours, vous proposera de faire le tour du globe en compagnie d’auteurs du monde entier, classiques et contemporains.


Une sélection de textes littéraires primés en 2011

 

Entre les vendanges et les vins nouveaux, en général on aime en France distribuer palmes, prix et distinctions. Cette année, pour la première fois, quasiment tous les titres primés sont également disponibles en numérique. Vendus 20 à 25 % moins chers que dans la version imprimée, ces ePub sont également protégés par des DRM. Pas de quoi donner grande envie aux lecteurs d’expérimenter la lecture numérique. Mais bon, gardons tout de même trace de cette étape et voyons ce que donneront la baisse de la TVA en janvier sur les livres numériques et (hypothèse hasardeuse ?) l’abandon des DRM tels qu’ils existent actuellement… Dans la liste des primés, nous trouverons toutefois deux exceptions avec ces deux titres de Régine Detambel chez publie.net (qui recevra le 1er décembre l’un des grands prix d’automne de la SGDL) ainsi qu’avec le texte d’Éric Laurrent, Les Découvertes (éditions de Minuit), qui vient de recevoir le prix Wepler (10.50 € et sans DRM) et dont je vous donne aujourd’hui un extrait à lire. Voici donc la liste des titres primés disponibles (ou non) en numérique qui peuvent être téléchargés sur tous les sites des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici).


Ceux qui sont disponibles en numérique
Prix Goncourt 2011L’art français de la guerre, Alexis Jenni – Gallimard
Prix Renaudot 2011Limonov, Emmanuel Carrère – P.O.L
Prix Renaudot essai 2011Fontenoy ne reviendra plus, Gérard Guégan – Stock
Grand prix du roman de l’Académie Française 2011Retour à Killybegs, Sorj Chalandon – Grasset >>> lire la chronique d’Anne Savelli sur ce blog
Prix Femina roman français 2011Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati – Grasset
Prix Femina étranger 2011Dire son nom, Francisco Goldman – Christian Bourgois
Prix Médicis roman français 2011Ce qu’aimer veut dire, Mathieu Lindon – P.O.L
Prix Médicis roman étranger 2011Une femme fuyant l’annonce, David Grossman – Seuil
Prix Médicis essai 2011Dans les forêts de Sibérie : Février – Juillet 2010, Sylvain Tesson – Gallimard
Prix Wepler 2011Les découvertes, Éric Laurrent – Minuit
Goncourt des lycéens 2011Du domaine des Murmures, Carole Martinez – Gallimard
Renaudot des lycéens, Prix du roman France Télévisions et Prix du roman Fnac 2011Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan – JC Lattès
Prix Interallié 2011Tout, tout de suite, Morgan Sportès – Fayard
Prix Virgin/Lire 2011Scintillation, John Burnside – Métailié >>> lire le billet consacré à ce texte (avec extrait) sur ce blog
Prix Trop Virilo 2011Le Système Victoria, Éric Reinhardt – Stock
Prix d’automne 2011 de la SGDL pour l’ensemble de son oeuvre – Régine Detambel >>> lire le billet consacré à Sur l’aile de Régine Detambel sur ce blog
Grand Prix de littérature policière 2011L’honorable société, Dominique Manotti / Doa – Gallimard, Série Noire

Ceux qui ne sont pas disponibles en numérique (à ce jour)
Prix Virilo 2011Dino Egger, Éric Chevillard – Minuit
Prix Décembre 2011Le dépaysement : voyages en France, Jean-Christophe Bailly – Seuil
Prix Décembre 2011Gaston et Gustave, Olivier Frébourg – Mercure de France
Prix Femina essai 2011L’Homme qui se prenait pour Napoléon, Laure Murat – Gallimard


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Extrait des Découvertes, Éric Laurrent
Minuit, Prix Wepler 2011)

« En cette dernière année de maternelle que je suivais à l’école Saint-Austremoine, séculaire institution catholique dont les austères bâtiments, disposés en quadrilatère autour d’une vaste cour plantée de tilleuls et de platanes dont les racines soulevaient, fissuraient, voire crevaient le grisâtre et granuleux revêtement de bitume, avaient été taillés dans la même lave noire ayant servi à l’édification de toute la vieille ville, de la moindre de ses fontaines jusqu’à sa cathédrale (seule de son espèce à avoir été construite dans ce matériau et que l’anonyme auteur médiéval de l’Estoire veire d’Arvernis décrirait joliment comme « an grant dueil vestue »), et où mes parents m’avaient inscrit non par défiance envers l’instruction publique, mais (car elle faisait garderie le matin et le soir) tout simplement par commodité, en cette dernière année de maternelle, donc, lorsque vint le moment de nous inculquer des rudiments de lecture, je me révélai incapable de distinguer les unes des autres les lettres que l’institutrice traçait sur le tableau vert foncé de la salle de classe.
Ne saisissant pas en vertu de quelle ésotérique convention ces signes, qui manifestement se ressemblaient tous, dussent se prononcer de manière différente, il m’avait alors paru – puisque, de toute évidence, le plus grand arbitraire régnait en ce domaine – que retourner tout ce qui me passait par la tête constituait l’attitude la plus appropriée quand il m’était demandé de les identifier. Encouragé par l’hilarité générale que je provoquais en la circonstance, je devenais chaque fois plus prolixe dans mes réponses, jetant pêle-mêle la moitié de l’alphabet ou les mots les plus saugrenus qui me venaient à l’esprit, insensible aux punitions que m’attiraient ces pitreries, dont la principale, qu’on appelait le piquet, consistait à demeurer debout et immobile, les mains jointes dans le dos, face au mur, dans un coin de la pièce, punitions qui, loin de m’humilier, m’entouraient du plus grand prestige auprès de mes petits camarades, lequel s’étendrait à l’école tout entière le jour où l’institutrice, à court d’indulgence, m’obligerait à sortir à l’heure de la récréation coiffé du poussiéreux bonnet d’âne qu’elle avait extrait du fond de l’armoire où, par suite des événements de Mai 68 et de la remise en cause des valeurs traditionnelles qui leur succéda, l’abandon des méthodes d’éducation les plus vexatoires l’avait relégué quelques années plus tôt, apparition que (passé l’ébahissement qu’elle suscita aussitôt dans la cour, au point de plonger celle-ci dans un inhabituel silence) un, puis deux, puis trois, puis dix, enfin tous les élèves de l’établissement, s’étant attroupés autour de moi, saluèrent au cri joyeux de « C’est Sa Majesté Carnaval ! C’est Sa Majesté Carnaval ! ».
Ce fut là, si je puis dire, mon couronnement.

Les semaines passant, mon public se lassa cependant de mes facéties ; les quolibets se mêlèrent aux rires ; la cruauté perça sous l’enjouement. Le surnom glorieux que mon apparition affublé d’une tiare bicorne dans la cour de récréation m’avait valu quelque temps se tronqua de ses deux premiers termes, autrement dit de son titre royal, et, tel Louis XVI devenu Louis Capet, l’on ne me désigna plus que sous le dérisoire diminutif de « Carnaval ». Je ressentis cela comme une destitution – c’en était une. Mais, en matière de sobriquet, le pire était à venir.
Ce trait physique devant fournir une explication plausible à mon incapacité à apprendre à lire en me signalant comme un étranger, donc un allophone, le dessin en amande de mes yeux poussa un jour l’un de mes camarades à m’attribuer l’infamant qualificatif de « Chinois ». Se ruer sur lui, puis le jeter à terre et l’y maintenir en lui faisant jurer de ne plus m’appeler ainsi ne servit à rien : en une semaine, toute l’école adopta l’épithète – « Chinois », « le Chinois », « Chinetoque » : sous ces trois variantes, elle me suivrait jusqu’à la fin de l’année.
Je la détestais d’autant plus que, davantage qu’un étranger, elle faisait de moi un orphelin, me laissant en effet à penser, a fortiori en cette période du développement où chaque être se forge une ascendance imaginaire et s’invente une sorte de roman familial, que je n’étais point le fils naturel de mes parents, mais un enfant trouvé, encore nourrisson, dans la cale de quelque jonque démâtée, à la coque à demi éventrée, au pont jonché de cadavres, fantasme dans l’élaboration duquel entraient des éléments empruntés tout ensemble à l’actualité, qu’occupait fréquemment la tragique odyssée de ces boat people que les guerres déchirant l’Asie du Sud-Est en ces années-là jetaient par milliers à la mer et dont je pouvais voir les images au journal télévisé du soir, et à la religion, l’embarcation qui m’avait en dérivant mené jusqu’aux rivages de France n’étant somme toute qu’une revisitation moderne et, certes, un petit peu plus dramatique du mythe de Moïse, confié par sa mère aux eaux du Nil dans une corbeille de papyrus. »

9 novembre 2011

Prix littéraires 2011 et offre numérique

 

En écoute : Marin Marais
Suite n°6 en mi majeur : Tombeau pour M. de Lully
par Jordi Savall

 

Cette année, quasiment tous les titres récompensés par les principaux prix littéraires d’automne figurent au catalogue numérique*. Quelques exceptions notamment. Parmi eux, des titres que j’aime beaucoup et que je ne peux que vous conseiller d’aller lire dans leur version imprimée. Je pense notamment aux textes de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Prix Décembre) et d’Éric Chevillard, Dino Egger (Prix Virilo).

Cette année, donc, presque tous les livres des auteurs primés sont disponibles dans leur version papier et en numérique. De ce côté-ci les choses avancent. Beaucoup moins côté diversité (ce mot à la mode). Oui oui, on prend les mêmes éditeurs que les autres années et on recommence : Gallimard et ses filiales, P.O.L, Mercure de France et Table Ronde (7 prix), Grasset (2 prix), Seuil (1 prix). D’autres titres publiés par des éditeurs qui ont déjà reçu des distinctions mais de manière moins régulière viennent également d’être récompensés : Stock (2 prix), JC Lattès (3 prix avec le même roman), Christian Bourgois (1 prix), Minuit (1 prix) et Métailié (1 prix). Si diversité il y a, on la trouvera plutôt du côté de la Société des Gens de Lettres (SGDL) qui vient d’attribuer l’un de ses prix d’automne à Régine Detambel pour l’ensemble de son œuvre. En numérique sont disponibles de cet auteur 1 titre chez Gallimard, 1 au Mercure de France, 1 au Seuil, 1 chez Actes Sud et 2 chez publie.net.

Parlons des prix maintenant, pas des récompenses mais des tarifs. Parmi cette petite vingtaine de titres vous en trouverez deux à moins de 4 € (publie.net), un à moins de 10 € (Seuil), les autres s’échelonnant entre 11,20 € et 17,99 € (20 à 25 % de moins qu’en papier). La moyenne, elle, se situe autour de 13,50 €. Enfin, du côté des DRM (les verrous), seuls publie.net et Métailié ont choisi de ne pas en poser. Malgré ça, et peut-être n’est-ce pas un si grand handicap que ça, les titres qui se vendent le mieux en ce moment sont commercialisés autour de 15 € et comportent des DRM. Mais ces ventes sont si faibles qu’il faut se méfier. Comme le disait hier un éditeur aux assises professionnelles du livre, on ne peut pas, même pour des titres qui se vendent très bien en librairie, parler pour l’instant de marché. Pour un best seller qui se vendrait à plus de 100.000 exemplaires il y aurait actuellement, pour ce même titre et selon lui, entre 1.000 et 2.000 téléchargements. Toujours d’après lui, de nombreux livres vendus dans leur version imprimée autour de 5.000 exemplaires ne dépasseraient pas aujourd’hui les 50 téléchargements.

Je vous rappelle que tous ces titres listés infra sont disponibles sur les sites des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici), qu’ils peuvent être téléchargés au format ePub et lus sur ordinateur (mac ou PC), smartphone, liseuse ou tablette de lecture.

* seul manque à cette liste le prix Interralié qui sera remis la semaine prochaine mais il ne viendra pas bousculer la tendance, les trois auteurs sélectionnés étant édités chez Gallimard, Grasset et Albin Michel.


Ceux qui sont disponibles en numérique
Prix Goncourt 2011L’art français de la guerre, Alexis Jenni – Gallimard
Prix Renaudot 2011Limonov, Emmanuel Carrère – P.O.L
Prix Renaudot essai 2011Fontenoy ne reviendra plus, Gérard Guégan – Stock
Grand prix du roman de l’Académie Française 2011Retour à Killybegs, Sorj Chalandon – Grasset >>> lire la chronique d’Anne Savelli sur ce blog
Prix Femina roman français 2011Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati – Grasset
Prix Femina étranger 2011Dire son nom, Francisco Goldman – Christian Bourgois
Prix Médicis roman français 2011Ce qu’aimer veut dire, Mathieu Lindon – P.O.L
Prix Médicis roman étranger 2011Une femme fuyant l’annonce, David Grossman – Seuil
Prix Médicis essai 2011Dans les forêts de Sibérie : Février – Juillet 2010, Sylvain Tesson – Gallimard
Goncourt des lycéens 2011Du domaine des Murmures, Carole Martinez – Gallimard
Renaudot des lycéens, Prix du roman France Télévisions et Prix du roman Fnac 2011Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan – JC Lattès
Prix Virgin/Lire 2011Scintillation, John Burnside – Métailié >>> lire le billet consacré à ce texte (avec extrait) sur ce blog
Prix Trop Virilo 2011Le Système Victoria, Éric Reinhardt – Stock
Prix d’automne 2011 de la SGDL pour l’ensemble de son oeuvre – Régine Detambel >>> lire le billet consacré à Sur l’aile de Régine Detambel sur ce blog

Ceux qui ne sont pas disponibles en numérique (à ce jour)
Prix Virilo 2011Dino Egger, Éric Chevillard – Minuit
Prix Décembre 2011Le dépaysement : voyages en France, Jean-Christophe Bailly – Seuil
Prix Décembre 2011Gaston et Gustave, Olivier Frébourg – Mercure de France
Prix Femina essai 2011L’Homme qui se prenait pour Napoléon, Laure Murat – Gallimard

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