Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

9 novembre 2012

Les 2 premiers titres de Pierre Michon en numérique

Décidément, les éditions Verdier font parler d’elles en ce moment – on ne boudera d’ailleurs pas notre plaisir. Souvenez-vous, la semaine dernière, je vous annonçais que la maison d’édition venait de supprimer les DRM de tous ses livres numériques (lire notre billet largement relayé par les amateurs de la maison fondée en 1979 à Lagrasse par Gérard Bobillier, Colette Olive et Michèle Planel).

Hier, tandis que Mathieu Riboulet recevait le prix Décembre avec Les œuvres de miséricorde (disponible en numérique, epub sans DRM, 11.90 €), un très subtil recueil de textes aux frontières du récit et de la fiction qu’il articule autour des conflits franco-allemands (héritage, rancœurs) et du corps (errant, désirant, sexué, mortel), deux textes de Pierre Michon entraient au catalogue. Tout d’abord, l’un de ses plus beaux portraits, celui de Joseph Roulin, le fameux facteur Roulin qui avait été peint par Van Gogh, Vie de Joseph Roulin étant le premier livre de Michon publié par Verdier et l’un des plus connus avec Les Vies minuscules, Rimbaud le fils ou Corps du roi. Hormis le Roulin, Verdier a numérisé (via le studio ePub d’ePagine) Les Onze, publié en 2009, qui avait reçu en son temps le Grand Prix du Roman de l’Académie française et qu’on chronique infra. En attendant l’arrivée d’autres titres de Michon en numérique…

 

Les Onze de Pierre Michon

Quel effort il aura fallu à Pierre Michon pour écrire Les Onze ! Avec toute cette matière, on pourrait se demander pourquoi il n’a pas bâti là une fresque historique sur fond d’espionnage voire une hagiographie. Mais ce serait mal connaître l’auteur qui d’ailleurs s’amuse de la mode actuelle pour la généalogie. Non, au-delà de l’œuvre de Corentin, ici il est fortement question de magie créatrice, du complexe œdipien, des sirènes qui empêchent de raconter l’histoire dans le bon sens, de curiosité intellectuelle, de poésie, de mauvais vin, de coucheries mais aussi d’insultes à Dieu, d’alliances et de traîtrises ou encore de la commande d’un tableau faite « avec les plus mauvaises intentions ». Et, une fois encore, en guide inspiré, Michon parvient à se faire se côtoyer les figures des Lumières et les vies minuscules, ces hommes qui travaillent dans la boue du canal près d’Orléans.
En deux parties, l’écrivain revient sur deux moments de la vie du peintre Corentin. On le découvre d’abord à dix ans, vrai petit tyran, entouré de sa mère et de sa grand-mère où pour se venger de l’absence du père (écrivain raté) il rend la vie difficile à ces deux femmes. Puis il devient vieux et laid. On est alors en 1794, en pleine Terreur, quand on lui passe commande d’un tableau : ses modèles seront les onze représentants du Comité du salut public (dix écrivains + un, ceux qu’on surnommait les « onze parricides », parmi lesquels se trouvaient Robespierre, Collot ou Carnot). Et c’est là que Corentin réalisera l’un de ses chefs d’œuvre et c’est là aussi, nous dit Michon, qu’il peindra onze fois son père, « onze fois la revanche irréelle de son père, la défaite réelle de son père, debout ».

ChG


Titres cités dans ce billet

Les Œuvres de miséricorde de Mathieu Riboulet, epub, 11.90 € sans DRM
Les Onze de Pierre Michon, epub, 12 € sans DRM
Vie de Joseph Roulin, epub, 8 € sans DRM

9 novembre 2011

Prix littéraires 2011 et offre numérique

 

En écoute : Marin Marais
Suite n°6 en mi majeur : Tombeau pour M. de Lully
par Jordi Savall

 

Cette année, quasiment tous les titres récompensés par les principaux prix littéraires d’automne figurent au catalogue numérique*. Quelques exceptions notamment. Parmi eux, des titres que j’aime beaucoup et que je ne peux que vous conseiller d’aller lire dans leur version imprimée. Je pense notamment aux textes de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Prix Décembre) et d’Éric Chevillard, Dino Egger (Prix Virilo).

Cette année, donc, presque tous les livres des auteurs primés sont disponibles dans leur version papier et en numérique. De ce côté-ci les choses avancent. Beaucoup moins côté diversité (ce mot à la mode). Oui oui, on prend les mêmes éditeurs que les autres années et on recommence : Gallimard et ses filiales, P.O.L, Mercure de France et Table Ronde (7 prix), Grasset (2 prix), Seuil (1 prix). D’autres titres publiés par des éditeurs qui ont déjà reçu des distinctions mais de manière moins régulière viennent également d’être récompensés : Stock (2 prix), JC Lattès (3 prix avec le même roman), Christian Bourgois (1 prix), Minuit (1 prix) et Métailié (1 prix). Si diversité il y a, on la trouvera plutôt du côté de la Société des Gens de Lettres (SGDL) qui vient d’attribuer l’un de ses prix d’automne à Régine Detambel pour l’ensemble de son œuvre. En numérique sont disponibles de cet auteur 1 titre chez Gallimard, 1 au Mercure de France, 1 au Seuil, 1 chez Actes Sud et 2 chez publie.net.

Parlons des prix maintenant, pas des récompenses mais des tarifs. Parmi cette petite vingtaine de titres vous en trouverez deux à moins de 4 € (publie.net), un à moins de 10 € (Seuil), les autres s’échelonnant entre 11,20 € et 17,99 € (20 à 25 % de moins qu’en papier). La moyenne, elle, se situe autour de 13,50 €. Enfin, du côté des DRM (les verrous), seuls publie.net et Métailié ont choisi de ne pas en poser. Malgré ça, et peut-être n’est-ce pas un si grand handicap que ça, les titres qui se vendent le mieux en ce moment sont commercialisés autour de 15 € et comportent des DRM. Mais ces ventes sont si faibles qu’il faut se méfier. Comme le disait hier un éditeur aux assises professionnelles du livre, on ne peut pas, même pour des titres qui se vendent très bien en librairie, parler pour l’instant de marché. Pour un best seller qui se vendrait à plus de 100.000 exemplaires il y aurait actuellement, pour ce même titre et selon lui, entre 1.000 et 2.000 téléchargements. Toujours d’après lui, de nombreux livres vendus dans leur version imprimée autour de 5.000 exemplaires ne dépasseraient pas aujourd’hui les 50 téléchargements.

Je vous rappelle que tous ces titres listés infra sont disponibles sur les sites des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici), qu’ils peuvent être téléchargés au format ePub et lus sur ordinateur (mac ou PC), smartphone, liseuse ou tablette de lecture.

* seul manque à cette liste le prix Interralié qui sera remis la semaine prochaine mais il ne viendra pas bousculer la tendance, les trois auteurs sélectionnés étant édités chez Gallimard, Grasset et Albin Michel.


Ceux qui sont disponibles en numérique
Prix Goncourt 2011L’art français de la guerre, Alexis Jenni – Gallimard
Prix Renaudot 2011Limonov, Emmanuel Carrère – P.O.L
Prix Renaudot essai 2011Fontenoy ne reviendra plus, Gérard Guégan – Stock
Grand prix du roman de l’Académie Française 2011Retour à Killybegs, Sorj Chalandon – Grasset >>> lire la chronique d’Anne Savelli sur ce blog
Prix Femina roman français 2011Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati – Grasset
Prix Femina étranger 2011Dire son nom, Francisco Goldman – Christian Bourgois
Prix Médicis roman français 2011Ce qu’aimer veut dire, Mathieu Lindon – P.O.L
Prix Médicis roman étranger 2011Une femme fuyant l’annonce, David Grossman – Seuil
Prix Médicis essai 2011Dans les forêts de Sibérie : Février – Juillet 2010, Sylvain Tesson – Gallimard
Goncourt des lycéens 2011Du domaine des Murmures, Carole Martinez – Gallimard
Renaudot des lycéens, Prix du roman France Télévisions et Prix du roman Fnac 2011Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan – JC Lattès
Prix Virgin/Lire 2011Scintillation, John Burnside – Métailié >>> lire le billet consacré à ce texte (avec extrait) sur ce blog
Prix Trop Virilo 2011Le Système Victoria, Éric Reinhardt – Stock
Prix d’automne 2011 de la SGDL pour l’ensemble de son oeuvre – Régine Detambel >>> lire le billet consacré à Sur l’aile de Régine Detambel sur ce blog

Ceux qui ne sont pas disponibles en numérique (à ce jour)
Prix Virilo 2011Dino Egger, Éric Chevillard – Minuit
Prix Décembre 2011Le dépaysement : voyages en France, Jean-Christophe Bailly – Seuil
Prix Décembre 2011Gaston et Gustave, Olivier Frébourg – Mercure de France
Prix Femina essai 2011L’Homme qui se prenait pour Napoléon, Laure Murat – Gallimard

14 novembre 2010

Frédéric Schiffter, Philosophie sentimentale (Flammarion), Prix Décembre, extrait

Frédéric Schiffter pour son ouvrage Philosophie sentimentale (Flammarion) vient de recevoir le prix Décembre. Son ouvrage est disponible à la vente en numérique sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires au format epub. Afin de vous permettre de découvrir cet auteur et d’entrer dans son univers, nous vous proposons deux choses : 1. vous trouverez infra un court extrait de son essai où il est question de Nietzsche ; 2. sur ePagine, via Eden-Livres, vous avez également moyen de feuilleter les vingt premières pages. Bon dimanche sentimental.


Il y a selon moi deux Nietzsche : le prophète du Surhomme, de l’Éternel Retour, de la transvaluation des valeurs, et, avant cette période, lors de son amitié avec Paul Rée, l’examinateur des sentiments moraux, amateur des maîtres français de l’aphorisme et de la maxime « qui, tels d’adroits tireurs, dit-il, mettent toujours et toujours dans le noir [...] de la nature humaine ». Bien des exégètes de Nietzsche, focalisés sur la portée éthique et politique du thème de la volonté de puissance, oublient l’admiration du penseur pour ses précurseurs, des « psychologues » selon ses termes, tels Montaigne, La Rochefoucauld, Pascal, Chamfort, et, outre, bien sûr, Schopenhauer, Paul Bourget. Dès lors, ils se divisent en « nietzschéens » et « antinietzschéens ». Les premiers voient en lui un philosophe de la subversion, un généalogiste des valeurs bourgeoises, qu’il conviendrait de sauver des griffes d’un camp réactionnaire, voire fasciste, prompt à l’enrôler comme son théoricien. Les seconds le dénoncent comme un sophiste décadent, un ennemi du progrès et de l’humanisme, un esthète de la force.

Peu me chaut que Nietzsche soit un révolutionnaire, un antidémocrate chrétien, le contraire d’un intellectuel de gauche. Le visionnaire m’ennuie, le moraliste, souvent, me touche. Voilà pourquoi je limite mon intérêt à ses ouvrages écrits entre 1877 et 1883 de Humain, trop humain – d’où provient la citation (§ 283) – au Gai Savoir en passant par Aurore, et délaisse ceux que les spécialistes appellent les « textes de la maturité » : Ainsi parlait Zarathoustra, Au-delà du bien et du mal, La Généalogie de la morale, L’Antéchrist.

« Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave »… À l’énoncé de cette sentence, n’importe quel employé opère sur-le-champ, in petto, une soustraction. Si, aux vingt-quatre heures d’une journée, il ôte celles passées à travailler, c’est-à-dire, en règle générale, et en mettant les choses au mieux, huit heures, le voilà rassuré : il tient ses deux tiers ! Mais il sait bien que le calcul ne tombe pas juste ; car aux heures de bureau, d’usine, de boutique, s’ajoutent les heures de transport – aller de son domicile à son lieu de travail c’est déjà travailler et revenir de son lieu de travail à son domicile c’est encore travailler ; et une fois chez lui, à sa fatigue nerveuse se greffe le souci des tâches domestiques non moins lassantes et ingrates. Si bien que, s’il fait la somme de tous ces moments qui ne lui appartiennent pas, ne lui reste comme temps propre qu’une assez courte nuit de sommeil – repos indispensable brutalement interrompu par la sonnerie d’un réveil, assourdissante comme la sirène enjoignant jadis les prolétaires à reprendre le collier.

En écrivant cette phrase, Nietzsche ne songe pas seulement à la bête de somme du XIXe siècle – à l’ouvrier, au mineur, au journalier agricole, etc. – telle que Zola, son contemporain, en peint dans ses romans la minable existence, mais, précise-t-il, à « l’homme d’État », au « marchand », au « fonctionnaire », au « savant ». Car aussi élevées soient leurs positions sociales, les banquiers, les hommes d’affaires, les ingénieurs, les dirigeants d’une nation ou d’un empire industriel qui ne se vouent qu’à des missions, des projets, des entreprises, des chantiers, des plans, bref, à une foultitude d’activités où il leur faut se soumettre tant aux contraintes horaires qu’aux injonctions du calendrier, ne jouissent pas davantage que leurs humbles travailleurs, et même moins, d’un temps à eux.

© Frédéric Schiffter, Philosophie sentimentale (Flammarion) – Prix Décembre 2010 – 14,90 € en numérique sur ePagine (format ePub)

7 octobre 2010

Les listes d’automne, en ronde monotone, tombent en tourbillonnant

© Alicia Martin, Zocalo, 1997

En automne, chaque jour ou presque, les jurés des prix littéraires annoncent de nouvelles sélections, dressent de nouvelles listes. C’est un peu comme lorsqu’on s’apprête à faire nos courses : on refait chaque semaine sa liste tout en sachant déjà que chacun de nos paniers finissent toujours par se ressembler un peu. On ne sera donc pas surpris de retrouver des noms nommés ailleurs. Des nouveaux auteurs, ceci dit, apparaissent toutefois (pour les éditeurs c’est plus rare). De tous ces titres en lice,  la moitié ou plus est désormais disponible en numérique (sauf pour les romans étrangers : question de droits). 9 maisons d’édition sont ainsi concernées : Fayard, Flammarion, Gallimard, Grasset, Lattès, L’Olivier, P.O.L, Stock et Verticales. Vous remarquerez néanmoins que certains titres publiés par ces mêmes éditeurs ne sont pas proposés dans leur version numérique. La réponse est simple : l’auteur (ou son agent) ne le souhaite pas pour l’instant.

4 des 8 romans sélectionnés dans la 1ère liste du prix de l’Académie Française peuvent être lus en numérique (une deuxième sélection sera établie le 21 octobre pour le prix qui sera décerné le 28 octobre).

  • Jean-Marie Blas de Roblès, La montagne de minuit (Zulma)
  • Marc Dugain, L’insomnie des étoile (Gallimard)
  • Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Actes Sud)
  • Eric Faye, Nagasaki (Stock)
  • Jean Guerreschi, Bélard et Loïse (Gallimard)
  • Michel Houellebecq, La carte et le territoire (Flammarion)
  • Claudie Hunzinger, Elles vivaient d’espoir (Grasset)
  • Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont (Verticales)

2ème sélection des trois prix Femina : si un seul roman étranger de cette sélection est disponible en numérique, 5 romans français sur 8 et 6 essais sur 12 peuvent être téléchargés sur ePagine (la troisième et dernière sélection sera annoncée le 20 octobre, pour une remise des prix le 2 novembre).

Sélection roman français


Sélection roman étranger

  • Alberto Barrera Tyszka, La maladie (Gallimard)
  • Henrik B. Nilsson, Le faux ami (Grasset)
  • Edna O’Brien, Crépuscule irlandais (Sabine Wespieser)
  • Sofi Oksanen, Purge (Stock)
  • Kate O’Riordan, Un autre amour (Joëlle Losfeld)
  • Amanda Smyth, Black Rock (Phébus)
  • Gonçalo M. Tavares, Apprendre à prier à l’ère de la technique (Viviane Hamy)


Sélection Femina essais

4 des 5 romans retenus dans la dernière sélection du prix de Flore avant résultats (4 novembre) peuvent être lus en numérique.


5 textes sur les 8 textes sélectionnés par les jurés du prix Goncourt sont au catalogue numérique ePagine (une dernière sélection sera établie le 4 novembre, en vue du prix décerné quatre jours plus tard).

7 textes sur 11 de la 1ère sélection du prix Décembre sont disponibles en numérique (doté de 30 000 euros, le prix Décembre sera remis le mardi 9 novembre).


Christophe Grossi

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