Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

23 janvier 2013

Lire « la pensée rêvante » de J.-B. Pontalis en numérique

Le grand écrivain, poète et psychanalyste J.-B. Pontalis est mort la semaine dernière, le jour de son anniversaire, à l’âge de 89 ans. Parmi les nombreux hommages rendus ces derniers jours à cet homme dont la pensée rêvante a traversé deux siècles, des rives et des récits de vie intime, vous trouverez quelques liens sur le site déboîtements ainsi qu’un dossier sur le site de la librairie Ombres blanches. Aujourd’hui, nous nous attacherons ici à dresser la liste des titres disponibles en numérique sur ePagine et proposerons un extrait du dernier ouvrage publié de l’auteur, Le laboratoire central : l’avant-propos de Michel Gribinski qui est également l’éditeur de la collection penser/rêver aux éditions de L’Olivier.

Treize titres de J.-B. Pontalis sont désormais disponibles en numérique, ses essais psychanalytiques mais aussi ses récits singuliers et personnels. Si une bonne dizaine de ses ouvrages sont présents au catalogue depuis 2009 en PDF image (collection Blanche et Connaissance de l’inconscient chez Gallimard), deux autres ne le sont que depuis quelques mois seulement : Un jour, le crime (Folio) ou Le laboratoire central (éditions de l’Olivier) qui contient neuf entretiens et exposés de Pontalis prononcés ou publiés entre 1970 et 2012. Dans ce recueil, vous retrouverez un homme en questionnement, toujours prêt à « penser contre soi » et à refuser la facilité, quitte à se mettre en danger. Ses interlocuteurs, entre autres Pierre Bayard ou Marcel Gauchet, l’amènent à se pencher à nouveau sur les rapports complexes entre psychanalyse et littérature et, même parfois, sur le lien entre psychanalyse et politique. Quelques figures traversent également réflexions et échanges, Sartre et Lacan bien sûr, mais aussi Max Jacob qu’il a rencontré avant sa déportation. Souvent accessible, ce recueil est une autre manière de lire, de relire et de retrouver J.-B. Pontalis, qu’on soit grand connaisseur en matière de psychanalyse ou tout simplement lecteur de ses récits singuliers à la frontière de plusieurs genres littéraires, des sciences humaines et de la poésie.

J.-B. Pontalis a également dirigé une revue et plusieurs collections. Cinq titres de la collection Connaissance de l’inconscient figurent pour l’instant au catalogue numérique ainsi que 45 titres de la Nouvelle Revue de Psychanalyse et 9 titres de sa collection de littérature L’un et l’autre.

Bonne lecture, en marge des jours.

ChG


Avant-propos de Michel Gribinski

«

Ce vingtième volume de la collection « penser/rêver » accueille l’auteur de la « pensée rêvante », belle expression qui définit tout autant la méthode de réflexion du psychanalyste que celle de sa pratique. Et c’est, pour une part, à l’apparition et au développement de ce qui aboutira à cette expression que l’on assiste, au long des neuf entretiens qui composent ce recueil, et qui s’échelonnent sur quelque quarante années – entre le premier, qui date de 1970, et le dernier qui est d’hier : février 2012. Dès le premier entretien en effet, la pensée rêvante est comme en attente, derrière le refus affirmé par J.-B. Pontalis de l’imposture qui consiste à « se prendre pour » : quand le psychanalyste se prend pour un psychanalyste, sa pensée n’est pas loin de se prendre pour un raisonnement qui vaut raison. La pensée rêvante sera un peu plus tard, au fil des entretiens, l’état mouvant de l’être qui se défait du leurre de l’identité et de sa vulgarité suffisante – et là, tous les individus de l’« espèce humaine » sont concernés. Elle sera enfin, dans une liste non limitative, épreuve, c’est-à-dire traversée d’un morceau d’inconscient.

Car ces entretiens (en cela ils font écho à ce qui se dit en séance) sont structurés non comme un langage, mais comme un témoignage : voici ce que j’ai vu, ce que j’ai souffert et pensé et avant cela ce que je n’ai pas su penser, et à peine percevoir, voici ce que j’ai ignoré et par quoi j’ai été touché, ce contre quoi je me suis élevé, ce à quoi j’ai pris plaisir. Voici le témoignage des rêves sur ce qui structure mes jours, l’engagement des rêves, et voici la réalité sur laquelle il faut agir. Voici des paroles d’homme, de jeune homme ou, comme le dit J.-B. Pontalis dans Avant, de quelqu’un qui a tous les âges, et qui est, lors de chaque entretien, dans la « force de l’âge ». Et récuse toujours de la façon la plus inattendue la raison qui vieillit la pensée, la rationalité qui déçoit l’intelligence. Là-dessus on ne transigera pas. On veut bien de l’intermédiaire, on réclame même de l’entre-deux, et d’ailleurs l’approximative démocratie est en tant que telle nécessaire à ce que la psychanalyse et la pensée puissent s’exercer librement. Mais s’il faut choisir un camp, ce sera sans compromission celui, déraisonnable, de la jeunesse de la pensée. Celui de sa genèse aussi bien.

Dit-il dans ces pages comment s’y prendre ? se demande le lecteur impatient. Le lecteur découvrira lui-même le fil rouge, les fils nombreux (on est toujours saisi quand on écrit « fil » au pluriel) de ces entretiens, de même que leur évolution, les moments rapides de transformation, le courant créatif que ces pages tracent à mesure. Mais nous ne gâcherons pas le plaisir de la découverte, ou de la redécouverte des échanges, au sens fort, ici rassemblés – la plupart, parus dans des journaux, des magazines, des revues, sont devenus introuvables – en soulignant que l’amour de la littérature y joue pleinement, la littérature sur laquelle Freud s’est si fortement appuyé et qui, toujours, découvre les vérités lumineuses de demain pendant que la psychanalyse devine les fantômes obscurs des vérités d’hier.

Entre demain et hier, par-dessus le temps qui passe et ne passe pas, un poète, un homme de la littérature, a donné ses mots au titre du recueil. Avec le présent titre, J.-B. Pontalis rend hommage à son ami éphémère, Max Jacob, dont les portraits par Modigliani, Picasso, bien d’autres sont curieusement et de manière frappante des « portraits rêvants », aux mille couleurs, alors que ses photos, grises et sèches, semblent vouloir montrer un visage de sentinelle.

Pontalis et Max Jacob se sont fréquentés quelque temps avant l’arrestation du poète par la Gestapo, le 22 février 1944, et la reprise de ce titre salue le souvenir d’une amitié que Pontalis évoque dans le dernier entretien. Il y dit aussi comment s’est fait le choix du titre – « Le laboratoire central » a d’abord été celui de la réponse, publiée dans le présent recueil, à une enquête d’André Green. Deux mots qui parlent également de l’entretien qui est au principe de la séance d’analyse, et de l’entretien qu’on aura avec soi-même en se plongeant dans le mouvement des pages qui suivent.

La pensée de J.-B. Pontalis est mouvementée : c’est qu’il épouse avec une curiosité et un bonheur contagieux les deux contrées toujours neuves de la psychanalyse et de la littérature – et leurs champs parfois absolument contraires, heurtés, quand les mots qui manquent à la première envahissent l’autre ; quand l’une ne sait que tout réduire à des concepts, souvent post-freudiens, ou tout balbutier, alors que l’autre dit d’un trait la chose réelle avec des mots simples ; quand celle-là est toujours au service de plus de vie, et que celle-ci, la littérature, ne l’est pas forcément.

On est reconnaissant à ces épousailles incessantes. Sous leur façon discrète, elles s’opposent à la barbarie. 

M. G.

»

© J.-B. Pontalis, Le laboratoire central (avant-propos Michel Gribinski, éditions de L’Olivier, 2012)

9 janvier 2013

Science infuse de Nicolas Witkowski offert sur ePagine

Le 7 février 2013 paraîtra en papier et en numérique le dictionnaire politique de la science de Nicolas Witkowski, intitulé Science infuse (près de 500 pages). En attendant les parution et mise en ligne, la maison d’édition Don Quichotte a eu la bonne idée de proposer aux lecteurs de télécharger gratuitement sur ePagine 60 pages en PDF de ce dictionnaire politique de la science. Attention, ce sont des extraits non corrigés, précise Don Quichotte et vous avez jusqu’au 2 février 2013. Ensuite, seule la version intégrale et payante sera en ligne sur ePagine.

Pour rappel, le catalogue de livres numériques de la maison d’édition Don Quichotte contient aujourd’hui 24 titres, notamment Patients du slameur Grand Corps malade qui marche fort et Sur la tombe de ma mère du rappeur et comédien Jean Gab’1, un roman autobiographique qui vient de paraître en papier et en numérique.

ChG

 

"ressource humaine" à la lettre R (cliquez pour agrandir)

De réchauffement climatique en scandale sanitaire et d’OGM en catastrophe nucléaire, la science et la technique sont devenues des questions pleinement politiques, tandis que la « technoscience » vient interroger les concepts moraux les mieux ancrés. Pourtant, ce qui devrait susciter un intérêt soutenu ne génère souvent que la résignation de « n’y rien comprendre » – ce qui laisse le champ libre aux lobbies de la technologie et aux bluffs scientifiques les plus éhontés. Qu’y puis-je, direz-vous, si la science m’a toujours été présentée comme rébarbative et « chiantifique » ? Et puis, cela me concerne-t-il vraiment ? Un seul remède : se plonger dans ce dictionnaire, qui vise moins à « faire passer » de l’information qu’à donner les outils nécessaires pour dégonfler les prétentions excessives de la technoscience. De « abeille » à « zz » en passant par « sérendipité » et « posthumanisme », c’est tout le domaine de la science et de la technologie qui se révèle non seulement comme digne d’être exploré mais aussi comme susceptible d’être squatté efficacement : les théories les plus décoiffantes, les idées les moins convenues et les personnages les plus inattendus en font un incomparable tremplin pour l’imagination, et incitent à pénétrer sans crainte dans ce que tant d’autres aimeraient continuer à considérer comme une chasse gardée.

Nicolas Witkowski s’intéresse à la science, à ce qu’il y a autour, et à la façon de le raconter. Physicien et journaliste, éditeur et écrivain, il a pris l’étrange habitude de sortir à peu près tous les dix ans un ouvrage encyclopédique : Science infuse fait suite au Dictionnaire culturel des sciences (Le Regard, Le Seuil, 2001) et à L’État des sciences et des techniques (La Découverte, 1991).

Pour télécharger gratuitement le PDF de Science infuse de Nicolas Witkowski aux éditions Don Quichotte, cliquez ici.

6 novembre 2012

Les 104 premiers « Que sais-je ? » en numérique

 

160 millions, c’est le nombre d’exemplaires de la collection « Que sais-je ? » vendus à travers le monde depuis sa fondation en 1941 aux Presses Universitaires de France. 2012 marque une étape importante dans la vie de la célèbre collection puisque depuis ce matin 104 titres sont désormais disponibles à la vente en numérique chez tous les libraires connectés dont ePagine et les sites des libraires partenaires. Tous ces titres sont sans DRM et peuvent être téléchargés au prix unique de 6,49 €. Au cours des prochains mois, l’offre des PUF sera a priori complétée d’autres titres du catalogue. Infra, la liste de ces 104 premiers titres avec liens, liste dans laquelle vous retrouverez tous les sujets et matières traités par les auteurs de cette collection : histoire et civilisation ; psychologie, pédagogie et psychanalyse ; droit et économie ; arts premiers et disciplines artistiques contemporaines ; philosophie et linguistique ; géopolitique et écologie…

ChG

Pour accéder au catalogue complet des PUF, cliquez ici
sinon, titre par titre, en cliquant sur les liens ci-dessous

 

Les addictions de Mathilde Saïet (QSJ n ° 3911)
L’alchimie de Serge Hutin (QSJ n ° 506)
Alexandre le Grand de Pierre Briant (QSJ n ° 622)
L’analyse du discours de Francine Mazière (QSJ n ° 3735)
L’ancien et le moyen français de Joëlle Ducos & Olivier Soutet (QSJ n ° 3935)
L’art contemporain de Anne Cauquelin (QSJ n ° 2671)
L’art médiéval de Xavier Barral I Altet (QSJ n ° 2518)
Les arts premiers de Jean-Jacques Breton (QSJ n ° 3817)
Les Aztèques de Jacques Soustelle (QSJ n ° 1391)

 

Babylone de Béatrice André-Salvini (QSJ n ° 292)
Les Berbères de Jean Servier (QSJ n ° 718)

 

Le cannabis de Denis Richard & Jean-Louis Senon (QSJ n ° 3084)
La citoyenneté de Anicet Le Pors (QSJ n ° 665)
Le coaching de Patrick Amar & Pierre Angel (QSJ n ° 3724)
Les conflits relationnels de Dominique Picard & Edmond Marc (QSJ n ° 3825)

 

Le développement durable de Sylvie Brunel (QSJ n ° 3719)
Les dieux de l’Égypte de Claude Traunecker (QSJ n ° 1194)
La discrimination positive de Gwénaële Calvès (QSJ n ° 3712)

Le droit administratif de Prosper Weil & Dominique Pouyaud (QSJ n ° 1152)
 • Le droit comparé de Pierre Legrand (QSJ n ° 3478)
Le droit d’asile de Anicet Le Pors (QSJ n ° 3733)
Le droit de l’environnement de Jacqueline Morand-Deviller (QSJ n ° 2334)
Le droit du travail de Alain Supiot (QSJ n ° 1268)
Les droits de l’enfant de Françoise Dekeuwer-Défossez (QSJ n ° 852)

 

Les énergies renouvelables de Jacques Vernier (QSJ n ° 3240)
L’environnement de Jacques Vernier (QSJ n ° 2667)
L’ésotérisme de Antoine Faivre (QSJ n ° 1031)
Les états limites de Vincent Estellon (QSJ n ° 3878)
L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (QSJ n ° 3902)
L’éthique du « care » de Fabienne Brugère (QSJ n ° 3903)
L’exclusion de Julien Damon (QSJ n ° 3077)

 

Le facteur humain de Christophe Dejours (QSJ n ° 2996)
Les familles recomposées de Julien Damon (QSJ n ° 3937)

Les finances publiques de Frank Mordacq (QSJ n ° 3908)
 • Le Front populaire de Jean Vigreux (QSJ n ° 3932)

 

La géopolitique de Alexandre Defay (QSJ n ° 3718)
Géopolitique du Proche-Orient de Alexandre Defay (QSJ n ° 3678)
La gestion des ressources humaines de Jean-Marc Le Gall (QSJ n ° 2646)
La gouvernance de Philippe Moreau Defarges (QSJ n ° 3676)
Les gros mots de Catherine Rouayrenc (QSJ n ° 1597)

 

L’haptonomie de Dominique Décant-Paoli (QSJ n ° 3626)
Histoire de Byzance de Jean-Claude Cheynet (QSJ n ° 107)
Histoire de la géographie de Paul Claval (QSJ n ° 65)

Histoire de la musique en Europe de Brigitte François-Sappey (QSJ n ° 40)
 • Histoire de la Suisse de Jean-Jacques Bouquet (QSJ n ° 140)
Histoire de l’architecture de Gérard Monnier (QSJ n ° 18)
Histoire de l’Union soviétique de Lénine à Staline (1917-1953) de Nicolas Werth (QSJ n ° 2963)
Histoire des mères et de la maternité en Occident de Yvonne Knibiehler (QSJ n ° 3539)
Histoire du droit de Jean-Marie Carbasse (QSJ n ° 3828)
Histoire du judaïsme de Eric Smilevitch (QSJ n ° 3940)

Histoire du théâtre de Alain Viala  (QSJ n ° 160)

 

Internet de Solange Ghernaouti-Hélie & Arnaud Dufour (QSJ n ° 3073)
Introduction au droit de Muriel Fabre-Magnan (QSJ n ° 1808)

 

La laïcité de Guy Haarscher  (QSJ n ° 3129)
Lexique de droit constitutionnel de Pierre Avril & Jean Gicquel (QSJ n ° 3655)
La logique de Pierre Wagner (QSJ n ° 225)

 

Le management de Raymond-Alain Thietart (QSJ n ° 1860)
Le modèle français depuis 1945 de Pascal Gauchon (QSJ n ° 3649)
Le multiculturalisme de Patrick Savidan (QSJ n ° 3236)

 

Le narcissisme de Paul Denis (QSJ n ° 3946)
Les néologismes de Jean Pruvost & Jean-François Sablayrolles (QSJ n ° 3674)
Nietzsche de Jean Granier (QSJ n ° 2042)

 

L’orthographe de Nina Catach (QSJ n ° 685)

 

Le packaging de Benoît Heilbrunn & Bertrand Barré (QSJ n ° 3827)
Le Paléolithique de Boris Valentin (QSJ n ° 3924)
Les pédagogies nouvelles de Jean-Paul Resweber (QSJ n ° 2277)
La philosophie de la religion de Jean Grondin (QSJ n ° 3839)
La philosophie du droit de Michel Troper (QSJ n ° 857)
La philosophie morale de Monique Canto-Sperber & Ruwen Ogien (QSJ n ° 3696)
Les phobies de Paul Denis (QSJ n ° 2946)
La police technique et scientifique de Christian Jalby (QSJ n ° 3537)
La politique étrangère européenne de Maxime Lefebvre (QSJ n ° 3901)
Les politiques d’éducation de Agnès van Zanten (QSJ n ° 2396)
Les politiques publiques de Pierre Muller (QSJ n ° 2534)

Les politiques publiques de sécurité de Alain Bauer & Christophe Soullez (QSJ n ° 3923)
La presse de Patrick Eveno (QSJ n ° 414)
La psychologie de l’enfant de Olivier Houdé (QSJ n ° 369)
La psychologie des relations humaines de Raymond Chappuis (QSJ n ° 2287)
La psychosomatique de l’adulte de Pierre Marty (QSJ n ° 1850)

 

Le régime de Vichy de Henry Rousso (QSJ n ° 1720)
La résilience de Serge Tisseron (QSJ n ° 3785)
La rhétorique de Michel Meyer (QSJ n ° 2133)
Le Rite Écossais Ancien et Accepté de Yves-Max Viton (QSJ n ° 3916)

Les rites maçonniques anglo-saxons de Alain Bauer & Roger Dachez (QSJ n ° 3913)

 

La sanction en éducation de Eirick Prairat (QSJ n ° 3684)
Le sanskrit de Pierre-Sylvain Filliozat (QSJ n ° 1416)
La science politique de Philippe Braud (QSJ n ° 909)
Les secrets de famille de Serge Tisseron (QSJ n ° 3925)
Les sectes de Nathalie Luca (QSJ n ° 2519)
Le service public hospitalier de Didier Stingre (QSJ n ° 3049)
Sociologie de l’innovation de Gérald Gaglio (QSJ n ° 3921)
Sociologie du couple de Jean-Claude Kaufmann (QSJ n ° 2787)
Sociologie du protestantisme de Jean-Paul Willaime (QSJ n ° 3725)
Socrate de Louis-André Dorion (QSJ n ° 899)
Le sport et les collectivités territoriales de Patrick Bayeux (QSJ n ° 3198)
Le stress de Jean-Benjamin Stora (QSJ n ° 2575)

 

Techniques du cinéma de Vincent Pinel (QSJ n ° 1873)
Les théories de la connaissance de Jean-Michel Besnier (QSJ n ° 3752)
Les théories psychanalytiques du groupe de René Kaës (QSJ n ° 3458)

La traduction de Michaël Oustinoff (QSJ n ° 3688)
Les troubles du langage et de la communication chez l’enfant de Laurent Danon-Boileau (QSJ n ° 2158)

 

La veille technologique et l’intelligence économique de Daniel Rouach (QSJ n ° 3086)
La violence de Yves Michaud (QSJ n ° 2251)
Les violences à l’école de Cécile Carra & Daniel Faggianelli (QSJ n ° 3929)

25 septembre 2012

Voyageurs sans ticket de Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux (Au diable vauvert)

« Quand en 2008 le principe de la gratuité des transports publics est proposé aux citoyens de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, les réactions de défiance sont nombreuses. Si pour certains la gratuité est une composante essentielle de l’existence humaine, d’autres se demandent si elle ne dévalorise pas ce qu’elle touche – c’est gratuit donc sans valeur –, ou si elle ne conduit pas à se croire tout permis. L’expérience engagée en 2009 lève les réticences et se solde par une progression spectaculaire de l’usage des transports publics, des circulations nouvelles entre les citoyens et les territoires, le tout sans coût supplémentaire pour les habitants. » Cette expérience sociale aubagnaise a par la suite fait tache d’huile puisque depuis une vingtaine de collectivités territoriales ont adopté la gratuité des transports publics.

Ouvrage à télécharger gratuitement

Auteur (entre autres) d’un essai philosophique, politique et social sur le don à travers la culture de la gratuité (De la gratuité, éditions de l’Éclat, disponible en numérique, 5.90 € sans DRM), le philosophe et dramaturge Jean-Louis Sagot-Duvauroux vient de co-écrire avec Magali Giovannangeli (enseignante, militante féministe et altermondialiste, adjointe au Maire d’Aubagne et l’une des plus jeunes présidentes de communauté d’Agglomération) un essai dans lequel ils reviennent sur l’histoire de la gratuité des transports publics instituée depuis 2009 dans l’agglomération d’Aubagne. À la fois chronologiques et transversaux, ces 12 chapitres sont une mine pour quiconque s’intéresse à cette question. Surtout que cette expérience précise, qui a transformé le rapport des citoyens à l’espace public, a gommé les distinctions sociales et a fait exploser la fréquentation des bus. Plaidoyer pour la gratuité, ce document est d’abord le récit d’une innovation politique réussie. Explorant les diverses implications de cette expérience, il propose une réflexion stimulante sur la faisabilité de politiques alternatives au tout-marchand. Il ouvre sur une pensée politique qui croise radicalité de gauche, inspiration libertaire, fécondité de l’utopie quand elle transforme la réalité et, par son approche très actuelle, il renouvelle les perspectives de la transformation sociale. Publié par les éditions Au diable Vauvert, il est proposé gratuitement en numérique ; il coûte 15 € en papier.

L’étude du ministère consacrée à la vingtaine d’expériences de gratuité en cours a reconnu que l’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile dispose effectivement des moyens de sa réforme. Mais concernant la gratuité en général, elle ne renonce pas à tirer le signal d’alarme. L’expérience aubagnaise serait difficilement reproductible, car elle constituerait « un cas particulier ». Du fait de sa proximité avec Marseille, l’agglomération dispose en effet « d’une zone industrielle, qui lui permet de bénéficier d’une assiette importante pour lever le versement transport ». Le document du CERTU¹ admet la viabilité économique de la gratuité aubagnaise, mais il en relativise la portée. Comment une collectivité territoriale pauvre en activité économique et ne disposant pas de la marge de manœuvre qu’offre le versement transport pourrait-elle suivre l’exemple aubagnais ? Cette réserve est de bonne foi et mérite être entendue. Mais on n’est pas obligé d’en faire une interprétation dépressive. Ce qu’elle dit aussi, et qui cache un enjeu majeur pour le mouvement de transformation sociale, c’est que l’action politique ne fonctionne justement pas par l’application de recettes. C’est que l’exemple aubagnais ne constitue pas un modèle, une ligne à suivre, que la gratuité n’est pas une formule magique. La gratuité des transports publics s’est faite et ne peut se faire que dans le concret, comme toute action politique quand elle vise non pas à donner des leçons, mais à améliorer la vie commune, non pas à se plaindre du malheur des temps, mais à le dépasser. La démarche entreprise dans le pays d’Aubagne et de l’Étoile n’est pas une recette, mais un ferment. Elle ne dit pas : faites comme nous ! Elle dit : nous avons mis en marche le moteur à construire des politiques alternatives et c’est dans le secteur des transports qu’ici, concrètement, nous avons trouvé le carburant nécessaire pour y parvenir – moyens matériels, humains, idéologiques. Même s’il est toujours bon d’examiner ce qui fonctionne, le copier-coller n’est jamais la solution. Cette invitation au mouvement peut inciter d’autres à imaginer cent diverses issues à la dureté des rapports marchands. La gratuité dans les transports ? Pourquoi pas ? L’expérience montre que ça peut marcher. Et des configurations financières autres que celle dont a bénéficié l’agglomération d’Aubagne peuvent être explorées. Beaucoup des collectivités qui ont institué la gratuité des transports publics se trouvaient dans des situations réglementaires bien différentes, la plupart moins peuplées, ne pouvant prétendre au versement transport à 1,05 %. Mais suivant les goûts, les moyens disponibles, les histoires singulières, les personnes impliquées, on peut aussi envisager d’explorer d’autres domaines. On dispose d’exemples déjà expérimentés avec succès : gratuité des obsèques, des cantines scolaires, d’un quota d’eau ou d’électricité, gratuités du spectacle de rue, de l’aide aux devoirs, de la médiathèque… Dans le passé, les politiques alternatives se sont trop souvent appliquées à dessiner dans le détail la géographie des « lendemains qui chantent » et à corriger ceux qui s’éloignaient du tracé (la fameuse ligne du parti !). Pour construire des « aujourd’hui vivables », plus libres, plus égaux, mieux vaut compter sur la tête et le cœur des gens tels qu’ils sont, c’est-à-dire chaque fois habités de visions singulières, sur les forces concrètement disponibles, c’est-à-dire en mesure de dépasser le vœu pieux ou l’aigreur militante. L’émancipation humaine n’est pas un lointain ciel bleu, c’est un habit d’Arlequin, un puzzle dont chacun invente sa part et dont le dessin final est toujours inattendu. Au pied du Garlaban, c’est la gratuité des transports publics. Ailleurs, d’autres histoires dessinent d’autres paysages. Et il y a des chemins d’un endroit à un autre.
(extrait du chapitre 4 : « Saisir le capitalisme par la queue)

¹ Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques.

Cette double réflexion est précédée d’une introduction de l’artiste peintre Hervé Di Rosa qui travaille actuellement à l’habillage du tramway du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, un projet mené auprès d’enfants de 3 à 10 ans avec les enseignants et animateurs des centres de loisirs et des maisons de quartier d’Aubagne. Plus qu’une simple préface, il revient sur son projet actuel et, en tant que citoyen, usager des transports publics, artiste, il engage à une réflexion sur l’accès à la gratuité dans les transports publics urbains mais également dans les salles d’expositions et les musées d’art contemporain.

« On sait que la marchandisation est partout et que l’art aussi est un vaste marché. Eh bien non. La marchandisation n’est pas partout : les bus peuvent être gratuits, l’accès à l’art peut être gratuit. Et du coup, tout le monde y a droit. Et cela tombe bien parce que rien n’est plus humain que de se déplacer, bouger, et rien n’est plus humain que d’ouvrir les yeux pour voir le monde qui nous entoure et vouloir le comprendre ! Entrer dans un bus ou dans un tramway, c’est facile. Ça l’est encore plus quand ce bus et ce tramway sont gratuits. Entrer dans l’art contemporain, ce n’est pas compliqué si l’on permet à tous de s’en régaler, c’est-à-dire d’avoir les clés pour le comprendre et savoir d’où il vient. (…) L’histoire de la gratuité c’est un peu comme l’histoire de l’art : elles sont toujours en train de s’écrire parce qu’elles sont le fruit d’expériences, de tâtonnements, de prises de risques. Et puis, ce sont les humains qui les font, ces histoires. Pour les transmettre et les faire partager, ils doivent les raconter. C’est ce que font ici Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Ils écrivent une page de l’histoire de la gratuité. Une idée, j’espère, qui fera son chemin. » (Hervé Di Rosa)

Pour télécharger gratuitement sur ePagine Voyageurs sans ticket (liberté, égalité, gratuité : une expérience sociale à Aubagne) de Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux aux éditions Au diable vauvert, cliquez ici.

5 avril 2012

No exit (Nicolas Sarkozy et la France) de Philip Gourevitch, éditions Allia

No exit (sans issue) aux éditions Allia est un brûlot très documenté qui nous arrive tout droit de New York. Au début, Nicolas Sarkozy « était le plus populaire des Présidents français depuis la Constitution de la Ve République. Il est aujourd’hui le plus impopulaire », écrit Philip Gourevitch. Son texte, sous-titré Nicolas Sarkozy – et la France – peuvent-ils trouver une issue à la crise européenne ? a d’abord été publié dans le magazine The New Yorker pour lequel il est reporter (le correspondant à Paris). Il y dresse le portrait de Sarkozy (au vitriol mais avec beaucoup de distance), liste toutes les raisons de son impopularité, revient sur ses sorties au Fouquet’s ou sur le yacht de Bolloré ; il n’oublie pas non plus les affaires Karachi ni Kadhafi et encore moins sa « représidentialisation » médiatiquement orchestrée. Mais à travers le président des Français c’est surtout le bilan de son quinquennat que dresse le journaliste américain. Et petit à petit se dessine ici un pays engoncé, mis à mal dans son rapport aux Français mais également à l’extérieur de ses frontières et bien pessimiste quant à son avenir.

Reposant notamment sur des interviews avec Jacques Attali, Bernard-Henry Levy, Yasmina Reza ou encore Marine Le Pen, l’article de Philip Gourevitch, après avoir été corrigé par l’auteur, traduit de l’anglais par Violaine Huisman et publié par les éditions Allia, est désormais un livre. Il arrive aujourd’hui dans toutes les librairies ainsi que sur les sites de vente de livres numériques (3.10 € la version imprimée, 1.49 € le PDF ou l’ePub, sans DRM). Pour consulter la fiche du livre sur ePagine, cliquez ici. Si vous souhaitez le trouver chez un des libraires-partenaires du réseau, cliquez . Le prix d’un livre numérique, en France, étant le même partout (sur tous les sites, sur toutes les plateformes) n’hésitez donc pas à soutenir les libraires du réseau ePagine !

Ce texte ne laissera personne insensible et on va en entendre parler, croyez-moi ! Le plan média autour de la sortie de No exit est d’ailleurs impressionnant (presse écrite, radio, télé, web : vous n’y échapperez pas !). Pour info, le reporter sera à Paris à la fin du mois pour accompagner la sortie de son essai.

En attendant voici un extrait à lire en ligne et bonne lecture à tous !

ChG


Extrait de No exit (début de l’article)
traduit de l’anglais par Violaine Huisman


« Nicolas Sarkozy, le président de la République française, n’aime pas le vin. Il n’aime pas le fromage qui pue. Il n’aime pas les truffes.
Il aime le Coca light, les bonbons et les gros cigares de La Havane. Un tel dégoût pour le bon goût est perçu par beaucoup de gens comme contre nature en France, mais Sarkozy ne s’en excuse pas. Il en est fier de sa franchise, et si elle apparaît souvent comme plouc et sans gêne, son attitude consiste en un : Et alors ? Par exemple, il aime l’argent. Pourquoi pas ? Qui n’aime pas ça ? Mais en France, on est censé être mû par des desseins ou plus nobles ou plus frivoles. Prenez les romans : de Balzac à Stendhal, en passant par Flaubert, Zola ou Proust, tout un pan de la littérature française traite de l’hypocrisie de la société bourgeoise. Secrets, mensonges, désirs aigris et amertume rattachés à l’argent sont au cœur du drame. Encore de nos jours, parler d’argent – et surtout parler publiquement et en termes favorables, comme le fait Sarkozy, d’en vouloir, d’en avoir et de l’amasser – est considéré comme vulgaire, voire sordide.
“En Amérique, le tabou c’est le sexe ; en France, c’est l’argent”, m’a dit le philosophe Pascal Bruckner. “Même pour les gens de droite, pour la droite sociale de tradition gaullienne, c’est une faute – une faute morale.” Ce que Sarkozy jugeait ridicule. Pendant sa campagne présidentielle, il se présentait comme décomplexé vis-à-vis de l’argent, mais il en a tellement parlé qu’il finissait par paraître, au final, plutôt complexé. Valorisant à la fois le travail et le profit, il promettait de libérer les Français de ce qu’il voyait comme une léthargie subventionnée par l’État : la semaine de trente-cinq heures obligatoire, la retraite obligatoire à soixante ans pour les salariés du service public, et toutes les aides gouvernementales et protections sociales qui favorisaient une aussi faible productivité. Mieux vaut, proposait Sarkozy, travailler plus pour gagner plus, posséder et dépenser. La hausse du pouvoir d’achat était l’un de ses cris de ralliement. Parce qu’il ne mâchait pas ses mots, à cause de sa dégaine de cow-boy, et parce qu’il admirait George W. Bush, il a été surnommé Sarko l’Américain. “Eux considèrent que c’est une insulte, mais je le prends comme un compliment”, a-t-il dit à un envoyé de Bush en 2005, selon un câble diplomatique obtenu par WikiLeaks. Sarkozy se présentait comme un nouveau modèle de Français entreprenant, déterminé à construire un avenir encore meilleur qu’un passé idéalisé. C’était pour les Français étrange mais excitant, et ils ont parié sur lui.
Sarkozy est un personnage si singulier qu’il peut sembler facile à caricaturer, mais la caricature se repaît d’exagération, et Sarkozy est tellement outrancier qu’il laisse peu de marge au caricaturiste. On attend d’un Président français qu’il possède une aura de raffinement esthétique et intellectuel qui donne sa dignité à la nation. Sarkozy ne prétend à rien de semblable. (…) »

© Philip Gourevitch, No exit, éditions Allia, avril 2012.

 

Né en 1961, Philip Gourevitch est depuis 1995 reporter pour The New Yorker, Harper’s ou encore Granta. Il a écrit sur les conséquences du génocide au Rwanda et au Cambodge, sur les dictatures au Congo et au Zimbabwe, sur le Front National en France. Il est depuis 2005 directeur de The Paris review.

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress