ONLIT BOOKS, maison spécialisée dans l’édition de textes littéraires francophones (romans, nouvelles, récits, polars, littératures de l’imaginaire, classiques des lettres belges,…) disponibles seulement au format numérique, a soufflé sa première bougie il y a quelques semaines. Si nous avons régulièrement parlé de cette maison d’édition aux couvertures colorées, aux textes mordants et souvent décalés (voir ici), cela faisait un bon bout de temps qu’on ne l’avait pas fait. À l’occasion de ses douze premiers mois de créations (quatorze en réalité), étape symbolique franchie, le moment était donc tout choisi pour faire le point.
Aujourd’hui, 32 titres figurent au catalogue de la librairie ePagine dont une douzaine de nouveautés parmi lesquelles on trouvera (dans le désordre, et désolé de ne pas pouvoir tout citer) : Zonzon Pépette, fille de Londres de André Baillon, l’une des voix les plus rauques des lettres belges ; Le Pape a disparu de Nicolas Ancion, version remixée d’un classique de la littérature pour adolescents des années 50 sur le premier pape Belge qu’on a tout à fait le droit de rapprocher d’une actualité récente ou encore du film Habemus Papam de Nanni Moretti et qui glisse au fil de ce feuilleton haletant dans la fantaisie loufoque ; Outplacement d’Arnaud de la Croix : à partir d’une expérience personnelle, l’auteur propose ici un court récit maîtrisé où se concentre tout le barbarisme ordinaire du monde du travail (du licenciement plutôt) en Belgique (c’est la même chose en France) ; des personnes de plus de 45 ans licenciées récemment doivent, pour prétendre au chômage, suivre une formation et c’est ce huis-clos grinçant, sous la forme de saynètes, que l’on suit ici, une formation inutile où l’animatrice elle-même semble être out… of order (lire la préface infra) ou encore Autoroute du soleil de Grégoire Polet (pour rappel, on avait parlé de ses bouts de ficelle chez StoryLab en octobre dernier) qui signe ici un road-novel traditionnel dans lequel un homme au volant de sa voiture file sur l’autoroute : entre Anvers et Lisbonne se mêlent les paysages, les lumières, les musiques de la radio, de la route et des camions, les pronoms et souvenirs personnels, le nom de personnes et de villes qu’on ne fait que croiser ou évoquer, le cinéma, l’Histoire et la présence d’une grande porte verte…
Plus de vingt autres titres de ONLIT BOOKS peuvent être consultés sur le site de la librairie ePagine (et mon petit doigt me dit qu’il y aura 4 nouveautés très prochainement) ou directement sur le site de la maison d’édition qui,
outre ONLIT BOOKS continue de publier régulièrement, via ONLIT REVUE, des fictions à lire gratuitement en ligne.
Tous les titres des éditions ONLIT sont proposés entre 1.99 € et 4.99 € et cinq autres peuvent en ce moment être téléchargés gratuitement (Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, 20 ans de l’autre côté d’Edgar Kosma et les collectifs Bruxelles Midi, I love ebooks et Crescendo). En outre, les livres numériques de ONLIT (au format ePub sur ePagine) ne comportent pas de dispositif de cryptage limitant leur utilisation (DRM) : ils sont identifiés par un tatouage.
ChG
« Avant d’en vivre l’expérience, je connaissais le mot de vue. Et il ne m’inspirait pas confiance. Sans doute parce que s’y trouve le préfixe out, comme dans « Qui est IN et qui est OUT ? », ou comme dans knock out…
Outplacement (prononcer aoûtpléssmeunt) est un mot qui ne se traduit pas en français, ce qui ne l’empêche pas de trimballer une chaîne lexicale qui fait froid dans le dos : mettre dehors, déplacer, déporter (au sens de porter hors du cocon douillet de l’entreprise, de déverser dans la rue, où les SDF meurent de froid).
En Belgique, la loi contraint l’employeur, lorsque l’employé licencié est âgé de quarante-cinq ans ou plus (on voit où tombe le couperet), à financer son outplacement. L’employé licencié, lui, est dans l’obligation de suivre cette formation, s’il veut ensuite émarger au chômage. Une mesure incitative en contradiction avec l’objectif affiché de l’outplacement, qui est précisément d’éviter le chômage.
Il s’agit d’un marché profitable, concentré pour l’essentiel entre les mains de deux géants de l’intérim. Ceux-ci tirent ainsi un double bénéfice de la crise de l’emploi. Dans un premier temps, en procurant aux entreprises qui le souhaitent une main d’œuvre temporaire, sans qu’il soit nécessaire de courir le risque de l’engagement. Ensuite, en procédant au dégagement des collaborateurs devenus indésirables, une procédure qui porte le nom d’outsourcing (out, toujours).
Très vite, j’ai éprouvé le besoin de noter, à chaud, les séances auxquelles je participais, autant par plaisir que pour supporter la chose… Et puis, je me suis dit que l’ensemble pouvait constituer une sorte de témoignage, de rapport : comment ça se passe, un outplacement ?
Tout, absolument tout ce que vous allez lire a donc réellement eu lieu, même si c’est parfois difficile à croire. J’ai uniquement modifié les noms de personnes et de sociétés. » (préface de Outplacement d’Arnaud de la Croix, ONLIT, 2013)