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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

8 juin 2012

Au diable Vauvert : 10 nouveautés numériques

Six romans et récits français (dont un vrai-faux guide de Vincent Ravalec), un roman anglais (de John King !), un document important sur les tortures en Algérie, un témoignage (affaire DSK) et une biographie de Balzac (à vingt ans) : ce sont au total dix titres des éditions Au diable Vauvert qui ont fait, ces dernières semaines, leur entrée dans le catalogue numérique ePagine et sur tous les sites des libraires partenaires. Des titres qui parfois viennent de paraître conjointement dans leur version imprimée, d’autres qui sont issus du fonds de la maison d’édition mais restent d’actualité. Ambiances décalées, domestiques, immobilières ou destroy, sujets sensibles ou violents, devoir de mémoire, féminisme, culture skin, condamnation des violences sexuelles en passant par la tauromachie, cet été nos lectures numériques vont résonner aux cris du diable (qui ne s’habille toujours pas en DRM et préfère, c’est bien connu, les tatouages) !

Petite présentation ci-dessous de toutes ces nouveautés avec liens, couvertures et prix (versions papier et numérique à chaque fois). Tous ces titres peuvent en partie être feuilletés en ligne (accès libre) et certains contiennent même un extrait à télécharger gratuitement. Pour ce faire, cliquez sur les liens ou les couvertures.

ChG

 

> Document

La torture aux aveux (Guerre d’Algérie : l’appel à la reconnaissance du crime d’Etat)
ouvrage préfacé et présenté par Charles Sylvestre
4.99 € en numérique, 12 € la version imprimée

Paru en 2004 dans sa version papier à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’insurrection algérienne, cet ouvrage vient d’être numérisé et a été mis en ligne quelque temps après le cinquantième anniversaire des accords d’Évian (mars 1962). Mais peu importe les dates, ce document reste très important, essentiel même, pour comprendre pourquoi la France a torturé en Algérie et comment cette torture a été longtemps tue alors même qu’elle était dénoncée comme un système appliqué sous l’autorité de plusieurs gouvernements. Souvenez-vous, tout a redémarré en octobre 2000 quand, dans L’Humanité et sur France Inter, douze témoins de la guerre d’Algérie (Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favière, Gisèle Halimi, Alban Lietchi, Madeleine Rébérioux, Laurent Schwartz, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet) ont appelé l’état français à faire la vérité et à répondre enfin de ses actes face à ce crime d’État qui n’est toujours pas officiellement reconnu. Au fil d’entretiens accordés à L’Humanité, rassemblés et préfacés ici par Charles Silvestre, ces douze témoins racontent, expliquent et dévoilent les non-dits de la mémoire nationale. Un document inédit, indispensable à la connaissance de ce « mal absolu » toujours d’actualité.

 

> Roman anglais

Skinheads de John King, traduit de l’anglais par Alain Defossé
12.99 € en numérique, 22 € la version imprimée

Dans la veine naturaliste et sans concession qui a fait son succès, John King, à travers trois personnages, plonge dans les racines de la culture skinhead britannique, une authentique culture prolétaire qui s’enracine d’abord dans la musique, comme toujours en Angleterre, et une musique de pauvres (le reggae qui va s’épanouir dans le ska des années 1970, en rupture avec l’époque, alors hippie). Une culture qui s’accomplit aussi dans l’amour de la sape, de la bière, et du pays.

 

> Littérature française

Le chauffe-eau (Histoire de l’humanité I) d’Antoine Martin
1.99 € en numérique, 5 € la version imprimée

On reproche souvent aux auteurs français de ne pas avoir de projets littéraires ambitieux. On les trouve égotistes, étriqués. Bref, on critique leur manque de vision. L’écrivain Antoine Martin, lui, a décidé, de ne plus donner raison à tous ces détracteurs et il n’ira pas par quatre chemins pour nous le démontrer. Trois suffiront. En trois actes ou plutôt en trois actes mais sous la forme de fragments, il a décidé de s’emparer du quotidien via l’histoire de l’humanité. Mais pas n’importe quelle humanité et pas n’importe comment (c’est là qu’il est malin Antoine Martin – on pensera d’ailleurs plus d’une fois aux Mythologies de Barthes, à La Vie mode d’emploi de Perec ou encore à La Carte et le Territoire de Houellebecq): en allant trifouiller dans la tuyauterie, celle qui parle à tous, LA PLOMBERIE, celle qui nous esclavagise, celle qui nous domine, nous refroidit sur-le-champ ou nous brûle les ailes. Celle qui nous inonde de son arrogance, celle qui choisit le plus souvent la fuite en avant ou nous plombe. La plomberie c’est notre épopée moderne (c’est d’ailleurs le sous-titre de son livre). La plomberie c’est une expérience humaine sans précédents, une histoire de désirs, de peurs, de manques et de frustrations, l’histoire d’un défi que se lancent les hommes d’aujourd’hui, contre la technique, l’histoire de l’homme moderne face au doute existentiel, celle du citoyen-bricoleur face à Cumulus qu’il va falloir séduire, dompter, calmer, refroidir (selon la situation). Voilà, tout est (et rien n’est) dit : ce premier fragment est très drôle et vivement le prochain ! (extrait de notre chronique du 5 mai dernier)

 

Proprio de Vincent Ravalec
9.99 € en numérique, 15 € la version imprimée

Parue durant l’été 2011 dans Le Monde Magazine, la novela Proprio est ici accompagnée d’un véritable guide pratique expliquant, étape par étape, les démarches à accomplir pour devenir réellement propriétaire. Proprio n’est pas vraiment un roman ? et pourtant c’en est un car d’un certain point de vue, l’immobilier est incroyablement romanesque, et l’architecture éminemment littéraire. Proprio n’est pas vraiment un guide ? et pourtant c’en est un, car l’immobilier est une jungle impitoyable nécessitant un balisage rigoureux, sous peine de se faire dévorer dans l’instant. Proprio (ou comment financer sa retraite en devenant (un bon) propriétaire) de Vincent Ravalec est illustré par Jean-C. Denis.

 

Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins
4.99 € en numérique, 17.5 € la version imprimée

Ce parfait ciel bleu de Xaviers de Moulins dresse le double portrait d’une vieille dame, Mouna (88 ans), qui a peur de mourir mais qui va redonner espoir à son petit-fils, Antoine (37 ans), qui lui a peur de vivre sa vie. On retrouve dans ce roman ce mélange de tendresse et de désenchantement ironique ainsi que les formules au couteau entre lucidité et mélancolie qui font la patte de Xavier de Moulins, auteur de Un coup à prendre qui avait été chroniqué sur ce blog en janvier 2011.

 

Miroirs de Julien L. de Yves Charnet
4.99 € en numérique, 20 € la version imprimée

Yves Charnet a transformé sa passion pour la tauromachie (qui, comme beaucoup d’aficionados, le conduit chaque été par le train sur la route des arènes) en errance et en objet poétique. Avec ses Lettres à Juan Bautista, la figure du torero s’était déjà installée comme celle d’un double du poète, au centre de sa quête du sens et de soi. Trains, hôtels, femmes, attentes, gradins : la puissance du spectacle taurin fait que regarder le torero des gradins, le suivre de triomphes en échecs, le deviner, le guetter pour seulement l’entrevoir, place l’écrivain en posture de voyeur de sa propre condition, et le torero en muse de ses états d’âmes. Fragments dévoilés au rythme d’interrogations, de réminiscences ou de dialogues volés, de voyages, de rencontres, de choses banales, entre journal et prose… Il en résulte des pages sublimées par le dialogue intime entre littérature et tauromachie.

 

Insurrections en territoire sexuel
et
La Mère, la Sainte et la Putain
de Wendy Delorme
4.99 € en numérique, 17.5 € les versions imprimées

Wendy Delorme est écrivaine, enseignante à l’université et performeuse. Sur scène elle incarne des personnages féminins et masculins, déjouant les codes du genre dans des spectacles burlesques avec les troupes Kisses Cause Trouble et Drag King Fem Show. Elle a publié un roman sur la « folie » familiale déclinée au féminin pluriel, Quatrième Génération (Grasset, 2010) puis, Au diable Vauvert, Insurrections (où elle fait œuvre de chair avec les mots, travaille le corps et le langage avec amour et avec rage) et La Mère, la Sainte et la Putain qui vient de paraître et où, dans une langue vraie et lucide, souvent cinglante, une amazone libre s’adresse à son futur enfant pour lui raconter sa joie d’être amoureuse, la douleur des désenchantements, mais surtout son désir de mère et son amour.

 

> Biographie

Honoré De Balzac à 20 ans (L’esclave de sa volonté)
par Anne-Marie Baron
4.99 € en numérique, 12.5 € la version imprimée

À vingt ans, malgré sa certitude précoce d’être un génie, Balzac porte les stigmates d’une enfance mal aimée. « Lire Balzac à 20 ans, c’est découvrir le modèle même de tous les jeunes gens pauvres qui, dans La Comédie humaine, « montent » à Paris pour, comme Honoré l’a fait lui-même, y chercher la gloire littéraire et le succès auprès des femmes. Souvent en vain. Lui l’obtiendra de son vivant, car sa peinture de la société de son époque portera une telle vérité qu’elle fera de lui le grand romancier du siècle. Cette œuvre visionnaire ne lui permettra ni de s’enrichir, ni de passer les portes de l’Académie Française, comme il l’espérait, mais fondera la littérature et le cinéma modernes, et surtout réalisera avec éclat son rêve le plus cher : illustrer glorieusement le nom de Balzac. »

 

> Témoignage

Le bal des hypocrites de Tristane Banon
3.99 € en numérique, 15 € la version imprimée

« Le 5 février 2007, lors de l’émission 93, faubourg Saint-Honoré présentée par Thierry Ardisson, Tristane Banon accuse Dominique Strauss-Kahn de s’être livré à des violences sexuelles à son encontre au cours d’un entretien pour le livre qu’elle préparait. L’affaire est évoquée dans le livre de Christophe Dubois et Christophe Deloire, Sexus Politicus en 2006 et fait l’objet du dernier chapitre du Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn de Michel Taubmann, une biographie autorisée. Lors de la parution du livre en mai 2011, Tristane Banon conteste cette version de sa rencontre avec DSK.
Ce témoignage revient bien sûr au premier plan le 15 mai 2011, lorsqu’éclate comme un coup de tonnerre mondial l’Affaire DSK au États-Unis. Elle suscite immédiatement en France des soutiens à l’homme politique injurieux pour les femmes qui révèlent une régression importante de la société française sur le respect du droits des femmes et la condamnation des violences sexuelles. L’affaire devient nationale, les féministes se mobilisent et l’intérêt mondial, relancé par l’abandon du procès pénal contre Nafissatou Diallo qui met en cause une justice de classe, s’aiguise. On connaît la suite: fuyant les médias qui la harcèlent, des menaces et les demandes d’interviews du monde entier, Tristane Banon ne parlera plus qu’à travers son avocat David Koubbi, mais maintiendra ses accusations et portera finalement plainte le 4 juillet 2011 pour tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, elle incarne pour les femmes, dans et au-delà de nos frontières, une cause qui la dépasse. Avec une dignité et une sincérité qui forcent l’admiration, elle raconte ici ces six semaines au cours desquelles sa vie a basculé. »

5 mai 2012

plomberie & humanité (histoire moderne) | Le Chauffe-eau, Antoine Martin

On reproche souvent aux auteurs français de ne pas avoir de projets littéraires ambitieux. On les trouve égotistes, étriqués. Bref, on critique leur manque de vision. L’écrivain Antoine Martin, lui, a décidé, de ne plus donner raison à tous ces détracteurs et il n’ira pas par quatre chemins pour nous le démontrer. Trois suffiront. En trois actes ou plutôt en trois actes mais sous la forme de fragments, il a décidé de s’emparer du quotidien via l’histoire de l’humanité. Mais pas n’importe quelle humanité et pas n’importe comment (c’est là qu’il est malin Antoine Martin – on pensera d’ailleurs plus d’une fois aux Mythologies de Barthes, à La Vie mode d’emploi de Perec ou encore à La Carte et le Territoire de Houellebecq) : en allant trifouiller dans la tuyauterie, celle qui parle à tous, LA PLOMBERIE, celle qui nous esclavagise, celle qui nous domine, nous refroidit sur-le-champ ou nous brûle les ailes. Celle qui nous inonde de son arrogance, celle qui choisit le plus souvent la fuite en avant ou nous plombe. La plomberie c’est notre épopée moderne (c’est d’ailleurs le sous-titre de son livre). La plomberie c’est une expérience humaine sans précédents, une histoire de désirs, de peurs, de manques et de frustrations, l’histoire d’un défi que se lancent les hommes d’aujourd’hui, contre la technique, l’histoire de l’homme moderne face au doute existentiel, celle du citoyen-bricoleur face à Cumulus qu’il va falloir séduire, dompter, calmer, refroidir (selon la situation). Voilà, tout est (et rien n’est) dit : ce premier fragment est très drôle et vivement le prochain !

Le chauffe-eau (épopée) (Histoire de l’humanité, fragment 1) d’Antoine Martin est édité aux éditions Au diable Vauvert. Disponible dans sa version papier (5 €) il est également téléchargeable au format ePub (1.49 €) sur tous les sites de vente de livres numériques (même prix partout en France). Il peut être lu depuis un ordinateur, une liseuse, une tablette, un smartphone et il ne contient pas de DRM mais un tatouage numérique (watermark). Si vous aussi vous avez des problèmes de plomberie et que vous souhaitez acquérir ce mode d’emploi qui est aussi une formidable histoire de l’humanité (comme détaillée supra avec la clé à molette du diable), rendez-vous sur ePagine ou sur l’un des sites des libraires partenaires du réseau ePagine (liste à jour ici). Et maintenant, passons à la pratique en lisant un fragment du Chauffe-eau, intitulé « La Cuve ».

ChG

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La Cuve

Dans un coin sombre du garage, le chauffe-eau existait, impénétrable et muet comme un Moloch stoïque. C’est vrai qu’on en savait peu sur lui et, d’ailleurs, la famille ne s’en souciait guère. On savait quoi, au juste ? Que ses entrailles, électriquement stimulées à des heures fixes, fabriquaient une onde très chaude. Et cela paraissait science suffisante. De l’eau chaude, il faut l’avouer, la famille en consommait plus que de raison, en toute indifférence, avec surtout l’ingratitude puissante que procure l’inconscience. On en puisait à flots pour les usages d’hygiène. On barbotait inlassablement dans des bains bien tempérés. On lavait la vaisselle à grand débit, enfin, sans s’interroger sur quoi demain pourrait être fait, sans jamais songer à célébrer, hélas, les surnaturelles vertus du chauffe-eau.
L’entité, au demeurant, présentait les dehors d’une placide fidélité domestique. C’était un long cylindre blanc, une cuve émaillée selon les meilleurs canons de l’esthétique électroménagère, une simple cuve de trois hectos où se vérifiait, pourtant, la théurgie silencieuse de la transfiguration : l’eau entrait froide d’un côté, fumante à soixante et quelques bons degrés elle sortait de l’autre. Pendant plusieurs années, la famille vécut insouciante de la grandeur du prodige. On ne s’inquiétait pas de découvrir d’où jaillissait le fluide lustral. Après tout, c’était pour remplir cette charge thermique, nulle autre, qu’on avait acquis et fait onéreusement installer le calorifère par un homme de l’Art plombier.
Le culte ordinaire du chauffe-eau s’accommode d’observances très brèves. Deux fois par jour, en ces heures précisément où l’étincelle électrique animait ses organes cachés, il laissait échapper quelques décilitres résiduels, goutte après goutte, à travers un robinet spécialement voué à cette fonction. Un seau rouge judicieusement placé sous le robinet spécial (que le père, au fil des tribulations qu’on verra, apprit à nommer groupe de sécurité) suffisait à contenir cette miction modeste. Nul ne s’avisa alors que le fond incarnat du récipient pâlissait sous les affronts têtus d’un ennemi, plus sournois que cent bouillons débandés de bactéries, qu’on saurait bientôt désigner sous l’appellation redoutée de tartre.
Bref, pour la famille, ce fut un moindre embarras que de vider, quand il s’avérait nécessaire, le produit du trop-plein. C’était une servitude somme toute légère, si on la comparait à l’agrément de pouvoir se doucher chaud ad libitum.
On était loin, à vrai dire, de comprendre le pourquoi de la chose, mais on chassa comme impie l’idée d’une fuite. On préférait croire que le liquide excédentaire était comme une transpiration de l’appareil, comme une preuve implicite qu’il exécutait honnêtement son office. On ignorait que, une comparaison en valant une autre, le goutte-à-goutte quotidien promettait plutôt les larmes prochaines.

© Antoine Martin, Le chauffe-eau (épopée) (Histoire de l’humanité, fragment 1), Au diable Vauvert, 2012.

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