Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

31 mars 2010

Au Salon du pari numérique

On en parlait avant, on en a beaucoup entendu parler pendant, et après ? Tandis que le Salon du Livre de Paris va bientôt fermer ses portes, voici un bref aperçu (via quelques posts) de celui qui aura été l’une des vedettes de ce salon : le livre numérique.

Depuis plusieurs mois, le livre numérique fait couler beaucoup d’encre. Pas un jour sans lire un papier sur Google Editions, l’iPad d’Apple, la Kindle d’Amazon, les plateformes (à ce sujet, allez voir du côté du blog d’Hubert Guillaud, La Feuille, où cinq modèles de plateformes du livre numérique sont exposés), le futur portail de la librairie française ou l’avenir de l’écosystème du livre au format numérique.

Durant toute la durée du salon, le stand ePagine n’a d’ailleurs pas désempli. Libraires, éditeurs et institutionnels se sont donné rendez-vous autour des écrans où discuter de l’avenir du livre numérique, assister à une démonstration ou signer une adhésion à epagine.fr. Les journalistes sont également venus. Parmi les dernières contributions, on peut aller lire le post de ITRnews.com, celui de Ecommercemag.fr ou encore celui de Cédric Cousseau pour Nouvelobs.com. Son post, Les libraires et le livre numérique peuvent-ils faire bon ménage ?, publié le 29 mars 2010, revient sur le projet ePagine « qui cherche à apporter des solutions aux libraires en leur fournissant un catalogue de livres numériques qu’ils peuvent ensuite proposer à leurs clients. Un catalogue consultable aussi bien sur internet, via les sites de la société en question, des libraires et des bibliothèques, qu’en magasin. », écrit-il. Il a également interviewé Élise Rabouam sur le stand ePagine (cf. ci-dessous).


E-books et libraires peuvent aussi faire bon ménage

On sent bien que tout ça prend de l’ampleur. D’ailleurs, le livre numérique n’est-il pas l’un des grands acteurs de cette 30ème édition ? Livres Hebdo annonce en effet que « les conférences sur le numérique, destinées aux professionnels ou à l’attention du grand public, ont drainé une bonne affluence dès le premier jour d’ouverture du Salon du livre de Paris. » Pendant ce temps, le Centre National du Livre a livré les résultats de l’étude commandée à Ipsos-MediaCT afin d’identifier le public potentiel du livre numérique en France, rapport dans lequel on apprend que 47 % des 4 000 personnes interrogées ont déjà entendu parler du livre numérique mais que seulement 5 %  d’entre eux déclarent l’avoir testé et 2 % se sont dits intéressés par cette expérience. “Au total, on peut estimer le marché potentiel à un tiers de la population”, confie Bruno Schmutz, responsable de l’étude. « La transformation des habitudes de lecture sera profonde et irréversible, mais le choc moins brutal que pour d’autres industries culturelles », lit-on enfin sur le site du CNL où l’étude est présentée.

Allez, bonne fin de salon à tous !

Christophe Grossi

12 février 2010

Vinci c’est gratuit !

Depuis ce matin, les Guides MAF proposent de télécharger gratuitement un de leurs volumes, Léonard de Vinci, un voyage entre Romagne et Marches, conçu par Marc-André Fournier. Pour en bénéficier, cliquez ici ou rendez-vous sur ePagine.

Ce guide interactif de voyage MAF (comme les deux autres présents au catalogue ePagine) permet, via une écriture hypermédia (textes, images, musiques et voix), d’approcher au plus près de la personnalité de Léonard De Vinci. Lieux, monuments, œuvres et chefs-d’œuvre, contemporains et spécialistes modernes, écrivains et musiciens sont mis à contribution pour nous plonger au cœur de la Renaissance italienne. César Borgia, Archimède, Alberti ainsi que quelques verres de Trebiano nous accompagnent pour un périple entre Romagne et Marches (Urbino, Rimini, Immola, Cesena,…) où retrouver l’arpenteur, l’ingénieur, le bibliophile, le cartographe et ce toscan bien arrogant qu’était Léonard et qui nous surprend encore une fois.

Autres titres disponibles en numérique :

À paraître :

  • Milan, Rome et Venise de Léonard (2010)

24 novembre 2009

Des plates-formes et des uppercuts

Le ring est virtuel. Pas le combat. D’un côté, les poids lourds : Google et Amazon qui travaillent d’arrache-pied à emporter le marché du contenu et à casser les prix. De l’autre, deux des incontournables de l’édition traditionnelle : Hachette et Gallimard. (Mais ne croyez pas qu’ils soient toujours d’accord entre eux et surtout ils ne travaillent pas ensemble pour l’instant).  Néanmoins, ces derniers se posent les mêmes questions : comment protéger les contenus des futurs livres dématérialisés, googelisés et / ou disponibles dans les futures bases de données gigantesques ou encore comment les droits d’auteurs seront respectés (cf. à ce sujet le forum organisé le mois dernier par la Société des Gens De Lettres : « La révolution numérique de l’auteur« ) ?

source : amdba.over-blog.com/

source : amdba.over-blog.com/

Il y a donc du monde sur le ring. Six plate-formes numériques ont en effet été (ou vont être) créées.  Au sujet de cette multiplication de projets de distribution, Antoine Gallimard (Eden-livres) estime qu’elle est une bonne chose pour l’avenir du livre. Néanmoins, afin de sauvegarder la « pluralité des réseaux de vente », il en appelle à l’interprofession (mutualisation des efforts, des techniques, « maîtrise des prix et des fichiers dans l’univers numérique ») et à nos gouvernants pour réduire la TVA sur le livre numérique à 5,5 % ou encore que la loi sur le prix unique soit respectée. En Revanche Arnaud Nourry (PDG Hachette Livres / Numilog) estime que cet éparpillement – véritable casse-tête pour les libraires et les lecteurs – va donner « le champ libre aux acteurs du Net » qui méprisent le droit d’auteur.  Pour plus de renseignements, lire sur le blog de Amontour, l’entretien avec Xavier Cazin, créateur de immateriel.fr qui propose de vendre des livres aux bibliothèques par le biais de librairies-partenaires ainsi que sur celui de ActuaLitté.com, deux articles récents : du 17 novembre (Amazon assassin, Google books meurtrier et Arnaud Nourry (Hachette) au centre) et du 23 novembre (Antoine Gallimard : Amazon et Google, avec l’ebook, des menaces de toutes parts. Lire aussi l’excellent ouvrage qui vient paraître aux éditions Lignes de Martine Prosper, Édition, l’envers du décor, le chapitre consacré à l’arrivée du numérique dans l’édition et la librairie.

Si nous entendons bien Antoine Gallimard, ce combat complexe (qui d’ailleurs certains jours ressemblerait plus à du catch qu’à de la boxe) doit être arbitré par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand (cf. son discours au colloque de la SGDL). Ce dernier a d’ailleurs annoncé dans sa première allocution, prononcée au CNL le 30 septembre 2009, que le numérique serait au cœur de son action. Il a également incité les éditeurs à s’organiser pour créer une plate-forme unique, capable d’offrir une alternative à Google, tout en appelant la profession à “dépassionner” le débat. Il a alors installé une commission sur la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques, dont l’objectif est d’apprécier « les risques et les avantages d’un partenariat » entre Google et les institutions publiques françaises (conclusions avant le 15 décembre, avec un rapport d’étape le 24 novembre).

Et les auteurs dans tous ça ? Ils ont leur mot à dire, n’est-ce pas ? Surtout que la question du statut de l’auteur est rarement traitée. Voilà pourquoi Xavier Houssin (journaliste et auteur publié chez Buchet-Chastel), Renaud Meyer (comédien et auteur publié notamment au Mercure de France) et Laurence Tardieu (auteur publié chez Stock) ont adressé une lettre au ministre de la culture. fmitterrand« Nous avons besoin de vous, Monsieur le Ministre. Pour vivre. », lui écrivent-ils. Depuis, la lettre a été lue et les auteurs entendus. « Nous irons rencontrer, le 25 novembre prochain, le cabinet du ministre et le directeur du Centre National du Livre. L’occasion d’ouvrir pleinement le débat et de faire des propositions concernant le métier d’écrivain et sa rémunération. Nous poursuivrons notre route pour un entretien avec Hervé Gaymard, auteur du rapport sur le Livre, qui souhaite évoquer la question avec nous. Nombreux sont ceux qui désirent nous rejoindre. Ces premiers pas sont exaltants et prometteurs. », écrit Renaud Meyer sur son blog littéraire.

Parlons de boxe maintenant. Avec des vrais gars bosselés, de la sueur et du sang qui se mélangent ou giclent, des yeux boursoufflés et une salle en nage elle aussi. Des types qui perdent des dents, des lueurs d’espoir, des titres… Des mecs qu’on use jusqu’à la corde. Qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Et le staff derrière qui gère les victoires et les défaites, les vexations et les humiliations en direct. Ici la plate-forme est un ring (un « espace de vérité ») et les coups pleuvent pour de vrai. Le livre s’intitule Quatre uppercuts (éditions La Table Ronde) et sans mauvais jeu de mots, quel punch a Patrice Lelorain, également auteur de La Légende de Muhammad Ali (chez le même éditeur) ou encore de Colères aux éditions Verticales.

Quatre nouvelles composent ce recueil qui a obtenu en 2008 le Prix de la Nouvelle de l’Académie française. L’une d’elle (qui donnera le titre à l’ensemble) s’intitule Quatre uppercuts et l’auteur y croque en quelques pages au moins deux fois plus de portraits : à partir de combats qui ont marqué l’histoire de la boxe (avec des prétendants, des challengers, des outsiders, des vainqueurs, des losers) ou bien qui sont entrés en résonance avec la sienne, il nous fait partager ses goûts, ses doutes, ses indécisions, ses questionnements, mais sans jamais s’étendre (sans jeu de mots non plus). Il parvient également très bien à saisir le moment où tout va basculer pour le boxeur : sa carrière, toute sa vie (Le Roi des lions). Il y a aussi ce coup qui n’est jamais parti et qui est resté dans les cordes, celui qui est « bien arrivé, mais a perdu de son éclat dans une polémique oiseuse », celui qui s’est égaré et le coup fatal. Mais derrière les uppercuts, les jabs, les crochets, les directs, les petites gloires, les étoiles filantes, les moments de grâce, se cachent surtout des hommes et des femmes, les amateurs de boxe (je pense notamment à ceux qui de leur rire cruel vont, dans Le rire des Gitans, mettre fin à un combat de manière tragi-comique) et que l’auteur parvient à saisir dans leur posture, leurs excès, leur fatigue ou leur humilité. Et derrière, encore plus caché, se trouve quelqu’un (le narrateur) qui questionne son existence à travers la mort de son père (thème que Patrice Lelorain aborde dans Adieux chez Liana Levi), ses histoires d’amour, ses coups au cœur, ses rencontres et ses amitiés. Pour cela, la promenade dans Sedan est une vraie réussite (la nouvelle s’intitule Joe).

Oui, il est question de boxe ici. D’amour aussi. Et de la folie, de celle qui fait vriller un homme.  Et tout cela sur un air de baguenaude littéraire. Avec désenchantement parfois ou désinvolture. Mais sans cynisme toutefois.

Christophe Grossi

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Livre numérisé et cité dans cette chronique :

  • Quatre uppercuts, Patrice Lelorain, La Table Ronde, Prix de la Nouvelle de l’Académie française 2008

Autres livres ou auteurs cités :

29 octobre 2009

Le livre collaboratif de NKM

ciel

À part que nous avons changé d’heure et que j’ai grappillé soixante minutes de lecture supplémentaires, les deux informations que j’ai reçues le week-end du 24 octobre ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd (vous comprendrez ensuite pourquoi) :

  • après le vote a minima de l’amendement 138 au Parlement européen, le Conseil constitutionnel a validé Hadopi 2, la loi visant à combattre le téléchargement illégal

  • l’Assemblée vient de voter les articles du projet de loi de finances 2010 qui instaurent la taxe carbone.

  • Est-ce parce que depuis un mois j’ai mis le nez dans la fourmilière numérique ou bien que ma tendance monomaniaque s’aggrave ou encore que les choses s’accélèrent (sans doute les trois à la fois) : chaque jour le numérique prend un peu de plus de place dans notre vie, non ? Dans les médias, en tout cas, oui. En quelques semaines, nous avons assisté au lancement du premier hyperlivre d’Orange et de Robert Laffont (Le sens des choses de Jacques Attali), à l’arrivée en France du Kindle d’Amazon, à la présentation à la Foire de Francfort de la future librairie en ligne Google Éditions et à la publication de deux études sur le piratage numérique de livres par Le MOTif (on y reviendra). Et maintenant je découvre le livre collaboratif. Pour dire vrai, je suis numériquement overbooké.

    J’étais donc en train de préparer mes prochaines chroniques quand soudain (nous étions vendredi 23 octobre) Stéphane Michalon m’annonce que Gallimard va faire paraître le 29 octobre 2009, dans sa version papier et sous forme numérique, un livre de prospective qui s’articulera autour de six questions fondamentales portant notamment sur Internet et l’écologie (et là, vous faites le lien avec les deux informations du week-end).

    © NKM

    La société ePagine pourra donc proposer le livre dans son format numérique à ses libraires partenaires. Comme ce texte « est l’œuvre d’une femme politique confrontée aux inquiétudes de demain » et qu’il y est question d’écologie et du numérique, il me fallait de toute urgence le lire et tenter un entretien avec son auteur : Nathalie Kosciusko-Morizet (surnommée NKM), secrétaire d’État à la prospective et au développement de l’économie numérique, ancienne secrétaire d’État chargée de l’écologie (cette fois, recollez-vous tous les morceaux ?). Stéphane Michalon tente alors de joindre sa conseillère en communication, en vain. Le mieux, me dis-je alors, sera d’abord de le lire, nous aviserons ensuite.

    L’ouvrage de NKM s’intitule Tu viens ? Et le site (accessible au public le 29 octobre 2009, jour de la parution du livre) est la suite numérique de la réflexion sur l’avenir engagée dans le livre. À partir des questions posées, NKM nous propose de poursuivre la réflexion avec elle pendant quatre mois. À la fin de février 2010, les contributions les plus riches seront alors rassemblées dans un nouvel ouvrage, collectif. « Nous aurons alors écrit ensemble le premier livre politique Web 2.0. », écrit-elle sur la page d’accueil de son site.

    Voici les six questions auxquelles NKM nous invite :

    • Qui faut-il écouter ou lire parmi « les prophètes » : celles et ceux qui évoquent l’avenir de notre civilisation, de notre environnement, de notre planète ?
    • S’insurger : pourquoi et comment ? Quelles sont les formes nouvelles d’insurrection, individuelles ou collectives ?
    • Quel modèle de développement ou de croissance devons-nous adopter ? Faut-il en concevoir plusieurs ? L’écologie et le numérique sont-ils solubles dans un même modèle ?
    • Qui sont celles ou ceux qui inventent (les « crapauds fous »), souvent en solitaires, des voies nouvelles ? Qui sont les innovateurs en rupture, et pourquoi ce qu’ils découvrent aujourd’hui est-il l’avenir de notre communauté ?
    • Comment les nouveaux usages des réseaux vont-ils changer la vie politique ? Une démocratie plus participative, une démocratie nouvelle ?
    • Comment instituer une gouvernance internationale d’Internet et la rendre multilatérale ? Quels rôles devraient y jouer les états et quels en seraient les objectifs ?

    Nathalie Kosciusko-Morizet est née en 1973. En janvier 2009, elle est nommée secrétaire d’État à la prospective et au développement de l’économie numérique auprès du Premier ministre après avoir été depuis juin 2007 secrétaire d’État chargée de l’écologie auprès de Jean-Louis Borloo (ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire). Elle est également maire de Longjumeau, dans l’Essonne, et secrétaire générale adjointe de l’UMP. Tu viens ? est son premier livre.

    Christophe Grossi

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    Livres cités dans cette chronique :

    23 octobre 2009

    Eden et le chasseur de lions

    manet pertuiset

    Mardi 6 octobre, il pleut comme vache qui pisse à la Croix de Chavaux. Une heure plus tard, à la Porte d’Orléans (après avoir été transporté par les lignes 9, 6 et 4 ainsi que par les aventures rocambolesques de Pertuiset, modèle de Manet et sorte de négatif du narrateur de Un chasseur de lions de Olivier Rolin), le ciel est déjà plus clément. Je m’enfonce dans les rues de Montrouge puis de Malakoff où j’ai rendez-vous avec Stéphane Michalon dans les locaux d’ePagine. Après m’avoir présenté aux autres membres de l’équipe, il m’informe qu’il aimerait que je choisisse dans le catalogue ePagine les prochains livres à chroniquer sachant qu’il y a désormais 1467 livres chez 31 éditeurs (200 de plus que la dernière fois). Et pourquoi cela ? La réponse recèle en réalité une bonne nouvelle : ePagine vient de réussir à se relier à la plate-forme Eden-Livres et grâce à cela, 147 livres du Seuil ont fait leur entrée au catalogue ainsi que de nouveaux titres chez Gallimard, au Mercure de France et aux éditions de La Table Ronde.

    (Petit rappel ou grande information : Eden-Livres (Eden signifiant « Entreprise de distribution de l’édition numérique ») est une plate-forme de distribution numérique collective qui a récemment été créée par les groupes Gallimard et La Martinière (Le Seuil) avant d’être rejoints par Flammarion. Ces trois maisons associées à parts égales ont commencé leur nouvelle activité de distribution avec la mise en place d’un entrepôt numérique commun (métadonnées, DRM, PLV numérique, ebooks) qui gère désormais le lien avec les agrégateurs et les libraires et assure la mise à disposition des fichiers au lecteur final.)

    Je procède en deux temps : je liste d’abord les livres les plus récents, ceux qui pourraient m’intéresser et ceux que je connais déjà ; je me rends ensuite sur les sites de plusieurs libraires et liste cette fois les auteurs qu’ils accueilleront prochainement. Je regrette de ne pas trouver certains auteurs que je ne suis pas le seul à soutenir au vu des nombreuses futures rencontres en librairie et qui mériteraient d’entrer au catalogue ePagine : Laurent Mauvignier qui vient d’écrire Des hommes (éditions de Minuit), Yannick Haenel avec Jan Karski chez Gallimard ou encore Thierry Hesse et son Démon aux éditions de L’Olivier. Mais je me console rapidement en découvrant que certains textes de Maryline Desbiolles (dont Amanscale), Marie NDiaye (Trois femmes puissantes), Marc Augé (Quelqu’un cherche à vous retrouver) ou Alain Fleischer (Prolongations) ont été numérisés. Je retrouve également les auteurs du catalogue de François Bon (publie.net).

    Et soudain, qui surgit devant mes yeux ? Un tigre…, des lions…, Olivier Rolin : les chats et les écrivains retombent sur leurs pattes, souvent. Olivier Rolin, donc, que je lis depuis quelques jours en vue de la table-ronde que je vais animer début novembre à Thionville lors du festival Des frontières et des hommes où il y aura du beau monde : Thierry Hesse, Laure Leroy (éditrice des éditions Zulma), Jean-Paul Kauffmann, Christophe Fourvel, Nedim Gürsel, entre autres… et l’auteur de Méroé, Port-Soudan (Prix Femina 1994), Tigre en papier (Prix France-Culture 2003) ou encore Un chasseur de lions, son dernier livre paru au Seuil, ainsi que des trois ouvrages – entre conférences, études et autoportraits sur la littérature, le voyage et la politique – publiés par Publie.net – dont La chambre des cartes. verdier

    (Au moment où j’écrivais cette chronique, j’apprenais la mort de l’éditeur Gérard Bobillier à la veille du 30ème anniversaire des éditions Verdier, maison qu’il avait fondée et qu’il dirigeait avec Colette Olive et Michèle Planel. Olivier Rolin, le temps d’un livre, La Langue (2002), a fait partie de cette aventure. Après Jérôme Lindon – mort en 2001 (éditions de Minuit) – ou encore Christian Bourgois – mort en 2007 -, c’est un autre grand éditeur qui part aujourd’hui et qui, lui aussi, nous lègue un des catalogues les plus riches et les plus exigeants de la place. Je pense aux collections « Les Dix paroles » (sur le judaïsme) et « L’islam spirituel », aux essais de Henri Meschonnic, aux belles collections de littérature italienne « terra d’altri » et espagnole « otra memoria ». Des noms bien sûr (par ordre alphabétique pour ne pas froisser les vivants) : Pierre Bergounioux, François Bon, Varlam Chalamov, Didier Daeninckx, Emmanuel Darley, Silvio D’Arzo, Miguel Delibes, Michelle Desbordes, Christian Garcin, Armand Gatti, Georges-Arthur Goldschmidt, Daniil Harms, Mario Luzi, Jean-Yves Masson, Robert Menasse, Pierre Michon, ou Pierre Silvain.) Et le souvenir très présent de cet homme – croisé à Toulouse dans la belle librairie Ombres Blanches – dont la « volonté exceptionnelle d’honorer le vivant » était portée « à son plus haut point de dignité » – dixit le communiqué de presse des éditions Verdier).

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    Je continue mon chemin et découvre que trois auteurs de Gallimard dont les livres ont été numérisés récemment rencontreront bientôt leurs lecteurs en librairie : Marie NDiaye (Trois femmes puissantes) le 13 octobre à Toulouse (Ombres Blanches), le lendemain à Montpellier (Sauramps) et le 16 octobre à Strasbourg (Kléber) ; Élisabeth Barillé (Heureux parmi les morts) à la Librairie de Paris le 28 novembre et Alain Blottière (dont Le Tombeau de Tommy figure sur plusieurs listes de prix littéraires) sera quant à lui à la librairie Antipodes à Enghien le 21 novembre.

    Ma liste en poche, je demande alors à Marthe de télécharger les livres numérisés dans ma tablette, vois avec Eddy comment démarrer un blog tandis qu’Elise me forme sur Adobe Digital Editions qui me permettra de lire les fichiers sur mon PC. Stéphane Michalon a démarré une nouvelle réunion ; je lui envoie un mail de son propre bureau avec son adresse électronique (au lieu d’écrire tout ça sur une feuille…) et m’en retourne à la Croix de Chavaux. Mon sac n’est pas plus lourd qu’à l’aller et pourtant je ramène avec moi trois ou quatre livres supplémentaires (c’est mon dos qui est content).

    Christophe Grossi

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    Livres numériques cités dans cette chronique :

    Autres livres ou auteurs cités :

    21 octobre 2009

    Pour commencer

    Bibookeen

    Paris, le 21 septembre 2009, j’ai rendez-vous avec Stéphane Michalon qui travaille pour Tite-Live sur un projet de livre numérique : ePagine. Entre anciens libraires, le lieu de rendez-vous que nous avons choisi est… une librairie, devant L’Arbre à Lettres à la Bastille. Jusque-là je ne me suis pas vraiment intéressé au livre numérique, je regardais cela de loin, conscient qu’il faudrait bien s’adapter un jour mais sans avoir encore creusé la question.

    Je lis depuis longtemps et suis entouré de livres ; certains sont de belle facture et j’ai toujours respecté le travail d’orfèvre de l’éditeur-imprimeur-libraire (à l’ancienne si je puis dire). Mais un beau livre sans contenu, sans fonds, ou bien qui ne me bouleverserait pas, ce livre aurait beau être bien fait, il ne trouverait pas grâce à mes yeux. J’ai par ailleurs chez moi des livres assez moches et qui ne valent rien (tant ils sont jaunis, cornés, déchirés…) et pourtant m’en séparer ne me viendrait pas à l’esprit. Parce que, bien que l’objet livre ait pris une grande place dans ma vie (dans l’appartement surtout), c’est avant tout le texte qui a fait ce que je suis : lecteur, passeur en librairie (Les Sandales d’Empédocle à Besançon) puis dans l’édition (Les Solitaires Intempestifs, La Dragonne, Sabine Wespieser éditeur), auteur d’un récit sur Les Saisons de Maurice Pons sur le site Inventaire/Invention et d’une lecture sur la poésie de Pascal Commère chez Prétexte, rédacteur pour Culturesfrance, animateur de rencontres littéraires et… blogueur aujourd’hui.

    Stéphane Michalon me présente ePagine qui est un prestataire de solutions pour le livre numérique à destination des éditeurs et des libraires. A ce jour, un accord a été signé avec trois grands éditeurs : Gallimard, Le Seuil et Flammarion (plateforme Eden-Livres) ainsi qu’avec de nombreux autres éditeurs qui participent déjà au projet « librairie » : certains ont numérisé un livre (Minuit, Actes Sud, Payot, L’Olivier…) ; d’autres, quelques livres (Nouveau Monde, L’Éclat…) et quelques-uns proposent (ou vont proposer dans les prochains jours) de nombreuses références (La Table ronde, P.O.L., Eyrolles, Éditions d’Organisation…). Par ailleurs, Publie.net et Digit Books, tous deux spécialisés en livres numériques, ont également rejoint le projet. Sur le site d’ePagine il y a alors 1289 livres numérisés qu’on retrouve en vente sur les sites des librairies partenaires dont La Maison du Livre à Rodez, Durance et Vent d’Ouest à Nantes, Le Passage à Alençon, L’Alinéa à Martigues, Kléber à Strasbourg, Ombres Blanches à Toulouse et Quartier Latin à Nice. Plusieurs librairies parisiennes sont également partenaires du projet : Delamain, Lamartine, Le Divan, Librairie de Paris et la Librairie Gallimard ainsi que le site Bibliosurf. L’idée, me dit Stéphane Michalon, n’est pas de numériser le plus grand nombre de livres mais de penser ce site comme le libraire constitue et fait évoluer son assortiment : la qualité avant tout.

    Pour animer le projet collectif libraires / éditeurs, Stéphane Michalon a eu l’idée de créer un blog. Et il souhaiterait que je rejoigne l’équipe éditoriale afin de l’alimenter. C’est la raison de ma présence ce 21 septembre dans un café rue du Faubourg Saint-Antoine. C’est à ce moment-là qu’il sort de son sac le Cybook de Bookeen. Je n’ai pas honte de dire que c’est la première fois que je tiens dans mes mains un ebook (ou « liseuse » ou « tablette »). Ce dernier contient, entre autres, La patience de Mauricette de Lucien Suel, livre publié à La Table Ronde en août 2009, et un premier roman de la rentrée littéraire : Murmures à Beyoğlu de David Boratav, publié chez Gallimard ; celui-ci sera d’ailleurs le premier livre que je lirai sur ce support. (Qui se souvient du premier livre qu’il a touché alors qu’il était encore un bébé ?)

    Ce projet autour du livre numérique, à la croisée des chemins entre l’édition et la librairie me tente d’emblée. Je range alors dans mon sac le roman de David Boratav qui, je le sais déjà, emmène le lecteur de Londres à Istanbul en passant par Paris – j’ai un a priori positif. De cette lecture jaillira (je l’espère) une chronique qui  devrait également être nourrie par ma rencontre avec l’auteur – invité par un autre Arbre à Lettres, celui de Mouffetard. Je posterai alors cette chronique sur le blog. D’autres livres suivront (d’autres chroniques, donc) ; il suffira (petite contrainte oulipienne) que le livre soit présent dans le catalogue ePagine et qu’il y ait une actualité en librairie autour de ce livre. Dans la mesure du possible, les lectures renverront à d’autres lectures, à des livres numérisés ou pas, à des lieux, des librairies bien sûr, à des salles de cinéma, à des festivals…

    Aujourd’hui, j’aimerais que cet espace dédié à la lecture soit aussi le point de rencontre entre l’objet livre et le livre numérique, entre la librairie traditionnelle et la librairie en ligne, entre la librairie et l’édition (libr&dition) et qu’il soit le témoin de moments de lecture, de réunion et de partage. Du « livre à venir », pour reprendre un titre de Maurice Blanchot. Du livre-avenir.

    Christophe Grossi

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    Livres numériques cités dans l’article :

    Autres livres cités :

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