Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

2 décembre 2012

#SLPJ2012 Des histoires interractives pour la jeunesse avec la tablette XXL

Au Niveau 1 (E35) du 28e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (on en parle ici depuis quelques jours), à côté des centaines de stands et du « pôle ados », les organisateurs ont ouvert cette année un espace dédié à la création, aux créateurs et aux supports numériques. Dans ce « pôle numérique », le public, et plus particulièrement les enfants, peuvent tester quelques applications et eBooks sur des tablettes en libre accès, rencontrer des éditeurs traditionnels ou 100% numériques, des graphistes, des illustrateurs et des développeurs ou encore participer à des ateliers et à des démonstrations.

© Photo Éric Garault – SLPJ

Outre les iPads, les organisateurs ont installé une tablette géante, de la taille d’une table basse ou de la fenêtre de votre salon. C’est la deuxième année que cet outil baptisé Tablette XXL est mis à disposition du public. Reprenant les spécificités des tablettes individuelles, elle contient les applications choisies pour le salon 2012 (très peu de eBooks en revanche). Tactile et de très grand format, celle-ci a été imaginée pour permettre de découvrir sur écran des histoires réalisées par des créateurs de littérature jeunesse. Depuis vendredi, les enfants y viennent accompagnés de leurs parents ou de leurs enseignants et testent ensemble ces nouvelles pratiques de lectures interactives (récits linéaires ou aléatoires, images animées, jeux, lecture audio ou non…). Pour cette saison 2, vous y trouverez 15 applications et ebooks. Certains ont été réalisés à partir d’un album imprimé, d’autres ont été créés spécialement pour ce support.

montage photo, d'après l'appli Fourmi d'Olivier Douzou sur tablette XXL

Hier, Olivier Douzou, auteur et illustrateur aux éditions du Rouergue et scénographe du salon (notamment de la magnifique exposition 28°W (lire notre billet à ce sujet)), me disait s’être lancé dans l’aventure numérique avec Fourmi (paru au Rouergue et qui a reçu la Pépite de la création numérique 2012) parce que personne ne lui avait proposé. S’il a passé des centaines d’heures sur le projet, s’il ne gagnera pas d’argent avec l’appli, il semblait plutôt satisfait du résultat parce qu’il avait créé là une œuvre qui selon lui n’entrera pas en concurrence avec son album graphique mais proposera bien une autre manière d’envisager cette histoire. Pour lui, ce sont deux œuvres différentes et complémentaires, deux façons d’entrer dans l’histoire, deux chemins, parmi des centaines d’autres, qui ouvrent l’imaginaire.

montage photo de l'ebook Conte du haut de mon crâne (La Souris qui raconte) sur tablette XXL

Outre Fourmi, vous trouverez 14 autres histoires dont Uropa de Bernard Islaire et Laurence Erlich (Casterman, Pépite de la création numérique 2012), Balloon paper app (éditions Volumiques), Conte du haut de mon crâne de Séverine Vidal, illustré par Claire Fauché et lu par Cécile Givernet (La Souris qui raconte), Histoires farfelues de Sophie de Quatrebarbes, Eve Sarradet, design de Vincent Farges (Tralalère), Joue avec… (collection Joue avec / Revue Dada), Le marchand de sable de Manon Aidan et Yanick Gourville illustré par Cyril Jedor (hocus bookus), Les 4 saisons d’Antoine de Gordon et Chloé Jarry, illustré par Emmanuelle Tchoukriel (Camera Lucida productions, France 3 Ludo et France Télévisions Distribution), Les pensées de Manon D, adaptation du livre éponyme de Sophie Dieuaide (Casterman), Ma Poire de Stéphane Kiehl (e-Toiles), Mon chemin, adaptation du livre éponyme de Vincent Gaudin et Sandra Poirot-Cherif (Hatier Jeunesse), Pompidou kids (Gallimard Jeunesse et les éditions du Centre Pompidou), Stella et Sacha (Zinc Rœ Productions Inc.) et Voyage au centre de la Terre, adaptation du roman de Jules Verne (L’Apprimerie).

 

billet et photos (sauf mention contraire), ChG, depuis le salon du livre et de la presse jeunesse 2012

29 novembre 2012

Présentation de Monsieur Lapin au pôle numérique #SLPJ2012

Monsieur Lapin (1. la carotte sauvage) est à la fois un album pour les tout-petits (à partir de 4 ans, lit-on par ici) publié en octobre 2012 par les éditions Des ronds dans l’O et une application. Comme d’autres auteurs, Loïc Dauvillier et Baptiste Amsallem (l’auteur et l’illustrateur), ont choisi de garder leurs droits d’exploitation en numérique et se sont tournés vers Florent Poisson, développeur. Ensemble, ils viennent de créer l’application de leur album qui, en revanche, ne pourra être téléchargée que sur les smartphones et tablettes d’Apple. En cours de validation, elle devrait être vendue d’ici quelques jours à moins de deux euros, a précisé Florent Poisson. Comme hier avec les éditrices de Milan (lire notre billet sur L’Atlas Plus), l’illustrateur et le développeur étaient invités à présenter leur projet au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil dans la partie « pôle numérique ». J’ai donc suivi, au milieu de dizaines de tout-petits, les aventures de Monsieur Lapin, de Petit Lapin et de la carotte sauvage qu’ils auraient tant aimé manger. Les créateurs ont choisi de projeter l’application sur écran, de laisser défiler les pages tout en racontant l’histoire aux enfants présents et en activant les animations. Linéaire, simplissime, l’animation était ponctuée de jeux intégrés dans l’appli et s’est terminée par une démonstration, tablette en main, par petits groupes (cf. la photo ci-contre où l’on voit le livre papier, l’appli sur smartphone et tablette). Je n’ai pas trouvé qu’il y avait là une grande créativité mais vu le niveau sonore (assez impressionnant) dans cette partie du salon, il était assez difficile de s’en rendre réellement compte. En tout cas, comme hier, encore un projet qui s’adresse uniquement aux possesseurs de tablettes et liseuses de iPhone et iPad… et surtout une complémentarité impossible pour les libraires traditionnels et numériques. @ suivre…

 

billet et photos, ChG, depuis le salon du livre et de la presse jeunesse 2012

27 novembre 2012

Entretien avec Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

Le 28e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, dont le thème cette année est l’Aventure, ouvrira ses portes mercredi 28 novembre et les refermera lundi 3 décembre 2012. Comme j’ai fait partie du pré-jury qui devait sélectionner 5 titres dans la catégorie « Pépite de la création numérique » (les 8 titres lauréats des Pépites 2012 ont été décernées la semaine dernière), que Place des libraires et ePagine font cette année partie de l’aventure et qu’il sera beaucoup question des nouveaux outils de lecture ainsi que de la complémentarité des supports et des lectures entre papier et numérique, l’occasion était trop belle pour le blog ePagine. Nous installerons donc notre QG dans l’Espace Paris-Est-Montreuil pendant une semaine. Et, une fois n’est pas coutume, nous y parlerons surtout de la littérature jeunesse en partenariat avec les organisateurs du salon. Pour tout connaître du programme, par jour et par heure, il vous suffira de vous rendre sur leur nouveau site. Mais avant cela, je vous propose de lire cet entretien avec Sylvie Vassallo qui était chargée du pôle multimédias pour le Salon avant d’en devenir la directrice en 2001. Grand merci à elle pour cet échange des plus toniques.

ChG

 

__________________________

Entretien avec Sylvie Vassallo
directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

 

Comment en êtes-vous venue à contacter Place des Libraires et ePagine ?

Ça fait des années que la question de relier notre site à des libraires en ligne, m’intéresse. Amazon, la Fnac et d’autres nous sollicitent depuis dix ans pour faire le lien entre les livres qu’on met en avant et la vente en ligne. Au départ, les demandes concernaient les livres papier, mais nous n’y avons jamais répondu. Nous avons eu du mal à trouver des libraires indépendants qui avaient la capacité de vendre seuls des livres en ligne. Nous trouvions ça dommage puisque nous sommes prescripteurs tout au long de l’année. Il n’y avait pas non plus de plateforme du Syndicat de la Librairie Française comme vous le savez. Nous avons attendu patiemment la mise en place du site 1001libraires.com qui s’est crashé avant même d’avoir réellement démarré. Cette année, comme nous refaisions notre site Internet, nous avions vraiment envie d’apporter ce service en ligne à nos lecteurs. Avec les prix littéraires, nous sommes prescripteurs de 45 titres et ça nous semblait important pour le Salon qu’on puisse proposer de les acheter. C’est comme ça que nous nous sommes tournés cette année vers Place des libraires, pour les livres papier au départ mais également, via ePagine, pour les livres au format numérique. Ça a été une bonne surprise pour nous parce que nous ne connaissions pas ePagine.

 

Lisez-vous en numérique ici ou chez vous ?

Comme nous allons poursuivre dans cette voie mais que nous sommes peu ici à être intéressés par la lecture numérique, j’ai commencé à regarder comment fonctionnait votre site. Et personnellement je lis déjà sur iPad. Je trouve ça intéressant, même sur une tablette, et peut-être plus que sur une liseuse d’ailleurs. Pour l’instant je lis des romans. Mais plutôt que de les acheter chez Apple, je serais plutôt partante pour aller les télécharger ailleurs. Et si nous sommes plusieurs à nous y intéresser et à savoir le faire, nous pourrons réellement essaimer.

 

Pour répondre aux nécessités de médiations liées aux différents genres littéraires et aux multiples supports, vous avez créé de nombreux outils que vous appelez « Salons Mobiles ». Pouvez-vous, par exemple, nous parler du Juke-box ?

On sélectionne chaque année depuis 6 ans, avec un jury de bibliothécaires et de documentalistes, de six à neuf romans ados parus dans l’année qui nous semblent intéressants. On favorise des écritures et des genres littéraires très différents à l’intérieur de la littérature ado. On met ça en scène au Salon dans une boîte qui s’appelle le Juke-box avec des courtes vidéos d’auteurs qui répondent tous à dix questions. Depuis le départ, ce sont les dix mêmes questions : cinq sur leur rapport à la culture et cinq sur leur livre. Pour la première série, par exemple, on leur demande de nous parler de leur adolescence ou d’un film culte ainsi que des questions qui permettent d’aller vers la sensibilité de l’artiste. Et les cinq autres questions porteront plus sur leur livre, les héros, le thème, l’écriture… Ce sont des entretiens vidéo en noir et blanc avec une minute par réponse. Aujourd’hui, on a plus de dix heures de vidéos dans cette boîte. C’est une application qui a été créée par la boîte de communication avec laquelle on travaille depuis dix ans maintenant. Chaque année, il y a donc une saison supplémentaire qui s’ajoute. Ces auteurs viennent au Salon. Comme on a un label européen depuis deux ans, l’an passé on a rajouté trois artistes européens. On en aura donc six cette année. Et c’est vraiment un moyen d’aller vers la lecture. Cette appli n’est visible que dans le Juke-box. Ensuite, on fait circuler ça dans les bibliothèques, les écoles… Mais on pourrait très bien extraire ces vidéos et les relier à d’autres projets.

 

Et la tablette XXL ?

Elle date de l’an passé. C’est une tablette géante qui reprend les cotes de l’iPad et dans laquelle on reproduit les applications choisies pour le salon.

 

Vous avez un nouvel outil numérique, non ?

Oui, il s’appelle la Biblioconnection. En partant de livres papier, on est allé montrer que l’écran pouvait également permettre de lire des livres numérisés. Ce sont des livres dont les originaux sont exposés dans notre exposition sur L’Aventure. C’est une autre manière de regarder ces originaux et de valoriser tous ces artistes qui sont réunis dans cette expo. On leur a demandé des droits d’exploitation, temporaires mais étendus puisqu’on leur a dit qu’on allait adapter leur lecture. On n’a ni touché au texte ni aux images mais, selon les ouvrages, on les a proposés de manière différente. Par exemple, pour les BD, les cases arrivent grossies et le texte défile. On a également réalisé l’adaptation en langue des signes, en audio-descriptif et, pour certains textes, en audio pour montrer que c’était possible. Le tout est une bibliothèque qui va se projeter sur un écran de 4 mètres sur 3. Les images sont immenses. Pour le coup, c’est un autre rapport au livre. L’interface est gestuelle. On tourne les pages avec son corps, avec sa main, on entre dans les livres en avançant le pied, etc. On reprend un peu les codes du jeu vidéo, en tout cas les codes du corps en mouvement avec une petite idée supplémentaire : interroger le corps lisant. Le corps est en effet très impliqué dans la lecture, que ce soit dans une lecture individuelle ou en famille, mais on l’oublie, on n’en parle plus. On avait envie de montrer qu’il y avait d’autres mouvements du corps liés à la lecture. On a travaillé l’intuitivité et la simplicité. Le résultat n’est pas très spectaculaire parce que c’est surtout le fait d’aller vers la lecture et non vers le jeu qui était important pour nous. On voulait reprendre ces codes tout en travaillant le temps de lecture, la pause, le mouvement qui va permettre de lire… On l’a ensuite testé pendant un mois auprès d’enfants et j’étais assez impressionnée par le résultat. En plus de ça, comme il y a peu d’albums et de BD qui sont disponibles sur les supports numériques qui circulent dans les hôpitaux, on a adapté cette bibliothèque avec une série d’interfaces gestuelles qui s’adressent à un public de handicapés.

 

Est-ce que tous ces outils pourraient s’adapter sur d’autres supports ?

J’ai posé la question à notre prestataire. Moi, cette application, je l’ai sur mon ordinateur. Ce sont des fichiers Flash.

 

Cette année, j’ai participé pour la première fois au pré-jury des Pépites numériques, une catégorie qui a été créée l’an passé. Comment a-t-elle été reçue ?

Plutôt bien. D’ailleurs, ces questions autour du numérique, je dirais que ce sont des débats qui sont réglés par la pratique des gens. Il suffit de voir des enfants avec une tablette. Ces pratiques de lecture m’intéressent personnellement. Et même si elles ne m’intéressaient pas, je n’essaierais même pas de lutter. C’est évident qu’il vaut mieux plutôt investir un peu d’énergie et y mettre du contenu plutôt que de lutter contre parce que ça va dans ce sens-là. Par ailleurs, on voit bien que rien ne remplacera le livre papier. Et ce qui m’intéresse est de travailler sur les passerelles possibles. Vous avez participé au pré-jury, vous avez donc vu l’application qui a reçu la mention spéciale du jury, Uropa de Bernard Islaire et Laurence Erlich, je me suis régalée avec cette histoire qui mêle web-documentaire, photo-reportage, dessins et carnets.

 

Entretien réalisé par Christophe Grossi pour le blog ePagine. © Photo Éric Garault – SLPJ

12 juin 2012

Les métiers du livre numérique : 3 ateliers au Labo BnF

Filed under: + Journal de bord — Mots-clefs :, , , , — Christophe @ 10:09

Une fois par mois, le Labo BnF propose des ateliers afin de mieux faire connaître au plus grand nombre « les technologies qui révolutionneront la bibliothèque de demain ». Moments d’échange, de démonstration et de retour d’expérience, ces ateliers sont ouverts à tous et l’entrée y est gratuite.

Petite nouveauté, à partir de demain, mercredi 13 juin, le Labo organisera un cycle de 3 ateliers qui permettront de faire le point sur les différents métiers du livre numérique. Bibliothécaires, libraires en ligne, auteurs, éditeurs traditionnels ou 100% numérique, community managers, designer/développeurs,…, en tout 12 intervenants viendront s’exprimer sur leur métier. Ces ateliers se tiendront chaque mercredi de juin au sein du Labo BnF de 12h à 13h30. Ils seront présentés et animés par Elizabeth Sutton.

 

Programme

Le 13 juin
• Vincent Marty, directeur Général de Dilicom (base de données interprofessionnelle pour les libraires)
• Stéphane Michalon, directeur d’ePagine (libraire 100% numérique)
• Nicolas Francannet, co-fondateur de StoryLab (éditeur 100% numérique)
• Clément Oury, chef du service du dépôt légal numérique à la BnF

Le 20 juin
• Jeff Balek (auteur de romans numériques)
• Aurélie Scart, responsable numérique et Web aux Editions Leduc.s
• Térence Mosca, responsable du développement d’applications de livres enrichis chez Gallimard Jeunesse
• Philippe Michel, directeur de projets chez Orange (Community Management lecteurs.com)

Le 27 juin
• Nicolas Tissier, directeur informatique éditorial aux Éditions Dalloz
• Jean-Philippe Gallet, co-fondateur de My Elefant (Web marketing éditeur)
• Louis Jaubertie, BnF (pour nous parler du métier de bibliothécaire en ligne)
Chargé de production pour la numérisation des fonds à la BnF

 

Rendez-vous
De 12h à 13h30 au Labo BnF
Entrée Hall Est
Bibliothèque nationale de France – François Mitterrand
Quai François Mauriac — 75013 Paris
Entrée libre et gratuite

1 juin 2012

offres découvertes publie.net (week-end du 1er juin)

L’offre découverte publie.net, c’est très simple : chaque semaine (du vendredi matin au lundi soir) la coopérative d’auteurs et maison d’édition numérique publie.net propose de découvrir à prix lancement sa ou ses dernières nouveautés et, à prix découverte, des titres issus du catalogue numérique, remis à jour ou en avant. Cette semaine, 5 textes à la une, chacun à 0.99 €, et pas des moindres.

— D’abord, un roman noir, périurbain, social, politique, poétique, L’affranchie du périphérique de Didier Daeninckx mis en ligne cette nuit (court extrait à lire ci-dessous) ;

— un roman d’anticipation d’Olivier Le Deuff dans la collection e-styx, Print brain technology ;

— un récit labyrinthique, surréaliste, urbain, onirique et fantastique de Cécile Portier, Saphir Antalgos (travaux de terrassement du rêve), ePub révisé & augmenté par Roxane Lecomte ;

— un ensemble de textes délicats (L’ange comme extension de soi) tous issus des Carnets Web de La Grange de Karl Dubost qui chaque jour, à travers ses voyages, ses lectures et ses rencontres, questionne le temps (qui passe et qu’il fait), sa relation aux autres (physique et virtuelle), le numérique, son quotidien, la ville et, avant toute chose, sa place dans le monde (distance).

— et pour terminer, un classique, La Mer de Jules Michelet, ePub revu par Gwen Catala.

Comme d’habitude, tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous pouvez également cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder directement à cette mise en avant.

Bonne découverte à tou(te)s !

ChG

______________________
L’affranchie du périphérique
Didier Daeninckx
© Didier Daeninckx et publie.net pour la version numérique,
juin 2012

 LA PREMIÈRE FOIS QUE je me suis aventurée de l’autre côté du périphérique, par les berges du canal Saint-Denis, c’était il y a tout juste un an. Nous étions partis à vélo de notre appartement de la rue Oberkampf, Alain et moi, pour rejoindre des amis qui participaient à un spectacle de cirque en plein air, au parc de la Villette. Leur travail consistait à maquiller des nuées de gamins en leur dessinant des papillons, des libellules, des oiseaux multicolores sur les joues, le front, autour des yeux. Quand ils se mettaient à courir, sillonnant les pelouses, ça faisait comme des envols d’animaux souriants. J’avais pris quelques photos alors qu’ils se précipitaient vers un imposant jeu de construction en forme de dragon et que la bouche du monstre semblait vouloir les absorber. Ils s’amusaient de leur peur qui nous arrivait aux oreilles, en cris aigus. Des mouettes exilées striaient la surface du bassin en se posant sur l’eau. Soudain, le ciel s’était obscurci et des éclairs aveuglants avaient choisi de faire craquer un lourd nuage noir au-dessus de nos têtes, noyant la fête sous un déluge de grêle. Le chapiteau était trop petit pour accueillir la foule transie et les centaines d’enfants aux visages arcs-en-ciel. Alain m’avait entraînée dans un café qu’on aurait cru rescapé du temps, face à la maçonnerie montante qui enserre les écluses. Devanture bois et vitres, bec-de-cane, carillon, inscription en relief pour rappeler qu’il fut un temps où l’on téléphonait en chiffres et en lettres : « Tel : FLA 36-52 », banquettes en moleskine, tables rondes habillées de marbre, chaises cannelées. Nous avions attendu devant un demi que l’orage s’éloigne, puis Alain m’avait guidée dans ce quartier des anciens abattoirs où d’autres industries le disputaient, en ces années-là, à la seule tuerie animale : fabriques de bougies, de confitures, entrepôts de bois précieux, ateliers de verrerie et de travail des émaux, fonderies, distilleries… J’avais fermé les yeux pour mieux comprendre ses mots, et, aux bouffées de vapeur humide qui montaient de l’asphalte, étaient venues se mêler l’odeur âcre du sang des échaudoirs, celle de la poussière de charbon, celles des alcools tièdes, celle du caramel qui naît des ébullitions sucrées. Nous avions traversé le boulevard des Maréchaux afin de pouvoir accéder à un escalier en pente raide qui menait au chemin de halage avant de nous élancer vers la naissance du canal, à quelques kilomètres de là, face à l’Île-Saint-Denis, dans un méandre du fleuve. Les pavés disjoints mettaient nos machines et nos bras à rude épreuve, et c’est tout juste si je parvenais à saisir quelques bribes du paysage. Des terrains vagues, des darses, des magasins généraux aux toits crénelés, des centrales-béton autour desquelles s’agglutinaient des camions-toupies aux flancs jaune et noir, semblables à de monstrueuses abeilles protégeant une ruche. Nous venions de dépasser la maison de l’éclusier qui veille au mouvement des vannes hydrauliques du secteur des Vertus, quand la roue avant de ma bicyclette avait suivi, malgré moi, le tracé d’un rail rouillé qui filait droit vers le portail déglingué d’une usine désaffectée. Le coup de frein m’avait déséquilibrée, et il s’en était fallu de quelques centimètres que je ne termine mon vol plané dans les remous provoqués par l’hélice d’une péniche qui s’apprêtait à pénétrer dans le sas. Un pêcheur de gardons était venu à mon secours tandis qu’Alain continuait de pédaler en direction du pont de Stains. Il avait fini par rebrousser chemin quand il s’était aperçu qu’il parlait dans le vide… ”

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress