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Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

28 novembre 2012

Présentation de L’Atlas Plus au pôle numérique #SLPJ2012

L’Atlas plus chez Milan est à la fois un livre et une application. Le livre, tout d’abord, présente plus de 550 sujets découpés par continents (présentation politico-économique de chaque pays, focus sur la nature (faune et flore), la culture (arts et patrimoine) et vie des hommes (société, économie, modes de vie)) via des images, des photos et de nombreuses cartes détaillées. En téléchargeant l’application « Atlas plus Wapiti nature », cet atlas devient interactif (iPhone et iPod touch uniquement). Il suffit de poser l’appareil à un endroit précis sur le livre pour que s’ouvre un extrait avec photos, vidéos, animations et textes supplémentaires. Cette application propose de son côté plus de 550 photos, 80 vidéos, 40 animations, 300 fiches d’identité, des infos bonus, des animaux mystères et un jeu. Stéphane Batigne et Julien Castanié en sont les auteurs ; Lise Herzog, Amandine Labarre et Lucie Riolans, les illustratrices ; Étienne Mineur, le graphiste et Milan, l’éditeur.

Ce matin, lors de l’ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Élodie Baubion-Broye et Hélène Pérignon, éditrices chez Milan et très engagées dans cette expérience, avaient une heure pour présenter au public (composé essentiellement d’enfants de primaire) ce projet original mais uniquement vendu sur l’AppStore… Après une courte vidéo de présentation (cf. les photos dans ce billet), la promenade a commencé. Nous sommes partis immédiatement en Amérique du Sud. Comme dans tout atlas qui se respecte, on y présente là les différentes monnaies, les cultures, la faune et la flore, les drapeaux des pays… Elles ont ensuite posé l’écran de leur téléphone sur le livre, précisément sur la photo d’un lama. Une fenêtre s’est alors ouverte et, via une vidéo intégrée, on a pu le voir dans son environnement. D’autres dessins sur la page du livre papier ont ainsi pris vie grâce aux fenêtres ouvertes.

Les éditrices sont ensuite revenues sur ce projet qui a duré un an et a mobilisé 7 personnes en plus de leur travail au quotidien. Elles ont insisté sur le fait que Milan est avant tout un éditeur de livres au format papier et qu’il a fallu la rencontre avec Étienne Mineur, graphiste, pour que le livre soit complété d’une application. Rien que pour la recherche photo (500 en tout), il leur a fallu en visionner plus de 10.000 via des agences spécialisées. Elles souhaitaient également être les plus précises et les plus scrupuleuses possibles. Pour ce faire, elles ont travaillé à partir du nom latin de l’espèce étudiée et les relectures ont été faites par des correcteurs scientifiques même lorsqu’il y avait des dessins plus « fictionnels ». Idem pour la recherche vidéo. Elles ont insisté aussi sur la manière dont ce projet avait modifié la manière de penser leur métier.

Pour en arriver là, voici les différentes étapes :

1. fabrication de la maquette (traditionnelle)
2. envoi des épreuves aux auteurs de l’appli pour l’enrichir de nouveaux textes
3. sélection des photos supplémentaires et des vidéos
4. construction d’une trame qui inclut les écrans et tient compte de la circulation par continent (autres exemples de questions : quelle partie de l’écran sera tactile ? est-ce que l’appli comportera un index ou pas ?

Plus elles avançaient, plus les possibilités devenaient infinies. Mais elles souhaitaient néanmoins garder en tête, pour ne pas exclure les jeunes lecteurs et lectrices non équipés, de proposer un livre traditionnel de référence qui permette de découvrir le monde à travers un atlas classique. Du coup, le livre et l’appli sont devenus à la fois complémentaires tout en restant autonomes.

Vers la fin de leur présentation, elles sont revenues sur la problématique du tout-gratuit sur Internet. Si le livre papier est vendu 17.90 €, l’appli, elle, coûte aujourd’hui 0.89 €. C’est bien entendu un sérieux paradoxe quand on sait qu’une application coûte beaucoup plus cher à fabriquer qu’un livre papier mais qu’au final elle doit être la moins chère possible au téléchargement. Au départ, elle était proposée gratuitement puis elle est passée à 2.39 €. Il y a eu alors sept fois moins de téléchargements. En ramenant le prix à 0.89 €, les téléchargements ont repris mais aujourd’hui ils restent beaucoup moins nombreux que lorsqu’elle était proposée gratuitement. On savait d’avance que ce genre de projet n’était pas viable économiquement, elles l’ont d’ailleurs dit. Elles ont néanmoins très envie de poursuivre cette expérience. Heureusement que la maison d’édition a d’autres sources importantes de revenus…

La dernière partie de l’intervention a consisté en une démonstration. Les enfants ont pu en faire l’expérience avec chacune des éditrices. Sachant que l’appli permet également de reconstruire chaque continent via un puzzle et qu’une vidéo récompense l’enfant, cette démonstration a été un vrai succès.

Deux questions me sont venues en sortant de là. En dehors des grosses structures, quelle maison d’édition traditionnelle à taille humaine pourrait investir une somme pareille dans une application qui ne rapportera quasiment rien ? Et pourtant, l’idée est excellente et le résultat probant. Et ensuite, puisque ces applications ne sont pour l’instant pas développées pour être lues avec les systèmes Androïd et ne peuvent être intégrées à des livres numériques (ebooks), qui, à part Apple, pour les conseiller, les vendre?

billet et photos, ChG, depuis le salon du livre et de la presse jeunesse 2012

25 mai 2011

Anne Savelli, Des Oloé, D-Fiction

Depuis 2009 D-Fiction est une revue en ligne. Elle est aussi une maison d’édition 100% numérique (distribuée par la plateforme immatériel) qui offre toutefois la possibilité de publier à la demande. Si au départ les premiers ebooks étaient essentiellement consacrés aux arts plastiques (catalogues d’exposition, écrits d’artistes contemporains…), D-Fiction, en publiant Des Oloé (espaces élastiques où lire où écrire), texte inédit avec photos d’Anne Savelli (auteur déjà chroniqué ici), ouvre cette fois son catalogue à la littérature contemporaine. Ces ebooks sont proposés dans plusieurs formats et peuvent être lus sur différents supports, depuis l’écran d’un ordinateur jusqu’aux tablettes de lecture en passant par les liseuses ou les smartphones. Le texte d’Anne Savelli présenté aujourd’hui (j’ai appris que c’était jour d’anniversaire pour elle, Tanti Auguri, donc !) est notamment disponible en ePub sur ePagine (site internet et site mobile) ; en PDF et en ePub sur Place des libraires numérique ainsi que sur les sites des libraires-partenaires. À ce propos, amis libraires qui lisez ce blog, sachez que la maison d’édition tient à votre disposition un service de presse numérique de ce texte ; si vous souhaitez le lire il vous suffira d’en faire la demande ici.

 

Je forme l’hypothèse que la force qui porte à écrire et soutient dans le travail de l’écriture
naît de l’opposition entre un désir d’appartenance et une impossibilité d’appartenir,
ou encore entre la quête d’un lieu et la fatalité d’un non-lieu
.
(Olivier Rolin, Bric et broc, éditions Verdier)

 

Si je voulais citer un passage du livre d’Anne Savelli pour à la fois tenter de définir son objet et vous inviter à lire/entendre sa voix ce serait celui-là : « Chacun ses obsessions, bien sûr. L’une des miennes, c’est cette place dans le monde que le monde vous octroie ou non, que vous allez chercher ou non, que vous investissez ou non. Une place qui parfois s’offre mais qu’il vous faut souvent inventer et défendre, une place où lire écrire, disons. » Place dans le monde / inventer / défendre / lire écrire : avec ces mots-là je crois qu’on est parés.

© Anne Savelli, D-Fiction, 2011

Je connais beaucoup de lecteurs qui n’écrivent pas mais je ne connais pas d’écrivains qui ne lisent pas – sans compter que souvent le travail (rémunéré) d’un bon nombre d’auteurs est de lire professionnellement (pardon pour ce mot si laid). Anne Savelli fait partie de ceux-là : elle lit, écrit et lit/écrit. Par ailleurs, on a lu dans de nombreux journaux, carnets, mémoires, correspondances et aujourd’hui sur les sites et blogs combien ce rapport entre lecture et écriture peut être étroit, inconfortable aussi. Tout dépend de l’état des lieux, des finances, du physique et du moral. Tout dépend également si l’auteur parvient à s’accommoder du bruit ou pas ou encore à lire/écrire chez lui, au moins dans son chez lui, celui lié à cette activité-là, dans sa chambre à soi. Les oloé d’Anne Savelli parlent de ça. De cette double activité (lire et écrire) mais aussi du rapport qu’elle entretient avec le monde. En ce sens le lire/écrire pourrait n’être qu’un prétexte ici s’il n’y avait pas là un projet poétique, fort et abouti où l’on a régulièrement la sensation d’être à côté de celle qui est aux prises avec le réel, avec sa restitution aussi. Car derrière le lire/écrire, ce qui nous retient dans ce texte c’est avant tout une manière d’être et de résister au monde, dans l’instable (l’intranquillité aurait dit Pessoa). Autrement dit, oloé (où lire où écrire) est d’abord un (forcément) imprononçable otspdlm (où trouver sa place dans le monde) et où trouver des « lieux où s’attacher, se concentrer, se laisser distraire ; s’alléger, se lester, jouer des dimensions ».

© Anne Savelli - D-Fiction

Les assises et lieux où lire où écrire, nommés et/ou photographiés, sont nombreux : chaise-table du CentQuatre, bancs, chaise-longue, lit, fauteuils d’une salle d’attente, banquette d’un train, piquets pour ne pas s’asseoir, bureau d’une loge, bitume, sous l’escalier d’un atelier, dans un coin d’une bibliothèque municipale, sur scène, dans une maison d’architecte, le Lab-Labanque, la magasin à fiction, un café…, à Paris (La Villette, Belleville, Jourdain…), à Montreuil, dans un jardin d’Oise, dans une maison dans le Sud, dans le Nord (Arras, Lille, Béthune…), à Berlin. Dans ces oloé on y croise forcément des livres et des écrivains (Christian Prigent, Arthur C. Clarke, Claude Simon, le Cambouis d’Antoine Emaz, Donna Leon, Hans Fallada, Jean Tardieu, un livre de magie, Jean Paulhan, Dominique Aury, Kits Hilaire, Brigitte Giraud) et ses propres textes achevés ou en cours (Franck, Dita Kepler) mais aussi des artistes (Bob Verschueren, Fernand Léger, Marcel Duchamp), des gens et personnages du théâtre et du cinéma (Éric Elmosnino, Louis Malle, le Cabaret Les filles de joie, Jacques Tati, Catherine Deneuve, Fantômas, Madeleine Renaud) mais également un musicien (Serge Teyssot-Gay).

© Anne Savelli - D-Fiction

Puisque l’auteur envisage la ville « comme un jeu de piste », je me disais qu’il faudrait peut-être envisager les oloé de la même manière, en jouant avec le dehors/dedans, le bruit/silence et le haut/bas/fragile. Les oloé deviendraient ainsi une carte avec laquelle se déplacer en restant libre – liberté dans son rapport à l’autre et au territoire. C’est une des choses que je veux également retenir, cette place qu’elle laisse au lecteur (même dans son « fuir », même dans son « chercher un endroit où… ») tandis qu’elle-même dans ses déplacements (lieu, temps, corps, langue) cherche cette place où lire où écrire mais surtout et d’abord où vivre, où supporter ce qui parfois est insupportable et où trouver malgré tout la beauté (l’inventer si besoin), voir, saisir, appréhender le monde, ses curiosités, ses coups bas, les gestes et les mouvements, l’éphémère, les faiblesses, les doutes. Mais on verra très vite qu’il lui est souvent impossible de s’asseoir, de rester longtemps quelque part. Elle est une femme qui marche (j’écrivais déjà ça au moment de Franck pour définir la narratrice), verticale, à la verticale du réel, du fantasme, de la projection et de l’illusion, une femme aux aguets, une guerrière, toujours sur le seuil et prête à. Elle le note par ailleurs : « Et j’écris en marche puisque c’est ma place ». Mais la balade devient très vite une ballade rock (je pense aux Cowboy Junkies en écrivant ça mais aussi à Lou Reed et à PJ Harvey.)

© Anne Savelli - D-Fiction

En cherchant à approcher l’écriture au plus près on sent bien que c’est sur un fil qu’Anne Savelli marche quand elle ne se tient pas sur un balancier – dans cet équilibre instable ou ce « vital déséquilibre » qu’elle parvient à nommer à travers ses déambulations, marches, excursions, visites et textes. « On voudrait se maintenir au plus haut (…) trouver le point d’équilibre (…) conserver l’abri », écrit-elle. Mais vivre est ailleurs, souvent. Et c’est alors que le récit se casse soudain, prend une autre direction, va creuser plus loin, là où prose et poésie se cherchent, se télescopent, regardent le monde en le restituant chacun à leur manière. Ça fait bang, un trou dans le déroulé parfois, ça inquiète ou amuse. On nage entre deux eaux : « ne pas tenir en place », « partir », « rester ? En faire un point fixe ? Non », « longtemps après, s’asseoir ». Violence et douceur mêlées, comme toujours chez elle (lisez également Franck, Cowboy Junkies / The Trinity Session et Fenêtres open space).

L’auteur a photographié chacun des oloé, un pas de côté là aussi (j’en ai d’ailleurs « volé » quatre au passage pour écrire ce billet). Ces photos illustrent parfois le propos mais viennent surtout le compléter, se glissent dans les blancs du texte, le non-dit, s’attachent aux détails, jouent avec les reflets, les fenêtres et les ciels ouverts. On peut d’ailleurs, grâce au travail remarquable du graphiste, Juan Clemente, lire les oloé de cette manière.

Cet ensemble de textes d’Anne Savelli a d’abord été conçu comme une liste de textes paraissant chaque mois sur le site Mélico entre début 2009 et début 2011, site que je vous recommande (Thierry Beinstingel y tient son roman de bureau en ce moment et Philippe Annocque un indispensable « Écrire, c’est lire encore »). Retrouvez également l’auteur sur les deux blogs qu’elle anime, Fenêtres open space et Dans la ville haute.

 

Un extrait gratuit de ce texte peut être téléchargé ici.

L’ebook complet est disponible dans plusieurs formats (streaming, PDF, ePub) et sans DRM pour 3,99 euros sur tous les sites des libraires partenaires d’ePagine ; en ePub uniquement sur le site internet et le site mobile ePagine.

Plusieurs notes de lectures ont été publiées ces derniers jours sur différents blogs et sites (en attendant d’autres encore j’imagine), sur Liminaire, chez Joachim Séné, Franck Queyraud et brigetoun.

ChG

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