L’Atlas plus chez Milan est à la fois un livre et une application. Le livre, tout d’abord, présente plus de 550 sujets découpés par continents (présentation politico-économique de chaque pays, focus sur la nature (faune et flore), la culture (arts et patrimoine) et vie des hommes (société, économie, modes de vie)) via des images, des photos et de nombreuses cartes détaillées. En téléchargeant l’application « Atlas plus Wapiti nature », cet atlas devient interactif (iPhone et iPod touch uniquement). Il suffit de poser l’appareil à un endroit précis sur le livre pour que s’ouvre un extrait avec photos, vidéos, animations et textes supplémentaires. Cette application propose de son côté plus de 550 photos, 80 vidéos, 40 animations, 300 fiches d’identité, des infos bonus, des animaux mystères et un jeu. Stéphane Batigne et Julien Castanié en sont les auteurs ; Lise Herzog, Amandine Labarre et Lucie Riolans, les illustratrices ; Étienne Mineur, le graphiste et Milan, l’éditeur.
Ce matin, lors de l’ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Élodie Baubion-Broye et Hélène Pérignon, éditrices chez Milan et très engagées dans cette expérience, avaient une heure pour présenter au public (composé essentiellement d’enfants de primaire) ce projet original mais uniquement vendu sur l’AppStore… Après une courte vidéo de présentation (cf. les photos dans ce billet), la promenade a commencé. Nous sommes partis immédiatement en Amérique du Sud. Comme dans tout atlas qui se respecte, on y présente là les différentes monnaies, les cultures, la faune et la flore, les drapeaux des pays… Elles ont ensuite posé l’écran de leur téléphone sur le livre, précisément sur la photo d’un lama. Une fenêtre s’est alors ouverte et, via une vidéo intégrée, on a pu le voir dans son environnement. D’autres dessins sur la page du livre papier ont ainsi pris vie grâce aux fenêtres ouvertes.
Les éditrices sont ensuite revenues sur ce projet qui a duré un an et a mobilisé 7 personnes en plus de leur travail au quotidien. Elles ont insisté sur le fait que Milan est avant tout un éditeur de livres au format papier et qu’il a fallu la rencontre avec Étienne Mineur, graphiste, pour que le livre soit complété d’une application. Rien que pour la recherche photo (500 en tout), il leur a fallu en visionner plus de 10.000 via des agences spécialisées. Elles souhaitaient également être les plus précises et les plus scrupuleuses possibles. Pour ce faire, elles ont travaillé à partir du nom latin de l’espèce étudiée et les relectures ont été faites par des correcteurs scientifiques même lorsqu’il y avait des dessins plus « fictionnels ». Idem pour la recherche vidéo. Elles ont insisté aussi sur la manière dont ce projet avait modifié la manière de penser leur métier.
Pour en arriver là, voici les différentes étapes :
1. fabrication de la maquette (traditionnelle)
2. envoi des épreuves aux auteurs de l’appli pour l’enrichir de nouveaux textes
3. sélection des photos supplémentaires et des vidéos
4. construction d’une trame qui inclut les écrans et tient compte de la circulation par continent (autres exemples de questions : quelle partie de l’écran sera tactile ? est-ce que l’appli comportera un index ou pas ?
Plus elles avançaient, plus les possibilités devenaient infinies. Mais elles souhaitaient néanmoins garder en tête, pour ne pas exclure les jeunes lecteurs et lectrices non équipés, de proposer un livre traditionnel de référence qui permette de découvrir le monde à travers un atlas classique. Du coup, le livre et l’appli sont devenus à la fois complémentaires tout en restant autonomes.
Vers la fin de leur présentation, elles sont revenues sur la problématique du tout-gratuit sur Internet. Si le livre papier est vendu 17.90 €, l’appli, elle, coûte aujourd’hui 0.89 €. C’est bien entendu un sérieux paradoxe quand on sait qu’une application coûte beaucoup plus cher à fabriquer qu’un livre papier mais qu’au final elle doit être la moins chère possible au téléchargement. Au départ, elle était proposée gratuitement puis elle est passée à 2.39 €. Il y a eu alors sept fois moins de téléchargements. En ramenant le prix à 0.89 €, les téléchargements ont repris mais aujourd’hui ils restent beaucoup moins nombreux que lorsqu’elle était proposée gratuitement. On savait d’avance que ce genre de projet n’était pas viable économiquement, elles l’ont d’ailleurs dit. Elles ont néanmoins très envie de poursuivre cette expérience. Heureusement que la maison d’édition a d’autres sources importantes de revenus…
La dernière partie de l’intervention a consisté en une démonstration. Les enfants ont pu en faire l’expérience avec chacune des éditrices. Sachant que l’appli permet également de reconstruire chaque continent via un puzzle et qu’une vidéo récompense l’enfant, cette démonstration a été un vrai succès.
Deux questions me sont venues en sortant de là. En dehors des grosses structures, quelle maison d’édition traditionnelle à taille humaine pourrait investir une somme pareille dans une application qui ne rapportera quasiment rien ? Et pourtant, l’idée est excellente et le résultat probant. Et ensuite, puisque ces applications ne sont pour l’instant pas développées pour être lues avec les systèmes Androïd et ne peuvent être intégrées à des livres numériques (ebooks), qui, à part Apple, pour les conseiller, les vendre?
billet et photos, ChG, depuis le salon du livre et de la presse jeunesse 2012





