Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

1 juillet 2011

nouveau mois, nouvel #EbookFriday

On change de mois mais pas d’habitudes. En effet depuis fin mai, le vendredi c’est #EbookFriday pour tous. Sur ce blog et sur le site ePagine, on réserve de la place à des titres vendus (ce jour-là ou en permanence) autour d’un euro. Pour ceux qui se demanderaient ce que peut bien signifier ce nom barbare, on a d’ailleurs créé une nouvelle catégorie. Comme chaque semaine Numerik:)ivres sort 3 titres de son chapeau en les proposant à 0.99 € (jusqu’à minuit). Demain ils seront plus chers. Cette semaine ils innovent encore avec la mise en ligne de leur premier roman de fantasy, Par-delà l’océan, une histoire de pirates écrite par Nicolas B. Wulf. Pour commémorer le 2e anniversaire de la mort de Michael Jackson, l’éditeur pure player a décidé de remettre en avant Michael, journal d’un fan de Franck Vidiella. On trouvera aussi un recueil de nouvelles de Nicolas Bleusher, Fictions&Confidences, que je n’avais pas lu lors de sa mise en ligne en novembre dernier. C’est chose faite depuis quelques jours. Comme chaque semaine maintenant, j’ai rajouté à cette sélection deux titres de la collection stigme99, Langue de Daniel Bourrion lu deux fois de suite avant-hier tellement c’est bien et Les prunes de Tirana de Michèle Kahn, relu hier avec grand plaisir. Dernier titre mis en avant ici aujourd’hui, Et votre mari ? d’André Marois (éditions la courte échelle), nouvelle plus que grinçante écrite par un auteur que j’ai découvert récemment. Je vous rappelle par ailleurs que d’autres textes seront mis en avant toute la journée sur la table d’accueil d’ePagine et de Place des libraires numérique. Voilà pour ce nouvel #EbookFriday. Et quand vous aurez tout lu, faites un tour par ici : chaque premier vendredi du mois des auteurs et des blogueurs écrivent les uns chez les autres ; on appelle ça les Vases communicants. Bonnes lectures !

 

Par-delà l’océan de Nicolas B. Wulf, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 4.99 € ensuite.
Nickolah Dothiriel porte un lourd héritage : être le fils de Filhip Dothiriel, le Fléau des Dix Océans, l’un des pirates le plus connu et le plus respecté. Las des quolibets dont il est la victime, Nickolah finit par accepter le commandement du navire de son père, la Dalvénia, pour partir à la recherche d’un corsaire à la solde du royaume Hyspan. À ses côtés, des pirates chevronnés, un jeune mousse plein d’entrain, un étranger sorcier vaudou. Effrayé par l’idée d’une mutinerie, inconscient de la magie qui imprègne le monde dans lequel il vit, Nickolah ignore encore jusqu’où le portera son voyage. Car, par-delà l’océan, c’est un héritage bien plus ancien et bien plus étrange qui attend le jeune capitaine (présentation de l’éditeur). Outre cette aventure tout entière dédiée à la piraterie, les heureux possesseurs de tablettes croqueuses de pomme auront la possibilité, grâce à l’ePub optimisé iPad, de découvrir quelques astuces typographiques.

Fictions&Confidences de Nicolas Bleusher, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 3.99 € ensuite.
L’écriture de Nicolas Bleusher est toute délicate. Même lorsqu’il est heurté, voire violenté, par les aléas de la vie (deuils, ruptures amoureuses, fatigues…), il n’empêche qu’il trouve toujours le bon angle et dépasse le cadre du journal ou des confidences pour aller vers la littérature. Élégante en effet cette manière qu’il a de se scanner et de se représenter à la lumière d’événements tristes, décalés ou étonnants ainsi qu’à travers les attitudes, gestes, paroles,…, des autres. Pas toujours tendre avec lui-même, au fil des textes l’auteur gagne son pari me semble-t-il, et son personnage devient de plus en plus attachant. Sensible, jamais revanchard, mais lucide, il nous entraîne dans différents pays qui sont autant de lieux où sont inscrits sa mémoire et ses origines, mais également au cœur de son écriture et de ses fantasmes. Et c’est là sans doute que l’auteur m’a le plus touché, dans ce mélange subtil entre événementiel (coups du sort, coups de sang, coups de coeur…) et quotidien (ce que Georges Perec appelait « le banal, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel »).

Michael, journal d’un fan de Franck Vidiella, Numerik:)ivres, 0.99 € pendant 24 h, 5.99 € ensuite.
Rappel des faits : le 25 juin 2009, un fan de Michael Jackson apprend le décès de son idole en direct de CNN. Le choc est pour lui d’une puissance inouïe. Deux semaines plus tard, malgré la profonde tristesse qui le ronge, il décide de se rendre à Londres afin de participer à une commémoration organisée par le fan club anglais de la star à la date qui devait marquer le grand retour de MJ sur scène. Mais l’expérience londonienne se transforme rapidement en chemin de croix, la douleur suscitée par l’émotion étant trop forte… Dans ce récit de Franck Vidiella, il est question de la construction des idoles dans nos sociétés, du rapport à la mort et de cette solitude caractéristique de la modernité à laquelle se trouve confronté le fan de MJ. Cet ebook est illustré avec des oeuvres originales de l’artiste espagnol Onésimos Colavidas. (présentation de l’éditeur)

Langue de Daniel Bourrion, publie.net, stigme99, 0.99 €
Qu’est-ce qu’une langue maternelle ? Qu’est-ce que perdre cette langue ? Comment cette langue qu’on nous impose d’oublier ne se perd jamais ? Foutue à la porte par les représentants de la langue officielle, par quelle fenêtre reviendra-t-elle ? Comment viendra-t-elle s’incruster à l’autre langue ? Comment cette langue associée à l’autre langue devient soudain Langue, celle de l’écrivain ? C’est à ce travail-là que s’attelle ici Daniel Bourrion dans un texte aussi dense que fort et que je vous recommande de lire à voix haute. « (…) je suis d’un pays qui n’a peut-être même pas de langue propre, de langue à lui, et moi dedans, avec ma langue désapprise et puis cette autre avalée après que la première ait été perdue, je ne sais plus à force de quelle terre je suis, et puis comment je dois parler, comment je dois écrire, je ne sais même plus, quand je m’en vais ailleurs, derrière d’autres frontières, d’autres traits sur les cartes, marcher sur d’autres terres, je ne sais même plus donc où est vraiment ma langue et si celle que j’aborde lorsque je suis ici ou là n’est pas en fait la mienne, celle dont j’ai si vague connaissance. »

Les prunes de Tirana de Michèle Kahn, publie.net, stigme99, 0.99 €
Deux ans avant l’explosion du rideau de fer, quatre écrivains français sont invités à participer à un colloque sur la littérature classique française, à Tirana, en Albanie. Il y a là trois hommes et une femme (Michèle Kahn elle-même), « élément féminin » qui perturbera les Albanais avant de s’autodésigner chef de la délégation française. Là, tout est ultra réglementé et chaque déplacement surveillé bien évidemment. Pas moyen non plus de savoir si les textes des écrivains français ont été fidèlement traduits… Mais il y a dans ce récit de belles rencontres aussi, des secrets divulgués sur les chemins, des histoires de cigarillos, un projet d’écriture et surtout de la confiture de prunes.

Et votre mari ? d’André Marois, éditions de la courte échelle, 0.90 €
Cette nouvelle noire fait partie du recueil Du cyan plein les mains d’André Marois (auteur chroniqué la semaine dernière sur ce blog dans ce billet consacré aux éditions de la courte échelle). Ici, la supposée épouse d’un écrivain de romans érotiques pose lentement et sûrement son piège lors d’une fête à la kermesse. C’est grinçant à souhait et les personnages féminins sont ici plus vrais que nature. Si vous n’avez pas encore lu André Marois, aujourd’hui l’occasion vous en est donnée. Toutes les nouvelles de ce recueil peuvent être téléchargées pour 0.90 € chacune, l’ensemble (18 nouvelles en tout) pour 7,77 €.

ChG

29 novembre 2010

Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur Bibliosurf

Bibliosurf est une librairie en ligne (« votre librairie sur le net ! » lit-on en page d’accueil) qui propose des livres physiques et des livres numériques (presque 20.000 références). Bibliosurf, c’est un homme, un seul, Bernard Strainchamps, ancien bibliothécaire et libraire sagace. Les yeux devant l’écran, les mains dans les colis et « dans » l’ordinateur, les doigts sur le clavier et la souris, il sait lire, conseiller, répondre à un client, envoyer les commandes dans les plus brefs délais, référencer et scénariser son site ; il propose également des rubriques inédites : « Je ne sais pas quoi lire mais j’aime les livres numériques », « fil de la presse et du web » et multiplie les outils de recherche afin que chaque internaute puisse trouver des idées de livres. « Bibliosurf propose des tables virtuelles de présentation dédiées à un genre, un thème, à une rentrée littéraire… très web 2.0 : nuage de tags, forum, agrégation raisonnée, timeline, géolocalisation », précise-t-il si vous cliquez sur Guides de lecture. Il est également depuis de nombreux mois partenaire d’ePagine. Et voilà bien longtemps que je souhaitais lui proposer un entretien, lui qui en réalise des dizaines pour son site : ce qui est bien avec lui c’est que 1. il est toujours partant et 2. il vous répondrait presque avant d’avoir reçu les questions. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore son travail, voici donc une série de questions. Un grand merci à lui pour son accueil et sa spontanéité.


Entretien avec Bernard Strainchamps, librairie en ligne Bibliosurf.

Pourrais-tu rappeler en quelques mots ton parcours ?
Avant de créer la librairie en ligne Bibliosurf, j’ai exercé dix ans la profession de bibliothécaire ; durant cette période, j’ai animé un site dénommé Mauvais genres et dédié au roman policier et à la science fiction. Ce fut une réelle expérience de travail en réseau avec des outils que l’on n’appelait pas alors encore web 2.0. C’était un vulgaire site en html alimenté par une liste de discussion très active. J’ai arrêté cette activité bénévole et financée sur mes deniers au bout de six ans : je n’ai pas réussi à trouver un établissement public qui veuille financer ce site qui mettait pourtant en réseau auteurs, lecteurs, bibliothécaires, éditeurs, festivals, associations…

Avec Bibliosurf, on peut dire que tu inaugures une nouvelle manière d’envisager le métier de libraire. Tu en as déjà parlé ailleurs mais pourrais-tu nous décrire une ou deux journées types de la vie d’un libraire derrière l’écran ?
Comme mon boulot va du code informatique à la mise en colis en passant par la constitution du catalogue, la médiation et la communication avec les clients actuels ou futurs, il n’existe pas de journée type. C’est selon mon temps et les priorités du moment – d’autant que je donne aussi des formations.

Quand on travaille en ligne, puisque le client-lecteur n’est pas devant soi, les outils de communication mais aussi les outils sociaux sont inévitables pour se faire connaître, rester en contact, se développer… Et c’est vrai que tu es très actif et innovant en la matière. Qu’as-tu mis en place ? Parviens-tu à fidéliser une partie de ta clientèle, à la renouveler… ?
Jusqu’à ce jour, je ne me lève pas encore en me disant : il faut que je développe ma clientèle. Libraire, j’essaie de poster les colis le plus rapidement possible… en fonction des disponibilités. Et j’enrage de certaines lenteurs quand la commande part au distributeur. Dans tous les cas, je ne fonctionne pas comme A et cie. Je ne relance pas un client quand il a effectué une commande. J’attends qu’il revienne de lui même, et en attendant, je travaille à constituer un catalogue attractif que je popularise via une lettre d’information, via la syndication et les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Je n’ai pas innové dans ce domaine. C’est plutôt au niveau de la scénarisation du catalogue que j’ai avancé.

Quelles sont tes relations avec les auteurs et les éditeurs ? Comprennent-ils que ton site n’est pas seulement une vitrine ni une bibliothèque ni un blog mais une librairie en ligne qui, s’adressant à des internautes, se doit d’être inventive ?
En trois ans j’ai réalisé et publié 270 interviews et portraits sur Bibliosurf, ce qui m’a permis de développer de nombreuses relations dans l’édition. Mais en fait, peu d’acteurs de l’édition voire d’auteurs s’intéressent réellement à ce que je fais. Ils répondent à mes demandes et passent leur chemin. Le très bon référencement de Bibliosurf et l’appui de quelques auteurs commencent toutefois à changer la donne.

Une des batailles sur le Net c’est le référencement via les contenus que tu proposes (interviews, revue de presse, chroniques d’internautes et autres contenus enrichis). Pourrais-tu expliquer ça à ceux qui auraient envie de comprendre comment ça se passe ?
Donc or ni car, Bibliosurf n’est pas un blog mais un catalogue à taille humaine, fortement indexé avec des mots matières, des dates (en format date) et des lieux (latitude et longitude), scénarisé et enrichi par le libraire avec des interviews, par les lecteurs avec des commentaires modérés, et par le net grâce à l’agrégation de contenu indexé. Les dossiers rentrée littéraire, géolocalisation, timeline, roman policier… sont à ma connaissance uniques sur le web. C’est ce qui fait en partie le succès de Bibliosurf. Concernant le référencement, c’est certes technique… mais aussi tout bête. Si vous enrichissez un catalogue, un moteur de recherche va automatiquement considérer celui-ci comme plus intéressant. Aussi, c’est parce que je travaille beaucoup ce catalogue que Bibliosurf est très bien référencé et non parce que j’ai une science du référencement. C’est pour cette raison que dans une étude proposée par le Motif, Bibliosurf est la librairie indépendante en ligne la mieux référencée. Travail, travail… travail sur le catalogue, et cela permet d’avoir 5 millions de visiteurs en trois ans et demi.

Une autre bataille, très classique celle-là puisque commerciale, c’est de vendre. Comment t’en sors-tu ?
Je viens de boucler mon troisième bilan et je suis toujours vivant ! En fait, je gère Bibliosurf comme un épicier en limitant au maximum toutes les dépenses, même celle qui consiste à me payer ! Le chiffre d’affaires est encore faible puisque la vente des livres papier est encore inférieure à 100 000 euros par an. La solution passe à présent par une offre plus importante. J’y travaille.

Tu as commencé à vendre des livres physiques puis très rapidement tu as également proposé des livres numériques via un corner amené par ePagine. Par rapport à tes attentes, quel bilan ferais-tu aujourd’hui de ce partenariat ?
ePagine, pour moi c’est avant tout une personne providentielle : Stéphane Michalon. Il a bataillé auprès des distributeurs pour faire reconnaître Bibliosurf comme une librairie à part entière. Le corner d’ePagine, c’est l’outil facile et peu onéreux qui a été grandement amélioré dans sa nouvelle version, sans toutefois offrir les mêmes possibilités que SPIP (logiciel libre que j’utilise pour le papier) de malaxer le catalogue. Aussi, je ruse un peu en récupérant le contenu enrichi produit par Bibliosurf via un widget et en proposant une revue de presse dédiée au seul livre numérique. Les ventes sont encore faibles et oscillent entre 150 euros et 1000 euros par mois. J’attends à présent beaucoup de l’arrivée imminente des catalogues d’Hachette et d’Editis pour propulser Bibliosurf comme librairie numérique incontournable.

Enfin, cher libraire, quel livre numérique conseillerais-tu aux internautes et pourquoi celui-là ?
Aujourd’hui, je propose Les prunes de Tirana de Michèle Kahn pour deux raisons. C’est un excellent texte qui m’a fait voyager, re-vivre des émotions, imaginer des situations ; un texte ambigu, très brutal sur l’Albanie avant la chute du mur, et parfumé comme une confiture de prune. Il est par ailleurs publié par la coopérative d’auteurs Publie.net qui est une expérience unique dans l’édition numérique et avec qui j’aimerais envisager d’autres possibles numériques*.

* la nouvelle vient de tomber : Bernard Strainchamps vient de prendre chez publie.net la direction éditoriale d’une nouvelle collection (« mauvais genres ») dédiée au roman noir et au polar. Les deux premiers auteurs annoncés sont Dominique Manotti et Marc Villard. À suivre de près !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

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