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15 novembre 2011

Xavier Cazin lit Win Lyovarin (ThaiFiction)

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #9 en compagnie de Xavier Cazin qui nous propose une lecture d’un recueil de quatre nouvelles (L’Amant, La poupée, Poumrak Pansing connaît la musique et Un prêté pour un rendu) de l’auteur thaïlandais Win Lyovarin. Cet ensemble, publié par l’éditeur 100% numérique, ThaiFiction Publishing (3.50 €, formats epub, mobi & pdf, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Xavier Cazin pour cette belle découverte et sa chronique – geste de confiance et vrai partage professionnel. Je me suis permis de rajouter un extrait du début de La poupée, nouvelle bouleversante au rythme et à la langue qui vous remuent longtemps.
ChG


J’ai lu les 4 nouvelles écrites par Win Lyovarin et traduites avec naturel par Marcel Barang, incontournable traducteur franco-thaïlandais, qui s’applique à faire découvrir la littérature thaï en français et en anglais au travers des éditions ThaiFiction.

Il s’agit de quatre textes très différents, d’un auteur dont Marcel Barang dit qu’il est le plus inventif des nouvellistes thaïlandais. Les deux dernières nouvelles du recueil, savoureuses comme des mini-enquêtes de l’inspecteur Colombo, sont à déguster sans façon. L’inspecteur est ici détective, son nom (Poumrak Pansing) est moins facile à retenir mais il prend son métier au sérieux. Suffisamment en tout cas pour pénétrer dans une prison déguisé en clown si l’enquête l’exige. Ses raisonnements imparables lui permettent de résoudre ces deux énigmes tordues avec une assurance qui force le respect.

Les deux autres nouvelles, placées au début de l’ouvrage, sont très différentes et peuvent sembler a priori de purs exercices de style. Mais la méfiance s’abolit dès qu’on laisse résonner les mots :

La poupée est une suite de questions de petite fille, qui de légèrement agaçantes deviennent lancinantes, puis douloureuses, au point qu’on ne sait plus trop si c’est la forme ou le fond qui nous plombe. Pari gagné donc, mais brrr…

L’amant est un texte troublant. Ici, on progresse dans la semaine du narrateur par une suite de mots-clés, comme ceux qu’on pourrait extraire de recherches sur Google. Cela fonctionne étonnamment bien : le choix des mots – leur sonorité aussi, merci M. Barang – et leur séquence suffisent à remplacer la syntaxe. Certains passages percutent mieux que ne le feraient des phrases plus structurées. J’aimerais bien savoir ce que ça donnerait, dit par un qui sait dire. Pour La poupée, j’aimerais autant pas.


Extrait de La poupée

pourquoi je me retrouve ici ? pourquoi y a autant de monde ? pourquoi on voyage ? pourquoi y a tant de visages si tristes ? pourquoi y a des gens qui pleurent ? pourquoi y a des gens qui s’embrassent ? y s’embrassent pour se quitter ? ou pasqu’y se retrouvent ? pourquoi y a des gens qui saluent de la main ? pasqu’y se retrouvent ? ou pasqu’y se quittent ? pourquoi y pleurent ceux-là ? et ceux-là pourquoi y rient ? pourquoi je me retrouve ici ? pourquoi y faut que je voyage ? pourquoi tu m’as tirée du lit en pleine nuit, maman, alors que je rêvais à ma poupée favorite ? pourquoi tu me dis pas où c’est que tu m’emmènes ? pourquoi t’as décidé de prendre l’avion ? pourquoi on prend pas le train ou la voiture ou le bateau ? c’est pasque tu veux que je sois là-bas le plus vite possible ? pourquoi j’ai envie de manger un bonbon à la menthe tout à coup ? pourquoi y a tant de gens avec de drôles de têtes ici ? pourquoi alors qu’il est si tard y a une telle foule ? pourquoi y zont tous une valise ou deux ? où y vont tous ? y vont tous au même endroit où tu m’emmène ou pas ? pourquoi tu veux pas que je mange un bonbon à la menthe ?


 

Après des études d’informatique à Paris VI, Xavier Cazin a été éditeur pour Addison-Wesley, International Thomson Publishing et directeur éditorial pour O’Reilly (1997-2008). En association avec Julien Boulnois, chargé de l’informatique chez O’Reilly, il a fondé en 2008 immatériel.fr, l’une des principales plateformes de distribution de livres numériques en France, également concepteur de librairies en ligne de nouvelle génération, et qui se donne pour mission de faciliter la diffusion des œuvres numériques à travers tous types d’accès. Il en est le directeur et le gérant. Par ailleurs Xavier Cazin a travaillé comme traducteur pendant ses études.


source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/th/a/a4/Win_Lyovarin.jpg

Win Lyovarin [pr. Liao.wâ.rine], né en 1956 et de formation d’architecte, est le plus inventif et versatile des nouvellistes thaïlandais, passionné de recherche formelle. La nouvelle Tchou (L’amant) a été d’abord publiée le 19 septembre 1995 dans l’hebdomadaire Matitchon Sout Sapada ; la version traduite est celle parue dans le recueil de nouvelles intitulé Sing mi tchiwit ti riak wa kon (Cette chose vivante qu’on appelle l’homme, 1999). Le recueil a obtenu le SEA Write Award cette année-là, une récidive pour Win, qui l’avait décroché cinq ans plus tôt pour un roman historique haut en coups bas, Pratchatipataï Bon Sen Kanan (La démocratie sur des voies parallèles), qu’on peut trouver en mauvais anglais en vente sur son site sous le titre Democracy, Shaken & Stirred.

Retrouvez d’autres titres en numérique (en français et en anglais) publiés par ThaiFiction Publishing.

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