Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

28 octobre 2013

Centenaire Claude Simon : expo, livres numériques, dossiers & extrait

À l’occasion de l’exposition littéraire à la BPI consacrée à l’œuvre de Claude Simon, Prix Nobel de Littérature en 1985 mais également peintre et photographe, Claude Simon qui aurait eu 100 ans cette année, la librairie ePagine propose sur sa page d’accueil une petite sélection de quelques-uns de ses romans publiés aux éditions de Minuit. Quasiment toute l’œuvre publiée par Jérôme Lindon est en effet aujourd’hui disponible en numérique (sauf Leçon de choses, 1975 et Le Jardin des Plantes, 1997) via le studio de fabrication ePub de ePagine. Les autres titres de Claude Simon publiés aux éditions du Sagittaire, Calmann-Lévy, Maeght, Skira, Rommerskirchen ou L’échoppe ne sont disponibles (quand ils ne sont pas épuisés) qu’en papier. Pour consulter l’ensemble de ses titres au format numérique, cliquez ici ou bien sur les liens ci-dessous.

L’extrait que j’ai choisi est le début du Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque, son premier roman publié chez Minuit en 1957 (après quatre publications chez d’autres éditeurs), un roman dans lequel l’auteur dans un même mouvement tente, non pas de raconter une histoire à partir d’un fait divers local mais de la déconstruire pour la reconstruire autrement, tout en procédant de la même manière avec ses phrases. Le Vent a plus de cinquante ans. Même après plusieurs lectures, il reste pour moi un texte à part, à rapprocher de Faulkner ou des peintres cubistes.

ChG

 

 

► ŒUVRE DE CLAUDE SIMON (MINUIT) DISPONIBLE EN NUMÉRIQUE

Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque, 1957, 8.99 € sans DRM
L’Herbe, 1958, epub, 6.99 € sans DRM
La Route des Flandres, 1960, 8.49 € sans DRM
Le Palace, 1962, 11.99 € sans DRM
Histoire, 1967, 9.49 € sans DRM
La Bataille de Pharsale, 1969, 16.99 € sans DRM
Les Corps conducteurs, 1971, 17.99 € sans DRM
Triptyque, 1973, 13.99 € sans DRM
Les Géorgiques, 1981, 9.99 € sans DRM
La Chevelure de Bérénice, 1984, 4.49 € sans DRM
Discours de Stockholm, 1986, 5.99 € sans DRM
L’Invitation, 1987, 9.49 € sans DRM
L’Acacia, 1989, 8.99 € sans DRM
Le Tramway, 2001, 5.99 € sans DRM
Archipel et Nord, 2009, 4.49 € sans DRM
Quatre conférences, 2012, 9.49 € sans DRM

 

► POUR ALLER PLUS LOIN

• Page de l’auteur sur le site des éditions de Minuit
• Site de l’exposition consacrée à Claude Simon à la BPI intitulée L’inépuisable chaos du monde (Bibliothèque publique d’information, Paris, jusqu’au 6 janvier 2014)
• Dossier documentaire Claude Simon, la construction de l’œuvre
• Sur le site de l’INA, extrait d’un film de la série Océaniques : Les hommes livres de Jerôme Prieur consacré à Claude Simon (réalisation Roland Allard, entretien avec Marianne Alphant (1988), La Sept, 17 sept. 1989)
• Dans le dernier numéro de De ligne en ligne : dossier Claude Simon
• Site de l’Association des lecteurs de Claude Simon
• Article d’Édouard Launet sur le site de Libération, Claude Simon : écrivain, au sens Nobel du terme

 

► EXTRAIT

« Un idiot. Voilà tout. Et rien d’autre. Et tout ce qu’on a pu raconter ou inventer, ou essayer de déduire ou d’expliquer, ça ne fait encore que confirmer ce que n’importe qui pouvait voir du premier coup d’œil. Rien qu’un simple idiot. Seulement, lui, avec le droit de se promener en liberté, de parler aux gens, de signer des actes et de déclencher des catastrophes. Parce qu’il paraît que les médecins classent les types comme ça dans les inoffensifs. Très bien. C’est leur affaire. Mais si, au lieu de se contenter de leur avis, on demandait aussi celui des gens comme nous qui en savent peut-être un peu plus long sur l’espèce humaine que tous ces types de la Faculté… Parce que, écoutez-moi : en fait de spécimens humains, tout défile ici, vous pouvez me croire, et en ce qui concerne les mobiles auxquels obéissent les gens, si j’ai appris quelque chose pendant les vingt ans que j’ai passés dans cette étude, c’est ceci : qu’il n’en existe qu’un seul et unique : l’intérêt. Et alors, voilà ce que je dis… » Et tandis que le notaire me parlait, se relançait encore – peut-être pour la dixième fois – sur cette histoire (ou du moins ce qu’il en savait, lui, ou du moins ce qu’il en imaginait, n’ayant eu des événements qui s’étaient déroulés depuis sept mois, comme chacun, comme leurs propres héros, leurs propres acteurs, que cette connaissance fragmentaire, incomplète, faite d’une addition de brèves images, elles-mêmes incomplètement appréhendées par la vision, de paroles, elles-mêmes mal saisies, de sensations, elles-mêmes mal définies, et tout cela vague, plein de trous, de vides, auxquels l’imagination et une approximative logique s’efforçaient de remédier par une suite de hasardeuses déductions – hasardeuses mais non pas forcément fausses, car ou tout n’est que hasard et alors les mille et une versions, les mille et un visages d’une histoire sont aussi ou plutôt sont, constituent cette histoire, puisque telle elle est, fut, reste dans la conscience de ceux qui la vécurent, la souffrirent, l’endurèrent, s’en amusèrent, ou bien la réalité est douée d’une vie propre, superbe, indépendante de nos perceptions et par conséquent de notre connaissance et surtout de notre appétit de logique – et alors essayer de la trouver, de la découvrir, de la débusquer, peut-être est-ce aussi vain, aussi décevant que ces jeux d’enfants, ces poupées gigognes d’Europe Centrale emboîtées les unes dans les autres, chacune contenant, révélant une plus petite, jusqu’à quelque chose d’infime, de minuscule, insignifiant : rien du tout ; et maintenant, maintenant que tout est fini, tenter de rapporter, de reconstituer ce qui s’est passé, c’est un peu comme si on essayait de recoller les débris dispersés, incomplets, d’un miroir, s’efforçant maladroitement de les réajuster, n’obtenant qu’un résultat incohérent, dérisoire, idiot, où peut-être seul notre esprit, ou plutôt notre orgueil, nous enjoint sous peine de folie et en dépit de toute évidence de trouver à tout prix une suite logique de causes et d’effets là où tout ce que la raison parvient à voir, c’est cette errance, nous-mêmes ballottés de droite et de gauche, comme un bouchon à la dérive, sans direction, sans vue, essayant seulement de surnager et souffrant, et mourant pour finir, et c’est tout…) tandis que le notaire parlait, donc, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer l’autre, celui qui avait ainsi défrayé la chronique de la ville et dont les gens comme le notaire n’avaient probablement pas encore fini de parler, tel que je l’avais vu la veille encore, tel qu’il était sans doute déjà quelques mois plus tôt (car il semblait appartenir à cette sorte d’êtres qui ont vieilli une fois pour toutes, non pas même au cours de leur adolescence, mais de leur enfance et qui, ce pas franchi, se trouvent sans doute hors d’atteinte, sinon du mal, de la souffrance, du temps, mais de leurs stigmates, de sorte que tout ce qui venait de se passer pendant cette brève période de quelques mois, les événements qu’il déclencha, ou plus exactement débrida – et ceci, sembla-t-il, bien plus que par ses actes, par sa seule apparition, sa seule présence, à la façon de ces réacteurs chimiques, de ces excitateurs, ou plutôt encore de ces objets chargés d’une vertu bénéfique ou maléfique et qui n’ont besoin pour manifester leur puissance de faire autre chose que se contenter d’exister, d’être là – semblaient avoir passé sur lui, sinon sans l’atteindre, du moins, apparemment, sans laisser de traces, ni plus ni moins que n’importe quelle tempête venue du fond des âges sur n’importe quel galet roulé lui aussi depuis le fond des âges : seulement peut-être un peu plus lisse d’avoir encore été traîné et brassé, un peu plus poli, débarrassé de ses dernières aspérités pour présenter à la fin cette surface sans repères, l’impénétrable visage de cette insoluble, oiseuse énigme du bien et du mal) lorsqu’il débarqua, tombant là au milieu de nous, à l’improviste, comme un caillou dans la mare, avec pour tout bagage cet appareil de photo qui ne le quittait jamais, sa bicyclette, et un antique sac de voyage à courroies datant au moins du début du siècle et renfermant sans doute en tout et pour tout avec quelques mouchoirs et chaussettes, trois ou quatre de ces chemises de flanelle grisâtre, décolorées à force d’avoir été lavées, au col et aux poignets élimés, et enfin cet énorme dossier que je vis une fois dans sa chambre, à couverture de toile, fermé par une sangle et contenant à grand-peine un fatras de vieilles lettres, d’épreuves de photos et de papiers jaunis qui constituaient, semblait-il, la totalité de sa fortune ; et alors, par une sorte de paradoxe facétieux et cruel, faisant naître, à peine apparu, révolte, désirs, discorde et colère, lui qui, selon toute apparence, se voulait, s’était choisi, était le contraire de tout cela et que l’on découvrit avec stupeur, lorsque tout fut fini, lorsque furent retombées et la vase soulevée, et les passions, non pas à vrai dire intact mais entier, peut-être parce qu’aucun être humain ne peut, même en se niant, arriver à se détruire tout à fait s’il ne va pas jusqu’à le faire dans sa personne physique, peut-être parce qu’il existe une sorte de pitoyable paix par-delà ou plutôt au tréfond de toute souffrance et de toute douleur, comme au paroxysme de tout vouloir et de tout orgueil. Il me semblait donc le voir, assis là, dans ce même fauteuil où je me trouvais moi-même, aux motifs sculptés qui vous entraient dans le dos, en face du notaire derrière son bureau de bois noir, et, derrière le notaire, les vantaux vitrés de la bibliothèque, noire elle aussi, portant à son sommet quelque chose comme un fronton, un écusson sculpté représentant sur un cartouche ovale deux initiales dorées et entrelacées, la pièce tout entière, à l’aspect vieillot, solennel et funèbre contrastant avec son occupant actuel : un homme jeune encore, aux cheveux courts, taillés en brosse, au visage de sportif, au costume coupé dans un de ces tissus riches et laids choisis en vitesse avec pour seule référence leur cherté et leur anonymat, au débit pressé, vulgaire et cordial d’homme d’affaires, et qui, comme il était en train de me le raconter, pour la première fois peut-être depuis qu’il s’était assis derrière ce bureau vingt ou vingt-cinq ans auparavant, se trouvait à ce moment sinon désarçonné, en tout cas un peu agacé, mal à l’aise, quoiqu’il s’efforçât de n’en rien laisser paraître, continuant à s’exprimer avec cette même faconde, cette même aisance, cette sorte de vulgarité apprise à l’usage des bars, des salons et des marchandages, cependant qu’il essayait non de pénétrer, de comprendre ce qui se passait derrière le visage de son visiteur, mais de classer celui-ci dans une des cinq ou six catégories, non pas humaines, mais en quelque sorte utilitaires dans lesquelles il avait appris à ranger ses semblables : « Parce que, me dit-il, en vingt ans de notariat, je pense avoir vu à peu près tout ce qu’un prêtre ou un médecin peuvent avoir l’occasion de connaître en fait de gens, et d’histoires, qu’elles soient du genre privé, public, ou familial. Et même un peu plus : parce que moi, je suis à même de voir un côté de la question sur lequel ni le prêtre ni le médecin n’ont d’aperçus, du moins autres que ce qu’on veut bien leur raconter. Et alors permettez-moi de vous dire que ce n’est pas très varié. Je ne sais plus dans quel journal ni à propos de quoi j’ai lu une fois qu’on avait dénombré trente-deux ou trente-six situations théâtrales. Laissez-moi rire. Parce qu’avec les cinq doigts de la main je vous garantis que vous avez amplement de quoi compter les différents cas auxquels tout peut se ramener, et même avec un seul, parce que, vous me connaissez, et je n’ai pas besoin de vous dire que je n’ai rien d’un communiste et qu’aucune chose ne me révolte plus que cette conception du monde et de la vie fondée sur la force de je ne sais quelles lois de la matière ou de l’économie, et pourtant, croyez-moi, un seul doigt peut suffire, parce que l’unique mobile de toutes les actions humaines, de tous les prétendus drames psychologiques, et j’en ai vu passer suffisamment dans ce bureau pour avoir le droit d’en parler, eh bien c’est l’intérêt, et rien d’autre, et ce n’est pas à moi qu’il faut venir raconter des histoires de bonnes femmes. Seulement, je reconnais que lorsque je l’ai vu là, assis en face de moi, avec cette figure d’épouvantail à moineaux, cette tête de noyé qu’on aurait tout juste repêché l’heure d’avant à la plage et amené ici directement sans même prendre la peine de l’essuyer, ou plutôt de le rincer, ou plutôt de l’essorer, avec ces cheveux noirs trop longs de dix centimètres et cet appareil de photo d’au moins cent mille francs accroché sur son ventre alors qu’aucun clochard de la ville n’aurait seulement voulu, si vous le lui aviez donné, de cet imperméable qui doit lui servir à la fois de tenue de sortie et de chemise de nuit probablement, à moins qu’il ne dorme pas, ne se couche pas, promène toute la nuit dans les rues cette dégaine de rescapé de Buchenwald simplement pour rendre service aux mères de famille dont les enfants ne veulent pas dormir, quoique même pour ça il ne serait probablement d’aucune utilité puisque, paraît-il, il n’y a qu’aux gosses qu’il ne réussisse pas à faire peur à en juger par les trois ou quatre qui sont toujours à courir derrière lui pour qu’il les photographie et leur donne une de ces sucettes dont il fait sans doute provision le matin avant de sortir comme d’autres font provision de cigarettes ou de petite monnaie. Oui : les gosses et les femmes. Comprenez si vous le pouvez : qu’une putain de serveuse comme cette Rose ait essayé de l’embobiner et de lui mettre le grappin dessus, ça devait arriver, mais qu’une jeune fille aille se compromettre comme… Enfin ce ne sont pas mes affaires. Bon. Très bien. Je le reconnais : je me suis trompé, fichu dedans, fourré le doigt dans l’œil, tout ce que vous voudrez. Et pas à moitié. Du tout au tout. Parce que ce jour-là, quand je l’ai vu entrer ici pour la première fois, pas une minute, je vous le jure, je n’aurais cru qu’il allait faire autre chose que me dire “Vendez”, me signer tout de suite un pouvoir et repartir comme il était venu en me donnant non pas le numéro d’un compte en banque pour que je fasse virer les fonds quand ce serait fait, mais l’adresse d’une Trappe quelconque ou peut-être même d’une maison de cinglés. Mais au bout d’une heure et alors que je lui avais expliqué en long et en large pour la vingtième fois ce qu’il en était et que jamais qui que ce soit ne remettrait sur pied une propriété dans cet état, il n’avait pas encore ouvert la bouche autrement que pour dire : “oui”, “non”, “peut-être”, ou “je ne sais pas”, et je me demande même s’il s’était donné la peine de m’écouter, parce que dès que je le quittais des yeux, je le retrouvais, en relevant la tête, occupé à regarder cette gravure, ou le haut de la bibliothèque, ou le tapis, ou cette lampe, exactement comme s’il voulait faire un inventaire ou n’était jamais entré de sa vie dans un bureau comme celui-ci, ce qui me paraît le plus probable, quoique ce n’aurait pas été le premier que j’aurais vu, avec cette différence que les autres, les types de la campagne qui s’amènent ici, ou ceux qu’on voit une fois pour un contrat de mariage et puis jamais plus, se tiennent le plus souvent posés sur le bord de leur chaise sans oser bouger le petit doigt, tandis que lui… »

© Claude Simon, Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque, Minuit, 1957, disponible en numérique au prix de 8.99€ (sans DRM Adobe, avec marquage numérique)

7 octobre 2013

Christian Gailly pour mémoire : Rest in peace & swing

© Hélène Bamberger/Minuit

Je viens d’apprendre, via une brève du Monde sur twitter (info également en ligne sur lepoint.fr), la mort de l’écrivain et saxophoniste Christian Gailly. Bien que je le lisais moins ces derniers temps il fait partie des auteurs importants découverts dans les années 90 et son écriture reste essentielle dans mon parcours de lecteur. En 2004 (je travaillais alors à la librairie Les Sandales d’Empédocle à Besançon) j’avais eu la chance de le rencontrer et de passer plus d’une heure en sa compagnie aux éditions de Minuit dans le bureau de Robbe-Grillet : je préparais alors un entretien pour le magazine Page des libraires. Impossible d’oublier cette rencontre d’abord tout en retenue et en silences habités puis parsemée de moments de grâce à partir du moment où les instruments se sont accordés et que la voix de Christian Gailly s’est mise à pulser avec beaucoup de pudeur. Je me souviens encore de mon trajet à pied jusqu’à la Gare de Lyon une fois l’entretien terminé : j’étais ému, très ému parce que durant cette heure il avait été beaucoup question d’écriture et de musique mais aussi d’amour et de mort. Aujourd’hui il est mort mais il me reste ses romans, le be-bop de sa langue, le rythme de sa phrase. Rest in peace & swing, Christian Gailly !

Christian Gailly est né à Paris en 1943. Il a exercé différents métiers dont celui de musicien de jazz, saxophoniste, avant de se consacrer à l’écriture et de publier son premier livre en 1987, Dit-il. En tout, il a publié aux éditions de Minuit une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles. Ils sont tous disponibles en papier et treize d’entre eux, parce que fabriqués dans le studio ePub de ePagine, peuvent également être lus en numérique (cliquez ici pour accéder à ses 13 titres en numérique sur la librairie ePagine). Il a obtenu le prix France Culture pour Nuage Rouge en 2000 et le prix du Livre Inter en 2002 pour Un soir au club. La Roue et autres nouvelles est le dernier titre publié aux éditions de Minuit (2012). Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma : L’Incident par Alain Resnais sous le titre Les Herbes folles (2009) et Un soir au club par Jean Achache (2009). Infra vous pourrez lire ma note de lecture de Dernier amour (2004) ainsi que l’intégralité de notre rencontre.

Prenant part à leur douleur, toute l’équipe de ePagine présente ses sincères condoléances à la famille, aux proches, aux amis ainsi qu’à la maison d’édition de Christian Gailly.

ChG

 

Dernier amour débute lors d’un festival d’été en 1987 à Zurich. Au programme, Haydn, Beethoven et une œuvre contemporaine, celle du personnage principal du roman, Paul Cédrat. Le quatuor à cordes entame l’opus 12 de Paul Cédrat, mais, très vite, tout dégénère. Le public se met à siffler, à huer le quatuor donc le compositeur, qui interrompt alors l’opus et se retire. C’est un échec pour Paul. Surtout qu’il n’a plus que quelques jours à vivre. Reste alors, avant de partir, la possibilité de se réconcilier avec lui-même. Il a tout préparé, a demandé à ses proches de le laisser seul, s’enferme dans sa maison près de la plage : il est prêt. Mais voilà, survient ce qu’il n’avait pas prévu : le grain de sable – en l’occurrence Debbie la baigneuse. L’émotion le submerge et l’amour, auquel il n’avait plus pensé, resurgit. L’histoire de la défaite d’un homme et de sa lente approche vers une mort annoncée laisse alors place à sa possible renaissance. Et la renaissance ne semble pouvoir se réaliser que si l’amour et l’émotion s’en mêlent.

Spécialiste des variations autour d’un même thème mais aussi des improvisations, Christian Gailly retrouve ce qui, depuis son premier roman, le singularise : son ironie et sa poésie. À la fois drôle et touchante, sobre et gracieuse, son écriture sert à merveille cette histoire d’amour et de conciliation. Une fois encore, Dernier amour nous dit que le désespoir total n’est pas pour maintenant. Il suffit d’une couleur particulière, d’un enfant qui se baigne et vous rappelle votre jeunesse, d’une femme qui vient récupérer son peignoir, d’une berceuse, entre autres preuves, pour se sentir à nouveau en vie.

C’est tout de même bête d’avoir passé toute sa vie avec une femme et de s’apercevoir seulement maintenant qu’on est fait pour marcher au bras d’une autre.
L’a-t-il pensé ? Senti ? Bien sûr que oui. Mais ça n’était que cette vieille envie de vivre. Non pas de recommencer. Juste continuer.

Livre après livre, à travers les clins d’œil à sa famille d’écriture (Samuel Beckett, Marguerite Duras ou encore Jean Echenoz), les reprises, les répétitions et les récurrences (on retrouvera par exemple le Dauphin vert, Simon Nardis et Debbie du Soir au club), un visage de plus en plus précis apparaît. Bout de peau après bout de peau, cet amateur de peinture poursuit son autoportrait commencé en 1987 (même visage avec à chaque fois quelques années de plus) et qui nous émeut toujours. C’est donc encore une fois un Christian Gailly inquiet et chargé d’émotion qu’on devine dans Dernier amour même si l’écriture, elle, on dirait bien qu’elle tremble moins. C’est peut-être ça, la grâce. (ChG pour Page des libraires en septembre 2004)

 

* * *

 

Rencontre avec Christian Gailly
pour Page des libraires en septembre 2004

(j’étais alors libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon)

Chaque livre de Christian Gailly est une avancée supplémentaire dans sa tentative d’épuisement d’un visage familier. Cette fois, Dernier amour raconte l’histoire d’un compositeur de musique contemporaine, Paul Cédrat, qui n’a plus que quelques jours à vivre. Alors que tout semblait programmé, surgit une baigneuse et, avec elle, une possible renaissance – en musique.

Christophe Grossi : En 1964, lors d’un festival de jazz amateur, vous avez vécu le même drame que votre personnage principal. Pourquoi avez-vous choisi de revenir sur cet épisode précis de votre vie ?
Christian Gailly : Dans Dernier amour, j’aborde à nouveau l’expérience musicale parce qu’il n’y a que là où j’ai pu retrouver suffisamment d’émotion pour me faire écrire ; d’autre part, parmi les rares questions qui peuvent me tarauder encore, celle de la musique est certainement la plus importante. J’ai donc transposé cette expérience musicale plus de vingt ans plus tard, en 1987, lors d’un festival de musique classique et contemporaine. Il se trouve que j’aime particulièrement les quatuors à cordes et que je me pose un certain nombre de questions sur la musique contemporaine : ce qu’elle devient et pourquoi elle devient ce qu’elle devient. J’ai donc fait de Paul un compositeur qui serait confronté, comme moi, à ce questionnement paradoxal : la musique contemporaine est-elle contemporaine de quelqu’un ? Parce qu’à l’exception d’un petit cercle d’initiés, on peut dire qu’elle n’est entendue par personne et qu’elle n’intéresse personne. Je m’amuse donc à m’interroger sur cette non-contemporanéité.

L’écriture de romans n’est-elle pas une forme de réponse à vos questionnements ?
Oui, sauf que je ne prends pas vraiment le risque de me faire sortir de la salle. J’essaye de me battre autant que possible avec la banalité de la formulation, de l’écriture même, de la construction des choses. Mais, malgré tous mes efforts et tout ce que parfois je peux dire, je reste dans quelque chose de lisible et d’assez classique. je crois que si je me mêlais de faire de la littérature expérimentale, je serais illisible.

Parce que c’est toujours l’émotion qui vous guide, qui est le moteur de votre écriture et de vos histoires.
Cela prouve en effet que je n’arrive pas à écrire ni à être complètement désespéré. Dans Dernier amour, Paul est prêt à mourir ; mais comme à chaque fois, quelque chose surgit : de l’émotion, de l’amour. Cela prouve que l’on ne fait pas ce qu’on veut et que l’on n’est pas ce qu’on veut. On reste exposé. Cela rend les choses quasiment insupportables et en même temps d’une beauté noire. En effet, ce quelque chose qui vous arrive va vous faire regretter une vie que, jusque-là, vous ne rêviez pas. Pour Paul, il est temps de mourir mais, au fond, il aurait envie de continuer. Quelque chose ou quelqu’un vous donne envie de continuer. Et c’est d’autant plus atroce quand il s’agit non pas d’une tentation suicidaire mais d’une maladie.

Paradoxalement, votre écriture, elle, va en se simplifiant. Comme s’il y avait, d’un côté, un homme toujours aussi torturé par les échéances et, de l’autre, un écrivain de plus en plus serein.
C’est vrai, l’écriture aspire à de plus en plus de simplicité et la phrase se donne un air serein. Parce que ça devient de plus en plus périlleux. L’obsession de la mort est telle qu’elle empoisonne toute pensée, toute perspective. Il s’agit donc de se tenir le mieux possible et au plus près des choses et de soi, dans un état de tension. Il n’est plus question d’envolées lyriques, de laisser partir les phrases.

C’est d’ailleurs le rôle de l’ironie ça ?
Depuis deux ans, je n’arrivais plus à écrire ; l’ironie m’avait quittée. Je n’arrivais plus à être sincère. Jusqu’à ce que je m’aperçoive que la seule façon que j’avais de m’en tirer était d’accepter cette obsession de la mort ; au moins le temps de l’écriture du livre. Le plus simple était donc de m’identifier à un condamné à mort, à un malade. C’est seulement là que l’ironie m’est revenue. Toute cette production d’ironie, avec plus ou moins de férocité ou d’acuité, est là, en effet, pour injurier le destin.

Est-ce que l’ironie pourrait être une tentative de réconciliation avec soi, avec son passé ?
Une réconciliation ou une conciliation. C’est ce que j’appelle avoir pitié de soi. Accepter de se moquer de soi, c’est parvenir à se supporter comme on est. Paul, par exemple, s’obligeait jusque-là dans son travail musical à ignorer ce qui pouvait rendre cette musique insupportable. Il n’est pas réconcilié avec la musique mais avec lui-même. C’est toujours ça de gagné.

Votre goût pour la lenteur joue également un rôle important pour Paul dans sa lutte. J’avais déjà perçu cette même lenteur dans le film Sous le sable de François Ozon.
Paul n’a plus les forces nécessaires pour se dépêcher et allonger le pas. Il n’a pas le temps de voir les gens, d’entendre. Dans mes différentes variantes, il se trouve que j’avais pensé à ce film de François Ozon. J’avais d’abord cru que c’était la femme qui était menacée de mort et qui disparaissait. Mais ça n’a pas marché.

L’ombre de Samuel Beckett (et son Premier amour) plane encore dans ce roman.
J’y ai pensé à ce livre-là. J’ai d’ailleurs voulu ce titre comme ça et j’ai voulu qu’il soit inscrit sur deux lignes. C’est le même nombre de lettres et je le voulais comme un signe en miroir à Samuel Beckett. C’est un auteur qui m’a beaucoup influencé. Très vite je me suis senti de la même famille d’esprit. La première page de L’Innommable a été déterminante pour moi, comme une voie possible dans laquelle s’engager.

La peinture est toujours présente par le travail de la composition et des couleurs. On passe de Morandi à Hopper en une scène.
J’aime beaucoup la peinture. Chaque fois que je la rencontre, elle me fascine. C’est une façon de ne pas l’oublier, de rendre présent d’une manière forcée ce qui échappe à la littérature. Rien n’est à proprement parler audible ni visible dans ce roman, mais la peinture et la musique sont toujours présentes.

Comme des jaillissements ?
Il y a parfois des moments de grâce, des pulsions poétiques ; parfois on a une vision très nette, très colorée et la phrase surgit d’elle-même. À ce moment-la, on vit l’événement avec une intensité plus forte que celle du souvenir qui sous-tend l’écriture de la scène. C’est parfois tellement puissant qu’on en est à penser que la vie, c’est ça.

13 septembre 2013

ePagine publications numériques vous offre La Grande panne de Théo Varlet

 

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013) et César Capéran de Louis Codet (juillet 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne sur epagine.fr son sixième livre numérique : La Grande panne de Théo Varlet, un roman d’anticipation publié en 1930 par un passionné d’astronomie et de sciences, à la fois poète et auteur de science-fiction, un visionnaire souvent salué par la critique littéraire dans les années vingt et trente mais dont l’œuvre n’a quasiment pas été rééditée après sa mort. À lire la préface que Xavier Dollo consacre à ce roman et dans laquelle il revient sur cette découverte qui a modifié son parcours de lecteur, une préface que nous publions en partie infra.

Ce texte et les cinq précédents sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande. Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfère publier peu mais avec la garantie que les fichiers sont soignés et de qualité (composition et correction). ePagine propose donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficient du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions sont presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Toute l’équipe de ePagine tient à remercier Xavier Dollo, auteur de la préface de cette édition numérique de La Grande panne.

ChG

 

Extrait de la préface de La Grande panne par Xavier Dollo

« Il est des écrivains que, parfois, l’on croit être seul à connaître et aimer. On trouve même cet état de fait profondément injuste et frustrant, parce que l’on admire l’écrivain. Sans contestation possible, Théo Varlet entrerait dans cette catégorie des mal aimés et des mal connus. (…) Grand oublié, à mon sens, de l’omnibus consacré à la science-fiction ancienne dirigé par Serge Lehman, Chasseurs de Chimères, Théo Varlet n’en reste pas moins une figure marquante du merveilleux scientifique, lui qui était doté d’un style attrayant, d’une langue maîtrisée et d’un imaginaire vraiment original, éclectique et atypique. De la poésie au roman, Varlet aura exploré de nombreuses facettes de la science-fiction ; avec André Blandin, par exemple, il signe une belle uchronie avant l’heure, La Belle Valence, explore une poésie classique – il aime le sonnet – mais originale dans son approche thématique, le terme de poésie « cosmique » étant assez parlant ; avec Les Titans du Ciel (premier volume de l’Épopée Martienne), en collaboration avec Octave Joncquel, il imagine un système solaire rempli de vie extraterrestre où la Terre prend contact avec les martiens et les joviens, où les martiens – voir ici l’influence déjà très forte de H.G. Wells – ont des intentions nocives envers notre planète.
(…) La Grande Panne, paru en 1930, raconte l’épopée d’une jeune femme intrépide, Aurore Lescure – Varlet se démarque déjà de son époque par cette utilisation d’un personnage féminin fort – qui a tenté d’atteindre la Lune dans une fusée construite par son père, un savant américain. Cependant, elle rapporte dans ses bagages un organisme qui se nourrit d’électricité ! (…) Derrière un récit d’aventures très bien mené, Varlet explore à sa manière des questions de société, l’avenir de l’humanité et les conséquences des progrès scientifiques. »

Xavier Dollo,
auteur et éditeur de science-fiction

 

Théo Varlet : quelques éléments bio-bibliographiques

Né en 1878 à Lille, Théo Varlet passe une grande partie de sa jeunesse à voyager en France et en Europe. Après trois recueils publiés avant la première guerre mondiale, il traduit dans les années 20 et 30 de nombreux auteurs anglo-saxons dont Stevenson, Melville et Kipling et publie également une vingtaine de recueils de poésie, de récits et de romans d’anticipation, souvent salués par la critique. Malgré les éloges, quasiment aucun de ses ouvrages n’a été réédité après sa mort survenue en 1938.

Quelques œuvres marquantes : Heures de rêve (Ninez et Lecocq, 1898), Notes et poèmes (éditions Du Beffroi, 1905), Les Titans du ciel (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1921), L’Agonie de la terre (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1922), La Belle Valence (en collaboration avec André Blandin, E. Malfère, 1923), Le Roc d’or (Plon et Nourrit, 1927), Ad astra et autres poèmes (A. Messein, 1929), La Grande Panne (éditions des Portiques, 1930), Aurore Lescure, pilote d’astronef (L’Amitié par le livre, 1943).

22 août 2013

Rentrée littéraire 2013 : des extraits à télécharger gratuitement

Cette année, de nombreux éditeurs proposent de télécharger gratuitement les extraits (le premier chapitre en général) des romans, récits et essais qu’ils publient à l’occasion du traditionnel rendez-vous de la fin d’été : la rentrée littéraire. Littérature française ou étrangère, essais et documents, littératures de l’imaginaire et littérature jeunesse, de nombreux rayons sont ainsi mis en avant afin de permettre aux lecteurs de faire leurs choix parmi les centaines de nouveautés qui afflueront jusqu’au mois d’octobre. Si jamais, dans les jours ou semaines à venir, d’autres maisons d’édition proposaient elles aussi ces recueils d’extraits (booklet), nous mettrions à jour la liste ci-dessous.

 

Pour accéder en un clic à toute la rentrée littéraire suivez ce lien

 

Dans les prochains jours, afin de vous permettre de mieux vous y retrouver, nous proposerons sur le site ePagine et sur ce blog des entrées plus précises, par domaine, ainsi qu’une sélection avec nos conseils de lecture.

 

Extraits de la rentrée à télécharger gratuitement
par maison d’édition

 

Actes Sud

ActuSF / Mnémos / Les Moutons électriques

Calmann-Lévy

Fayard

Flammarion essais

Flammarion romans

Gallimard

Grasset

Julliard

La Martinière Jeunesse

Métailié

Nil éditions

Robert Laffont

Lattès

Seuil

Stock

7 juillet 2013

ePagine publications numériques vous offre César Capéran de Louis Codet

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013) et Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son cinquième livre numérique, César Capéran de Louis Codet. Pour rappel, tous les textes de ePagine publications numériques sont offerts en permanence sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions seront presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier la famille de Louis Codet qui a gentiment accepté que le portrait de l’écrivain soit reproduit dans le fichier ePub et ici même (photo également mise en ligne par l’association des lecteurs de Claude Simon sur le site qui lui est consacré, le père de Louis Codet étant un cousin germain de la mère de Claude Simon).

 

Présentation de César Capéran et bio-bibliographie de Louis Codet

Cette novela (entre la longue nouvelle et le court roman) raconte l’histoire d’un personnage énigmatique et original prénommé César Capéran, « Gascon gasconnant », « Gascon taciturne » et « digne campagnard » selon le narrateur. Ce provincial tout en paradoxes (retenues et exultations soudaines) est également un être plein d’ambitions même s’il préfère la plupart du temps se taire ou faire parler « la tradition » symbolisée par Pascal, Bossuet, Diderot ou Poussin. Monté à Paris pour des raisons d’abord obscures mais avec en tête de vagues projets littéraires, il passe la plupart de son temps à… ne rien faire sinon boire le vin de son pays, fumer et parler avec le narrateur dans sa chambre ou dans sa mansarde au Ministère des Colonies. En vrai dilettante, le jeune Gascon, sorte de Bartleby ou de Jean Dézert, aura un destin que n’envieront sans doute pas ses aïeux, les personnages balzaciens. Texte désopilant, pince-sans-rire et original, écrit au tout début du siècle par un auteur mort sur les Champs d’honneur.

César Capéran de Louis Codet a d’abord été publié dans la revue Les Marges, puis par Gallimard en 1918 et a été accueilli chaleureusement par les critiques.

Louis Codet est né à Perpignan le 8 octobre 1876. Fin dandy, cette personnalité artistique parisienne reconnue a fréquenté les précurseurs du surréalisme et s’est lié d’amitié avec Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin. Il a collaboré à plusieurs revues indépendantes (La Revue blanche, La Vogue et Les Marges), a participé au premier numéro de la Nouvelle Revue française et a publié La Rose du jardin (son premier roman) chez Fasquelle en 1907 et La Petite Chiquette, son œuvre la plus connue, en 1908 (même éditeur).
Mobilisé dès le début de la guerre, il est blessé à Steenstrate (Flandres belges) le 5 novembre 1914, touché à la gorge par un éclat d’obus. Il est alors évacué au Havre mais, mal soigné, il meurt six semaines plus tard. Il est enterré dans son village de Saint-Junien.
L’œuvre de Louis Codet est en grande partie posthume : César Capéran en 1918, La Fortune de Bécot en 1921 et Louis l’indulgent en 1926.

 

Louis Codet | César Capéran (extrait)
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I
LE PENSEUR DU CAFÉ VACHETTE

Je fis la connaissance de César Capéran au café Vachette, du temps que j’étais étudiant.
Imaginez un grand gaillard de vingt-deux ou vingt-trois ans, dodu, ventru, fleurant la santé, ayant l’œil très noir et la joue bien pleine, avec quelque chose de napoléonien dans le menton. Toujours propre, toujours rasé, il était coiffé d’un grand feutre noir, et ne portait qu’un vêtement noir ample et sévère.
Il s’asseyait, tout seul, et passait la soirée en fumant sa pipe silencieusement, non loin du coin où nous faisions notre poker. Je l’avais remarqué, pour son air majestueux. On eut dit un Curiace de l’Odéon, ou, encore, un moine romantique, un moine vénitien.
Un soir, quelqu’un nous le présenta et il s’assit à notre table. Je me souviens que ce jour-là le poker prit fin de bonne heure et que l’on entama une discussion philosophique ; je demandai à Capéran, le nouveau venu, quel était son avis.
Il me regarda, ôta lentement de ses lèvres sa longue pipe Jacob et posa une main sur ma hanche.
— Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense, me dit-il.
Je souris, nous sourîmes tous, devant une telle déclaration, prononcée d’une belle voix de baryton qu’ennoblissait encore l’accent de Toulouse. Mais déjà César Capéran s’était retiré en lui-même et s’enveloppait d’un nouveau nuage de fumée.
Cependant, à dater de ce jour, Capéran fit partie de notre bande au Vachette : entendez qu’il s’asseyait sur la banquette à côté de nous, car il ne se mêlait point à nos jeux. Jamais je ne le vis toucher une carte. Il ne lisait pas non plus les journaux ; il ne faisait rien ; il fumait.
C’était vraiment un drôle de corps. S’il arrivait, de loin en loin, qu’il énonçât son opinion, il s’exprimait en des termes synthétiques et lapidaires. Par exemple, quand on agitait entre nous les mérites de quelque peintre ou d’un écrivain :
— C’est de l’art français, dans la tradition ! disait Capéran.
Ou, au contraire :
— Ce n’est pas dans la tradition !
Et, ayant dit, jamais il ne s’expliquait davantage.
Lorsqu’il s’agissait de payer les consommations, il tirait de son gousset une pièce de cinq francs, qu’il nommait un écu, et il me jouait son verre contre le mien « au jeu ancien de pile ou face ! »
Vous avez sans doute observé déjà que les gens d’humeur silencieuse ne peuvent nous être indifférents. Il faut qu’on juge un homme qui se tait. Il faut qu’on se dise, ou : « c’est un sot » ou : « c’est un homme très intelligent, au fond. C’est un artiste, un érudit… » Je crois que nous inclinions vers ce dernier parti ; Capéran nous en imposait véritablement.
Certes, on le plaisantait parfois ; on l’appelait le Penseur, ou le Gascon Taciturne : un étudiant normand glissé dans notre bande avait trouvé ce second surnom, qui le peignait assez bien. Mais nul ne demeurait si grand, si impassible sous la plaisanterie. Et Poupoun lui-même y perdait ses flèches. Celui que nous nommions Poupoun était un petit étudiant en droit, brun comme une taupe, portant lorgnon et barbe en pointe ; un Méridional, comme Capéran, mais c’était le Méridional maigre et rageur, qui gesticulait, qui pétaradait, et qui fonçait à tout propos sur le prochain.
— Si notre Penseur national, si Sa Majesté Capéran Premier voulait bien nous faire l’honneur, au lieu de ricaner dans sa pipe, de nous exposer là-dessus le point de vue de la tradition ? s’écriait Poupoun.
Capéran répondait avec placidité de sa voix enflée, noble et grave, de sa voix de prédicateur :
— Je ne vous écoutais pas, mon ami. Je rêvais aux belles filles de chez moi…
Poupoun haussait les épaules, et, ricanant lui-même, revenait à l’attaque. On eut dit le combat du jaguar et du superbe éléphant.
Leurs assauts les plus remarquables se livrèrent à propos de la question religieuse.
En ce temps-là, on discutait la Séparation à la Chambre, et nous en causions quelquefois ; Poupoun figurait parmi nous l’anticlérical à tous crins, le féroce mangeur de curés. Ce fut pour Poupoun une belle journée lorsque nous apprîmes par hasard que Capéran allait à l’église.
Je ne sais qui l’avait aperçu à je ne sais quelle cérémonie, dans Notre-Dame. Non ! vous ne pouvez concevoir la joie de Poupoun, et combien de fois par soirée il traitait l’autre de calotin, de tartufe, de théatin, d’enfant chéri de Loyola, de chevalier du goupillon…
Une des plaisanteries de Poupoun consistait à renifler les vêtements de Capéran :
— Mais tu sens l’eau bénite rance, mon pauvre Penseur ! Voyons, entre chez le barbier et colle-toi du parfum, pour combattre ce vieux relent de sacristain ?…
Capéran répondait avec sérénité :
— Sachez que je suis un incrédule, mon ami !… Et néanmoins, toute ma vie, j’irai à la messe et aux vêpres, afin de rendre hommage aux pompes magnifiques de l’Église romaine !
— Hardi, Capéran ! faisions-nous en chœur. Mords-le ! Défends-toi !
— Et si vous n’avez jamais assisté, reprenait la voix de Capéran, si vous n’avez jamais assisté à une des cérémonies de Notre-Dame, je crois que vous n’êtes pas digne de lire !…

 César Capéran de Louis Codet, ePagine publications numériques, 2013

24 mai 2013

Le Peuple des berges de Robert Giraud, Le Dilettante

Grâce aux bons soins d’Olivier Bailly, Le Dilettante vient de publier Le Peuple des berges de Robert Giraud, auteur entre autres de l’incontournable Vin des rues. Les amoureux de Paris (époque Doisneau) et les amateurs de gouailles parigotes, d’argot, de style ou du sens de la formule devraient aimer cet ensemble de portraits touchants, tendres, drôles ou plus noirs de ceux qui aujourd’hui, avec l’arrivée du politiquement correct, ne sont plus appelés clochards. Le regard de Robert Giraud, cette façon de parler aux/des hommes et femmes, pourra rappeler celui d’un Henri Calet (La belle lurette, par exemple) si ce n’est que l’auteur aura vécu (la journée disons) avec les clochards de Paris après la seconde guerre mondiale, les aura suivis dans leur quotidien, leurs errances, leurs débrouilles, leur misère, leur histoire. Ce texte est disponible dans sa version imprimée (12 €) et en numérique (5.99 €). L’occasion de rappeler que l’offre numérique du Dilettante s’étoffe chaque jour. Plus de 200 titres sont aujourd’hui téléchargeables sur le site de la librairie ePagine (maquette sobre, marquage sans DRM, prix très abordables), un catalogue où l’on retrouve à la fois des auteurs du XXe siècle que nous affectionnons (Henri Calet, Jean Forton, Georges Hyvernaud, Jacques Perret, Alexandre Vialatte…) et des auteurs contemporains (Franz Bartelt, André Blanchard, Pierre Charras, Anna Gavalda, Eric Holder, Vincent Ravalec, Isabelle Rivoal, Vincent Wackenheim…). Infra, un extrait de la préface du Peuple des berges ainsi qu’une revue de presse & web. ChG

 

« La cloche, en argot, c’est le ciel. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit. Paris compte quelque vingt-cinq mille individus dans ce cas. On ne saura jamais, et pour cause, l’effectif exact de cette légion de pouilleux, vivant en marge d’une société dite organisée. On vient ; on s’en va ; on meurt dans le plus strict anonymat dans le monde de la guenille. Les loques sont une sorte d’uniforme qui, semblables à tous les autres uniformes, ôtent toute personnalité à qui les endosse. »

Robert Giraud, Le Peuple des berges, Le Dilettante, 2013

 

Le Peuple des berges

« Du 8 octobre au 3 décembre 1956, semaine après semaine, l’hebdomadaire Qui ? Détective publie « La vie secrète des clochards de Paris », neuf articles signés Robert Giraud. Cette exploration de la Ville lumière côté ombre est aussi une chronique du petit peuple des rues, un hommage à ceux qui paient d’une incommensurable misère une liberté toute relative.
Héritier du Détective dirigé dès la fin des années vingt par Joseph et Georges Kessel, Qui ? Détective n’est plus l’hebdomadaire de grands reportages d’avant-guerre, mais il n’est pas encore devenu Le Nouveau Détective qui s’affiche à la devanture des kiosques en 2012. C’est alors une passionnante photographie de la France de la IVe République. Pas toujours exempte de sensationnalisme, certes. Chaque époque a ses tares et l’on rira peut-être demain de l’objectivité de principe (principes à géométrie variable) des médias qui fabriquent aujourd’hui l’opinion.
Bob collabore à Qui ? Détective depuis le mois de juin 1954. Il cosigne son premier reportage – l’enterrement en grande pompe d’Alexandre Bouglione, « le roi du cirque » – avec son vieux copain Pierre Mérindol. Avant qu’il ne devienne le fameux chroniqueur du banditisme lyonnais au sein de la rédaction du Progrès de Lyon, Mérindol a fait les 400 coups avec Bob. Brocanteurs, traînant leur charrette à bras sur le pavé, ils montent ensemble le cabaret les Escarpes au numéro 74 de la rue du Cardinal-Lemoine (pour la petite histoire au rez-de-chaussée de l’immeuble qui abrita Hemingway lorsqu’il écrivit Paris est une fête). Ils relancent la chanteuse Fréhel qui y fait ses dernières et pathétiques apparitions publiques et y organisent un bal des tatoués dont la presse se fait l’écho, notamment Qui ? Détective du 17 juillet 1950, dans un article signé Jean Le Conte et illustré de photos de… Robert Doisneau.
Cette paire de Robert se connaît depuis 1947, mais leur collaboration professionnelle ne débute qu’en 1950. Cette année-là, ils publient avec le commissaire Jacques Delarue Les Tatouages du milieu. En avril ils livrent « Étoiles noires de Paris » à la rédaction de Paris Presse – L’Intransigeant, une série de portraits de doux dingues que l’on peut alors croiser ici et là dans Pantruche. Il est probable que Doisneau ait introduit son compère à Qui ? Détective. Pourtant ce n’est pas lui qui illustre le reportage que nous pouvons lire dans ce recueil, mais Georges Dudognon. » (Extrait de la préface d’Olivier Bailly au Peuple des berges de Robert Giraud, Le Dilettante, 2013)

 

Bio-bibliographie

Robert Giraud (1921-1997) s’est distingué dans la Résistance, puis a collaboré, dès 1945, à Franc-Tireur, Paris-Presse, France-Soir et Qui ? Détective, avant d’aborder la carrière de bouquiniste. Après avoir écrit Le Vin des rues, il devint chroniqueur attitré de L’Auvergnat de Paris, croquant les innombrables bougnats alors tenus par des Auvergnats, des Limousins et des Aveyronnais. Plus parisien que nature, Robert Giraud, que l’on rencontrait surtout dans un bistrot à vins du pied de la butte Montmartre, Le Négociant, avait notamment écrit sur la langue des Titis. Outre Le Peuple des berges, quatre autres titres de Robert Giraud publiés eux aussi au Dilettante sont disponibles en papier et en numérique: Paris, mon pote, Faune et flore argotiques, Les lumières du zinc et Carrefour Buci. L’œuvre de Robert Giraud a également été publiée par d’autres maisons d’édition, notamment Denoël.

 

Ils en parlent

Jérôme Garcin – Le Nouvel Observateur
« Ces clochards parisiens des années 1950, Robert Giraud (1921-1997) les appelait « le peuple des berges », « le monde guenilleux » ou « l’armée des couche-dehors ». L’auteur du Vin des rues et de l’Argot du bistrot, qui était un peu le Henri Calet des bougnats, les connaissait bien… Giraud les portraiture sans les idéaliser ; il n’a pas son pareil pour attendrir la misère et rendre leur dignité aux humiliés. Son livre d’un autre temps, celui du noir et blanc de Doisneau, est terriblement actuel. C’est beau, c’est triste. »

Florence Bouchy – Le Monde
« Le journaliste a (…) de 1947 à 1950, « partagé l’existence des gueux ». Olivier Bailly, le préfacier, rappelle qu’à cette époque, au chômage, récemment divorcé, Giraud s’est laissé dériver avec les mendiants de Paris, partageant leur quotidien, apprenant les règles de cette société parallèle, même s’il n’a « jamais été clochard au vrai sens du mot, parce qu'(il a) toujours eu un domicile ». « La « cloche », en argot, c’est le ciel, rappelait souvent le journaliste. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit… Si « le miséreux a toujours été le meilleur gobeur de merveilleux », c’est que « celui-ci fait oublier tant de souffrances ».

Marc Villard – Blog Actu
« Il faut voir comment Robert présente tout son monde. On n’est pas dans l’étude chiffrée ; là nous sommes côté cœur avec un gros zeste de fiction parfois mais c’est tellement bon quand c’est Giraud qui parle. Olivier Bailly, qui tient un blog consacré à l’écrivain, a signé la préface et on me dit qu’il est à l’origine de cette édition. Mais Giraud n’est pas un inconnu au Dilettante qui a déjà publié notamment Paris mon pote, Carrefour Buci et Les lumières du zinc. Indispensable aux amoureux de Paris. Aux aminches et aux marlous des fortifs. »

Philippe Lacoche – Les dessous chics
Robert Giraud dresse dans un style élégant, efficace et sans graisse, le portrait des clochards de Paris au sortir de la guerre. (…) La plume de Robert Giraud est tour à tour tendre, réaliste, très française. Toujours belle. »

14 décembre 2012

ePagine jour après jour plante sa forêt numérique

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de la Ville de Mirmont, ePagine vient de fabriquer et de mettre en ligne son deuxième livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono. Ces deux textes (et les prochains) seront en permanence offerts sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien sur simple demande. C’est ainsi qu’ePagine, jour après jour, comme Elzéard Bouffier a reboisé avec patience et détermination une partie de la montagne en Haute-Provence, est en train de planter sa forêt numérique.

 

ePagine publications numériques

Cet été, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine offrait en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, avaient choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Quelques jours plus tard, cet ebook au format ePub pouvait être téléchargé gratuitement par tout internaute et lu sur différents supports de lecture. Pour en savoir plus, cliquez ici.

En cette fin d’année, ePagine publications numériques vient de mettre en ligne un nouveau livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (on en parle plus bas). D’autres titres suivront en 2012 : le prochain est quasiment prêt et le suivant est en cours de fabrication.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des textes libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)) et relecture. Ces éditions seront toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fera sens ainsi que d’une biobibliographie fouillée et soignée.

 

 

Comment se procurer ces titres ?

Ces deux premiers livres numériques, édités et fabriqués par le service e-fabrication de ePagine, seront en permanence offerts sur le site de la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou sur simple demande à Stéphane Michalon.

Pour se les procurer, créez d’abord un compte sur epagine.fr ou identifiez-vous si vous l’avez déjà créé. Choisissez ensuite dans le catalogue numérique un livre numérique gratuit ou payant. Lorsque vous aurez validé votre panier, vous recevrez immédiatement un courriel récapitulatif. Vous retrouverez là tous les titres achetés (gratuits ou payants) ainsi qu’un lien de téléchargement vers la liste des titres fabriqués par ePagine publications numériques. Ces titres offerts par ePagine sont sans DRM et pourront être lus sur le support de lecture de votre choix (liseuse, tablette, smartphone ou ordinateur).

 

 

Jean Giono
L’homme qui plantait des arbres

Au cours d’une de ses promenades en Haute-Provence, Jean Giono a un jour rencontré un personnage extraordinaire, Elzéard Bouffier, un berger solitaire et paisible qui plantait des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, le vieil homme a réalisé son rêve : les arbres ont grandi, la lande aride et désolée est devenue une terre pleine de vie…

Vous trouverez dans ce format ePub, en plus du texte intégral, un fac similé d’une lettre de Giono et un lien vers toutes les éditions poches et grand format illustrées et annotées aux Éditions Gallimard et Gallimard-jeunesse. Vous trouverez également en page dédicace de ce livre numérique un hommage à Olivier Ferrand, député français, également fondateur du think tank Terra Nova, décédé à l’âge de 42 ans le 30 juin 2012. À travers son histoire et l’histoire de ce texte, ePagine adresse cette simple dédicace à tous ceux qui d’une façon ou d’une autre consacrent aujourd’hui leur vie à planter des arbres pour l’avenir.

ChG

2 novembre 2012

François Vallejo et Gonçalo M. Tavares à prix Hamy

Pendant un mois entier, jusqu’au 30 novembre 2012, les éditions Viviane Hamy proposent une double opération numérique intitulée « Découvrez deux grands auteurs, François Vallejo et Gonçalo M. Tavares, à prix Hamy ». Cette excellente idée permet de remettre en avant trois titres du fond de ces deux auteurs, notamment Ouest (prix du Livre Inter 2007) et Dérive de François Vallejo ainsi que Jérusalem (Prix Lire / Millennium BCP 2004, Prix José Saramago 2005, Prix Portugal Telecom de Literatura 2007) de Gonçalo M. Tavares, titre qui fait partie de son cycle « Le Royaume ». Cette mise en avant est une belle manière de donner un second souffle à des titres plus anciens pour ces deux auteurs qui ont publié un nouveau roman lors de la dernière rentrée littéraire : Métamorphoses (François Vallejo) et le très impressionnant Voyage en Inde (Gonçalo M. Tavares) que nous avons chroniqué ici en septembre.

Du 1er au 30 novembre, donc, d’une part Ouest et Jérusalem pourront être téléchargés au prix de 5,99 € (au lieu de 9,99 €) et d’autre part, Dérive, un fragment inédit de Ouest de François Vallejo, sera gratuit. Une info qui a son importance : sur ePagine et les sites des libraires partenaires, ces trois titres ne comportent pas de DRM Adobe mais un marquage (watermarking).

• Lorsque Tavares reçut le prix Saramago pour Jérusalem en 2005 des propres mains du Prix Nobel de Littérature, José Saramago (mort depuis) a dit ceci : « Jérusalem est un grand livre, une partie de la littérature occidentale. Gonçalo n’a pas le droit d’écrire si bien à trente-cinq ans : ça me donne envie de le frapper ». Roman noir, kafkaïen et percutant sur la folie, la souffrance et la violence, Jérusalem est une des portes d’entrées pour découvrir l’une des plus grandes voix européennes actuelles.

Ouest de François Vallejo est « un magnifique roman sur la dialectique maître/esclave dans les terres giboyeuses d’un Ouest fantasmé, au milieu du XIXe siècle. (…) Un magistral huis-clos qui nous plonge dans un XIXe siècle au bord de la folie, à milles lieux de la raison raisonnante des Lumières. », peut-on lire sur le blog Passion des livres.

Dérive de François Vallejo faisait partie d’une version intermédiaire de Ouest. Dans l’économie du récit lui-même, il est apparu à l’auteur que ces pages ne devaient pas figurer dans la version définitive. « Pour l’éditeur, cependant, cet épisode possédait une existence autonome forte. Et il aurait été bien fou de se priver sans retour de la rencontre entre la figure de Victor Hugo et les personnages de Ouest… », précise Viviane Hamy.

 

14 septembre 2012

Tout Echenoz, tout Chevillard & tout Mauvignier en numérique (Minuit)

C’est une rentrée très particulière pour les éditions de Minuit. Si la maison d’édition depuis un an maintenant a fait le choix de proposer ses nouveautés en papier et en numérique, cette année elle frappe fort. Hormis pour Julia Deck dont Viviane Elisabeth Fauville est son premier roman, l’intégralité des titres publiés par les auteurs présents cet automne seront disponibles dans leur version imprimée et en numérique.

Ainsi, 18 titres d’Éric Chevillard dont L’Auteur et moi (que nous chroniquerons bientôt) mais aussi Du hérisson, Le vaillant petit tailleur ou La nébuleuse du crabe peuvent d’ores et déjà être lus sur liseuses et tablettes. Ils rejoignent deux autres titres de cet auteur mis en ligne par publie.net, Si la main droite de l’écrivain était un crabe et Dans la zone d’activité.

De la même manière pour Laurent Mauvignier, dès le 20 septembre vous avez découvert sa dernière pièce de théâtre, Tout mon amour, mais également tous ses autres textes (9 en tout) dont Loin d’eux, Apprendre à finir, Ce que j’appelle oubli, Dans la foule ou encore Des Hommes (là aussi, on en reparlera).

Autre événement, depuis ce matin, à l’occasion de la sortie du nouveau roman de Jean Echenoz intitulé 14, Minuit propose en numérique l’intégralité de ses textes publiés depuis 1979 (15 titres si je ne me trompe pas, dont Le Méridien de Greenwich, Cherokee, L’Occupation des sols, Les Grandes blondes, Je m’en vais, Au piano,…). À ce propos, vous pouvez lire notre lecture de 14 (billet du 4 octobre 2012).

Enfin, le 11 octobre, 4 titres de Clément Rosset seront disponibles en numérique dont Récit d’un noyé et L’Invisible.

Tous ces titres proposés en numérique au format ePub ne contiennent pas de DRM Adobe mais un marquage. Outre sur ePagine, vous les retrouvez également sur les sites des libraires partenaires.

ChG

31 juillet 2012

ePagine publications numériques vous offre Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont

Mercredi dernier, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine a offert en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter (et non pas à l’ensemble des inscrits) un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, ont choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Cet ebook au format ePub est désormais en ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur ePagine mais également sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici) et peut être lu sur différents supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette).

L’équipe ePagine continuera à offrir de nouvelles publications numériques à tous ses abonnés dès la rentrée (les textes seront ensuite mis en ligne). Pour recevoir ces ebooks en avant-première, il suffit juste de s’inscrire sur le site et de ne pas oublier de cocher la case (obligation légale) : « Je souhaite m’inscrire à la newsletter et recevoir des ebooks en exclusivité ».

Parce qu’offrir une lecture dans de bonnes conditions est essentiel pour qui souhaite partager les textes qu’il aime, cette édition des Dimanches de Jean Dézert a fait l’objet d’une attention particulière (recherches bibliographiques et typographiques, mise en page, création de l’ePub, du visuel de couverture, corrections,…) de la part de tout le service e-fabrication que dirige Sébastien Cretin. Cette première publication numérique de l’équipe ePagine lui doit beaucoup ainsi qu’à Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez (merci spécial à ce bibliophile averti). Outre une biobibliographie, cette édition contient en postface une lecture de Patrice Delbourg (merci à Karen et au Castor Astral). J’ai, pour ma part, signé une courte préface à ce roman que j’aime faire lire depuis plusieurs années maintenant. Je publie ci-dessous la version (un peu plus) longue. N’hésitez pas à lire ce texte et à le partager !

ChG


 

JEAN DÉZERT OU LA « SINGULIÈRE BANALITÉ »

Jean de la Ville de Mirmont est mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire. S’il n’a publié de son vivant qu’un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, il laisse derrière lui plusieurs recueils de poésie (dont L’Horizon chimérique mis en musique par Fauré), des Contes et des dizaines de lettres à sa famille et à ses amis qui sont essentielles pour découvrir (et comprendre peut-être) la personnalité complexe de ce bordelais né en 1886, fils rebelle d’un universitaire et ami de Mauriac. Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de la Ville est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, son Jean Dézert figure parmi les romans les plus étonnants du début du XXe siècle, et plus généralement, parmi ces intemporels qui, depuis qu’il a été remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929 et redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, passent régulièrement de bouche à oreille et de main en main.

Déniché dans les années 90 alors que j’étais libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon, je n’ai eu de cesse de conseiller ce roman qui m’a souvent rappelé la douce ironie et la politesse du désespoir d’un Emmanuel Bove, notamment lorsque celui-ci portraiture les employés de bureaux et tous ceux qui se fondent dans la masse, ou encore le Bartleby de Melville. Son écriture simple, voire minimaliste, son lyrisme discret, son regard distancié qui, par un effet de bascule imprévu, l’amène à décentrer la phrase, ses pas de côté et ses mises en abîme, les monomanies de ses personnages et leur singulière banalité (si je peux me permettre cet oxymore) m’ont également souvent fait penser aux textes de Robert Pinget ainsi qu’aux tout premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.

Jean Dézert est un jeune homme solitaire, sans épaisseur ni fantaisie, un passant, une ombre dans la foule. Ni triste ni gai, on ne le voit jamais vraiment plombé ni euphorique (et lorsqu’il le deviendra, il lui en coûtera). Jean Dézert a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant scrupuleusement les prospectus publicitaires amassés la semaine, errer dans Paris. C’est ainsi qu’il fera la rencontre de drôles de personnages, dont une fantasque jeune fille… mais on n’en dira pas plus.

Ce roman est aussi une sorte de photographie du Paris de la Belle Époque qu’on traverse dans tous les sens, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique – de la rue du Bac à Saint-Michel en passant par la rue Monge, la rue du Faubourg-Montmartre, la rue de Vaugirard, le boulevard Sébastopol ou encore la rue de la Gaîté. On ira aussi faire un tour du côté de la barrière du Trône, dans les catacombes, au musée Grévin, sur le Pont-Royal, dans la colonne de la Bastille et on sortira même une fois de Paris.

Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » !

8 juin 2012

Au diable Vauvert : 10 nouveautés numériques

Six romans et récits français (dont un vrai-faux guide de Vincent Ravalec), un roman anglais (de John King !), un document important sur les tortures en Algérie, un témoignage (affaire DSK) et une biographie de Balzac (à vingt ans) : ce sont au total dix titres des éditions Au diable Vauvert qui ont fait, ces dernières semaines, leur entrée dans le catalogue numérique ePagine et sur tous les sites des libraires partenaires. Des titres qui parfois viennent de paraître conjointement dans leur version imprimée, d’autres qui sont issus du fonds de la maison d’édition mais restent d’actualité. Ambiances décalées, domestiques, immobilières ou destroy, sujets sensibles ou violents, devoir de mémoire, féminisme, culture skin, condamnation des violences sexuelles en passant par la tauromachie, cet été nos lectures numériques vont résonner aux cris du diable (qui ne s’habille toujours pas en DRM et préfère, c’est bien connu, les tatouages) !

Petite présentation ci-dessous de toutes ces nouveautés avec liens, couvertures et prix (versions papier et numérique à chaque fois). Tous ces titres peuvent en partie être feuilletés en ligne (accès libre) et certains contiennent même un extrait à télécharger gratuitement. Pour ce faire, cliquez sur les liens ou les couvertures.

ChG

 

> Document

La torture aux aveux (Guerre d’Algérie : l’appel à la reconnaissance du crime d’Etat)
ouvrage préfacé et présenté par Charles Sylvestre
4.99 € en numérique, 12 € la version imprimée

Paru en 2004 dans sa version papier à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’insurrection algérienne, cet ouvrage vient d’être numérisé et a été mis en ligne quelque temps après le cinquantième anniversaire des accords d’Évian (mars 1962). Mais peu importe les dates, ce document reste très important, essentiel même, pour comprendre pourquoi la France a torturé en Algérie et comment cette torture a été longtemps tue alors même qu’elle était dénoncée comme un système appliqué sous l’autorité de plusieurs gouvernements. Souvenez-vous, tout a redémarré en octobre 2000 quand, dans L’Humanité et sur France Inter, douze témoins de la guerre d’Algérie (Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favière, Gisèle Halimi, Alban Lietchi, Madeleine Rébérioux, Laurent Schwartz, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet) ont appelé l’état français à faire la vérité et à répondre enfin de ses actes face à ce crime d’État qui n’est toujours pas officiellement reconnu. Au fil d’entretiens accordés à L’Humanité, rassemblés et préfacés ici par Charles Silvestre, ces douze témoins racontent, expliquent et dévoilent les non-dits de la mémoire nationale. Un document inédit, indispensable à la connaissance de ce « mal absolu » toujours d’actualité.

 

> Roman anglais

Skinheads de John King, traduit de l’anglais par Alain Defossé
12.99 € en numérique, 22 € la version imprimée

Dans la veine naturaliste et sans concession qui a fait son succès, John King, à travers trois personnages, plonge dans les racines de la culture skinhead britannique, une authentique culture prolétaire qui s’enracine d’abord dans la musique, comme toujours en Angleterre, et une musique de pauvres (le reggae qui va s’épanouir dans le ska des années 1970, en rupture avec l’époque, alors hippie). Une culture qui s’accomplit aussi dans l’amour de la sape, de la bière, et du pays.

 

> Littérature française

Le chauffe-eau (Histoire de l’humanité I) d’Antoine Martin
1.99 € en numérique, 5 € la version imprimée

On reproche souvent aux auteurs français de ne pas avoir de projets littéraires ambitieux. On les trouve égotistes, étriqués. Bref, on critique leur manque de vision. L’écrivain Antoine Martin, lui, a décidé, de ne plus donner raison à tous ces détracteurs et il n’ira pas par quatre chemins pour nous le démontrer. Trois suffiront. En trois actes ou plutôt en trois actes mais sous la forme de fragments, il a décidé de s’emparer du quotidien via l’histoire de l’humanité. Mais pas n’importe quelle humanité et pas n’importe comment (c’est là qu’il est malin Antoine Martin – on pensera d’ailleurs plus d’une fois aux Mythologies de Barthes, à La Vie mode d’emploi de Perec ou encore à La Carte et le Territoire de Houellebecq): en allant trifouiller dans la tuyauterie, celle qui parle à tous, LA PLOMBERIE, celle qui nous esclavagise, celle qui nous domine, nous refroidit sur-le-champ ou nous brûle les ailes. Celle qui nous inonde de son arrogance, celle qui choisit le plus souvent la fuite en avant ou nous plombe. La plomberie c’est notre épopée moderne (c’est d’ailleurs le sous-titre de son livre). La plomberie c’est une expérience humaine sans précédents, une histoire de désirs, de peurs, de manques et de frustrations, l’histoire d’un défi que se lancent les hommes d’aujourd’hui, contre la technique, l’histoire de l’homme moderne face au doute existentiel, celle du citoyen-bricoleur face à Cumulus qu’il va falloir séduire, dompter, calmer, refroidir (selon la situation). Voilà, tout est (et rien n’est) dit : ce premier fragment est très drôle et vivement le prochain ! (extrait de notre chronique du 5 mai dernier)

 

Proprio de Vincent Ravalec
9.99 € en numérique, 15 € la version imprimée

Parue durant l’été 2011 dans Le Monde Magazine, la novela Proprio est ici accompagnée d’un véritable guide pratique expliquant, étape par étape, les démarches à accomplir pour devenir réellement propriétaire. Proprio n’est pas vraiment un roman ? et pourtant c’en est un car d’un certain point de vue, l’immobilier est incroyablement romanesque, et l’architecture éminemment littéraire. Proprio n’est pas vraiment un guide ? et pourtant c’en est un, car l’immobilier est une jungle impitoyable nécessitant un balisage rigoureux, sous peine de se faire dévorer dans l’instant. Proprio (ou comment financer sa retraite en devenant (un bon) propriétaire) de Vincent Ravalec est illustré par Jean-C. Denis.

 

Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins
4.99 € en numérique, 17.5 € la version imprimée

Ce parfait ciel bleu de Xaviers de Moulins dresse le double portrait d’une vieille dame, Mouna (88 ans), qui a peur de mourir mais qui va redonner espoir à son petit-fils, Antoine (37 ans), qui lui a peur de vivre sa vie. On retrouve dans ce roman ce mélange de tendresse et de désenchantement ironique ainsi que les formules au couteau entre lucidité et mélancolie qui font la patte de Xavier de Moulins, auteur de Un coup à prendre qui avait été chroniqué sur ce blog en janvier 2011.

 

Miroirs de Julien L. de Yves Charnet
4.99 € en numérique, 20 € la version imprimée

Yves Charnet a transformé sa passion pour la tauromachie (qui, comme beaucoup d’aficionados, le conduit chaque été par le train sur la route des arènes) en errance et en objet poétique. Avec ses Lettres à Juan Bautista, la figure du torero s’était déjà installée comme celle d’un double du poète, au centre de sa quête du sens et de soi. Trains, hôtels, femmes, attentes, gradins : la puissance du spectacle taurin fait que regarder le torero des gradins, le suivre de triomphes en échecs, le deviner, le guetter pour seulement l’entrevoir, place l’écrivain en posture de voyeur de sa propre condition, et le torero en muse de ses états d’âmes. Fragments dévoilés au rythme d’interrogations, de réminiscences ou de dialogues volés, de voyages, de rencontres, de choses banales, entre journal et prose… Il en résulte des pages sublimées par le dialogue intime entre littérature et tauromachie.

 

Insurrections en territoire sexuel
et
La Mère, la Sainte et la Putain
de Wendy Delorme
4.99 € en numérique, 17.5 € les versions imprimées

Wendy Delorme est écrivaine, enseignante à l’université et performeuse. Sur scène elle incarne des personnages féminins et masculins, déjouant les codes du genre dans des spectacles burlesques avec les troupes Kisses Cause Trouble et Drag King Fem Show. Elle a publié un roman sur la « folie » familiale déclinée au féminin pluriel, Quatrième Génération (Grasset, 2010) puis, Au diable Vauvert, Insurrections (où elle fait œuvre de chair avec les mots, travaille le corps et le langage avec amour et avec rage) et La Mère, la Sainte et la Putain qui vient de paraître et où, dans une langue vraie et lucide, souvent cinglante, une amazone libre s’adresse à son futur enfant pour lui raconter sa joie d’être amoureuse, la douleur des désenchantements, mais surtout son désir de mère et son amour.

 

> Biographie

Honoré De Balzac à 20 ans (L’esclave de sa volonté)
par Anne-Marie Baron
4.99 € en numérique, 12.5 € la version imprimée

À vingt ans, malgré sa certitude précoce d’être un génie, Balzac porte les stigmates d’une enfance mal aimée. « Lire Balzac à 20 ans, c’est découvrir le modèle même de tous les jeunes gens pauvres qui, dans La Comédie humaine, « montent » à Paris pour, comme Honoré l’a fait lui-même, y chercher la gloire littéraire et le succès auprès des femmes. Souvent en vain. Lui l’obtiendra de son vivant, car sa peinture de la société de son époque portera une telle vérité qu’elle fera de lui le grand romancier du siècle. Cette œuvre visionnaire ne lui permettra ni de s’enrichir, ni de passer les portes de l’Académie Française, comme il l’espérait, mais fondera la littérature et le cinéma modernes, et surtout réalisera avec éclat son rêve le plus cher : illustrer glorieusement le nom de Balzac. »

 

> Témoignage

Le bal des hypocrites de Tristane Banon
3.99 € en numérique, 15 € la version imprimée

« Le 5 février 2007, lors de l’émission 93, faubourg Saint-Honoré présentée par Thierry Ardisson, Tristane Banon accuse Dominique Strauss-Kahn de s’être livré à des violences sexuelles à son encontre au cours d’un entretien pour le livre qu’elle préparait. L’affaire est évoquée dans le livre de Christophe Dubois et Christophe Deloire, Sexus Politicus en 2006 et fait l’objet du dernier chapitre du Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn de Michel Taubmann, une biographie autorisée. Lors de la parution du livre en mai 2011, Tristane Banon conteste cette version de sa rencontre avec DSK.
Ce témoignage revient bien sûr au premier plan le 15 mai 2011, lorsqu’éclate comme un coup de tonnerre mondial l’Affaire DSK au États-Unis. Elle suscite immédiatement en France des soutiens à l’homme politique injurieux pour les femmes qui révèlent une régression importante de la société française sur le respect du droits des femmes et la condamnation des violences sexuelles. L’affaire devient nationale, les féministes se mobilisent et l’intérêt mondial, relancé par l’abandon du procès pénal contre Nafissatou Diallo qui met en cause une justice de classe, s’aiguise. On connaît la suite: fuyant les médias qui la harcèlent, des menaces et les demandes d’interviews du monde entier, Tristane Banon ne parlera plus qu’à travers son avocat David Koubbi, mais maintiendra ses accusations et portera finalement plainte le 4 juillet 2011 pour tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, elle incarne pour les femmes, dans et au-delà de nos frontières, une cause qui la dépasse. Avec une dignité et une sincérité qui forcent l’admiration, elle raconte ici ces six semaines au cours desquelles sa vie a basculé. »

13 avril 2012

10 nouveaux titres des éditions de Minuit à lire en numérique

En un peu moins de neuf mois de présence au catalogue numérique, Les éditions de Minuit ont déjà mis en vente 30 titres issus de leur catalogue papier (romans, essais, documents…) à des prix très abordables. Pour encourager la lecture numérique, les éditions de Minuit ont également choisi de ne pas poser de DRM Adobe (les verrous anti-copies) sur leurs fichiers mais des tatouages numériques (watermark).

Ces derniers jours, avec l’arrivée de plusieurs de leurs nouveautés en littérature, j’ai réalisé que se reconstruisait en numérique une partie de l’histoire de la maison d’édition, née pendant l’Occupation allemande de la France et qui a réussi à imposer une ligne éditoriale exigeante en publiant (de Paul Éluard à Laurent Mauvignier en passant par Samuel Beckett, Georges Bataille, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor, Marguerite Duras, Robert Pinget, François Bon, Bernard-Marie Koltès, Jean-Philippe Toussaint, Christian Gailly, Eugène Savitzkaya ou encore Jean Echenoz et tant d’autres encore) des auteurs qui depuis plus de 60 ans ont formé plusieurs générations de lecteurs et continuent à les accompagner au quotidien.

© Portrait de l'auteur par Pablo Picasso, in "Au rendez-vous Allemand", Paul Eluard (éditions de Minuit)

Pour célébrer l’entrée au catalogue du mythique Au rendez-vous allemand, ensemble de poèmes écrits par Paul Éluard (souvent sous un nom d’emprunt et dans la clandestinité) pendant l’Occupation jusqu’à la Libération et publiés par Minuit en avril 1945 (dont le poème le plus connu est Liberté), ePagine a depuis quelques jours habillé son site (cf. capture d’écran de la page d’accueil supra) aux couleurs de ce poème (d’après la reproduction du poème manuscrit qui figure sur la couverture du recueil). Outre le poème Liberté issu du recueil Poésie et vérité 1942, on y (re)trouvera ici également d’autres poèmes lumineux et engagés (dont En plein mois d’août, Patience ou encore Couvre-feu) dans lesquels il est souvent question de la guerre, de la haine, de la nuit, des hommes et des femmes bafoués et privés de leur liberté mais aussi du désir, du combat au quotidien (on pensera à ces beaux portraits qu’il peut faire d’hommes morts à ce moment-là) et de l’attente du jour.

Aujourd’hui je proposerai donc une petite présentation des derniers textes parus (je précise : de littérature seulement et disponibles en numérique) à partir de quelques dates prises dans l’histoire de la maison d’édition. Je les ai pour ma part tous lus, il y a quelques années déjà pour la plupart d’entre eux, ou en numérique pour les plus récents. Et c’est avec une grande joie que j’écris ce billet aujourd’hui.

Je rappelle en passant que tous ces titres sont vendus au même prix sur tous les sites de vente ainsi que chez tous les revendeurs de livres numériques et que vous les retrouverez chez chacun des libraires partenaires du réseau ePagine.

ChG


avril 1945. Au rendez-vous allemand de Paul Éluard rassemble des poèmes publiés pendant la Seconde Guerre mondiale, le plus souvent dans la clandestinité sous des pseudonymes tels que Jean du Haut ou Maurice Hervent, dans divers recueils, revues et brochures (dont Poésie et vérité 1942, publié en octobre 1942 aux Éditions de la Main à la Plume, L’Honneur des poètes, Minuit, juillet 1943 et Europe, Minuit, mai 1944).

1953. Publication du vrai-faux roman policier d’Alain Robbe-Grillet, Les Gommes, qui est son premier roman publié mais pas le premier écrit.

1957. Cette année-là (grand cru), les éditions de Minuit publient L’Érotisme de Georges Bataille, Fin de partie et Tous ceux qui tombent de Samuel Beckett, La Modification de Michel Butor mais également La Jalousie de Alain Robbe-Grillet, l’incontournable Tropismes de Nathalie Sarraute ou encore Le Vent de Claude Simon (qui est son premier roman publié aux éditions de Minuit). Un inédit vient d’ailleurs de paraître, Quatre conférences (2012) prononcées entre 1980 et 1993 où il est question de la mémoire, de lecture et d’écriture (style, poétique) mais surtout du rapport au Temps, notamment à travers l’œuvre de Marcel Proust.

Les deux décennies qui suivent voient paraître des romans, récits et pièces de théâtre de Samuel Beckett, Marguerite Duras, Robert Pinget, Claude Simon ou encore Alain Robbe-Grillet…

1985. Encore une grande année au cours de laquelle seront publiés Limite de François Bon, Un père de Jean-Paul Chabrier, Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès ou encore Un testament bizarre et autres pièces de Robert Pinget. C’est également l’année du premier roman de Jean-Philippe Toussaint (La Salle de bain). Dernièrement deux de ses ensembles de textes courts et autobiographiques ont été numérisés, Autoportrait (à l’étranger) (2000) et L’Urgence et la Patience (2012). À noter que Jean-Philippe Toussaint rencontrera ses lecteurs dans de nombreuses librairies (pour les dates, cliquez ici). À noter également qu’à l’occasion du cycle consacré aux arts du livre, le musée du Louvre lui donne carte blanche. L’exposition intitulée Livre/Louvre associe, jusqu’au 11 juin, photographies, vidéos, installations et performances de Jean-Philippe Toussaint pour « évoquer le livre sans passer par l’écrit » (le programme à télécharger en PDF ici).

1987. Deux premiers romans seront publiés cette année-là. Deux premiers romans écrits par des auteurs qui resteront fidèles à la maison d’édition. 25 ans plus tard ils continuent de publier chez Minuit. Il s’agit d’Éric Chevillard (Mourir m’enrhume) et de Christian Gailly (Dit-il), dont Les fleurs (1993) et La Roue et autres nouvelles (2012) sont désormais disponibles en numérique.

1999. C’est l’année du prix Goncourt pour Je m’en vais de Jean Echenoz, du prix Médicis pour Mon grand appartement de Christian Oster mais on peut lire également La Concession Pilgrim de Yves Ravey, Des hommes illustres de Jean Rouaud ou encore Cinéma de Tanguy Viel. C’est aussi l’année d’une grande découverte, celle d’un auteur que je suivrai fidèlement à peine son premier roman lu : Loin d’eux de Laurent Mauvignier. De cet auteur, disponible depuis peu en numérique Ce que j’appelle oubli (2011), une longue et unique phrase de plusieurs dizaines de pages qui revient sur la mise à mort d’un homme par quatre vigiles, un homme qui avait eu la mauvaise idée de boire une bière dans un supermarché.

2012. Retrouvez la plupart de ces titres en numérique sur cette page !

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