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25 mai 2012

Récits d’aventures en numérique pour étonnants voyageurs

À l’occasion du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo (du 26 au 28 mai), les éditeurs du groupe Libella (Noir sur Blanc, Libretto et le partenaire historique du festival, Phébus) vous proposent jusqu’au 4 juin une sélection de neuf récits et romans en numérique pour un cycle sur la littérature de voyage (d’autres titres, dont Water Music de T. C. Boyle, seront en ligne, peut-être d’ici l’été sinon à la rentrée). Dès à présent retrouvez déjà les textes de grands auteurs classiques et contemporains (l’un d’eux, John Vaillant, prix Nicolas Bouvier 2012 avec Le tigre, est d’ailleurs invité au festival) à travers récits de voyage ou initiatiques, romans historiques, policiers, maritimes et d’aventures. Et, ne serait-ce que pour les fabuleux Collectionneur de monde de Ilija Trojanow ou encore Desperados de Joseph O’Connor (extrait ci-dessous), rien que pour ça, venez tenter l’aventure en numérique !

Tous ces titres peuvent être téléchargés sur l’ensemble des librairies en ligne et des plateformes de vente de livres numériques, dont ePagine (ePub uniquement) et ses libraires partenaires (multi-formats). Ils sont proposés par l’éditeur sans DRM Adobe mais avec un tatouage numérique (watermarking) et sont vendus, en France, au même prix partout (le moins cher est à 8.49 € et le plus cher à 16.99 €).

ChG

 

 


> titres disponibles :
Le Faucon des mers de Rafael Sabatini (Libretto, 10.99 €)
Le Collectionneur de monde de Ilija Trojanow (Libretto, 11.99 €)
Le tigre de John Vaillant (Prix Nicolas Bouvier 2012), Noir sur blanc, 16.99 €)
Profondeurs glacées de Wilkie Collins (Libretto, 8.49 €)
Bêtes, hommes et dieux (À travers la Mongalie interdite 1920-1921) de Ferdynand Ossendowski (Libretto, 9.99 €)
Victoire oblige (Une aventure de Richard Bolitho) de Alexander Kent (Libretto, 10.99 €)
Desperados de Joseph O’Connor (Libretto, 10.99 €)
Une chance du diable de David Donachie (Phébus, 9.99 €)
Le Village oublié (Bagnard en Sibérie 1915-1919) de Theodor Kroger (Phébus, 13.99 €)

> titres disponibles très prochainement :
Toutes voiles dehors (Une aventure de Richard Bolitho) de Alexander Kent
Le Moghol blanc de William Darlrymple
La Guerre de la noix muscade de Giles Milton
Water Music de T.C. Boyle

 

N.B. : Le programme Étonnants voyageurs 2012 de Saint-Malo peut être téléchargé en PDF sur le site du festival.

 

extrait de Deseperados de Joseph O’Connor

La troisième nuit, quand l’obscurité revint, Frank Little se remit à avoir peur.

Peur des voleurs, de ces saletés d’insectes, de la nourriture empoisonnée, des fantômes. Peur d’être incapable de parler avec les gens du pays. Peur de passer pour un rigolo aux yeux des gars armés qui se tenaient au coin de la rue, à côté du Cine Dorado. Peur de la diarrhée, du rationnement d’eau et des scorpions. Peur du plan de la ville et de ne rien comprendre. Peur d’avoir une crise cardiaque. Peur parce qu’il était seul et plus tout jeune. Et surtout il avait peur de dormir.

Si on pouvait appeler ça dormir. Quand la nuit dégoulinait sur Managua, l’obscurité semblait bourdonner, et la seule chose que Frank pouvait faire, c’était de s’allonger sur le lit étroit de sa pensión, accablé de chaleur, entièrement nu, tartiné de crème antimoustiques. Il avait l’impression d’être une volaille au four, rôtissant dans son jus, il priait, avalait de grandes lampées de gin tiède, respirant l’odeur de sa sueur, et il attendait que la lumière finisse par revenir pour rendre aux choses un aspect presque compréhensible.

Pendant trois nuits il avait transpiré dans sa petite chambre, implorant Dieu de lui laisser entendre le bruit de la pluie, de l’entendre éclabousser et fouetter le toit de tôle rouillée. Il avait essayé de lire les journaux, d’écrire des lettres. Il avait attendu que le soleil couleur de sang surgisse de la boue du lac Managua. C’est seulement à ce moment-là qu’il avait pu s’endormir. C’est quand sa chambre avait été illuminée de rose qu’il avait fermé les yeux et s’était abandonné aux cauchemars qui à coup sûr l’attendaient.

Le quatrième jour, il s’était éveillé de bonne heure, dérangé par le vacarme insistant des perceuses, des marteaux, des pioches et des scies. Se réveiller à Managua, pensa-t-il, ce devait être la même chose que de se réveiller dans cette foutue arche de Noé. Il resta étendu sans bouger, écoutant le bruit des travaux et s’efforçant de garder son calme même s’il avait envie d’ouvrir la bouche et de hurler. Ces gens-là se levaient vraiment trop tôt. Pas moyen de leur faire confiance.

Il se leva, se lava rapidement et se rasa à l’eau froide et jaunâtre. Il enfila un short et une chemise de sport. La señora lui apporta du café dans le jardin. Il était noir et amer. Il fuma deux cigarettes et partit vers le centre-ville.

Huit heures à peine, et la chaleur commençait déjà à monter. Il acheta un International Herald Tribune vieux d’une semaine et s’assit à la terrasse d’une des cantinas. Il sirota son Fanta orange en regardant les pierres de la Plaza Carlos Fonseca écrasée de soleil. Il haïssait cette ville, de ce genre de haine qu’on ne peut éprouver généralement qu’à l’égard d’un être humain.

Il la détestait entièrement depuis le bureau de l’Aeroflot jusqu’au Barrio Monseñor Lescano, depuis le Ministerio del Interior jusqu’à la cathédrale en ruine avec son drapeau rouge et noir en loques pendillant du clocher. C’était une ville de merde, pensa Frank Little. Une erreur de la Création.

La cloche de l’église sonna neuf heures, le dallage blanc de la place semblait aspirer la chaleur. Il ouvrit son guide, en fit tomber d’un revers de main les moustiques endormis. Il essaya d’en lire une page mais il n’arrivait pas à se concentrer. La lumière du jour était argentée, pénible et aveuglante. Un chien noir décharné, couché sur le dos, haletait près de la fontaine. L’eau murmurait contre la pierre.

Une bande d’adolescents blonds vint flâner sur la place, certains avaient une guitare, ils portaient tous le même T-shirt. Ils s’assirent plus ou moins en cercle près de la buvette. ¡VIVA LA REVOLUCIÓN! proclamaient les T-shirts, ¡OBREROS Y CAMPESINOS AL PODER! Frank avait déjà vu des T-shirts semblables. On pouvait en acheter à peu près n’importe où en ville. Pour cinq dollars.

Les gamins buvaient du Coca et chantaient La Bamba, en faisant alterner les mots espagnols et les paroles de Twist and Shout. Ils riaient et sifflaient, puis ils se levèrent l’un après l’autre et se mirent à danser en s’étreignant mutuellement, poussant des cris de joie et lançant leurs chapeaux en l’air. Des Américains, pensa-t-il. On repère les Américains partout. (…)

© Joseph O’Connor, Desperados
Traduit de l’anglais par P. Masquart et Gérard Meudal
Phébus, coll. Libretto, première édition 1994

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