Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

10 novembre 2013

Actualité de la semaine ePagine [du 4 au 10 novembre 2013]

Comme chaque dimanche vous trouverez dans ce billet des liens vers les articles du blog que vous n’avez peut-être pas eu le temps de lire cette semaine ainsi qu’une mise en avant récente de la librairie ePagine. À la une aujourd’hui Laura Kasischke, Albert Camus, les Intégrales Bragelonne et les prix littéraires.

En avant pour quelques invitations à la lecture !

ChG

 

— LES BILLETS DE LA SEMAINE DU BLOG EPAGINE —

 

► 08.11.13 : Stéphane Michalon lit Esprit d’hiver de Laura Kasischke (Christian Bourgois éditeur)
Aujourd’hui seizième billet de la rubrique Qui lit quoi ? en compagnie de Stéphane Michalon qui nous dit comment Esprit d’hiver de Laura Kasischke peut continuer à agir dans l’esprit du lecteur plusieurs heures après l’avoir terminé, notamment au réveil. « J’ai fini ce livre hier soir. Je me réveille dans un demi-sommeil », écrit-il. [lire la suite du billet]

►06.11.13 : Francis Huster dans la peau d’Albert Camus (Le Passeur éditeur)
À l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus, Le Passeur éditeur a choisi de remettre en avant Albert Camus un combat pour la gloire de Francis Huster paru au printemps dernier et qui a fait un peu parler de lui en librairie et dans la presse, un texte dans lequel le comédien se met dans la peau de l’écrivain, prix Nobel de Littérature en 1957. Tout le mois de novembre, Albert Camus un combat pour la gloire pourra être téléchargé au prix de 4.99 € sur toutes les plateformes de téléchargement de livres numériques. [lire la suite du billet]

►05.11.13 : Les Intégrales Bragelonne : Michael Marshall Smith, Trudi Canavan & Brent Weeks
Intégrales Bragelonne, nouvelle série du 6 novembre au 4 décembre 2013. Ce mois-ci, Michael Marshall Smith, Trudi Canavan & Brent Weeks des éditions Bragelonne et Milady voient leurs romans ou nouvelles rassemblés en une intégrale. Au programme, de la SF, de l’horreur, du fantastique, de la fantasy et aussi de la magie. La recette, elle, reste inchangée : des séries complètes en numérique pour une durée limitée et à des prix plus que raisonnables. Dans le lot, à ne pas manquer, un recueil de trente nouvelles de Michael Marshall Smith dans lesquelles il s’empare de notre quotidien et où, avec son imaginaire foisonnant, il parvient à déployer toutes les facettes de son talent : de la littérature générale à la science-fiction en passant par le thriller. [lire la suite du billet]

 

— UNE MISE EN AVANT DE LA LIBRAIRIE EPAGINE —

 

La saison des prix littéraires s’est ouverte la semaine dernière, après l’ouverture de la chasse. Chaque jour le/la nouvel/le élu/e d’une catégorie bien déterminée, chèque en poche ou royalties à venir, appelle son banquier, ses parents, ses amis et peut commencer à imaginer où il passera ses prochaines vacances. Face aux caméras, les vainqueurs ont un air de vainqueur et les vaincus, on n’en sait rien, on ne les voit pas. Les éditeurs, eux, se frottent les mains : papier ou numérique, ils auront fait ce qu’il fallait. Rien ne change, rien ne bouge, pensez-vous ? Pour découvrir la sélection compète sur ePagine, cliquez ici.

8 novembre 2013

Stéphane Michalon lit Esprit d’hiver de Laura Kasischke

Aujourd’hui seizième billet de la rubrique Qui lit quoi ? en compagnie de Stéphane Michalon qui nous dit comment Esprit d’hiver de Laura Kasischke peut continuer à agir dans l’esprit du lecteur plusieurs heures après l’avoir terminé, notamment au réveil.

 

Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux…

« Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. (…) Je dois l’écrire avant que cela ne m’échappe. » En ce matin de Noël, Holly se répète cette phrase dans un demi-sommeil. Elle doit l’écrire tout de suite, comme on devrait écrire tout de suite la fin d’un rêve auquel on a encore accès pour quelques instants et dont on sait intuitivement que son interprétation sera extrêmement importante, peut-être même le début d’un roman, d’une nouvelle, mais dont on sait aussi avec l’expérience qu’une fois la phase de réveil passée, il s’échappera. J’ai fini ce livre hier soir. Je me réveille dans un demi-sommeil. Bourgois a appelé Mathias ou Matthieu qui appelle ChG, qui m’appelle à son tour. La couverture sur le site n’est pas bonne, le prix non plus. Il a le Médicis étranger bon sang, et on affiche la couverture d’un autre livre. Je devrais me réveiller, aller de toute urgence dans l’intranet du site avec mon iPhone. Mais mon iPhone est dans ce train que je vois repartir pour la Russie et je suis encore sur le bord du quai, assis à côté de ma mère qui ramasse sur le rail deux pièces de monnaie écrasées. Je ferais bien de sortir de ce demi-sommeil. J’ai fini ce livre hier soir. Je suis encore dans le choc de sa fin. Cette romancière est-elle une clinicienne du délire ? La nuit s’étire. Ce devrait être le début d’autre chose. Or le début est la fin. C’est Le Horla maintenant. C’est Laura Kasischke, Maupassant ? À lire !

Stéphane Michalon

Esprit d’hiver / Laura Kasischke / Bourgois / Août 2013

N.B. : ce titre fait partie de la liste du prix Médicis étranger qui sera remis le 12 novembre 2013

3 juillet 2012

jusqu’au 31 juillet, 20 titres à petits prix chez Christian Bourgois éditeur

Depuis ce matin, et ce jusqu’au 31 juillet, le site ePagine et tous les libraires partenaires du réseau (liste à jour ici) proposent aux lecteurs et lectrices de livres numériques, qui s’apprêtent peut-être à partir en vacances avec leurs liseuses et tablettes, une sélection de 20 titres issus du catalogue de littérature française et étrangère des éditions Christian Bourgois éditeur. Si 9 de ces titres incontournables bénéficient déjà de prix attractifs (entre 4.99 € et 7.49 €), la maison d’édition a choisi pour l’occasion de baisser le prix de vente des 11 autres titres de cette sélection : ils seront proposés entre 5.99 € et 10.99 € alors qu’ils sont vendus habituellement entre 8.99 € et 17.99 €.

Cette sélection se veut la plus large possible. Ouverte sur le voyage, l’étonnement et la découverte, elle devrait plaire aux amateurs de romans et de nouvelles mais également aux passionnés d’enquêtes policières et de mondes imaginaires. On retrouvera là tous les genres littéraires mais surtout les auteurs phares de cette maison d’édition qui construit depuis 1966 l’un des plus beaux catalogues de littérature française et étrangère : Henry Miller et sa trilogie sur la naissance de son écriture, celle de la Crucifixion en rose (Sexus, Plexus, Nexus), le grand auteur portugais Fernando Pessoa, les deux suisses-allemands Peter Stamm et Martin Suter (l’auteur du magnifique Small world qui propose cette fois une série d’enquêtes policières autour d’Allmen, à la fois gentleman cambrioleur et enquêteur), Bernard Comment qui a reçu le Goncourt de la nouvelle 2011 avec Tout passe, le très envoûtant in memoriam de Linda Lê, Laura Kasischke qui fait un tabac en librairie (3 romans dans cette sélection), les italiens Pino Cacucci, Alberto Garlini et Marco Malvaldi, l’écossais Alan Warner, la trilogie noire et jazzy de Charlotte Carter ou encore l’incontournable Tolkien.

Ci-dessous la sélection complète (avec liens) suivie d’un court extrait de Plexus de Henry Miller, deuxième tome de sa trilogie de la Crucifixion en rose où il revient sur son enfance, les personnages rencontrés à ce moment-là, ou encore le rôle essentiel que va jouer la dévouée Mona, sa compagne, pour qu’il aille au bout de ses intuitions et de ses désirs : cesser de travailler pour devenir écrivain. C’est d’ailleurs de la naissance de son écriture dont il est question dans l’extrait que j’ai choisi de reproduire après ces quelques mots de Georges Belmont : « L’on n’écrit bien que sur les morts, et il est trop vivant. (…) L’on n’a pas à présenter Miller – il est présent. L’on n’a pas à expliquer Miller – on le vit. C’est sans doute pourquoi, d’année en année, les générations nouvelles ne cessent pas de le découvrir et de relayer la flamme de son œuvre. Les professeurs et la critique n’y sont, grand merci, pour rien. »

ChG

 


 

Liste des 20 titres de la sélection Lectures d’été avec Christian Bourgois éditeur

Ce que savent les baleines de Pino Cacucci
À la baguette ; Coq au vin ; Rhode Island Red de Charlotte Carter
Tout Passe de Bernard Comment
Venise est une fête d’Alberto Garlini
Les Revenants ; Un oiseau blanc dans le Blizzard ; En un monde parfait de Laura Kasischke
in memoriam de Linda Lê
Le mystère de Roccapendente de Marco Malvaldi
Sexus ; Plexus ; Nexus de Henry Miller
Le Banquier Anarchiste de Fernando Pessoa
Sept ans de Peter Stamm
Allmen et les libellules ; Almen et le diamant rose de Martin Suter
Les Enfants de Húrin de J.R.R. Tolkien
Les étoiles dans le ciel radieux d’Alan Warner

 

(…) Je me levai et me mis à me promener de long en large. L’atmosphère était toute d’élégance, de simplicité et de sérénité. J’étais profondément remué mais nullement triste. Je me sentais comme l’argonaute chambré foulant les sables du temps. Je fis glisser la porte de séparation entre notre appartement et celui qui était inhabité sur le derrière. J’allumai un lampadaire tout au fond de l’appartement vide. Les vitraux répandaient une sourde lueur. J’allais et venais dans l’ombre, laissant mon esprit vagabonder librement. Mon cœur était en paix. De temps à autre je me demandais rêveusement où elle était allée. Je savais qu’elle reviendrait bientôt et serait à l’aise. J’espérais qu’elle penserait à rapporter quelque chose à manger. J’étais d’humeur à rompre de nouveau le pain et à boire un peu de vin. C’est dans de telles dispositions, me disais-je, qu’on doit s’asseoir pour écrire. J’étais attendri et ouvert, fluide, soluble. Je voyais combien il était facile, l’atmosphère voulue une fois donnée, de passer de la vie d’employé salarié, de bête de somme, d’esclave, à celle d’artiste. Il était si délicieux d’être seul, de s’enivrer de ses pensées et ses sensations. L’idée ne me venait guère que je devais écrire sur quelque chose ; tout ce à quoi je pensais était qu’un jour, justement dans les mêmes dispositions, j’écrirais. L’important était d’être perpétuellement ce que j’étais en ce moment, de sentir comme je sentais, de faire de la musique. Depuis l’enfance, ç’avait été mon rêve de rester tranquillement assis et de faire de la musique. Je commençais à peine à me douter que, pour cela, il fallait se changer d’abord en un exquis et sensible instrument. Il fallait cesser de vivre et respirer. Enlever les patins à roulettes. Débrancher tous les contacts avec le monde extérieur. Il fallait parler en particulier, avec Dieu pour témoin. Oh oui, c’était cela. Certes, oui. Soudain je devins inaltérablement certain de ce que je venais de comprendre…
Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu jaloux…
Chose étrange, pensais-je, presque tous ceux que je connaissais me considéraient déjà comme un écrivain, bien que je n’eusse pas fait grand’chose pour le prouver. Ils posaient en principe que je l’étais, non seulement à cause de mon comportement, toujours excentrique et imprévisible, mais aussi de ma passion pour le langage. Depuis que j’avais appris à lire, je n’étais jamais sans livre. La première personne à qui je me risquai à lire à haute voix fut mon grand-père ; je m’asseyais sur le bord de la table de travail où il cousait des vêtements. Mon grand-père était fier de moi mais aussi un peu inquiet. Je me souviens qu’il conseillait à ma mère de m’enlever les livres… A peine quelques années plus tard, et je lis à haute voix pour mes petits amis, Joey et Tony, au cours des visites que je leur rends à la campagne. Parfois je faisais la lecture à une douzaine d’enfants ou plus, réunis autour de moi. Je lisais et lisais jusqu’à ce qu’ils s’endormissent l’un après l’autre. Si je prenais le trolley ou le métro, je lisais debout, même à l’extérieur, sur la plate-forme du train aérien. En descendant du métro je continuais à lire… lire les visages, lire les gestes, les démarches, l’architecture, les rues, les passions, les crimes. Tout, oui, tout, était noté, analysé, comparé et décrit – pour usage futur. Étudiant un objet, un visage, une façade, je les étudiais de la manière dont ils devaient être consignés (plus tard) dans un livre, y compris les adjectifs, les adverbes, les prépositions, les parenthèses, que sais-je encore. Avant même que je n’eusse ébauché le plan de mon premier livre, mon esprit foisonnait de centaines de personnages. J’étais un livre ambulant, parlant, un compendium encyclopédique qui ne cessait d’enfler, telle une tumeur maligne. Si je tombais sur un ami ou une personne de connaissance, voire un étranger, je continuais d’écrire tout en conversant avec lui. Il ne me fallait pas plus de quelques secondes pour mettre la conversation dans mon sillon à moi, de fixer ma victime d’un œil hypnotique et de la submerger. Si c’était une femme que je rencontrais j’y parvenais encore plus facilement. Les femmes se prêtaient à ce genre de choses mieux que les hommes, j’ai remarqué. Mais c’est avec un étranger que cela allait mieux qu’avec personne. Mon langage grisait toujours l’étranger, premièrement parce que je faisais un effort pour lui parler clairement et simplement, deuxièmement parce que sa tolérance et sa sympathie plus grandes tiraient le meilleur de moi. Je parlais toujours à un étranger comme si je connaissais les us et coutumes de son pays ; je le laissais sous l’impression que je faisais plus de cas de son pays que du mien, ce qui était généralement la vérité. Et je ne manquais jamais d’implanter en lui le désir de mieux se familiariser avec la langue anglaise, non parce que je la tenais pour la meilleure langue du monde, mais parce que personne de ma connaissance ne s’en servait dans sa pleine puissance.
Si en lisant un livre il m’arrivait de tomber sur un merveilleux passage, je le refermais sur-le-champ et j’allais me promener. Je détestais l’idée d’arriver à la fin d’un bon livre. Je faisais durer le plaisir, retardant l’inévitable aussi longtemps que possible. Mais toujours, quand je tombais sur un grand passage, je cessais immédiatement de lire. Je sortais, qu’il plût, grêlât, neigeât ou gelât, et je ruminais. On peut devenir si plein de l’esprit d’un autre être qu’on a littéralement peur d’éclater. Chacun, j’imagine, en a fait l’expérience. Cet « autre être », qu’on me laisse le faire observer, est toujours une sorte d’alter ego. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître une âme sœur, on se reconnaît soi-même. Se trouver brusquement face à face avec soi-même ! Quel instant ! Refermant le livre, on poursuit l’acte de création. Et ce processus, ce rite devrais-je dire, est toujours le même : communion sur tous les fronts à la fois. Finies les barrières. Plus seul que jamais, on est néanmoins soudé au monde comme jamais encore auparavant.
Incorporé au monde. Soudain on voit clairement que lorsque Dieu créa le monde, il ne l’abandonna pas pour s’asseoir dans la contemplation – quelque part dans les limbes. Dieu créa le monde et y entra : voilà le sens de la création. 

© Henry Miller, Plexus, traduit de l’anglais par Elizabeth Guertic, Christian Bourgois éditeur

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