Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

4 janvier 2013

les 20 articles les plus consultés en 2012 sur le blog ePagine

Retour aujourd’hui sur les 20 articles les plus lus en 2012 sur le blog ePagine.

Sur les 713 billets écrits depuis la création de ce blog, 193 billets auront été postés en 2012 (contre 198 en 2011 alors que le nombre de visiteurs, lui, a presque doublé). Tous les deux jours, chroniques de lecture, extraits à lire en ligne, sélections et mises en avant, entretiens, informations sur les livres numériques, les projets des éditeurs traditionnels et 100% numériques, les nouvelles traductions,…, auront ainsi été publiés en ligne. L’an passé, on aura également lu quelques articles sur les outils développés par ePagine qui permettent aux libraires de proposer à leurs clients des livres papier et numériques (sites, applications, bibliothèque de lecture, ePagine Cloud Reader…). On aura d’ailleurs remis à jour la liste des éditeurs (présents au catalogue numérique) par diffuseur et distributeur et celle des libraires-partenaires. Ce blog aura aussi tenté de relayer un maximum d’offres découvertes et promotionnelles proposées par les éditeurs (tout le monde se souvient des deux opérations Bragelonne mais d’autres ont été bien suivies via les éditions Viviane Hamy, Minuit, publie.net, ONLIT, Petit Futé…).

En 2012, ePagine publications numériques aura également proposé ses deux premiers livres numériques, Les dimanches de Jean Dézert de Jean de la Ville de Mirmont et L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (cf. notre billet pour en savoir plus).

L’année 2012 en France aura été aussi traversée par une campagne électorale, un changement de présidence, la croyance en un changement et sa désillusion. On retrouvera naturellement trace de cet événement dans les 20 billets les plus lus.

En 2012, on n’aura rien oublié de l’accident nucléaire de Fukushima en 2011 ni de celui de Tchernobyl en 1986.

En 2012, on aura découvert les textes d’auteurs qui nous accompagneront longtemps (Camille de Toledo et Gonçalo M. Tavares, entre autres).

En 2012, on aura perdu une amie très chère, Maryse Hache, une artiste, poète et clown, une amie à qui nous dédions une fois encore ce pas de plus dans le monde bancal, fragile, fébrile, précieux.

Merci pour votre fidèle soutien et vos relais, toujours plus nombreux.

ChG

 

P.S. : Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

 

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Les 20 billets les plus consultés sur ce blog en 2012

 

1► Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | mise à jour du 28 septembre 2012
2► Le succès de l’opération 100k Bragelonne sur le réseau ePagine | billet du 4 avril 2012
3► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
4► Derrière les mots, avec Leslie Kaplan | billet du 28 avril 2011
5► Sur la route (le rouleau original) de Jack Kerouac en numérique | billet du 29 mai 2012

6► Liste des librairies partenaires d’ePagine | mise à jour du 23 novembre 2012
7► No exit (Nicolas Sarkozy et la France) de Philip Gourevitch, éditions Allia | billet du 5 avril 2012
8► Lire Albert Camus en numérique | billet du 11 février 2012
9► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
10► 18 Topo-guides numériques de Grande Randonnée | billet du 23 juillet 2012

11► Hemingway | Le vieil homme et la mer | nouvelle traduction | billet du 16 février 2012
12► Camille de Toledo | L’inquiétude d’être au monde | billet du 26 janvier 2012
13► Dans le Transsibérien avec Kerangal, Rolin, Enard, Fernandez…| billet du 16 janvier 2012
14► Abyssal Cabaret de Maryse Hache, en hommage | billet du 26 octobre 2012
15► Nouvelle traduction de « Gatsby » par Julie Wolkenstein (P.O.L) | billet du 17 février 2011

16► 4 nouveautés ONLIT BOOKS et une nouvelle offerte | billet du 18 avril 2012
17► Maîtriser le nucléaire, Jean-Louis Basdevant (Eyrolles) | billet du 20 mai 2011
18► Le programme de François Hollande en numérique | billet du 5 mars 2012
19► 57 récits brefs de Kafka traduits par Laurent Margantin| billet du 6 février 2012
20► 10 nouveaux titres des éditions de Minuit à lire en numérique | billet du 13 avril 2012

10 décembre 2012

les 10 articles les plus consultés en novembre 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog.

Mis à part les billets consacrés aux prix littéraires (c’était la saison), nous constaterons que la note de lecture de La nuit tombée d’Antoine Choplin aux éditions La Fosse aux ours a été, comme en octobre, l’article le plus consulté au mois de novembre. Si, depuis, l’auteur a obtenu le prix du roman France Télévisions, en novembre il ne l’avait pas encore reçu. Le billet faisait déjà partie des plus consultés quand, suite au passage d’Antoine Choplin (assez peu connu du grand public) à La Grande Librairie (l’émission de François Busnel), ce billet a été consulté plus de 300 fois en une nuit (et ça continue encore aujourd’hui). Ce roman a pourtant été chroniqué sur d’autres blogs et sites mais ce soir-là, sur le moteur de recherche de Google, le billet du blog ePagine était positionné juste derrière le site Babelio. D’où ce pic.

Toujours aussi égoïstement, je suis très heureux de contaster que le long billet avec extrait consacré à Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (un texte pourtant exigeant publié par Viviane Hamy) soit toujours aussi consulté. En revanche, je pensais convaincre plus de monde avec les chroniques de lecture de L’Employé de l’écrivain argentin Guillermo Saccomanno (L’Asphalte) et Quand les passants font marche arrière ça rembobine, le tome 2 des todo-listes de Christine Jeanney (publie.net). On ne peut pas gagner à chaque fois…

Par ailleurs, on retrouvera dans cette liste le grand Beckett mais également la maison d’édition L’Atalante (SF, fantastique et fantasy) et la collection Que sais-je ? aux PUF qui font leur entrée dans le catalogue numérique ainsi que les éditions Verdier qui viennent de supprimer la DRM de tous leurs ebooks. Le mois dernier, on aura également parlé de clause de territorialité, un vaste et complexe sujet. Enfin, dans le cadre d’un partenariat entre ePagine, Place des libraires et le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, nous nous serons entretenus avec sa directrice, Sylvie Vassallo. La photo du mois a d’ailleurs été prise là-bas.

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

Merci pour votre soutien et vos relais, toujours plus nombreux.

ChG

 

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Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en novembre 2012
+ les 2 chroniques qui auraient pu être plus lues

1► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
2► Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, prix Goncourt | billet du 8 novembre 2012
3► Les premiers titres de L’Atalante en numérique | billet du 13 novembre 2012
4► Les éditions Verdier suppriment la DRM Adobe | billet du 1er novembre 2012
6► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
5► Beckett en numérique aux éditions de Minuit | billet du 12 novembre 2012
7► Les 104 premiers Que sais-je ? en numérique | billet du 6 novembre 2012
8► Entretien avec Sylvie Vassalo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis | billet du 27 novembre 2012
9► extrait de Féerie générale, Emmanuelle Pireyre, prix Médicis | billet du 7 novembre 2012
10► Librairies numériques et clause de territorialité | billet du 22 novembre 2012

+

1► L’Employé de Guillermo Saccomanno, Asphalte éditions | billet du 21 novembre 2012
2► Les todo listes de Christine Jeanney en 2 tomes chez publie.net | billet du 19 novembre 2012


 

5 décembre 2012

Prix du roman France Télévisions 2012 | Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)

Même si ça fait des années qu’on ne l’a plus, la télé, voilà une nouvelle qui fait bien plaisir. Antoine Choplin, un auteur que nous lisons depuis des années et des années, et son éditeur, Pierre-Jean Balzan de La Fosse aux ours, dont le catalogue aura été plus d’une fois soutenu en librairie ou sur le web, sont enfin reconnus pour leur travail. Le prix du roman France Télévisions 2012 vient d’être attribué à La nuit tombée, paru en papier et en numérique il y a 3 mois maintenant. Pour fêter l’événement, reprise aujourd’hui de ma chronique publiée sur le blog ePagine le 7 septembre dernier avec un extrait (c’est d’ailleurs le billet de la rentrée littéraire le plus lu aujourd’hui encore). Bonne route à l’auteur, à son éditeur et aux lecteurs ! ChG



reprise du billet publié le 7 septembre 2012

 

Ne pas se fier à la première image de La nuit tombée d’Antoine Choplin : un homme, Gouri, descend de sa moto à la sortie de la ville de Kiev et vérifie que la remorque qu’il vient de bricoler est toujours reliée à son deux-roues. Car dès la scène suivante, parce qu’il est question de zone, de contamination, parce que les portes des maisons ont été barricadées et que les fenêtres ont été brisées, on sait déjà que ce voyage ne sera pas une partie de plaisir pour Gouri, qu’il n’aura rien de bucolique, qu’on n’est pas en train de lire un road-trip traditionnel. D’ailleurs, passé ce petit prologue et avant d’entamer la traversée de nuit, le premier tiers du livre est quasiment un huis-clos dans lequel une large place est laissée aux récits, aux hommes, à la catastrophe et à l’après.

Gouri (lui qui désormais vit à Kiev, lui le poète, l’ancien ouvrier de Tchernobyl devenu écrivain public) rend d’abord visite à son ami Iakov, un ancien liquidateur*, aujourd’hui mourant, et Vera. Le village dans lequel il arrive est situé non loin de la centrale, près de la zone contaminée et interdite, zone qui englobe notamment la ville dans laquelle Gouri a vécu avec sa femme et sa fille avant la catastrophe nucléaire (il était sur le toit d’un réacteur ce mois d’avril-là). Et bien entendu, cet homme n’est pas là par hasard. S’il est revenu jusqu’ici avec sa moto et sa remorque deux ans et demi après la catastrophe, ce n’est pas pour aller au marché mais pour ramener un objet précieux à ses yeux, une porte, et pas n’importe quelle porte, celle de la chambre de Ksenia, sa fille, une porte qui fait le lien entre le père de Gouri, la poésie, la catastrophe, sa fille et la mort.

Le décor est planté. On n’en dira pas plus car l’histoire tient sur pas grand-chose, un fil ténu paradoxalement très solide. Comme les phrases d’Antoine Choplin, construites sans adjectifs superfétatoires, sans pathos mais desquelles se dégagent avec justesse humanité et compassion. Ici, pas de thèses assommantes bien que les choses soient clairement dites. On est entre humains. On est entre amis. On est un frère, une épouse, un voisin, un père. Et c’est surtout de ça qu’il sera question dans La nuit tombée : d’amour, de filiation, de transmission et d’héritage dans un lieu où ces liens ont été secoués, arrachés, du jour au lendemain.

La deuxième partie du récit décrit la traversée de la zone de nuit (éviter les militaires, les pillards) et la ville retrouvée (Pripiat). Je m’arrêterai un instant sur ces quelques pages où il est question du retour de cet homme dans sa ville, ville fantôme désormais. Les souvenirs surgissent à mesure qu’il pénètre en pleine nuit dans Pripiat (on croisera peu d’êtres vivants ici) puis dans l’appartement dévasté. Des objets sont cassés, certains ont été volés, d’autres sont toujours là. La ruine est une chose, écrit Antoine Choplin. Le vide infect installé désormais au revers de ces murs, une autre chose.

The public swimming pool in the ghost town of Priypat near Chernobyl. Photo de Timm Suess

J’ai lu plusieurs récits et romans d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours, La Dragonne). Heureux de retrouver sa phrase dans La nuit tombée, texte que j’aurai chroniqué au moment où la centrale de Fessenheim refaisait parler d’elle… Son roman est publié à la Fosse aux ours. Sa version imprimée (16 €) est disponible en librairie et la version numérique (l’ePub est à 9.99 € et ne contient pas de DRM Adobe mais un marquage) sur ePagine, sur tous les sites des libraires partenaires et ailleurs. Infra, un extrait qui se situe dans la première partie du livre.

* Si on ne connaît pas le nombre exact de personnes qui travaillaient à la centrale de Tchernobyl au moment de la catastrophe (les chiffres récoltés ici et là varient entre 500.000 et un million), on connaît encore moins le nombre de morts et d’invalides parmi les liquidateurs (likvidatory), ceux qui dès le 26 avril 1986 ont dû éteindre le graphite brûlant dans le réacteur ou construire un sarcophage le plus rapidement possible, ceux qui déblayaient les matériaux de la centrale, ceux qui se trouvaient sur le toit des réacteurs, ceux qui se trouvaient dans leur avion ou leur hélicoptère, ceux qui détruisaient et enterraient les maisons environnantes… Des ouvriers, pour la plupart, beaucoup de militaires mais également d’anciens de la centrale et des centaines de milliers d’autres civils qu’on enrôlait à la va-vite de village en village (en Ukraine, en Biélorussie, en Lettonie, en Lituanie et en Russie) sans les informer des dangers encourus, sans protection et en leur promettant un nouveau logement, de l’argent, une médaille,… Tous ceux-là ont été exposés à une radioactivité très élevée. Ce bilan, aujourd’hui encore, fait l’objet de nombreuses études et d’autant de controverses. Pour aller plus loin, on pourra lire deux billets ici et sur le site Info Nucléaire ainsi que La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch, traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, publié en France en 1998 chez JC Lattès et chez J’ai Lu en 2000 (non disponible en numérique sur les plateformes de vente légales). Plusieurs articles sur wikipedia reviennent sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. En mai 2011, on avait également consacré un billet au livre de Jean-Louis Basdevant, Maîtriser le nucléaire. On pourra par ailleurs aller voir Le sacrifice, le documentaire de Wladimir Tchertkoff (2003) ainsi que La bataille de Chernobyl, le documentaire de Thomas Johnson (2006).

ChG

 

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La nuit tombée, Antoine Choplin
La Fosse aux ours, 2012

 

Gouri atteint Volodarka avant six heures. Il gare sa moto devant l’épicerie qui fait face à l’école. Il observe les maisons, les larges rues, le pont qui enjambe la petite rivière immobile, irisée de taches huileuses. Il se souvient être venu une fois dans ce village en compagnie d’un gars, Sergueï il s’appelait, un volontaire qui avait grandi ici. C’était un soir, après avoir beaucoup bu, ils avaient cherché en vain l’hospitalité auprès d’une vieille tante dont Sergueï n’avait pas réussi à retrouver la trace. Et ils s’étaient endormis là, à côté du pont, à même la terre battue.
Une gamine se tient dans l’embrasure de la porte de l’épicerie.
Vous devriez pousser un peu votre moto, elle dit. C’est à cause des bêtes.
Au-delà du pont, la tête d’un troupeau de vaches emplit l’espace délimité par la route. Deux hommes, un jeune et un plus vieux, finissent par apparaître, guidant les animaux depuis l’arrière, par leur seul déplacement d’un côté et de l’autre.
Gouri a reculé sa moto contre le mur de l’épicerie. Les vaches passent juste devant lui, lentement, sans beaucoup de bruit.
C’est un sacré troupeau, dit Gouri alors que les dernières vaches s’éloignent.
Il paraît que c’est le plus gros de la région, dit la fille.
Gouri grimpe les trois marches vers la porte du magasin et elle s’écarte pour le laisser entrer.
Il y en a qui disent qu’il faut pas boire leur lait, dit encore la fille. Qu’il est contaminé. Et, à côté de ça, y’en a d’autres qu’en boivent tous les jours en disant que tout ça c’est des balivernes.
Gouri regarde la gamine et lui sourit.
Un drôle de mot, baliverne, il fait.
Elle le fixe avec curiosité.
Il attrape deux bouteilles de vodka sur les étagères, jette un œil sur les étiquettes et les pose sur le comptoir avec quelques pièces de monnaie.

La route sans virage jusqu’à Marianovka ondule, alternant vastes creux et bosselures. Le chant du moteur varie au gré des pentes légères.
Un panneau indique l’entrée dans Bober. Gouri se souvient que Vera a prononcé le nom de ce village. Pour Chevtchenko, personne n’est foutu de te dire ce qu’il en est exactement. C’est pas comme Bober ou Poliskè. Là au moins, on sait à quoi s’en tenir.
Il ralentit l’allure et observe les maisons désertées de part et d’autre de la route. Certaines fenêtres ont été brisées, des portes défoncées. D’autres sont barricadées au moyen de planches épaisses et grossièrement fixées. Par flashs, il peut néanmoins apercevoir des intérieurs tapissés et encore proprets, des décorations murales, quelques meubles.
Gouri hésite à s’engouffrer dans l’une ou l’autre des sentes latérales, certain qu’il finirait par tomber sur quelqu’un, un qui serait resté là, comme un gardien. Le crépuscule enveloppant l’incite à poursuivre son chemin. Il remet les gaz.

Après le croisement de Marianovka, il tourne plein ouest. La route devient étroite et se faufile dans la pénombre de la forêt. Gouri doit allumer son phare dont le faisceau dessine un halo tremblant et plutôt faiblard. C’est l’affaire de trois ou quatre kilomètres à peine, après quoi on pourra deviner, parmi les arbres, les premières maisons de Chevtchenko.
Le souvenir de ces lieux est encore très présent dans la mémoire de Gouri. L’arrondi de la route à l’entrée du village, la forêt moins dense puis soudain disparue, l’écheveau de ces chemins modestes semblant relier chaque habitation à chacune des autres, les proportions gigantesques du kolkhoze en brique claire. Il roule doucement jusqu’aux premières maisons, puis met pied à terre.
Un bon moment, tandis que le moteur de sa moto continue à ronronner avec quelques sautes de régime, ses yeux humides explorent les perspectives dénuées de toute âme qui vive.
La maison de Iakov et Vera marque la fin du village, côté nord.
Pour la rejoindre, Gouri emprunte la sente goudronnée qui serpente entre les hautes herbes. Il passe devant deux autres maisons qui semblent abandonnées. À côté de la porte de la seconde, à même le mur, on a inscrit : nous reviendrons bientôt, d’une drôle d’écriture un peu gauche. Un peu plus loin, une troisième maison est à demi effondrée, comme par l’effet d’une poussée pratiquée contre l’un de ses flancs. Après s’étend un vaste espace sablonneux, hérissé de quelques végétaux nains et, d’assez loin, Gouri peut distinguer les volets bleus de la maison. Il remarque aussi la fumée légère qui s’échappe de la cheminée.

© La nuit tombée, Antoine Choplin, La Fosse aux ours, 2012 (version imprimée, 16 € — version numérique, 9.99 €, marquage sans DRM).

11 novembre 2012

les 10 articles les plus consultés en octobre 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog, un mois d’octobre marqué par la double disparition du poète Jacques Dupin (lire le dossier sur remue.net) et de Maryse Hache, clown, poétesse, artiste et blogueuse, dont nous étions proches (la photo du mois lui est bien entendu dédiée). De nombreux hommages lui ont été rendus sur le web, notamment sur ce blog où nous continuons à tenir la liste des liens à jour.

Des billets publiés en octobre, vous avez été nombreux à vous intéresser une fois de plus à La nuit tombée d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours), à Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) mais aussi au seul livre numérique disponible en français du Prix Nobel de Littérature 2012, Le Veau de Mo Yan (Seuil). Les lectures du nouveau roman de Jean Echenoz, 14 (éditions de Minuit) ainsi que du thriller d’Éric Calatraba, Haïku (Numeriklivres), font également partie des articles les plus consultés.

Comme toujours, manquent ici nos dernières lectures, des textes que nous conseillons vivement mais que nous n’avons pas encore chroniqués, L’Herbe des nuits de Patrick Modiano (Gallimard), Carrare de Célia Houdart (P.O.L) ou Dans le blanc de Berit Ellingsen (publie.net).

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

 

Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en octobre 2012

1► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
2► Extrait du Veau de Mo Yan (prix Nobel de Littérature 2012) | billet du 11 octobre 2012
3► Abyssal Cabaret de Maryse Hache, en hommage | billet du 26 octobre 2012
4► Lecture de 14 de Jean Echenoz (éditions de Minuit) | billet du 4 octobre 2012
5► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
6► 32 extraits gratuits (rentrée littéraire) chez 10 éditeurs dans un seul fichier | billet du 7 octobre 2012
7► Sélection de lectures numériques (automne 2012) | billet du 23 octobre 2012
8► Lecture de Haïku, un thriller signé Éric Calatraba (Numeriklivres) | billet du 14 octobre 2012
9► Quelques images de la Foire de Francfort 2012 | billet du 11 octobre 2012
10► Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | liste du 28 septembre 2012

 


7 septembre 2012

Rentrée littéraire 2012 | Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)

Note du 5/12/2012 : Même si ça fait des années qu’on ne l’a plus, la télé, voilà une nouvelle qui fait bien plaisir. Antoine Choplin, un auteur que nous lisons depuis des années et des années, et son éditeur, Pierre-Jean Balzan de La Fosse aux ours, dont le catalogue aura été plus d’une fois soutenu en librairie ou sur le web, sont enfin reconnus pour leur travail. Le prix du roman France Télévisions 2012 vient d’être attribué à La nuit tombée, paru en papier et en numérique il y a 3 mois maintenant et chroniqué ci-dessous le 7 septembre dernier avec un extrait. Bonne route à l’auteur, à son éditeur et aux lecteurs ! ChG

 

Ne pas se fier à la première image de La nuit tombée d’Antoine Choplin : un homme, Gouri, descend de sa moto à la sortie de la ville de Kiev et vérifie que la remorque qu’il vient de bricoler est toujours reliée à son deux-roues. Car dès la scène suivante, parce qu’il est question de zone, de contamination, parce que les portes des maisons ont été barricadées et que les fenêtres ont été brisées, on sait déjà que ce voyage ne sera pas une partie de plaisir pour Gouri, qu’il n’aura rien de bucolique, qu’on n’est pas en train de lire un road-trip traditionnel. D’ailleurs, passé ce petit prologue et avant d’entamer la traversée de nuit, le premier tiers du livre est quasiment un huis-clos dans lequel une large place est laissée aux récits, aux hommes, à la catastrophe et à l’après.

Gouri (lui qui désormais vit à Kiev, lui le poète, l’ancien ouvrier de Tchernobyl devenu écrivain public) rend d’abord visite à son ami Iakov, un ancien liquidateur*, aujourd’hui mourant, et Vera. Le village dans lequel il arrive est situé non loin de la centrale, près de la zone contaminée et interdite, zone qui englobe notamment la ville dans laquelle Gouri a vécu avec sa femme et sa fille avant la catastrophe nucléaire (il était sur le toit d’un réacteur ce mois d’avril-là). Et bien entendu, cet homme n’est pas là par hasard. S’il est revenu jusqu’ici avec sa moto et sa remorque deux ans et demi après la catastrophe, ce n’est pas pour aller au marché mais pour ramener un objet précieux à ses yeux, une porte, et pas n’importe quelle porte, celle de la chambre de Ksenia, sa fille, une porte qui fait le lien entre le père de Gouri, la poésie, la catastrophe, sa fille et la mort.

Le décor est planté. On n’en dira pas plus car l’histoire tient sur pas grand-chose, un fil ténu paradoxalement très solide. Comme les phrases d’Antoine Choplin, construites sans adjectifs superfétatoires, sans pathos mais desquelles se dégagent avec justesse humanité et compassion. Ici, pas de thèses assommantes bien que les choses soient clairement dites. On est entre humains. On est entre amis. On est un frère, une épouse, un voisin, un père. Et c’est surtout de ça qu’il sera question dans La nuit tombée : d’amour, de filiation, de transmission et d’héritage dans un lieu où ces liens ont été secoués, arrachés, du jour au lendemain.

La deuxième partie du récit décrit la traversée de la zone de nuit (éviter les militaires, les pillards) et la ville retrouvée (Pripiat). Je m’arrêterai un instant sur ces quelques pages où il est question du retour de cet homme dans sa ville, ville fantôme désormais. Les souvenirs surgissent à mesure qu’il pénètre en pleine nuit dans Pripiat (on croisera peu d’êtres vivants ici) puis dans l’appartement dévasté. Des objets sont cassés, certains ont été volés, d’autres sont toujours là. La ruine est une chose, écrit Antoine Choplin. Le vide infect installé désormais au revers de ces murs, une autre chose.

The public swimming pool in the ghost town of Priypat near Chernobyl. Photo de Timm Suess

J’ai lu plusieurs récits et romans d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours, La Dragonne). Heureux de retrouver sa phrase dans La nuit tombée, texte que j’aurai chroniqué au moment où la centrale de Fessenheim refaisait parler d’elle… Son roman est publié à la Fosse aux ours. Sa version imprimée (16 €) est disponible en librairie et la version numérique (l’ePub est à 9.99 € et ne contient pas de DRM Adobe mais un marquage) sur ePagine, sur tous les sites des libraires partenaires et ailleurs. Infra, un extrait qui se situe dans la première partie du livre.

* Si on ne connaît pas le nombre exact de personnes qui travaillaient à la centrale de Tchernobyl au moment de la catastrophe (les chiffres récoltés ici et là varient entre 500.000 et un million), on connaît encore moins le nombre de morts et d’invalides parmi les liquidateurs (likvidatory), ceux qui dès le 26 avril 1986 ont dû éteindre le graphite brûlant dans le réacteur ou construire un sarcophage le plus rapidement possible, ceux qui déblayaient les matériaux de la centrale, ceux qui se trouvaient sur le toit des réacteurs, ceux qui se trouvaient dans leur avion ou leur hélicoptère, ceux qui détruisaient et enterraient les maisons environnantes… Des ouvriers, pour la plupart, beaucoup de militaires mais également d’anciens de la centrale et des centaines de milliers d’autres civils qu’on enrôlait à la va-vite de village en village (en Ukraine, en Biélorussie, en Lettonie, en Lituanie et en Russie) sans les informer des dangers encourus, sans protection et en leur promettant un nouveau logement, de l’argent, une médaille,… Tous ceux-là ont été exposés à une radioactivité très élevée. Ce bilan, aujourd’hui encore, fait l’objet de nombreuses études et d’autant de controverses. Pour aller plus loin, on pourra lire deux billets ici et sur le site Info Nucléaire ainsi que La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch, traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, publié en France en 1998 chez JC Lattès et chez J’ai Lu en 2000 (non disponible en numérique sur les plateformes de vente légales). Plusieurs articles sur wikipedia reviennent sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. En mai 2011, on avait également consacré un billet au livre de Jean-Louis Basdevant, Maîtriser le nucléaire. On pourra par ailleurs aller voir Le sacrifice, le documentaire de Wladimir Tchertkoff (2003) ainsi que La bataille de Chernobyl, le documentaire de Thomas Johnson (2006).

ChG

 

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La nuit tombée, Antoine Choplin
La Fosse aux ours, 2012


“ Gouri atteint Volodarka avant six heures. Il gare sa moto devant l’épicerie qui fait face à l’école. Il observe les maisons, les larges rues, le pont qui enjambe la petite rivière immobile, irisée de taches huileuses. Il se souvient être venu une fois dans ce village en compagnie d’un gars, Sergueï il s’appelait, un volontaire qui avait grandi ici. C’était un soir, après avoir beaucoup bu, ils avaient cherché en vain l’hospitalité auprès d’une vieille tante dont Sergueï n’avait pas réussi à retrouver la trace. Et ils s’étaient endormis là, à côté du pont, à même la terre battue.
Une gamine se tient dans l’embrasure de la porte de l’épicerie.
Vous devriez pousser un peu votre moto, elle dit. C’est à cause des bêtes.
Au-delà du pont, la tête d’un troupeau de vaches emplit l’espace délimité par la route. Deux hommes, un jeune et un plus vieux, finissent par apparaître, guidant les animaux depuis l’arrière, par leur seul déplacement d’un côté et de l’autre.
Gouri a reculé sa moto contre le mur de l’épicerie. Les vaches passent juste devant lui, lentement, sans beaucoup de bruit.
C’est un sacré troupeau, dit Gouri alors que les dernières vaches s’éloignent.
Il paraît que c’est le plus gros de la région, dit la fille.
Gouri grimpe les trois marches vers la porte du magasin et elle s’écarte pour le laisser entrer.
Il y en a qui disent qu’il faut pas boire leur lait, dit encore la fille. Qu’il est contaminé. Et, à côté de ça, y’en a d’autres qu’en boivent tous les jours en disant que tout ça c’est des balivernes.
Gouri regarde la gamine et lui sourit.
Un drôle de mot, baliverne, il fait.
Elle le fixe avec curiosité.
Il attrape deux bouteilles de vodka sur les étagères, jette un œil sur les étiquettes et les pose sur le comptoir avec quelques pièces de monnaie.

La route sans virage jusqu’à Marianovka ondule, alternant vastes creux et bosselures. Le chant du moteur varie au gré des pentes légères.
Un panneau indique l’entrée dans Bober. Gouri se souvient que Vera a prononcé le nom de ce village. Pour Chevtchenko, personne n’est foutu de te dire ce qu’il en est exactement. C’est pas comme Bober ou Poliskè. Là au moins, on sait à quoi s’en tenir.
Il ralentit l’allure et observe les maisons désertées de part et d’autre de la route. Certaines fenêtres ont été brisées, des portes défoncées. D’autres sont barricadées au moyen de planches épaisses et grossièrement fixées. Par flashs, il peut néanmoins apercevoir des intérieurs tapissés et encore proprets, des décorations murales, quelques meubles.
Gouri hésite à s’engouffrer dans l’une ou l’autre des sentes latérales, certain qu’il finirait par tomber sur quelqu’un, un qui serait resté là, comme un gardien. Le crépuscule enveloppant l’incite à poursuivre son chemin. Il remet les gaz.

Après le croisement de Marianovka, il tourne plein ouest. La route devient étroite et se faufile dans la pénombre de la forêt. Gouri doit allumer son phare dont le faisceau dessine un halo tremblant et plutôt faiblard. C’est l’affaire de trois ou quatre kilomètres à peine, après quoi on pourra deviner, parmi les arbres, les premières maisons de Chevtchenko.
Le souvenir de ces lieux est encore très présent dans la mémoire de Gouri. L’arrondi de la route à l’entrée du village, la forêt moins dense puis soudain disparue, l’écheveau de ces chemins modestes semblant relier chaque habitation à chacune des autres, les proportions gigantesques du kolkhoze en brique claire. Il roule doucement jusqu’aux premières maisons, puis met pied à terre.
Un bon moment, tandis que le moteur de sa moto continue à ronronner avec quelques sautes de régime, ses yeux humides explorent les perspectives dénuées de toute âme qui vive.
La maison de Iakov et Vera marque la fin du village, côté nord.
Pour la rejoindre, Gouri emprunte la sente goudronnée qui serpente entre les hautes herbes. Il passe devant deux autres maisons qui semblent abandonnées. À côté de la porte de la seconde, à même le mur, on a inscrit : nous reviendrons bientôt, d’une drôle d’écriture un peu gauche. Un peu plus loin, une troisième maison est à demi effondrée, comme par l’effet d’une poussée pratiquée contre l’un de ses flancs. Après s’étend un vaste espace sablonneux, hérissé de quelques végétaux nains et, d’assez loin, Gouri peut distinguer les volets bleus de la maison. Il remarque aussi la fumée légère qui s’échappe de la cheminée.
 ”

© La nuit tombée, Antoine Choplin, La Fosse aux ours, 2012 (version imprimée, 16 € — version numérique, 9.99 €, marquage sans DRM).

18 décembre 2011

Emilio Sciarrino lit Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #11 en compagnie d’Emilio Sciarrino qui nous propose une lecture de Génération 1000 €uros d’Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa. Ce texte, traduit par Damien Zalio et publié par La Fosse aux ours (17 € dans sa version imprimée et 11.99 € en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici).

 

"Milan, capitale d’un système à bout de souffle."

Génération 1000 €uros, c’est une génération de jeunes – et moins jeunes – qui vivotent avec un millier d’euros par mois dans des conditions précaires. Le phénomène ne concerne pas uniquement l’Italie, pays où il est toutefois érigé en système.
Matteo fait partie de cette génération. Il travaille pour une importante boîte milanaise de marketing. Il a beau déployer ses talents, ses espoirs sont vains. À la précarité sociale s’ajoute une incertitude sentimentale, nourrie par les inégalités sociales et économiques. Car sa petite amie provient d’une famille de la bonne bourgeoisie milanaise.
La ville n’est pas anodine : Milan – cœur économique de l’Italie et berceau historique du berlusconisme – se déploie dans toute sa démesure, en particulier la nuit, à travers quelques lieux phares : la salle de gym, les bars à la décoration surfaite, les rues enveloppées de brouillard glacé. Capitale d’un système à bout de souffle.
Le parcours d’apprentissage du jeune Matteo, quelque peu convenu, est relevé par le leitmotiv de l’argent, joué avec brio et insistance. Plus qu’un roman de formation, ce serait alors un guide à l’usage des “milleuristi”. Quelques conseils donc : nourrissez-vous uniquement d’offres spéciales du discount ; laissez les amis apporter le vin et les DVD pour la soirée ; installez-vous en couple le plus vite possible, afin de bénéficier d’un double revenu.
C’est aussi un précis sur les crises économiques et les crises humaines qu’elles entraînent. Ainsi, la relation amoureuse de Matteo dérive lentement car il a bien des difficultés à offrir à son amie le « standing » qu’elle désire. Pire encore, toute la colocation s’entre-déchire suite à une facture du gaz inattendue et particulièrement salée.
Il ne faudrait pas pour autant y voir un programme idéologique. Génération mille euros établit le diagnostic d’une jeunesse non seulement précaire mais profondément résignée et conformiste. Les protagonistes du roman rêvent d’un poste de travail fixe, d’une voiture, d’une résidence tout confort. Leur désir d’évasion se satisfait d’un voyage d’affaires à Barcelone ; et leurs velléités de révolte se soldent par une bonne sieste. Ou par un éclat de rire.

Ce roman, qui s’empare du sujet avec humour et légèreté, a d’abord été publié sur Internet où il connu un franc succès ; il a été repris par un éditeur traditionnel, puis adapté au cinéma. Il nous arrive grâce à la Fosse aux Ours, éditeur passionné par le fait littéraire italien.

Emilio Sciarrino.


D’autres liens en rapport avec le sujet :

• le blog de Antonio Incorvaia
• le blog de Alessandro Rimassa
• la génération précaire vue par le site Arte (juillet 2007)
• la bande annonce en italien de Generazione 1000 euro
• le site dédié à la Generazione 1000 euro
• une autre approche avec Génération Enragée de Jiminy Panoz (Walrus)


Normalien, mi italien, mi français (il a vécu les 10 premières années de sa vie à Palerme), Emilio Sciarrino a été lauréat du Prix du Jeune écrivain en 2006 (Ne rien faire et autres nouvelles, Buchet-Chastel). En 2010, il gagne un concours de nouvelles organisé par CDL en collaboration avec la revue DeliciousPaper. Il publie dans la revue italienne Luna di Traverso. Son premier roman, Transnistria (Éditions Kirographaires) paraît en 2011. Il reçoit la même année le Prix du Livre numérique. Son recueil de nouvelles, L’Ora(n)ge, publié chez emue, également en 2011, est un ensemble qui m’a beaucoup touché. On y retrouve d’ailleurs quelques points points communs avec le texte qu’il a chroniqué aujourd’hui, notamment sur la vie en colocation. Si la couleur orangée domine l’univers urbain de son recueil (couleur chaude du ciel, soleil couchant, mais aussi celle des objets du quotidien, des sentiments), l’orange parfois perd son ‘n’ et fait alors place à de légers bouleversements ou décalages qui modifient les personnages. C’est d’ailleurs dans ce trois fois rien qu’Emilio Sciarrino dit le plus de choses sur la différence, l’étrangeté, la peur de l’autre, la difficulté à s’assumer mais c’est là aussi que, plutôt que d’utiliser le mode mineur, il utilise ce qu’il me semble être sa meilleure arme, l’humour désanchanté. L’écriture et l’univers de cet auteur sont à la fois très doux mais tout en tension. J’ai beaucoup pensé aux nouvelles de Pirandello en lisant les siennes. Emilio Sciarrino anime également un blog et on peut le suivre sur twitter. Je le remercie d’avoir participé à cette rubrique avec une grande délicatesse et vous conseille de découvrir son travail d’auteur. ChG

13 septembre 2011

rentrée littéraire et sans DRM pour 11 éditeurs diffusés par Harmonia Mundi

Fin mars 2011 nous annoncions ici l’arrivée en numérique des premiers titres des éditions Allia et du Passage du Nord-Ouest. Dans le même temps arrivaient au catalogue trois titres des éditions Picquier. Ces trois maisons d’édition sont diffusées en librairie par Harmonia Mundi (merci à Olivier Fabre qui œuvre depuis des mois pour faire entrer d’autres éditeurs au catalogue via Eden Livres). Depuis deux jours si Allia, Passage du Nord-Ouest et Picquier proposent de nouveaux titres (des nouveautés qui plus est, et en ePub, et sans DRM), d’autres éditeurs viennent de les rejoindre : L’aube, Bleu autour, Champ Vallon, Les Impressions Nouvelles, Thierry Marchaisse, Le Mot et le reste et l’éditrice de Nicolas Bouvier, Zoé. Un texte très attendu à la Fosse aux ours sera mis en ligne le 22 septembre ainsi que deux autres titres publiés par les éditions Yago et Wombat. Si les premiers livres numériques avaient été mis en ligne au moment du salon du livre de Paris en mars dernier cette nouvelle série arrive en pleine rentrée littéraire numérique. Quinze titres numériques chez 11 éditeurs c’est bien peu (par rapport à la qualité et à l’offre de ces catalogues) mais il me semble que c’est un signal fort lancé par les éditeurs diffusés par Harmonia Mundi. Signalons aussi que cette rentrée est 100% sans DRM et que les prix se situent entre -25% et -67% du prix papier selon les titres et/ou les éditeurs. Parmi cette petite quinzaine de titres on trouvera essentiellement des récits et des romans dont un pour la jeunesse. Par ailleurs, certains de ces ePub ont été fabriqués par ePagine et d’autres par Lekti. Si des extraits gratuits peuvent être téléchargés (en ePub) depuis les plateformes de vente de livres numériques (liste des libraires partenaires ici), d’autres seront feuilletés ou téléchargés (en PDF) depuis Eden Livres. Tout ceci est signalé infra, pour chaque titre. Bonne rentrée à tous les éditeurs diffusés par Harmonia Mundi !

 

ÉDITIONS ALLIA

Ballast de Jean-Jacques Bonvin, 2.99 €
Télécharger un extrait gratuit

Écrit dans un style vivant, écorché et impulsif, Ballast restitue à merveille la soif d’aventures, d’attirances et de libertinages des protagonistes de la beat generation. Un objet littéraire qui nous fait avaler le ballast, dont Jack Kerouac, William Burroughs et Allen Ginsberg eux-mêmes avaient noirci leurs cahiers. Pour aller plus loin vous pouvez visionner cette vidéo dans laquelle Jean-Jacques Bonvin revient sur le mouvement beat et l’écriture de son texte.

Passer la nuit de Marina de Van, 4.49 €
Télécharger un extrait gratuit

Marina de Van a réalisé Dans ma peau (2002), avec elle-même dans le rôle principal et Ne te retourne pas (2009), avec Monica Bellucci et Sophie Marceau dans les rôles principaux. Ici elle s’applique à transmettre par l’écriture ce qu’elle a pu ailleurs filmer, notamment par la répétition des gestes de la narratrice. C’est cette violente sincérité qui resurgit là, entre les lignes. Sincérité face à la difficulté d’être normale

Repas de morts de Dimitri Bortnikov, 4.49 €
Télécharger un extrait gratuit

Des steppes de Russie aux bas-fonds parisiens, l’auteur nous invite à un « bal des revenants », esprits réincarnés au gré de souvenirs épars, entremêlés… La traversée brutale de ce climat onirique rappelle, bien que dans un style tout différent, l’introduction de Michel Leiris à L’Âge d’homme, concevant la littérature comme une tauromachie… Ce roman a semble-t-il été déjà très remarqué par la critique et les libraires, il est notamment sélectionné pour le prix France-Culture Télérama.

>>> mises en ligne précédentes des éditions Allia : Le découragement de Joanne Anton, 2.99 € – extrait gratuit (texte chroniqué ici) et Too much future de Henryk Gericke & Michael Boehlke, 7.49 €

 

ÉDITIONS DE L’AUBE

Val d’absinthe de Anna Roman, 11.99 €
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)

Spécialiste du cinéma latino-américain, Anna Roman nous propose ici son premier roman. Années 80. L., 40 ans, mariée, deux enfants, décide de faire partie d’un programme qui prépare des détenus en maison d’arrêt à l’examen spécial d’entrée à l’université. La guerre d’Algérie, le franquisme, les dictatures d’Amérique Latine lui ont appris la prison politique. Mais elle n’est jamais entrée dans une prison française.

>>> mise en ligne précédente des éditions de l’Aube : Engagez-vous !, entretiens avec Gilles de Vanderpooten et Stéphane Hessel, 3.99 €

 

ÉDITIONS BLEU AUTOUR

La confession d’un fou de Leïla Sebbar, 8.49 €
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La confession d’un fou est un roman sur la violence en politique, sur ses ressorts intimes, armés dans l’enfance, et sur ses ressorts historiques. De Shérazade, sa trilogie romanesque, à La confession d’un fou, les livres de Leïla Sebbar, à la croisée de l’intime et du politique, disent l’exil, le métissage, la violence.

 

ÉDITIONS CHAMP VALLON

Solution terminale d’Anne Maro, 11.99 € (premier roman)
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)
Un monde cynique : le Monde Vénérable. Un système impitoyable et anonyme : la Pyramide. Au sommet, des élites nanties, d’une vieillesse extrême, de plus en plus obsédées par leur protection et leur plaisir, rêvent d’éternelles vacances et exploitent sans vergogne le reste de la société.

 

LA FOSSE AUX OURS

Génération mille euros de Antonio Incorvaia & Alessandro Rimassa, 11.99 € (en ligne le 22 septembre)
Génération mille euros est un roman mais c’est surtout le tableau d’une génération de trentenaires, précaires en tout. Conçu au départ comme un ebook, Génération mille euros a connu un beau succès en Italie dans sa version papier avant de devenir un film en 2009. Antonio Incorvaia (1974) est diplômé d’architecture. Il a été graphiste et écrit désormais pour la télévision. Alessandro Rimassa (1975) est journaliste. Il travaille pour la télé et la radio.

 

LES IMPRESSIONS NOUVELLES

Un peu de vie dans la mienne d’Emmanuelle Lambert, 8.99 €
Il y a trois ans que Paul s’est retiré dans une maison de repos, assumant son incapacité à vivre sa vie, plus à son aise avec les fous qu’avec les gens normaux. Un jour il reçoit la lettre d’une femme qu’il a aimée. Il lui faut sortir, affronter une dernière fois ses souvenirs, et finalement se confronter au monde.

Ma guerre de Troie de Daniel Kammer, 9.99 €
Par le sortilège d’une boule de cristal oubliée dans un grenier de banlieue, Léo Cerzanne, collégien de 13 ans, se retrouve en pleine guerre de Troie, auprès des héros Achille, Patrocle, Pâris et les autres, qu’il accompagnera à travers toute l’Iliade (à partir de 11 ans).

 

ÉDITIONS THIERRY MARCHAISSE

Un lézard dans le jardin d’André Agard, 9.99 €
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)
Clara, la narratrice, est une fétichiste de la soie, qui est poussée à des comportements incontrôlables, au point qu’elle en devient dangereuse. Échappant de justesse à la prison, elle se retrouve internée dans une institution psychiatrique. C’est là que nous la rencontrons, au début du roman, qui nous plonge d’emblée dans son monde intérieur, et nous ouvre sa sensibilité tour à tour attachante et inquiétante, son intelligence aiguë des signes et des autres… Un premier roman où se croisent le roman policier, le fantastique, le conte philosophique et l’analyse psychologique.

 

LE MOT ET LE RESTE

Sermons radiophoniques de Hakim Bey, epub – 2.99 €
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)
Les Sermons radiophoniques (1992) forment un ensemble de onze textes dans lesquels l’auteur développe une théorie de pratique artistique appelée « immédiatisme ». Dans la lignée de Dada et du situationnisme, l’immédiatisme se conçoit comme un mouvement basé sur la notion de jeu. Hakim Bey est un écrivain anarchiste américain connu pour sa théorie de la TAZ (Temporary Autonomous Zone ou zone autonome temporaire) ainsi que pour ses écrits sur le mysticisme et les cultures pirates qui ont beaucoup influencé le monde des squats et des free parties entre autres (vous pouvez lire à ce sujet le billet consacré à TAZ lors de la mise en ligne de ce texte par les éditions de L’éclat en juin dernier).

 

PASSAGE DU NORD-OUEST

Providence de Juan Francisco Ferré, 17.99 €
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Voici ce qu’écrit Juan Goytisolo de ce roman : « À partir d’une situation banale – un cinéaste espagnol, Alex Franco, se voit confier un scénario, intitulé Providence, pour le porter à l’écran –, le récit bifurque, se développe dans différentes sphères, emprunte des voies nouvelles et risquées. » Juan Francisco Ferré est né à Málaga en 1962. Il appartient à une nouvelle vague, marquante, d’écrivains espagnols imprégnés de pop culture et de nouvelles technologies. Nouvelliste, romancier et critique littéraire, il enseigne actuellement à l’université Brown, à Providence (Rhode Island), aux côtés de Robert Coover. Auteur de plusieurs romans dynamiteurs de formes et de genres, Ferré a été avec Providence finaliste du prestigieux prix Herralde en 2009.

>>> mises en ligne précédentes du Passage du Nord-Ouest : Au sujet du Passage du Nord-Ouest lire ce billet consacré aux deux premiers titres numérisés de Rodrigo Fresán (ceux-ci sont toujours en PDF).

 

ÉDITIONS PHILIPPE PICQUIER

Les Chevaux célestes (L’Histoire du Chinois qui découvrit l’Occident) de Jacques Pimpaneau, 8.99 €
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)
Jacques Pimpaneau, né en 1937, est sinologue, professeur à l’école des Langues Orientales de 1965 à 1999. Il crée le musée Kwok On (Arts et traditions populaires d’Asie) à Paris en 1971 où il organise de nombreuses expositions. La collection Kwok On est donnée en 1999 à la Fondation Oriente à Lisbonne. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et traductions sur la littérature classique chinoise. Ici, il entreprend de raconter l’histoire de Zhang Qian qui fut le premier explorateur chinois de l’Asie Centrale jusqu’à la Perse, qu’il parcourut et où il vécut et prit femme. Aucun des faits relatés ne sont inventés car tout est fidèle au récit que nous ont transmis les Mémoires historiques, et à cet esprit depuis longtemps disparu, Jacques Pimpaneau redonne vie, l’éclaire des enjeux politiques, l’anime de la flamme de l’intelligence et du souffle de la liberté sur les routes des Xiongnu, de la Bactriane et des chevaux célestes.

La submersion du japon de Sakyo Komatsu, epub – 5.99 €
Feuilleter l’extrait / Télécharger l’extrait (PDF)
Les tremblements de terre qui secouent continuellement le Japon rappellent à tous les Japonais que le destin de l’archipel est d’être, un jour, englouti comme le fut l’Atlantide autrefois. Un bathyscaphe dans la fosse du Japon examine de nouvelles fractures dans l’écorce terrestre. Des îles s’enfoncent, des volcans se réveillent, des tsunamis engloutissent les terres… Un roman d’anticipation aux échos malheureusement contemporains.

>>> mises en ligne précédentes des éditions Philippe Picquier : Les Herbes du chemin de Natsume Sôseki, 6.49 € ; Fantômes et kimonos Hanshichi mène l’enquête à Edo de Kidô Okamoto, 5.99 € et Journal d’un apprenti moine zen de Giei Satô, 10.99 €

 

ÉDITIONS ZOÉ

À travers tous les miroirs d’Ursula Priess, epub – 11.99 €
Ce récit par petites touches est d’une infinie intelligence. Juxtaposé à l’histoire d’une rencontre amoureuse à Venise, il affronte les rapports au père célèbre, aimé et souvent détesté ou incompris. Ursula Priess, fille de Max Frisch (1911-1991), est née en 1943 à Zurich. Elle quitte la Suisse en 1966, vit en Suède, en Écosse, aujourd’hui en Allemagne. Son lieu de prédilection est Istanbul, sur lequel elle vient de publier son deuxième livre. À travers tous les miroirs est son premier texte publié.

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