Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

14 octobre 2012

Lecture de « Haïku », un thriller signé Eric Calatraba (Numeriklivres)

Après vérification dans sa filmographie sur Wikipédia, je peux affirmer sans me tromper que je n’ai jamais vu Steven Seagal au cinéma (eh oui…). En revanche, Kill Bill de Tarantino, si. The Killer de John Woo, aussi. Et Les Sept Samouraï de Kurusawa, itou.
J’ai fait du judo mais pas d’aïkido.
J’ai en tête quelques airs d’opéra mais à « Questions pour un champion », Eric Calatraba s’en sortirait haut la main.
Je connais assez bien l’Italie du Nord (la région des Lacs surtout) ; le Japon, ça sera pour le printemps prochain.
Je lis régulièrement des haïkus, ceux de Bashō et de Issa en particulier.
Je n’ai jamais conduit de moto ; à vélo, déjà, je suis un danger public (plusieurs accidents à mon actif).
Je lis très rarement des thrillers mais il m’arrive de faire des exceptions, comme cet été.
Je n’ai a priori jamais croisé de représentants de la mafia russe ou chinoise.
Jusque-là, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser de près au trafic d’organes.
Je suis allé une fois à Genève et deux fois dans la région niçoise.
J’ai lu le premier tome de Haïku d’Eric Calatraba une nuit d’insomnie.
J’ai lu le deuxième tome de Haïku d’Eric Calatraba en deux soirs.
J’ai beaucoup aimé Haïku d’Eric Calatraba, la force de ce thriller tenant dans l’extrême précision des sujets abordés (cf. la liste supra).
Petit bémol toutefois : les personnages quasi gémellaires et complémentaires (l’un est le bon et l’autre le méchant – même si au fil de l’histoire l’un pourrait remplacé l’autre) sont parfois un peu trop magnifiés, me semble-t-il.
Autre petit bémol : ce roman aurait peut-être gagné en force si on l’avait allégé de quelques adjectifs.
Mais pour le rythme, la vitesse, le mélange des genres et le goût des détails, je trouve que ce thriller est sacrément efficace, bravo à l’auteur !
Pour résumer, que vous aimiez les grosses cylindrées ou pas, les poèmes japonais ou pas, les arts martiaux ou pas, l’opéra ou pas, les voyages à travers le monde ou pas, les histoires de mafia et de code de l’honneur ou pas, les courses-poursuites ou pas, ruez-vous sur Haïku ! Le premier tome est vendu 0.99 € et le deuxième, 3.49 €. C’est Eric Calatraba qui tient le sabre, c’est Numerik:)ivres qui joue avec le katana et ça se lit en numérique (sans DRM, avec tatouage). Un extrait de chacun des tomes peut être téléchargé gratuitement sur ePagine (ici et ) ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

ChG

15 avril 2012

Les Guides MAF et Léonard de Vinci (15 avril – 14 mai)

Aujourd’hui (peut-être le saviez-vous ?) Léonard de Vinci aurait eu 560 ans (il est né le 15 avril 1452). Depuis quelques semaines et jusqu’au 25 Juin 2012 (ça, vous le savez sûrement), Le Louvre consacre une exposition à « La Sainte Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci ». Ces deux événements font que Marc-André Fournier, passionné du grand Léonard, de voyages et de technologie mais également auteur et éditeur des Guides interactifs de voyage MAF qui permettent d’approcher au plus près la personnalité de Léonard de Vinci via une écriture hypermédia (textes, images, musiques et voix), est aux anges.

Pour fêter ces événements, du 15 avril jusqu’au 14 mai, Les Guides MAF, en collaboration avec ePagine et le réseau de ses libraires partenaires, proposent à tout acquéreur de La France de Léonard de Vinci (8.99 €, format ePub) de recevoir gratuitement avec sa commande Léonard de Vinci, un voyage entre Romagne et Marches (proposé hors offre à 5 €).


La France de Léonard de Vinci

« Prendre ses distances avec la Joconde pour se rapprocher du Vinci. L’idée a traversé l’esprit de tous les spécialistes du maître de La Vierge aux rochers. Tentons nous aussi l’expérience. Le Louvre est incontournable, soit, mais à quelques pas de là comment ignorer un savoir dispensé à la Sorbonne et couché sur les carnets du Vinci abrités à l’Institut ? Comment ne pas entendre Les cris de Paris, et ceux des guerres d’Italie même en étant aux confins du Val de Loire ? Amboise, Blois et Chambord, villégiatures royales, hissent l’artiste au-dessus de ses mécènes. Qui oserait dire de Louis XII ou François 1er qu’ils incarnent le génie ? Romorantin et Metz, témoins méconnus et négligés de celui-ci peuvent aussi nous surprendre. La France de Léonard c’est un peu de chez nous et beaucoup de chez lui. » (présentation de l’éditeur)


Léonard de Vinci, un voyage entre Romagne et Marches

Dans Léonard de Vinci, un voyage entre Romagne et Marches, lieux, monuments, œuvres et chefs-d’œuvre, contemporains et spécialistes modernes, écrivains et musiciens sont ici mis à contribution pour nous plonger au cœur de la Renaissance italienne. César Borgia, Archimède, Alberti ainsi que quelques verres de Trebiano nous accompagnent dans ce périple entre Romagne et Marches (Urbino, Rimini, Immola, Cesena,…). Nous retrouvons ici l’arpenteur, l’ingénieur, le bibliophile, le cartographe et ce toscan bien arrogant qu’était Léonard et qui nous surprend encore une fois. Cette version ePub, optimisée pour une lecture sur iPad, est une réussite. Je n’avais plus l’impression de lire un ebook mais d’avoir entre les mains un livre d’art qui m’a fait faire un voyage dans l’espace et le temps, en Italie bien sûr, mais également dans les salles d’un musée interactif. La musique de Perotin (l’un des fondateurs de la musique polyphonique, 1160-1240) arrangée par Kronos Quartet qui accompagne les six panneaux animés de la prédelle d’Uccello (La légende de l’hostie) est un pur régal. Les reconstitutions sonores, (« harmonies avec diverses chutes d’eau ») à l’orgue d’eau et plus loin à l’orgue de papier, sont vraiment surprenantes. J’ai aimé aussi l’animation en 3D de l’église médiévale San Francesco dont la transformation, à cause de bien des déboires (guerres notamment), n’a jamais pu être terminée. Désormais, grâce aux dessins et aux plans retrouvés puis mis en espace par Marc-André Fournier, on voit très bien à quoi elle ressemblerait aujourd’hui si on avait pu opérer cette transformation. (extrait du billet que j’avais publié sur ce blog le 1er octobre 2010)

1 février 2012

romans, nouvelles, récits, thriller : une sélection

Les lectures s’accumulent, les billets aussi. Et ils disparaissent trop vite – comme si ce que nous avions découvert, et aimé, et partagé, ne devait durer que quelques jours, le temps que de nouvelles chroniques viennent les remplacer. Pourtant certaines lectures demandent du temps avant d’être digérées, comprises aussi parfois. Et nous aimerions pouvoir les conseiller une fois, deux fois, dix fois mais j’ai bien l’impression que l’effet répétitif pourrait agacer… Pour d’autres textes, nous ne savons pas pourquoi nous sommes soudain poussés par un sentiment d’urgence. Ces billets-là s’écrivent plus vite mais ils disparaissent tout aussi rapidement de la toile que les autres. Dans tous les cas (et il y a tant de textes qui m’ont remués et que je n’ai pas encore chroniqués), ces recommandations-là j’y tiens. Voilà pourquoi (désolé pour l’impression de ‘réchauffé’ et tant mieux si d’autres étaient passés à côté au moment de leur publication) j’ai décidé de lister aujourd’hui les textes chroniqués ces quatre dernières semaines sur ce blog. Ces sera aussi désormais un rendez-vous mensuel via la nouvelle rubrique. J’ai appelé ça Sélections parce que je n’ai jamais trop aimé la notion de Coups de cœur. Disons qu’il s’agit tout simplement de textes qui ont été lus en numérique et qui nous ont à chaque fois, pour une raison bien particulière, touchés (je dis nous parce qu’il y a dans cette liste un recueil admirable qui a été chroniqué par Roxane Lecomte via la rubrique Qui lit quoi ?). Vous trouvez donc là parmi ces dix titres (pour 13 auteurs) des récits, des romans et des recueils de nouvelles d’auteurs francophones et étrangers, un témoignage saisissant sur le génocide cambodgien et un thriller décapant proposé sous la forme d’un roman-feuilleton en six épisodes. Certains de ces auteurs ne sont pas connus ni encore très médiatisés, ils le mériteraient pourtant. À vous de nous dire et bonnes lectures à tou(te)s !

ChG


Romans, nouvelles et récits francophones


L’inquiétude d’être au monde
de Camille de Toledo
court et dense poème en prose, politique et po-éthique
6.30 € la version imprimée, 4.85 € en numérique
éditions Verdier
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Avez-vous connu l’amour ? & L’ange comme extension de soi
de Karl Dubost
regards sur le monde et sur soi via le Québec, le Japon, la Normandie…
2.99 € en numérique
Numerik:)ivres et publie.net
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Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur
de Sébastien Ayreault
un roman urbain sur le lirécrire et une balade américaine très noire
illustrations Noémie Barsolle
2.99 € et 0.99 € en numérique
StoryLab, collection Urban stories et One shot
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L’Ora(n)ge
d’Emilio Sciarrino
recueil de nouvelles lu et chroniqué par Roxane Lecomte
4.49 € en numérique
emue
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Nouvelles et romans étrangers


Meydan | la place
anthologie d’auteurs contemporains turcs n°1
avec Ece Temelkuran, Latife Tekin, Hakan Bıçakçı, Perihan Mağden, Karin Karakaşlı et Ahmet Ümit
traduction Canan Marasligil
3.99 € en numérique
publie.net
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Amour dans une petite ville
de WANG Anyi
roman sensuel et troublant traduit du chinois par Yvonne André
6.50 € la version imprimée, 4.49 € en numérique
Philippe Piquier
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Thriller


Le Waldgänger
de Jeff Balek
thriller futuriste et fantastique
6 épisodes en numérique
le premier est gratuit, les autres à 0.99 €
Numerik:)ivres, collection 45 min
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Histoire du XXe siècle


 

L’élimination
de Rithy Panh avec Christophe Bataille
témoignage sur le génocide cambodgien et l’Enfer des prisons khmères
19 € la version imprimée, 14.99 € en numérique
Grasset
lire la chronique


Tous ces titres sont disponibles en numérique sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires.

6 janvier 2012

Roxane Lecomte lit L’Ora(n)ge d’Emilio Sciarrino

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #13 (le premier de l’an 12) en compagnie de Roxane Lecomte qui, plutôt que de proposer une simple lecture du très beau recueil de nouvelles, L’Ora(n)ge d’Emilio Sciarrino, nous entraîne dans une véritable aventure aussi drôle, vivante et pêchue que celles de La dame au chapal (son avatar) qui avec sa gouaille, son audace, ses réflexions, ses doutes et son franc-parler est quelqu’un que je vous recommande de suivre de très près (même si ça n’engage que moi je suis sûr de ne pas être le seul à le penser). Le recueil de nouvelles qu’elle chronique aujourd’hui, édité par emue (4.99€ en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Roxane de nous surprendre à chaque fois et pour sa confiance. Pour les curieux, retrouvez-la sur son blog ou sur twitter (promis, ça déménage !). Quant à Emilio Sciarrino (et c’est vraiment très fort ces amitiés, affinités et croisements que cette rubrique amène), vous l’avez au moins lu en décembre dernier sur ce même blog (et sinon ailleurs j’en suis convaincu). Ce jour-là il chroniquait Génération 1000 €uros d’Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa publié à La Fosse aux ours. Bonne aventure à tous !

 

C’est la deuxième fois que je parle d’Emue. La première fois, la treizième fois. Je les biche, c’est ainsi. J’ai d’ailleurs un peu tardé à en reparler alors que j’avais promis, mais la vie, tout ça…


Sasufi a fait l'identité visuelle d'Emue

 

Playlist

J’ai lu L’Orange d’Emilio Sciarrino en écoutant petit a) Edward Shape & The Magnetic Zeros, petit b) Mumford & Sons, petit c) Bashung, petit d) Dutronc, petit e) Brel (ça vous met dans l’ambiance comme ça).

Qui c’est cet Emilio Sciarrino ?

Je ne savais point que Môssieur Sciarrino avait reçu le Prix du Jeune Écrivain 2006, était lauréat du concours de nouvelles CDL/Delicious Paper 2010 et Prix du Livre Numérique 2011. Je viens de m’en rendre compte, j’aurais peut-être dû incliner mon chapal lors du Bookcamp où je l’ai rencontré plutôt que de lui envoyer ma fumée de vieille clope roulée dégueulasse dans la gueule en lui balançant un milliard d’idées (j’espère que tu as tout noté mon p’tit gars, attention je guette). Excuse-moi Emilio, j’avais remarqué en lisant tes blogposts que t’étais un bon, je savais pas que t’étais un très bon. Mais trêve de galéjades. Passons aux choses sérieuses.

C’est pas nouveau, on vous parle de nouvelles

Faut vous dire « Monsieur que chez ces gens-là«  (à la Brel), on publie de la nouvelle. Ce qui n’est pas mon genre de prédilection à la base (pas du tout). Ça me frustre. Je me dis (et que ce soit Maupassant ou Sciarrino ça n’y change rien) : « oui, mais ». Oui, mais, ça mériterait d’être plus développé, ça mériterait qu’on ne me laisse pas seule dans le vide. Je me retrouve simplement confrontée à ma propre frustration, je sais bien, mais enfin.

 

Emilio, c'est lui.

 

Alors, parlons-en de cette Orange à la couverture si merveilleusement illustrée par Sasufi.

J’ai décidé d’écrire en même temps que de lire. On va dire que c’est un article de lecture-écriture en temps réel. (En fait je fais presque tout le temps ça, je ne le dis juste pas) mais pourquoi attendre la fin pour en parler ? Je ressens, tu morfles, c’est correct. Ça m’évite de me perdre dans mes annotations, tu les vivras en direct, tu n’y échapperas pas. C’est un mode comme un autre de partager. Ne pas relire, ne pas reformuler, tout balancer, tapis. Je ne vais pas tout raconter. Je ne vais pas tout livrer, sinon vous n’aurez plus rien à lire et surtout cette chronique fera 15.000 signes. Il faut choisir.

Lisons mes amis, lisons

Premier titre, ça m’agrippe. Tristesse des colocataires. Attention je connais bien, je suis colocataire depuis sept ans et triste depuis encore plus de temps. Voyons.

Ah ah (cri de victoire), je retrouve un franc-parler qui résonne en moi : fait chaud, les colocs sont quatre, ça révise, ça sort, ça (oh mon Dieu) se masturbe, et surtout, chose que je n’ai jamais connue en un milliard d’années de colocations : ça a des règles pour faire l’amour. Du type « il est interdit de faire l’amour dans une chambre où dorment d’autres colocataires ». Ça me fait doucement rigoler, mais passons (d’ailleurs ça ne fonctionne apparemment pas). De toute façon :

« L’air avait une étrange couleur orange et une amère saveur de thé. »

L’appartement 302 sent le sperme et la sueur, je vous le dis tout de go. Les p’tits mecs rêvent d’avenirs brillants et de filles au menthol alors vous voyez le désastre. Je vais parler de quotidien (pas à cause du sperme et de la sueur, merci, on passe) à cause du « café-goudron » sur la terrasse, du foutoir qu’on trouve dans les rues et qu’on entrepose chez nous, et de la chaleur. Pour moi cette chaleur, elle était simplement toulousaine mais j’ai l’impression que ces colocs étaient au beau milieu du Sahara. Ils cherchent la mer. Ça leur laisse un goût amer dans la bouche (je suis à peu près sûre que c’est la bière).

Deuxième titre, ça me pique. Mémoires d’un cactus. Dutronc Power Style, ça tombe bien. Quand la musique colle avec les mots, quoi de plus jouissif ?

 

Juste pour le style (et le cactus), ce bon vieux Dutronc

 

Troisième titre – ah parce que vous aviez cru que j’allais vous raconter ce qui se passait pour le Cactus ? Trop facile, il faut que vous le lisiez, c’est plein d’émotion et d’humour, je n’ai pas le droit d’en dire plus parce que ça gâcherait tout. Oui, je prends soin de cette histoire. Ce Cactus me fait penser à celui du Plup de Balek d’ailleurs. Bon allez, je vous donne une citation mais c’est bien parce que c’est vous :

« Aujourd’hui un bouquet énorme de roses rouges a été vendu. C’était un joli garçon qui l’a acheté. Les roses rouges ont éclaté de joie, d’un rire aigrelet et profond. Elles m’ont regardé, narquoises, impudiquement étalée sur la table pendant qu’elle les enrobait. [...] Moi, personne ne me voit. Je me tasse dans mon coin. Je cherche mes semblables. C’est à cette époque, je crois, que j’ai commencé à durcir mes épines. »

En ce qui concerne le troisième round, voici « Marie, Ariane, Marianne » (dont le titre me fait penser aux héroïnes de la Fête Foraine d’André Costa, livre qui a forgé une part de mon imaginaire enfantin avec le 35 Mai d’Éric Kästner, que je vous conseille, même adultes et encore avec toutes vos dents), ça devient n’importe quoi : le bonhomme a un sourire si éclatant qu’il faut porter des lunettes de soleil, il y a un micro-climat tropical, toute la famille se la joue à la Simpson, (on verrait presque des cadavres, mais chut je n’ai rien dit) bref : les Lambert sont tarés. J’ai vécu cette nouvelle à la Joyeuses Funérailles : en me marrant. Emilio Sciarrino n’y va finalement pas de main morte – peut-être parce que je connais le bonhomme mais enfin ! Je ne pensais pas ça de lui… – et quant au reste, il ne s’agissait ici que d’un amuse-gueule…

Hein, quoi ? Qu’entends-je ?

« Marianne découpa péniblement le cadavre, puis alla chercher les enfants. »

Diable…

Je continue la lecture mais on dit ensuite « etcetera ». Parce que je ne vais absolument pas tout vous raconter, hors de question, il faut entretenir le suspens. Je pourrais décortiquer chaque nouvelle mais ça gâcherait tout le plaisir. Ce qu’il faut retenir c’est que Monsieur Sciarrino possède une écriture mature – et j’insiste sur ce mot-là – sans faute de ton, plume assurée, noirceur, légèreté, humour, beaucoup d’émotion et de justesse, entremêlés avec brio. Emilio ne se cantonne pas à un seul univers : j’imaginais autofiction et urbanisme, je tombe également sur quelque chose de très visuel : j’aurais bien vu au moins une image de Sasufi pour chaque nouvelle… Ben oui, c’est un ebook, ça ne pèse pas si lourd que ça, ça ne coûte pas trop cher en encre… (je tente un appel, sait-on jamais).

 

Je n’ai qu’une seule sensation un peu « négative » et absolument contradictoire avec ma vision des nouvelles-que-je-voudrais-voir-plus-longues-sinon-je-suis-frustrée : ici c’est tout le contraire. Il y a quelques moments où je pensais que c’était la fin, the end, terminé bonsoir. Pas que je m’en lasse (du tout), mais je trouve finalement qu’il y a plusieurs fins dans ces nouvelles et peut-être que je me suis essoufflée parce que pas habituée à ce rythme-là. Néanmoins, quand je parle de rythme, je colle une mention spéciale à la construction et à la mise en forme du texte : c’est peut-être bête mais cette séparation de ce qu’on appellerait des chapitres par des astérisques, ça aère le texte, ça le délimite parfaitement et nul n’est besoin d’en rajouter. Ça me donne des idées (on ne pense jamais aux choses simples finalement).

Je vous conseille en tout cas de marcher aux côtés de Kim (où est-ce Mario ?), d’Anya et de tous les autres. Neuf nouvelles qu’il faut garder dans son reader mais attention, le Monsieur Sciarrino n’en est pas à son coup d’essai : il a publié Transnistria chez Kirographaires et Ne rien faire et autres nouvelles chez Buchet-Castel. Lisez-le, il vaut le détour le bougre.

Roxane Lecomte.

18 décembre 2011

Emilio Sciarrino lit Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #11 en compagnie d’Emilio Sciarrino qui nous propose une lecture de Génération 1000 €uros d’Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa. Ce texte, traduit par Damien Zalio et publié par La Fosse aux ours (17 € dans sa version imprimée et 11.99 € en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici).

 

"Milan, capitale d’un système à bout de souffle."

Génération 1000 €uros, c’est une génération de jeunes – et moins jeunes – qui vivotent avec un millier d’euros par mois dans des conditions précaires. Le phénomène ne concerne pas uniquement l’Italie, pays où il est toutefois érigé en système.
Matteo fait partie de cette génération. Il travaille pour une importante boîte milanaise de marketing. Il a beau déployer ses talents, ses espoirs sont vains. À la précarité sociale s’ajoute une incertitude sentimentale, nourrie par les inégalités sociales et économiques. Car sa petite amie provient d’une famille de la bonne bourgeoisie milanaise.
La ville n’est pas anodine : Milan – cœur économique de l’Italie et berceau historique du berlusconisme – se déploie dans toute sa démesure, en particulier la nuit, à travers quelques lieux phares : la salle de gym, les bars à la décoration surfaite, les rues enveloppées de brouillard glacé. Capitale d’un système à bout de souffle.
Le parcours d’apprentissage du jeune Matteo, quelque peu convenu, est relevé par le leitmotiv de l’argent, joué avec brio et insistance. Plus qu’un roman de formation, ce serait alors un guide à l’usage des “milleuristi”. Quelques conseils donc : nourrissez-vous uniquement d’offres spéciales du discount ; laissez les amis apporter le vin et les DVD pour la soirée ; installez-vous en couple le plus vite possible, afin de bénéficier d’un double revenu.
C’est aussi un précis sur les crises économiques et les crises humaines qu’elles entraînent. Ainsi, la relation amoureuse de Matteo dérive lentement car il a bien des difficultés à offrir à son amie le « standing » qu’elle désire. Pire encore, toute la colocation s’entre-déchire suite à une facture du gaz inattendue et particulièrement salée.
Il ne faudrait pas pour autant y voir un programme idéologique. Génération mille euros établit le diagnostic d’une jeunesse non seulement précaire mais profondément résignée et conformiste. Les protagonistes du roman rêvent d’un poste de travail fixe, d’une voiture, d’une résidence tout confort. Leur désir d’évasion se satisfait d’un voyage d’affaires à Barcelone ; et leurs velléités de révolte se soldent par une bonne sieste. Ou par un éclat de rire.

Ce roman, qui s’empare du sujet avec humour et légèreté, a d’abord été publié sur Internet où il connu un franc succès ; il a été repris par un éditeur traditionnel, puis adapté au cinéma. Il nous arrive grâce à la Fosse aux Ours, éditeur passionné par le fait littéraire italien.

Emilio Sciarrino.


D’autres liens en rapport avec le sujet :

• le blog de Antonio Incorvaia
• le blog de Alessandro Rimassa
• la génération précaire vue par le site Arte (juillet 2007)
• la bande annonce en italien de Generazione 1000 euro
• le site dédié à la Generazione 1000 euro
• une autre approche avec Génération Enragée de Jiminy Panoz (Walrus)


Normalien, mi italien, mi français (il a vécu les 10 premières années de sa vie à Palerme), Emilio Sciarrino a été lauréat du Prix du Jeune écrivain en 2006 (Ne rien faire et autres nouvelles, Buchet-Chastel). En 2010, il gagne un concours de nouvelles organisé par CDL en collaboration avec la revue DeliciousPaper. Il publie dans la revue italienne Luna di Traverso. Son premier roman, Transnistria (Éditions Kirographaires) paraît en 2011. Il reçoit la même année le Prix du Livre numérique. Son recueil de nouvelles, L’Ora(n)ge, publié chez emue, également en 2011, est un ensemble qui m’a beaucoup touché. On y retrouve d’ailleurs quelques points points communs avec le texte qu’il a chroniqué aujourd’hui, notamment sur la vie en colocation. Si la couleur orangée domine l’univers urbain de son recueil (couleur chaude du ciel, soleil couchant, mais aussi celle des objets du quotidien, des sentiments), l’orange parfois perd son ‘n’ et fait alors place à de légers bouleversements ou décalages qui modifient les personnages. C’est d’ailleurs dans ce trois fois rien qu’Emilio Sciarrino dit le plus de choses sur la différence, l’étrangeté, la peur de l’autre, la difficulté à s’assumer mais c’est là aussi que, plutôt que d’utiliser le mode mineur, il utilise ce qu’il me semble être sa meilleure arme, l’humour désanchanté. L’écriture et l’univers de cet auteur sont à la fois très doux mais tout en tension. J’ai beaucoup pensé aux nouvelles de Pirandello en lisant les siennes. Emilio Sciarrino anime également un blog et on peut le suivre sur twitter. Je le remercie d’avoir participé à cette rubrique avec une grande délicatesse et vous conseille de découvrir son travail d’auteur. ChG

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