Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

3 septembre 2012

rentrée littéraire numérique 2012 : extraits gratuits

À la fin du mois de juillet, Christian Bourgois éditeur et Anne-Marie Métailié mettaient chacun en ligne un fichier contenant des extraits de leur rentrée littéraire à télécharger gratuitement, des romans et des polars disponibles depuis quelques jours en papier et en numérique (voir notre billet). Ils ont été rejoints depuis par trois autres maisons d’édition : Gallimard, Seuil et Actes Sud. Chacun propose de la même manière de découvrir leurs nouveautés en téléchargeant un fichier contenant les premières pages des romans et récits publiés en cette rentrée (parmi d’autres, Patrick Deville, François Bon ou Charly Delwart au Seuil ; Claro, Mathias Enard, Jérôme Ferrari, Laurent Gaudé ou Wajdi Mouawad chez Actes Sud ; Aurélien Bellanger, Alain Blottière, Philippe Djian, Pierre Jourde ou Joy Sorman chez Gallimard ; Elsa Osorio, Melinda Nadj Abonji, Olivier Truc ou Pascal Dibie chez Métailié ; Toni Morrison, Linda Lê ou Enrique Vila-Matas chez Christian Bourgois éditeur). Pour en savoir plus, consultez la page dédiée sur ePagine.

Autre très bonne idée et autre fichier à télécharger gratuitement que vous trouverez sur cette même page : proposé par les éditions Robert Lafont, Genèse d’un roman de Pit Agarmen accompagne la sortie de son roman, La nuit a dévoré le monde (déjà disponible, marquage sans DRM). Ici, pas de premières pages mais des extraits du blog de l’auteur tous consacrés à la genèse de son roman (réflexion sur la création et la solitude, les ruses à opposer aux catastrophes et à nos démons, invitation à recréer le monde chaque jour…). Une proposition à retenir.

Toujours sur cette page, nous avons sélectionné Zombies Nazis en Sibérie, le premier tome de la série déjantée Jésus contre Hitler de Neil Jomunsi (éditions Walrus). On est ici en Sibérie à la fin des années 60. Grâce à la magie noire, Adolf Hitler est de retour. Plus dément que jamais, il va chercher à ressusciter le plus de cadavres possibles et constituer une armée de zombies nazis invincibles mais Jésus en personne (ici appelé John J. Christ), chef de l’Agence B, et son coéquipier (David Goldstein) vont tenter de déjouer ses plans démoniaques. Ce titre peut lui aussi être découvert gratuitement.

Dernier titre à découvrir gratuitement et autre teasing : c’est Nathan qui s’y colle cette fois avec Never sky de Veronica Rossi. Déjà paru aux USA et disponible sur ePagine depuis avril dans sa version originale (Under the Nevrs sky, Little Brown Book Group Digital, 5 € avec DRM), la maison d’édition vous propose en avant-première de lire la traduction de l’un des chapitres de ce roman Fantasy (l’ensemble sera disponible en librairie et en ligne le 6 septembre). L’ePub contient également un lien vers la bande-annonce de ce roman.

Tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires. N’hésitez pas non plus à consulter les sélections de la rentrée littéraire (voir notre billet). Elles contiennent toutes des dizaines d’autres extraits à télécharger gratuitement.

ChG

5 juillet 2012

Arrivée de 3.000 BD et Mangas sur le réseau ePagine

Jusqu’ici, les BD et Mangas étaient très peu représentées sur les sites des libraires partenaires du réseau ePagine. On comptait une centaine de références à peine pour une petite quarantaine d’éditeurs, l’essentiel étant assuré par Mango (13 titres), Pika (19 titres) et Dynamite (36 titres). L’offre était certes très limitée. Mais depuis quelques jours, avec l’arrivée de la vingtaine d’éditeurs distribués par la plateforme digitale IZNEO, ce sont près de 3.000 titres qui sont désormais disponibles sur tous les sites (et 5.000 d’ici la fin de l’année). C’est un événement pour la librairie francophone en ligne, sachant qu’il n’y a pas d’équivalent en Europe (il faut aller aux USA du côté de Comixology ou Marvel pour trouver une proposition similaire où elle est plus importante encore).

 

 

Quand on regarde de près ce catalogue, on se rend très vite compte que la plupart des séries cultes publiées chez les éditeurs connus et reconnus dans le monde entier (Dupuis, Dargaud, Le Lombard, Casterman mais aussi Fluide Glacial, Futuropolis, Gallimard, Les Humanoïdes associés ou encore, pour les Mangas, Kana, Fei ou Sakka) sont là désormais. Les grands dessinateurs, scénaristes, morts ou vivants, ont répondu (ou leurs ayant-droit) à l’appel. D’ailleurs, je ne crois pas me tromper en disant que quasiment toute la BD franco-belge des années 50 est cette fois disponible en numérique. Mais il faut savoir que la production actuelle n’est pas en reste non plus. Et d’ailleurs, chaque mois, de nouveaux éditeurs entrent au catalogue (Cambourakis, Warum et Vroum, par exemple, dans les prochains jours).

Tous les genres ici sont donc représentés et petits et grands devraient s’y retrouver facilement : que vous aimiez les grands classiques, les BD humoristiques et déjantées ou les romans graphiques, que vous soyez attirés par le western, les aventures, les documentaires, la SF, le Fantastique ou l’Heroïc Fantasy, les enquêtes, les BD historiques, que vous soyez des inconditionnels des aventures d’Adèle Blanc-Sec, de Corto Maltese, de Lucky Luke, des Tuniques Bleues, de la série Treize, des Boule et Bill, de Black et Mortimer, de Thorgal, de Valérian, de Ratman, des Sisters, de Monsieur Jean ou bien lecteurs de Bilal, de Jodorowsky, de Schuiten, de Gibrat, de Griffo, de Larcenet, de Catel & Bocquet ! Il y en a pour tous les goûts.

Quant aux prix pratiqués, ils sont plutôt attractifs, variant de 30 à 50 % par rapport à la version papier. Et je sais déjà que des promotions sont régulièrement proposées. On tentera d’ailleurs dans la mesure du possible de le faire savoir sur ce blog via notre nouvelle rubrique BD digitales. Sachez par ailleurs que la plupart des nouveautés paraissent désormais conjointement en papier et en numérique et que, pour chaque titre, les premières planches peuvent être feuilletées en ligne.

Parlons un peu pratique maintenant. Pour l’instant, les libraires du réseau ePagine vous proposaient de recevoir et de lire, après téléchargement, des fichiers multi-formats (PDF, ePub, streaming…) bien que les fichiers au format ePub soient les plus nombreux au catalogue et les plus téléchargés par les internautes. Avec l’arrivée de ce catalogue de BD digitales, ce que les libraires vous proposent est une vente à l’acte avec lecture en ligne (pas d’abonnement encore pour l’instant). Comme vous avez l’habitude de le faire pour les autres livres numériques, vous sélectionnez dans le catalogue le titre qui vous intéresse, vous l’ajoutez au panier et vous le réglez. Vous recevrez un lien dans la foulée. Après avoir cliqué sur ce lien, vous arriverez directement sur la liseuse en ligne fournie par IZNEO et le tour sera joué. Il est bon de savoir que toutes ces BD digitales peuvent être lues sur ordinateur, smartphone ou tablette, la liseuse en ligne fournie par IZNEO s’adaptera au support.

Ci-dessous, vous trouverez la liste des maisons d’édition spécialisées (ou non) en BD, des maisons d’édition qui viennent d’entrer au catalogue numérique (entre parenthèses, nombre de titres à ce jour). Bienvenue à elles ainsi qu’à leurs auteurs, leurs illustrateurs et leurs scénaristes. Quant à vous, bullez bien cet été !

ChG
(promis, la prochaine fois je serai moins long mais il fallait bien ça pour annoncer un tel événement !)

 

Éditeurs de BD proposant l’offre streaming (via IZNEO) sur les sites des libraires partenaires d’ePagine :

Bamboo Editions (258), Casterman (244), Cinebook (58), Dargaud (718), Dupuis (763), Editions Fei (4), Fleurus (12), Fluide Glacial (26), Futuropolis (10), Gallimard (10), Jungle (60), Kana (74), Le Lombard (520), Les Humanoïdes Associés (103), Les rêveurs (20), Mosquito (19), Sakka (16)*

* ne cherchez pas dans cette liste Delcourt, Glénat ou Soleil ; ces maisons d’éditions étant distribuées par le groupe Hachette, nous ne pouvons pas pour l’instant vous proposer leur BD.

12 avril 2012

Relire La bascule du souffle de Herta Müller

Tandis que paraît (en papier et en numérique) Animal du cœur de Herta Müller (prix Nobel de littérature 2009), Gallimard vient de baisser le prix de La bascule du souffle (6.99 €) un roman hors catégorie (chroniqué ici en décembre 2010) et qui a d’emblée rejoint les plus grands textes sur l’univers concentrationnaire. Ci-dessous, après reprise de mon billet, vous trouverez un extrait de ce roman. Ce chapitre, intitulé « le bonheur des camps » (où forme et fond donnent tout leur sens au projet de Herta Müller), est sans doute l’un de ceux qui m’a le plus passionné. À noter que pour mon plus grand bonheur la littérature de langue allemande s’étoffe de plus en plus en numérique. Les auteurs classiques côtoient les contemporains, tous éditeurs confondus, avec ou sans DRM, petits prix ou non (tout est indiqué sur les fiches détail). Pour vous faire une idée, cliquez sur ce lien. Je vous rappelle que les livres numériques sont, en France, vendus au même prix partout, sur tous les sites, chez tous les revendeurs. Alors pourquoi ne pas faire un tour chez un des libraires partenaires de ePagine (liste ici) ?

Pour continuer votre lecture, vous pouvez consulter le dossier consacré à Herta Müller sur le site Oeuvres ouvertes (plusieurs entretiens avec l’auteur ainsi qu’avec Nicole Bary, sa traductrice et éditrice ; discours pour la réception du Prix Nobel de littérature 2009 ; lecture par Pierre Ménard de L’homme est un grand faisan sur terre…). Un extrait du nouveau roman de Herta Müller au format ePub peut également être feuilleté en ligne ici. Je vous en reparlerai sans doute dès que je l’aurai lu.

 


En 2001, Herta Müller commença à s’entretenir avec des gens de son village, des Allemands de Roumanie, qui dès 1945 avaient été déportés par les russes dans les camps de travaux forcés afin de participer à la « reconstruction » de l’URSS, dont Oskar Patior. Ce dernier ne fit pas que lui confier ses souvenirs. Rapidement lui et Herta Müller (sa mère y avait été également internée) décidèrent d’écrire un livre à quatre mains. Malheureusement Oskar Patior mourut avant d’avoir achevé le texte. Ce qui était un « nous » devint un « je » et le « je » de fiction un certain Léo, jeune homme qui, soixante ans après les événements, revient soudain dans La bascule du souffle et avec détails sur ses cinq années passées au goulag (de 1945 à 1950) tout en racontant le retour impossible à la vie.

Je n’avais pas encore lu Herta Müller (prix Nobel de Littérature 2009) et ne peux simplement que regretter de ne pouvoir la lire dans sa langue. Car, quel souffle (pas que dans le titre d’ailleurs) ! Quelle force contenue dans cette écriture ! Voyez un peu : « Le coin droit de sa bouche se mit à trembler, puis quitta son visage, à croire que le fil rattachant le rire à la peau s’était cassé. » Ou encore ça : « Je porte des bagages qui ne font pas de bruit. Depuis bien longtemps, mon bagage de silence est si profond que je ne pourrai jamais tout déballer. Quand je parle, je ne fais que m’emballer dans un autre bagage de silence. »

Bien sûr à la lecture de ce texte reviennent d’autres textes essentiels sur les univers concentrationnaires. Néanmoins c’est la première fois que je lis un texte écrit par une fille de déportée (qui a toujours tu cela – la honte d’être associée aux nazis) qui s’inspire des souvenirs d’un autre déporté, Oskar Patior, pour décrire en détail le quotidien de Léo et des siens (Le Coucou ou encore Katie le Planton – simplette et robuste). C’est la première fois aussi que je lis un texte sur les « Malgré nous » roumains.

Léo ne peut que revivre ces cinq années-là, impossible de jeter cette peau. Magnifique travail de l’auteur sur le temps par la matière, le concret : son quotidien (les vols, les trocs, les morts qu’on dépouille, les peupliers, la faim, le labeur, les poux et les punaises, le passage des saisons, le linge, les sacs de ciment, la mendicité, la pelle en coeur qui sert à décharger le charbon et l’ange de la faim, les recettes de cuisine qu’on s’échange alors que tout le monde (la peau sur les os) meurt de faim), ses souvenirs (sa famille, la haine envers le frère de substitution, ses premières expériences sexuelles), ses rencontres (ceux qui arrivent, résistent ou meurent, ceux qui s’en sont sortis (manière de dire), sa rencontre avec cette vieille dame qui lui offre un mouchoir et une soupe). Soixante ans ont passé mais ce qui continue de hanter Léo c’est son rapport à la nourriture (absence, besoin, gloutonnerie, dégoût, rejet) : « Moi, mon rapport au monde est la nourriture. »

Ce drôle de mélange (notes d’un côté et les non-dits familiaux de l’autre) donne un résultat à vous couper le souffle, disais-je. On parle bien de littérature, pas de témoignage. Avec ce qu’il faut de visions (« Chaque tranche de travail est une oeuvre d’art »), de fulgurances, de formules (« Peut-être que la solitude russe s’appelle Vania »), d’humour noir (« Le russe est une langue enrhumée ») et de colère,  qui nous arrêtent dans notre lecture. Et ce qui est prodigieux ici c’est cette tension permanente, l’angoisse qu’on devine parfois au détour d’une phrase, cette angoisse que Herta Müller résume à la toute fin de son texte : « On ne parlait des années de camp que par sous-entendus, en famille, ou avec des amis qui avaient connu le même sort. Mon enfance a été imprégnée de ces conversations furtives. Si je n’en comprenais pas la teneur, j’en devinais l’angoisse. »

ChG

 

Le bonheur au camp

Le bonheur est chose soudaine.
Je connais le bonheur de la bouche et celui de la tête.
Le bonheur de la bouche vient à table, et il est plus bref que la bouche, voire que le mot bouche. Quand on le prononce, il n’a pas le temps de vous monter à la tête. Le bonheur de la bouche ne veut surtout pas qu’on en parle. En parlant, je devrais commencer chaque phrase par le mot SOUDAIN, et ajouter ensuite : TU N’EN PARLES À PERSONNE VU QUE TOUT LE MONDE A FAIM.
Je ne le dis qu’une fois : soudain, tu abaisses une branche, tu cueilles des fleurs d’acacia et tu les manges. Tu n’en parles à personne car tout le monde a faim. Tu cueilles de l’oseille au bord du chemin et tu la manges. Tu cueilles de la camomille à l’entrée du sous-sol et tu la manges. Tu abaisses une branche, tu cueilles des mûres noires et tu les manges. Tu cueilles de la folle avoine dans les terrains vagues et tu la manges. Derrière la cantine, tu ne trouves pas la moindre pelure de pomme de terre mais un trognon de chou, et tu le manges.
L’hiver, finie la cueillette. Après le travail, tu rentres chez toi à la baraque, sans savoir à quel endroit la neige est le plus savoureuse. Faut-il en prendre dès la sortie du sous-sol, ou attendre d’être près du tas de charbon enneigé, voire à la porte du camp. Sans te décider, tu prends une poignée du bonnet blanc qui coiffe un pilier de la barrière, et tu te rafraîchis le pouls, la bouche et la gorge en descendant jusqu’au cœur. Soudain, tu ne sens plus la fatigue. Tu ne le dis à personne vu que tout le monde est fatigué.
S’il n’y a pas d’effondrement, c’est un jour comme un autre. Tu as envie qu’il en soit ainsi. Le cinquième passe après le neuvième, dit Oswald Enyeter, l’homme au rasoir – la chance, selon sa loi, c’est un peu le bordel. Le balamouc. Moi, je dois avoir de la chance, parce que ma grand-mère a dit : je sais que tu reviendras. Encore un truc que je ne dis à personne, vu que tout le monde veut rentrer chez soi. Pour avoir de la chance, il faut avoir un but. Il faut que j’en cherche un, fût-ce de la neige sur le pilier.
Le bonheur de la tête se commente mieux que celui de la bouche.
Le bonheur de la bouche veut être seul, il est muet et attaché à l’intérieur. Le bonheur de la tête, lui, est sociable et se languit des autres. C’est un bonheur vagabond, bancal aussi. Il dure trop longtemps, on a du mal à être à la hauteur. Le bonheur de la tête est morcelé et difficile à trier, il se mélange à sa guise et passe à toute vitesse du bonheur
clair au bonheur
sombre
estompé
aveugle
envieux
caché
flottant
hésitant
impétueux
encombrant
chancelant
effondré
délaissé
empilé
enfilé
trompé
cousu de fil blanc
émietté
confus
à l’affût
piquant
malsain
revenu
effronté
volé
jeté
resté
raté de peu
Le bonheur de la tête peut avoir les yeux mouillés, le cou tordu ou les doigts qui tremblent. Mais chaque fois il vous tambourine dans le front comme une grenouille dans une boîte de conserve.
Le tout dernier bonheur est le ras-le-bol du bonheur. Il intervient quand on meurt. Je me souviens qu’au moment de la mort d’Irma Pfeifer dans la fosse à mortier, Trudi Pelikan a eu ce mot lapidaire en faisant claquer sa langue comme un gros zéro :
Ras-le-bol du bonheur.
Je lui ai donné raison, parce que en dépouillant la morte on a vu son soulagement d’avoir enfin la paix avec sa tête au nid figé, son souffle à la bascule vertigineuse, sa poitrine à la pompe folle de rythme, son ventre à la salle d’attente déserte.
Il n’y a jamais eu de pur bonheur de la tête, parce que la faim était sur toutes les lèvres.
Même soixante ans après le camp, la nourriture me donne une grande excitation. Je mange par tous les pores. Quand je mange avec d’autres, je deviens désagréable. Je me nourris en ergoteur. Les autres, qui ne connaissent pas le bonheur de la bouche, se nourrissent comme des êtres sociables et courtois. Mais moi, en mangeant, je me prends à penser au ras-le-bol du bonheur : il surviendra un jour ou l’autre, et chaque convive attablé à mes côtés devra restituer le nid de sa tête, la bascule de son souffle, la pompe de sa poitrine, la salle d’attente de son ventre. J’aime tellement manger que je ne veux pas mourir, vu qu’après je ne pourrai plus manger. Depuis soixante ans, je sais que mon retour au pays n’a pas eu raison du bonheur au camp. Aujourd’hui encore, la faim du camp ronge le cœur de tous les autres sentiments. Au cœur de moi, c’est le vide.
Depuis mon retour à la maison, chaque sentiment a sa propre faim quotidienne, il exige la réciproque, et je ne la donne pas. Plus personne n’a le droit de s’agripper à moi. Instruit par la faim, je suis inaccessible par humilité, non par dédain.

© Herta Müller, La bascule du souffle, Gallimard (chapitre « Le bonheur au camp »)


Herta Müller, née en 1953 dans le Banat roumain au sein de la minorité germanophone, vit en Allemagne depuis 1987. Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais. Son œuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2009. La bascule du souffle et Animal du coeur sont ses deux derniers romans traduits en français et disponibles en numérique.

23 février 2012

du poche au numérique #1 Folio

Filed under: + Mises en avant,+ Nouveautés numériques — Mots-clés : , , , — Christophe @ 10:10

Nous débutons ici une série qui tentera de faire le tour de toutes les collections disponibles en numérique et dont les prix fixés par les éditeurs, c’est-à-dire par le producteur, sont grosso modo alignés sur ceux de leurs livres de poche (versions imprimées). Ils sont même parfois moins chers, souvent à quelques arrondis près. Mais surtout retenez que le prix de vente est strictement le même chez tous les libraires. Inutile donc d’aller chercher chez les autres géants une réduction supplémentaire qui ne vous sera pas proposée, ces livres y seront au même prix, le désir et l’ePagination en moins.

Aujourd’hui, nous nous intéresserons aux collections Folio, Folio Plus, Folio Théâtre, Folio Biographies, Folio Policiers, Folio SF, Folio Actuel, Folio Histoire et Folio Cadet. 50 auteurs pour 96 titres à ce jour (comme chaque semaine de nouveaux auteurs et/ou titres sont mis en ligne nous remettrons le plus souvent possible ce billet à jour).

La grande majorité des textes disponibles en numérique dans ces collections sont écrits par des auteurs francophones  contemporains (Annie Ernaux, Maylis de Kerangal, Pascal Quignard, Tonino Benacquista…). Ces derniers mois plusieurs auteurs étrangers importants y ont fait leur entrée (Erri De Luca, Philip Roth, Orhan Pamuk, Ian McEwan, Herta Müller, Mario Vargas Llosa…). Quelques auteurs du XXe également (Beauvoir, Giono, Saint-Ex, Camus, Guilloux…).

Ces 96 titres sont vendus entre 1.99€ (Conan Doyle et Saint-Ex) et 11.99€ (Jonathan Littell), la moyenne se situant autour de 6.30€.

Les titres ci-dessous sont regroupés dans trois rayons principaux (LITTÉRATURE, SCIENCES HUMAINES et JEUNESSE) à l’intérieur desquels on les classera via les collections (pour la Littérature : folio, folio policiers, folio SF… ; pour les Sciences-Humaines : folio actuel, folio histoire…) par ordre alphabétique. Les liens privilégient les fichiers disponibles au format ePub (format téléchargé à plus de 80% aujourd’hui). En revanche, si les textes ne sont disponibles qu’en PDF le lien renverra bien entendu sur ce format.

Hormis ePagine.fr qui privilégie le format ePub, sur tous les autres sites des libraires partenaires les deux formats ePub et PDF vous seront à chaque fois proposés.


LITTÉRATURE

FOLIO

ALESSANDRO BARICCO • 1 titre en PDF et ePub /// SIMONE DE BEAUVOIR • 1 titre en ePub /// TONINO BENACQUISTA • 2 titres en ePub /// BERNARD DU BOUCHERON • 1 titre en ePub et en PDF

ALBERT CAMUS • 1 titre en PDF et ePub et 1 titre en ePub /// JONATHAN COE • 5 titres en ePub /// ARTHUR CONAN DOYLE • 1 titre en PDF et ePub /// CATHERINE CUSSET • 3 titres en ePub

JEAN-BAPTISTE DEL AMO • 1 titre en ePub et en PDF /// PHILIPPE DJIAN • 1 titre en ePub /// MARC DUGAIN • 2 titres en ePub et en PDF /// BENOÎT DUTEURTRE • 1 titre en ePub

ANNIE ERNAUX • 4 titres en ePub et un titre en PDF et ePub

ÉRIC FOTTORINO • 3 titres en ePub et en PDF

FRANZ-OLIVIER GIESBERT • 2 titres en ePub et en PDF /// LOUIS GUILLOUX • 1 titre en ePub

MAYLIS DE KERANGAL • 1 titre en ePub et en PDF /// NATHALIE KUPERMAN • 1 titre en ePub et en PDF

JONATHAN LITTELL • 1 titre en ePub et en PDF /// ERRI DE LUCA • 4 titres en ePub

CAROLE MARTINEZ • 1 titre en ePub et en PDF /// IAN MCEWAN • 4 titres en ePub /// HERTA MÜLLER • 1 titre en ePub et en PDF

ORHAN PAMUK • 3 titres en ePub /// PIERRE PÉJU • 1 titre en ePub et 1 titre en ePub et en PDF /// PER PETTERSON • 1 titre en ePub et en PDF

PASCAL QUIGNARD • 1 titre en ePub et en PDF

PHILIP ROTH • 5 titres en ePub et en PDF /// JEAN-CHRISTOPHE RUFIN • 3 titres en ePub

ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY • 4 titres en ePub et 1 titre en PDF /// PHILIPPE SOLLERS • 1 titre en ePub /// JÓN KALMAN STEFÁNSSON • 1 titre en ePub /// FRANÇOIS SUREAU • 1 titre en ePub et en PDF

MARIO VARGAS LLOSA • 3 titres en ePub et en PDF

ANNE WIAZEMSKY • 1 titre en PDF et ePub

FOLIO PLUS

JEAN GIONO • 1 titre en ePub

FOLIO THÉÂTRE

ALBERT CAMUS • 1 titre en ePub et en PDF

FOLIO BIOGRAPHIES

JENNIFER LESIEUR (sur Mishima) • 1 titre en ePub et en PDF

FOLIO POLICIERS

KJELL OLA DAHL • 1 titre en ePub et en PDF /// DOA • 1 titre en ePub et en PDF /// CARYL FÉREY • 3 titres en ePub et en PDF /// FRANZ-OLIVIER GIESBERT • 1 titre en ePub et en PDF /// THIERRY JONQUET • 2 titres en ePub /// JO NESBØ • 4 titres en ePub et en PDF

FOLIO SF

PHILIP K. DICK • 1 titre en ePub et en PDF /// DANIEL F. GALOUYE • 2 titres en ePub et PDF

 

SCIENCES HUMAINES

FOLIO ACTUEL

VINCENT EDIN & SAÏD HAMMOUCHE • 1 titre en ePub et en PDF

FOLIO HISTOIRE

KRZYSZTOF POMIAN • 1 titre en PDF

FOLIO BIOGRAPHIES

MARIE-FRANCE SCHMIDT (sur Christophe Colomb) • 1 titre en ePub /// JANINE TROTEREAU (sur Marie Curie) • 1 titre en ePub

 

JEUNESSE

FOLIO CADET

FABRICE COLIN • 5 titres en PDF

11 février 2012

Lire Albert Camus en numérique

Il y a un an maintenant l’intégralité de l’œuvre d’Albert Camus était rendue disponible en téléchargement libre sur le site québécois Classique des sciences sociales alors qu’en France à cette même période il n’était pas possible de lire un seul de ses textes en numérique (cf. le billet de L’Express du 1er février 2011). Une raison à cela. Camus est mort en 1960 et au Canada tout texte est libre de droits 50 ans après le décès de l’auteur (contre 70 ans en France).

Un an plus tard, viennent d’entrer au catalogue numérique trois de ses textes (deux romans, une pièce de théâtre) au format ePub. Deux d’entre eux (L’Étranger, La Peste) s’inspirent de l’édition Folio (pour le visuel de couverture et le prix – le texte étant le même que dans la Blanche) tandis que la pièce en 5 actes, Les Justes, reprend l’édition folioplus avec texte intégral + dossier par Sophie Doudet + lecture d’image d’Agnès Verlet. Les prix sont alignés sur ceux des versions imprimées, voire un tantinet plus chers une fois la remise légale de 5% déduite (4.99 € L’étranger et Les Justes en numérique contre 4.37 € et 4.84 € le livre imprimé ; 5.99 € pour La Peste en numérique contre 5.89 € en papier). Ceci dit, même si l’avancée semble bien mince, avancée il y a. Et les grands auteurs publiés au XXe siècle par Gallimard rejoignent petit à petit les auteurs contemporains au catalogue numérique.

D’autres ouvrages sur l’écrivain ou son œuvre figurent au catalogue numérique. Certains ont été eux aussi numérisés (la collection « Profil d’une œuvre » chez Hatier, la biographie d’Alain Vircondelet chez Fayard, les essais et études publiés par Actes Sud, Le Manuscrit, Indigène ou les Presses de l’Université du Québec) et d’autres ont été conçus pour être uniquement lus en numérique (les fiches de lecture du Petitlittéraire.fr, collection de Primento). Vous retrouverez toutes ces références ci-dessous avec liens. Je précise à chaque fois le nom de la maison d’édition, la collection, le prix, le format, si un extrait peut être téléchargé gratuitement et si le fichier contient ou pas des DRM (verrous).

À quelques semaines du cinquantenaire des accords d’Évian (mars 1962), de nombreux ouvrages sur la guerre d’Algérie paraissent ou sont réédités et numérisés (cf. billet du 9 février). Vu le rôle qu’il a pu jouer à ce moment-là, faire le point sur les textes disponibles en numérique de et sur Camus me semblait aujourd’hui important.

Bon week-end à tou(te)s.

ChG


| Textes d’Albert Camus

• L’Étranger, Gallimard, Folio, epub – 4.99 €extrait gratuit
La Peste, Gallimard, Folio, epub – 5.99 €
Les Justes (Pièce en cinq actes), Gallimard, Folioplus, epub – 4.99 €extrait gratuit


| Fiches de lecture

La peste d’Albert Camus, Bernard Allvin, Hatier (Profil d’une œuvre), epub – 3.49 €
L’étranger d’Albert Camus, Pierre-Louis Rey, Hatier (Profil d’une œuvre), epub – 3.49 €
L’Étranger d’Albert Camus, Pierre Weber, Lepetitlittéraire.fr, epub – 3.99 €sans DRM
La Chute d’Albert Camus, Jean-Bosco d’Otreppe, Lepetitlittéraire.fr, epub – 3.99 €sans DRM
Les Justes d’Albert Camus, Florence Hellin, Lepetitlittéraire.fr, epub – 3.99 €sans DRM
La Peste d’Albert Camus, Maël Tailler, Lepetitlittéraire.fr, epub – 3.99 €sans DRM
Caligula de Camus, Raphaëlle O’Brien, Lepetitlittéraire.fr, epub – 3.99 €sans DRM


| Essais, études et biographies

Camus et sa critique libertaire de la violence, Lou Marin, Indigène éditions, epub – 1.49 €sans DRM
Les derniers jours de la vie d’Albert Camus, José Lenzini, Éditions Actes Sud, epub – 13.99 €
Albert Camus, fils d’Alger, Alain Vircondelet, Fayard, epub – 14.99 €
Camus (Nouveaux regards sur sa vie et son œuvre), Lawrence Olivier et Jean-François Payette, Presses de l’Université du Québec, epub – 9.99 €sans DRM
Albert Camus adaptateur de théâtre, Karima Ouadia, Éditions Le Manuscrit, epub – 5.95 €sans DRM
Albert Camus : l’exigence morale (sous la direction d’Agnès Spiquel et d’Alain Schaffner), Éditions Le Manuscrit, epub – 7.90 €sans DRM

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