Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

24 octobre 2011

liste des éditeurs par distributeur et diffuseur

=> Info du 27 septembre 2012 : une nouvelle liste (à jour) peut être téléchargée en PDF ici / si vous souhaitez lire un billet plus récent avec des chiffres et données actualisées, c’est par là. Merci. ChG

Dans la série des questions qu’on se pose ou qu’on nous pose régulièrement, voici infra une nouvelle liste à consulter et à télécharger en PDF. Celle-ci recense tous les éditeurs présents au catalogue numérique ePagine (et libraires partenaires) par ordre alphabétique de distributeur et de diffuseur. Comme les choses bougent sans cesse je la mettrai à jour le plus régulièrement possible. Et, afin que vous puissiez la retrouver facilement, elle figurera constamment dans la colonne de droite de ce blog (PDF compris).

Distribution : à ce jour 7 distributeurs se répartissent les 455 éditeurs présents au catalogue => EDEN (61), ENTREPÔT NUMÉRIQUE (42), ePagine (51), Eplateforme (47), HARMATTAN (1), immatériel.fr (87), NUMILOG (166)

Diffusion : à ce jour, 17 diffuseurs se répartissent la diffusion des 455 éditeurs présents au catalogue.

– Pour EDEN (61) : Actes Sud (3), CDE (14), Edilarge (1), Flammarion (8), Gallimard (4), Harmonia Mundi (14), Sofedis (4), Volumen (13)
– Pour ENTREPÔT NUMÉRIQUE (42) : ePagine (42)
– Pour ePagine (51) : ePagine (46), Fnac (1), Virgin Megastore (1), Volumen (3)
– Pour Eplateforme (47) : Editis (47)
– Pour HARMATTAN (1) : L’Harmattan (1)
– Pour immatériel.fr (87) : immatériel (87)
– Pour NUMILOG (166) : Hachette (166)



Édition, diffusion & distribution numérique
liste établie le 21 octobre 2011
455 éditeurs


1. Distribution EDEN

diffusion Actes Sud
Éditions Actes Sud
Éditions du Rouergue
Gaïa Éditions

diffusion C.D.E.
Au diable vauvert
Balland
Denoël
Éditions La Branche
Éditions Verdier
Ginkgo
JC Gawsewitch
Joëlle Losfeld
Le Bélial
Liana Levi
Mercure de France
Nouveau Monde éditions
P.O.L
Table Ronde

diffusion Edilarge
Éditions Ouest-France

diffusion Flammarion
13e Note Editions
Arthaud
Aubier
Autrement
Casterman
Climats
Flammarion
Pygmalion

diffusion Gallimard
Gallimard + Verticales
Gallimard (patrimoine numérisé)
Gallimard Jeunesse
Les Grandes Personnes

diffusion Harmonia Mundi
Éditions Allia
Éditions de l’Aube
Éditions Bleu autour
Éditions Champ Vallon
Éditions Philippe Picquier
Éditions Thierry Marchaisse
Éditions Wombat
Éditions Yago
Éditions Zoé
La Fosse aux ours
Indigène éditions
Le Mot et le reste
Les Impressions nouvelles
Passage du Nord Ouest

diffusion Sofedis
Éditions Privat
FFRandonnée
L’Oeuvre éditions
Saint-Augustin

diffusion Volumen
Christian Bourgois
CNRS Éditions
Delachaux et Niestlé
Don Quichotte
Éditions Asphalte
Éditions Sciences Humaines
Éditions de l’Olivier
Éditions de l’Opportun
Fetjaine
La Martiniere
La Martinière J. fiction
Métailié
Minuit
Seuil


2. Distribution ENTREPÔT NUMÉRIQUE

diffusion ePagine
Alliage éditeur
Archimède (Québec, Amérique du Nord)
Bayard Canada
Bouton d’or Acadie
Cogito Média
Dominique et compagnie
Éditions AdA
Éditions Berger
Éditions David
Éditions de la Violette
Éditions de l’Isatis
Éditions Dédicaces
Éditions du CHU Sainte-Justine
Éditions du Vermillon
Éditions la Caboche
Éditions MultiMondes
Éditions Nota bene
Éditions Novalis
Éditions Prise de parole
Éditions Sylvain Harvey
Gaudet Éditeur
Guides de voyage Ulysse
Guy Saint-Jean Editeur
Je suis le héros
La Pastèque
Les Éditions Belle Feuille
Les éditions de la courte échelle
Les Éditions du CRAM
Les Éditions Héritage
Les Éditions La Presse
Les Éditions Manuka
Les Éditions Porte-Bonheur
Les Éditions Québec Amérique
Les Éditions SM
Les Presses de l’Université de Montréal
Les Presses de l’Université d’Ottawa
Marcel Broquet
Option Santé
Presses de l’Université du Québec
Presses de l’Université Laval
Productions André Harvey
Septentrion
Vélo Québec


3. Distribution ePagine

diffusion ePagine
Actes Sud (1 titre)
ActuaLitté
Angle Mort
Bayard Editions
Diabase
D’un noir si bleu
EbooksGratuits.com
Éditions de l’Abat-Jour
Éditions de l’Éclat
Éditions d’Organisation
Éditions du Sirocco
Éditions Le Mono
Éditions Livrior
Éditions Performances
Esprit du livre
Eyrolles
Fleurus
Florent Massot
Gallimard (écoutez lire)
Gereso
gravitons éditions
Guides MAF
Interface
La Découverte – SLF
L’éditeur en ligne
Les moutons électriques
Librii
Mame
Mame Bayard Cerf
Mame-Desclée
Mame-Edifa
Mango
Mariel
Mnémos
Nevicata
Numerik:)ivres dédicace (temporaire)
Parti socialiste (temporaire)
Payot
Presses des Mines
Ravet-Anceau
Revue Phénicienne
Rustica Éditions
Stéphane Million Editeur
Storylab
TDO
Ventana éditions
VM

diffusion Fnac
Fnac.com

diffusion Virgin Megastore
Virgin Megastore

diffusion Volumen
La Volte
Viviane Hamy
Zulma


4. Eplateforme

diffusion Editis
10/18
Acropole
Alma éditeur
Belfond
Bordas Parascolaire
Bordas Pédagogie
Éditions de l’Homme
Equitips
First
First – Gründ
First Interactive
Fleuve noir
Héloïse d’Ormesson
Hors collection
Julliard
La découverte
Langues pour tous
Le Cherche-Midi
Le pré aux clercs
Le Robert
Les nouveaux auteurs
Lonely Planet
Max Milo
Michalon
Michel Lafon
Mordicus
Nathan Jeunesse
Nathan Pédagogie
Nathan Pratique
Nathan Technique
Nil éditions
oh éditions
Omnibus
Paris Méditérranée
Plon-Perrin
Plon-Perrin Presses de la Renaissance
Pocket
Pocket Jeunesse
Presses de la cité
Prisma
Robert Laffont
Romain Pages
Solar
Sonatine éditions
Syros Jeunesse
Versilio
XO Editions


5. Distribution HARMATTAN

diffusion Harmattan
Éditions de L’Harmattan


6. DISTRIBUTION immatériel.fr

diffusion immatériel
ADBS Immatériel
Alphabet de l’espace
Association AMIS
Bragelonne
Candide & Cyrano
Caracolivres
Cavalier Bleu
Chouetteditions.com
Cléo
Coëtquen Editions
Collège de France
Conseil de l’Europe
Des Oreilles Pour Lire
D-Fiction
Digit Books
E,P & LA
E.PHEL
Edern Éditions
e-Diciones KOLAB
Éditions Alain Gravelet
Éditions Asgard
Éditions de la Licorne
Éditions d’En Face
Editions des îlots de résistance
Éditions des Rosiers
éditions È®E
Éditions EMS
Éditions Le Manuscrit
Éditions Ligne Continue
Éditions Lokomodo
Éditions Subjectile
Éditions Textes Gais
Éditions Tisselame
éditions Zinedi
Emue
Encre
ePublier.com
Ex-Æquo
Expressite.fr
Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme
Foolstrip
François Dhalmann
Fûdo éditions
GIDEON Informatics
Icasore
Institut français du Proche-Orient
Istesso Tempo
Jean-Luc PETIT Editions
La souris qui raconte
LC éditions
Le Publieur
LePtitLittéraire.fr
Les quatre chemins
Librid
Loze-Dion Éditeur
Maison des sciences de l’homme
Maxima
MCL éditions
Midinnova
Mille saisons
Mosaïque Santé
Must Read Summaries
NUMERIK:)ivres
O’Reilly Media
OWNI
Pearson
Petit Futé
Ptitinédi.com
Publibook
Publie.net
Res Publica
Rocky Nook
Rosenfeld Media
Rue des Promenades
Savoirs et textes
Scarabéa
Suki Éditions
Sully
Telemme
Thaifiction Publishing
TidBITS Publishing, Inc.
Transit Éditeur
Voy’el
Walrus
Wolters Kluwer
Zabouille éditions
Zebook.com

7. Distribution NUMILOG

diffusion Hachette
5PM Consulting
A l’Envers Éditions
Abemadi
ACR Éditions
Adabam
Afnor Éditions
Albin Michel
Almora
Alter Media
Arelire
Armand Colin
Association Terra Incognita
Assouline
Astroemail
Atelier Perrousseaux
Atma-Soul Éditions
Belenus
Belin
Bibli’O
Blanche
BLF Europe
Boris Tzaprenko
Bréal
Calmann-Lévy
Chalagam
Cherche-bruit
City Éditions
ComprendreChoisir.com
Concept Expression Traduction
Diaspora Éditions
Didier
Dominique Leroy
D’Orbestier
Dunod
Dynamite
eBooksLib
Écrits de colère
Ediscience
Éditions AAMC
Éditions 1
Éditions Créer
Éditions de la BnF
Éditions de l’Archipel
Éditions de l’O.C.D.E.
Éditions des Deux Terres
Éditions des Régionalismes
Éditions DésIris
Éditions du Carillon
Éditions du Toucan
Éditions Eagle Counselling and Development
Éditions Gérard de Villiers
Éditions Graphelia
Éditions HoméoPsy
Éditions Idéo
Éditions Jeanne de Rozereuil
Éditions Kawa
Éditions Kéruss
Éditions l’Escalier
Éditions Lungarini
Éditions Matériologiques
Éditions Musarde
Éditions Nora Mégou
Éditions PC
Éditions Rodarima
Éditions Rue d’Ulm
Éditions Sedes
Éditions Solyless
Éditions Zinedi
EDP Sciences
ENI
Entretiens intern. de Monaco
e-theque
Fayard
Fayard/Mazarine
Fayard/Mille et une nuits
Fayard/Pauvert
Fayard/Pluriel
Fluo
Foucher
Grasset
Grasset Jeunesse
Groupe Revue Fiduciaire
Gualino Éditeur
Gulf Stream Éditeur
Hachette Éducation
Hachette Filipacchi Associés
Hachette Français Langue Étrangère
Hachette Jeunesse
Hachette Littératures
Hachette Pratique
Hachette Tourisme
Harlequin
Harlequin K.K./SoftBank Creative Corp.
Hatier
Hermann
Hermès Science
Hland
Ibis Rouge Éditions
ILADI AE
Imago
Institut océanographique éditeur
InterEditions
JBZ Éditions
JC Lattès
JePublie
John Boring Diffusion
La Cause des Livres
La Découvrance
La maison d’éditions
La Musardine
Larousse
L’Autre Éditions
Le Cavalier Bleu
Le Cormoran
Le Grand Large
Le Livre de Poche
Le Masque
le Rocher de Calliope
Le Sureau
Les Belles Lettres
Les Grégoriennes
Les Intouchables
Les Mots en soie
L’Étudiant
LGDJ
L’Herne
L’Industrie du Rêve
Marabout
Mare Nostrum Éditions
Masson
Matière à savoir
Media 1000
Michel de Maule
Micro Application
Microsoft Press
Moulinier et Associés
Neo Cortex
Norbert Crochet présente
NumiLog
Numlivres.fr
Orbit
Oskar
Oxalide
Pika
Premium
Presses Universitaires de Grenoble
Presses Universitaires de Rennes
Puits Fleuri
PyréMonde
QUAE
Quatrième Zone
Ricochet
Rivages
Robert Jauze
Sabine Fournier
Salvator
Samedi Midi Éditions
SARI
SOCEF Éditions
Sorengo Éditions
Spirit of Orion
Stock
Technedit
Terr@ Éditions
Thriller Éditions
Vis-à-Vis
Voyel
Vuibert
Wayaka

17 octobre 2011

Extrait de la conférence de Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, prix Nobel de littérature 2010

« J’ai appris à lire à l’âge de cinq ans, dans la classe du frère Justiniano, au collège de La Salle à Cochabamba (Bolivie). » Ainsi commence la conférence prononcée par l’écrivain péruvien-espagnol Mario Vargas Llosa lors de la remise du prix Nobel de Littérature qu’il a reçu en 2010. Cette conférence vient d’être traduite et publiée sous le titre Éloge de la lecture et de la fiction dans une version imprimée (7.90 €) et numérique (6.30 €) par les éditions Gallimard au moment où sont également mis en vente au format ePub son dernier roman, Le rêve du Celte (18.30 €) ainsi que trois de ses textes les plus importants, dont Tours et détours de la vilaine fille (8.40 €), La Fête au Bouc (9.40 €) et Le Paradis – un peu plus loin (9.90 €). Pour vous familiariser avec son œuvre, chacun de ses titres contient un extrait à télécharger gratuitement sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous trouverez infra un extrait de la conférence d’abord mise en ligne sur le site Nobelprize.org avant d’être publiée en France et qui autorise la reproduction de ce texte « dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2010 17h30 heure de Stockholm » pourvu que la mention du copyright vienne accompagner « la publication de l’intégralité ou d’extraits importants du texte. » Bonne lecture !

ChG


________________
Mario Vargas Llosa,
Éloge de la lecture et de la fiction
(extrait)

 

Si je convoquais en ce discours tous les écrivains à qui je dois un peu ou beaucoup, leurs ombres nous plongeraient dans l’obscurité. Ils sont innombrables. Non seulement ils m’ont révélé les secrets du métier d’écrire, mais ils m’ont fait explorer les abîmes de l’humain, admirer ses prouesses et m’horrifier de ses égarements. Ils furent les amis les plus serviables, les animateurs de ma vocation, et j’ai découvert dans leurs livres que, même dans les pires circonstances, il reste de l’espoir et qu’il vaut la peine de vivre, ne serait-ce que parce que sans la vie nous ne pourrions lire ni imaginer des histoires.

Je me suis demandé parfois si dans des pays comme le mien, qui compte si peu de lecteurs et tant de pauvres, d’analphabètes et d’injustices, et où la culture reste le privilège d’un tout petit nombre, écrire n’était pas un luxe solipsiste. Mais ces doutes n’ont jamais étouffé ma vocation, car j’ai toujours continué à écrire, même dans ces périodes où les travaux alimentaires absorbaient presque tout mon temps. Je crois avoir agi sagement car, si pour que la littérature fleurisse dans une société il avait fallu d’abord accéder à la haute culture, à la liberté, à la prospérité et la justice, elle n’aurait jamais existé. Au contraire, grâce à la littérature, aux consciences qu’elle a formées, aux désirs et élans qu’elle a inspirés, au désenchantement de la réalité au retour d’une belle histoire, la civilisation est maintenant moins cruelle que lorsque les conteurs ont entrepris d’humaniser la vie avec leurs fables. Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l’esprit critique, moteur du progrès, n’existerait même pas. Tout comme écrire, lire c’est protester contre les insuffisances de la vie. Celui qui cherche dans la fiction ce qu’il n’a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu’elle est ne suffit pas à combler notre soif d’absolu, fondement de la condition humaine, et qu’elle devrait être meilleure. Nous inventons les fictions pour pouvoir vivre de quelque manière les multiples vies que nous voudrions avoir quand nous ne disposons à peine que d’une seule.

Sans les fictions nous serions moins conscients de l’importance de la liberté qui rend vivable la vie, et de l’enfer qu’elle devient quand cette liberté est foulée aux pieds par un tyran, une idéologie ou une religion. Que ceux qui doutent que la littérature, qui nous plonge dans le rêve de la beauté et du bonheur, nous alerte, de surcroît, contre toute forme d’oppression, se demandent pourquoi tous les régimes soucieux de contrôler la conduite des citoyens depuis le berceau jusqu’au tombeau, la redoutent au point d’établir des systèmes de censure pour la réprimer et surveillent avec tant de suspicion les écrivains indépendants. Ces régimes savent bien, en effet, le risque pris à laisser l’imagination discourir dans les livres, et combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s’y étale, avec l’obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l’insatisfaction, en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l’imaginaire est plus riche que la routine quotidienne. Ce constat, s’il s’ancre dans la sensibilité et la conscience, rend les citoyens plus difficiles à manipuler, à accepter les mensonges de ceux qui voudraient leur faire croire qu’entre les barreaux, au milieu d’inquisiteurs et de geôliers, ils vivent mieux et plus en sécurité.

© LA FONDATION NOBEL 2010, Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, Stockholm, 7 décembre 2010, traduction par Albert Bensoussan

>>> Pour lire la conférence intégrale, rendez-vous sur le site Nobelprize.org ou téléchargez sa version ePub sur ePagine.

15 septembre 2011

François Boujard lit Mehdi Charef et Abasse Ndione

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #4 en compagnie de François Boujard qui a choisi le thème de l’émigration et parlera de deux romans, À bras le cœur de Mehdi Charef (Mercure de France) et Mbëkë mi (À l’assaut des vagues de l’Atlantique) d’Abasse Ndione (Gallimard, collection Continents noirs). Ces deux textes sont disponibles en numérique (formats PDF et ePub) sur les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine ou Place des libraires numérique. Et merci à François Boujard d’avoir répondu spontanément à mon invitation !

 

Voici deux titres parmi ceux que j’ai lus sur ma Bookeen et qui m’ont interpellés : À le bras le coeur de Mehdi Charef et Mbëkë mi (À l’assaut des vagues de l’Atlantique) de Abasse Ndione. Ma première impression a été que ces livres parlaient de l’immigration et j’ai cherché comment développer ce thème à l’aide des idées trouvées dans ces lectures. Je me suis aperçu que, mis à part les deux ou trois derniers chapitres de À bras le cœur où Medhi Charef parle de son arrivée en France, je parlais de ces livres autour de moi uniquement parce que j’y trouvais la justification de l’immigration que je recherchais. Dans cette justification se trouvaient pêle-mêle la fuite de la précarité, l’inégalité Nord-Sud ou encore l’admiration pour ces deux auteurs – symboles de l’intégration – qui m’ont touchés ; le tout mélangé avec mes souvenirs de voyages dans des pays où la corruption et l’arrivisme sont aux commandes, laissant à la population très peu de chances de s’en sortir et très peu d’espoir, celui d’un lendemain meilleur. Rien à tirer de tout ça, à part des généralités.

En revenant sur la fiche de Mbëkë mi, je lis dans les tags : « émigration ». Mais oui bien sûr ! Si ces livres m’ont touchés c’est qu’ils parlent de l’émigration et non de l’immigration et que la fiction bien plus qu’un essai nous fait rentrer dans la vraie vie. L’histoire des protagonistes de Mbëkë mi m’a fait comprendre les rapports sociaux centrés sur la tribu en Afrique, tribu qui va jusqu’à organiser l’émigration en choisissant ceux qui partiront puis en récoltant l’argent envoyé par ces derniers afin de le redistribuer. Quant au roman de Medhi Charef (même s’il est autobiographique) il m’a rappelé que l’amour filial et maternel est bien plus puissant que la religion, les coutumes, la politique et la nationalité.

Nous sommes abreuvés d’informations sur l’immigration mais avant cela il y a l’émigration beaucoup plus complexe à appréhender ; ces deux romans m’y ont aidé.

 

François Boujard est le Directeur Général de TITE-LIVE dont dépend ePagine. TITE-LIVE a été créée en 1983 par Stéphane Magnard et lui-même. Cette société est spécialisée depuis 25 ans dans le développement d’outils d’informations pour les produits culturels à destination des libraires notamment (logiciels de gestions de stock, bases de données, solution Internet, informations statistiques).

 

Mehdi Charef est un écrivain, réalisateur de cinéma et auteur de théâtre français, né le 24 octobre 1952 à Maghnia en Algérie. Il arrive en France à l’âge de dix ans, et passe une partie de son enfance et adolescence dans les cités de transit et les bidonvilles de la région parisienne (le sujet de À bras le cœur). Fils d’ouvriers, il a lui-même travaillé en usine de 1970 à 1983, comme affûteur. Il arrive au cinéma quand Costa-Gavras lui conseille de réaliser lui-même la version cinématographique de son roman Le Thé au harem d’Archi Ahmed. Depuis il a réalisé de nombreux autres films et a écrit et publié plusieurs romans et pièces de théâtre (lire l’entretien sur fluctuat.net).

 

Abasse Ndione Fils d’un petit commerçant d’un village du Sénégal, Abasse Ndione suit d’abord l’école coranique locale avant que son père ne les pousse lui et son frère à aller à l’école française. Il suit des études d’infirmier et exercera ce métier jusqu’à sa retraite. Son premier roman, La Vie en spirale mettra 8 ans avant d’être publié au Sénégal. Il attirera l’attention de Gallimard qui le publiera et il est désormais étudié dans les écoles du Sénégal. Pour ses romans, Ndione indique penser d’abord en wolof puis les retranscrire en français. Il habite à Rufisque, une ville de pêcheurs à une vingtaine de kilomètres de Dakar.

21 juillet 2011

Duel dans les Alpes (Erri De Luca, Le poids du papillon)

Voilà presque dix ans que je n’avais pas lu Erri De Luca. Une fois, un jour (éditions Verdier et repris en numérique par Gallimard sous le titre Pas ici, pas maintenant) a pourtant été une belle découverte pour moi, son recueil de nouvelles En haut à gauche (Rivages) ou encore son roman Tu, mio (Rivages), également. Ces trois titres m’ont même accompagnés longtemps à une période où j’avais plongé dans la littérature italienne classique et contemporaine. Je me souviens aussi que j’ai commencé à être moins attentif quand ont paru les romans qui l’ont pourtant fait connaître en France, Trois chevaux (Gallimard) et surtout Montedidio (Gallimard, prix Femina étranger en 2002). J’étais parti ailleurs à ce moment-là, chez Tabucchi, Battisti, Fois, Magris ou Manganelli sans doute. C’est Franck Queyraud qui m’a donné envie de lire à nouveau cet auteur avec cette simple citation du roman Le poids du papillon reprise sur son blog : « Quand un homme s’arrête pour regarder les nuages, il voit défiler le temps au-dessus de lui, un vent qui enjambe. Alors, il faut se remettre debout et le rattraper. »

Le poids du papillon nous convie à un duel, inévitable le duel. Ça pourrait être un western, ça pourrait être la version montagnarde de Moby Dick, c’est autre chose mais disons qu’ils seraient deux, qu’on les suivrait chacun leur tour, dans leur environnement, dans leurs gestes, leur quotidien et l’attente de l’événement. Disons aussi qu’ils s’épieraient, ils ne feraient que ça d’ailleurs. En vérité ils auraient autre chose à faire mais cette rencontre les obsèderait tant que le reste leur paraîtrait presque superflu. Depuis des dizaines d’années que ça dure, faut dire. Des décennies qu’ils s’attendent, qu’ils attendent de se retrouver. Car il y a bien une première fois. Une tragédie. Et voici l’heure de la revanche. Un demi-siècle plus tard peut-être bien. Ces deux-là ont beau avoir vieilli, ils n’ont pas changé et ils continuent de se ressembler un peu ; ils ont d’ailleurs le même surnom même si l’un sait qu’il est un usurpateur (un nom pareil pour une activité pareille…) tandis que l’autre ne peut savoir qu’on l’appelle ainsi vu qu’il ne connaît pas le langage des hommes. Mais à ce jeu le vocabulaire on s’en moque, et ces choses-là se sentent : il sait très bien qui il est, lui, qu’il est le roi, le roi des montagnes. Ce qui les réunit aussi : tous les deux devinent qu’ils arrivent au bout de leur course et que cette saison sera pour au moins l’un des deux la dernière. Les chamois flairent ces choses-là aussi, surtout celui-là, le roi des montagnes. L’autre est trop obsédé par sa tâche mais il y a des signes qui ne trompent pas. Désir de fuite ou pas celui-là n’en démord pas, il lui faut trouver ce chamois (cette force de la nature) après qui il aura couru des années entières, il doit le tuer, ce sera son ultime trophée, le plus beau, celui qui parachèvera son oeuvre de chasseur.

Revenons à notre duel, à cette histoire d’acharnement, cette histoire de lutte entre un homme et un animal (mais pas n’importe quel homme, pas n’importe quel animal !), cette histoire de vieux boxeurs aussi, cette traque, ce jeu de cache-cache dans les montagnes alpines, terrain du vent, de la neige, du passage des saisons et du silence. À cette histoire qui prend en compte son environnement et celui de la chasse, avec tout ce qu’il faut de lenteur et de patience. Mais pas de place ici pour la nostalgie ou les regrets, on est juste dans le temps de la phrase hors sentiers. Comme on marche en montagne, un pas devant l’autre, loin du pas de charge, loin du lyrisme. Et c’est ainsi que l’histoire avance – même si celle-ci (quoique très forte) se retrouve reléguée loin derrière la langue et les tiroirs sans fin que chaque phrase va ouvrir (comme les trains, chaque phrase de De Luca en cache des dizaines d’autres). Est-ce que l’auteur ferait dans la phrase-poupée-gigogne ?

On pourrait encore parler des très belles évocations et méditations sur la vie, la mort ou la solitude ainsi que des formules qui font mouche. On pourrait aussi parler de son plaisir à retrouver le Erri De Luca qui ne peut s’empêcher d’évoquer ici et là sa jeunesse ouvrière. On pourrait avoir envie de comparer ce texte à celui d’un Rigoni Stern (Histoire de Tönle, par exemple) parce qu’on sait par ailleurs qu’aujourd’hui De Luca fréquente beaucoup plus les montagnes que les villes… On pourrait également conseiller de lire le court récit qui suit ce duel, texte où il sera question d’un arbre avec qui l’auteur a rendez-vous tous les jours, le pin des Alpes. On pourrait citer tout le texte, on se contentera d’un extrait. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail remarquable de la traductrice, Danièle Valin (preuve une fois de plus qu’il y a bien deux auteurs derrière un bon texte traduit).

Le poids du papillon ainsi que 4 autres titres d’Erri De Luca sont disponibles en numérique (format ePub sur ePagine ; en PDF et en ePub sur tous les autres sites de vente en ligne. Ces ebooks sont toujours protégés par des DRM mais Gallimard a néanmoins fait un effort du côté des prix, les alignant ici (sauf la nouveauté) sur ceux du format poche (collection Folio). Un extrait du poids du papillon peut également être téléchargé dans le dossier gratuit proposé par Gallimard, 10 romans incontournables.

ChG

 

Extrait du poids du papillon

« Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil.
Orphelin avec sa sœur, sans un troupeau voisin, il apprit tout seul. Adulte, il faisait une taille de plus que les mâles de son espèce. Sa sœur fut emportée par un aigle un jour d’hiver et de nuages. Elle s’aperçut qu’il planait au-dessus d’eux, isolés sur une pâture au sud, là où subsistait un peu d’herbe jaunie. Sa sœur voyait l’aigle même sans son ombre à terre, sous un ciel bouché.
C’était sans issue pour l’un des deux. Sa sœur se mit à courir, donnant l’avantage à l’aigle, et elle fut attrapée.
Resté seul, il grandit sans frein ni compagnie. Quand il fut prêt, il partit à la rencontre de la première harde, défia le mâle dominant et fut vainqueur. Il devint roi en un jour et en duel.
Les chamois ne vont pas jusqu’au bout dans un combat, ils décident du vainqueur aux premiers coups. Ils ne se cognent pas de front comme les bouquetins et les chèvres. Ils penchent la tête vers le sol et tentent de glisser leurs cornes, légèrement recourbées, sous le flanc de l’autre. Si la reddition n’est pas immédiate, ils accrochent le ventre et le déchirent en tirant le cou en arrière. Ils arrivent rarement à cette fin.
Avec lui, ce fut différent, il avait grandi sans règles et il les imposa. Le jour du duel, ils avaient au-dessus d’eux le magnifique ciel de novembre et par terre des mottes de neige fraîche, encore peu abondante. Les femelles sont en chaleur avant l’hiver et mettent bas au milieu du printemps. En novembre, les chamois se défient.
Il entra à l’improviste dans le champ du troupeau, surgissant d’un bond du haut d’un rocher. Les femelles s’enfuirent avec les petits de l’année, le mâle resta et racla furieusement l’herbe de ses sabots antérieurs. »

© Erri De Luca, Il peso della farfalla, Giangiacomo Feltrinelli Editore, 2009 / Le poids du papillon, Gallimard, coll. Du monde entier, traduit de l’italien par Danièle Valin, 2011.

9 juillet 2011

Gallimard propose de télécharger gratuitement 4 dossiers en ePub

Depuis quelques jours les éditions Gallimard invitent tous les lecteurs à se plonger dans les premiers chapitres d’une quarantaine de leurs romans numériques. Viennent en effet d’être mis en ligne 4 dossiers d’extraits gratuits et sans DRM en format ePub. Pour chacun d’eux, 10 titres (et même 12 pour le dossier consacré aux lectures d’été) ont été ainsi choisis parmi plusieurs catalogues et collections Blanche, Folio, Série Noire et Gallimard Jeunesse. Ces dossiers sont à télécharger gratuitement sur ePagine, Place des libraires numériques, tous les sites des librairies partenaires ainsi que sur le site mobile via ePagine reader. Avec cette opération, la première à ce jour du côté des éditeurs, me semble-t-il, Gallimard cherche à montrer la diversité de l’offre de ses catalogues numériques tout en invitant en douceur les lecteurs à franchir le pas de la lecture numérique. Info pour les libraires : ces dossiers sont distribués comme fichiers gratuits via EDEN.

ChG

 

Sommaire des dossiers mis en ligne

 

12 romans pour vos lectures d’été

12 extraits de romans parus au premier semestre 2011 de Tonino Benacquista, Jonathan Coe, Philippe Delerm, Erri De Luca, Philippe Djian, Benoît Duteurtre, Jens Christian Grøndahl, Jean Hatzfeld, Ian McEwan, Orhan Pamuk, Olivia Rosenthal et Jean-Christophe Rufin.

 

10 romans incontournables à partir de 4,60 euros

10 extraits de romans écrits par Jonathan Coe, Catherine Cusset, Erri De Luca, Philippe Djian, Benoît Duteurtre, Ian McEwan, Patrick Modiano, Orhan Pamuk, Jean-Christophe Rufin et Antoine de Saint-Exupéry.

 

10 romans policiers

10 extraits de romans policiers issus de la Série Noire écrits par Ingrid Astier, Antoine Chainas, DOA, Dominique Manotti, Marin Ledun, Attica Locke, Marcus Malte, Elsa Marpeau, Jo Nesbø et Nick Stone.

 

10 romans Gallimard Jeunesse

10 extraits de romans pour adolescents et « young adults » écrits par Jean-Philippe Arrou-Vignod,  Ann Brashares, Eoin Colfer, Fabrice Colin, Andrea Cremer,  Erik L’Homme, Jean-Claude Mourlevat, Jandy Nelson, Louise Rennison et Carrie Ryan.

 

À signaler aussi qu’en cette première semaine de vacances, Gallimard vient de baisser de manière significative les prix des titres suivants (tous parus en numérique depuis 2008) :

Les ruines du ciel de Christian Bobin
Un brillant avenir de Catherine Cusset
Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo
Citoyens clandestins de DOA
Zulu de Caryl Ferey
La délicatesse et Nos séparations de David Foenkinos
Un très grand amour de Franz-Olivier Giesbert
Jan Karski de Yannick Haenel
Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann
Trois femmes puissantes de Marie NDiaye
Composition française de Mona Ozouf
En avant, route ! d’Alix de Saint-André
Les Voyageurs du Temps de Philippe Sollers

7 juin 2011

Serge Sautreau, L’antagonie (extraits)

Tomber dans L’antagonie (journal 2007-2008) de Serge Sautreau (Gallimard) en plein jour c’est s’en relever autre. Et comme il m’est difficile d’écrire quelque chose de fulgurant après ça et que Renaud Ego l’a joliment fait sur Poezibao, autant lui laisser la parole. Je reproduirai donc infra une partie de sa chronique et vous invite à lire également le billet de Pascale Fautrier sur Mediapart. Plus bas encore, quelques fragments extraits de l’année 2007 (« Entre ») du journal poétique de Serge Sautreau. Un extrait plus long peut d’ailleurs être téléchargé gratuitement en ePub sur ePagine. Grand merci enfin à Martine Silber de m’avoir amené à ce texte. ChG

« Le poète Serge Sautreau est mort le 18 Mars 2010 à l’âge de soixante-six ans. Depuis plusieurs années, une grave insuffisance respiratoire l’avait peu à peu cloué chez lui. Tout en travaillant à l’édition d’un vaste essai poéticopolitique, le Sens de l’excès (toujours inédit), il avait tenu au cours des années 2007-2008 un journal poétique, à la fois habité par l’urgence, le désespoir parfois, mais surtout par la grâce d’être vivant encore malgré tout. (…) L’Antagonie est la réponse épousant et s’opposant à l’agonie lente que vécut Serge Sautreau dans les dernières années de son existence. Réponse magnifique par sa hauteur de ton, son élégance à ne jamais s’apitoyer, son savoir-vivre en somme quand la vie, pourtant minée par la certitude de son imminente interruption, demeurait pour lui qui la désirait avec ardeur, une trame certes décousue mais éblouie d’illuminations et de feux de joie faits de toute brindille disponible. » (cliquer ici pour lire la suite de la chronique de Renaud Ego sur Poezibao)

 

Extraits de « Entre (été 2007) »

Comme elle s’éloigne, la vie. Comme elle se voile. D’une pièce à l’autre, si distante. Où sont ses gants, ses courants d’air ? Si je tends le bras déjà c’est l’horizon. Même la fenêtre étouffe. De l’autre côté, il y a les luxuriances.
Fourrures étonnées, sacres de mésanges, infinis hors la main. Mes aromates, vite.

Le cabot hystérique est aux commandes. Feux d’artifice ont force de loi. À genoux, gueux.

Mon foutu corps de gloire ne vole pas plus haut que le ciel.
Heureusement, le vent.

*

Je, et alors ?
Nous, et ensuite ?

Un toboggan de mirages sans sujet préconçu dans la vitesse de la lumière.
De quoi faire un peu d’ombre
À la grand-nuit.

Camaïeutique de ce qui vient,
Qui ne s’apprend pas, ne se voit guère,
Se joue chaque jour des jours qui restent et qui s’en vont.

Je passe dit-elle et nous y sommes.
Inutile de savoir compter.

*

Une brume d’à peine un voile enveloppe un altostratus.

Comme pour écrire sa vie à l’encre sympathique.
À l’invisible.
À l’invivable.
À la va comme je nuée.
À l’écume sous la buée.
À la manière d’un déhanchement historique.
À l’incroyable incertitude des sciences de l’homme.
À la navrante fragilité des dieux.
À la conspirative.
À la hussarde aussi mais poignante dans le mélodrame.
À la moutarde express à la petite cuiller.
À la météorite.
À l’anglaise, même, qui pourtant n’avait pas mérité ça.

Même les morts adorent les brumes.
L’inverse, hélas, n’est pas avéré.

*

Réveillé par la mort. Par sa tentative biaisée, dès les premiers gestes, à matin cloué. Épreuve dense, aléatoire. Manque la respiration. Manque la disparition. Manque le troc sans mélange. Trois coquillages contre un dernier trou d’air, merci potlatch et à jamais. Question de focus, de météo, de peut-être. En attendant on ne sait trop quoi. En attendant, donc, mais sans attendre de conséquence particulière de ce donc-là, en attendant donc que ne s’ensuive plus le moindre donc, seule la rhétorique à manches longues semble pouvoir nous sauver un peu, mais les énigmes reviennent aussitôt. Effarement que ces oiseuses, que ce sauvetage, que ce retour à perpétuité sans voir ni savoir ce qui peut bien être sauvé ni à quelles fins, pour quels effets. S’il y a une cause, elle frôle, elle n’affleure pas. Elle s’engouffre à l’instant dans la carillonnade du clocher de Bort. Les Orgues se dégagent le front. Pour me rendre à l’été. À l’immense été des chauds Zeuzumènes.

*

Ne rien dire des Zeuzumènes, ou le strict minimum. C’est fait.

© Serge Sautreau, L’antagonie (journal 2007-2008), Gallimard, 2011.

6 juin 2011

Que font les rennes après Noël ? d’Olivia Rosenthal, 37e prix du Livre Inter, en numérique

Mise à jour du 4 juin 2012 : pour tout savoir sur le Prix du Livre Inter 2012, Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger, cliquez ici.

 


Déjà récompensée par le Prix Alexandre-Vialatte, Olivia Rosenthal vient d’obtenir le 37e prix du Livre Inter avec son roman Que font les rennes après Noël ? (Verticales). Disponible en papier et en numérique depuis fin août 2010, j’avais consacré le 3 septembre dernier un billet sur ce récit dans lequel l’auteur explore une fois encore les troubles identitaires mais à la différence près qu’il est ici autant question des hommes que des animaux. Via ePagine et Place des libraires numérique, vous pouvez toujours le feuilleter en ligne ou/et télécharger gratuitement un extrait à lire sur ordinateurs, tablettes, liseuses ou smartphones…

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël ? (Verticales)

reprise du billet posté le 3 septembre 2010

Que font les rennes après Noël ? d’Olivia Rosenthal est l’histoire d’un affranchissement ; et comme toute libération, celle-ci doit nécessairement, avant d’atteindre sa pleine maturité, passer par plusieurs phases et se dérouler suivant différentes étapes. Car s’émanciper prend du temps, se réaliser pleinement demande de la patience, de l’opiniâtreté et du courage. Mais par quel bout prendre la chose, par quoi commencer ?

Il est d’abord et surtout question ici d’une femme, la narratrice qu’on suivra de sa naissance à l’âge adulte. Nul doute qu’elle semble déjà différente de ses parents mais le premier choc viendra lorsque, souhaitant un animal de compagnie, sa demande se verra refusée. On la suit alors dans son parcours, de son attachement à la mère et à la cellule familiale, jusqu’à cette impérieuse volonté de s’en défaire (et les difficultés qui vont avec) ainsi que dans son rapport à l’autre, à l’étranger, à l’inconnu (évocations de la peur du vide et du désir, approches du suicide et de la sexualité, phénomène d’identification). Et tout ça au vocatif. Ça sent le dédoublement et la schizophrénie chez cette narratrice partagée entre la peur et le désir de s’émanciper, cette jeune fille qui grandit et commence à s’imaginer en bête captive et domestiquée : enfermée, bichonnée, rabrouée, nourrie, soignée, élevée, éduquée… Ça se sent aussi dans le vocabulaire utilisé par Olivia Rosenthal (imprégné, domestiqué, conditionné…). D’autres signes d’une libération possible, déjà perceptibles dans sa prime jeunesse, prendront de plus en plus d’ampleur (le film fantastique de Jacques Tourneur, La Féline, en écho) jusqu’à s’imposer. Reste encore à se réaliser (phase de rébellion oblige) mais comment exprimer sa part animale, sa propre animalité (rentrée) ? Comment aller vers la parole ou rester dans son le silence sans trahir ? Comment oublier ses colères ? Comment vivre, assumer, revendiquer, sa sexualité si différente du modèle sociétal en général et parental en particulier ? Mais cette histoire en raconte plusieurs autres, en parallèle, qui se répondent ou s’interpénètrent : histoires d’hommes et d’animaux, des « Je » dont l’activité est liée aux bêtes qu’on dresse, qu’on soigne, qu’on abat, qu’on mange : soigneurs, paysans, éleveurs, bouchers d’abattoir… ; histoires de lois et de décrets aussi ; histoires de ces expériences faites sur les animaux qui permettent de faire progresser la science mais profitent aussi aux chasseurs ou encore celles de ces militants d’associations anti-zoo qui demandent la libération des animaux et du personnel.

Olivia Rosenthal a publié tous ses récits aux éditions Verticales : Dans le temps (1999), Mes petites communautés (1999), Puisque nous sommes vivants (2000), L’Homme de mes rêves (2002), Les sept voies de la désobéissance (2004), Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005), On n’est pas là pour disparaître (Prix Wepler Fondation La Poste 2007 et Pierre Simon Éthique et Réflexion) et Que font les rennes après Noël ? (2010). Elle écrit également des fictions radiophoniques, des pièces de théâtre et propose des performances qui associent l’écriture à des formes de lectures en direct.

ChG

29 mai 2011

8 mères

Ils s’appellent Antoine Silber, Pierre-Emmanuel Scherrer, Michel Brosseau, Peter Carey, Marvin Victor, Sarah Cillaire, Robert Bober ou Alexandre Lacroix. Ils pourraient être cent, mille, dix mille de plus tant les mères sont présentes dans les textes des écrivains. Aujourd’hui ils seront huit. Ou plutôt elles seront huit. Comme les 8 femmes de François Ozon. Mais ici ce sont 8 mères et le maître de maison (a priori) n’a pas été assassiné. Et certaines valent vraiment le déplacement. On ne parlera donc pas de la sienne ni de Ma mère de Geogres Bataille. Ni de la vôtre. Mais on aura le droit de repartir avec l’une d’entre elles, en numérique.

 

« En sortant du métro Mabillon, je me souviens, on remontait le boulevard Saint-Germain jusqu’à l’église, on prenait la rue de Rennes, on entrait dans le Super-mag, juste avant la rue du Sabot, là où il y a le Monoprix aujourd’hui. Elle hésitait avant de s’offrir une paire de bas. Elle regardait plus qu’elle n’achetait.
Après, on allait à l’Old Navy, « la vieille nave », comme elle disait, boulevard Saint-Germain, côté Buci. On s’asseyait à la terrasse. Elle fouillait dans son sac, elle en sortait la grosse boîte d’allumettes qu’elle trimbalait toujours au milieu de ses mouchoirs, de son rouge à lèvres et de sa crème Lactacyd pour les mains. Et elle allumait une Gauloise en abritant l’allumette du vent dans l’arrière ouvert de la boîte. Le garçon arrivait. Elle commandait un demi. Moi, je buvais un Pschitt.
L’après-midi, souvent on se retrouvait au Luxembourg.
Une fois, on était assis, tous les deux devant le bassin. Elle venait de donner une pièce à la chaisière.
— Attends-moi ici, me dit-elle en se levant, je vais faire une course.
— Où tu vas ?
La panique, tout d’un coup.
— Ne bouge pas. Je reviens dans un quart d’heure, pas plus.
Elle est partie une demi-heure et, quand elle est revenue, elle ne me retrouvait plus, j’étais allé voir les bateaux, de l’autre côté du bassin, tout près. Elle est arrivée vers moi en courant.
— Où tu étais ?
— Là, par là…
Où était-elle allée, elle ? Je ne savais pas. S’acheter des bas comme elle avait dit ? Ou autre chose, moins avouable ? Elle s’était inquiétée, en tout cas. Cette peur sur son visage !
Elle se tamponnait le front avec son mouchoir. Elle se calmait peu à peu. On est sortis du jardin. Elle a dit :
— Ah, j’y pense.
Elle a ouvert son sac et puis m’a tendu une sucette, une Pierrot Gourmand. »
© Antoine Silber, Le Silence de ma mère, Denoël

 

« Doris. Doris Petersen. Je ne connais qu’une seule Doris, et c’est ma mère. En temps normal, elle n’était pas la meilleure personne du monde. Chérie, tes lacets. Chérie, tes devoirs. Viens dire un mot à l’oncle Matthew, hé chérie (elle clopait au téléphone). Chérie à tout bout de champ. Ça signifiait pas forcément qu’elle était dans de bonnes dispositions. Vers Noël, elle devenait franchement méconnaissable. Elle prenait son air bizarre, elle déraillait à la moindre bêtise. Noël n’était pas ma saison préférée. Ni la sienne. Ça se voyait à ses yeux. Doris Petersen avait quelque chose dans les yeux à l’approche des fêtes de Noël. Une marée. Une colère noire et muette. Elle arrêtait de plaisanter, elle ne se moquait plus de la vie. Le matin, elle prenait son café et disparaissait chez le coiffeur, à la banque, en ville ou ailleurs. Dieu sait où elle passait sa colère. Cette humeur d’encre coïncidait avec notre virée annuelle dans l’Idaho. »
© Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel, La Table ronde

 

« Que savait-il d’elle
Bien peu.
Une vie lisse. Mise à part sa jambe cassée au verglas… double fracture…
… s’est cassée la patte…
En allant faire des courses.
Oh ! pas loin… une épicerie à côté…
Habitaient encore en ville alors. Janvier Février Son frère était né en tout cas. Bébé.
Balayait claudiquante.
Quelques photos de sa mère resteraient. Souvenirs accrochés au papier. Fixés peu à peu en mémoire.
Dans l’allée d’un bois, elle et son beau-père. Une grande jeune femme alors. Longue et maigre dans son manteau.
… guère plus grosse qu’elle à son âge !…
Déjà vieux alors le grand-père. Classe 16 ! Droit malgré la canne. Et grand lui aussi. Pas comme son fils.
Une grande femme avec un p’tit bonhomme !… »
© Michel Brosseau, Mannish boy, publie.net

 

« Il n’y avait aucune photo du père du garçon dans la maison au nord de l’État. Il était persona non grata depuis Noël 1964, six mois avant sa naissance. Des photos de sa mère, il y en avait en quantité. Là, les cheveux blonds coupés court, les yeux très blancs en contraste avec son hâle. Et là aussi, c’était elle, les cheveux noirs, mais sans le moindre trait de ressemblance avec la fille blonde, avec qui néanmoins elle partageait une sorte de vivacité dans le regard.
C’était une actrice comme sa grand-mère, disait-on. Capable d’imiter n’importe qui. Le garçon n’avait aucune raison de ne pas le croire, n’ayant pas vu sa mère depuis l’âge de deux ans. Elle était la fille prodigue, la sainte déchue, comme l’icône que Grand-père avait un jour rapportée d’Athènes – argent luisant, encens musqué – mais personne n’avait jamais dit au garçon quelle était l’odeur de sa mère.
Et puis, il avait presque huit ans, une femme sortit de l’ascenseur, entra dans l’appartement de la Soixante-deuxième Rue Est, et il la reconnut aussitôt. On n’avait pas pris la peine de le prévenir. »
© Peter Carey, Un autre, Bourgois

 

« Par une nuit de décembre, un vendredi, comme d’autres entrent au Séjour des morts, me raconta un jour ma marraine, ma tante, elle, la sage-femme par excellence, je sortis des entrailles peureuses et gluantes de ma mère que les gens du pays de Baie-de-Henne donnaient pour une mule — cette bête hybride, issue de l’accouplement d’une jument et d’un âne et qui, selon eux, met bas soit des mouches, soit des abeilles — considérant qu’au bout des nombreuses liaisons qu’ils lui prêtaient, elle ne parvenait pas à tomber enceinte. Cette nuit-là, une foule de curieux, composée pour la plupart de femmes, se pressa autour de la maison qu’elle occupait encore, du haut de sa trentaine, avec mes grands-parents, jetant des coups d’oeil furtifs dans la pénombre de la grande pièce, avant que les plus braves n’y entrent, suivies de leurs enfants pleurnichards accrochés à leurs jupes malpropres. Toute cette foule scélérate entravait ses gestes, alors que j’étais une enfant qui se refusait à la vie, contraignant du coup ma mère à un état physique et mental déplorable, elle qui ne s’attendait plus d’ailleurs à se reproduire, de sorte qu’elle avait gardé le lit tout le long de sa grossesse, de crainte de me perdre suite à un faux pas dans la pierraille aiguë des sentiers du village. Pour déféquer, elle n’allait même plus s’asseoir sur le trône de lattes de mombin des latrines, dans l’arrière-cour, laissant à ma grand-mère la tâche de vider son pot de nuit — où flottaient ses selles ou l’écume de ses longues giclées de crachat — derrière la maison, dans ce ravin où ne coulait plus depuis longtemps aucune eau, non loin d’un petit bois où ma grand-mère allait aussi chercher des jeunes pousses de basilic avec lesquelles, après les avoir trempées dans une bassine d’eau fraîche, elle arrosait les quatre coins de cette petite chambre latérale qu’elle avait fait construire pour ma mère, quelques mois avant ma naissance. »
© Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard

 

« Je veux bien appeler Irène maman, je veux bien essayer. Elle vient me dire bonne nuit après que ma mère m’a couchée.
Ma mère, elle, est en train de border Clara. Irène, je me pousse contre le mur pour qu’elle s’asseye, je reçois son baiser.
C’est le deuxième visage de femme, après celui de ma mère, qui s’approche aussi près de mon front. Autant celui de ma mère est rond, autant le sien est ovale. Sa bouche a l’odeur du vin.
Même pour un simple bonne nuit, elle parle en principal.
Cette voix calme, c’est quand elle est normale.
Elles sortent en même temps de la chambre, et laissent toujours filtrer à travers la porte, pour Clara qui a peur du noir, un rai fin de lumière. »
© Sarah Cillaire, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? publie.net

 

« Mes parents sont nés à Przytyk, un village de Pologne pas très loin de Radom, dont la majorité de la population était juive. Ils s’étaient connus, je crois, au cours de la manifestation de protestation qui avait suivi le pogrom déclenché par des fascistes polonais. Il y eut plusieurs morts et plus d’une centaine de blessés. C’était le 9 mars 1936. Ma mère avait dix-neuf ans, mon père vingt et un. Ils se marièrent l’année suivante.
Orpheline de père, ma mère, née Hannah Horovitz, devint Hannah Appelbaum. Peu de temps après, sur l’insistance de mon père, ils quittèrent la Pologne pour venir vivre en France, bientôt rejoints par ma grand-mère maternelle, que ma mère ne s’était pas résignée à laisser seule.
Fait rarissime pour l’époque, ma mère était son seul enfant. J’ai appris, il n’y a pas si longtemps, qu’avant la naissance de ma mère, ma grand-mère, morte l’an passé et que j’appelais Boubé puisque c’était ma grand-mère, avait eu un premier enfant. Un garçon qui mourut très jeune de je ne sais plus quelle maladie.
Arrivé en France, mon père qui se prénommait Yankel, se fit appeler Jacques. Ma mère garda son prénom. »
© Robert Bober, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux, éditions P.O.L

 

« Pendant la grossesse, mon père est allé voir une prostituée. Il avait des maîtresses, assez nombreuses, c’était un homme volage, malheureusement avec cette prostituée-là, il y avait un hic : elle lui a fait cadeau de la syphilis. A cette époque, l’usage du préservatif était rarissime, j’imagine que seuls devaient l’employer quelques hygiénistes méticuleux ou des pervers, à titre d’accessoire. Quoi qu’il en soit, papa a ramené la syphilis à la maison et l’a refilée à maman. Quand ma mère a découvert qu’elle était malade, elle s’est évidemment précipitée à l’hôpital. Elle a passé des examens, puis les médecins lui ont annoncé qu’elle allait devoir subir un traitement assez lourd et contraignant. Oui, cela pouvait être dangereux pour le bébé. Mais ne pas traiter la maladie était pire encore, car cela entraînerait des dégâts irrémédiables pour elle comme pour moi. La mort dans l’âme, elle s’est résignée à prendre le remède, en injonctions.
A ce moment-là, quelque chose s’est brisé en elle. Sa jeunesse, sa naïveté, sa candeur, son désir de former avec son mari un foyer uni – tous ses rêves de paix conjugale étaient broyés, balayés. L’amour qu’elle portait à mon père venait de recevoir un coup fatal, il ne s’en remettait pas. Oh, bien sûr, elle n’a pas fait d’esclandre ni demandé le divorce. Il lui faudrait encore cinq ans pour prendre confiance en elle et franchir le pas. Mais le lien qui l’unissait à son mari, cet homme un peu plus âgé qu’elle, qu’elle adorait, qui la dominait et la fascinait, venait d’être sectionné. Désormais, il représentait une menace, un danger pour l’enfant. Elle devait se protéger et me protéger, et apprendre à vivre seule, contre lui. »
© Alexandre Lacroix, L’Orfelin, Flammarion

2 mai 2011

L’offre « Folio numérique » s’étend

Il y a quelques mois les éditions Gallimard numérisaient et mettaient en vente quelques titres de leur fonds (ceux d’Antoine de Saint-Exupéry, Simone de Beauvoir, André Malraux et André Gide) en alignant les prix sur la collection de poche Folio. En avril, la maison d’édition étendait son offre « petits prix » à la littérature française contemporaine (avec Patrick Modiano, Philippe Delerm ou Philippe Sollers), la plupart de ces titres accompagnant la parution d’une nouveauté. Ce mois-ci Gallimard réitère cette opération avec un auteur français (Catherine Cusset) mais surtout avec trois géants de la littérature mondiale (Orhan Pamuk, Ian McEwan et Erri De Luca) et très bientôt avec le roman culte de Jonathan Coe, Testament à l’anglaise. Tous ces ebooks proposés entre 4,60 € et 11 € (la moyenne se situant autour de 7 €) sont disponibles en PDF et en ePub sur place des libraires numérique ainsi que sur les sites des libraires-partenaires et en ePub sur ePagine. Pour chacun d’entre eux un extrait peut également être téléchargé gratuitement (cliquer sur le nom de l’auteur et laissez-vous guider). À noter pour les inconditionnels de l’auteur italien Erri De Luca qu’il rencontrera ses lecteurs à la librairie Folies d’encre de Montreuil ce mercredi 4 mai à partir de 18h30.

auteurs français contemporains

◊ Patrick Modiano coll. Blanche L’horizon • Folio La Petite bijou, Accident nocturne, Dans le café de la jeunesse perdue, Un Pedigree (conseil ePagine) et La Place de l’étoile

◊ Catherine Cusset coll. Blanche Un brillant avenir Folio Confession d’une radine, La Haine de la famille, Le problème avec Jane et Confession d’une radine

◊ Philippe Sollers coll. Blanche Trésor d’amour Folio Femmes

◊ Philippe Delerm coll. Blanche Le trottoir au soleil L’Arpenteur La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules Folio La sieste assassinée, Dickens, barbe a papa et autres nourritures délectables et La bulle de Tiepolo

auteurs traduits

◊ Ian McEwan coll. Du monde entier Solaire Folio Samedi (conseil ePagine), Délire d’amour et Expiation

◊ Orhan Pamuk coll. Du monde entier Le Musée de l’innocence Folio Mon nom est rouge (conseil ePagine) et La maison du silence

◊ Erri De Luca coll. Du monde entier Le poids du papillon (à venir) Folio Montedidio (conseil ePagine), Le contraire de un, Trois chevaux (à venir) et Pas ici, pas maintenant

◊ Jonathan Coe coll. Du monde entier La vie très privée de Mr Sim ; Folio Testament à l’anglaise (à venir)

ChG

6 avril 2011

Série Marc Pautrel #2 L’homme pacifique (Gallimard, 2009)

Après la lecture de Un voyage humain (le 28 mars), deuxième temps de cette série consacrée à Marc Pautrel. Aujourd’hui il sera question de L’homme pacifique. Très prochainement on poursuivra cette traversée avec Le moteur à os et autres récits pour terminer avec son essai sur l’écriture et les écrivains, La vie des écrivains classiques. Comme je le signalais la dernière fois, chaque chronique est accompagnée d’un extrait à lire sur ce blog (les premières pages). Pour aller plus loin, n’hésitez pas à télécharger gratuitement en ePub un extrait plus long sur ePagine. Pour ce faire, cliquez sur les titres ; un lien vous mènera directement sur la fiche de présentation.

 

À télécharger sur epagine.fr

Série Marc Pautrel #2 L’homme pacifique (Gallimard, 2009)

Un voyage humain (chroniqué la semaine dernière) et L’homme pacifique sont deux textes qui vont bien ensemble, chacun « s’emparant » de la vie ou d’un segment particulier de la vie d’un personnage. À chaque fois les événements (même les plus lointains) sont racontés au présent (un présent de narration le plus souvent). Et dans les deux cas il sera également question des choix (qu’on fait ou pas, qu’on assume ou pas) mais aussi de paternité et de filiation. Là s’arrête la ressemblance. Pour le reste, le narrateur de Un voyage humain et le personnage dont il est question dans L’homme pacifique se situent à l’extrême opposé. Si nous ne savons pas grand chose de l’histoire passée du premier (sinon à travers les bribes de ce qu’il vit au moment où il nous le raconte), le narrateur de L’homme pacifique entreprend de nous raconter la vie de son oncle et parrain, un homme qui vient de mourir. Nous commencerons donc ici par la fin et ferons des incursions dans tout le vingtième siècle en compagnie d’un homme né en 1926 et mort quatre-vingts ans plus tard, un homme qui face aux traumatismes (seconde guerre mondiale, mort prématurée de ses parents, mort de la femme de sa vie qui n’aura jamais pu avoir d’enfants…) aura toujours préféré l’apaisement à la colère.

Tout au long du roman, cet homme est décrit comme courageux, très intelligent (Il est capable, mentalement, de se situer sur une carte du monde et une carte du temps. C’est beaucoup.) ; il a également une excellente mémoire. S’il est pacifique c’est aussi un amoureux des armes à feu ; bien que très sociable personne ne connaît mieux que lui la forêt environnante. Combatif mais pas batailleur, patient mais pas résigné, il cultive les paradoxes mais jamais ne revient sur ses choix et a toujours une vision singulière du monde. Quand on n’a pas d’enfants, on ressent d’une manière plus intense le devenir de l’humanité, on peut voir en surimpression sur le monde la trace du temps, telle une autoroute en pointillé, écrit Marc Pautrel qui s’attelle ici à un roman sur la filiation, une filiation très particulière puisque cet homme n’aura pas de descendants directs. Personne pour se souvenir de lui et de sa femme, dit quelque part son neveu, le narrateur. Et c’est donc lui, celui qui est bien plus que son filleul (le fils spirituel, son fils d’adoption en quelque sorte) qui viendra entretenir cette mémoire-là.

En utilisant le présent de narration, Marc Pautrel rend le personnage de l’oncle encore plus vivant, ce qu’il est toujours pour ce narrateur. Et comme dans Un voyage humain, il n’y a pas un mot de trop ici, pas de débordements, pas de lyrisme non plus même si le texte n’est jamais sec ni trop distancié. La langue est simplement belle et le verbe précis et juste.

Ce roman est également d’une extrême finesse. S’il est bien question de l’oncle ici, on n’oubliera pas que son histoire est racontée par le neveu, personnage pudique (bien qu’affecté il prend bien garde de toujours rester digne) et secret (il ne dit presque rien de lui mais ne s’empêche pas de donner son avis et d’avancer dans « la genèse de [s]es prétentions », comme l’écrit Pierre Michon). C’est d’ailleurs là  (s’il fallait chercher bien entendu) qu’on entrevoit le mieux une certaine proximité entre les narrateurs de ces deux romans publiés chez Gallimard, une familiarité qu’on retrouve également chaque jour dans les carnets de Marc Pautrel sur son site.

ChG

 

 

Extrait de L’homme pacifique

La porte s’ouvre et il est là, allongé en travers de la salle du funérarium. Son visage est terriblement creux, il donne l’impression de souffrir. Ses mains sont jointes sur le thorax comme s’il dormait, mais en souffrant. Le lit est surélevé, au-dessus un grand crucifix a été cloué au mur, tout autour par terre ont été déposées des couronnes de fleurs avec des bandeaux indiquant leur provenance. La lumière est tamisée, il règne une odeur agréable diffusée par l’aération, et il fait très froid, c’est une étrange chambre à coucher. À côté, dans une petite pièce séparée par une porte coulissante, les frères et les belles- sœurs sont assis, parlent, boivent du café et mangent des biscuits. Tout le monde discute avec animation, le défunt était âgé, sans enfants, veuf, sa maladie le faisait souffrir, ç’aura été une délivrance. Sa présence si près de nous me gêne. Je sais qu’il n’est plus là, je sais qu’il est mort, que son corps s’est changé en cadavre, mais pourtant pour moi il est encore là et je suis perturbé de me tenir à ses côtés sans pouvoir lui parler.

Ses yeux sont fermés, le visage tourné vers le plafond, mais on ne le reconnaît qu’à moitié car il ne porte pas ses lunettes. On devrait enterrer un mort avec ses lunettes ; si comme le croient les Égyptiens et les Tibétains, et aussi les juifs, les chrétiens, le mort après son décès se réveille dans un autre monde où il peut aller et venir normalement, il aura besoin de ses lunettes là-bas. Je ne connaissais son visage que chaussé de ces lunettes dont il n’avait pas changé la monture depuis quarante ans, je ne le connaissais que les yeux grands ouverts, me regardant au travers de ces lentilles grossissantes. Ce visage nu aux paupières closes m’était inconnu : celui du repos et de la concentration, de la souffrance aussi. Ce mort allongé semble tellement souffrir ; il faut supposer que l’état mortel n’est pas un état agréable.

© Marc Pautrel, L’homme pacifique, Gallimard (L’Infini), 2009

 

 

Les quatre titres de Marc Pautrel disponibles en numérique sur ePagine :

Autres textes de Marc Pautrel non disponibles en numérique :

Pour aller plus loin :

28 mars 2011

Série Marc Pautrel #1 Un voyage humain (Gallimard, 2011)

Pour faire écho à son premier livre, je dirais que chaque texte de Marc Pautrel est une surprise. Auteur de plusieurs récits oniriques, poétiques et fantastiques chez différents éditeurs (Confluences, Atelier In8, publie.net), de deux courts romans (deux Vies) chez Gallimard dans la collection L’Infini et d’un essai sur l’écriture chez publie.net, il tient également sur son site un carnet quotidien et anime de manière plus irrégulière un blog. Auteur traditionnel mais aussi numérique, Marc Pautrel est avant tout un écrivain minutieux et opiniâtre. Le suivre au fil des jours à travers ses publications papier et numériques ainsi que dans son atelier est devenu, pour le lecteur que je suis, plus qu’une habitude : un geste important, une compagnie nécessaire. Il me semblait donc assez pertinent de lui consacrer une série de chroniques, profitant également de la parution récente de Un voyage humain (Gallimard) et du quatrième anniversaire de la naissance de son carnet. Cette série débute aujourd’hui avec la lecture de Un voyage humain ; elle se poursuivra avec L’homme pacifique puis avec Le moteur à os et autres récits et se terminera autour de La vie des écrivains classiques. Chaque chronique sera accompagnée d’un extrait à lire en ligne (les premières pages). Pour aller plus loin, n’hésitez pas à télécharger sur ePagine un extrait plus long, à visiter ses site et blog et à lire l’entretien de Bernard Strainchamps sur Bibliosurf.

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Série Marc Pautrel #1 Un voyage humain (Gallimard, 2011)

Téléchargez la version numérique sur ePagine.

C’est sans doute parce que sa manière de raconter des vies me rappelle celle de Pierre Michon que je me suis mis à aimer lire Marc Pautrel. Et il y aurait sans doute quelque chose à creuser là, dans cette filiation littéraire. J’ai également immédiatement aimé cette façon qu’il a de saisir un segment précis, de s’emparer de la vie d’un personnage au moment où ce dernier est amené à prendre une décision importante. Et bien souvent, ce moment-là de la décision a quelque chose à voir avec… la filiation justement. À lire ses romans mais également ses récits et son essai, cette problématique est omniprésente. On y reviendra donc souvent.

Je disais que les deux romans de Marc Pautrel (mais également nombre de ses récits) mettent en scène des personnages face à leurs choix. Certains les assument, d’autres pas ; certains les regrettent amèrement, d’autres ne seront jamais apaisés. Parmi les décisions à prendre, choisir de faire un enfant n’est jamais un acte neutre. Imaginez Bartleby face à cette question ! Si on devait poser cette question au personnage de Marc Pautrel (celui de Un voyage humain), il serait plutôt du genre à répondre « je ne sais pas », ce qui en soi est déjà une réponse parce que « le monde de l’avenir nous est inconnu, (que) nous ne savons presque rien sur la suite ». Mais répondant soudainement oui à sa compagne dans des circonstances très particulières, on comprendra pourquoi (au bout de trois semaines de « voyage humain ») cette décision entraînera des conséquences encore plus douloureuses — pour lui, pour le couple.

Un voyage humain, c’est donc ça : raconter l’attente d’un enfant du point de vue masculin avec une économie de moyens, en posant le mot juste, en évitant le pathos, le jugement, le conflit. C’est efficace. On ne reviendra pas sur le pourquoi du comment : lisez plutôt les premières pages, vous comprendrez tout des motivations de ce personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Juste préciser que la suite de cette histoire aurait pu se dérouler en une suite de verbes : concevoir, imaginer, rater, recommencer, attendre, tester, choisir, regarder et toucher, réaménager… Sans vouloir non plus tout dévoiler (vous avez d’ailleurs peut-être déjà lu des notes de lecture sur ce roman), on peut juste dire que le narrateur, bien qu’il y ait un peu pensé au début, s’est tant jeté dans le fantasme de la paternité qu’il a fini par oublier que la vie et la mort étaient indissociables. Je dis ça parce qu’il m’aura fallu deux lectures pour voir en lui deux facettes d’un même personnage. J’ai d’abord fait ce voyage en sa compagnie et, comme lui, je suis resté tétanisé aux alentours du 14e chapitre. Mais lors de la deuxième lecture j’ai vu de l’égoïsme et de la naïveté chez lui. « Je n’étais rien, je suis devenu tout, et on m’enlève ce tout (…), ce futur et ce présent porteur de futur. », dit-il. « Je n’étais pas venu sur terre pour ça. », dit-il encore. Et pourtant, chaque prise de décision est un acte qui porte à conséquences ; on n’est pas ici dans la rêverie mais dans la réalité. « Elle n’est pas là et, même quand elle est là, elle reste avec son corps, le fonctionnement autonome de ce corps et le choix qu’il a fait, qui la préoccupe davantage que mes sentiments. », dit-il toujours, parlant de sa compagne. Il est une fois encore question de choix (celui que fait le corps à un moment donné) bien qu’il soit associé par le narrateur à un coup du sort. Même si ce qu’il souligne à plusieurs reprises dans ce récit est intéressant (cette difficulté pour l’homme de vivre la grossesse, forcément vécue de l’extérieur), on a plus d’une fois envie de dire à cet homme en colère qu’on ne devient pas père en trois semaines. Mais pour cela il faudrait reprendre le récit depuis le début et se souvenir dans quelles circonstances ce projet s’est fait.

Cet homme, en effet, n’est pas un pacifique, il utilise d’ailleurs le terme « guérilla » pour décrire son rapport au quotidien. En cela il est à l’extrême opposé de cet autre personnage, L’homme pacifique, dans lequel le narrateur dresse le portrait de son oncle et Parrain né en 1926 et mort quatre-vingts ans plus tard, homme qui face aux traumatismes (seconde guerre mondiale, mort prématurée des parents, mort de la femme de sa vie qui n’aura jamais pu avoir d’enfants…) préférera l’apaisement à la colère.  Mais on verra ça dans la prochaine chronique.

ChG

 

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Extrait du premier chapitre de Un voyage humain
Gallimard (L’Infini), 2011

1

Un jour, elle qui n’écrit presque jamais, elle m’envoie une lettre. Je suis bloqué dans la capitale, je ne reviendrai dans sa ville que dans deux semaines, le trajet est long, et cher, nous nous sommes séparés trois mois avant, puis nous nous sommes réconciliés, mais c’est peut-être fragile, je ne sais pas. Elle me reproche de toujours dire cette phrase : « Je ne sais pas. » Mais le monde de l’avenir nous est inconnu, nous ne savons presque rien sur la suite.
J’ouvre son enveloppe, j’aime recevoir du courrier à l’ancienne, et cette fois mon nom et mon adresse ont été tracés avec les belles lettres calligraphiées de son écriture à elle, une écriture de travailleuse manuelle avec des majuscules élancées et ornementées comme des lettrines. L’enveloppe contient une belle carte postale. Les mots qu’elle a écrits me bouleversent. Elle répond à une question que je lui avais posée il y a longtemps, avant l’été, avant que je claque la porte, définitivement croyais-je, exténué par notre vie. Elle me dit qu’elle a réfléchi, que c’est non par principe mais que pour moi, pour moi qui suis moi, ce sera oui, parce que c’est moi. C’est la lettre la plus courte et la plus belle que j’aie jamais reçue.
Cette carte postale me fait changer d’avis, elle me vrille et elle bascule mon axe. Si elle revient sur sa décision, alors moi aussi. Je suis prêt à changer de vie pour suivre sa décision. Je mesure l’effort qu’elle aura fait. Je la vois qui tourne et tourne et tourne pendant des heures, la nuit sans sommeil, la journée dans le vide à répondre à côté aux questions de sa grande fille, de son jeune fils, préoccupée, absente. Je la vois se concentrer, penser fortement en faisant toutes ces tâches ménagères qu’elle sacralise pourtant tellement d’habitude. Je la vois qui baisse enfin la tête, résolue, qui choisit une carte illustrée parmi celles qu’elle garde dans le tiroir à souvenirs de son bureau, et qui trace ces mots.
Je la vois qui colle le timbre sur l’enveloppe, écrit mon nom et mon adresse, à destination de cette grande ville qui lui déplaît, où pour rien au monde elle n’habiterait un jour. Je la vois qui descend l’escalier jusqu’à la cuisine, lace ses chaussures, sort dans la rue, descend la chaussée en pente jusqu’à la petite place et glisse l’enveloppe dans la boîte à lettres au jaune éclatant. Il fait très froid mais le ciel est magnifique, bleu acier avec un soleil éblouissant et venté, un grand souffle lumineux qui balaie les hauteurs de la ville. Il ne lui reste plus qu’à attendre deux jours, que je reçoive la carte, que je l’appelle, que je réponde, oui ou non, elle pense que oui, elle n’est pas sûre.

© Marc Pautrel, Un voyage humain, Gallimard (L’Infini), 2011

 

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7 mars 2011

Extraits, succès, mises en avant et poésie numérique

Démarrons la semaine avec une nouvelle rubrique : « Lire comme quatre » présentera en quatre points et à l’heure du déjeuner l’actualité d’ePagine*. Aujourd’hui, nous commencerons par télécharger gratuitement quelques extraits en ePub (guides MAF et LC éditions), découvrirons les deux mises en avant prochaines des éditions Gallimard (Philippe Delerm et Fabrice Colin), partagerons le succès numérique d’Arnaldur Indridason et lirons à haute voix trois poètes contemporains (Éric Dubois, Claude Favre et Jean-Michel Espitalier) tandis qu’on inaugure aujourd’hui le 13e Printemps des poètes.

* Comme cette rubrique se veut dépendante de l’actualité mais aussi de l’activité de l’équipe ePagine, elle sera régulière mais pas forcément journalière.

Extraits à télécharger gratuitement

Parmi les derniers extraits reçus la semaine passée, je vous invite à découvrir ceux proposés par les Guides MAF : 4 titres au catalogue dont 3 guides interactifs de voyage (textes, images, musiques et voix) qui permettent d’être au plus près de la personnalité de Léonard De Vinci ainsi qu’un manifeste pour une écriture et une lecture hypermédias. Reçus également de LC éditions les extraits de tous leurs titres disponibles au catalogue : romans français et étrangers dont Pourquoi j’ai tué Françoise Sagan ? de David Batov et Chiens féraux de Felipe Becerra Calderón, deux titres chroniqués sur ce blog ici et , ainsi qu’un roman de Stéphane Vallée disponible en français (Hommes de guerre) et en anglais (Men at war). Ces deux maisons d’édition proposent tous leurs ebooks en ePub sans DRM. Grand merci à elle pour leur confiance.

Le succès Arnaldur Indridason

Face au succès en numérique de La rivière noire de Arnaldur Indridason (meilleure vente sur ePagine depuis plusieurs jours déjà), les éditions Métailié ont pris la décision de commercialiser les 6 autres romans noirs de la série du commissaire Erlendur Sveinsson traduits en français. Tous ces titres sont proposés en format ePub sans DRM (15 € chaque enquête). Trois autres titres de cette série écrite par cet auteur islandais restent à être traduits : les deux premières enquêtes publiées en Islande en 1997 et 1998 ainsi que la dernière disponible dans son pays depuis 2009.

Deux mises en avant chez Gallimard

Profitant de la sortie récente du Trottoir au soleil (janvier), Gallimard proposera cette semaine quatre autres titres de Philippe Delerm en numérique (en format ePub exclusivement, avec DRM) : La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (9,90 €), Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (4,60 €), La bulle de Tiepolo (5,10 €) et La sieste assassinée (4,60 €). Côté Gallimard Jeunesse, signalons aussi que les 3 tomes de la série « Les étranges sœurs Wilcox » de Fabrice Colin (Les vampires de Londres, L’ombre de Dracula et Les masques de sang) sont désormais tous disponibles en édition numérique (chaque tome est proposé en PDF à 10,50 € et en ePub à 11,50 €).

Printemps des poètes et poésie numérique

Le Printemps des poètes est une manifestation annuelle qui proposera jusqu’au 21 mars prochain des lectures dans les librairies, les bibliothèques, les écoles… Mais cette année, le Printemps des poètes sera également numérique. Publie.net vient en effet de mettre en ligne trois textes importants : Radiographie d’Éric Dubois, décrit comme une « autobiographie aux rayons X » ; le très enivrant poème de Claude Favre (Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre), auteur dont je vous recommande tout particulièrement la lecture : une fois encore, l’écriture de Claude Favre est batailleuse et les glissements syntaxiques toujours justes et percutants ; notez également son sens du rythme (d’ailleurs la mise en page est toujours très importante pour elle) ; ici, l’humour noir surgit souvent derrière une vision syncopée de ses portraits de femmes où la brutalité du réel (l’archéologie du présent) est magnifiée par une langue rocailleuse. Un conseil : lisez ce texte à haute voix ! Enfin, tout juste en ligne, En guerre de Jean-Michel Espitallier, une autre voix qui m’accompagne depuis longtemps. Je n’ai pas encore lu ce texte-ci mais j’ai grande confiance ! L’éditeur signale par ailleurs qu’il s’agit ici d’une expérience inédite. « Un des chapitres de l’epub s’intitule Army, c’est un enregistrement live de 50 minutes au Triangle de Rennes, Jean-Michel Espitallier accompagné par le compositeur et performeur Kasper T Toeplitz – et vous comprendrez à l’écoute pourquoi ce chapitre-là ne se résolvait pas à l’écrit ! » À lire sur tous supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette…) mais sachez que la version audio est optimisée pour tablettes iPad et Androïd. Ces trois titres sont proposés à 3,49 € sans DRM.

Bonnes découvertes !

ChG

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