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Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

7 novembre 2009

L’Éclat de voix

Forge bruxelloise

 

L’Association des libraires indépendants américains (American Booksellers Association) a récemment demandé au Département de la justice l’ouverture d’une enquête sur les pratiques commerciales de trois librairies spécialisées dans la vente en ligne, Amazon.com notamment, et qui proposent dix nouveautés (dont John Grisham, Stephen King ou encore Barbara Kingsolver) en première édition hardcover à 8,98 dollars (6 euros), alors qu’elles sont vendues dans les librairies entre 25 dollars (16,70 euros) et 35 dollars (23,30 euros). L’association rappelle que « le livre n’est pas un produit comme les autres, avec une marge plafonnée, et que de telles pratiques mettent en danger toute l’industrie du livre. (…) Elle souligne que le secteur est déjà fragilisé par l’édition numérique et en particulier les prix pratiqués par Amazon.com, pour les nouveautés. » (sources : Livres Hebdo)

Cette mauvaise nouvelle rappelle à bien des égards le combat qui a eu lieu en France dans les années soixante-dix jusqu’à ce que la loi sur le prix unique soit votée en 1981 et montre une fois encore toutes les fragilités d’un système et d’une profession (celle des libraires), attaqués de toutes parts. En France toujours, parmi les éditeurs, libraires, écrivains, bibliothécaires volontaires, velléitaires, actifs, un homme a pris parti et ne s’est pas fait que des amis. Il s’appelle Michel Valensi et il est directeur éditorial des éditions de L’Éclat qui, créées en 1985, publient essentiellement des ouvrages d’histoire et de philosophie, des essais sur les trois religions monothéistes et des livres sur la musique, l’anthropologie ou encore le théâtre. Plus de deux cents ouvrages figurent aujourd’hui au catalogue à travers dix collections : la collection « Philosophie imaginaire » accueille les écrits de Hermann Broch ou encore de Emmanuel Fournier. « Premier secours » fait la part belle aux utopies, avec Philip K. Dick ou encore le bolo’bolo de P. M. « Polemos » est consacrée à l’histoire, la pensée et la littérature grecques : on y trouve les livres de Giorgio Colli, de Louis Guillermit ou de Leo Strauss. Les ouvrages de Jacques Bouveresse sur Wittgenstein ou Musil et les essais de Paolo Virno figurent quant à eux dans la collection « Tiré à part ». « Paraboles » met en lumière le poète Yehuda Amichaï ou encore les récits de Patricia Farazzi. « Bibliothèque des fondations » est publiée sous les auspices de la Fondation du Judaïsme français avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. « Kargo » aborde des sujets aussi variés que les musiques d’hier et d’aujourd’hui, le théâtre, les diasporas noires ou la danse et présente La jetée, le ciné-roman de Chris Marker. Rajoutons à cette liste « Terra cognita » (anthropologie), Lire les philosophies et la « bibliothèque hébraïque », appelée également « Nouvelle collection (sic) ».

Outre son activité éditoriale, Michel Valensi, depuis près de dix ans maintenant, s’interroge sur la question du (ou des) livre(s) numérique(s). Dans l’édition, avec François Bon notamment, il fait d’ailleurs partie des pionniers en la matière. Tout commence en avril 2000 avec le «Petit traité plié en dix sur le lyber» (in Libres enfants du savoir numérique, anthologie du libre préparée par Olivier Blondeau et Florent Latrive, publié par L’Éclat et disponible sur leur site). Il y promeut ainsi le LYBER (gratuité des contenus, commercialisation des livres-pas-électronique par l’intermédiaire du réseau libraire). « Le Lyber c’est la coexistence d’un même contenu sur deux supports, explique-t-il lors d’un entretien en juin 2002. Un support papier, traditionnel, un LIVRE, vendu dans des librairies ET un support numérique que toute personne peut consulter, télécharger, imprimer à sa guise sur le site des éditions (gratuitement et intégralement). » En août 2005, il signe un accord de partenariat avec le moteur de recherche Google, ce qui déclenche une première polémique dans le monde du livre et l’amène à Faut-il une grande cuillère pour signer avec Google ?, texte raphael_nuagedans lequel il explique ses choix et ses orientations. « Libraires, éditeurs, diffuseurs, aujourd’hui doivent penser ensemble les moyens de rappeler aux oublieux qui cherchent des livres que lesdits livres se trouvent dans les librairies et que ces librairies se trouvent au coin de la rue, mais que leurs vitrines sont désormais accessibles sur Internet. En d’autres temps, des collectifs de libraires s’étaient organisés pour répondre à une importante mutation (loi sur le prix unique, début de l’informatisation, etc.). Ce même type de démarche devrait pouvoir être accomplie pour accompagner un mouvement qui ne sera pas freiné, mais dont la direction est encore incertaine. En avons-nous encore la force ? » Ce qu’il suggère alors serait une version « en ligne » de ce qu’a pu être le collectif L’Œil de la lettre qui réunissait de nombreuses librairies indépendantes jusqu’à sa dissolution dans les années 90.

Depuis janvier 2009, sur le site de la maison d’édition, un lien permet d’accéder à la plupart des titres du catalogue et de lire en partie les ouvrages. « Certains auteurs ont refusé d’y apparaître, d’autres livres sont en cours de numérisation, les nouveautés ne figurent pas encore. », y précise-t-on. Il est également possible d’acheter les livres auprès d’enseignes exclusivement consacrées à la vente en ligne ou de portails de libraires qui se sont associés pour faire de la vente en ligne dont Place des libraires et Lekti-ecriture. « La consultation et la vente en ligne d’ouvrages prennent de l’ampleur, lit-on plus loin. Elles posent un grand nombre de problèmes, mais feront bientôt partie de notre « pratique » de lecture. Nous avons voulu, en établissant ces liens, favoriser nos partenaires historiques dans ce métier du livre en pleine mutation. »

Suite à un nouveau texte, Marchands de bits écrit en novembre 2008 contre le projet Gallica 2 qui, selon lui, « plante dans le dos de l’édition française des e-banderilles qui finiront par avoir raison du livre. », de nombreuses réactions auront lieu, notamment de la part du Président de Numilog, Denis Zwirn, à qui la BNF avait confié la rédaction d’une étude en vue de la création de la Bibliothèque numérique européenne, François Gèze (directeur des éditions La Découverte) et François Bon.

Petite précision : lors de chacune de ses interventions, Michel Valensi a défendu Tite-Live et ePagine, « partenaire du livre depuis déjà plusieurs années et dont le projet a l’énorme avantage (éthique) d’impliquer les libraires dans ce processus de vente, rétablissant ainsi la chaîne traditionnelle du livre. » Depuis, joignant « le texte » à la parole, il a confié sept de ses livres numérisés à ePagine, cinq classiques : De la dignité de l’homme de Giovanni Pico della Mirandola (5ème édition dans sa version papier), Symbole : Les Juifs de Ernst Bloch (mars 2009), Éthique de Spinoza (réédité en 2007), Le Banquet des Cendres de Giordano Bruno (déjà à sa 3ème édition dans sa version papier) et l’indispensable Théorie de la folie des masses de Hermann Broch (septembre 2008) ; également au catalogue Le Treizième Apôtre (ce qui dit vraiment l’Évangile de Judas) de April DeConick, professeur d’Études bibliques à l’Université de Rice à Houston et spécialiste de l’ancien judaïsme et de la pensée chrétienne (collection « Nouvelle collection (sic), publié en novembre 2008) et Utopies réalisables de Yona Friedman (collection Premier secours, paru pour la première fois en 1974 et publié en 2000 dans une édition revue et augmentée). D’autres titres rejoindront prochainement le catalogue ePagine. Et sans doute, d’autres interventions de Michel Valensi sur son site ou ailleurs. A suivre de très près. Comme la plainte déposée par L’Association des libraires indépendants américains.

Christophe Grossi

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Livres des éditions de L’Éclat numérisés et cités dans cette chronique :


Autres livres ou auteurs cités :

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