Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

9 avril 2013

L’Art de la thérapie de Irvin YALOM (éd. Galaade) : conseils à un jeune psy et à ses patients

À l’occasion de la parution en papier et en numérique de L’Art de la thérapie, nouveau livre de l’auteur mondialement connu Irvin Yalom, les éditions Galaade proposent un prix de lancement pour la version numérique : 9.99 € jusqu’au 22 avril 2013 (il sera vendu ensuite 14.99 €). Cette sortie est accompagnée de autres deux baisses de prix pendant la même période, notamment son dernier roman paru en 2012, Le Problème Spinoza (9.99 € au lieu de 14.99 €) et l’un de ses romans les plus célèbres, Le Jardin d’Épicure (9.99 € au lieu de 13.99 €). Les 5 autres titres, Et Nietzsche a pleuré, La Malédiction du chat hongrois, La Méthode Schopenhauer, Mensonges sur le divan et En plein cœur de la nuit, restent à leur prix habituel (entre 4.99 € et 9.99 €).

 

9.99 € la version numérique jusqu’au 22 avril 2013 (14.99 €, ensuite)

IRVIN YALOM, L’ART DE LA THÉRAPIE
essai traduit de l’américain par Anne Damour
ÉDITIONS GALAADE, 2013

« Soyez patient en face de tout ce qu’il y a d’irrésolu dans votre cœur et essayez d’aimer les questions elles-mêmes. » – Rainer Maria Rilke*

Le fantôme de Rainer Maria Rilke accompagne cet essai. Se souvenant des Lettres à un jeune poète, le docteur Yalom nous livre ici les conseils qu’il pourrait donner à un jeune psy et à ses patients. L’Art de la thérapie nous invite à aborder en 85 épisodes les thèmes qui sont au cœur de la thérapie existentielle : le rôle essentiel de la relation, le dévoilement de soi, l’ici et maintenant ou l’importance des rêves. Invoquant tour à tour Épicure, Freud, Nietzsche, Schopenhauer ou Spinoza, Irvin Yalom explore les différentes approches, pratiques, philosophiques ou émotionnelles présentes dans toute thérapie. Ainsi le patient comme le psy pourront-ils en tirer un enseignement précieux – une meilleure appréhension de la complexité et de l’incertitude qui sous-tend l’entreprise thérapeutique.

* Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke sont disponibles dans trois éditions en numérique

 

Irvin Yalom est né à Washington en 1931 de parents russes. Docteur en médecine depuis 1956, professeur émérite de psychiatrie à Stanford depuis 1994, il est psychiatre à Palo Alto (Californie) et animateur de thérapies de groupe.
Il est l’auteur de nombreux essais, romans ou récits, traduits dans le monde entier, dont La Méthode Schopenhauer, Mensonges sur le divan, Et Nietzsche a pleuré, Le Bourreau de l’amour, Thérapie existentielle ou Le Problème Spinoza, tous publiés en France aux éditions Galaade.

 

Infos utiles :

site des éditions Galaade
• titres des éditions Galaade disponibles en numérique sur ePagine
site d’Irvin Yalom
• titres d’Irvin Yalom disponibles en numérique sur ePagine
entretien avec Irvin Yalom (Tribune juive, septembre 2009)
revue de presse Irvin Yalom

 

12 mars 2013

Maîtriser le nucléaire de Jean-Louis Basdevant, 2e édition : Sortir du nucléaire après Fukushima

Reprise aujourd’hui du billet posté en mai 2011 dans lequel nous présentions l’ouvrage de Jean-Louis Basdevant, Maîtriser le nucléaire. Si dans la première édition, l’auteur posait les bonnes questions mais restait très prudent quant à un engagement pour ou contre le nucléaire, dans cette deuxième édition entièrement refondue, il s’engage beaucoup plus, donne les moyens de prendre position, allant même jusqu’à sous-titrer son essai Sortir du nucléaire après Fukushima. Cette nouvelle édition comprend également une synthèse sur les ressources énergétiques très intéressante pour tenter de mieux comprendre ce qui se passe au niveau local et mondial. Par ailleurs, ePagine a actualisé sa sélection de livres numériques (essais, témoignages, fictions) sur le nucléaire et Fukushima.

 

reprise du billet du 20 mai 2011 (avec bonne couv, bon titre bons liens)


Depuis l’accident de Fukushima je me pose un certain nombre de questions, comme vous sans doute, mais j’ai du mal à y voir clair. Quand j’ai appris que les éditions Eyrolles allaient mettre en ligne Maîtriser le nucléaire de Jean-Louis Basdevant je me suis dit que l’occasion me serait donnée là de mieux saisir ce qui s’était passé et ce que l’avenir nous réservait. En réalité cet essai s’applique à décrypter de manière scientifique ce qu’est l’énergie nucléaire ainsi que ses applications et, si les accidents de Windscale et Three Mile Island ou la catastrophe de Tchernobyl sont clairement abordés, l’auteur consacre peu de pages à Fukushima (ce qui s’entend puisque rien n’est encore terminé et qu’on est loin d’avoir tout identifié à l’heure où j’écris ce billet*). L’auteur a eu raison pourtant : pour comprendre ce qui s’est passé au Japon il lui fallait d’abord redéfinir ce qu’étaient l’atome, les électrons, les protons, les neutrons… et refaire le parcours du nucléaire : de la découverte des rayons X et de la radioactivité à l’avènement de l’industrie nucléaire civile en passant par les premières expériences aux alentours de 1900 ou encore les différentes techniques qui ont fait avancer des domaines aussi différents que la médecine, l’astrophysique ou les arts. Le problème ce n’est pas lui, c’est moi.

* ce n’est en effet plus le cas dans la 2ème édition

Avant d’ouvrir l’ouvrage, j’avais lu qu’avec quelques schémas et beaucoup d’exemples l’auteur nous expliquait en termes clairs ce qu’était l’énergie nucléaire et quelles étaient ses applications. C’est donc vrai. Il y a bien des schémas, des tableaux, des photos et l’auteur aborde effectivement ce sujet-là. Malheureusement, ayant eu les notes que j’ai eues en physique et en chimie (c’est-à-dire assez nulles), j’ai failli abandonner plus d’une fois et j’ai été amené à plusieurs reprises à sauter des pages entières, trop techniques pour moi. Si j’ai tout compris de son avant-propos et de son premier chapitre, tout ce qui pouvait concerner les effets des rayonnements ionisants, la fission ou la production d’énergie électro-nucléaire est resté aussi flou après la lecture. Heureusement (si je puis dire) est arrivé le chapitre sur les accidents et catastrophes nucléaires où j’ai à nouveau pu reprendre le train en marche. L’auteur revient sur les accidents de manière chronologique, explique ce qui s’est passé et pourquoi on en est arrivé là : série d’erreurs humaines, violation des consignes de sécurité, défauts de conception, défaillances mécaniques, causes politiques, rétention d’informations… La fin de l’ouvrage, consacrée à deux dossiers (données sur l’énergie et prolifération nucléaire), est également assez accessible.

Il faut savoir aussi que ce livre est destiné à fournir de l’information sur l’énergie nucléaire. « Je me suis refusé, écrit l’auteur, à entrer dans la moindre comparaison ou polémique. Il y a beaucoup de sources alternatives d’énergie : solaire, éolienne, géothermique, biomasse, charbon et pétrole. Je n’ai pas non plus évoqué la pollution, l’effet de serre, et toutes les préoccupations écologiques auxquelles je suis attaché personnellement. N’ayant fait ici aucune analyse de ces énergies alternatives, ni des questions d’environnement, je ne peux pas prendre parti. Ce serait des mots en l’air irresponsables. Je veux néanmoins dire que, dans le chapitre 7, il est clair que les pays développés consomment des quantités d’énergie considérablement plus élevées que les pays émergents ou en voie de l’être. La comparaison de l’Asie ou l’Afrique avec l’Amérique du Nord ou l’Europe est impressionnante. Je ne peux pas admettre que les habitants de la planète n’accèdent pas tous, le plus rapidement possible, à un confort de vie équivalent. » (extrait du chapitre 9 « Que penser et que faire après Fukushima ? », 2.1 : « Exploitation des divers types d’énergie »).

Cet ouvrage, Maîtriser le nucléaire de Jean-Louis Basdevant, est édité par les éditions Eyrolles. Il est disponible en papier et, sur ePagine, en numérique (13,99 € en ePub, sans DRM).

ChG

Ancien élève de l’École normale supérieure, directeur de recherche au CNRS, Jean-Louis Basdevant a été pendant trente-cinq ans professeur à l’École polytechnique dont il a dirigé le laboratoire de physique ; à côté de son célèbre cours de mécanique quantique, il a créé les cours d’énergie nucléaire et d’énergie-environnement. Spécialiste de physique des hautes énergies et d’astrophysique nucléaire, il a travaillé au Lawrence Berkeley National Laboratory, au CEA à Saclay, au CERN à Genève, au Fermi National Accelerator Laboratory et à l’Argonne National Laboratory, près de Chicago, et à l’INFN de Turin. Au fil de sa carrière il a effectué plusieurs expertises sur les installations et les matériels nucléaires ainsi que sur le stockage des déchets en France.

11 mai 2012

#VendrediPublie avec Milad Doueihi, Juliette Mézenc, Christine Jeanney, Antoine Boute et Cathie Barreau

 

C’est la deuxième semaine du #VendrediPublie. Les utilisateurs de twitter comprendront (j’espère) la présence de ce mot-clé étrange ici. Pour les autres, si vous avez manqué les épisodes précédents (ici et ), sachez que la coopérative d’auteurs publie.net donne désormais rendez-vous à ses lecteurs chaque vendredi en proposant 5 titres issus du catalogue numérique à un prix découverte jusqu’au lundi soir. Parmi ces cinq découvertes vous trouverez la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. De la littérature contemporaine (poésie, récits) bien sûr mais aussi des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Aujourd’hui vendredi 11 mai, et jusqu’à lundi 14 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 €) sur chacun des 5 titres suivants :


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Paru aux éditions du Seuil en septembre 2011, Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi, a de suite fait partie des quelques livres importants qui s’intéressent en profondeur aux rapports entretenus entre les nouvelles technologies, le numérique, les réseaux sociaux, l’individu et la société via notamment la question de la « culture ». C’est d’ailleurs par ça que commence son essai et c’est aussi ce que je vous donne à lire ci-dessous. Grande chance pour nous que ce texte soit enfin disponible en numérique. Il est publié ici dans la collection Washing Machine dirigée par Hubert Guillaud.


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Après avoir publié Sujets sensibles il y a 3 ans, publie.net vient de mettre en ligne un nouvel ensemble de Juliette Mézenc intitulé Poreuse, un récit polyphonique et labyrinthique, ludique et pensé. Bien que ce récit offre la possibilité d’une lecture non linéaire, les gardes-fous sont ici assez maîtrisés pour que chacun de nous puisse se faire sa propre histoire à partir des fragments écrits par Juliette Mézenc sans avoir l’impression d’être face à un amas de textes. Il y aurait donc, si nous voulions insister, autant d’histoires possibles qu’il y aurait de lectures. Les hyperliens permettent cette exploration, cette aventure, avec possibilité d’avancer, de prendre une autre histoire en cours ou bien de revenir en arrière. Très vite vous comprendrez qu’il y a là trois personnages. Ce sont eux que vous suivrez. Au-delà du côté ludique et technologique, au-delà de la prise de risque et de l’inventivité, on est bien ici dans un beau projet littéraire où l’écriture ciselée et le sujet (avec tonalités sensibles, cyniques et politiques) méritent d’être salués. Deux extraits ci-dessous pour vous donner une idée de ce projet.


• REMISE EN AVANT. Je suis très heureux que cet ensemble de textes avec photos de Christine Jeanney (et ses 50 contributeurs) soit repris aujourd’hui. Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus ce sont 180 todo listes, les 180 premières devrais-je dire puisque aujourd’hui Christine Jeanney vient de publier sur son site la 315ème. Une rigueur oulipienne et une prouesse littéraire d’abord. Une inventivité renouvelée, un regard singulier sur l’autre et le monde, une œuvre poétique et politique avec beaucoup d’humour. À ne pas manquer surtout ! Un deuxième tome est en préparation me semble-t-il. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus j’avais fait une présentation de ce premier tome ici.


• REMISE EN AVANT. Brrr… de Antoine Boute est un vrai roman policier. « En fait, non. Plein de romans policiers – des rêves ou des cauchemars pire que des romans policiers. Tous les codes, hémoglobine, marques de chaussures, coprophagie même, ça décape. Et parmi les personnages de passage, pas moins que Jésus, King Kong ou la poésie lettriste elle-même. Ou faire un best-seller avec un livre sur la vie des têtards composé via Internet, vous sauriez, vous ? C’est bien un seul polar géant et malsain de 150 pages qu’on propose d’avaler – ça secoue la réalité. » (présentation de publie.net)


• REMISE EN AVANT. Refuge sacré de Cathy Barreau. « Si ce livre est si fort, c’est que Cathie a choisi le risque maximum : l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, dont l’existence ne s’est pas arrêtée avec Antonin Artaud et Camille Claudel. Elle choisit la forme du carnet de voyage, s’y rendre, villes, traversées, et puis ce qu’on y fait. Ateliers d’écriture, performance théâtrale des textes. Discussions de fond avec les soignants. La façon dont tout cela s’imbrique. Ce qui est posé par Cathie Barreau, outre la force d’abîme de l’expérience elle-même, c’est la question même de la littérature et du langage dans le lieu même d’où ils ont été détruits, et qu’on ne renonce pas à l’humain. » (présentation par François Bon)


Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).

Bonnes découvertes !

ChG


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Extrait de Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi,
publie.net, collection Washing Machine

 

POURQUOI UN HUMANISME NUMÉRIQUE ? Non par goût de la provocation mais plutôt par souci de réalisme. Cet humanisme qui donne son titre à cet essai n’est point l’expression d’une volonté archaïque ni d’une quelconque nostalgie de l’antique, d’une époque supposée plus stable, plus sereine et plus cohérente. L’humanisme numérique est au contraire le résultat d’une convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. D’une convergence qui, au lieu de simplement renouer l’antique et l’actuel, redistribue les concepts, les catégories et les objets, comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau. L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l’échelle mondiale, et parce que le numérique, malgré une forte composante technique qu’il faut toujours interroger et sans cesse surveiller (car elle est l’agent d’une volonté économique), est devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se caractérise par les nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine.

Cette dimension culturelle est évidente dans la crise actuelle de certains de nos objets les plus classiques. En premier lieu, les objets hérités de la culture de l’imprimé et du livre, avec leur support complexe et multiple, leur matérialité, sont aujourd’hui confrontés aux réalités des pratiques et des contraintes de l’environnement numérique. Si le livre comme objet résiste, la culture du livre et de l’imprimé est en crise en grande partie à cause des pratiques courantes et quasi naturelles dans l’environnement numérique. La convergence entre la technique et l’héritage culturel nécessite une remise en question des valeurs attachées à des pratiques éditoriales et juridiques ancrées dans une tradition avec un poids économique important, une fonction symbolique puissante et un rôle politique majeur. Car les objets sont aussi associés à des institutions qui sont des lieux de production, de transmission et de préservation du savoir. Et la fragilisation actuelle de ces objets implique une déstabilisation de ces espaces lettrés et savants, de même que leur soumission aux pressions suscitées par les modèles de la production du savoir inhérente à l’environnement numérique. Ainsi, la mutation induite par le numérique touche d’abord à la stabilité de cet espace dans toute sa diversité. Qu’il s’agisse de l’institution et de ses extensions (université, édition, revues scientifiques, etc.) ou des archives (bibliothèques), la culture numérique transforme les pratiques courantes et risque de modifier la nature même des objets de notre savoir comme de l’espace censé les accueillir et les faire circuler. Cette dimension spatiale est essentielle, voire déterminante, car elle participe d’une manière remarquable à ce bouleversement général qui semble caractériser notre aventure numérique.

© Milad Doueihi et publie.net

 

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Extrait de Poreuse de Juliette Mézenc,
publie.net, Hors collection

 

On était cinquante personnes, on est rentrés dans un pirogue, on avait un GPS, qui nous montrait le chemin. Depuis le deuxième jour, le GPS s’est tombé dans l’eau, ça ne marchait plus, on ne sait plus là où on est. Le pirogue, ça bougeait trop, y avait beaucoup de vagues, sur les pirogues et y avait quelqu’un là-dedans, il ne pouvait plus se lever, il avait trop faim, il avait trop froid, il était malade aussi. Même si on le levait, il se tombait. Il est mort. On l’a emmené, au port de Ténérife. Les gens de Ténérife, y nous a vus dans l’eau, avec un hélicoptère. Depuis qu’il nous a vus, on a levé notre main à lui. Après, l’équipe de sauvetage est partie, il nous cherchait avec un bateau, à ce moment-là (rire) j’étais très content, parce que je, j’ai (rire) je croyais que j’étais mort. Quand je suis arrivé à Ténérife beaucoup de prières, pour Dieu, parce que, on croyait tous qu’on était morts.
Physiquement, j’étais mal parce que, mes muscles des genoux, ça me faisait très mal. Et aussi j’avais arrêté de manger, ça faisait trois jours. J’avais trop de faim. Ils ne voulaient pas que je vienne, ils avaient très peur, mais, je les ai forcés, ils m’ont laissé partir, mon père, il est cultivateur. Ma mère, elle est ménagère. Et, la pluie, ça ne pleut pas beaucoup là-bas. J’étais un peu fort en étude, mais, j’avais peur après pour mon avenir, parce que je voyais mes grands frères à la maison, ils avaient les diplômes, ils n’avaient rien.
Moi j’ai dit. Il faut que j’aille. À Ténérife, c’est très différent, le climat, c’est pas bon, il n’y a pas d’argent, on fait l’école, il n’y a pas de travail, faut que je sors, c’est ça mon défi. Or, je n’ai pas été perdu dans le voyage, je ne peux pas se perdre ici. Moi j’ai dit il faut que j’aille plus loin, faut que je sors, comme ça que j’ai repris un bateau, comme ça que j’ai débarqué ici.

En novembre, les Sétois se divisent en deux classes bien distinctes : il y a les couillons, que le vol des étourneaux mène par le bout du nez — avez-vous déjà suivi des yeux cette écriture serrée serrée comme un poing au-dessus de la ville, et qui soudain s’étire, frissonne, miroite, on croirait des poissons échappés et il y a les monstres qui frémissent et lèvent les yeux au ciel avant de cracher sur le trottoir les mots « chiures », « puanteur » ou encore, attestant alors une pensée plus élaborée, plus distanciée, le mot « nuisances ».
C’est l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école tandis que le soleil se couche, offrant alors aux oiseaux, c’est pas trop tôt, un décor à leur hauteur : horizon mauve sur le bleu dur de la mer, barre de nuages cotonneux posée sur les contreforts des Cévennes, ciel blanchi, guirlandes qui s’allument sur les grues du port. Un homme invisible — missionné par la mairie, sans doute — fera exploser des pétards et c’est le ciel en entier qui s’animera alors par-dessus les têtes levées. De gigantesques nuages se formeront en un clin d’œil, palpiteront sans effort visible, certains y verront des ballets de baleines à bosse, d’autres rien de spécial, mais peut-être verront-ils, eux.
Les premiers, donc, contemplent bouche bée, et c’est risqué, mais ils n’y pensent pas, vous pensez bien.
Les seconds, et bien, ils pensent, ils pensent même beaucoup. À leur voiture garée sous un platane et qui risque de se retrouver criblée de crottes corrosives ; à la somme qu’il faudra débourser pour faire repeindre la carrosserie ; à leurs semelles qu’il faudra nettoyer avant de s’accorder un repos bien mérité ; à leur conjoint dont il faudra subir les invectives à l’annonce des dégâts ; et enfin et surtout, à la semaine, qui avait été bien assez chiante comme ça sans en remettre une couche !
Il va sans dire que les deux catégories peuvent éventuellement coexister chez la même personne, une attitude cédant le pas sur l’autre en fonction du jour et de l’humeur. Parmi eux, il y a Mathilde, Jacques et Guillaume.

© Juliette Mézenc et publie.net

4 janvier 2012

Les 10 articles les plus consultés en décembre 2011

Retour aujourd’hui sur les 10 billets les plus consultés au mois de décembre 2011 sur ce blog. Pour chacun d’eux vous trouverez un lien menant vers l’article et l’autre vers le catalogue de livres numériques d’ePagine. De la même manière, en cliquant sur les couvertures vous pourrez consulter les fiches de présentation des ebooks en question. Je vous rappelle que tous ces textes peuvent être téléchargés depuis les sites de vente des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici).

ChG

 

Les 10 articles les plus consultés sur ce blog en décembre 2011

1. Baisse des prix sur le catalogue numérique de Gallimard | billet du 20 décembre 2011
2. La biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson en ePub | billet du 27 octobre 2011
3. Baisse des prix sur les catalogues numériques (suite) | billet du 26 décembre 2011
4. Bartleby est gratuit et publie.net est trop chouette ! | billet du 16 décembre 2011

5. Liste des librairies partenaires d’ePagine | dernière mise à jour du 13 décembre 2011
6. ePagine reprend eBooksurf | billet du 23 décembre 2011
7. Je lis Maryse Hache qui lit Claude Favre | billet du 2 décembre 2011

8. liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | billet du 24 octobre 2011
9. Candide & Cyrano, la collection de grands classiques de Primento éditions | billet du 28 décembre 2011
10. Emilio Sciarrino lit Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa | billet du 18 décembre 2011

4 décembre 2011

Les 10 articles les plus consultés en novembre 2011

© Jeff Balek

Retour aujourd’hui sur les 10 billets les plus consultés au mois de novembre sur ce blog. Pour chacun d’eux vous trouverez un lien menant vers l’article et l’autre vers le catalogue de livres numériques. De la même manière, en cliquant sur les couvertures vous pourrez consulter les fiches de présentation des ebooks en question. Je vous rappelle que tous ces textes peuvent être téléchargés depuis les sites de vente des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici).

Ce que je retiens surtout de cette liste : deux chroniques postées dans les derniers jours de novembre, l’une le 22 novembre et l’autre le 30 novembre, figurent parmi les billets les plus lus de ce mois. La première est une sélection de textes 100% numériques et l’autre, la mise en avant d’une bande dessinée elle aussi 100% numérique… Confirmation donc que, outre le relais très important sur le web de la communauté numérique (auteurs, éditeurs, blogueurs…), je vois également dans ce résultat un intérêt pour la création numérique de plus en plus accru de la part des lecteurs internautes. Et puisque qualité il y a (n’en déplaise à certains) il n’est pas surprenant de les retrouver à cet endroit-là. CQFD.

ChG

 

Les 10 articles les plus consultés sur ce blog en novembre 2011


1. La biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson en ePub | billet du 27 octobre 2011

2. ePagine, sélections 11/11 #2 Lectures 100% numériques | billet du 22 novembre 2011

3. Clémentine Autain, Un beau jour… Combattre le viol, Indigène éditions | billet du 5 novembre 2011

4. Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | billet du 24 octobre 2011

5. Livre : appels contre la hausse de la TVA et pour une égalité de traitement | billet du 12 novembre 2011

6. Vous connaissez Le Plup de Jeff Balek ? | billet du 30 novembre 2011

7. Entretien avec Lise Belperron, éditions Métailié | billet du 28 novembre 2011

8. Prix littéraires 2011 et offre numérique | billet du 9 novembre 2011

9. So long, Luise de Céline Minard | billet du 5 septembre 2011

10. Liste des librairies partenaires d’ePagine | dernière mise à jour du 9 novembre 2011

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