22 ans après sa sortie, Le quatorze juillet de Guy Scarpetta, paru alors chez Grasset, intègre le catalogue ePagine en compagnie de cinq autres de ses textes. L’occasion idéale de redonner vie à Sade, Goya et Mozart, trois des artistes les plus novateurs de la fin du XVIIIe siècle. Ce livre disponible en format epub coûte moins de dix euros (même pas le prix d’un fanion) et permet d’oublier les pétards.

© Marie Meïer
Souvenez-vous : c’était hier le bicentenaire de la Révolution Française, en 1989, la prise de la Bastille. On déguisait les gosses, on leur matraquait la tête avec tout un tas d’histoires plus ou moins justes, le plus souvent romancées, romantiques et univoques. Cette année-là les vendeurs de drapeaux, de cocardes et de fanions étaient encore plus à la fête que d’habitude. Ceux qui faisaient commerce de pétards, de feux d’artifice et de merguez aussi. Des livres, en veux-tu en voilà, envahissaient les librairies tandis qu’on voyait fleurir les disques, compilations étranges, et que chaque chaîne télévisée proposait son téléfilm, sa reconstitution, sa comédie musicale, son défilé. On illuminait les villes aux heures chaudes, on demandait à des intermittents du spectacle de courir partout, de se jeter par terre pour faire semblant de mourir. Louis XVI, de Launay, La Fayette, Necker, Philippe d’Orléans ou de Flesselles se reproduisaient à une vitesse vertigineuse. Des clones envahissaient les salles des fêtes et les Champs-Élysées tandis qu’on timbrait une nouvelle fois Marianne. Sade apparaissait parfois. Mais pas tant que ça ou alors édulcoré : on le rendait presque docile, le marquis. Pour ne pas trop effrayer les pré-pubères qui en avaient pourtant déjà vu d’autres. Comme Goya était espagnol et Mozart, autrichien, ils n’avaient rien à faire dans notre histoire, pensait-on (non, personne ne pensait à eux et pourquoi aurait-on pensé à eux d’ailleurs ?). Dans notre histoire peut-être mais dans l’Histoire ils ont pourtant leur importance.
C’est en tout cas l’avis de l’écrivain Guy Scarpetta qui, cette année-là (1989, je le rappelle), fait paraître lui aussi au milieu de la Bastille délivresque un ouvrage qui montre une autre facette de cette période – pas forcément franco-française. Car une révolution culturelle, artistique, créative (en musique, en peinture et en musique) était également en marche. Notamment avec ces trois-là cités précédemment. « J’ai toujours pensé que l’art et la littérature touchaient de façon brûlante au non-dit de ce qui constitue le lien social, écrit-il. Il s’agissait donc de tenter de retrouver de l’intérieur, par les voies du récit, de la fiction, de quelle manière Sade, Goya et Mozart vécurent ce jour-là, précisément. Tous les trois pris dans les rets de l’Histoire mais y échappant profondément par leurs singularités de créateurs. »
La numérisation de son quatorze juillet, paru alors chez Grasset, est l’occasion de redonner vie à ces trois grands artistes novateurs de la fin du XVIIIe et du début du XIXe. Cinq autres livres de Guy Scarpetta sont également disponibles depuis peu sur ePagine en format epub. Allez, courage, demain les pétards se ramasseront à la pelle…
Christophe Grossi
Livre numérique cité ici :
- Le quatorze juillet de Guy Scarpetta (Grasset)



