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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

14 juillet 2010

« Le quatorze juillet » de Guy Scarpetta (Grasset)

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:43

22 ans après sa sortie, Le quatorze juillet de Guy Scarpetta, paru alors chez Grasset, intègre le catalogue ePagine en compagnie de cinq autres de ses textes. L’occasion idéale de redonner vie à Sade, Goya et Mozart, trois des artistes les plus novateurs de la fin du XVIIIe siècle. Ce livre disponible en format epub coûte moins de dix euros (même pas le prix d’un fanion) et permet d’oublier les pétards.

© Marie Meïer

Souvenez-vous : c’était hier le bicentenaire de la Révolution Française, en 1989, la prise de la Bastille. On déguisait les gosses, on leur matraquait la tête avec tout un tas d’histoires plus ou moins justes, le plus souvent romancées, romantiques et univoques. Cette année-là les vendeurs de drapeaux, de cocardes et de fanions étaient encore plus à la fête que d’habitude. Ceux qui faisaient commerce de pétards, de feux d’artifice et de merguez aussi. Des livres, en veux-tu en voilà, envahissaient les librairies tandis qu’on voyait fleurir les disques, compilations étranges, et que chaque chaîne télévisée proposait son téléfilm, sa reconstitution, sa comédie musicale, son défilé. On illuminait les villes aux heures chaudes, on demandait à des intermittents du spectacle de courir partout, de se jeter par terre pour faire semblant de mourir. Louis XVI, de Launay, La Fayette, Necker, Philippe d’Orléans ou de Flesselles se reproduisaient à une vitesse vertigineuse. Des clones envahissaient les salles des fêtes et les Champs-Élysées tandis qu’on timbrait une nouvelle fois Marianne. Sade apparaissait parfois. Mais pas tant que ça ou alors édulcoré : on le rendait presque docile, le marquis. Pour ne pas trop effrayer les pré-pubères qui en avaient pourtant déjà vu d’autres. Comme Goya était espagnol et Mozart, autrichien, ils n’avaient rien à faire dans notre histoire, pensait-on (non, personne ne pensait à eux et pourquoi aurait-on pensé à eux d’ailleurs ?). Dans notre histoire peut-être mais dans l’Histoire ils ont pourtant leur importance.

C’est en tout cas l’avis de l’écrivain Guy Scarpetta qui, cette année-là (1989, je le rappelle), fait paraître lui aussi au milieu de la Bastille délivresque un ouvrage qui montre une autre facette de cette période – pas forcément franco-française. Car une révolution culturelle, artistique, créative (en musique, en peinture et en musique) était également en marche. Notamment avec ces trois-là cités précédemment. « J’ai toujours pensé que l’art et la littérature touchaient de façon brûlante au non-dit de ce qui constitue le lien social, écrit-il. Il s’agissait donc de tenter de retrouver de l’intérieur, par les voies du récit, de la fiction, de quelle manière Sade, Goya et Mozart vécurent ce jour-là, précisément. Tous les trois pris dans les rets de l’Histoire mais y échappant profondément par leurs singularités de créateurs. »

La numérisation de son quatorze juillet, paru alors chez Grasset, est l’occasion de redonner vie à ces trois grands artistes novateurs de la fin du XVIIIe et du début du XIXe. Cinq autres livres de Guy Scarpetta sont également disponibles depuis peu sur ePagine en format epub. Allez, courage, demain les pétards se ramasseront à la pelle…

Christophe Grossi

Livre numérique cité ici :

13 mars 2010

Téléchargements gratuits

Filed under: Mises en avant numériques — Mots-clefs :, , , , — Christophe @ 06:50

Sur la nouvelle version du site ePagine en ligne depuis aujourd’hui, vous pouvez désormais télécharger gratuitement des extraits de livres numériques (en format epub) – nos coups de cœur ou encore les derniers titres disponibles au catalogue. Nous vous proposons également de télécharger (toujours aussi gratuitement) des dossiers thématiques dans lesquels vous trouverez une sélection d’extraits de livres de notre catalogue. Les deux premiers dossiers portent sur l’amour et l’exil.  Aujourd’hui je vous parlerai de Fragments d’un éloge amoureux qui comporte cinq extraits de livres presque tous chroniqués sur ce blog.

Si, pour Roland Barthes, l’amour est philosophie, Alain Badiou, lui, rappelle dans la présentation de Éloge de l’amour (qui fait suite au dialogue public donné lors du Festival d’Avignon en 2008 entre le journaliste Nicolas Truong et lui) que quiconque – même le philosophe – peut succomber à « cette force cosmopolite, louche, sexuée » qui transgresse « frontières et statuts sociaux ». À partir de cet éloge, disponible désormais en format numérique, nous vous proposons une sélection d’extraits de romans, de contes et de nouvelles (sensibles, drôles, décalés ou sensuels) où l’amour est conjugué à tous les temps et décliné sous toutes ses formes : de la rencontre à la découverte de l’autre en passant par la jalousie. Composé comme un ensemble de fragments du sentiment amoureux, ce dossier est à partager avec l’être aimé, sans modération.

Comment réinventer l’amour ? Peut-on comprendre la philosophie sans avoir connu l’amour ? Pourquoi l’amour aujourd’hui est menacé (notamment par les sites de rencontres sur Internet qui prônent l’amour sans risques alors que tomber amoureux est en soi une prise de risque ; se tromper, souffrir, décevoir ne donnent-il d’ailleurs pas sens et ardeur à la vie) ? Quels liens entretient l’amour avec les philosophes, l’art ou la politique ? Comment le concept de vérité intervient-il dans la construction amoureuse ? Autant de questions que le philosophe Alain Badiou aborde dans cet éloge de l’amour, passionné et passionnant.
(Éloge de l’amour de Alain Badiou avec Nicolas Truong, Flammarion, chroniqué le 11 janvier 2010)

Au Japon, un Français reconnaît dans une délégation russe son premier amour clandestin, son « amant russe », rencontré onze ans auparavant en URSS, sous l’ère Brejnev : il était alors un jeune lycéen français de seize ans et son amant, lui, un étudiant de vingt-six ans. Gilles Leroy parvient à matérialiser le désir adolescent (impétueux, impérieux et impatient) et décrit avec subtilité comment deux personnes du même sexe dans un pays totalitaire parviennent à s’aimer malgré les surveillances et les interdits.
(L’amant russe de Gilles Leroy, Mercure de France, chroniqué le 13 janvier 2010)

À travers 17 nouvelles (sensibles, décalées, pathétiques, torrides…), comme autant de tranches de vies masculines modernes, l’auteur nous emmène du côté des histoires d’amour précaires, débridées, impossibles ou fantasmées. Et si une forme de désenchantement se dégage de ce recueil, nous retenons que le désir, lui, sait résister aux déceptions, ratages, frustrations, problèmes de communication et aux écrans qui nous séparent plus qu’ils nous rapprochent.
(Combien de fois je t’aime de Serge Joncour, Flammarion, chroniqué le 19 janvier 2010)

Victime d’un cambriolage à son retour d’Amérique, Mariana, artiste, se rend à la gendarmerie pour déclarer que son manoir, une maison de famille, a été saccagé. Elle y rencontre alors un homme (Daniel, chercheur en physique nucléaire) vêtu d’une combinaison de plongée – seuls effets qui lui restent suite au départ de sa femme qui a vidé tout l’appartement. Chacun constatant son propre désastre, ces deux-là peuvent alors tenter quelque chose ensemble. Mais pour cela, il faudra encore apprendre à se débarrasser des autres liens qui les attachent à leur vie passée. Aller vers le dénuement pour vivre, neufs, leur propre histoire.
(La femme promise de Jean Rouaud, Gallimard, chroniqué le 27 janvier 2010)

Il faut imaginer ce Jour de souffrance de Catherine Millet comme le négatif d’une photographie, celui du livre précédent, La Vie sexuelle de Catherine M., qui avait fait polémique lors de sa parution en 2001. Ici, point de voyeurisme mais un récit où la douleur et la jouissance, souvent liées, sont analysées et commentées ; très distancié, quasi clinique, ce livre – où nous découvrons également le parcours de cette spécialiste de l’Art Contemporain – est un essai très structuré sur les émotions et les réactions d’une femme jalouse qui découvre les nombreuses infidélités de son mari tandis qu’elle-même a la vie sexuelle libérée que l’on sait.
(Jour de souffrance de Catherine Millet, Flammarion)

À Tryphène, le roi Pausole (qui vit en compagnie de 366 femmes) accorde et recommande une grande liberté de mœurs à tous ses sujets, souhaitant le bonheur de son peuple, en proie au désarroi. Quand sa fille, la princesse Aline, s’échappe en compagnie d’une jolie danseuse déguisée en prince charmant, Pausole décide de partir à sa recherche, avec mule, eunuque, page et quarante soldats armés de lances ou de tulipes. Derrière un ton faussement léger, cet hommage à Voltaire (dernier roman à avoir été publié du vivant de l’auteur en 1901) cache des réflexions décoiffantes sur l’amour, la sexualité et la morale et surtout beaucoup d’humour – entre François Rabelais, Alfred Jarry et Jacques Tati.
(Les Aventures du Roi Pausole de Pierre Loüys, Flammarion /GF)

Christophe Grossi

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Livres numérisés contenus dans le dossier Fragments d’un éloge amoureux :

11 novembre 2009

Michèle Gazier, premier temps : Mont-Perdu

Michèle Gazier en deux temps : aujourd’hui, en compagnie de son roman Mont-Perdu qui vient d’être numérisé. Dans quelques jours jours, son portrait.

Le_Mont-Perdu_sur_la_Carte_de_Roussel_(1730)

Mont-Perdu n’est pas le roman le plus connu de Michèle Gazier mais le premier à figurer au catalogue ePagine – la numérisation des livres doit avoir ses raisons que la raison ne connaît point – et il peut être téléchargé sur le site du Divan, par exemple. Une chance pour ce roman qui va vivre avant les autres livres de Michèle Gazier une deuxième vie en format epub et pour moi qui ne l’avais pas encore lu. Quant à l’auteur, je sais qu’elle lui est très attachée, sans doute parce qu’il y est question de ses origines, de l’Espagne, de l’enseignement, de traductions – autant de sujets et de thèmes qui collent à la peau de la romancière.

L’histoire familiale d’Alice a été bâtie sur le mensonge. Au pied du Mont-Perdu (Monte-Perdido en espagnol, dans les Pyrénées, en plein pays aragonais). Et comme on le sait, ce qui est perdu l’est à jamais. Blessure ou pas, mensonge ou pas. C’est d’ailleurs ce que pense le père d’Alice, lui qui a depuis longtemps tiré un trait sur ses origines castillanes et catalanes, « ce passé qui n’était pas le sien » ; quant à sa mère, elle prétend n’avoir jamais eu aucun lien avec l’Espagne. Si dans sa prime jeunesse Alice a souvent eu honte d’être la fille d’étrangers, elle prend un jour le contre-pied jusqu’à vouloir devenir plus espagnole que les Espagnols et à brandir partout cette « fierté revendicative ». Son « hispanité » devient une obsession. Il lui faut alors retourner dans ce pays qu’elle n’a pourtant jamais quitté puisqu’elle n’y est pas née. Mais elle s’en moque de tout ça et ne sait pas encore que, derrière ce fantasme (l’Espagne comme pays imaginaire), l’attend une terrible désillusion. Oui, car elle a beau visiter ce pays en long, en large et en travers et désirer connaître chaque recoin, chaque habitude, chaque histoire, on ne s’impose pas Espagnole : nul ne peut fixer sa ré-intégration – quel que soit le degré de honte ou de volonté qu’elle contient – surtout que ce qu’elle entreprend n’est pas tant une quête qu’une reconquête : d’emblée « vouée à l’échec ».

Dans son aveuglement, elle a oublié qu’être femme et étrangère (c’est bien ce qu’elle est pour les Espagnols) dans un pays machiste peut rendre la tâche plus ardue encore. Elle a oublié autre chose aussi : il y a toujours quelqu’un quelque part pour déterrer les secrets de famille, quelqu’un qui viendra gâcher une nouvelle histoire d’amour (d’ailleurs sans doute promise au désastre) et lui remettra la tête sur les épaules de manière brutale, violente, vulgaire. Mais voilà, les choses sont dites à présent : Alice est issue d’une famille qui a voulu enfouir ses secrets ainsi que ses origines religieuses et sociales non assumées.  (On retrouvera d’ailleurs ici une figure connue, celle de l’aïeul espagnol mort dans un barrage, déjà présente dans le roman écrit pour la jeunesse L’Été du secret.) Comme tant d’autres avant et après elle, Alice ne sera jamais Espagnole (pas comme ça en tout cas) – ce qui ne l’empêchera pas de traduire des auteurs en français et de partager son goût pour ce pays et sa culture tout en assumant ses origines.

Si l’amour semble illusoire entre Alice et l’Espagne, le roman nous raconte une autre histoire d’amour impossible, celle d’Antoine, le narrateur de Mont-Perdu qui aime Alice au point de vivre par procuration et devient son faire-valoir, son témoin, sa « taupe » alors qu’elle ne le voit et ne le verra jamais que comme un très bon ami, le seul, le meilleur peut-être même – un de ses torts étant de ne pas être Espagnol (et d’être un peu effacé aussi, me semble-t-il, un peu trop pâle). Alors cet homme blessé trouvera refuge dans l’écriture, lieu de l’exutoire, là où bâtir un totem contre l’oubli tout en tentant d’oublier Alice. Pour vivre enfin sa propre histoire.

Ce roman des origines, tout en nuance et d’une ferme douceur, pose les questions essentielles pour qui est né dans un pays (quel qu’il soit) et dont les parents ou les grands-parents sont nés ou ont vécu dans un autre. Pour qui ne sait pas ou ne parvient pas à savoir ce qui s’est passé avant sa naissance, dans ce pays quitté, perdu, souvent effacé de la mémoire familiale. Pour qui fantasme. Pour qui la quête du retour aux origines vaut bien un roman. Il est également une invitation à pousser les portes des musées ou des cinémas et à ouvrir les livres d’auteurs espagnols. On y croisera volontiers El Greco, Francisco de Goya, Pablo Picasso, Antoni Tàpies, Pedro Almodovar, Lazarillo de Tormes, Miguel de Cervantes, Manuel Vásquez Montalbán, Miguel Delibes, Juan Marsé, Francisco Umbral ou encore le poète Antonio Machado.

Ce roman n’est pas le plus connu de Michèle Gazier, disais-je au début de cette chronique. Il a pourtant été soutenu par plusieurs librairies dont Le Parefeuille à Uzès ou encore Les Cahiers de Colette à Paris. Et souhaitons-lui bonne suite car il le mérite ! Ainsi  donc commence la deuxième vie de Mont-Perdu, à l’aune d’un débat futile, inutile et dangereux qui désole les écrivains et les lecteurs qui, eux, ne se posent pas de questions identitaires à chaque fois qu’ils rencontrent sur leur route un nouveau personnage.

Née en 1946 à Béziers (France) d’une mère espagnole et d’un père catalan, Michèle Gazier a passé des moments de son enfance à Andorre. Elle se fixe ensuite en France où elle est professeur d’espagnol. Parallèlement, elle traduit et fait découvrir aux Français des écrivains espagnols dont Manuel Vásquez-Montalbán, Juan Marsé ou encore Francisco Umbral. Elle devient alors critique littéraire à Libération et à Télérama avant de se mettre elle-même à écrire. Son oeuvre est publiée majoritairement aux éditions du Seuil. Quelques prix littéraires : 1999, Prix Charles-Exbrayat pour Le Merle bleu ; 2002, Prix Printemps du Roman pour Le Fil de soie (Seuil) ; 2003 ,Prix auFeminin.com et Prix du Livre Europe 1 pour Les Garçons d’en face.

Christophe Grossi

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Livre numérisé cité dans cette chronique :

Autres livres de Michèle Gazier aux éditions du Seuil :

Chez d’autres éditeurs :

Auteurs livres ou auteurs cités :

4 novembre 2009

Des primé(e)s, 3ème épisode

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, — Christophe @ 16:52

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D’hier à aujourd’hui : Jean-Philippe Toussaint (La Vérité sur Marie, éditions de Minuit) se console du Goncourt perdu avec le Prix Décembre et ses 30.000 euros, Dany Laferrière (L’énigme du retour, Grasset) partage le Médicis entre la France, Haïti et le Québec (et ce sont les libraires du groupement Initiales qui sont contents !) ; quant au prix Médicis du roman étranger, il a été remis à Dave Eggers (Le Grand Quoi, Gallimard) et le Médicis Essais à Alain Ferry (Mémoire d’un fou d’Emma, Le Seuil, coll. Fiction & Cie : voir ma chronique sur le blog de Culturesfrance du 1er septembre 2009).

D’aujourd’hui à demain, l’occasion de relire trois livres incontournables et primés eux aussi en format ePub :

ou encore Jean Hatzfeld :

Quant à moi je cours m’éclater avec L’Éclat (une prochaine chronique).

Christophe Grossi

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