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17 octobre 2011

Extrait de la conférence de Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, prix Nobel de littérature 2010

« J’ai appris à lire à l’âge de cinq ans, dans la classe du frère Justiniano, au collège de La Salle à Cochabamba (Bolivie). » Ainsi commence la conférence prononcée par l’écrivain péruvien-espagnol Mario Vargas Llosa lors de la remise du prix Nobel de Littérature qu’il a reçu en 2010. Cette conférence vient d’être traduite et publiée sous le titre Éloge de la lecture et de la fiction dans une version imprimée (7.90 €) et numérique (6.30 €) par les éditions Gallimard au moment où sont également mis en vente au format ePub son dernier roman, Le rêve du Celte (18.30 €) ainsi que trois de ses textes les plus importants, dont Tours et détours de la vilaine fille (8.40 €), La Fête au Bouc (9.40 €) et Le Paradis – un peu plus loin (9.90 €). Pour vous familiariser avec son œuvre, chacun de ses titres contient un extrait à télécharger gratuitement sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous trouverez infra un extrait de la conférence d’abord mise en ligne sur le site Nobelprize.org avant d’être publiée en France et qui autorise la reproduction de ce texte « dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2010 17h30 heure de Stockholm » pourvu que la mention du copyright vienne accompagner « la publication de l’intégralité ou d’extraits importants du texte. » Bonne lecture !

ChG


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Mario Vargas Llosa,
Éloge de la lecture et de la fiction
(extrait)

 

Si je convoquais en ce discours tous les écrivains à qui je dois un peu ou beaucoup, leurs ombres nous plongeraient dans l’obscurité. Ils sont innombrables. Non seulement ils m’ont révélé les secrets du métier d’écrire, mais ils m’ont fait explorer les abîmes de l’humain, admirer ses prouesses et m’horrifier de ses égarements. Ils furent les amis les plus serviables, les animateurs de ma vocation, et j’ai découvert dans leurs livres que, même dans les pires circonstances, il reste de l’espoir et qu’il vaut la peine de vivre, ne serait-ce que parce que sans la vie nous ne pourrions lire ni imaginer des histoires.

Je me suis demandé parfois si dans des pays comme le mien, qui compte si peu de lecteurs et tant de pauvres, d’analphabètes et d’injustices, et où la culture reste le privilège d’un tout petit nombre, écrire n’était pas un luxe solipsiste. Mais ces doutes n’ont jamais étouffé ma vocation, car j’ai toujours continué à écrire, même dans ces périodes où les travaux alimentaires absorbaient presque tout mon temps. Je crois avoir agi sagement car, si pour que la littérature fleurisse dans une société il avait fallu d’abord accéder à la haute culture, à la liberté, à la prospérité et la justice, elle n’aurait jamais existé. Au contraire, grâce à la littérature, aux consciences qu’elle a formées, aux désirs et élans qu’elle a inspirés, au désenchantement de la réalité au retour d’une belle histoire, la civilisation est maintenant moins cruelle que lorsque les conteurs ont entrepris d’humaniser la vie avec leurs fables. Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l’esprit critique, moteur du progrès, n’existerait même pas. Tout comme écrire, lire c’est protester contre les insuffisances de la vie. Celui qui cherche dans la fiction ce qu’il n’a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu’elle est ne suffit pas à combler notre soif d’absolu, fondement de la condition humaine, et qu’elle devrait être meilleure. Nous inventons les fictions pour pouvoir vivre de quelque manière les multiples vies que nous voudrions avoir quand nous ne disposons à peine que d’une seule.

Sans les fictions nous serions moins conscients de l’importance de la liberté qui rend vivable la vie, et de l’enfer qu’elle devient quand cette liberté est foulée aux pieds par un tyran, une idéologie ou une religion. Que ceux qui doutent que la littérature, qui nous plonge dans le rêve de la beauté et du bonheur, nous alerte, de surcroît, contre toute forme d’oppression, se demandent pourquoi tous les régimes soucieux de contrôler la conduite des citoyens depuis le berceau jusqu’au tombeau, la redoutent au point d’établir des systèmes de censure pour la réprimer et surveillent avec tant de suspicion les écrivains indépendants. Ces régimes savent bien, en effet, le risque pris à laisser l’imagination discourir dans les livres, et combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s’y étale, avec l’obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l’insatisfaction, en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l’imaginaire est plus riche que la routine quotidienne. Ce constat, s’il s’ancre dans la sensibilité et la conscience, rend les citoyens plus difficiles à manipuler, à accepter les mensonges de ceux qui voudraient leur faire croire qu’entre les barreaux, au milieu d’inquisiteurs et de geôliers, ils vivent mieux et plus en sécurité.

© LA FONDATION NOBEL 2010, Mario Vargas Llosa, Éloge de la lecture et de la fiction, Stockholm, 7 décembre 2010, traduction par Albert Bensoussan

>>> Pour lire la conférence intégrale, rendez-vous sur le site Nobelprize.org ou téléchargez sa version ePub sur ePagine.

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