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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

30 décembre 2011

Elias Jabre lit La tentation du clitoris de Régis Jauffret

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #12 (le dernier rendez-vous de l’année) en compagnie d’Elias Jabre qui nous propose une lecture de La tentation du clitoris de Régis Jauffret. Ce texte, édité par publie.net (0.99€ en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Elias !

 

À la recherche d’un texte court à lire d’une traite, je tente le catalogue Publie.net et tombe sur La tentation du clitoris de Régis Jauffret dans la collection Stigme.99.

Peu attiré par les titres tapageurs, je sais que Jauffret ne va pas m’engluer dans une mélasse porno-transgressive. J’ai lu Autobiographie, et la tension de cette écriture qui porte ce héros abject et dérisoire, enchaînant les liaisons sexuelles avec des femmes plus solitaires les unes que les autres dans un paysage réduit à peau de chagrin, pousse l’effroi à un niveau d’humour qui me fait encore glousser en y repensant. Alors j’achète, et comme prévu, je lis d’une traite.

Bizarre. Je suis content. Content de lire cette nouvelle, et pourtant, il ne reste rien de l’empathie que j’avais pour le héros d’Autobiographie. Le décalage entre son héroïne au destin médiocre (incarnée à la première personne), salariée d’une entreprise à la poursuite vaine du profit, et la voix altière qui la porte avec un style sophistiqué, au lieu de créer une brèche ouvrant sur une autre dimension, me comble aussi peu que cette baiseuse qui peine à jouir.

Je retrouve pourtant Autobiographie avec quelques déplacements. Une sorte d’accumulation insatisfaite, le même affect obsessionnel qui traverse de bout en bout le récit. Et dans ma tête, ça ne marche pas.

Mais je suis content.

Content, déjà, parce qu’un style est suffisamment rare pour se sentir transporté et reconnaissant. Ensuite, parce que cette revendication portée par l’héroïne qui s’est appropriée le discours des droits de l’homme pour exiger l’orgasme comme un devoir de la société envers son corps, évite l’écueil que je redoutais au départ. Le sexe transgressif dans une ère de consommation qui en est saturé.

Au contraire, dans ce monde de chiffres et d’ordinateurs, l’héroïne ne peut vivre sa sexualité que dans une tiédeur inguérissable, ce qui a au moins l’effet de la faire enrager. Cette nostalgie de l’orgasme transformé en mythe ancien se transforme en manifeste politique naïf et tendre. Elle semble chercher l’orgasme comme on cherche Dieu. Mais ce dernier a été remplacé par la morne frénésie du Retour sur investissement. Au lieu de la bonne vieille dépense improductive chère à Bataille.

Mais Jauffret n’arrive pas à nous faire ressentir cette baisse de désir si bien inoculée par Houellebecq grâce à la platitude de son écriture qui coïncide merveilleusement avec la société dans laquelle nous pataugeons.

Pourtant, s’il faut choisir la fin du monde, je préfère le nihilisme vivifiant de Jauffret avec son style aristocratique plutôt que Houellebecq, le dépressif indolent. Alors, pourquoi cette rage qui éclate comme un pétard mouillé ? La menace qui pèse sur les humains ne génère-t-elle pas également une angoisse nouvelle, où jouissance et apocalypse coexisteraient au profit d’orgasmes meurtriers ?

La perte de soi dans l’extase, Bataille l’a explorée, et Jauffret n’a peut-être pas voulu marcher sur ses plates-bandes. Ou bien, souffrons-nous d’un mal plus profond qui a rendu cette perte moins poignante et donc, voluptueuse ? Pour pouvoir se perdre, encore faut-il se posséder. Et nous serions désormais tellement rabotés, encagés dans nos mouvements… que reste-t-il à perdre ? Pour Jauffret, rien d’assez valable pour créer la tension salutaire. D’où cette femme qui n’atteint plus l’orgasme, avec les hommes, les femmes, à plusieurs, ou même toute seule.

Au-delà des souverainetés perdues, qu’il s’agisse de Dieu ou de nos Moi décomposés, d’autres agencements aujourd’hui nous construisent, nous rendant de nouveau désirants. En attendant, Jauffret porte le désert d’une société molle qu’il harcèle de sa plume décapante, et à laquelle il est bon qu’il n’accorde aucun répit.

Elias Jabre

 

Elias Jabre, est auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez l’éditeur 100% numérique, StoryLab, Absolut Barbarian Trip (chroniqué ici par François Prêtre) Un psychopathe et demi (mentionné ) et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin 2011 il a bien voulu répondre à mes questions sur ce blog. Il travaille depuis un an chez ePagine où il est notamment chargé des programmes de recherche et développement.


Régis Jauffret, né à Marseille en 1955, a notamment publié aux éditions Verticales Clémence Picot, Autobiographie, fragments de la vie des gens et Univers univers. Chez Gallimard, Asiles de fous et Microfictions – désormais un des classiques du contemporain. Au Seuil, Sévère et Tibère et Marjorie. Chez publie.net, La tentation du clitoris, Vivre encore, encore et Week-end familial à Clichy-sur-mer (mentionné ici) Son site Internet est en ligne (mais pour l’heure il n’est pas mis à jour).

27 août 2011

Françoise Prêtre lit Elias Jabre

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #2 en compagnie de Françoise Prêtre qui propose une lecture d’Absolut Barbarian Trip d’Elias Jabre, livre numérique proposé par l’éditeur pure playeur StoryLab dans la collection One shot où sont publiées des nouvelles très courtes. Ce texte est disponible sur le site de l’éditeur ainsi que sur tous les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine ou Place des libraires numérique (0,99€ sans DRM).

 

Lire c’est vivre ! des moments, des émotions, des envies… Je ne fais pas partie des « livrophiles », capables d’ingurgiter plusieurs bouquins (ou écrits) par semaine. Je suis de ces lecteurs qui aiment la lecture, en ont besoin, pour grandir et rêver, et déplorent ne pas avoir suffisamment de temps pour vivre ces moments, ces émotions, ces envies ! Alors, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir dans ma boîte mail une invitation à lire une œuvre à condition que celle-ci soit disponible sur ePagine ! Tout à coup, j’avais une bonne raison de quitter mon bon gros bouquin de poche et me tourner pour la première fois (si, si) vers un ouvrage numérique ! (Encore que, j’en lis plein en fait ! Passons !) Ravie de lire le mail chaleureux de qui vous savez, et dont je ne dirai pas le nom, je pars donc faire mon marché dans l’énorme librairie de livres numériques. Après avoir eu quelques déconvenues de formats avec les supports de lecture (un ePub sur mon Mac, ça ne le fait pas), mon choix se tourne finalement vers Absolut Barbarian Trip.

Il y a un mois de cela, je me suis retrouvée autour (du même côté serait plus juste) de la table avec Nicolas Francannet à l’occasion d’une présentation à Futur en Seine. La passion du garçon m’a transportée (c’est fou ce que ces jeunes créateurs ont comme niaque !), et la réaction d’un spectateur dans la salle, vantant les qualités des titres édités par StoryLab, aussi ! Le prix de 0,99 € hyper attractif a fait le reste.

Mon seul support de lecture numérique étant l’iPad, le choix de celui-ci ne s’est donc pas posé en tant que tel ! Confortablement installée dans mon canapé, j’allais enfin pouvoir lire un livre de grande personne, écrite pour les grandes personnes ! Eh bien, côté grandes personnes, je n’ai pas été déçue ! Il faut quand même vous dire pour ceux qui ne l’ont pas lu, que c’est l’histoire de 5 comparses, protagonistes déjantés d’un voyage organisé, des bébés barbarians, qui embarquent à bord d’un Zodiac pour vivre un mois d’éclate totale sur une île paradisiaque. Évidemment y’a un loup ! Mais je n’en dirai pas plus.

Le verbe est incisif, branché, voire chébran ! Le style m’a plu, parce qu’en plus c’est bien écrit. Le rythme est rapide et l’ouvrage se lit en une demi heure. Absolut Barbarian Trip est une nouvelle de quarante pages qui comme comme beaucoup de nouvelles publiées par StoryLab est pensée pour être lue en mobilité. C’est sûr qu’en mode canapé, je me suis retrouvée à la fin du livre en moins de temps qu’il ne faut pour en tomber ! Du coup, je l’ai trouvé trop court ce livre, j’aurais aimé que la fin soit moins précipitée. J’ai ressenti comme une obligation à conclure, alors qu’au fond, il y aurait eu encore plein de choses à écrire. L’expérience que vivent ces vacanciers, franchement trop anisés, court sur 35 pages. 5 pages seulement pour une fin que je trouve finalement frustrante.

Bon, ceci dit ce n’est pas grave, parce que vraiment c’est une bonne nouvelle ! Avoir eu l’idée d’éditer des bouquins à lire en mobilité est génial, mais peut-être pourriez-vous penser au retour M. Nicolas !

 

Cette lecture m’a été envoyée par la pétillante François Prêtre que je remercie vivement. Françoise Prêtre est la créatrice de la maison d’édition jeunesse 100% numérique La Souris Qui Raconte (LSQR pour les intimes) qui propose, via 4 collections, des lectures en ligne (et qui peuvent être téléchargées) pour les enfants de 5 à 12 ans. Lecture innovante, intuitive et sensorielle, ce serait un peu le crédo de cette jeune maison d’édition. Ne s’appuyant sur aucun livre édité, toutes les créations sont originales ; les histoires sont éco-citoyennes et solidaires ; elles contiennent des illustrations animées et interactives de qualité. J’avais eu le plaisir d’interviewer Françoise Prêtre en décembre 2010 et avais également relayé le formidable travail réalisé par deux classes d’une école élémentaire autour histoire, Louise ou la vraie vie, livre numérique également éditée en LSF (Langue des Signes Français).

Elias Jabre, lui, est notamment l’auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez StoryLab, Absolut Barbarian Trip, Un psychopathe et demi et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin dernier il a bien voulu répondre lui aussi à mes questions.

29 juin 2011

Entretien avec Elias Jabre (collection One shot chez StoryLab)

Il y a quelques semaines l’éditeur pure player StoryLab lançait une nouvelle collection d’ebooks (des nouvelles pour moins d’un euro) : « One shot ». Initiateur de ce projet, Elias Jabre (que je croise depuis quelques mois chez ePagine) est également devenu le premier auteur à rejoindre cette nouvelle collection avec deux de ses nouvelles. Après Absolut barbarian trip (fin mai) c’est au tour de Un psychopathe et demi d’être désormais propulsé sur tous les sites de vente en ligne, mobiles ou non. Deux nouvelles donc et deux univers : Absolut barbarian trip semble avoir été écrit à cent à l’heure ; ici le trip (vous le lirez dans tous les sens du terme) vous entraînera dans une descente aux Enfers sur une île où des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles (sex & drugs & rock ‘n’ roll) étaient sans doute trop simples pour être honnêtes… Un psychopathe et demi est en revanche une nouvelle beaucoup plus lente, plus angoissante aussi, quasiment un huis clos. Et ici Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante. Place maintenant à l’entretien auquel Elias a bien voulu participer. Merci à lui.

 

Entretien avec Elias Jabre

 

Avec Absolut barbarian trip et Un psychopathe et demi, StoryLab vient d’inaugurer une nouvelle collection (« One shot ») réservée aux textes très courts, mobilité oblige. Qui a eu l’idée ? L’éditeur ? Toi ?
L’idée de lancer une collection de nouvelles me trottait dans la tête depuis un certain temps. On avait commencé à y réfléchir avec un petit groupe à l’époque où on essayait de monter une maison d’édition papier, et en calculant, publier des nouvelles papier à moins de deux euros, s’avérait injouable d’un point de vue économique. Travaillant également dans l’édition numérique, je savais qu’il y avait une autre carte à jouer. J’ai commencé par aller voir un éditeur traditionnel, mais l’ebook lui semblait trop nébuleux pour se lancer. Un jour, j’ai découvert Storylab et j’ai été fortement séduit par leur positionnement. Ils étaient arrivés aux mêmes conclusions : des textes courts, à prix réduit, pour la mobilité, en numérique. J’ai commencé par envoyer Absolut Barbarian Trip, qui a leur a plu, et quand j’ai rencontré Nicolas Francannet, l’un des fondateurs, je lui ai proposé de pousser leur logique jusqu’au bout : des formats « nouvelles » vendues sur le modèle des tracks de musique à 99 cents.

 

As-tu le projet d’écrire d’autres nouvelles pour cette collection ? Si oui seront-elles ensuite réunies dans un recueil ?
Rien n’est encore défini.

 

J’imagine que la collection est ouverte à d’autres projets d’écriture, à d’autres auteurs confirmés ou débutants. Qui fait la sélection et comment un auteur doit procéder s’il souhaite envoyer un de ses textes ?
Bien sûr, tant que le texte gagne nos faveurs ! La ligne éditoriale, c’est essentiellement deux critères. Le format court, des nouvelles entre 25 000 et 45 000 signes. Et des histoires, sans limite de thème, du thriller à la science-fiction, etc. L’idée que les auteurs développent des univers forts, à l’instar des séries américaines, nous plaît aussi beaucoup. La sélection est faite par le comité de lecture Storylab, et quelques lecteurs donnent également un premier avis. Les manuscrits peuvent être envoyés ici.

 

Tu travailles actuellement à un projet en Recherche et Développement pour ePagine, le livre numérique ne t’est donc pas étranger. Tu pourrais nous en parler un peu ?
Je suis le projet SOLEN, c’est une plate-forme de recherche destinée aux libraires qui associera par contexte des contenus de journaux, de revues et des livres numériques, le but étant de multiplier les croisements pertinents entre différents contenus. Concernant l’ebook, étant donné la facilité à produire un livre aujourd’hui (un ebook mais également un livre papier) à un coût limité, je crois que les éditeurs vont devoir réinvestir de façon ferme leur premier rôle, celui d’accompagner les auteurs, en prenant le temps de travailler leurs textes. Désormais, il va falloir se démarquer encore davantage pour être visible, et l’éditeur reste le principal garant des auteurs publiés. En plus de la production foisonnante où il faut trouver sa place, il y a également les nouveaux prescripteurs qui vous attendent au tournant, des nouvelles formes de critique professionnelle avec des sites comme nonfiction, aux critiques de lecteurs regroupés dans des communautés comme Babelio. De leur côté, les prescripteurs libraires vont sans doute voir leur rôle s’accentuer en même temps que leur métier évoluer. Ils pourraient se mettre à gérer des communautés de lecteurs en ajoutant une coloration plus humaine que la simple relation entre internautes qu’offrent les solutions pure web, sans compter leur expertise et leur relation étroite avec les éditeurs et les auteurs. Plus ancrés dans des pratiques traditionnelles, ils sont à même de créer un nouveau type de lien correspondant à une nouvelle évolution d’internet qui reflue vers le physique, et qui mêle le physique au web, le local au global, le ebook au papier. Par exemple, un libraire, aujourd’hui, est amené à proposer à la communauté de clients de sa librairie (physique et numérique) des contenus ebooks qui n’existent pas en papier, des extraits numériques pour des œuvres à paraître (en papier et numérique), les titres en numérique des livres qui sont épuisés au format papier. Il mêlera de plus en plus des offres papier et numérique à travers de nouvelles relations qu‘il reste encore à inventer, en plus des rencontres libraires avec les auteurs et de toutes les autres activités qu‘il propose déjà et qui vont également évoluer. C’est les outils qu’ePagine construit avec eux pour suivre ce mouvement de fond.

 

Et personnellement tu as quel rapport avec les nouveaux supports de lecture ? As-tu une liseuse, une tablette, lis-tu sur smartphone ? Pratiques-tu les sites, les blogs ? Lesquels ?
J’ai acquis sur le tard un iphone, et peu à peu, à force de lire de la presse, mes mails, et des extraits de nouveautés que je n’avais jamais eu l’idée d’ouvrir en librairie, je me suis fait plus rapidement que je ne pensais à la lecture ebook sur écran LCD. Sans compter des livres du domaine public et gratuits en numériques que je ne pense pas non plus acheter : la vie de Poe par Baudelaire, des nouvelles de Poe que je ne connaissais pas, des aphorismes et poèmes d’Oscar Wilde, etc. Mais je pense que le livre doit rester court, sinon j’ai tendance à revenir au papier. J’avais également obtenu une tablette E Ink d’un précédent travail, et cette fois, il n’y a plus de problème de format. J’ai lu Albertine disparue et la thèse d’un ami de 400 pages (si l’on compte en papier) sans difficulté. En revanche, je ne prenais pas la tablette E Ink avec moi en déplacement, je ne lisais qu‘à la maison. D’une technologie à l’autre, ce ne sont pas les mêmes usages de lectures, les mêmes textes qu’on a envie de lire, etc. Concernant les blogs, j’en fréquente quelques-uns en plus de celui d’ePagine. Par exemple, Le silence qui parle qui fait de belles propositions de textes, des extraits littéraires et critiques, de philo, de danse, de politique, etc.

 

Ton premier roman, Immortalis publié au Masque en 2004 (Prix du roman fantastique du festival de Gérardmer) était un thriller très enlevé où tu jouais beaucoup avec les codes du genre. On sent que tu t’es également amusé pour écrire Absolut barbarian trip qui pourrait être inspiré par des émissions et des jeux de télé-réalité. Est-ce une de tes marques de fabrique ou un hasard ?
Dans Immortalis, il y avait, je crois, comme une volonté de parodie qui traversait l’histoire, l’écriture et les personnages, tout en mêlant de nombreux codes comme les jeux vidéo et le manga, sans compter un jeu de référence constant à d’autres livres par des citations en début de chapitre, sorte de puzzle qui raconte encore une histoire, mais devenue suspecte à force d’insister sur le fait qu’elle est composée de vieilles pièces, tout en restant une histoire avec tout un mélange clinquant. Absolut barbarian trip est pour moi très différent, ou alors ça passe ailleurs. Aucune parodie directe. Il y a, je crois, une plus grande innocence dans ma façon d’écrire. Mon personnage est en plein dans la marmite et moi avec d’une certaine manière, aucune raison qu’on échappe au dehors et de ne pas être plongé dans cet univers qui va s’avérer tout aussi fabuleux qu’effroyable, aussi loin qu’il semble pousser les limites… Plutôt que les jeux de téléréalité, j’ai dû prendre des bouts de souvenirs, soirées étudiantes, voyages dans des similis Club Med, observations de fêtards en vacances, sans compter le springbreak des étudiants américains qui inspirent les écoles de commerce françaises où les fêtes ne sont peut-être pas encore aussi extrêmes, quoique… Nicolas, après avoir lu ma nouvelle, m’a dit : j’ai immédiatement pensé à l’île de Ricard, elle est réservée par les écoles de commerce pour des séminaires « festifs » ! Cette culture qui mêle fête, beuverie et sexe s’est propagée à très grande échelle. Dans mon autre nouvelle qui vient d’être mise en ligne, Un psychopathe et demi, j’essaye de mettre la même sincérité et jubilation dans l‘écriture, une histoire avec un type enfermé dans un espace conjugal menaçant qui ne supporte plus les coordonnées du monde, et où il ne voit pas d’échappatoire. Peut-on vivre dans les coordonnées que nous donne le monde à tel moment ? Comment se manifestent-elles dans les corps de mes personnages impuissants pour les pousser à l’impensable, à l’infamie, qui deviennent des pistes loufoques qu’il ne faut pas hésiter à explorer pour retrouver de la respiration…

 

 

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

24 juin 2011

#EbookFriday, 4e semaine

Déjà vendredi et un nouvel #EbookFriday en vue ! Pour les retardataires ou pour tous ceux qui voudraient connaître la règle du jeu lancée par Numerik:)ivres à la fin du mois de mai, vous pouvez cliquer ici. Ça ne fait pas mal, promis. Pour tout le monde, voici infra la liste des trois titres du jour (dont deux ont été chroniqués sur ce blog), tous piochés par l’éditeur pure player dans son catalogue et qui seront vendus 0,99 € pendant 24 heures sur toutes les plateformes de vente de livres numériques, dont ePagine, Place des libraires numérique et les sites des libraires-partenaires. À cette liste je rajouterai trois autres titres vendus 0.99 € ce vendredi mais également les autres jours de la semaine et publiés par deux autres éditeurs 100% numérique (publie.net via la collection stigme99 et StoryLab via sa collection One shot) ; trois titres, trois textes très différents mais qui tous traversent avec leur souffle propre des bouts de nos vi(ll)es ordinaires avec tension et brutalité.

 

Le Roi silence de Samir Bouhadjadj (recueil de 3 nouvelles chroniqué sur ce blog le 6 juillet 2010) (Numerik:)ivres)
Plongeant dans une première histoire qui laissera sa place à d’autres histoires au gré des événements soudains qui bouleversent souvent la trajectoire de nos vies, j’ai été saisi par cette manière qu’a l’auteur de nous faire traverser ainsi une trentaine d’années en si peu de pages. Et par ces filins à la fois discrets et solides qui relient les pères et les fils en passant par les militaires ou encore les camarades de promotion.

L’édition interdite de Thierry Crouzet (texte chroniqué sur ce blog le 14 mars 2011) (Numerik:)ivres)
Thierry Crouzet a construit son nouvel essai sous la forme d’une liste de 149 propositions, aphorismes et sentences à partir desquels sont venus répondre plusieurs auteurs, journalistes et lecteurs. Il reprend et prolonge ce qu’il défend par ailleurs sur son blog depuis très longtemps : comment Internet est en train de bouleverser la diffusion des textes et de manière plus générale l’édition ?

Tokyo, Québec de Leroy K. May (Numerik:)ivres)
Tokyo, Québec est un road book sans voiture, où le métro fait office de véhicule. À travers 18 chapitres au rythme effréné, Leroy K. May mène le lecteur dans les méandres d’un amour possible seulement dans le rêve, les chambres d’hôtel luxueuses et le sang.

 

Wagon de Jacques Serena (publie.net, stigme99)
Une femme interpelle un homme dans un wagon et les mots cognent en uppercut : « Et moi qui en étais à me dire : tiens, nous voilà un peu seuls, cet homme et moi, dans ce bout de wagon, alors il y a des chances pour que nous nous mettions, lui et moi, à ressentir l’espèce d’entente tacite, ce lien, cette intimité étrange, douce et un peu choquante, qui parfois arrive, dans un bout de wagon, passé une certaine heure. Lui, à savourer une nouvelle journée de travail accomplie, moi, tranquille, prête à regarder un peu par la vitre, à retarder le moment de m’offrir ce plaisir, rouler en regardant par la vitre. Mais voilà. Il faut que je me dise voilà, idiote, ton entente tacite, tu as vu l’œil qu’elle te jette, qu’est-ce que tu croyais. »

Morsure (une grève) de François Bon (publie.net, stigme99)
Tout démarre avec une grève de plus mais cette fois ce sont les camionneurs qui s’y collent et font pression. Sur les autoroutes, dans les stations essence, partout. On ne parle alors plus que de ça. Sauf qu’au milieu de cette activité qui semble s’être arrêtée des figures surgissent, comme autant de portraits : ce sans-abri par exemple ou encore cet ado qui cherche à mettre fin à ses jours dans une ville que nous pourrions connaître. Et qui l’en empêchera ? Et qu’avons-nous fait de notre rêve de ville demande François Bon ?

Un psychopathe et demi d’Elias Jabre (StoryLab)
« Rien de plus délicat que d’annoncer une rupture surtout quand votre partenaire pense vivre le parfait amour. Et si c’était votre jour de chance ? » lit-on sur la fiche de présentation de cette nouvelle. Sauf qu’ici l’auteur joue avec nos nerfs. Construite dans la lenteur et la tension cette nouvelle, quasiment un huis clos, est en effet assez angoissante. Surtout qu’Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante.

 

17 juin 2011

#EbookFriday pour tous

Créé par les utilisateurs de Twitter, le FollowFriday associé à son hashtag (#FollowFriday ou #FF) est, chaque vendredi, un moyen de faire découvrir aux personnes qui vous suivent de nouveaux membres que vous appréciez ou ceux dont vous recommanderiez de suivre les tweets durant le week-end par exemple. Il y a presque un mois maintenant Jean-François Gayrard de Numerik:)ivres, s’inspirant de cette coutume, a lancé l’EbookFriday (#EbookFriday ou #EF sur Twitter). Chaque vendredi jusqu’à minuit sa maison d’édition 100% numérique propose 3 titres de son catalogue à 0,99€ alors que d’ordinaire ils sont vendus entre 1.99 € et 5.99 €. Ces titres (romans, nouvelles, polars…) peuvent être achetés sur tous les sites de vente de livres numériques, notamment sur ePagine, Place des libraires numériques ou via le reader ePagine pour ceux qui liraient avec iPhone ou iPad. La semaine dernière un autre éditeur, publie.net, s’est associé à l’événement via sa collection stigme.99 ; comme pour Numerik:)ivres on ne trouvera ici que de la littérature contemporaine voire hyper-contemporaine à la différence près que cet éditeur pure player a choisi de commercialiser ses titres-là (30 à ce jour) en permanence à 0.99 €. Pour jouer le jeu, aux trois titres de Numerik:)ivres j’en ai choisi aujourd’hui 3 autres de la collection stigme.99 dont je recommande la lecture ainsi que trois titres mis en vente à moins d’un euro (et sans DRM) par d’autres éditeurs du catalogue ePagine. Ainsi on arrive à 9, chiffre du jour ! Je tiens aussi à préciser que cette opération ne vise pas à brader les textes numériques mais permet, grâce aux outils mis à disposition sur le web (merci en passant à immatériel pour la manip !), de faire connaître à la fois de nouveaux acteurs du livre numérique, des éditeurs, des catalogues et surtout des auteurs que vous ne connaitriez peut-être pas encore. Bon EbookFriday à tou(te)s !

 

Sélection Numerik:)ivres du jour

 

Fracture mentale, André Delauré
Charly est un schizophrène. Il enlève des enfants pour les éduquer selon son mode de pensée et cela se passe très mal… Il nous entraîne dans sa dérive ; un suspens intenable écrit par un spécialiste du roman noir. Âmes sensibles, certaines scènes peuvent vous heurter !

 

Zoé Bonhomme (épisode 1, Zoé a trop bu), Lucy Gareth
Zoé Bonhomme est à la recherche de l’âme-soeur. Jeune femme active, urbaine, fêtarde et hyperconnectée, Zoé Bonhomme a un gros problème : lors de sa dernière sortie elle a un peu trop abusé de la vodka au miel et il y a comme un grand voile blanc au matin… À lire au second degré !

 

Reine(s), Astrid Monet
En 5 nouvelles, l’auteure amène ses lecteurs à franchir 5 étapes de la vie d’un couple (Georges et Clara) face à la question de l’engagement en jouant avec plusieurs codes et procédés narratifs.

 

 

Sélection ePagine du jour

 

Cartons, Christine Jeanney, publie.net, coll. stigme.99
On a tous déménagé au moins une fois. On a tous rempli, numéroté, annoté les cartons. On a tous retrouvé, à mesure que les cartons se remplissaient et la maison se vidait, des traces de notre passé récent ou ancien, des histoires qu’on avait pu oublier… L’auteur de Signes cliniques ou de Fichaises, profitant d’un déménagement, a choisi de numéroter et de répertorier à sa manière chacun de ses cartons. Il y en a 50 et ça déménage !

 

Au troisième étage, Sébastien Rongier, publie.net, coll. stigme.99
La voix de l’enfance, d’un enfant. Tenter avec le style et le rythme mais aussi avec la ponctuation de faire sortir la violence rentrée et l’événement. Comme ça par exemple : « La voiture. À l’arrière l’enfant pleure. encore. Des larmes presque sèches. Presque écoulées. Devant, le père conduit. Sans se retourner. Pas même le rétroviseur pour vérifier que le monde s’éteint avec la route. Et la nuit. »

 

Les villes fantômes, Jean Rouaud, publie.net, coll. stigme.99
Ensemble de textes sur la ville que Jean Rouaud avait remis précédemment à Place publique, « revue de réflexion et de débat sur les questions urbaines (…) qui privilégie la raison à l’émotion, la durée à l’éphémère, [qui croise] les savoirs, les regards, les approches [et] permet la confrontation des projets. »

 

Absolut barbarian trip, Elias Jabre, Storylab, coll. One shot
Cette nouvelle écrite à cent à l’heure, ce trip (dans tous les sens du terme), vous entraînera vers une descente aux Enfers sur une île où des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles sont simples : éclatez-vous, ici c’est sex & drugs & rock & roll !

 

Le poids des mots, le choc des reliures, André Marois, Les éditions de la courte échelle
Nouvelle noire extraite du recueil Du cyan plein les mains. Avec un beau sens de la formule et un humour très grinçant, l’auteur nous invite ici à une bataille rangée entre libraires et lecteurs au beau milieu du magasin. Et ça fuse de tous les côtés, bouquins et noms d’oiseaux !

 

Les derniers hommes, Pierre Bordage, Au diable vauvert
Partez en compagnie des aquariotes à la recherche de l’eau potable dans un monde devenu invivable (radiations nucléaires, poisons déversés dans les rivières et les lacs, armes robotisées, animaux fous…). 6 épisodes vous attendant, le 1er est gratuit, les 5 autres sont vendus 0.99 €.

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