Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

12 mars 2014

DRM : les éditeurs parisiens choisissent la solution LeMarabout

« Enfin, une solution durable contre le piratage ! »

C’est par cette phrase que les éditeurs parisiens réunis en Assemblée Générale au café Prochoppe ont dévoilé leur nouveau système anti-piratage : LeMarabout.

L’association des marabouts de Barbès a donc été choisie par les éditeurs pour lutter contre les méchants pirates. Chaque livrel sera ensorcelé par un marabout spécialisé tant et si bien que le pirate ne saura pas quel sort lui sera réservé avant son odieux passage à l’acte. Au choix : perte de la vue, formatage de la mémoire absolue, acouphènes permanents, dyslexie, écran bleu Windows ou, pire encore, lecture aléatoire par télépathie du Guerre et Paix de Dostoïevski traduit par un logiciel en langage html…

L’association des marabouts est pleinement satisfaite de cette entente négociée âprement avec les éditeurs parisiens. Babar Dialiamoc répond à la polémique déjà naissante : « Halte au tintamarre, nous ne sommes pas des marabouts de ficelle ! Et je jetterai un sort à quiconque osera prétendre le contraire ! »

Adobe, l’empêcheur de lire Américain, a tout de suite réagi : « Avec la sortie d’ACS5, nous voulions déjà vous empêcher de lire mais au vu des diverses initiatives prises à travers le monde, nous avons décidé de renforcer notre protection contre les forces du mal. Pas moins de 100.000 prêtres (toutes obédiences confondues) vont être embauchés dans le monde entier pour bénir chaque drm de chaque ebook. »

Espérons que cette guerre entre les forces du bien et celles du mal se termine rapidement pour que nous puissions enfin lire sereinement le dernier roman de Charlhatan.

pAniege

 

2 septembre 2013

Du watermark et de la liberté à lire et acheter des livres numériques

Filed under: + Journal de bord — Étiquettes : , , , , , , — Christophe @ 18:42

Le 29 août 2013, ActuaLitté relayait sur son site un débat néerlandais né d’une série de six questions parlementaires posées le 20 août, questions qui toutes pouvaient être interprétées comme une remise en cause de l’alternative raisonnable que représente à nos yeux le watermarking. ePagine, prestataire de la solution néerlandaise de watermarking, souhaitait apporter son point de vue.

 

Depuis un an, la plupart des éditeurs néerlandais distribués par CB (Centraal Boekhuis) – qui opère pour plus de 90% des maisons d’édition néerlandaises – ont opté pour le watermarking de leurs livres numériques via un filigrane apposé par ePagine¹. Aujourd’hui, tous les libraires indépendants néerlandais et notamment Bol.com se retrouvent de fait avec une proposition d’achat userfriendly (qui ne nécessite plus la double inscription lors de la création des identifiants Adobe) et donc avec un parcours d’achat potentiellement à la hauteur des majors américaines dont la part de marché aux Pays-bas est moindre qu’en France.

Le marquage d’un ePub par ePagine pour CB aux Pays-Bas se déroule en plusieurs phases. Un numéro est d’abord généré à partir des informations reçues lors de la transaction (référence, information client…). Avec ce numéro seul, il est impossible de retrouver le nom du client ou le magasin en direct. Ce numéro est ensuite placé dans l’ePub de multiples façons.
Tant qu’un client garde l’ePub pour lui, personne d’autre ne pourra voir les informations inscrites dans le fichier. Si un titre est déposé sur un site torrent ou rendu accessible au grand public sans respect du droit d’auteur, une action pourra être entreprise pour retrouver celui qui a acheté le titre. Mais cette action n’est pas si évidente que ça à réaliser.
Il faut d’abord que BREIN (qui agit au nom des éditeurs et/ou des ayants droit et que l’on pourrait considérer comme un équivalent de HADOPI) aille contacter CB pour récupérer l’information du filigrane, CB étant le seul à pouvoir repérer une trace du filigrane dans l’ePub dans la mesure où le watermark ePagine est une solution évolutive dupliquée aléatoirement dans le fichier. Une fois que le numéro est retrouvé, BREIN doit alors lui-même contacter le magasin revendeur pour lui demander qui a acheté ce titre…
Avant d’entamer une telle recherche toujours possible qui obligerait légalement le libraire à fournir plus d’informations sur le client de cet achat, il faut donc qu’il y ait une raison valable et avec preuves à l’appui. Si cette recherche est possible, en revanche elle n’est pas automatisable et implique au moins quatre acteurs différents de la chaîne du livre : BREIN, CB, ePagine et le libraire.

Le but du watermark est d’améliorer l’expérience de l’utilisateur au moment où il souhaite lire un livre en lui évitant tout problème lié aux DRM qui rendent l’achat et la lecture parfois frustrants. Ainsi l’utilisateur peut lire partout où il veut et sans être ensuite emprisonné lors de ses futurs achats dans un modèle fermé comme celui que propose par exemple Amazon.

Les questions posées par les parlementaires néerlandais semblent toutes pouvoir être interprétées comme une remise en cause de l’alternative raisonnable que représente le watermarking.

En France, jusqu’à présent, les attaques du watermark se faisaient essentiellement d’un point de vue de la responsabilité de l’éditeur, soulignant avec inquiétude la plus grande facilité qu’il y aurait à pirater un livre sans DRM contrairement à un livre équipé de la DRM Adobe, un point de vue souvent exprimé sans tenir compte de la difficulté des revendeurs et donc des libraires indépendants à pouvoir proposer en milieu ouvert un accès facile au livre numérique quand celui-ci est malheureusement protégé par la DRM Adobe. Malgré tout, cela n’a pas empêché certains éditeurs indépendants français (Les éditions de Minuit, Au diable Vauvert, Allia, Métailié, Viviane Hamy, José Corti, Sabine Wespieser, Fleurus…) d’avancer sans DRM avec l’accord de leurs auteurs.

Cette fois l’attaque est beaucoup plus sournoise car elle laisse entendre que les informations contenues dans le watermark de ePagine seraient plus dangereuses pour la vie privée de l’internaute que l’ensemble des informations recueillies par des acteurs comme Apple, Amazon ou Google et leur DRM propriétaire qui stockent sur leurs bases de données vos noms, lectures, notes de lectures et partages, en plus de votre carte bancaire.

On peut se demander à qui profite maintenant cette attaque du livre numérique vendu avec watermark au moment même où en Hollande les grands américains tentent de mieux s’implanter et de reproduire le même niveau de parts de marché que celui acquis dans d’autres pays européens.

La position de ePagine est la suivante : il n’y a aucune attaque sur la vie privée via le watermark, le watermark étant sûrement la meilleure des alternatives aux DRM de contrôles de vos lectures. Nous pensons également que la meilleure protection des éditeurs est de maintenir un chiffre d’affaires réalisé sur un vaste réseau de revendeurs et que, même si ePagine se doit de travailler avec les éditeurs qui estiment avoir encore besoin par sécurité de la DRM Adobe, seul le watermark permet actuellement aux libraires indépendants de proposer un parcours fluide.

Et pour les plus soucieux de la protection de leur vie privée, un rappel : plus vous diversifierez vos achats dans la centaine de librairies indépendantes proposant déjà la vente de livres numériques, plus vous vous mettrez à l’abri de toute centralisation des informations vous concernant.

Alors bienvenue chez les libraires…

Stéphane Michalon & Stefaan Nemegeer
ePagine France & Benelux

 

¹Le watermark ePagine pour CB est également appliqué pour toutes demandes de re-téléchargements de livres numériques précédemment achetés avec DRM Adobe dans le cas où l’éditeur est passé entre-temps de la vente de ses livres numériques avec DRM à la vente de ses livres numériques avec filigrane (même si ceux-là au moment de l’achat étaient protégés par la DRM Adobe).

11 juillet 2012

les 10 articles les plus consultés en juin 2012

Comme tous les mois, retour aujourd’hui sur les 10 billets les plus consultés le mois précédent sur ce blog, autrement dit en juin 2012. Merci à tous pour les lectures, les commentaires ainsi que pour les relais sur vos sites, blogs et les réseaux sociaux. Une fois encore, une photo accompagne ce billet mensuel, photo qui n’a rien à voir avec la liste du jour sinon qu’elle a été prise en juin lors de mon séjour à Bourges où j’ai animé une formation sur la littérature contemporaine en ligne auprès de 18 bibliothécaires du Cher (lire le compte-rendu sur Chemedia pour ceux qui seraient intéressés par le sujet).

En résumé, si ces dernières semaines vous avez manqué quelque chose, vous retrouverez tout un tas d’infos dans la liste ci-dessous grâce aux liens. Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

 

Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en juin 2012


1. Sur la route (le rouleau original) de Jack Kerouac en numérique | billet du 29 mai 2012
2. Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | liste du 21 octobre 2011
3. Liste des librairies partenaires d’ePagine | mise à jour du 21 mars 2012
4. Les éditions Michel Lafon enlèvent les DRM au profit d’un tatouage numérique | billet du 29 juin 2012
5. L’été sera SHOT avec les mini thrillers de StoryLab éditions | billet du 21 juin 2012
6. Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden, Prix du Livre Inter 2012 en numérique | billet du 4 juin 2012
7. Brage de Bragelonne, le nouveau label numérique entièrement dédié au format court | billet du 19 juin 2012
8. appel à participation (rappel) | étude sur les usages du livre numérique (médialab / Le MOTif) | billet du 26 juin 2012
9. 41 romans de Simenon disponibles en numérique avec offre découverte | billet du 23 juin 2012
10. FLEURUS fête les grandes vacances (200 titres à -50%) | billet du 25 juin 2012

25 janvier 2011

Quoi trouver sur la Tunisie en numérique ?

Filed under: + Conseils de lecture — Étiquettes : , , , , , , , , — Christophe @ 09:52

© Rev. Strangelove (via Flickr)Depuis plusieurs jours déjà je me demandais ce qu’on pouvait trouver sur la Tunisie dans le catalogue ePagine. La recherche thématique restant pour l’instant limitée avec le moteur actuel (hormis les ouvrages référencés qui auraient dans leur titre « Tunisie » (48), « Tunis » (15) ou « Ben Ali » (3) par exemple) et comme aujourd’hui les livres ne sont pas encore tagués (mots-clés), comment retrouver sur le portail des romanciers ou essayistes tunisiens, des poètes ou des critiques d’origine tunisienne, etc. ? Pas simple. Pour cela je me suis d’abord fié à mes quelques connaissances ainsi qu’à ma mémoire de libraire et suis ensuite aller consulter plusieurs sites où des auteurs tunisiens étaient référencés. J’avais cette fois devant moi une liste impressionnante. Très vite je me suis rendu compte que la plupart des auteurs étaient publiés chez des éditeurs qui ne figuraient pas encore au catalogue ePagine ; les quelques-uns restants l’étaient chez une poignée d’éditeurs, principalement à L’Harmattan (rien d’étonnant là dedans) ou bien (notamment pour les auteurs français nés en Tunisie) dans de grosses maisons parisiennes. Côté 100% numérique je n’ai rien trouvé – mais je suis peut-être passé à côté d’un auteur incontournable et si c’est le cas, dites-le moi (gentiment).

Au final, j’ai laborieusement abouti à un résultat certes intéressant mais loin de représenter la production tunisienne d’aujourd’hui. Par ailleurs, si bon nombre de ces textes sont des oeuvres importantes, éclairantes, nourrissantes, la plupart ne sont disponibles qu’en PDF, avec DRM, et à des prix vraiment trop élevés. D’où une question : seront-ils nombreux les lecteurs (alors que la Tunisie est en pleine révolution et que nous sommes un certain nombre à vouloir mieux connaître ce pays, son histoire ou sa littérature) à dépenser 15, 20, parfois plus de 30 euros pour un ouvrage numérique disponible seulement en PDF (qui ne s’adapte donc pas aux différentes tailles d’écran), sur lequel on ne trouve pas de table des matières ou d’index avec liens et sur lequel on ne peut faire aucun copier-coller ni prendre aucune note ?

Ceci dit, comme certains de ces auteurs méritent d’être découverts et lus, je me permets de proposer une petite sélection totalement subjective ; l’idée n’étant pas d’aligner les noms mais de donner un aperçu de ce que pourrait être ma bibliothèque numérique « tunisienne » – un autre proposerait autre chose et ça me plairait assez d’ailleurs d’entrer dans d’autres bibliothèques. Alors, si le coeur vous en dit !

De Nelly Amri (historienne, enseignante, fortement influencée par le soufisme, l’histoire de la sainteté et l’hagiographie de l’Islam médiéval, au Maghreb en particulier), je me souviens de plusieurs recueils de poésie, dont Cheminant rivière et Nuit debout (L’Harmattan) : présence très marquée du corps, long chemin de l’écoute à l’entente, voix souvent éraillée, rocailleuse, qui prend.

Je poursuivrai cette balade poétique avec Tahar Bekri, l’une des grandes voix de la poésie tunisienne ; auteur de nombreux essais et études sur la littérature maghrébine mais aussi de recueils de poésie à la croisée de la tradition et de la modernité, son œuvre est largement marquée par l’exil et l’errance ; elle évoque aussi des traversées de temps et d’espaces continuellement réinventés (mémoire, horizons nouveaux, terre sans frontières. Vous trouverez notamment ici un large choix de ses poèmes (édition bilingue franco-américaine établie à L’Harmattan).

Bien connu dans le milieu de la littérature judéo-maghrébine, André Nahum est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages sur les traditions orales des différentes communautés du Maghreb, l’humour populaire et le personnage de Djoha. Sur ePagine on trouvera un seul de ses ouvrages, un recueil de nouvelles tendres et souvent drôles : Le roi des Briks (L’Harmattan) où il sera question de la vie du hara de Tunis pendant la jeunesse de l’auteur. On y trouvera notamment l’histoire du menuisier qui devient marchand de briks, du « petit militaire » ou encore de « Chloumou le violoneux ».

Abdelwahab Meddeb, né à Tunis, est un écrivain et poète franco-tunisien. Directeur de la revue internationale et transdisciplinaire Dédale, il enseigne la littérature comparée à l’Université Paris-X et anime également l’émission hebdomadaire Cultures d’islam sur France Culture. Dans son oeuvre « transfrontalière », il s’attache à honorer ce qu’il appelle sa « double généalogie », européenne et islamique, française et arabe. À lire de lui L’exil occidental (Albin Michel) : de la poésie préislamique aux émigrés de Tanger, des déserts de l’enfance à la désolation d’Auschwitz en passant par Tunis, New York et le Japon, il explore ici toutes les dimensions de l’aventure humaine.

Autre auteur à découvrir : Hedi Bouraoui, connu à la fois pour ses poèmes, romans, nouvelles, contes et essais mais aussi pour ses articles qui font de lui un critique littéraire à la renommée internationale, plaidant pour un travail de soi sur soi : « si l’on s’ignore soi-même, on ne parvient jamais à connaître les autres ; connaître l’autre et soi est une seule et même chose », écrit-il. Par ailleurs, il met en scène dans trois romans publiés aux éditions du Vermillon un certain Hannibal ben Omer, sorte d’Ulysse contemporain perdu entre Carthage, la Sicile, la Sardaigne et New York (à feuilleter en ligne chez l’éditeur).

Ayadi Boubaker est nouvelliste, romancier, traducteur et chroniqueur tunisien. Sur ePagine on découvrira deux de ses recueils de contes arabes issus du répertoire classique arabe et choisis pour la plupart par l’auteur dans le chef d’oeuvre de la littérature arabe, le célèbre Kalîla wa Dimna (fables d’origine persane qui auraient également influencées La Fontaine), adapté en arabe par Ibn al-Muqaffa‘ vers 750 : La monture du roi grenouille et Le rêve du Sultan (L’Harmattan).

Du côté des essayistes, n’hésitez pas à jeter un oeil à l’oeuvre de Fawzi Mellah, journaliste et écrivain tunisien, qui a notamment suivi le périple d’un groupe d’immigrés clandestins vers l’Europe (ouvrage publié au Cherche midi et épuisé aujourd’hui – peut-être un jour disponible en numérique ?). Sur ePagine, vous trouverez un essai d’interprétation critique sur l’unité arabe (L’Harmattan).

De nationalité française, Paul Sebag est né en Tunisie. Pendant la seconde guerre mondiale, il prend une part importante à l’action clandestine du Parti communiste tunisien (PCT) contre les partisans de Vichy. Arrêté, condamné aux travaux forcés à perpétuité, il sera libéré au lendemain du débarquement des alliés en Afrique du Nord. Il reprend alors son activité politique au sein du PCT dans l’illégalité. Après la libération, il devient journaliste et assure la rédaction du journal du parti. Il publie également plusieurs études de sociologie urbaine qui l’amènent à enseigner à l’Institut des hautes études de Tunis puis à la faculté des lettres. En 1977, ne pouvant plus enseigner à Tunis (contrat non renouvelé), il est nommé à l’Université de Rouen et se consacre à son travail d’historien, publiant plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de Tunis et des Juifs tunisiens. Quatre de ses ouvrages  parus à L’Harmattan sont disponibles aujourd’hui en numérique (très intéressants mais malheureusement trop chers).

On ne peut pas parler d’auteurs tunisiens ou d’origine tunisienne sans citer le nom d’Albert Memmi qui, au carrefour de trois cultures, a construit son œuvre sur la difficulté de trouver un équilibre entre Orient et Occident et a fondé le concept de judéité comme base de son travail d’exploration de l’être juif, concept qui a été repris par de nombreux écrivains et philosophes. Malheureusement aucun de ses textes ne sont disponibles en numérique ; en revanche vous pourrez trouver sur ePagine quelques études sur cet écrivain important.

Pour terminer, parmi les auteurs nés en Tunisie mais ayant quitté très tôt ce pays figurent Chochana Boukhobza (née à Sfax, a émigré en Israël à l’âge de 17 ans) qui a fait parler d’elle lors de la rentrée littéraire dernière en publiant chez Denoël un roman remarqué par la critique, Le troisième jour (les premières pages de ce roman peuvent être feuilletées en ligne sur ePagine et/ou téléchargées gratuitement). On trouvera également chez Grasset Michèle Fitoussi (née également en Tunisie) qui s’est toujours beaucoup intéressée à la question des femmes et à leurs droits en France et dans le monde ; chez Zulma, Hubert Haddad (écrivain de langue française, poète, romancier, historien d’art et essayiste français d’origine tunisienne) ; chez Plon-Perrin, Gisèle Hallimi (avocate, militante féministe et politique française d’origine tunisienne) ou encore Serge Moati (né au sein d’une famille juive tunisienne dont il retrace l’histoire dans Villa Jasmin qu’il publie en 2003 chez Fayard).

Christophe Grossi

17 janvier 2011

Je n’oublie pas Haïti 2 : Corps mêlés de Marvin Victor (Gallimard) : extrait

à télécharger sur epagine.fr

Pour faire suite au billet du 12 janvier consacré à Haïti, je vous propose aujourd’hui  un extrait du premier roman du peintre, écrivain et réalisateur haïtien Marvin Victor, Corps mêlés qui vient tout juste de paraître en papier et en numérique dans la collection Blanche chez Gallimard. Ce texte, raconté par Ursulla Fanon, une Haïtienne de 45 ans, à la fois violent (misère, alcoolisme, prostitution…) et sensuel (odeurs, saveurs, troubles corporels) revient avec intensité sur le tremblement de terre qui a secoué l’île il y a un peu plus d’un an. Mais au-delà des thématiques abordées, c’est aussi le style de Marvin Victor qui étonne ici : les phrases sont longues, à la fois lyriques et mordantes ; sa langue est imagée, incarnée et noire ; sa musique, entêtante. Vérifiez plutôt ! Ce roman est disponible en epub et en pdf (avec DRM). Un extrait plus long que celui proposé sur ce blog peut être feuilleté en ligne et/ou téléchargé gratuitement sur ePagine et le site des libraires partenaires. Bonne lecture.

ChG

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I

Par une nuit de décembre, un vendredi, comme d’autres entrent au Séjour des morts, me raconta un jour ma marraine, ma tante, elle, la sage-femme par excellence, je sortis des entrailles peureuses et gluantes de ma mère que les gens du pays de Baie-de-Henne donnaient pour une mule — cette bête hybride, issue de l’accouplement d’une jument et d’un âne et qui, selon eux, met bas soit des mouches, soit des abeilles — considérant qu’au bout des nombreuses liaisons qu’ils lui prêtaient, elle ne parvenait pas à tomber enceinte. Cette nuit-là, une foule de curieux, composée pour la plupart de femmes, se pressa autour de la maison qu’elle occupait encore, du haut de sa trentaine, avec mes grands-parents, jetant des coups d’oeil furtifs dans la pénombre de la grande pièce, avant que les plus braves n’y entrent, suivies de leurs enfants pleurnichards accrochés à leurs jupes malpropres. Toute cette foule scélérate entravait ses gestes, alors que j’étais une enfant qui se refusait à la vie, contraignant du coup ma mère à un état physique et mental déplorable, elle qui ne s’attendait plus d’ailleurs à se reproduire, de sorte qu’elle avait gardé le lit tout le long de sa grossesse, de crainte de me perdre suite à un faux pas dans la pierraille aiguë des sentiers du village. Pour déféquer, elle n’allait même plus s’asseoir sur le trône de lattes de mombin des latrines, dans l’arrière-cour, laissant à ma grand-mère la tâche de vider son pot de nuit — où flottaient ses selles ou l’écume de ses longues giclées de crachat — derrière la maison, dans ce ravin où ne coulait plus depuis longtemps aucune eau, non loin d’un petit bois où ma grand-mère allait aussi chercher des jeunes pousses de basilic avec lesquelles, après les avoir trempées dans une bassine d’eau fraîche, elle arrosait les quatre coins de cette petite chambre latérale qu’elle avait fait construire pour ma mère, quelques mois avant ma naissance.
« Plus d’une nuit de souffrance ! » s’exclama ma marraine, l’air de revivre plus que jamais la durée de ma naissance, se rappelant jusqu’à l’intonation de sa voix lorsqu’elle bramait à la foule que ma mère manquait d’intimité. Comme si elle voulait outrepasser le fait que nous fussions encore à l’époque pas si différents des bêtes, les femmes s’habillant très peu, les fripes américaines — qui allaient d’ailleurs bientôt décourager les couturiers du village réduits à ne faire que repriser — n’existant pas encore. Dire que les femmes s’éclaboussaient même nues dans la mer ou dans les eaux sombres de la rivière Palerme, parmi les hommes un peu plus loin, arborant une impudeur quasi édénique, sans arrière-pensée, les enfants encore plus. Pourtant, dans son récit, ma marraine était prête à me laisser croire que sa soeur ne supportait pas les regards de tout ce beau monde penché au-dessus d’elle, sur sa nudité, vu qu’elle transpirait comme quelque suppôt du diable. Mais il ne faisait pas chaud. De temps en temps, un courant d’air s’engouffrait dans la grande pièce, même s’il devenait presque aussitôt irrespirable, couvert par les puissantes exhalaisons de la foule : un mélange de poisson séché, de feuilles, de feu humide, de sueur, et de terre. Elle avait de très douloureuses contractions, elle tremblait. Cela, jusqu’à ce qu’elle eût rompu la poche des eaux : une avalanche chaude et visqueuse, tandis que ma marraine enfonçait sa main dans sa vulve, y fouillait de ses doigts charnus, lui ordonnant de pousser très fort, tout en appelant Célimène, son auxiliaire, la reine-chanterelle de son sanctuaire, à l’aide pour changer les couvertures moites de suc utérin. Je me refusais à quitter le corps de ma mère. Or, son ventre, pointu pendant toute la durée de sa grossesse, était considérablement descendu jusqu’au pubis, signe qui avait fait pronostiquer que je devais être un garçon, et du coup venir facilement au monde. Mais elle souffrait de plus belle, couchée sur le dos, les jambes écartées sur son sexe aux lèvres fort renflées en bas de son pubis mal rasé, plus hideux qu’une gueule de chouette, l’un des plus effrayants oiseaux de la nuit du pays de Baie-de-Henne, aux yeux des enfants, même des adultes, et surtout des femmes enceintes qui craignaient que leur bébé ne lui ressemble, me souffla ma marraine, sans gêne, lors de cette nuit où elle me fit le récit de ma naissance, convaincue qu’elle était que notre sexe n’est beau qu’une fois habité par son opposé, puisque ainsi on ne le voit point, ayant les yeux fermés sur une nuit — celle du plaisir physique — plus ténébreuse qu’aucune autre.
Dans la foule, certaines femmes masquaient leur rire par une toux forcée, et d’autres, par un ahan évoquant mieux la plus haute dérision qu’une souffrance partagée, toutes disposées à les traiter de vieilles folles à lier, les deux ensemble : ma marraine et ma mère. Mais elles n’en firent rien, gardant encore patience, sans doute à cause de la présence de ma grand-mère, assise au chevet de sa vieille fille, et de celle de mon grand-père. Ce dernier faisait les cent pas dans la cour, ingurgitant au goulot son éternel blanc agricole, au milieu d’un ballet de ces lucioles qui nous arrivaient en bandes serrées, du haut des mornes, en cette période-là, à peine la nuit tombée. À un moment donné, pris d’un accès de transe ou d’ivresse, il surgit dans la pièce et parla d’une voix forte, expliquant que seule la mer pourrait délivrer ce qu’elle avait enchaîné. Ces paroles stupéfièrent la foule, soudain prompte à écouter cet homme d’habitude très peu loquace, au visage de pierre, le fixant avec de grands yeux, constatant qu’il n’était pas tout à fait ivre, qu’il mesurait pleinement ses mots, et que par sa bouche parlait l’esprit de la mer. Il conseilla à ma marraine d’emmener ma mère à la mer, articulant mal, avec de grandes convulsions, les yeux tournant au fond de leurs orbites, et réclama une bouteille de blanc et une bougie, que ma grand-mère lui apporta aussitôt. Puis, il l’alluma, cette bougie, tout en faisant une libation au pied du lit d’accouchement, les paupières closes, humant profondément l’air fétide de la pièce, posant sa main sur le ventre de ma mère. De fines coulées de sueur marbraient ses joues et les ailes épaisses de son nez, et il porta la bouteille à sa bouche, pour en souffler trois jets mêlés de salive entre les jointures de ses membres qu’il frictionna énergiquement, marmonnant une prière,avant de demander d’aller chercher une planche, au fond de la cour, sous le flamboyant, avec laquelle il fit un brancard pour transporter ma mère qui, quittant son lit, fondit en larmes, déféquant et urinant abondamment, prenant son ventre de ses deux mains, hurlant plus qu’aucune bête qu’on éventre. Puis, aidée par Célimène et ma marraine, elle sortit dans cette nuit compacte où la lune ne s’était pas levée, et où il n’y avait nulle autre lueur que celle des torches que la foule avait volontiers allumées, suivant mon grand-père sur un sentier de traverse tracé dans un pan de falaise colonisée par des oiseaux marins, de jour. À peine eut-elle mis les pieds dans l’eau, les jambes bien écartées, à genoux dans les vagues, qu’elle fut prise d’une très forte contraction, tandis qu’une masse déchirait sa vulve : mes fesses arrivèrent, en premier, puis mes jambes, repliées contre mon petit corps d’insecte avec les genoux en tailleur, et les pieds près des fesses. Je ne criai pas. J’étais couverte d’un onguent épais que ma marraine enleva à l’aide de son index, me brandissant en l’air, avant qu’elle ne coupe mon cordon ombilical avec un coutelas stérilisé au citron vert et au rhum blanc, confiant à mon grand-père la tâche d’aller l’enterrer, selon la coutume, au pied du calebassier de notre cour. Mais ce cordon, n’est-ce pas, les chiens faméliques du pays de Baie-de-Henne, descendus en meute des mornes, bientôt le dévorèrent. Car mon grand-père, enfin ivre et surtout rendu à sa condition d’homme parmi les hommes, oublia de le mettre dans le trou qu’il avait creusé sous l’arbre.
« Tout le monde sort de quelque part, on sème d’abord, on récolte après, espérant la meilleure part de la terre, cette terre sèche du pays de Baie-de-Henne qui ne donne plus grand-chose, encore moins le ciel. Oui, cette terre sertie de pierraille si près de laquelle nous vivons et où nous serons rendus tous un jour ou l’autre… », soupira ma marraine, au milieu de son récit des origines, tandis que je m’apprêtais à m’allonger sur ma natte de feuilles de bananier tressées, au pied de son lit. « Mais c’est selon », renchérit-elle tout de suite, d’une voix bouchée par sa dernière prise de tabac en poudre mêlé de camphre, sachant qu’avant d’être issue des entrailles de ma mère, j’étais quelque part, dans le néant, jugea-t-elle bon de mentionner, sur ce ton emphatique que je lui connaissais si bien et qui m’exaspérait, souvent, lorsqu’elle était en mal de débroussaillage des origines. Or, elle croyait plus que tout autre — surtout lorsqu’elle avait les yeux révulsés et le corps traversé des spasmes de la transe, et qu’elle entonnait, dans une langue que nul ne connaît, ses cantiques pour invoquer nos dieux —, avouons-le, que nous venions tous du large des côtes d’Afrique, d’où notre haine envers la mer, cette haine séculaire qui nous conduit tous à tourner le dos à son immensité houleuse, autre façon peut-être de nous laisser mieux engloutir par elle.
Mais moi, je suis poussière, je veux bien le croire. Et je retournerai un jour à la poussière, comme me le sermonna une fois, agitant à ma figure son exemplaire à la couverture bleu marine du Nouveau Testament, ma vieille voisine de palier de l’immeuble de la rue Magloire-Ambroise. Elle ne pouvait me sentir. Car elle soupçonnait que je la méprisais, elle dont, pourtant, avant de descendre dans la rue, en cette fin d’après-midi de janvier, pour suivre Simon, je tirai le corps des ruines de son salon. Elle était retenue prisonnière par de gros-ses dalles de béton, et j’avais entendu sa voix qui sortait des pierres et des gravats, juste avant qu’elle ne rende l’âme. Je n’entendrai plus ses chants d’Espérance du fond de son salon miteux, l’après-midi, tous les vendredis, lorsqu’elle s’asseyait sur l’un de ses canapés recouverts encore après des années du plastique d’origine, parmi ses soeurs de l’église baptiste de la rue Nicolas, toutes en madras blanc et les corps reclus dans des robes coupées dans du polyester sombre et dans leurs odeurs fades de trop d’années d’inusité, et de privations. Elle était devenue si arriérée, avais-je appris, à la suite de la mort en couches de son unique enfant : un garçon, et outre la haine qu’elle me portait, elle ne manqua jamais de se signer lorsqu’elle voyait ma fille. Car ma fille allait presque nue, perchée sur des centimètres de talons aiguilles, préférant l’intelligence du corps à celle des micmacs et salamalecs du monde, niquant la terre entière et le ciel, disait-elle, toujours prête non seulement à me renier, moi, mais plus encore les dieux, les saints et les anges qu’elle jugeait ne lui avoir rien donné, sinon sa paire de jambes interminables au grain des plus irréprochables, et surtout sa poitrine qu’elle disait parfois — soucieuse peut-être de me faire la part belle — tenir de moi, n’ayant foi en rien d’autre qu’en un grand lit ouvert, voire dans le ciment gris et froid du couloir de notre immeuble, pour s’y débaucher exprès devant la porte de la vieille voisine hystérique qui se demandait alors, en hurlant, quelle Jézabel les chiens dévoraient dehors dans la nuit, frappant en même temps bruyamment du plat de la main un meuble de son salon encombré de ce que ma fille appelait ses chinoiseries, à cause de ce réveil rococo en plastique made in China qui ne donnait plus aucune heure, de ses bibelots de porcelaine, de ses bouquets de fleurs artificielles, de ses reproductions sur vitre de nature morte et de marine, et de ce tapis accroché sur toute la largeur d’un mur représentant le dernier repas du Christ avec ses apôtres. Désormais, elle, ma voisine, et ma fille, me dis-je, sont entrées dans la vérité, et moi, je suis restée dans le mensonge.
Je suis de la poussière à jamais vouée à la terre, et non cette fleur de sel dont, petite, me parlait ma mère, la conteuse à deux sous qui courait obstinément sur les talons de ma marraine. Aujourd’hui, j’en viens à me demander ce qu’est un enfant dont l’histoire de naissance a été trafiquée puis effacée, cela, plus facilement encore que jadis l’empreinte de mes pas dans le sable des plages du pays de Baie-de-Henne, par le flux des vagues, et surtout dans la bouche de ma marraine qui me racontait, toujours avec un large sourire, que j’étais cachée dans l’éclat d’une lumière trop blanche pour que l’on puisse me voir à l’oeil nu. On ne parle pas de ce que l’on ne connaît pas, souffla-t-elle pour me persuader de la véracité de son histoire, cette même nuit, à la lueur de notre lampe-tempête, les narines en grande eau sous l’effet de sa prise de tabac, fronçant ses sourcils comme si ce qu’elle disait alors ne me concernait plus, et, si forte de son instinct devin, elle me semblait aller chercher très loin sa parole, notamment au moment où elle me lâcha qu’on s’accorde à dire que le néant existe, puisqu’il est nommé, c’est le territoire des anges et des enfants mort-nés. Ici, je ne dirai pas le nom de mon père. Son nom restera à jamais caché au plus loin de la mer hennoise, dans le coeur des Sirènes, et emporté avec la voix de ma mère. À la vérité, je sais que personne ne l’a jamais su, ou n’a jamais voulu le révéler à mon oreille. Aujourd’hui, ce secret me fait dire qu’un spermatozoïde ne vaut pas mieux qu’un ovule, et d’ailleurs, quoi qu’il arrive, tout finit au plus loin de la terre ou de la mer : les draps maculés non du sang lourd et serré des menstrues mais de celui, étincelant et parfumé, de la défloration des jeunes filles, au lendemain de leur lune de miel, afin que l’amour du couple soit aussi immense qu’elle ; la haine aussi, ce jet de crachat poisseux qu’on y lance, murmurant dans le vent plusieurs fois le nom de l’ennemi ou de celui ou celle qui a trahi, levant face à cet énorme ventre d’eaux une main ouverte, et encore plus menaçante qu’aucun coupe-coupe; oui, ainsi que la petite culotte souillée de muqueuses de la femme-jardin que l’épouse attitrée — ayant barbouillé du bout d’une tige de goyavier le fond de la crotte de trois chattes sauvages sacrifiées — un jour jette à la dérive afin que son homme cesse de découcher, de se frapper la poitrine en signe de maître et seigneur des savanes, sachant qu’une femme-jardin est la figure à la fois la plus moderne et la plus bafouée de la femme, au pays de Baie-de-Henne. Poétique appellation que les épouses ne doivent plus octroyer à leurs rivales, encore moins celle de matelote qui se disait d’une brave fille arrachée à son village avec laquelle un matelot de passage prenait le grand large.

© Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard, janvier 2011.

30 décembre 2010

Coup de coeur de fin d’année #4 Herta Müller (La bascule du souffle)

Parmi tous les livres numériques mis en ligne ces derniers mois, cinq d’entre eux font partie des « coups de coeur de fin d’année » d’ePagine. Comme tous ces textes ont été chroniqués sur ce blog, cette semaine sera entièrement consacrée à eux. Bien entendu, notre fin d’année ne se résume pas seulement à ces cinq titres-là. D’autres romans, d’autres essais, des livres jeunesse, des polars, des recueil de nouvelles fantastiques,… auraient pu être cités ici. Vous retrouverez donc la totalité des livres mis en avant par ePagine sur la page d’accueil du site. Neuf autres tables vous attendent : Noël rêveur (livres jeunesse), Noël primé (tous les prix littéraires 2010), Noël littéraire (récits, nouvelles et romans francophones soutenus par ePagine), Noël à l’étranger (romans traduits), Noël noir (polars, thrillers, romans noirs…), Noël imaginaire (SF, fantastique, fantasy, bit-lit…), Noël classique (petits prix), Noël de l’honnête homme (sciences-humaines) et Noël érotique (pour soirées cheminée).

Les cinq coups de coeur de fin d’année d’ePagine :

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reprise de la chronique du 16 décembre 2010.

La bascule du souffle de Herta Müller (Gallimard, coll. Du monde entier) est un roman hors catégorie qui (pour moi) rejoint les plus grands textes sur l’univers concentrationnaire. Ci-dessous, après ma note de lecture, vous trouverez un extrait du roman ; ce chapitre, intitulé « le bonheur des camps » (où forme et fond donnent tout leur sens au projet d’Herta Müller), est sans doute l’un de ceux qui m’a le plus subjugué. Dernière chose : ce textes d’Herta Müller fait partie des quinze romans traduits que ePagine a mis en avant sur sa table « Noël à l’étranger » que vous trouverez en page d’accueil du site. Bonne lecture.

En 2001, Herta Müller commença à s’entretenir avec des gens de son village, des Allemands de Roumanie, qui dès 1945 avaient été déportés par les russes dans les camps de travaux forcés afin de participer à la « reconstruction » de l’URSS, dont Oskar Patior. Ce dernier ne fit pas que lui confier ses souvenirs. Rapidement lui et Herta Müller (sa mère y avait été également internée) décidèrent d’écrire un livre à quatre mains. Malheureusement Oskar Patior mourut avant d’avoir achevé le texte. Ce qui était un « nous » devint un « je » et le « je » de fiction un certain Léo, jeune homme qui, soixante ans après les événements, revient soudain dans La bascule du souffle et avec détails sur ses cinq années passées au goulag (de 1945 à 1950) tout en racontant le retour impossible à la vie.

Je n’avais pas encore lu Herta Müller (prix Nobel de Littérature 2009) et ne peux simplement que regretter de ne pouvoir la lire dans sa langue. Car, quel souffle (pas que dans le titre d’ailleurs) ! Quelle force contenue dans cette écriture ! Voyez un peu : « Le coin droit de sa bouche se mit à trembler, puis quitta son visage, à croire que le fil rattachant le rire à la peau s’était cassé. » Ou encore ça : « Je porte des bagages qui ne font pas de bruit. Depuis bien longtemps, mon bagage de silence est si profond que je ne pourrai jamais tout déballer. Quand je parle, je ne fais que m’emballer dans un autre bagage de silence. »

Bien sûr à la lecture de ce texte reviennent d’autres textes essentiels sur les univers concentrationnaires. Néanmoins c’est la première fois que je lis un texte écrit par une fille de déportée (qui a toujours tu cela – la honte d’être associée aux nazis) qui s’inspire des souvenirs d’un autre déporté, Oskar Patior, pour décrire en détail le quotidien de Léo et des siens (Le Coucou ou encore Katie le Planton – simplette et robuste). C’est la première fois aussi que je lis un texte sur les « Malgré nous » roumains.

Léo ne peut que revivre ces cinq années-là, impossible de jeter cette peau. Magnifique travail de l’auteur sur le temps par la matière, le concret : son quotidien (les vols, les trocs, les morts qu’on dépouille, les peupliers, la faim, le labeur, les poux et les punaises, le passage des saisons, le linge, les sacs de ciment, la mendicité, la pelle en coeur qui sert à décharger le charbon et l’ange de la faim, les recettes de cuisine qu’on s’échange alors que tout le monde (la peau sur les os) meurt de faim), ses souvenirs (sa famille, la haine envers le frère de substitution, ses premières expériences sexuelles), ses rencontres (ceux qui arrivent, résistent ou meurent, ceux qui s’en sont sortis (manière de dire), sa rencontre avec cette vieille dame qui lui offre un mouchoir et une soupe). Soixante ans ont passé mais ce qui continue de hanter Léo c’est son rapport à la nourriture (absence, besoin, gloutonnerie, dégoût, rejet) : « Moi, mon rapport au monde est la nourriture. »

Ce drôle de mélange (notes d’un côté et les non-dits familiaux de l’autre) donne un résultat à vous couper le souffle, disais-je. On parle bien de littérature, pas de témoignage. Avec ce qu’il faut de visions (« Chaque tranche de travail est une oeuvre d’art. »), de fulgurances, de formules (« Peut-être que la solitude russe s’appelle Vania. »), d’humour noir (« Le russe est une langue enrhumée. ») et de colère, qui nous arrêtent dans notre lecture. Et ce qui est prodigieux ici c’est cette tension permanente qu’elle maîtrise : l’angoisse qu’on devine parfois au détour d’une phrase, cette angoisse que Herta Müller résume en fin d’ouvrage : « On ne parlait des années de camp que par sous-entendus, en famille, ou avec des amis qui avaient connu le même sort. Mon enfance a été imprégnée de ces conversations furtives. Si je n’en comprenais pas la teneur, j’en devinais l’angoisse. »

Le bonheur au camp

Le bonheur est chose soudaine.
Je connais le bonheur de la bouche et celui de la tête.
Le bonheur de la bouche vient à table, et il est plus bref que la bouche, voire que le mot bouche. Quand on le prononce, il n’a pas le temps de vous monter à la tête. Le bonheur de la bouche ne veut surtout pas qu’on en parle. En parlant, je devrais commencer chaque phrase par le mot SOUDAIN, et ajouter ensuite : TU N’EN PARLES À PERSONNE VU QUE TOUT LE MONDE A FAIM.
Je ne le dis qu’une fois : soudain, tu abaisses une branche, tu cueilles des fleurs d’acacia et tu les manges. Tu n’en parles à personne car tout le monde a faim. Tu cueilles de l’oseille au bord du chemin et tu la manges. Tu cueilles de la camomille à l’entrée du sous-sol et tu la manges. Tu abaisses une branche, tu cueilles des mûres noires et tu les manges. Tu cueilles de la folle avoine dans les terrains vagues et tu la manges. Derrière la cantine, tu ne trouves pas la moindre pelure de pomme de terre mais un trognon de chou, et tu le manges.
L’hiver, finie la cueillette. Après le travail, tu rentres chez toi à la baraque, sans savoir à quel endroit la neige est le plus savoureuse. Faut-il en prendre dès la sortie du sous-sol, ou attendre d’être près du tas de charbon enneigé, voire à la porte du camp. Sans te décider, tu prends une poignée du bonnet blanc qui coiffe un pilier de la barrière, et tu te rafraîchis le pouls, la bouche et la gorge en descendant jusqu’au coeur. Soudain, tu ne sens plus la fatigue. Tu ne le dis à personne vu que tout le monde est fatigué.
S’il n’y a pas d’effondrement, c’est un jour comme un autre. Tu as envie qu’il en soit ainsi. Le cinquième passe après le neuvième, dit Oswald Enyeter, l’homme au rasoir – la chance, selon sa loi, c’est un peu le bordel. Le balamouc. Moi, je dois avoir de la chance, parce que ma grand-mère a dit : je sais que tu reviendras. Encore un truc que je ne dis à personne, vu que tout le monde veut rentrer chez soi. Pour avoir de la chance, il faut avoir un but. Il faut que j’en cherche un, fût-ce de la neige sur le pilier.
Le bonheur de la tête se commente mieux que celui de la bouche.
Le bonheur de la bouche veut être seul, il est muet et attaché à l’intérieur. Le bonheur de la tête, lui, est sociable et se languit des autres. C’est un bonheur vagabond, bancal aussi. Il dure trop longtemps, on a du mal à être à la hauteur. Le bonheur de la tête est morcelé et difficile à trier, il se mélange à sa guise et passe à toute vitesse du bonheur
clair au bonheur
sombre
estompé
aveugle
envieux
caché
flottant
hésitant
impétueux
encombrant
chancelant
effondré
délaissé
empilé
enfilé
trompé
cousu de fil blanc
émietté
confus
à l’affût
piquant
malsain
revenu
effronté
volé
jeté
resté
raté de peu
Le bonheur de la tête peut avoir les yeux mouillés, le cou tordu ou les doigts qui tremblent. Mais chaque fois il vous tambourine dans le front comme une grenouille dans une boîte de conserve.
Le tout dernier bonheur est le ras-le-bol du bonheur. Il intervient quand on meurt. Je me souviens qu’au moment de la mort d’Irma Pfeifer dans la fosse à mortier, Trudi Pelikan a eu ce mot lapidaire en faisant claquer sa langue comme un gros zéro :
Ras-le-bol du bonheur.
Je lui ai donné raison, parce que en dépouillant la morte on a vu son soulagement d’avoir enfin la paix avec sa tête au nid figé, son souffle à la bascule vertigineuse, sa poitrine à la pompe folle de rythme, son ventre à la salle d’attente déserte.
Il n’y a jamais eu de pur bonheur de la tête, parce que la faim était sur toutes les lèvres.
Même soixante ans après le camp, la nourriture me donne une grande excitation. Je mange par tous les pores. Quand je mange avec d’autres, je deviens désagréable. Je me nourris en ergoteur. Les autres, qui ne connaissent pas le bonheur de la bouche, se nourrissent comme des êtres sociables et courtois. Mais moi, en mangeant, je me prends à penser au ras-le-bol du bonheur : il surviendra un jour ou l’autre, et chaque convive attablé à mes côtés devra restituer le nid de sa tête, la bascule de son souffle, la pompe de sa poitrine, la salle d’attente de son ventre. J’aime tellement manger que je ne veux pas mourir, vu qu’après je ne pourrai plus manger. Depuis soixante ans, je sais que mon retour au pays n’a pas eu raison du bonheur au camp. Aujourd’hui encore, la faim du camp ronge le coeur de tous les autres sentiments. Au coeur de moi, c’est le vide.
Depuis mon retour à la maison, chaque sentiment a sa propre faim quotidienne, il exige la réciproque, et je ne la donne pas. Plus personne n’a le droit de s’agripper à moi. Instruit par la faim, je suis inaccessible par humilité, non par dédain.

© Herta Müller, La bascule du souffle, Gallimard (chapitre « Le bonheur au camp », pp. 251-254)

Herta Müller, née en 1953 dans le Banat roumain au sein de la minorité germanophone, vit en Allemagne depuis 1987. Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais. Son œuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2009. La bascule du souffle est son dernier roman tout en étant le premier à être disponible en numérique dans le catalogue français.

Christophe Grossi

P.S. Consultez également le dossier consacré à Herta Müller sur le site de Laurent Margantin, Oeuvres ouvertes (plusieurs entretiens avec l’auteur ainsi qu’avec Nicole Bary, sa traductrice et éditrice ; discours pour la réception du Prix Nobel de littérature 2009 ; lecture par Pierre Ménard de L’homme est un grand faisan sur terre…).

28 décembre 2010

Coup de coeur de fin d’année #2 Thierry Beinstingel (Retour aux mots sauvages)

Parmi tous les livres numériques mis en ligne ces derniers mois, cinq d’entre eux font partie des « coups de coeur de fin d’année » d’ePagine. Comme tous ces textes ont été chroniqués sur ce blog, cette semaine sera entièrement consacrée à eux. Bien entendu, notre fin d’année ne se résume pas seulement à ces cinq titres-là. D’autres romans, d’autres essais, des livres jeunesse, des polars, des recueil de nouvelles fantastiques,… auraient pu être cités ici. Vous retrouverez donc la totalité des livres mis en avant par ePagine sur la page d’accueil du site. Neuf autres tables vous attendent : Noël rêveur (livres jeunesse), Noël primé (tous les prix littéraires 2010), Noël littéraire (récits, nouvelles et romans francophones soutenus par ePagine), Noël à l’étranger (romans traduits), Noël noir (polars, thrillers, romans noirs…), Noël imaginaire (SF, fantastique, fantasy, bit-lit…), Noël classique (petits prix), Noël de l’honnête homme (sciences-humaines) et Noël érotique (pour soirées cheminée).

Les cinq coups de coeur de fin d’année d’ePagine :

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reprise de la chronique du 23 novembre 2010.

J’ai rencontré Thierry Beinstingel à Besançon quand j’étais encore libraire aux Sandales d’Empédocle. C’était en 2004 je crois. Il animait déjà son site littéraire Feuilles de route et avait trois romans à son actif, tous publiés chez Fayard, ainsi qu’un récit chez Inventaire/Invention (maison disparue depuis). Je suivais son site, j’avais lu tous ses textes et rêvais de l’inviter. On avait passé là un très beau moment (il doit rester une photo sur l’ancien site prise par lui je crois). Nous nous sommes un peu revus (me souviens d’un rendez-vous à Troyes où je venais de fracasser une voiture de location) puis nous nous sommes perdus de vue. En juillet dernier j’ai lu le billet de François Bon consacré à Retour aux mots sauvages, roman que Thierry Beinstingel allait faire paraître à la rentrée chez Fayard. Il y a eu ensuite les listes du Goncourt – chaque année les membres du jury réservent une place à un vrai écrivain au cas où quelqu’un les soupçonnerait d’endogamie littéraire puis en général ils l’évincent au dernier moment (faut pas trop tirer sur la corde hein ?). Du coup, la presse s’y est mise et Fayard m’a envoyé son livre (format papier) il y a deux semaines. Il y a eu aussi entre-temps l’attente du prix Wepler. Vendredi dernier, je me suis dit : au point où tu en es (le livre a paru il y a trois mois : une éternité) tu n’es plus à un jour près ; le prix Wepler c’est le 22, publie ton billet le 23, qu’il ait ou pas ce prix, ça ne changera rien vu que tu as aimé le texte. Vous le savez peut-être : c’est Linda Lê avec Cronos qui l’a reçu (je viens d’ailleurs de l’acheter, en papier aussi). Désolé Thierry mais rien n’est perdu : la preuve, ce billet qui retourne au « brutal » fera (au moins) le tour du monde sinon plus. Et vous, chers lecteurs-internautes, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, lisez tout Beinstingel ! Dernière chose : ce texte est disponible en papier mais aussi en numérique sur ePagine ainsi que tous ses romans précédents. Qu’on se le dise : l’oeuvre d’un écrivain, fort heureusement, ne s’arrête pas aux célébrations !

Cet homme que vous suivrez dans Retour aux mots sauvages travaillait de ses mains pour une grande entreprise spécialisée dans les télécommunications jusqu’à ce qu’on vienne l’affecter, comme tant d’autres collègues avant lui, dans un autre service : à la hotline. C’est sa bouche désormais qui doit « prendre le relais de ses mains ». Dans son service il se prénomme Éric, et ce pseudonyme, cet avatar presque (puisque nous sommes dans le cadre de relations téléphoniques, virtuelles), qui suffit à lui donner une identité quand il s’adresse aux clients, est celui qui le fait disparaître dans le même temps dans l’entreprise comme individu.

« Le danger, oui, serait peut-être de croire qu’Éric existe pour de bon, faire le jeu de l’entreprise en quelque sorte, imaginer que cette identité professionnelle est librement consentie alors qu’elle a été fabriquée de toutes pièces par une organisation à laquelle on participe, morceau d’un vaste corps social. (…) Autrefois, il se serait représenté comme une main, un ensemble de tendons, un avant-bras noueux, quelque chose d’utile. Éric est devenu un bas morceau, un fessier, un pli disgracieux, une ride : le corps social a vieilli. »

S’il a choisi lui-même son pseudonyme, c’est bien parce qu’on lui a demandé de le faire. Et cette chose, dans le cadre de son travail, est la pire de toutes : apprendre la schizophrénie jusqu’à devoir nier son propre nom. On ne connaîtra jamais son patronyme ni celui de ses collègues ou de sa famille. Ici, Thierry Beinstingel, en choisissant volontairement le « il » ou « Éric », fait d’emblée de cet homme un exemple, un modèle (ni héros ni anti-héros) – ce que l’entreprise pourrait décliner à l’instar de ses nombreux produits marketing – car bien évidemment il n’est pas le seul employé à subir ça. D’ailleurs, quelques-uns ont mis fin à leurs jours : en se défenestrant le plus souvent. (Toute ressemblance avec…)

Une double identité à gérer du jour au lendemain pour Éric, c’est quoi ? Comment passe-t-on des relations humaines à la virtualité des échanges (commerciaux en plus de ça) quand votre message d’accueil a été enregistré (pour donner l’illusion d’une présence), quand les réponses doivent être choisies parmi une liste sur l’écran ? Comment appréhender à nouveau le monde réel, une fois quitté le plateau de la hotline ?

En ouvrant Retour aux mots sauvages, je pensais lire un roman sur le monde du travail, un roman social comme on dit (et c’est le cas) mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit autant question de corps et d’identité. Bien sûr, il en a toujours été question dans les romans précédents de Beinstingel (je vous conseille également, si pas encore fait, la lecture de Central, Composants ou Paysage avec portrait en pied de poule) mais là je dois l’avouer : il m’a bluffé.

Le langage du corps. La littérature par la désignation du corps, ce roman ne l’oublie pas : mains, bouche, mâchoires, mèche de cheveux, crâne, rides… Car pour Éric, tout passe désormais non plus par le toucher mais par la vue (sur le plateau) et par l’ouïe (au téléphone) : l’oreille pour rester aux aguets et sa voix (non modifiée par un programme informatique). Au moins avec le travail physique, manuel, Éric voyait les marques sur le corps (coupures, brûlures, mains calleuses, abîmées…). Avec cette nouvelle activité, pas de traces visibles : cette fois, elles sont psychologiques (stress, harcèlement, malaise, souffrance, tous ces mots qu’on associe maintenant à celui de « travail »). D’où l’absentéisme, l’abandon ou pire encore, le corps comme mis aux arrêts. Et l’auteur, se mettant dans la peau du personnage, se pose les mêmes questions : comment trouver sa voix, poser sa voix, changer de voix ? Ça marche aussi avec « voie ». Alors, pour tenir, se sentir vivant et reprendre conscience de son corps, Éric se met à courir et à noter dans un carnet ses progressions à chaque séance d’entraînement (foulées, pulsations…). Sentir son corps, ses mouvements, c’est avoir à nouveau les pieds sur terre.

« Ainsi cadencée, la course devient une étrange sensation, un ensemble pourtant familier, chevilles, genoux, tendons qu’on devine bandés comme des élastiques. La douleur récurrente au côté droit à l’articulation de la cuisse et qui s’estompe au bout de l’échauffement, toute une mécanique, un corps, individu, unité, créature, personne ou quelqu’un, quelque chose d’aggloméré, de tangible, d’existant. (…) En courant, il devine ses mains devenues trop blanches et trop molles, sa bouche devenue sèche à force de parler. Restent les pieds qui courent, et pourquoi, après tout, on leur restituerait pas leur force initiale. Aller à l’encontre de l’histoire, retourner à l’état d’homme sauvage, juste capable de poser un pied devant l’autre. »

Pour ne pas seulement envisager son prochain comme une masse indistincte (« le client »), Éric devra faire un pas de côté. Le hasard lui permettra cela : aller vers l’autre, retrouver sa peau (corps encore : l’autre est paralytique). Il se mettra également à dresser des listes de noms (ceux qui se sont suicidés dans le cadre de leur travail) quand l’auteur, lui, listera des verbes à l’infinitif le plus souvent. Des verbes d’action (ce qu’il avait déjà expérimenté dans un précédent roman, Composants). Et à chaque fois qu’il est question du réel, c’est toujours par l’angle littéraire que l’auteur s’y attelle.

« Retour brutal aux mots sauvages : se défenestrer. Le verbe, l’action, l’infinitif, le définitif, le mélange d’une terrible grammaire. D’abord l’élan du pronom avant le verbe, pronom réfléchi, réflexif, adressé à soi-même, se mordant la queue. Puis réfléchi au sens de prudent, circonspect, pensé, imaginé, ordinaire, déductible, rapidement devancé, doublé, débordé, devenu extraordinaire. Enfin réfléchi comme son propre visage reflété dans une vitre, qu’on reconnaît à peine tant la douleur le déforme. »

« Retour brutal aux mots sauvages » : pourquoi le mot « brutal » (pourtant indissociable de la phrase) a-t-il disparu du titre du roman ? « Brutal » ferait-il trop brutal, moins vendeur ? Exit le « brutal » de la couverture alors qu’il parcourt tout le roman : secousses des corps, violence des échanges en milieu tempéré, non-dits accablants, frustrations managériales, humiliations, plans marketing, changements de service, de tâches, d’horaires, de plateaux… Brutal, le verbe. Brutal parce qu’on s’y défenestre (corps toujours). Brutal parce que corps et noms sont niés. Brutal quand l’homme (son corps, sa place) est renvoyé aux machines, quand le corps est pris dans la machine, quand on parle « d’huiler la machine », de replacer l’humain « au coeur de la machine », quand le corps humain n’a même plus la beauté de la mécanique, quand la voiture a son garagiste tandis que le corps a un DRH. Brutal dans le dire et le cacher, dans le « tout va bien madame la Marquise ». Brutal aussi : les syndicats déboussolés ou l’équipe soudée tant qu’on est présent (solidarité interne et externe compliquée). Brutal toujours de penser qu’il suffit juste d’être éjecté pour être oublié. Brutale, l’indifférence. Brutal, ce roman d’un faux calme, violence sourde par les mots, par la langue, par la voix, que j’aime.

Dans ses deux premiers romans (Central et Composants), Thierry Beinstingel proposait, à partir de sa propre expérience, une plongée dans le monde du travail et des intérimaires. Avec Paysage et portrait en pied-de-poule, il quittait l’usine pour la ferme et les machines industrielles pour les machines agricoles. Deux univers et d’autres solitudes même si on le sentait déjà soucieux de donner à chaque fois la parole à ceux qui comptent les minutes et semblent si perdus, souvent habités par un vide qu’ils peinent à expliquer mais qu’ils réussissent parfois à remplir grâce à des détails ; ce qui les sauvent : leurs joies simples et ce regard tellement habitué à énumérer ou à regarder l’horizon. Ces romans de Thierry Beinstingel et les suivants allient tous mémoire et humanisme ; ils savent également rendre compte de milieux et de paysages souvent traversés, rarement aimés. Né à Langres en 1958, Thierry Beinstingel était cadre dans les télécommunications (aujourd’hui je ne sais pas). Il anime un des plus anciens sites de littérature (Feuilles de route) dans lequel il tente d’exposer son travail littéraire à la vue de tous et met à jour notes de lectures, photos ou carnets de voyage. Certaines de ses « feuilles » ont été réunies en numérique chez publie.net (extrait gratuit à télécharger). Il a publié chez Fayard six romans tous disponibles en numérique sur ePagine : Central (2000), Composants (2002), Paysage et portrait en pied-de-poule (2004), CV roman (2007), Bestiaire domestique (2009) et Retour aux mots sauvages (2010) et chez Maren Sell, 1937 Paris-Guernica (2007). Le billet de François Bon cité infra est à lire sur le tiers livre.

Christophe Grossi

27 décembre 2010

Coup de coeur de fin d’année #1 Maylis de Kerangal (Naissance d’un pont)

Parmi tous les livres numériques mis en ligne ces derniers mois, cinq d’entre eux font partie des « coups de coeur de fin d’année » d’ePagine. Comme tous ces textes ont été chroniqués sur ce blog, cette semaine sera entièrement consacrée à eux. Bien entendu, notre fin d’année ne se résume pas seulement à ces cinq titres-là. D’autres romans, d’autres essais, des livres jeunesse, des polars, des recueil de nouvelles fantastiques,… auraient pu être cités ici. Vous retrouverez donc la totalité des livres mis en avant par ePagine sur la page d’accueil du site. Neuf autres tables vous attendent : Noël rêveur (livres jeunesse), Noël primé (tous les prix littéraires 2010), Noël littéraire (récits, nouvelles et romans francophones soutenus par ePagine), Noël à l’étranger (romans traduits), Noël noir (polars, thrillers, romans noirs…), Noël imaginaire (SF, fantastique, fantasy, bit-lit…), Noël classique (petits prix), Noël de l’honnête homme (sciences-humaines) et Noël érotique (pour soirées cheminée).

Les cinq coups de coeur de fin d’année d’ePagine :

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reprise de la chronique du 10 septembre 2010.

Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal (éditions Verticales) nous montre à quoi pourrait ressembler le chantier d’un pont autoroutier suspendu. En mettant en scène une dizaine de personnages tous liés à cette colossale entreprise, elle nous fait également pénétré au coeur de la vie de tous ses acteurs, dans leur intimité. Mais derrière cette histoire romanesque ambitieuse, il y a surtout une écriture incarnée que je vous invite à découvrir en feuilletant en ligne ou en téléchargeant gratuitement un extrait.

Georges Diderot est le genre de type qu’on dirait tout droit sorti du Transsibérien de Cendrars ou d’un livre d’Olivier Rolin ; baroudeur, solitaire, inclassable, allant d’un chantier à un autre, changeant sans cesse de latitude, de continent, de langue, et ça plusieurs fois par an, cet homme est un atypique dans sa branche, un pro qui n’a pas fait les grandes écoles mais a roulé sa bosse partout et s’est fait une réputation à la force du poignet. « Diderot c’était une carrière complexe, difficile à suivre, plus latérale que verticale, hybridée au plus au point à toutes sortes de compétences, un mélange d’ingénieur maison entré par la petite porte et finissant par siéger au Comex et de star free-lance, un type qui fumait dans les ascenseurs, un tutoyeur de pédégés », disent de lui ses envieux collaborateurs. Alors, quand pour clore sa carrière, Diderot se voit confier la responsabilité d’un chantier colossal, construire un pont autoroutier suspendu dans un bled équatorial paumé (que le maire, John Johnson alias le Boa, a commandé pour que son rêve de Dubaï devienne the place to be), on se demande si Diderot ne va pas se faire plus d’ennemis que d’amis.

Outre Georges Diderot, Maylis de Kerangal a convoqué d’autres personnages sur la plateforme Pontoverde, lieu de l’action de Naissance d’un pont. La ville de Coca va en effet voir débarquer une flopée d’ingénieurs, de chefs de pile, des spécialistes du béton, des grutiers, des mineurs, des soudeurs et autres coffreurs ainsi que toute une main d’oeuvre prête à traverser le monde entier pour travailler là. Parmi ceux que nous suivrons à mesure de l’avancée du chantier et qui croiseront la route de Diderot, citons Summer Diamantis (en charge du béton), Sanche Cameron (grutier), le très discret Mo Yun, Duane Fischer et Buddy Loo (inséparables), la touchante Katherine Thoreau, l’étrange Soren Cry mais également Ralph Waldo, l’architecte ou encore Jacob l’ethnologue.

Une heure plus tard, elle passera les grilles du chantier, dos droit, respiration courte et cœur qui bat à tout rompre, son casque à la main. L’esplanade sera silencieuse, véhicules à l’arrêt, pas une âme qui vive, elle poursuivra sur sa lancée, le pas de plus en plus ferme, silhouette en route bien nette dans l’espace immense. Au bout de sa trajectoire, un baraquement et devant la porte ouverte, quelques hommes qui se tourneront vers elle et lui tendront la main, bienvenue Diamantis, on n’attendait plus que vous Diamantis, bon voyage, Diamantis ? Diderot apparaîtra soudain qui la saluera idem et Summer se méfiera aussitôt du bonhomme, aurait préféré un personnage plus frais, une flèche de l’équation, le stylo de communiant épinglé au rebord de la poche poitrine, les cheveux taillés en brosse et le regard franc, au lieu de quoi il y a ce type, Diderot, la légende, de visu un Steve McQueen colossal et faisandé qui la toise comme une gosse mais aussi comme une fille, elle sera déçue. Sanche Cameron, lui, s’écartera pour la regarder mieux tandis qu’elle se présentera aux autres, la détaillera sans parvenir à se faire une idée, la trouvera étrange, de la gueule mais lourde, une démarche de gorille, des mains courtes et des épaules carrées, des hanches larges, une belle peau mate, l’épaisse chevelure blonde, mais un menton en bénitier, un nez de chien, voilà, elle aura pleinement conscience d’être la bête curieuse, elle voudra faire impression et ne sourira pas, une fille au béton n’est pas monnaie courante. (Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont, Verticales)


En nous faisant assister à la naissance d’un pont autoroutier jusqu’à son inauguration, Maylis de Kerangal décrit très bien les tenants et les aboutissants d’un projet colossal comme celui-là : ambitions politiques, mégalomanies, rivalités. Elle montre également quels dommages collatéraux peut provoquer ce projet : que faire des Indiens de la forêt, comment déloger toutes ces familles qui ont élu domicile en lieu et place du futur chantier, quelles conséquences pour l’écosystème, l’économie, les échanges, quoi faire des oiseaux en pleine nidification ? Elle n’oublie pas non plus ce que ce chantier va provoquer en humeurs humaines et atmosphériques, en coups du sort, incidents, retards, revendications, rixes, tentatives de sabotage, débrayages, accidents, assassinats mais également en rencontres amoureuses. Tout est là et l’auteur sait avoir recours à d’autres genres littéraires ainsi qu’aux sciences-humaines pour rythmer son récit. Ses descriptions de la forêt et celles de la ville vue par le fleuve, depuis l’autre rive, d’en haut ou encore de ses entrailles, sont par exemple une vraie réussite. Enfin, comme on entre dans l’intimité du pont en train de naître, on pénètre également au coeur de la vie de tous les acteurs, dans leur intimité (leur passé, leur précarité, leurs sentiments…). Et tout ça est magnifiquement orchestré.

Derrière ce projet et cette histoire romanesques, ambitieux, ouverts, qui voient large, loin de tout narcissisme, j’ai surtout découvert une écriture singulière, nerveuse et appliquée, incarnée, faulknérienne peut-être, un style qui me touche, une langue qui vient du dedans et généreuse, qui n’a pas peur de confronter classicisme et modernité, apollinarienne, des phrases longues et sinueuses, stylées mais pas maniérées, travaillées sans être artificielles, une prose sans pose ni cynisme, un sens du récit admirable (le passage d’un personnage à l’autre, par exemple, est pertinent et percutant). Avec le recul, je me dis que l’écriture de Maylis de Kerangal est semblable à ce qu’elle peut dire de Summer Diamentis : nerveuse et souple, précise, fine et brutale, travaillée : de la mécanique de précision.

Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, publié par les éditions Verticales (prix Médicis 2010) est disponible en numérique sur ePagine. Les 18 premières pages peuvent être feuilletées en ligne ou téléchargées gratuitement ; il est également compatible avec l’iPad.

Née en 1967, Maylis de Kerangal a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse. Elle est l’auteur aux Éditions Verticales de deux romans, Je marche sous un ciel de traîne (2000) et La Vie voyageuse (2003) et d’un recueil très remarqué : Ni fleurs ni couronnes (2006) dont l’une des nouvelles a été adaptée au cinéma (Eaux troubles, court métrage de Charlotte Erlih, Why Not productions, 2008, 20 min). Son précédent roman, Corniche Kennedy (rentrée 2008), unanimement salué par la presse et le grand public, s’est retrouvé dans la sélection de nombreux prix (Médicis, Femina, Wepler, France Culture/Télérama, prix Murat). Elle a également publié chez Naïve : Dans les rapides (2007) et en collaboration avec les Incultes : Une chic fille (2008) ; chez Grasset : avec François Bégaudeau, Xavier de La Porte, Arno Bertina, etc., Le sport par les gestes (disponible en numérique) et chez Helium : Femmes et sport ; regards sur les athlètes, les supportrices, et les autres (avec Joy Sorman).

Christophe Grossi

22 décembre 2010

Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite : l’intégrale

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De l’Égypte prépharaonique à l’Amérique contemporaine, en passant par l’âge d’or des Caraïbes et les glaces du Groenland, Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite (plus de 1200 pages dans sa version papier) vous embarquera pour la plus grande chasse au trésor jamais contée. Mais quelle est la nature réelle du trésor ? Vous le saurez en téléchargeant la version intégrale du Vaisseau ardent en numérique !

Mi-novembre, Denoël a commencé à mettre en ligne tous les 10 jours un épisode du roman de piraterie et d’aventures de Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent (coll. Lunes d’encre). Le 4ème et dernier épisode ayant été intégré au catalogue ePagine ainsi que celui des libraires partenaires il y a quinze jours maintenant, il ne restait plus à l’éditeur qu’à proposer ce roman dans son intégralité (en un seul fichier). C’est fait depuis hier.

Yougoslavie, fin des années cinquante. Dans un petit port de l’Adriatique, Anton et Jak, dix et onze ans, assouvissent leurs rêves de piraterie en volant des bijoux, de l’argent et des instruments de navigation sur les bateaux qu’ils astiquent pendant le jour – tout un butin qu’ils entreposent dans une cave laissée à l’abandon.
Alors qu’ils doivent cesser leurs cambriolages, car pêcheurs et miliciens recherchent activement les voleurs du port, les deux garçons font la connaissance d’un ivrogne. En échange d’alcool, le vieil homme leur raconte l’épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de trace, tout en emportant avec lui son trésor, le plus fabuleux de l’histoire de la piraterie.
Pour Anton, ce qui n’est sans doute qu’une légende va devenir sa principale raison de vivre. Devenu un pirate des temps modernes, un pilleur d’épaves, sa quête le mènera aux quatre coins de la planète, et il découvrira que derrière l’énigme du Pirate Sans Nom s’en cache une autre, bien plus ancienne, celle du Vaisseau ardent.

Si vous avez besoin de faire un test avant d’acheter, les 20 premières pages sont à feuilleter en ligne et/ou à télécharger. Chaque épisode acheté individuellement est au prix de 5 euros. Le livre complet, qui peut être téléchargé et lu sur votre ordinateur, votre Bookeen, votre Sony, votre iPad ou votre iPhone, est à 20 euros en pdf et en epub et non à 24 euros comme annoncé sur ePagine ce matin ; les internautes trouveront sans doute ça un peu cher, surtout que cet ebook est proposé avec DRM Adobe.

Ci-dessous la bande annonce du livre (j’apprends par l’auteur himself que celle-ci est actuellement dans le top 5 de Liwreo.com). Si, par ailleurs, vous souhaitez poursuivre l’aventure en compagnie du Pirate Sans Nom, visitez le site de l’auteur et suivez-le également sur Twitter.

Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite commence sa première collaboration régulière avec la presse régionale alors qu’il est jeune lycéen. Écologiste, à 20 ans il publie un essai sur les méfaits du remembrement, Sauver le bocage. Il rejoint Ouest-France, puis signe ses reportages en indépendant, textes et photos, se spécialisant dans le domaine du cheval. Par défi, il entreprend des études de gestion et change de métier, passant de témoin à acteur en devenant le conseil en communication de plusieurs haras, puis crée sa propre agence généraliste. Cette activité l’incite à quitter la campagne normande pour Paris, en qualité de concepteur-rédacteur free-lance. Très vite, il préfère abandonner le monde de la publicité pour celui de l’édition, et se fait graphiste, maquettiste, responsable technique… Habitant en Île-de-France, il enseigne la P.A.O. à Paris III. Parallèlement à l’écriture, il poursuit toujours son travail de photographe, où il alterne reportages sociaux et exploration de l’imaginaire. Le Vaisseau ardent est son premier roman, une histoire commencée sous forme d’un conte pour son fils Paul, alors âgé de 8 ans (il en a 26 aujourd’hui) et terminée pour ses deux filles, Miriam et Raquel, 9 et 8 ans.

Christophe Grossi

10 décembre 2010

« La rédemption du pirate », 4ème et dernier épisode du Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite en numérique

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La rédemption du pirate, 4ème et dernier épisode du roman de piraterie et d’aventures de Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent, (Denoël, coll. Lunes d’encre) vient de rejoindre le catalogue numérique ePagine ainsi que celui des libraires partenaires. De l’Égypte prépharaonique à l’Amérique contemporaine, en passant par l’âge d’or des Caraïbes et les glaces du Groenland, ce roman vous embarquera pour la plus grande chasse au trésor jamais contée. Mais quelle est la nature réelle du trésor ?

Dans les deux premiers épisodes, vous avez fait connaissance avec le jeune Anton Petrack âgé de 10 ans et de son copain Jak, 11 ans qui, à la fin des années cinquante dans un petit port de l’Adriatique en Yougoslavie, assouvissent leurs rêves de piraterie en volant des bijoux, de l’argent et des instruments de navigation sur les bateaux qu’ils astiquent pendant le jour – tout un butin qu’ils entreposent dans une cave laissée à l’abandon… Là, Anton fera la connaissance d’un vieil homme, l’Ivrogne, qui lui racontera l’épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de trace, emportant avec lui son trésor, le plus fabuleux de l’histoire de la piraterie. Dans le troisième épisode (La carte aveugle), le commandant Petrack était remis sur la piste du trésor du Pirate Sans Nom et entraînait amis et ennemis à sa poursuite. Pour Anton, ce qui n’était jusque-là qu’une légende allait devenir sa principale raison de vivre. Avec ce 4ème et dernier épisode, la nature exacte du trésor du Pirate Sans Nom vous sera enfin révélée !

Si vous avez besoin de faire un test avant d’acheter, les 20 premières pages sont à feuilleter en ligne. Comme pour les précédents, cet épisode est à 5 euros (formats pdf et epub, DRM Adobe) ; il peut être téléchargé et lu sur votre ordinateur, votre Bookeen, votre Sony, votre iPad ou votre iPhone. Pour ceux qui souhaiteraient offrir l’ensemble des épisodes du Vaisseau ardent, sachez qu’ils seront réunis en un seul fichier d’ici une dizaine de jours.

Ci-dessous la bande annonce du livre. Si, par ailleurs, vous souhaitez poursuivre l’aventure en compagnie du Pirate Sans Nom, visitez le site de l’auteur et suivez-le également sur Twitter.

Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite commence sa première collaboration régulière avec la presse régionale alors qu’il est jeune lycéen. Écologiste, à 20 ans il publie un essai sur les méfaits du remembrement, Sauver le bocage. Il rejoint Ouest-France, puis signe ses reportages en indépendant, textes et photos, se spécialisant dans le domaine du cheval. Par défi, il entreprend des études de gestion et change de métier, passant de témoin à acteur en devenant le conseil en communication de plusieurs haras, puis crée sa propre agence généraliste. Cette activité l’incite à quitter la campagne normande pour Paris, en qualité de concepteur-rédacteur free-lance. Très vite, il préfère abandonner le monde de la publicité pour celui de l’édition, et se fait graphiste, maquettiste, responsable technique… Habitant en Île-de-France, il enseigne la P.A.O. à Paris III. Parallèlement à l’écriture, il poursuit toujours son travail de photographe, où il alterne reportages sociaux et exploration de l’imaginaire. Le Vaisseau ardent est son premier roman, une histoire commencée sous forme d’un conte pour son fils Paul, alors âgé de 8 ans (il en a 26 aujourd’hui) et terminée pour ses deux filles, Miriam et Raquel, 9 et 8 ans.

Christophe Grossi

30 novembre 2010

« La carte aveugle », 3ème épisode du « Vaisseau ardent » de Jean-Claude Marguerite en numérique

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La carte aveugle, 3ème épisode du roman de piraterie et d’aventures de Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent, (Denoël, coll. Lunes d’encre) vient de rejoindre le catalogue numérique ePagine ainsi que celui des libraires partenaires. De l’Égypte prépharaonique à l’Amérique contemporaine, en passant par l’âge d’or des Caraïbes et les glaces du Groenland, ce roman vous embarquera pour la plus grande chasse au trésor jamais contée. Mais quelle est la nature réelle du trésor ?

Dans les deux premiers épisodes, vous avez fait connaissance avec le jeune Anton Petrack âgé de 10 ans et de son copain Jak, 11 ans qui, à la fin des années cinquante dans un petit port de l’Adriatique en Yougoslavie, assouvissent leurs rêves de piraterie en volant des bijoux, de l’argent et des instruments de navigation sur les bateaux qu’ils astiquent pendant le jour – tout un butin qu’ils entreposent dans une cave laissée à l’abandon… Là, Anton fera la connaissance d’un vieil homme, l’Ivrogne, qui lui racontera l’épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de trace, emportant avec lui son trésor, le plus fabuleux de l’histoire de la piraterie. Dans ce troisième épisode (La carte aveugle), le commandant Petrack est remis sur la piste du trésor du Pirate Sans Nom et entraîne amis et ennemis à sa poursuite. Et pour Anton, ce qui n’était jusque-là qu’une légende va devenir sa principale raison de vivre.

Si vous avez besoin de faire un test avant d’acheter, un extrait (les 30 premières pages) peut être feuilleté en ligne. Comme pour les précédents, cet épisode est à 5 euros ; il peut être téléchargé et lu sur votre ordinateur, votre Bookeen, votre Sony, votre iPad ou votre iPhone. Le prochain et dernier épisode du Vaisseau ardent sera mis en ligne d’ici une dizaine de jours et le livre dans son entier mi-décembre. Pour ceux qui auraient deux vaisseaux de retard, consultez les posts consacrés au 1er et au 2ème épisode, Le Pirate sans nom et L’ïle noire.

Ci-dessous la bande annonce du livre. Si, par ailleurs, vous souhaitez poursuivre l’aventure en compagnie du Pirate Sans Nom, visitez le site de l’auteur et suivez-le également sur Twitter.

Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite commence sa première collaboration régulière avec la presse régionale alors qu’il est jeune lycéen. Écologiste, à 20 ans il publie un essai sur les méfaits du remembrement, Sauver le bocage. Il rejoint Ouest-France, puis signe ses reportages en indépendant, textes et photos, se spécialisant dans le domaine du cheval. Par défi, il entreprend des études de gestion et change de métier, passant de témoin à acteur en devenant le conseil en communication de plusieurs haras, puis crée sa propre agence généraliste. Cette activité l’incite à quitter la campagne normande pour Paris, en qualité de concepteur-rédacteur free-lance. Très vite, il préfère abandonner le monde de la publicité pour celui de l’édition, et se fait graphiste, maquettiste, responsable technique… Habitant en Île-de-France, il enseigne la P.A.O. à Paris III. Parallèlement à l’écriture, il poursuit toujours son travail de photographe, où il alterne reportages sociaux et exploration de l’imaginaire. Le Vaisseau ardent est son premier roman, une histoire commencée sous forme d’un conte pour son fils Paul, alors âgé de 8 ans (il en a 26 aujourd’hui) et terminée pour ses deux filles, Miriam et Raquel, 9 et 8 ans.

Christophe Grossi

19 novembre 2010

« L’Île noire », 2ème épisode du « Vaisseau ardent » de Jean-Claude Marguerite en numérique

Filed under: + Conseils de lecture — Étiquettes : , , , , , , — Christophe @ 09:20

L’ïle noire, 2ème épisode du roman de piraterie et d’aventures de Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent, (Denoël, coll. Lunes d’encre) vient d’entrer au catalogue numérique ePagine ainsi que dans celui des libraires partenaires. De l’Égypte prépharaonique à l’Amérique contemporaine, en passant par l’âge d’or des Caraïbes et les glaces du Groenland, ce roman vous embarquera pour la plus grande chasse au trésor jamais contée. Mais quelle est la nature réelle du trésor ? Si vous avez besoin de faire un test avant d’acheter, un extrait (les 30 premières pages) peut être feuilleté en ligne ou/et téléchargé gratuitement sur votre ordinateur, votre Bookeen, votre Sony, votre iPad ou votre iPhone. Sinon il vous en coûtera 5 euros pour l’épisode complet. Les deux épisodes suivants seront mis en ligne à raison d’un tous les dix jours environ et le livre dans son entier, pour Noël. Pour ceux qui auraient un vaisseau de retard, consultez le post consacré au 1er épisode, Le Pirate sans nom.

Dans le premier épisode, vous avez fait connaissance avec le jeune Anton Petrack âgé de 10 ans et de son copain Jak, 11 ans. Nous sommes alors en Yougoslavie dans un petit port de  l’Adriatique, fin des années cinquante, et ces deux-là assouvissent leurs rêves de  piraterie en volant des bijoux, de l’argent et des instruments de navigation sur les bateaux qu’ils astiquent pendant le jour – tout un  butin qu’ils entreposent dans une cave laissée à l’abandon… C’est là qu’Anton entendra parler pour la première fois du Pirate Sans Nom et de l’énigme de son fabuleux trésor.

Présentation du deuxième épisode (L’ïle noire) par l’éditeur, où l’Ivrogne évoque l’enfance du Pirate Sans Nom, puis raconte comment il a découvert l’Île noire et ses mystères.
Alors qu’ils doivent cesser leurs cambriolages, car pêcheurs et miliciens recherchent activement les voleurs du port, Anton et Jak font la connaissance d’un ivrogne. En échange d’alcool, le vieil homme leur raconte l’épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de trace, tout en emportant avec lui son trésor, le plus fabuleux de l’histoire de la piraterie.

  • Épisode # 1 : Le Pirate sans nom
  • Épisode # 2 : L’Île noire
  • Épisode # 3 : La carte aveugle (autour du 28 novembre)
  • Épisode # 4 : La Rédemption du pirate (autour du 8 décembre)

Ci-dessous la bande annonce du livre. Si, par ailleurs, vous souhaitez poursuivre l’aventure en compagnie du Pirate Sans Nom, visitez le site de l’auteur et suivez-le sur Twitter où il vient de participer au débat sur les DRM relancé par Clément Bourgoin.

Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite commence sa première collaboration régulière avec la presse régionale alors qu’il est jeune lycéen. Écologiste, à 20 ans il publie un essai sur les méfaits du remembrement, Sauver le bocage. Il rejoint Ouest-France, puis signe ses reportages en indépendant, textes et photos, se spécialisant dans le domaine du cheval. Par défi, il entreprend des études de gestion et change de métier, passant de témoin à acteur en devenant le conseil en communication de plusieurs haras, puis crée sa propre agence généraliste. Cette activité l’incite à quitter la campagne normande pour Paris, en qualité de concepteur-rédacteur free-lance. Très vite, il préfère abandonner le monde de la publicité pour celui de l’édition, et se fait graphiste, maquettiste, responsable technique… Habitant en Île-de-France, il enseigne la P.A.O. à Paris III. Parallèlement à l’écriture, il poursuit toujours son travail de photographe, où il alterne reportages sociaux et exploration de l’imaginaire. Le Vaisseau ardent est son premier roman, une histoire commencée sous forme d’un conte pour son fils Paul, alors âgé de 8 ans (il en a 26 aujourd’hui) et terminée pour ses deux filles, Miriam et Raquel, 9 et 8 ans.

Christophe Grossi

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