Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

18 mars 2013

Les Avenirs d’Hafid Aggoune (édition revue et corrigée) chez StoryLab

Les Avenirs est le premier roman d’Hafid Aggoune pour lequel il a reçu le prix de l’Armitière 2004 et le prix Fénéon 2005. Je me souviens (je travaillais alors à la librairie Les Sandales d’Empédocle à Besançon) l’avoir lu lors de sa parution aux éditions Farrago, maison d’édition qui a cessé son activité en 2006. Et si ce roman m’avait touché (il faisait partie des textes que j’avais largement recommandé), l’annonce de la fermeture de Farrago m’avait rendu très triste. L’auteur, lui, a continué de publier (une fois encore chez Farrago, ensuite chez Denoël et Joël Losfeld, titres non disponibles en numérique). Avec un titre comme celui-là, Les Avenirs ne pouvait pas ne pas renaître. Étant épuisé, l’auteur a récupéré ses droits et a choisi de le reprendre, de le corriger, de proposer cette nouvelle édition à une maison d’édition. Mais parce qu’on est presque dix ans plus tard et parce que nous sommes face à des dizaines d’avenirs possibles, le roman d’Hafid Aggoune paraît cette fois non pas chez un éditeur papier mais en numérique, aux éditions StoryLab.

Récit sur la mémoire individuelle et collective, l’exil, l’absence, les blessures et le retour à la vie, ce roman d’Hafid Aggoune n’a pas perdu de sa vigueur ni de sa troublante sensualité. Les Avenirs est aussi un voyage dans le temps et dans l’histoire, un exercice délicat mais réussi, tantôt d’une lucidité cruelle tantôt poétique voire onirique. Les Avenirs est aussi un roman d’amour doublé d’un roman d’apprentissage inversé où le lecteur suit le narrateur dans sa lente remontée du siècle dernier, jusqu’au choc, jusqu’à la perte. Les Avenirs dresse également le portrait d’un homme qui, par le manque, l’absence et grâce aux souvenirs (même si ceux-ci sont douloureux), a choisi de revivre. Les Avenirs, enfin, est une ode à la création, à la vie.

Le roman d’Hafid Aggoune est disponible sur ePagine au format ePub au prix de 5.99 €. Le fichier est fourni avec un dispositif de protection par filigrane (sans DRM Adobe). Ce procédé permet une lecture sur les différents supports disponibles (liseuses, tablettes, ordinateurs, smartphones) et ne limite pas son utilisation, qui demeure strictement réservée à un usage privé.

Pour en savoir plus sur l’auteur et son roman, visionnez l’interview infra.

Si vous souhaitez consulter ou télécharger Les Avenirs, cliquez ici.

ChG

 

 

Les Avenirs, Hafid Aggoune, StoryLab, 2013, 5.99 €

1 décembre 2012

Un endroit où aller : l’exposition 28°W à Montreuil #SLPJ2012

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un endroit au cœur du salon du livre et de la presse jeunesse où je vous conseille vivement d’aller (et d’ailleurs, aujourd’hui à 16h30, les neuf artistes seront tous présents). Pour vous y rendre, traversez la fourmilière bruyante qui vous file rapidement le tournis, descendez quelques marches, et voilà vous y êtes (au Niveau -1, dit-on ici, comme dans les parkings souterrains). Sous le salon, sous la ville en quelque sorte, un espace incroyable vous attend. La lumière y est moins agressive qu’en haut, la scénographie tout en labyrinthes, conçue par Olivier Douzou, est délicate et élégante, on entend moins de cris, on marche à pas feutrés, on vient d’entrer dans une exposition bien pensée. Celle-ci a été baptisée Exposition 28°W et on y présente là, par Folie (9 illustrateurs, dessinateurs et artistes), des centaines de dessins (330 en tout), de carnets de croquis, de gravures, de tableaux originaux et de planches (encres, pastels, aquarelles, gouaches sur des papiers et cartons recyclés, œuvres au stylo et au crayon…) mais aussi des vidéos. Ici le numérique, qui n’a pas été oublié, fait partie prenante de chaque univers. En phase avec le thème général du salon, cette expo est à la fois un voyage personnel à travers le parcours de chaque artiste et un voyage transversal dans la thématique (Le voyage de toutes les aventures).

 

 

C’est touchant, comme toujours, d’accéder à l’atelier des artistes tous si singuliers, à leurs esquisses, à leurs recherches préparatoires, de s’arrêter devant un tout petit dessin ou au contraire devant une gravure géante, de s’y balader, de s’y arrêter sans être happé ni bousculé. Dans ce labyrinthe, on a également demandé aux artistes de donner dix titres de livres importants pour eux. Et on ne sera pas étonné, après avoir été saisi par le travail de l’un d’eux, de retrouver des romans qui nous accompagnent nous aussi. La rencontre se fait à cet endroit également. Car, ici, ce sont de véritables rencontres que nous faisons, avec ou sans la présence des artistes, peu importe, ce sont les travaux exposés qui comptent. Et quelles découvertes, quelle sensibilité ici !

 

 

Je crois que ce qui m’a le plus enthousiasmé, ce sont l’intelligence et la finesse de cette expo qui permet la rencontre (une de plus !) entre la création brute ou aboutie, le texte et l’image, l’œuvre et le livre. Cette expo est une passerelle essentielle, me semble-t-il, pour sensibiliser les enfants à l’art et à la lecture. Pour preuve, voyez la folie de Katy Couprie qui a reçu la Pépite du livre OVNI avec le Dictionnaire fou du corps (avec contributions anatomiques d’Alessandro Ruggeri) aux éditions Thierry Magnier. Ici, vous ne quittez pas le livre et pourtant vous entrez dans son univers précis, délicat et très créatif. Idem pour Fred Bernard et François Roca ou encore pour Matthieu Bonhomme et, dans un style encore différent, pour François Place. Les photos que j’ai pu faire ne sont qu’un aperçu bien pâle à côté de ce que vous verrez si vous y allez.

 

 

Tous ces artistes publient des albums, des BD ou des livres d’art qui, dans la grande majorité, ne sont pas disponibles en numérique, sauf Fantôme de l’Opéra de Christophe Gaultier d’après le roman de Gaston Leroux (Gallimard Jeunesse streaming), les quatre premières aventures d’Esteban de Matthieu Bonhomme (Dupuis streaming), les deux tomes de Akissi de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin ainsi que les deux tomes de Bienvenue de Marguerite Abouet et Singeon (Gallimard streaming). Pour vous en faire une idée, visitez la librairie de l’exposition (belle mise en scène également) ou la bibliothèque 28°W. Et, plus au fond, allez jeter un œil à la Biblioconnection (j’en parlerai ici demain).

 

 

Artistes exposés et leurs ouvrages :

Kitty Crowther, autour des originaux et des recherches de Lutin Veille (Pastel, L’école des loisirs, 2012)
Fred Bernard et François Roca, autour des originaux de La Reine des fourmis a disparu (Albin Michel jeunesse 1996) à La Fille du Samouraï (Albin Michel jeunesse 2012)
Christophe Gaultier, autour des originaux de Donjon et du Fantôme de l’Opéra et des originaux et des recherches de Robinson Crusoé
Atak, autour des originaux de Pierre Crignasse (Fremok) et du roman illustré de Marc Twain L’étranger mystérieux (Albin Michel)
François Place, autour (notamment) de La Fille des Batailles (Casterman 2007)
Mylydy, autour de de la série Teotl (Ankama, 2011 et 2012)
Matthieu Bonhomme, autour des aventures d’Esteban (Milan)
Marguerite Abouet avec Clément Oubrerie, Mathieu Sapin et Singeon, autour des séries Aya de Yopougon, Akissi et Bienvenue (Gallimard Jeunesse).
Katy Couprie, autour du Dictionnaire fou du corps (Thierry Magnier).

 

 

billet et photos, ChG, depuis le salon du livre et de la presse jeunesse 2012

8 avril 2011

Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé : gravitons à l’infini !

« Point de départ ou finalité de la modernité, le livre global de Mallarmé se confronte désormais avec une autre globalité contemporaine, liée à l’environnement digital ». Lancé à l’occasion du 9e salon Artistbook International, Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé, livre numérique d’art, collaboratif à 360º (gravitons éditions) est désormais disponible sur le site ePagine. Il peut y être téléchargé gratuitement et à l’infini.

Après la revue de création 100% numérique D’ici là (cf. présentation du numéro 6 sur le site de Pierre Ménard), ePagine accueille donc un nouveau projet numérique très créatif. Contrairement à D’ici là, et bien que cette oeuvre collective soit centrée autour de la création artistique contemporaine, on ne peut pas véritablement parler ici de revue puisque l’expérience ne sera pas renouvelée.

Dans le communiqué de presse des éditions gravitons, rédigé quelques jours avant l’édition-performance initiée par Franck Ancel au Centre Pompidou en décembre 2010, on peut lire ceci : « Si tout au monde est fait pour aboutir au livre, le livre est-il fait pour aboutir au numérique ? ». C’est donc en partant de cette question qu’a été présentée (toutes les trois minutes et avec de multiples communications à 360º) chacune des 36 contributions des auteurs et créateurs qui ont participé à cette expérience de livre numérique. Une sphère-trame a également été accrochée, Un homme qui dort (Perec/Queysanne) projeté et une performance stéréoscopique donnée.

Ont (volontairement ou non) participé à l’ouvrage, Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé, les 64S • David Abiker • Franck Ancel • Joseph Attié • Judith Benhamou-Huet • Pierre Boulez • Daniel Charles (1935-2008) • Thierry Coduys • collectif MU • Marc Décimo • Océane Delleaux • Jacques Donguy • Pierre Escot • Extrinsèque Asso • Frederika Fenollabbate • Giovanni Fontana • Nacho Gomez Salles • Sabine Hossenfelder • Christian Janicot • Xavier de La Porte • Jean-Jacques Lebel • Emmanuel Mahé • Jean-Clet Martin • Myriam Métayer • Antoine Moreau • Claire Morel • François Morellet • Mundanéum • Pierre Oudart • Jacques Roubaud • Paul Otlet (1868-1944) • Jacques Scherer (1912-1997) • Anna Sigridur Arnar • Marie Sochor • Christophe Wall-Romana • Isabelle Waternaux.

Pour aller plus loin, sachez que les captations sonores des lectures proposées le 18 février 2011 dans la galerie L’espace d’en bas par Franck Ancel sont disponibles ici (6 auteurs, 6 documents, 6 heures).

ChG

Préface de Franck Ancel (présentation du projet et des contributeurs)

« Ainsi jusqu’à l’infini carnivore. » Frederick Kiesler

Si nous sommes aussi fous que Google pour croire au numérique, c’est parce que nous croyons aussi au souffle du savoir. Ainsi, ce livre que vous avez entre les mains est le résultat d’une récolte, après une centaine d’invitations, suite à une rencontre collaborative avec gravitons éditions, autour d’un projet de livre sur le LIVRE, fantasme d’absolu, à l’heure où Google Books scanne des livres existants.

Si tout au monde est fait pour aboutir au livre, le livre est-il fait pour aboutir au numérique ? C’est la question que nous nous sommes posés pour le salon ArtistBook International 2010. Annulée pour cause de grève au Centre Pompidou en 2009, notre création 0000, à partir du LIVRE, se déplie aujourd’hui en double et même en triple, vers de multiples voies/x, entre édition-installation-performance digitale, avec 100 participations offertes.

Parce qu’il faut bien préciser, après la lecture de Jacques Donguy, qu’un livre est aussi un coup de dés, et aucun au-delà du livre n’existera sans un silence, grâce à Daniel Charles. Faudrait-il encore avoir lu Jacques Scherer, éditeur du LIVRE, pour en saisir le sens ? L’essence d’une lecture-écriture qui est avant tout une dialectique du verbe chez Pierre Escot et des idées chez Myriam Métayer.

Aussi, ce n’est pas la totale abolition du hasard. C’est un poète qui formula le premier un « corps sans organes », abrégé sous la forme de CsO par l’une des têtes pensantes du « Mille plateaux », un réseau des désirs. Emmanuel Mahé nous y invite au cœur d’une source sans texte. De même, chez Antoine Moreau, l’interaction, la lecture ne saurait être à sens unique. Des mots de la poésie dont la valeur économique n’est pas réduite à un zéro, comme nous l’éclaire Judith Benhamou-Huet. Mais dites-vous bien que ces sciences sont ici affaire de visions universelles, chez Paul Otlet, pendant l’émergence historique de territoires planétaires, ou des limites du corps de l’individu, qui, sous les traits de Jean-Clet Martin, sont repoussées face à la question du cadre, qui naît blanc comme une page.

Marie Sochor quant à elle nous rappelle aux origines plus lointaines encore de la dégradation de la matière, dans l’infiniment petit. Claire Morel accumule l’original même des manuscrits, projetés vers l’infiniment grand de l’espace. Car le temps n’est plus à la mise en production d’un égo, Frederika Fenollabbate le déporte vers un programme inconnu.

Mais de quoi s’agit-il exactement dans le LIVRE ? D’un mystérieux rituel 0000 autour d’un échiquier aux 8 x 8 cases noires qui a convoqué un groupe invisible de 64Secondes, depuis un Temple vers Internet, c’est-à-dire des dizaines d’autres créateurs autour d’un compte à rebours codé par Thierry Coduys pour un musée éphémère.

Oui comme Marc Décimo, il n’est pas question de se masquer. Non comme David Abiker, il n’est pas question de masquer le tout. Le film-écran de Christophe Wall-Romana se projette dessus, mais ce n’est pas du cinéma, mais une diégèse chez Pierre Oudart. Le montage renouvelé par ce mixage des genres et disciplines touche même Pierre Boulez. Le langage est aussi sur toutes les images parlantes de Christian Janicot. Ce type de visualisation est-il un mal ? Aucun épilogue, même signé Joseph Attié n’est la livraison d’une bonne réponse.

Le jeu de l’image, qui fait poème chez Isabelle Waternaux ou mot chez Jean-Jacques Lebel, pourra-t-il encore exister parmi les mises en données numériques, précisées par Xavier de La Porte, et sonores chez le collectif MU, à l’heure où il nous reste encore à localiser le LIVRE, analysé par Anna Sigrídur Arnar en relation avec « la galaxie Gutenberg » ?

Giovanni Fontana, qui compose des partitions visuelles, Jacques Roubaud, qui déplie secrètement des parcours textuels, telle une démultiplication des livres d’artistes, muséographiée par Océane Delleaux, ne peuvent sans doute pas en comprendre plus que nous, face aux schémas (méta-)physiques de Sabine Hossenfelder. Nacho Gomez Sales recadre symboliquement des trames à l’heure où les métadonnées conquièrent notre quotidien.

La connaissance est un mystère direct dont le LIVRE est encore à venir, du ou dé-passé, mais nous rapproche d’une lumière. Votre écran veillera déjà à vous fournir une perspective à 360°, dont l’entrée est peut-être ici, et encore tout simplement par la lecture. Ultime trace d’un mouvement spirituel qui m’a porté à transfigurer (jeu Franck Ancel n’étant qu’un « je » lisant) des microfilms « Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé ».

© Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé (gravitons éditions), 2010.

26 février 2010

Aziz Chouaki : les enjeux de la création

Filed under: + Conseils de lecture — Étiquettes : , — Christophe @ 14:31

La maison d’édition Ex-Æquo, fondée en mars 2009 par Laurence Schwalm et dont la volonté affichée est de « rénover les standards de travail avec les auteurs » ainsi que de « partager réussites, échecs et revenus de façon équitable », vient de publier et de mettre en ligne Aigle de Aziz Chouaki, précédemment paru chez Gallimard dans la collection « Frontières » (2000).

Dans la bonne vieille ville d’Alger, les islamistes gagnent chaque jour un peu plus de terrain. Plus loin, vers l’Est, la guerre du Golfe semble inévitable. Nous sommes en décembre 1990. Pour Jeff, qui ne supporte plus de vivre là, restent les bars où boire des bières avec sa bande d’intellectuels, lire Khalil Gibran, Dante, Shakespeare, Rabelais ou William Blake et chercher un sens à leur existence. Mais un jour, il en a assez. Il quitte alors Alger pour Paris, La Goutte d’Or d’abord, les Halles ensuite. Au milieu d’une faune enlisée dans les histoires de sexe, de drogue et de règlements de compte, il se fait un nom et, chaque jour, Jeff se défait un peu plus, dévie, dérive. Soudain, arrive l’événement, celui qui le remettra sur les rails : dans un parc, il tombe sur un magazine qui propose un concours d’écriture de nouvelles. Jeff se lance dans l’aventure et le monde bascule. Tandis que les personnages qu’il vient de créer prennent vie, les vivants, eux, deviennent des personnages de fiction.

Nerveux, poétique, incarné, Aigle brouille merveilleusement les cartes identitaires et celles de la réalité et de la fiction. En plaçant son personnage entre l’écriture et la vie, entre la France et l’Algérie, entre hier et aujourd’hui, Aziz Chouaki nous fait plonger, à l’instar de Jeff, dans un univers spatio-temporel troublé, celui de la création, où la perte de repères permet de mieux saisir le monde.

Né en Algérie, Aziz Chouaki réside en France depuis 1991. Dramaturge, romancier et musicien, il se fera connaître par Les Oranges, texte monté de très nombreuses fois. Dans ses romans, (Les Coloniaux, L’Étoile d’Alger) de même que dans ses pièces, Aziz Chouaki se distingue par son point de vue sur l’état du monde ; à la fois très cynique sur le fond, il cisèle la forme, travaillant le vivant, traquant l’humour au cœur même du drame (site de l’auteur).

Christophe Grossi

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Livre numérisé cité dans cette chronique :

  • Aziz Chouaki, Aigle, Ex-Æquo

Auteur numérisé cité :

Autres auteurs cités :

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