Le blog ePagine

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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

8 novembre 2013

Stéphane Michalon lit Esprit d’hiver de Laura Kasischke

Aujourd’hui seizième billet de la rubrique Qui lit quoi ? en compagnie de Stéphane Michalon qui nous dit comment Esprit d’hiver de Laura Kasischke peut continuer à agir dans l’esprit du lecteur plusieurs heures après l’avoir terminé, notamment au réveil.

 

Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux…

« Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. (…) Je dois l’écrire avant que cela ne m’échappe. » En ce matin de Noël, Holly se répète cette phrase dans un demi-sommeil. Elle doit l’écrire tout de suite, comme on devrait écrire tout de suite la fin d’un rêve auquel on a encore accès pour quelques instants et dont on sait intuitivement que son interprétation sera extrêmement importante, peut-être même le début d’un roman, d’une nouvelle, mais dont on sait aussi avec l’expérience qu’une fois la phase de réveil passée, il s’échappera. J’ai fini ce livre hier soir. Je me réveille dans un demi-sommeil. Bourgois a appelé Mathias ou Matthieu qui appelle ChG, qui m’appelle à son tour. La couverture sur le site n’est pas bonne, le prix non plus. Il a le Médicis étranger bon sang, et on affiche la couverture d’un autre livre. Je devrais me réveiller, aller de toute urgence dans l’intranet du site avec mon iPhone. Mais mon iPhone est dans ce train que je vois repartir pour la Russie et je suis encore sur le bord du quai, assis à côté de ma mère qui ramasse sur le rail deux pièces de monnaie écrasées. Je ferais bien de sortir de ce demi-sommeil. J’ai fini ce livre hier soir. Je suis encore dans le choc de sa fin. Cette romancière est-elle une clinicienne du délire ? La nuit s’étire. Ce devrait être le début d’autre chose. Or le début est la fin. C’est Le Horla maintenant. C’est Laura Kasischke, Maupassant ? À lire !

Stéphane Michalon

Esprit d’hiver / Laura Kasischke / Bourgois / Août 2013

N.B. : ce titre fait partie de la liste du prix Médicis étranger qui sera remis le 12 novembre 2013

19 mars 2013

L’Usine de Philippe Napoletano, une dystopie moderne

 

J’ai eu la chance de lire en avant-première L’Usine de Philippe Napoletano, roman publié aux éditions D’un Noir si Bleu en début de semaine. Je n’avais rien lu encore de cet auteur mais le titre de son roman m’intriguait, cette phrase aussi : « Ayez confiance en l’usine, car l’usine vous fait confiance. » J’avais jeté un œil à l’argumentaire sur le site de la maison d’édition et avais vu qu’il s’agissait d’une « interprétation actuelle des dystopies classiques, une relecture de 1984, mais à l’heure du monde 2.0 ». Des contre-utopies (ou dystopies), on en connaît déjà et on en a lu pas mal aussi : 1984 bien sûr, Fahrenheit 451 de Bradbury, Nous autres de Zamiatine, La Planète des singes de Boulle ou encore Le Meilleur des mondes de Huxley, parmi les classiques du genre, et dernièrement je chroniquais sur ce blog L’Employé de Guillermo Saccomanno que j’avais beaucoup aimé, alors pour dire vrai je suis entré prudemment dans ce roman.

Peut-être dire avant toutes choses qu’il faut terminer ce roman pour le classer dans les contre-utopies. Car au départ, il est plutôt construit comme une utopie (ici on cherche le bonheur des habitants) et ce n’est que progressivement qu’il basculera du côté de la contre-utopie (à mesure que le héros, Courneuve, arrivé d’on ne sait où, s’impliquera au cœur de celle qui fait vivre la ville entière : L’USINE).

Au début j’ai pensé aux Saisons de Maurice Pons. Sans doute parce qu’on ne sait pas d’où vient le personnage, sinon qu’il a parcouru le monde, qu’il a vécu de petits boulots et qu’il a faim. Aussi, comme Siméon, parce que débarqué de n’importe où et qu’il est de bonne constitution, il va très vite s’intégrer aux mœurs et coutumes ainsi qu’aux habitudes de la ville, de l’usine et des habitants-salariés. Mais la comparaison avec le roman de Maurice Pons s’arrête là. Parce que très rapidement, Courneuve va faire son trou ici, va rencontrer quelques habitués des bars de nuit puis les représentants du syndicat ainsi que les « Marginaux ». Et que nous passerons rapidement des Saisons à Nous autres voire au film The Truman Show.

Bien entendu, tout est parfait dans ce monde. Un peu comme dans les écrits ou les maquettes de Claude-Nicolas Ledoux : tout le monde a la pêche et sourit puisqu’on a du travail, qu’on mange à sa faim et qu’on boit des bières bien noires en dansant et en se tapant dans le dos. La ville est propre, carrée et au moindre incident débarquent deux brancardiers. Pour divertir la population et permettre de garder une meilleure cohésion, on organise aussi des émissions de télévision sirupeuses et des partouzes dans les arrières-salles des bistrots. Et même si de temps en temps le mystérieux Bureau des Directions change les plannings et les affectations, personne ne semble vraiment s’en plaindre. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles jusqu’au moment où Courneuve lève un lièvre : le jour de son arrivée une femme se suicide devant lui. Héritant (par hasard ?) de son appartement, il commence à percevoir une présence à ses côtés, une présence qui se fait de plus en plus… pressante. Et quand Courneuve découvre qu’il n’est pas le seul à ressentir la présence d’un spectre, commence une enquête qui l’entraînera au cœur de la machine, au cœur de l’usine, au cœur d’un système parfaitement huilé…

Philippe Napoletano, tout au long de son roman découpé en procédures et en fragments, adopte le ton adéquat et un style qui n’est pas sans rappeler les contre-utopies citées supra. Il a su trouver la bonne distance entre le narrateur et son sujet si bien que le lecteur flotte dans cet univers déconcertant. Loin d’être aseptisée, son écriture parvient à changer régulièrement de registres, notamment lorsqu’il est question du corps. Les scènes d’orgies sexuelles sont beaucoup plus incarnées, c’est évident, que la description des avenues de la ville. Les hallucinations, les rêves et les scènes de fièvre sont également réussies.

En avançant, je me disais qu’un roman comme celui-là ne pouvait finir, ne pouvait pas bien finir. Et c’est souvent le problème des contre-utopies. Mais dans L’Usine, j’ai trouvé que l’auteur s’en était bien sorti et que ce n’est pas tant une morale qu’on recherchera ici mais plutôt une atmosphère, une écriture visuelle et une voix à suivre.

ChG

 

L’Usine, le nouveau roman de Philippe Napoletano, est disponible depuis le 15 mars 2013 en papier (17 €) dans toutes les bonnes librairies et en numérique (9.99 €) sur le site de la librairie ePagine notamment. Pour le télécharger, rien de plus simple : rendez-vous sur la page dédiée, ajoutez ce titre au panier, validez et commencez à le lire sur votre tablette, votre liseuse, votre ordinateur ou votre smartphone. Comme pour tous les autres titres de la maison d’édition D’un Noir si Bleu, L’Usine est proposé au format ePub avec un dispositif de protection par filigrane (sans DRM Adobe). Ce procédé permet une lecture sur tous les différents supports disponibles actuellement et ne limite pas son utilisation, qui demeure strictement réservée à un usage privé.

18 mars 2013

Les Avenirs d’Hafid Aggoune (édition revue et corrigée) chez StoryLab

Les Avenirs est le premier roman d’Hafid Aggoune pour lequel il a reçu le prix de l’Armitière 2004 et le prix Fénéon 2005. Je me souviens (je travaillais alors à la librairie Les Sandales d’Empédocle à Besançon) l’avoir lu lors de sa parution aux éditions Farrago, maison d’édition qui a cessé son activité en 2006. Et si ce roman m’avait touché (il faisait partie des textes que j’avais largement recommandé), l’annonce de la fermeture de Farrago m’avait rendu très triste. L’auteur, lui, a continué de publier (une fois encore chez Farrago, ensuite chez Denoël et Joël Losfeld, titres non disponibles en numérique). Avec un titre comme celui-là, Les Avenirs ne pouvait pas ne pas renaître. Étant épuisé, l’auteur a récupéré ses droits et a choisi de le reprendre, de le corriger, de proposer cette nouvelle édition à une maison d’édition. Mais parce qu’on est presque dix ans plus tard et parce que nous sommes face à des dizaines d’avenirs possibles, le roman d’Hafid Aggoune paraît cette fois non pas chez un éditeur papier mais en numérique, aux éditions StoryLab.

Récit sur la mémoire individuelle et collective, l’exil, l’absence, les blessures et le retour à la vie, ce roman d’Hafid Aggoune n’a pas perdu de sa vigueur ni de sa troublante sensualité. Les Avenirs est aussi un voyage dans le temps et dans l’histoire, un exercice délicat mais réussi, tantôt d’une lucidité cruelle tantôt poétique voire onirique. Les Avenirs est aussi un roman d’amour doublé d’un roman d’apprentissage inversé où le lecteur suit le narrateur dans sa lente remontée du siècle dernier, jusqu’au choc, jusqu’à la perte. Les Avenirs dresse également le portrait d’un homme qui, par le manque, l’absence et grâce aux souvenirs (même si ceux-ci sont douloureux), a choisi de revivre. Les Avenirs, enfin, est une ode à la création, à la vie.

Le roman d’Hafid Aggoune est disponible sur ePagine au format ePub au prix de 5.99 €. Le fichier est fourni avec un dispositif de protection par filigrane (sans DRM Adobe). Ce procédé permet une lecture sur les différents supports disponibles (liseuses, tablettes, ordinateurs, smartphones) et ne limite pas son utilisation, qui demeure strictement réservée à un usage privé.

Pour en savoir plus sur l’auteur et son roman, visionnez l’interview infra.

Si vous souhaitez consulter ou télécharger Les Avenirs, cliquez ici.

ChG

 

 

Les Avenirs, Hafid Aggoune, StoryLab, 2013, 5.99 €

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