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13 septembre 2013

ePagine publications numériques vous offre La Grande panne de Théo Varlet

 

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013) et César Capéran de Louis Codet (juillet 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne sur epagine.fr son sixième livre numérique : La Grande panne de Théo Varlet, un roman d’anticipation publié en 1930 par un passionné d’astronomie et de sciences, à la fois poète et auteur de science-fiction, un visionnaire souvent salué par la critique littéraire dans les années vingt et trente mais dont l’œuvre n’a quasiment pas été rééditée après sa mort. À lire la préface que Xavier Dollo consacre à ce roman et dans laquelle il revient sur cette découverte qui a modifié son parcours de lecteur, une préface que nous publions en partie infra.

Ce texte et les cinq précédents sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande. Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfère publier peu mais avec la garantie que les fichiers sont soignés et de qualité (composition et correction). ePagine propose donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficient du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions sont presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Toute l’équipe de ePagine tient à remercier Xavier Dollo, auteur de la préface de cette édition numérique de La Grande panne.

ChG

 

Extrait de la préface de La Grande panne par Xavier Dollo

« Il est des écrivains que, parfois, l’on croit être seul à connaître et aimer. On trouve même cet état de fait profondément injuste et frustrant, parce que l’on admire l’écrivain. Sans contestation possible, Théo Varlet entrerait dans cette catégorie des mal aimés et des mal connus. (…) Grand oublié, à mon sens, de l’omnibus consacré à la science-fiction ancienne dirigé par Serge Lehman, Chasseurs de Chimères, Théo Varlet n’en reste pas moins une figure marquante du merveilleux scientifique, lui qui était doté d’un style attrayant, d’une langue maîtrisée et d’un imaginaire vraiment original, éclectique et atypique. De la poésie au roman, Varlet aura exploré de nombreuses facettes de la science-fiction ; avec André Blandin, par exemple, il signe une belle uchronie avant l’heure, La Belle Valence, explore une poésie classique – il aime le sonnet – mais originale dans son approche thématique, le terme de poésie « cosmique » étant assez parlant ; avec Les Titans du Ciel (premier volume de l’Épopée Martienne), en collaboration avec Octave Joncquel, il imagine un système solaire rempli de vie extraterrestre où la Terre prend contact avec les martiens et les joviens, où les martiens – voir ici l’influence déjà très forte de H.G. Wells – ont des intentions nocives envers notre planète.
(…) La Grande Panne, paru en 1930, raconte l’épopée d’une jeune femme intrépide, Aurore Lescure – Varlet se démarque déjà de son époque par cette utilisation d’un personnage féminin fort – qui a tenté d’atteindre la Lune dans une fusée construite par son père, un savant américain. Cependant, elle rapporte dans ses bagages un organisme qui se nourrit d’électricité ! (…) Derrière un récit d’aventures très bien mené, Varlet explore à sa manière des questions de société, l’avenir de l’humanité et les conséquences des progrès scientifiques. »

Xavier Dollo,
auteur et éditeur de science-fiction

 

Théo Varlet : quelques éléments bio-bibliographiques

Né en 1878 à Lille, Théo Varlet passe une grande partie de sa jeunesse à voyager en France et en Europe. Après trois recueils publiés avant la première guerre mondiale, il traduit dans les années 20 et 30 de nombreux auteurs anglo-saxons dont Stevenson, Melville et Kipling et publie également une vingtaine de recueils de poésie, de récits et de romans d’anticipation, souvent salués par la critique. Malgré les éloges, quasiment aucun de ses ouvrages n’a été réédité après sa mort survenue en 1938.

Quelques œuvres marquantes : Heures de rêve (Ninez et Lecocq, 1898), Notes et poèmes (éditions Du Beffroi, 1905), Les Titans du ciel (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1921), L’Agonie de la terre (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1922), La Belle Valence (en collaboration avec André Blandin, E. Malfère, 1923), Le Roc d’or (Plon et Nourrit, 1927), Ad astra et autres poèmes (A. Messein, 1929), La Grande Panne (éditions des Portiques, 1930), Aurore Lescure, pilote d’astronef (L’Amitié par le livre, 1943).

7 juillet 2013

ePagine publications numériques vous offre César Capéran de Louis Codet

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013) et Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son cinquième livre numérique, César Capéran de Louis Codet. Pour rappel, tous les textes de ePagine publications numériques sont offerts en permanence sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions seront presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier la famille de Louis Codet qui a gentiment accepté que le portrait de l’écrivain soit reproduit dans le fichier ePub et ici même (photo également mise en ligne par l’association des lecteurs de Claude Simon sur le site qui lui est consacré, le père de Louis Codet étant un cousin germain de la mère de Claude Simon).

 

Présentation de César Capéran et bio-bibliographie de Louis Codet

Cette novela (entre la longue nouvelle et le court roman) raconte l’histoire d’un personnage énigmatique et original prénommé César Capéran, « Gascon gasconnant », « Gascon taciturne » et « digne campagnard » selon le narrateur. Ce provincial tout en paradoxes (retenues et exultations soudaines) est également un être plein d’ambitions même s’il préfère la plupart du temps se taire ou faire parler « la tradition » symbolisée par Pascal, Bossuet, Diderot ou Poussin. Monté à Paris pour des raisons d’abord obscures mais avec en tête de vagues projets littéraires, il passe la plupart de son temps à… ne rien faire sinon boire le vin de son pays, fumer et parler avec le narrateur dans sa chambre ou dans sa mansarde au Ministère des Colonies. En vrai dilettante, le jeune Gascon, sorte de Bartleby ou de Jean Dézert, aura un destin que n’envieront sans doute pas ses aïeux, les personnages balzaciens. Texte désopilant, pince-sans-rire et original, écrit au tout début du siècle par un auteur mort sur les Champs d’honneur.

César Capéran de Louis Codet a d’abord été publié dans la revue Les Marges, puis par Gallimard en 1918 et a été accueilli chaleureusement par les critiques.

Louis Codet est né à Perpignan le 8 octobre 1876. Fin dandy, cette personnalité artistique parisienne reconnue a fréquenté les précurseurs du surréalisme et s’est lié d’amitié avec Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin. Il a collaboré à plusieurs revues indépendantes (La Revue blanche, La Vogue et Les Marges), a participé au premier numéro de la Nouvelle Revue française et a publié La Rose du jardin (son premier roman) chez Fasquelle en 1907 et La Petite Chiquette, son œuvre la plus connue, en 1908 (même éditeur).
Mobilisé dès le début de la guerre, il est blessé à Steenstrate (Flandres belges) le 5 novembre 1914, touché à la gorge par un éclat d’obus. Il est alors évacué au Havre mais, mal soigné, il meurt six semaines plus tard. Il est enterré dans son village de Saint-Junien.
L’œuvre de Louis Codet est en grande partie posthume : César Capéran en 1918, La Fortune de Bécot en 1921 et Louis l’indulgent en 1926.

 

Louis Codet | César Capéran (extrait)
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I
LE PENSEUR DU CAFÉ VACHETTE

Je fis la connaissance de César Capéran au café Vachette, du temps que j’étais étudiant.
Imaginez un grand gaillard de vingt-deux ou vingt-trois ans, dodu, ventru, fleurant la santé, ayant l’œil très noir et la joue bien pleine, avec quelque chose de napoléonien dans le menton. Toujours propre, toujours rasé, il était coiffé d’un grand feutre noir, et ne portait qu’un vêtement noir ample et sévère.
Il s’asseyait, tout seul, et passait la soirée en fumant sa pipe silencieusement, non loin du coin où nous faisions notre poker. Je l’avais remarqué, pour son air majestueux. On eut dit un Curiace de l’Odéon, ou, encore, un moine romantique, un moine vénitien.
Un soir, quelqu’un nous le présenta et il s’assit à notre table. Je me souviens que ce jour-là le poker prit fin de bonne heure et que l’on entama une discussion philosophique ; je demandai à Capéran, le nouveau venu, quel était son avis.
Il me regarda, ôta lentement de ses lèvres sa longue pipe Jacob et posa une main sur ma hanche.
— Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense, me dit-il.
Je souris, nous sourîmes tous, devant une telle déclaration, prononcée d’une belle voix de baryton qu’ennoblissait encore l’accent de Toulouse. Mais déjà César Capéran s’était retiré en lui-même et s’enveloppait d’un nouveau nuage de fumée.
Cependant, à dater de ce jour, Capéran fit partie de notre bande au Vachette : entendez qu’il s’asseyait sur la banquette à côté de nous, car il ne se mêlait point à nos jeux. Jamais je ne le vis toucher une carte. Il ne lisait pas non plus les journaux ; il ne faisait rien ; il fumait.
C’était vraiment un drôle de corps. S’il arrivait, de loin en loin, qu’il énonçât son opinion, il s’exprimait en des termes synthétiques et lapidaires. Par exemple, quand on agitait entre nous les mérites de quelque peintre ou d’un écrivain :
— C’est de l’art français, dans la tradition ! disait Capéran.
Ou, au contraire :
— Ce n’est pas dans la tradition !
Et, ayant dit, jamais il ne s’expliquait davantage.
Lorsqu’il s’agissait de payer les consommations, il tirait de son gousset une pièce de cinq francs, qu’il nommait un écu, et il me jouait son verre contre le mien « au jeu ancien de pile ou face ! »
Vous avez sans doute observé déjà que les gens d’humeur silencieuse ne peuvent nous être indifférents. Il faut qu’on juge un homme qui se tait. Il faut qu’on se dise, ou : « c’est un sot » ou : « c’est un homme très intelligent, au fond. C’est un artiste, un érudit… » Je crois que nous inclinions vers ce dernier parti ; Capéran nous en imposait véritablement.
Certes, on le plaisantait parfois ; on l’appelait le Penseur, ou le Gascon Taciturne : un étudiant normand glissé dans notre bande avait trouvé ce second surnom, qui le peignait assez bien. Mais nul ne demeurait si grand, si impassible sous la plaisanterie. Et Poupoun lui-même y perdait ses flèches. Celui que nous nommions Poupoun était un petit étudiant en droit, brun comme une taupe, portant lorgnon et barbe en pointe ; un Méridional, comme Capéran, mais c’était le Méridional maigre et rageur, qui gesticulait, qui pétaradait, et qui fonçait à tout propos sur le prochain.
— Si notre Penseur national, si Sa Majesté Capéran Premier voulait bien nous faire l’honneur, au lieu de ricaner dans sa pipe, de nous exposer là-dessus le point de vue de la tradition ? s’écriait Poupoun.
Capéran répondait avec placidité de sa voix enflée, noble et grave, de sa voix de prédicateur :
— Je ne vous écoutais pas, mon ami. Je rêvais aux belles filles de chez moi…
Poupoun haussait les épaules, et, ricanant lui-même, revenait à l’attaque. On eut dit le combat du jaguar et du superbe éléphant.
Leurs assauts les plus remarquables se livrèrent à propos de la question religieuse.
En ce temps-là, on discutait la Séparation à la Chambre, et nous en causions quelquefois ; Poupoun figurait parmi nous l’anticlérical à tous crins, le féroce mangeur de curés. Ce fut pour Poupoun une belle journée lorsque nous apprîmes par hasard que Capéran allait à l’église.
Je ne sais qui l’avait aperçu à je ne sais quelle cérémonie, dans Notre-Dame. Non ! vous ne pouvez concevoir la joie de Poupoun, et combien de fois par soirée il traitait l’autre de calotin, de tartufe, de théatin, d’enfant chéri de Loyola, de chevalier du goupillon…
Une des plaisanteries de Poupoun consistait à renifler les vêtements de Capéran :
— Mais tu sens l’eau bénite rance, mon pauvre Penseur ! Voyons, entre chez le barbier et colle-toi du parfum, pour combattre ce vieux relent de sacristain ?…
Capéran répondait avec sérénité :
— Sachez que je suis un incrédule, mon ami !… Et néanmoins, toute ma vie, j’irai à la messe et aux vêpres, afin de rendre hommage aux pompes magnifiques de l’Église romaine !
— Hardi, Capéran ! faisions-nous en chœur. Mords-le ! Défends-toi !
— Et si vous n’avez jamais assisté, reprenait la voix de Capéran, si vous n’avez jamais assisté à une des cérémonies de Notre-Dame, je crois que vous n’êtes pas digne de lire !…

 César Capéran de Louis Codet, ePagine publications numériques, 2013

31 juillet 2012

ePagine publications numériques vous offre Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont

Mercredi dernier, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine a offert en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter (et non pas à l’ensemble des inscrits) un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, ont choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Cet ebook au format ePub est désormais en ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur ePagine mais également sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici) et peut être lu sur différents supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette).

L’équipe ePagine continuera à offrir de nouvelles publications numériques à tous ses abonnés dès la rentrée (les textes seront ensuite mis en ligne). Pour recevoir ces ebooks en avant-première, il suffit juste de s’inscrire sur le site et de ne pas oublier de cocher la case (obligation légale) : « Je souhaite m’inscrire à la newsletter et recevoir des ebooks en exclusivité ».

Parce qu’offrir une lecture dans de bonnes conditions est essentiel pour qui souhaite partager les textes qu’il aime, cette édition des Dimanches de Jean Dézert a fait l’objet d’une attention particulière (recherches bibliographiques et typographiques, mise en page, création de l’ePub, du visuel de couverture, corrections,…) de la part de tout le service e-fabrication que dirige Sébastien Cretin. Cette première publication numérique de l’équipe ePagine lui doit beaucoup ainsi qu’à Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez (merci spécial à ce bibliophile averti). Outre une biobibliographie, cette édition contient en postface une lecture de Patrice Delbourg (merci à Karen et au Castor Astral). J’ai, pour ma part, signé une courte préface à ce roman que j’aime faire lire depuis plusieurs années maintenant. Je publie ci-dessous la version (un peu plus) longue. N’hésitez pas à lire ce texte et à le partager !

ChG


 

JEAN DÉZERT OU LA « SINGULIÈRE BANALITÉ »

Jean de la Ville de Mirmont est mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire. S’il n’a publié de son vivant qu’un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, il laisse derrière lui plusieurs recueils de poésie (dont L’Horizon chimérique mis en musique par Fauré), des Contes et des dizaines de lettres à sa famille et à ses amis qui sont essentielles pour découvrir (et comprendre peut-être) la personnalité complexe de ce bordelais né en 1886, fils rebelle d’un universitaire et ami de Mauriac. Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de la Ville est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, son Jean Dézert figure parmi les romans les plus étonnants du début du XXe siècle, et plus généralement, parmi ces intemporels qui, depuis qu’il a été remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929 et redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, passent régulièrement de bouche à oreille et de main en main.

Déniché dans les années 90 alors que j’étais libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon, je n’ai eu de cesse de conseiller ce roman qui m’a souvent rappelé la douce ironie et la politesse du désespoir d’un Emmanuel Bove, notamment lorsque celui-ci portraiture les employés de bureaux et tous ceux qui se fondent dans la masse, ou encore le Bartleby de Melville. Son écriture simple, voire minimaliste, son lyrisme discret, son regard distancié qui, par un effet de bascule imprévu, l’amène à décentrer la phrase, ses pas de côté et ses mises en abîme, les monomanies de ses personnages et leur singulière banalité (si je peux me permettre cet oxymore) m’ont également souvent fait penser aux textes de Robert Pinget ainsi qu’aux tout premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.

Jean Dézert est un jeune homme solitaire, sans épaisseur ni fantaisie, un passant, une ombre dans la foule. Ni triste ni gai, on ne le voit jamais vraiment plombé ni euphorique (et lorsqu’il le deviendra, il lui en coûtera). Jean Dézert a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant scrupuleusement les prospectus publicitaires amassés la semaine, errer dans Paris. C’est ainsi qu’il fera la rencontre de drôles de personnages, dont une fantasque jeune fille… mais on n’en dira pas plus.

Ce roman est aussi une sorte de photographie du Paris de la Belle Époque qu’on traverse dans tous les sens, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique – de la rue du Bac à Saint-Michel en passant par la rue Monge, la rue du Faubourg-Montmartre, la rue de Vaugirard, le boulevard Sébastopol ou encore la rue de la Gaîté. On ira aussi faire un tour du côté de la barrière du Trône, dans les catacombes, au musée Grévin, sur le Pont-Royal, dans la colonne de la Bastille et on sortira même une fois de Paris.

Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » !

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