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5 novembre 2011

Clémentine Autain, Un beau jour… Combattre le viol, Indigène éditions

Bouleversée par l’affaire DSK, ce qu’on a pu en faire, ce qu’on a voulu taire, Clémentine Autain a très vite réagi, écrit et publié mi-octobre 2011 un texte qui, partant de sa propre expérience (un viol à l’âge de 22 ans), s’adresse à la fois aux femmes violées qui trop nombreuses se taisent encore et à la domination masculine. Souhaitant briser les tabous (ces silences qui entourent les viols) elle montre très bien les mécanismes de ce crime ainsi que les conséquences de tels actes sur les victimes (anorexies, dépressions, suicides,…). Elle appelle ici, sans haine mais avec fermeté, les femmes à parler, à témoigner, à se faire aider, seules manières de combattre le viol d’une part, de mieux le faire reconnaître par la société et, pour les femmes, de pouvoir revivre. Pour rappel, 75.000 femmes sont chaque années violées en France mais on relève seulement 10.000 plaintes et 2.000 condamnations. Son témoignage, Un beau jour… Combattre le viol, est publié par Indigène éditions dans la collection « Ceux qui marchent contre le vent » (3 € la version imprimée et 1,49 € en ePub sans DRM). 9 autres titres de cette collection (dont le très populaire Indignez-vous de Stéphane Hessel) sont disponibles en numérique sur ePagine ainsi que chez les libraires-partenaires (liste à jour ici). Et maintenant, un extrait à lire en ligne (ce même extrait peut être téléchargé gratuitement en ePub sur les sites indiqués plus haut).

ChG

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Extrait


Longtemps, j’ai menti. Les journalistes ou des connaissances me demandaient comment j’étais devenue féministe. La vérité vibrait dans mon ventre mais pas question de flancher. S’il fallait une explication, j’en trouverais une : le sexisme est partout, il n’y a qu’à le regarder, voilà tout. Suivant les conseils de la quasi-totalité de mes proches, je contournais la vérité pour me protéger. Car on ne parle pas de ces choses-là. C’est un tabou. C’est-à-dire, selon le dictionnaire, un sujet qu’il est préférable de ne pas évoquer si l’on veut respecter les codes de la bienséance d’une société donnée.

La vérité est pourtant simple. J’ai été violée à l’âge de 22 ans. Un inconnu armé d’un couteau s’est jeté sur moi alors que je me rendais à un cours d’histoire, à Stains. Il devait être onze heures ou midi. C’était un beau jour, très ensoleillé. J’avais raté mon bus et emprunté une ruelle longeant des rails de chemin de fer désaffectés. L’homme m’a emmenée dans un sous-bois et m’a contrainte à une relation sexuelle. Je me suis sentie morte. J’ai survécu. Quelques heures plus tard, grâce à l’aide d’une amie, je suis allée au commissariat de police. Je revois le jeune monsieur qui a pris ma plainte me demandant, stressé par mon récit, s’il pouvait arrêter l’entretien quelques minutes pour aller fumer une cigarette. Suite à une petite enquête de voisinage, le violeur a vite été retrouvé. Visiblement, dans le quartier, tout le monde savait qu’un violeur sévissait. En garde à vue, l’homme a avoué avoir violé entre vingt et trente femmes. Au procès en cour d’assises, nous étions trois victimes présentes. On estime que seule une femme violée sur huit rapporte les faits à la police. Nous y sommes.

Le dire publiquement est un acte politique. Il ne s’agit pas de l’étalage de mon intimité mais de l’énoncé de la violation de mon intégrité physique et morale. Je ne dirai rien de l’enfer que j’ai traversé, c’est mon histoire personnelle et je la garde pour moi. Je veux juste témoigner qu’il est possible de revivre et non seulement de survivre après un viol. Et que cela n’entame en rien la gravité des faits. Le dire, c’est briser le silence qui est le meilleur allié des violeurs. Question d’éthique, de cohérence, de paix intérieure. Mentir, même par omission, m’était finalement devenu insupportable : j’avais le sentiment d’être complice des agresseurs, de participer de ce tabou que je dénonce. Et puis, les femmes violées manquent de visages auxquels se rattacher, s’identifier. Elles ne parlent pas avec des « nous ».

Parler, c’est prendre le risque d’être vue différemment dans le regard des autres, ce qui n’est pas facile à supporter. Comme beaucoup d’entre nous, je n’avais pas envie d’être perçue comme une victime et associée à des faits si glauques. Mais il faut relever la tête, comprendre, se défendre, mobiliser de l’énergie pour sortir le viol du silence et construire d’autres rapports entre les sexes, libérateurs pour nos désirs, émancipateurs pour les femmes et pour les hommes. Nous sommes des milliers, des millions, à avoir traversé cette épreuve. Le viol est un fait banal, massif. Dire haut et fort ce que nous avons vécu, n’est-ce pas l’une des conditions sine qua non pour en finir avec le viol ? Mais voilà… Dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, raconter un viol, une agression sexuelle, c’est compliqué, ça ne se fait pas. Il m’a fallu du temps pour trouver la force de transformer ce morceau de vie en combat à visage découvert. Mes convictions m’ont permis de bousculer les codes et la bienséance. Avec une idée en tête, comme le disait si bien Albert Camus : « Je me révolte, donc nous sommes. »

© Un beau jour… Combattre le viol, Clémentine Autain, Indigène éditions


Figure de la gauche radicale, Clémentine Autain, 38 ans, est directrice du mensuel Regards et chroniqueuse à France Culture, à RTL et à BFMTV. Elle est notamment l’auteure de Alter égaux, Invitation au féminisme (Robert Laffont), Les machos expliqués à mon frère (Seuil) et Transformer à gauche (Seuil). Elle anime par ailleurs son propre blog. Au moment de la parution de Un beau jour… Combattre le viol, elle a donné un entretien aux journalistes de Elle.fr.

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