Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

13 avril 2013

La Découverte célèbre ses 30 années d’essais et de documents et offre un ebook

Les éditions La Découverte ont 30 ans. Elles font suite aux éditions Maspero créées en pleine guerre d’Algérie (1959) et dirigées pendant 24 années par François Maspero, homme engagé humainement, socialement, politiquement (à gauche) et littérairement (outre son métier d’éditeur, il est le fondateur de la libraire La Joie de Lire et a été directeur de la revue L’Alternative avant d’écrire, de traduire et de publier). Sous la houlette de François Gèze depuis 1983, La Découverte a su à la fois garder la ligne politique première insufflée par Maspero tout en orientant le catalogue en fonction des soubresauts politiques, économiques et sociaux (mondialisation, catastrophes sanitaires, dictatures, conflits raciaux et religieux, chômage, pollutions,…). Trente années, donc, durant lesquelles la maison d’édition s’est ouverte à la fiction avant d’y renoncer, s’est rapprochée d’autres maisons d’édition, a été intégrée au groupe Editis, a commencé à numériser ses revues et ses livres (les titres disponibles au catalogue mais aussi des titres épuisés) puis à les commercialiser sur différents canaux (librairies physiques, site de son label Zones, portail Cairn.info, librairies en ligne,…) ou supports (abonnement, ePub, POD,…). Et nous voilà trente ans plus tard, en 2013, avec un catalogue qui comporte plus de 3.500 titres dont le tiers est toujours disponible et près de 230 titres sont disponibles en numérique sur ePagine.

Pour marquer l’événement, La Découverte vient de réaliser et de mettre en ligne un ebook qui traverse 30 années d’édition, 30 années d’essais et de documents. Ce livre numérique, offert à tout internaute, s’ouvre sur deux interventions de François Gèze : préface sur les 30 années de la maison d’édition et présentation sur l’édition numérique à La Découverte (participation à Cairn, numérisation, piratage, protections, DRM,…). S’ensuit une brève chronologie de 235 titres marquants de « non-fiction » publiés de 1983 à 2013 : les titres soulignés font l’objet d’une notice détaillée et les titres disponibles en version numérique sont signalés à chaque fois (qu’ils soient disponibles sur le portail Cairn.info, en vente en ePub sur les sites des libraires ou en accès libre sur le site du label Zones). Chaque notice est associée à un article de presse conséquent et lorsque le titre existe au format ePub, un hyperlien nous dirige vers la fiche détaillée sur le site de La Découverte.

Ci-dessous, une sélection de cinq titres publiés par La Découverte que vous pourrez retrouver sur le site de la librairie ePagine ainsi que sur ceux de ses libraires partenaires au format ePub, sans DRM (les titres de La Découverte ne comportent pas de dispositif de cryptage limitant son utilisation : ils sont identifiés par le « tatouage » du numéro de commande de l’acheteur).

Voici le lien vers le titre offert par La Découverte, 30 ans d’essais et de documents (1983-2013).

ChG

 

CINQ CONSEILS DE LECTURES

 

Penser les médias d’Armand et Michèle Mattelart

Pourquoi les intellectuels ont-ils si longtemps boudé les médias ? Pourquoi cette soudaine réconciliation ? Pourquoi les analyses sur la production culturelle ont-elles si souvent fait l’impasse sur l’enjeu industriel et commercial ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre cet ouvrage. Les auteurs y montrent comment, à travers l’état de sa réflexion sur les médias, la société française s’est pensée et s’est parlée. Loin des nouveaux sentiers battus du consensus médiatique, ces approches renouvellent le regard critique sur les politiques qui redessinent le paysage national et international de l’audiovisuel.

Les assassins de la mémoire (« Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme) de Pierre Vidal-Naquet (Postface de Gisèle Sapiro, édition revue et augmentée)

Une série d’articles par Vidal-Naquet qui quitte ici le terrain de l’histoire de l’Antiquité pour réfléchir sur le problème posé par le négationnisme, notamment en France. « Le combat que Pierre Vidal-Naquet livre contre les « assassins de la mémoire » est sans doute le plus difficile de ceux qu’il a eu à mener, parce que le plus douloureux. Car la mémoire qu’ils assassinent, c’est la mémoire commune de notre XXe siècle et la plus insoutenable » (article du Nouvel Observateur).

Démocratie précaire d’Éric Fassin

« Dans Démocratie précaire, Chroniques de la déraison d’Etat, Éric Fassin, sociologue, professeur à Paris VIII, membre de Cette France-là, veut rendre raison de la déraison d’État en retraçant l’histoire du quinquennat de Nicolas Sarkozy à travers un recueil de chroniques. L’objet sociologique de cet ouvrage est le délitement de la démocratie. Pour comprendre cet effritement, l’auteur revient sur un postulat souvent affirmé par les politiques : nous sommes en démocratie. Or, la position de l’auteur est de concevoir la démocratie non pas comme un état, une nature de la société mais bien plutôt comme une construction. La démocratie comme un accomplissement à l’œuvre expose dès lors sa précarité. (…) » (Marine Maurin, « Éric Fassin, Démocratie précaire. Chroniques de la déraison d’État« , Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2012)

Le monde n’est pas une marchandise de José Bové et François Dufour

Ce livre explique « comment des agriculteurs sont sortis du corporatisme productiviste et des méthodes totalitaires de la FNSEA, fourrier de la « malbouffe », pour faire fusionner, en 1987, au sein de la Confédération, différents mouvements de résistance à une « agriculture contre nature ». (…) Loin des publications de circonstance, le livre de José Bové et François Dufour constitue un témoignage dense et vivant sur la citoyenneté en action. » (Bernard Cassen, Le Monde diplomatique, mai 2000)

Le complexe du loup-garou (La fascination de la violence dans la culture américaine) de Denis Duclos

Pourquoi y a-t-il autant de « sérial killers » aux États-Unis ? Pourquoi la « production culturelle » américaine (film, télévision, livres) est-elle aussi imprégnée de violence et de cruauté ? Denis Duclos apporte ici une réponse inattendue à cette énigme, grâce à une enquête approfondie au cœur de la culture de la terreur. Il montre que la représentation de la violence à l’écran est d’abord le reflet d’une conviction mythique propre à la culture américaine : pour elle, la société n’est qu’un rempart précaire contre l’animal tapi en nous.

29 novembre 2010

Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur Bibliosurf

Bibliosurf est une librairie en ligne (« votre librairie sur le net ! » lit-on en page d’accueil) qui propose des livres physiques et des livres numériques (presque 20.000 références). Bibliosurf, c’est un homme, un seul, Bernard Strainchamps, ancien bibliothécaire et libraire sagace. Les yeux devant l’écran, les mains dans les colis et « dans » l’ordinateur, les doigts sur le clavier et la souris, il sait lire, conseiller, répondre à un client, envoyer les commandes dans les plus brefs délais, référencer et scénariser son site ; il propose également des rubriques inédites : « Je ne sais pas quoi lire mais j’aime les livres numériques », « fil de la presse et du web » et multiplie les outils de recherche afin que chaque internaute puisse trouver des idées de livres. « Bibliosurf propose des tables virtuelles de présentation dédiées à un genre, un thème, à une rentrée littéraire… très web 2.0 : nuage de tags, forum, agrégation raisonnée, timeline, géolocalisation », précise-t-il si vous cliquez sur Guides de lecture. Il est également depuis de nombreux mois partenaire d’ePagine. Et voilà bien longtemps que je souhaitais lui proposer un entretien, lui qui en réalise des dizaines pour son site : ce qui est bien avec lui c’est que 1. il est toujours partant et 2. il vous répondrait presque avant d’avoir reçu les questions. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore son travail, voici donc une série de questions. Un grand merci à lui pour son accueil et sa spontanéité.


Entretien avec Bernard Strainchamps, librairie en ligne Bibliosurf.

Pourrais-tu rappeler en quelques mots ton parcours ?
Avant de créer la librairie en ligne Bibliosurf, j’ai exercé dix ans la profession de bibliothécaire ; durant cette période, j’ai animé un site dénommé Mauvais genres et dédié au roman policier et à la science fiction. Ce fut une réelle expérience de travail en réseau avec des outils que l’on n’appelait pas alors encore web 2.0. C’était un vulgaire site en html alimenté par une liste de discussion très active. J’ai arrêté cette activité bénévole et financée sur mes deniers au bout de six ans : je n’ai pas réussi à trouver un établissement public qui veuille financer ce site qui mettait pourtant en réseau auteurs, lecteurs, bibliothécaires, éditeurs, festivals, associations…

Avec Bibliosurf, on peut dire que tu inaugures une nouvelle manière d’envisager le métier de libraire. Tu en as déjà parlé ailleurs mais pourrais-tu nous décrire une ou deux journées types de la vie d’un libraire derrière l’écran ?
Comme mon boulot va du code informatique à la mise en colis en passant par la constitution du catalogue, la médiation et la communication avec les clients actuels ou futurs, il n’existe pas de journée type. C’est selon mon temps et les priorités du moment – d’autant que je donne aussi des formations.

Quand on travaille en ligne, puisque le client-lecteur n’est pas devant soi, les outils de communication mais aussi les outils sociaux sont inévitables pour se faire connaître, rester en contact, se développer… Et c’est vrai que tu es très actif et innovant en la matière. Qu’as-tu mis en place ? Parviens-tu à fidéliser une partie de ta clientèle, à la renouveler… ?
Jusqu’à ce jour, je ne me lève pas encore en me disant : il faut que je développe ma clientèle. Libraire, j’essaie de poster les colis le plus rapidement possible… en fonction des disponibilités. Et j’enrage de certaines lenteurs quand la commande part au distributeur. Dans tous les cas, je ne fonctionne pas comme A et cie. Je ne relance pas un client quand il a effectué une commande. J’attends qu’il revienne de lui même, et en attendant, je travaille à constituer un catalogue attractif que je popularise via une lettre d’information, via la syndication et les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Je n’ai pas innové dans ce domaine. C’est plutôt au niveau de la scénarisation du catalogue que j’ai avancé.

Quelles sont tes relations avec les auteurs et les éditeurs ? Comprennent-ils que ton site n’est pas seulement une vitrine ni une bibliothèque ni un blog mais une librairie en ligne qui, s’adressant à des internautes, se doit d’être inventive ?
En trois ans j’ai réalisé et publié 270 interviews et portraits sur Bibliosurf, ce qui m’a permis de développer de nombreuses relations dans l’édition. Mais en fait, peu d’acteurs de l’édition voire d’auteurs s’intéressent réellement à ce que je fais. Ils répondent à mes demandes et passent leur chemin. Le très bon référencement de Bibliosurf et l’appui de quelques auteurs commencent toutefois à changer la donne.

Une des batailles sur le Net c’est le référencement via les contenus que tu proposes (interviews, revue de presse, chroniques d’internautes et autres contenus enrichis). Pourrais-tu expliquer ça à ceux qui auraient envie de comprendre comment ça se passe ?
Donc or ni car, Bibliosurf n’est pas un blog mais un catalogue à taille humaine, fortement indexé avec des mots matières, des dates (en format date) et des lieux (latitude et longitude), scénarisé et enrichi par le libraire avec des interviews, par les lecteurs avec des commentaires modérés, et par le net grâce à l’agrégation de contenu indexé. Les dossiers rentrée littéraire, géolocalisation, timeline, roman policier… sont à ma connaissance uniques sur le web. C’est ce qui fait en partie le succès de Bibliosurf. Concernant le référencement, c’est certes technique… mais aussi tout bête. Si vous enrichissez un catalogue, un moteur de recherche va automatiquement considérer celui-ci comme plus intéressant. Aussi, c’est parce que je travaille beaucoup ce catalogue que Bibliosurf est très bien référencé et non parce que j’ai une science du référencement. C’est pour cette raison que dans une étude proposée par le Motif, Bibliosurf est la librairie indépendante en ligne la mieux référencée. Travail, travail… travail sur le catalogue, et cela permet d’avoir 5 millions de visiteurs en trois ans et demi.

Une autre bataille, très classique celle-là puisque commerciale, c’est de vendre. Comment t’en sors-tu ?
Je viens de boucler mon troisième bilan et je suis toujours vivant ! En fait, je gère Bibliosurf comme un épicier en limitant au maximum toutes les dépenses, même celle qui consiste à me payer ! Le chiffre d’affaires est encore faible puisque la vente des livres papier est encore inférieure à 100 000 euros par an. La solution passe à présent par une offre plus importante. J’y travaille.

Tu as commencé à vendre des livres physiques puis très rapidement tu as également proposé des livres numériques via un corner amené par ePagine. Par rapport à tes attentes, quel bilan ferais-tu aujourd’hui de ce partenariat ?
ePagine, pour moi c’est avant tout une personne providentielle : Stéphane Michalon. Il a bataillé auprès des distributeurs pour faire reconnaître Bibliosurf comme une librairie à part entière. Le corner d’ePagine, c’est l’outil facile et peu onéreux qui a été grandement amélioré dans sa nouvelle version, sans toutefois offrir les mêmes possibilités que SPIP (logiciel libre que j’utilise pour le papier) de malaxer le catalogue. Aussi, je ruse un peu en récupérant le contenu enrichi produit par Bibliosurf via un widget et en proposant une revue de presse dédiée au seul livre numérique. Les ventes sont encore faibles et oscillent entre 150 euros et 1000 euros par mois. J’attends à présent beaucoup de l’arrivée imminente des catalogues d’Hachette et d’Editis pour propulser Bibliosurf comme librairie numérique incontournable.

Enfin, cher libraire, quel livre numérique conseillerais-tu aux internautes et pourquoi celui-là ?
Aujourd’hui, je propose Les prunes de Tirana de Michèle Kahn pour deux raisons. C’est un excellent texte qui m’a fait voyager, re-vivre des émotions, imaginer des situations ; un texte ambigu, très brutal sur l’Albanie avant la chute du mur, et parfumé comme une confiture de prune. Il est par ailleurs publié par la coopérative d’auteurs Publie.net qui est une expérience unique dans l’édition numérique et avec qui j’aimerais envisager d’autres possibles numériques*.

* la nouvelle vient de tomber : Bernard Strainchamps vient de prendre chez publie.net la direction éditoriale d’une nouvelle collection (« mauvais genres ») dédiée au roman noir et au polar. Les deux premiers auteurs annoncés sont Dominique Manotti et Marc Villard. À suivre de près !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

12 juillet 2010

35 Cahiers de L’Herne (épuisés dans leur version papier) numérisés

Filed under: + Conseils de lecture — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:21

Il y a quelque temps je vous annonçais la numérisation de la quasi totalité des numéros de la Nouvelle Revue de Psychanalyse. Cette fois, c’est au tour des Cahiers de L’Herne dont trente-cinq numéros, épuisés dans leur version papier, sont désormais disponibles en numérique sur ePagine en format PDF. En presque cinquante années, plus de quatre mille collaborateurs, écrivains, universitaires et traducteurs du monde entier ont contribué aux Cahiers de L’Herne. Composés de textes inédits, de témoignages et d’articles thématiques sur l’auteur et son oeuvre, ils retracent de manière singulière le parcours de géants de la poésie ou de la littérature mondiale en passant par les plus grands penseurs et philosophes tout en dynamitant les idées reçues.

photo : site de l'éditeur

Le premier numéro des Cahiers de L’Herne consacré à René-Guy Cadou paraît en 1961. Il est l’oeuvre de Dominique de Roux et de quelques-uns de ses amis étudiants, tous littéraires et anticonformistes. L’année suivante, c’est au tour de Georges Bernanos (1962) d’entrer dans la collection mythique de cette maison adversaire des conventions et des commémorations qui mettra à l’honneur des géants de la littérature et de la poésie, tout aussi marginaux, à l’époque, que controversés : Borges, Pound, Burroughs, Gombrowicz, Massignon et quelques autres.
En 1972, Dominique de Roux quitte L’Herne et passe le relais à Constantin Tacou.
Sans pour autant négliger ses contemporains, L’Herne se tournera grâce à lui vers l’Est avec Thomas Mann, Fiodor Dostoïevski, Karl Kraus, Gustav Meyrink ou encore Jung mais aussi vers le fantastique avec Edgar Poe, Jules Verne ou Jean Ray.
En 2001, avec Laurence Tacou les grandes monographies critiques continuent à prendre le contre-pied des courants en vogue, en interrogeant les œu­vres de manière singulière afin de donner une nouvelle perspective à des auteurs et à des textes occultés, marginalisés, ou tout au contraire excessivement célébrés. Avec les Cahiers, le cap est résolument mis sur les contemporains, et en particulier sur les philosophes qui ont questionné le plus intensément notre époque dont Jacques Derrida.

Vous trouverez ci-dessous la liste des trente-cinq Cahiers épuisés dans leur version papier et disponibles en numérique sur ePagine (format PDF) :

Pour consulter tous les numéros disponibles en numérique, cliquez ici. Si vous souhaitez suivre l’actualité des éditions de L’Herne, un blog est mis à jour très régulièrement.

Christophe Grossi

6 mai 2010

Entretien avec l’éditeur Thomas Simonnet, L’Arbalète / Gallimard

Filed under: + Entretiens — Mots-clefs :, , , , , , — Christophe @ 05:27

La collection L’Arbalète chez Gallimard est aujourd’hui dirigée par Thomas Simonnet, également éditeur dans la Blanche. Collection prestigieuse et mythique pour tout amateur de littérature et de création, elle accueille les textes d’Antonin Artaud, Roland Dubillard, Henri Michaux, Jean Genet (dont c’est le centenaire de la naissance cette année), Frédéric Pajak, Thomas Clerc (chroniqué le 2 avril 2010) ou encore Patrice Blouin. Comme les textes de ces deux derniers auteurs font partie du catalogue numérique ainsi que La mort propagande d’Hervé Guibert, nous avons voulu interroger Thomas Simonnet afin de mieux connaître le rapport qu’il entretient avec le livre, la lecture, la librairie, l’édition ou encore le numérique. Merci à lui d’avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions.


 

Vous êtes éditeur chez Gallimard et dirigez la collection L’Arbalète depuis presque quatre ans maintenant. On dit que vous avez « renouvelé la ligne éditoriale de la collection en la centrant sur la fiction contemporaine. » N’était-ce déjà pas le cas avec Marc Barbezat le fondateur de l’Arbalète puis avec André Velter qui a dirigé la collection de 1999 à 2006 ? En quoi votre « ligne » diffère-t-elle de celle de vos prédécesseurs ?

Marc Barbezat a commencé par diriger une revue qu’il imprimait sur une presse et au sommaire de laquelle on trouvait les grands noms de l’époque : Artaud, Sartre, Michaux… Et puis on lui doit la découverte de Jean Genet. André Velter est poète et homme de radio, il a publié majoritairement de la poésie dans L’Arbalète. Pour ma part, je cherche de jeunes auteurs qui redessinent le périmètre de la littérature française contemporaine, qui depuis les années 70 a bien plus bougé qu’on ne le dit. Thomas Clerc, Patrice Blouin sont des auteurs dont les textes se situent clairement aussi bien après Perec qu’après la vague de l’autofiction.

 

Avant d’être éditeur vous avez été libraire. Pouvez-vous nous parler de cette expérience et du passage de l’autre côté du miroir, dans l’édition ?

Il n’y a pas vraiment de miroir à traverser, dans les deux cas, il faut à la fois savoir défendre des auteurs, intéresser les lecteurs, et réussir à vendre les livres. Dans ces deux métiers les journées sont très longues, et la patience est essentielle. Dans l’édition on est plus isolé – fréquenter les librairies aussi souvent que possible est le meilleur remède. Je regrette souvent ce temps où j’ouvrais les cartons pour découvrir ce que réservait l’office.

 

Trois de vos titres ont été numérisés, dont La mort propagande d’Hervé Guibert, Tino et Tina de Patrice Blouin et récemment le très beau recueil de nouvelles de Thomas Clerc, L’homme qui tua Roland Barthes, auteur que vous déjà publié en 2007. Quels rapports entretenez-vous avec le livre numérique ? Personnellement et professionnellement ?

Les derniers livres de ma collection sont en format numérique, c’était une évidence, pas besoin de réfléchir longtemps, c’est juste une conversion. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est aller plus loin et profiter des spécificités du numérique pour faire avancer la création littéraire et sa critique. J’y travaille et sur des terrains sur lesquels personne ne nous attend !

 

Avez-vous pour habitude de lire sur écran, tablette de lecture, smartphone ? Si oui, privilégiez-vous le format pdf, le format epub… ?

Avec ce métier, je n’arrête presque jamais de lire, peu importe le format, pourvu que j’arrive à déchiffrer. Je suis donc un très mauvais exemple…

 

Croyez-vous à la double existence du papier et du numérique dans la diffusion et la réception d’un livre ?

Oui, il serait ridicule de penser le contraire en France aujourd’hui.

 

Sur ePagine, nous avons récemment mis en place des dossiers thématiques (sur l’éloge amoureux, l’exil, les auteurs publie.net, les recueils de nouvelles où figure celui de Thomas Clerc ou encore le polar) téléchargeables gratuitement et qui contiennent des extraits de livres numérisés. Que pensez-vous de cette proposition ?

Les sites qui se contentent de mettre en avant le n°1 des ventes ne se doutent pas qu’ils dégoûtent à jamais les gens de lire. Apporter un point de vue, proposer un choix, une sélection, est essentiel. Proposer des extraits est une bonne proposition, l’important c’est de tracer les chemins qui conduisent les lecteurs d’un livre à l’autre.

 

On vous doit, outre les livres de Thomas Clerc et ceux d’Hervé Guibert, une traduction de Dante par Mehdi Belhaj Kacem, un texte de Jonathan Littell, deux de Frédéric Pajak et tant d’autres encore. Bien que très différents, ces auteurs sont réputés pour leur singularité et pour avoir brisé les frontières entre récit, biographie, fiction, essai… C’est ça qui vous stimule en tant que lecteur d’abord, en tant qu’éditeur ensuite ?

Vous résumez là parfaitement bien mon travail et le projet des auteurs que je publie.

 

Quels rapports entretenez-vous avec le fonds de l’Arbalète qui est impressionnant, entre Genet, Artaud ou Dubillard ? Vous sentiez-vous déjà proche de ces auteurs avant de rejoindre Gallimard ?

C’est un fonds exceptionnel, un trésor que j’explore, enrichis, et réédite avec passion. J’ai réimprimé il y a deux ans L’Atelier d’Alberto Giacometti de Genet depuis longtemps épuisé car nous n’avions pas chez Gallimard les photos originales. Je les ai retrouvées et le livre se vend depuis tous les jours. Dubillard, j’ai eu la chance de le rencontrer, mais j’ai publié son dernier livre dans la Blanche. Artaud est un auteur que j’aime énormément et depuis toujours.

 

Pour revenir au numérique, comme Gallimard publie désormais ses nouveautés en papier et en numérique le même jour (sauf exceptions), nous devrions avoir sur ePagine vos prochaines publications. Quelles seront-elles ?

En septembre, le premier roman de Gaëlle Bantegnie : France 80. Une sorte de je me souviens des années 80, hilarant et en même temps touchant. En octobre, deux titres de Genet dont on fête le centenaire de la naissance. Et certainement encore un ou deux titres jusqu’à novembre.

 

Je vous imagine bon client de librairie. Vous arrive-t-il de visiter des librairies en ligne, de commander des livres, d’autres choses ?

Je commande souvent en ligne, j’achète de la musique, des applications pour mon téléphone, des livres d’occasion et d’éditeurs étrangers… Le travail des librairies en ligne m’intéresse aussi.

 

Que pensez-vous du site ePagine et de son projet en lien avec les éditeurs et les libraires ?

Internet ressemble trop souvent à un grossiste, un entrepôt anonyme. Ce qui m’intéresse chez ePagine, c’est qu’on a l’impression de se retrouver dans une libraire. Chez vous on sent que ça discute, ça réfléchit, que vous êtes au courant et sensible à ce qui marche, ce qui bouge, ce qui change.


Propos recueillis par Christophe Grossi.

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