Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

6 février 2013

Les 10 articles les plus consultés en janvier 2013 sur le blog ePagine

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog.

L’arrivée ici même de David Queffélec coïncidant par le plus grand des hasards à l’opération commerciale de Bragelonne, au mois de janvier ce blog aura reçu de nombreuses visites des amateurs de littératures de l’imaginaire (SF, fantastique, science fiction, entre autres). Preuve s’il en est qu’il était temps que quelqu’un prenne en charge sérieusement cette partie du catalogue. Parmi les autres billets qui vous ont le plus intéressés, deux notes de lecture : celle consacrée à La nuit tombée d’Antoine Choplin aux éditions La Fosse aux ours et cette autre aux Vieilles de Pascale Gautier (Joëlle Losfeld, Folio numérique). Plus transversaux, les billets consacrés à J.-B. Pontalis et à ce travail qui nous travaille ont été bien relayés, ce qui me ravit. On retrouvera aussi dans cette liste les éditions érès qui font leur entrée au catalogue numérique ainsi que les éditions D’un Noir si bleu qui lancent une enquête pour mieux connaître leurs lecteurs. Enfin, l’article qui montrait en images la solution qu’apporte ePagine aux libraires (via un écran géant tactile, une liseuse HTML5 intégrée à la librairie numérique, avec la possibilité d’acheter des liseuses et des livres numériques en magasin) continue d’être très consulté.

La photo du mois est un nouveau salut à Pontalis, mort le jour de son anniversaire. Le prochain billet sera d’ailleurs consacré à la Nouvelle Revue de Psychanalyse (NRP) qu’il aura fondée. Ce sera aussi l’occasion d’accueillir une nouvelle collaboration !

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

Merci pour vos lectures, soutiens et relais.

ChG

 

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Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en janvier 2013

1► Un numéro spécial de la revue Angle mort offert sur ePagine pendant #operation300k
| billet du 17 janvier 2013
2► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
3► Les littératures de l’imaginaire à l’honneur sur ePagine | billet du 11 janvier 2013
4► Acheter du numérique en magasin, c’est possible avec La Procure | billet du 20 décembre 2012
5► Naissance du collectif Les indés de l’Imaginaire | billet du 21 janvier 2013
6► Un nouvel éditeur en numérique, les éditions érès | billet du 15 janvier 2013
7► Ce travail qui nous travaille (une sélection de 20 titres) | billet du 29 janvier 2013
8► Lire « la pensée rêvante » de J.-B. Pontalis en numérique | billet du 23 janvier 2013
9► Les vieilles de Pascale Gautier, comédie grinçante | billet du 15 novembre 2012
10► D’un Noir Si Bleu lance une enquête pour mieux connaître ses lecteurs et offre une liseuse
| billet du 27 janvier 2013

4 janvier 2013

les 20 articles les plus consultés en 2012 sur le blog ePagine

Retour aujourd’hui sur les 20 articles les plus lus en 2012 sur le blog ePagine.

Sur les 713 billets écrits depuis la création de ce blog, 193 billets auront été postés en 2012 (contre 198 en 2011 alors que le nombre de visiteurs, lui, a presque doublé). Tous les deux jours, chroniques de lecture, extraits à lire en ligne, sélections et mises en avant, entretiens, informations sur les livres numériques, les projets des éditeurs traditionnels et 100% numériques, les nouvelles traductions,…, auront ainsi été publiés en ligne. L’an passé, on aura également lu quelques articles sur les outils développés par ePagine qui permettent aux libraires de proposer à leurs clients des livres papier et numériques (sites, applications, bibliothèque de lecture, ePagine Cloud Reader…). On aura d’ailleurs remis à jour la liste des éditeurs (présents au catalogue numérique) par diffuseur et distributeur et celle des libraires-partenaires. Ce blog aura aussi tenté de relayer un maximum d’offres découvertes et promotionnelles proposées par les éditeurs (tout le monde se souvient des deux opérations Bragelonne mais d’autres ont été bien suivies via les éditions Viviane Hamy, Minuit, publie.net, ONLIT, Petit Futé…).

En 2012, ePagine publications numériques aura également proposé ses deux premiers livres numériques, Les dimanches de Jean Dézert de Jean de la Ville de Mirmont et L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (cf. notre billet pour en savoir plus).

L’année 2012 en France aura été aussi traversée par une campagne électorale, un changement de présidence, la croyance en un changement et sa désillusion. On retrouvera naturellement trace de cet événement dans les 20 billets les plus lus.

En 2012, on n’aura rien oublié de l’accident nucléaire de Fukushima en 2011 ni de celui de Tchernobyl en 1986.

En 2012, on aura découvert les textes d’auteurs qui nous accompagneront longtemps (Camille de Toledo et Gonçalo M. Tavares, entre autres).

En 2012, on aura perdu une amie très chère, Maryse Hache, une artiste, poète et clown, une amie à qui nous dédions une fois encore ce pas de plus dans le monde bancal, fragile, fébrile, précieux.

Merci pour votre fidèle soutien et vos relais, toujours plus nombreux.

ChG

 

P.S. : Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

 

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Les 20 billets les plus consultés sur ce blog en 2012

 

1► Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | mise à jour du 28 septembre 2012
2► Le succès de l’opération 100k Bragelonne sur le réseau ePagine | billet du 4 avril 2012
3► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
4► Derrière les mots, avec Leslie Kaplan | billet du 28 avril 2011
5► Sur la route (le rouleau original) de Jack Kerouac en numérique | billet du 29 mai 2012

6► Liste des librairies partenaires d’ePagine | mise à jour du 23 novembre 2012
7► No exit (Nicolas Sarkozy et la France) de Philip Gourevitch, éditions Allia | billet du 5 avril 2012
8► Lire Albert Camus en numérique | billet du 11 février 2012
9► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
10► 18 Topo-guides numériques de Grande Randonnée | billet du 23 juillet 2012

11► Hemingway | Le vieil homme et la mer | nouvelle traduction | billet du 16 février 2012
12► Camille de Toledo | L’inquiétude d’être au monde | billet du 26 janvier 2012
13► Dans le Transsibérien avec Kerangal, Rolin, Enard, Fernandez…| billet du 16 janvier 2012
14► Abyssal Cabaret de Maryse Hache, en hommage | billet du 26 octobre 2012
15► Nouvelle traduction de « Gatsby » par Julie Wolkenstein (P.O.L) | billet du 17 février 2011

16► 4 nouveautés ONLIT BOOKS et une nouvelle offerte | billet du 18 avril 2012
17► Maîtriser le nucléaire, Jean-Louis Basdevant (Eyrolles) | billet du 20 mai 2011
18► Le programme de François Hollande en numérique | billet du 5 mars 2012
19► 57 récits brefs de Kafka traduits par Laurent Margantin| billet du 6 février 2012
20► 10 nouveaux titres des éditions de Minuit à lire en numérique | billet du 13 avril 2012

10 décembre 2012

les 10 articles les plus consultés en novembre 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog.

Mis à part les billets consacrés aux prix littéraires (c’était la saison), nous constaterons que la note de lecture de La nuit tombée d’Antoine Choplin aux éditions La Fosse aux ours a été, comme en octobre, l’article le plus consulté au mois de novembre. Si, depuis, l’auteur a obtenu le prix du roman France Télévisions, en novembre il ne l’avait pas encore reçu. Le billet faisait déjà partie des plus consultés quand, suite au passage d’Antoine Choplin (assez peu connu du grand public) à La Grande Librairie (l’émission de François Busnel), ce billet a été consulté plus de 300 fois en une nuit (et ça continue encore aujourd’hui). Ce roman a pourtant été chroniqué sur d’autres blogs et sites mais ce soir-là, sur le moteur de recherche de Google, le billet du blog ePagine était positionné juste derrière le site Babelio. D’où ce pic.

Toujours aussi égoïstement, je suis très heureux de contaster que le long billet avec extrait consacré à Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (un texte pourtant exigeant publié par Viviane Hamy) soit toujours aussi consulté. En revanche, je pensais convaincre plus de monde avec les chroniques de lecture de L’Employé de l’écrivain argentin Guillermo Saccomanno (L’Asphalte) et Quand les passants font marche arrière ça rembobine, le tome 2 des todo-listes de Christine Jeanney (publie.net). On ne peut pas gagner à chaque fois…

Par ailleurs, on retrouvera dans cette liste le grand Beckett mais également la maison d’édition L’Atalante (SF, fantastique et fantasy) et la collection Que sais-je ? aux PUF qui font leur entrée dans le catalogue numérique ainsi que les éditions Verdier qui viennent de supprimer la DRM de tous leurs ebooks. Le mois dernier, on aura également parlé de clause de territorialité, un vaste et complexe sujet. Enfin, dans le cadre d’un partenariat entre ePagine, Place des libraires et le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, nous nous serons entretenus avec sa directrice, Sylvie Vassallo. La photo du mois a d’ailleurs été prise là-bas.

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur la librairie epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

Merci pour votre soutien et vos relais, toujours plus nombreux.

ChG

 

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Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en novembre 2012
+ les 2 chroniques qui auraient pu être plus lues

1► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
2► Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, prix Goncourt | billet du 8 novembre 2012
3► Les premiers titres de L’Atalante en numérique | billet du 13 novembre 2012
4► Les éditions Verdier suppriment la DRM Adobe | billet du 1er novembre 2012
6► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
5► Beckett en numérique aux éditions de Minuit | billet du 12 novembre 2012
7► Les 104 premiers Que sais-je ? en numérique | billet du 6 novembre 2012
8► Entretien avec Sylvie Vassalo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis | billet du 27 novembre 2012
9► extrait de Féerie générale, Emmanuelle Pireyre, prix Médicis | billet du 7 novembre 2012
10► Librairies numériques et clause de territorialité | billet du 22 novembre 2012

+

1► L’Employé de Guillermo Saccomanno, Asphalte éditions | billet du 21 novembre 2012
2► Les todo listes de Christine Jeanney en 2 tomes chez publie.net | billet du 19 novembre 2012


 

5 décembre 2012

Prix du roman France Télévisions 2012 | Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)

Même si ça fait des années qu’on ne l’a plus, la télé, voilà une nouvelle qui fait bien plaisir. Antoine Choplin, un auteur que nous lisons depuis des années et des années, et son éditeur, Pierre-Jean Balzan de La Fosse aux ours, dont le catalogue aura été plus d’une fois soutenu en librairie ou sur le web, sont enfin reconnus pour leur travail. Le prix du roman France Télévisions 2012 vient d’être attribué à La nuit tombée, paru en papier et en numérique il y a 3 mois maintenant. Pour fêter l’événement, reprise aujourd’hui de ma chronique publiée sur le blog ePagine le 7 septembre dernier avec un extrait (c’est d’ailleurs le billet de la rentrée littéraire le plus lu aujourd’hui encore). Bonne route à l’auteur, à son éditeur et aux lecteurs ! ChG



reprise du billet publié le 7 septembre 2012

 

Ne pas se fier à la première image de La nuit tombée d’Antoine Choplin : un homme, Gouri, descend de sa moto à la sortie de la ville de Kiev et vérifie que la remorque qu’il vient de bricoler est toujours reliée à son deux-roues. Car dès la scène suivante, parce qu’il est question de zone, de contamination, parce que les portes des maisons ont été barricadées et que les fenêtres ont été brisées, on sait déjà que ce voyage ne sera pas une partie de plaisir pour Gouri, qu’il n’aura rien de bucolique, qu’on n’est pas en train de lire un road-trip traditionnel. D’ailleurs, passé ce petit prologue et avant d’entamer la traversée de nuit, le premier tiers du livre est quasiment un huis-clos dans lequel une large place est laissée aux récits, aux hommes, à la catastrophe et à l’après.

Gouri (lui qui désormais vit à Kiev, lui le poète, l’ancien ouvrier de Tchernobyl devenu écrivain public) rend d’abord visite à son ami Iakov, un ancien liquidateur*, aujourd’hui mourant, et Vera. Le village dans lequel il arrive est situé non loin de la centrale, près de la zone contaminée et interdite, zone qui englobe notamment la ville dans laquelle Gouri a vécu avec sa femme et sa fille avant la catastrophe nucléaire (il était sur le toit d’un réacteur ce mois d’avril-là). Et bien entendu, cet homme n’est pas là par hasard. S’il est revenu jusqu’ici avec sa moto et sa remorque deux ans et demi après la catastrophe, ce n’est pas pour aller au marché mais pour ramener un objet précieux à ses yeux, une porte, et pas n’importe quelle porte, celle de la chambre de Ksenia, sa fille, une porte qui fait le lien entre le père de Gouri, la poésie, la catastrophe, sa fille et la mort.

Le décor est planté. On n’en dira pas plus car l’histoire tient sur pas grand-chose, un fil ténu paradoxalement très solide. Comme les phrases d’Antoine Choplin, construites sans adjectifs superfétatoires, sans pathos mais desquelles se dégagent avec justesse humanité et compassion. Ici, pas de thèses assommantes bien que les choses soient clairement dites. On est entre humains. On est entre amis. On est un frère, une épouse, un voisin, un père. Et c’est surtout de ça qu’il sera question dans La nuit tombée : d’amour, de filiation, de transmission et d’héritage dans un lieu où ces liens ont été secoués, arrachés, du jour au lendemain.

La deuxième partie du récit décrit la traversée de la zone de nuit (éviter les militaires, les pillards) et la ville retrouvée (Pripiat). Je m’arrêterai un instant sur ces quelques pages où il est question du retour de cet homme dans sa ville, ville fantôme désormais. Les souvenirs surgissent à mesure qu’il pénètre en pleine nuit dans Pripiat (on croisera peu d’êtres vivants ici) puis dans l’appartement dévasté. Des objets sont cassés, certains ont été volés, d’autres sont toujours là. La ruine est une chose, écrit Antoine Choplin. Le vide infect installé désormais au revers de ces murs, une autre chose.

The public swimming pool in the ghost town of Priypat near Chernobyl. Photo de Timm Suess

J’ai lu plusieurs récits et romans d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours, La Dragonne). Heureux de retrouver sa phrase dans La nuit tombée, texte que j’aurai chroniqué au moment où la centrale de Fessenheim refaisait parler d’elle… Son roman est publié à la Fosse aux ours. Sa version imprimée (16 €) est disponible en librairie et la version numérique (l’ePub est à 9.99 € et ne contient pas de DRM Adobe mais un marquage) sur ePagine, sur tous les sites des libraires partenaires et ailleurs. Infra, un extrait qui se situe dans la première partie du livre.

* Si on ne connaît pas le nombre exact de personnes qui travaillaient à la centrale de Tchernobyl au moment de la catastrophe (les chiffres récoltés ici et là varient entre 500.000 et un million), on connaît encore moins le nombre de morts et d’invalides parmi les liquidateurs (likvidatory), ceux qui dès le 26 avril 1986 ont dû éteindre le graphite brûlant dans le réacteur ou construire un sarcophage le plus rapidement possible, ceux qui déblayaient les matériaux de la centrale, ceux qui se trouvaient sur le toit des réacteurs, ceux qui se trouvaient dans leur avion ou leur hélicoptère, ceux qui détruisaient et enterraient les maisons environnantes… Des ouvriers, pour la plupart, beaucoup de militaires mais également d’anciens de la centrale et des centaines de milliers d’autres civils qu’on enrôlait à la va-vite de village en village (en Ukraine, en Biélorussie, en Lettonie, en Lituanie et en Russie) sans les informer des dangers encourus, sans protection et en leur promettant un nouveau logement, de l’argent, une médaille,… Tous ceux-là ont été exposés à une radioactivité très élevée. Ce bilan, aujourd’hui encore, fait l’objet de nombreuses études et d’autant de controverses. Pour aller plus loin, on pourra lire deux billets ici et sur le site Info Nucléaire ainsi que La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch, traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, publié en France en 1998 chez JC Lattès et chez J’ai Lu en 2000 (non disponible en numérique sur les plateformes de vente légales). Plusieurs articles sur wikipedia reviennent sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. En mai 2011, on avait également consacré un billet au livre de Jean-Louis Basdevant, Maîtriser le nucléaire. On pourra par ailleurs aller voir Le sacrifice, le documentaire de Wladimir Tchertkoff (2003) ainsi que La bataille de Chernobyl, le documentaire de Thomas Johnson (2006).

ChG

 

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La nuit tombée, Antoine Choplin
La Fosse aux ours, 2012

 

Gouri atteint Volodarka avant six heures. Il gare sa moto devant l’épicerie qui fait face à l’école. Il observe les maisons, les larges rues, le pont qui enjambe la petite rivière immobile, irisée de taches huileuses. Il se souvient être venu une fois dans ce village en compagnie d’un gars, Sergueï il s’appelait, un volontaire qui avait grandi ici. C’était un soir, après avoir beaucoup bu, ils avaient cherché en vain l’hospitalité auprès d’une vieille tante dont Sergueï n’avait pas réussi à retrouver la trace. Et ils s’étaient endormis là, à côté du pont, à même la terre battue.
Une gamine se tient dans l’embrasure de la porte de l’épicerie.
Vous devriez pousser un peu votre moto, elle dit. C’est à cause des bêtes.
Au-delà du pont, la tête d’un troupeau de vaches emplit l’espace délimité par la route. Deux hommes, un jeune et un plus vieux, finissent par apparaître, guidant les animaux depuis l’arrière, par leur seul déplacement d’un côté et de l’autre.
Gouri a reculé sa moto contre le mur de l’épicerie. Les vaches passent juste devant lui, lentement, sans beaucoup de bruit.
C’est un sacré troupeau, dit Gouri alors que les dernières vaches s’éloignent.
Il paraît que c’est le plus gros de la région, dit la fille.
Gouri grimpe les trois marches vers la porte du magasin et elle s’écarte pour le laisser entrer.
Il y en a qui disent qu’il faut pas boire leur lait, dit encore la fille. Qu’il est contaminé. Et, à côté de ça, y’en a d’autres qu’en boivent tous les jours en disant que tout ça c’est des balivernes.
Gouri regarde la gamine et lui sourit.
Un drôle de mot, baliverne, il fait.
Elle le fixe avec curiosité.
Il attrape deux bouteilles de vodka sur les étagères, jette un œil sur les étiquettes et les pose sur le comptoir avec quelques pièces de monnaie.

La route sans virage jusqu’à Marianovka ondule, alternant vastes creux et bosselures. Le chant du moteur varie au gré des pentes légères.
Un panneau indique l’entrée dans Bober. Gouri se souvient que Vera a prononcé le nom de ce village. Pour Chevtchenko, personne n’est foutu de te dire ce qu’il en est exactement. C’est pas comme Bober ou Poliskè. Là au moins, on sait à quoi s’en tenir.
Il ralentit l’allure et observe les maisons désertées de part et d’autre de la route. Certaines fenêtres ont été brisées, des portes défoncées. D’autres sont barricadées au moyen de planches épaisses et grossièrement fixées. Par flashs, il peut néanmoins apercevoir des intérieurs tapissés et encore proprets, des décorations murales, quelques meubles.
Gouri hésite à s’engouffrer dans l’une ou l’autre des sentes latérales, certain qu’il finirait par tomber sur quelqu’un, un qui serait resté là, comme un gardien. Le crépuscule enveloppant l’incite à poursuivre son chemin. Il remet les gaz.

Après le croisement de Marianovka, il tourne plein ouest. La route devient étroite et se faufile dans la pénombre de la forêt. Gouri doit allumer son phare dont le faisceau dessine un halo tremblant et plutôt faiblard. C’est l’affaire de trois ou quatre kilomètres à peine, après quoi on pourra deviner, parmi les arbres, les premières maisons de Chevtchenko.
Le souvenir de ces lieux est encore très présent dans la mémoire de Gouri. L’arrondi de la route à l’entrée du village, la forêt moins dense puis soudain disparue, l’écheveau de ces chemins modestes semblant relier chaque habitation à chacune des autres, les proportions gigantesques du kolkhoze en brique claire. Il roule doucement jusqu’aux premières maisons, puis met pied à terre.
Un bon moment, tandis que le moteur de sa moto continue à ronronner avec quelques sautes de régime, ses yeux humides explorent les perspectives dénuées de toute âme qui vive.
La maison de Iakov et Vera marque la fin du village, côté nord.
Pour la rejoindre, Gouri emprunte la sente goudronnée qui serpente entre les hautes herbes. Il passe devant deux autres maisons qui semblent abandonnées. À côté de la porte de la seconde, à même le mur, on a inscrit : nous reviendrons bientôt, d’une drôle d’écriture un peu gauche. Un peu plus loin, une troisième maison est à demi effondrée, comme par l’effet d’une poussée pratiquée contre l’un de ses flancs. Après s’étend un vaste espace sablonneux, hérissé de quelques végétaux nains et, d’assez loin, Gouri peut distinguer les volets bleus de la maison. Il remarque aussi la fumée légère qui s’échappe de la cheminée.

© La nuit tombée, Antoine Choplin, La Fosse aux ours, 2012 (version imprimée, 16 € — version numérique, 9.99 €, marquage sans DRM).

11 novembre 2012

les 10 articles les plus consultés en octobre 2012

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog, un mois d’octobre marqué par la double disparition du poète Jacques Dupin (lire le dossier sur remue.net) et de Maryse Hache, clown, poétesse, artiste et blogueuse, dont nous étions proches (la photo du mois lui est bien entendu dédiée). De nombreux hommages lui ont été rendus sur le web, notamment sur ce blog où nous continuons à tenir la liste des liens à jour.

Des billets publiés en octobre, vous avez été nombreux à vous intéresser une fois de plus à La nuit tombée d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours), à Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) mais aussi au seul livre numérique disponible en français du Prix Nobel de Littérature 2012, Le Veau de Mo Yan (Seuil). Les lectures du nouveau roman de Jean Echenoz, 14 (éditions de Minuit) ainsi que du thriller d’Éric Calatraba, Haïku (Numeriklivres), font également partie des articles les plus consultés.

Comme toujours, manquent ici nos dernières lectures, des textes que nous conseillons vivement mais que nous n’avons pas encore chroniqués, L’Herbe des nuits de Patrick Modiano (Gallimard), Carrare de Célia Houdart (P.O.L) ou Dans le blanc de Berit Ellingsen (publie.net).

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

 

Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en octobre 2012

1► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
2► Extrait du Veau de Mo Yan (prix Nobel de Littérature 2012) | billet du 11 octobre 2012
3► Abyssal Cabaret de Maryse Hache, en hommage | billet du 26 octobre 2012
4► Lecture de 14 de Jean Echenoz (éditions de Minuit) | billet du 4 octobre 2012
5► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
6► 32 extraits gratuits (rentrée littéraire) chez 10 éditeurs dans un seul fichier | billet du 7 octobre 2012
7► Sélection de lectures numériques (automne 2012) | billet du 23 octobre 2012
8► Lecture de Haïku, un thriller signé Éric Calatraba (Numeriklivres) | billet du 14 octobre 2012
9► Quelques images de la Foire de Francfort 2012 | billet du 11 octobre 2012
10► Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | liste du 28 septembre 2012

 


3 octobre 2012

les 10 articles les plus consultés en septembre 2012

hommage personnel à "La nuit tombée" d'Antoine Choplin

Retour aujourd’hui sur les 10 articles les plus consultés le mois dernier sur ce blog. Sans surprise c’est le billet sur l’opération200K des éditions Bragelonne qui a été le plus lu et relayé (à ce propos, lire aussi Les indépendants ont démontré leur force sur ActuaLitté). Autre billet qui a déjà été très lu et le sera encore (si on se fie à celui de l’an passé), c’est celui sur la diffusion et la distribution numériques. Apparemment, la liste est appréciée par les professionnels du livre. Pour le reste, on retrouvera surtout les dernières chroniques ainsi que des infos relatives à la rentrée littéraire. Belle surprise tout de même de retrouver loin devant La nuit tombée d’Antoine Choplin, un auteur pourtant peu médiatisé. Satisfaction aussi de voir que le billet sur la grande épopée moderne de l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares a été plébiscitée, un texte exigeant et qui mériterait d’être lu par le plus grand nombre.

Comme toujours, manquent ici quelques billets auxquels on tient (mais c’est le jeu), et surtout ceux qu’on aurait aimé écrire – j’espère que nous pourrons le faire dans les prochaines semaines. Je pense notamment à six textes littéraires que nous soutenons sur ePagine : L’Auteur et moi d’Éric Chevillard (Minuit), le thriller d’Eric Calatraba, Haïku (Numeriklivres),  Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud), Le cahier de transmissions de Martin Winckler (publie.net), Autobiographie des objets de François Bon (Seuil) ou encore Millefeuille de Leslie Kaplan (P.O.L).

Je vous rappelle que tous les livres numériques cités dans les billets sont au même prix partout (en France) et peuvent être téléchargés sur epagine.fr ainsi que sur les sites de vente de tous ses libraires partenaires (liste à jour ici).

ChG

 

 Les 10 billets les plus consultés sur ce blog en septembre 2012

 

1► Ce week-end 200 titres Bragelonne à 0.99 € #operation200k | billet du 11 septembre 2012
2► Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours) | billet du 7 septembre 2012
3► Liste des éditeurs par distributeur et diffuseur | liste du 28 septembre 2012
4► Rentrée littéraire numérique 2012 : extraits gratuits | billet du 3 septembre 2012
5► Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka (Phébus) | billet du 9 septembre 2012
6► Tout Echenoz, tout Chevillard & tout Mauvignier en numérique (Minuit) | billet du 14 septembre 2012
7► Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy) | billet du 19 septembre 2012
8► Lancement de la rentrée littéraire 2012 en numérique | billet du 29 août 2012
9► Sur la route (le rouleau original) de Jack Kerouac en numérique | billet du 29 mai 2012
10► Liste des librairies partenaires d’ePagine | mise à jour du 17 juillet 2012

 


7 septembre 2012

Rentrée littéraire 2012 | Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)

Note du 5/12/2012 : Même si ça fait des années qu’on ne l’a plus, la télé, voilà une nouvelle qui fait bien plaisir. Antoine Choplin, un auteur que nous lisons depuis des années et des années, et son éditeur, Pierre-Jean Balzan de La Fosse aux ours, dont le catalogue aura été plus d’une fois soutenu en librairie ou sur le web, sont enfin reconnus pour leur travail. Le prix du roman France Télévisions 2012 vient d’être attribué à La nuit tombée, paru en papier et en numérique il y a 3 mois maintenant et chroniqué ci-dessous le 7 septembre dernier avec un extrait. Bonne route à l’auteur, à son éditeur et aux lecteurs ! ChG

 

Ne pas se fier à la première image de La nuit tombée d’Antoine Choplin : un homme, Gouri, descend de sa moto à la sortie de la ville de Kiev et vérifie que la remorque qu’il vient de bricoler est toujours reliée à son deux-roues. Car dès la scène suivante, parce qu’il est question de zone, de contamination, parce que les portes des maisons ont été barricadées et que les fenêtres ont été brisées, on sait déjà que ce voyage ne sera pas une partie de plaisir pour Gouri, qu’il n’aura rien de bucolique, qu’on n’est pas en train de lire un road-trip traditionnel. D’ailleurs, passé ce petit prologue et avant d’entamer la traversée de nuit, le premier tiers du livre est quasiment un huis-clos dans lequel une large place est laissée aux récits, aux hommes, à la catastrophe et à l’après.

Gouri (lui qui désormais vit à Kiev, lui le poète, l’ancien ouvrier de Tchernobyl devenu écrivain public) rend d’abord visite à son ami Iakov, un ancien liquidateur*, aujourd’hui mourant, et Vera. Le village dans lequel il arrive est situé non loin de la centrale, près de la zone contaminée et interdite, zone qui englobe notamment la ville dans laquelle Gouri a vécu avec sa femme et sa fille avant la catastrophe nucléaire (il était sur le toit d’un réacteur ce mois d’avril-là). Et bien entendu, cet homme n’est pas là par hasard. S’il est revenu jusqu’ici avec sa moto et sa remorque deux ans et demi après la catastrophe, ce n’est pas pour aller au marché mais pour ramener un objet précieux à ses yeux, une porte, et pas n’importe quelle porte, celle de la chambre de Ksenia, sa fille, une porte qui fait le lien entre le père de Gouri, la poésie, la catastrophe, sa fille et la mort.

Le décor est planté. On n’en dira pas plus car l’histoire tient sur pas grand-chose, un fil ténu paradoxalement très solide. Comme les phrases d’Antoine Choplin, construites sans adjectifs superfétatoires, sans pathos mais desquelles se dégagent avec justesse humanité et compassion. Ici, pas de thèses assommantes bien que les choses soient clairement dites. On est entre humains. On est entre amis. On est un frère, une épouse, un voisin, un père. Et c’est surtout de ça qu’il sera question dans La nuit tombée : d’amour, de filiation, de transmission et d’héritage dans un lieu où ces liens ont été secoués, arrachés, du jour au lendemain.

La deuxième partie du récit décrit la traversée de la zone de nuit (éviter les militaires, les pillards) et la ville retrouvée (Pripiat). Je m’arrêterai un instant sur ces quelques pages où il est question du retour de cet homme dans sa ville, ville fantôme désormais. Les souvenirs surgissent à mesure qu’il pénètre en pleine nuit dans Pripiat (on croisera peu d’êtres vivants ici) puis dans l’appartement dévasté. Des objets sont cassés, certains ont été volés, d’autres sont toujours là. La ruine est une chose, écrit Antoine Choplin. Le vide infect installé désormais au revers de ces murs, une autre chose.

The public swimming pool in the ghost town of Priypat near Chernobyl. Photo de Timm Suess

J’ai lu plusieurs récits et romans d’Antoine Choplin (La Fosse aux ours, La Dragonne). Heureux de retrouver sa phrase dans La nuit tombée, texte que j’aurai chroniqué au moment où la centrale de Fessenheim refaisait parler d’elle… Son roman est publié à la Fosse aux ours. Sa version imprimée (16 €) est disponible en librairie et la version numérique (l’ePub est à 9.99 € et ne contient pas de DRM Adobe mais un marquage) sur ePagine, sur tous les sites des libraires partenaires et ailleurs. Infra, un extrait qui se situe dans la première partie du livre.

* Si on ne connaît pas le nombre exact de personnes qui travaillaient à la centrale de Tchernobyl au moment de la catastrophe (les chiffres récoltés ici et là varient entre 500.000 et un million), on connaît encore moins le nombre de morts et d’invalides parmi les liquidateurs (likvidatory), ceux qui dès le 26 avril 1986 ont dû éteindre le graphite brûlant dans le réacteur ou construire un sarcophage le plus rapidement possible, ceux qui déblayaient les matériaux de la centrale, ceux qui se trouvaient sur le toit des réacteurs, ceux qui se trouvaient dans leur avion ou leur hélicoptère, ceux qui détruisaient et enterraient les maisons environnantes… Des ouvriers, pour la plupart, beaucoup de militaires mais également d’anciens de la centrale et des centaines de milliers d’autres civils qu’on enrôlait à la va-vite de village en village (en Ukraine, en Biélorussie, en Lettonie, en Lituanie et en Russie) sans les informer des dangers encourus, sans protection et en leur promettant un nouveau logement, de l’argent, une médaille,… Tous ceux-là ont été exposés à une radioactivité très élevée. Ce bilan, aujourd’hui encore, fait l’objet de nombreuses études et d’autant de controverses. Pour aller plus loin, on pourra lire deux billets ici et sur le site Info Nucléaire ainsi que La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch, traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, publié en France en 1998 chez JC Lattès et chez J’ai Lu en 2000 (non disponible en numérique sur les plateformes de vente légales). Plusieurs articles sur wikipedia reviennent sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. En mai 2011, on avait également consacré un billet au livre de Jean-Louis Basdevant, Maîtriser le nucléaire. On pourra par ailleurs aller voir Le sacrifice, le documentaire de Wladimir Tchertkoff (2003) ainsi que La bataille de Chernobyl, le documentaire de Thomas Johnson (2006).

ChG

 

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La nuit tombée, Antoine Choplin
La Fosse aux ours, 2012


“ Gouri atteint Volodarka avant six heures. Il gare sa moto devant l’épicerie qui fait face à l’école. Il observe les maisons, les larges rues, le pont qui enjambe la petite rivière immobile, irisée de taches huileuses. Il se souvient être venu une fois dans ce village en compagnie d’un gars, Sergueï il s’appelait, un volontaire qui avait grandi ici. C’était un soir, après avoir beaucoup bu, ils avaient cherché en vain l’hospitalité auprès d’une vieille tante dont Sergueï n’avait pas réussi à retrouver la trace. Et ils s’étaient endormis là, à côté du pont, à même la terre battue.
Une gamine se tient dans l’embrasure de la porte de l’épicerie.
Vous devriez pousser un peu votre moto, elle dit. C’est à cause des bêtes.
Au-delà du pont, la tête d’un troupeau de vaches emplit l’espace délimité par la route. Deux hommes, un jeune et un plus vieux, finissent par apparaître, guidant les animaux depuis l’arrière, par leur seul déplacement d’un côté et de l’autre.
Gouri a reculé sa moto contre le mur de l’épicerie. Les vaches passent juste devant lui, lentement, sans beaucoup de bruit.
C’est un sacré troupeau, dit Gouri alors que les dernières vaches s’éloignent.
Il paraît que c’est le plus gros de la région, dit la fille.
Gouri grimpe les trois marches vers la porte du magasin et elle s’écarte pour le laisser entrer.
Il y en a qui disent qu’il faut pas boire leur lait, dit encore la fille. Qu’il est contaminé. Et, à côté de ça, y’en a d’autres qu’en boivent tous les jours en disant que tout ça c’est des balivernes.
Gouri regarde la gamine et lui sourit.
Un drôle de mot, baliverne, il fait.
Elle le fixe avec curiosité.
Il attrape deux bouteilles de vodka sur les étagères, jette un œil sur les étiquettes et les pose sur le comptoir avec quelques pièces de monnaie.

La route sans virage jusqu’à Marianovka ondule, alternant vastes creux et bosselures. Le chant du moteur varie au gré des pentes légères.
Un panneau indique l’entrée dans Bober. Gouri se souvient que Vera a prononcé le nom de ce village. Pour Chevtchenko, personne n’est foutu de te dire ce qu’il en est exactement. C’est pas comme Bober ou Poliskè. Là au moins, on sait à quoi s’en tenir.
Il ralentit l’allure et observe les maisons désertées de part et d’autre de la route. Certaines fenêtres ont été brisées, des portes défoncées. D’autres sont barricadées au moyen de planches épaisses et grossièrement fixées. Par flashs, il peut néanmoins apercevoir des intérieurs tapissés et encore proprets, des décorations murales, quelques meubles.
Gouri hésite à s’engouffrer dans l’une ou l’autre des sentes latérales, certain qu’il finirait par tomber sur quelqu’un, un qui serait resté là, comme un gardien. Le crépuscule enveloppant l’incite à poursuivre son chemin. Il remet les gaz.

Après le croisement de Marianovka, il tourne plein ouest. La route devient étroite et se faufile dans la pénombre de la forêt. Gouri doit allumer son phare dont le faisceau dessine un halo tremblant et plutôt faiblard. C’est l’affaire de trois ou quatre kilomètres à peine, après quoi on pourra deviner, parmi les arbres, les premières maisons de Chevtchenko.
Le souvenir de ces lieux est encore très présent dans la mémoire de Gouri. L’arrondi de la route à l’entrée du village, la forêt moins dense puis soudain disparue, l’écheveau de ces chemins modestes semblant relier chaque habitation à chacune des autres, les proportions gigantesques du kolkhoze en brique claire. Il roule doucement jusqu’aux premières maisons, puis met pied à terre.
Un bon moment, tandis que le moteur de sa moto continue à ronronner avec quelques sautes de régime, ses yeux humides explorent les perspectives dénuées de toute âme qui vive.
La maison de Iakov et Vera marque la fin du village, côté nord.
Pour la rejoindre, Gouri emprunte la sente goudronnée qui serpente entre les hautes herbes. Il passe devant deux autres maisons qui semblent abandonnées. À côté de la porte de la seconde, à même le mur, on a inscrit : nous reviendrons bientôt, d’une drôle d’écriture un peu gauche. Un peu plus loin, une troisième maison est à demi effondrée, comme par l’effet d’une poussée pratiquée contre l’un de ses flancs. Après s’étend un vaste espace sablonneux, hérissé de quelques végétaux nains et, d’assez loin, Gouri peut distinguer les volets bleus de la maison. Il remarque aussi la fumée légère qui s’échappe de la cheminée.
 ”

© La nuit tombée, Antoine Choplin, La Fosse aux ours, 2012 (version imprimée, 16 € — version numérique, 9.99 €, marquage sans DRM).

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