Depuis un mois et demi, chaque vendredi jusqu’à minuit, les éditions Numerik:)ivres proposent de télécharger 3 titres de leur catalogue à 0.99 €. Cette semaine Manihi de Christine Machureau, Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek et Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko sont mis à l’honneur. D’autres éditeurs suggèrent également de télécharger quelques-uns de leurs titres au même prix, notamment publie.net avec la collection stigme99. À découvrir aujourd’hui deux de ces titres qui n’ont pas été encore chroniqués sur ce blog, 10 fois en moyenne de Sarah Cillaire et Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret. Et enfin, mise en avant de la revue de genres, Angle mort dont le troisième numéro (excellent soit dit en passant) vient d’être mis en ligne. Nous avions déjà parlé d’eux, c’était là. Comme le prochain #EbookFriday aura lieu dans quatre semaines, c’est aujourd’hui qu’il faut faire le plein de lectures !
Manihi de Christine Machureau, Numerik:)ivres, 0.99 € jusqu’à minuit, 4,99 € ensuite.
Très loin des clichés touristiques aux odeurs de vanille et aux déhanchements de sublimes jeunes filles couvertes et fleurs, ce roman servi par une écriture fluide, simple, mordante mais non dénuée d’humour nous entraîne derrière l’envers du décor de ces îles paradisiaques, dans une réalité brute d’une vie difficile que les popaa (les blancs) ne soupçonnent même pas. Une chronique sociale qui nous immerge dans le quotidien d’une jeune femme maori qui doit se battre pour s’élever, gagner son indépendance et lutter contre la douleur des traditions ancestrales.
Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek, 0.99 € jusqu’à minuit, 2,99 € ensuite.
Au bout de la rue, pas loin de chez vous, il y a des humains qui se débattent avec leur quotidien. Des humains désabusés souvent, déshumanisés parfois, attachants aussi. Et tellement réels. Dans ces quinze textes qui vous emmèneront au bout de la rue, là où le jour peine à pénétrer, entre des murs serrés sur des secrets inavouables, l’auteur, d’un style précis et efficace, noir, sans concession, mais avec un humour un rien cynique, brosse des portraits dans lesquels on pourrait presque se reconnaître. Vous ne regarderez plus les nains de jardin de la même façon, ni les petites vieilles avec leur chihuahua, vous changerez souvent de trottoir en croisant vos voisins, surtout s’ils sont déguisés en gros poussin jaune… Jeff Balek joue avec ses personnages comme le chat avec la souris, mais avec une tendresse évidente, d’une belle écriture qui vous prend sans vous lâcher, même après avoir terminé la lecture. Son écriture n’est pas sans rappeler le polar, elle est rythmée comme un air de blues ou de métal rock, sans rien perdre de sa poésie.
Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko, 0.99 € jusqu’à minuit, 3,99 € ensuite.
Une sorte de huis clos, élargi aux rues d’un village du sud de la France, dans le bleu, le jaune, le vert et le brun des paysages du Lauragais. Un « roman » à sketches, des histoires de voisines, de passantes, où il y a ce qui se voit et ce que l’on cache. Les hirondelles arrivent avec le printemps, mais s’en vont aux premiers froids. La détresse et la misère sont les mêmes, peu importe la saison, et peu importe le lieu… Dans une mégapole, une grande ville, ou un village, les humains que nous sommes regardent passer les « autres » sans vraiment s’en préoccuper. Parfois s’en amuser, comme à une terrasse de café, sur une grande place mondialement connue, ou sur la petite place d’une mairie de province. On sirote un café en se moquant souvent de l’allure des passants. Mais on ne cherche pas à entrer dans leur intimité. Ni à leur tendre la main. Pourtant, cela en aurait peut-être aidé quelques-unes…
10 fois en moyenne de Sarah Cillaire, stigme99, 0.99 €.
« En moyenne, une femme part dix fois avant de partir. Dedans, porter le deuil de grands sentiments toujours en application, les sentir palpiter, faire bruisser les artères, prolonger le moignon. Une morte tous les trois jours, en moyenne. Un mort tous les quinze jours, tiens. Dans trois-quarts de maricides, la femme se défend contre son conjoint. » Avec cet ensemble de textes de Sarah Cillaire pas la peine de vous faire un dessin… On comprend en effet tout de suite de quelle violence il s’agit ici. Mais au-delà des questions abordées, quelle puissance dans le souffle, non ? Et quelle poigne il y a dans ce sujet à la fois tenu distance mais où les mots eux sont tenus serrés serrés ! Entremêlés d’extraits de l’Enéide de Virgile et des Démons de Fédor Dostoïevski, cet ensemble très théâtralisé est à lire et à faire lire au moins à dix personnes. À dix hommes ?
Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret, stigme99, 0.99 €.
Comme le dit François Bon dans sa présentation, avec Jauffret c’est un rire jaune qui se tord, « un rire jaune qu’on entend depuis longtemps dans la littérature, qu’on n’entend pas forcément assez souvent au présent. » Jugez par vous-même : « Chaque vendredi, ma fille et une portion de mes petits, arrières-petits, et arrières-arrières-petits-enfants, arrivent par le vapeur de dix-huit heures dix qui n’en peut mais, tant ma descendance est pléthorique. J’appartiens à une famille catholique qui a toujours lutté contre la régularisation des naissances, et dont les membres n’en sont pas moins lubriques et prompts au coït. À mon âge, je suis excusable de ne pas me souvenir du prénom de chacun d’eux, certains sont du reste quinquagénaires, et de les appeler tous Kévin quel que soit leur sexe. »
Revue Angle mort, 13 titres au catalogue désormais : 10 nouvelles à télécharger gratuitement et 3 numéros complets (ces nouvelles + les entretiens inédits), 2,99 € chacun.
Parmi les nouvelles découvertes récemment au sommaire du 3e numéro figurent notamment Œuvre vécu d’Athanase Stedelijk, une monographie de Léo Henry, une plongée étourdissante dans le monde de l’art, avec dédoublement, histoire d’amour et un style étourdissant à la clé, et Le jardin des silences de Mélanie Fazi, tragique histoire d’amants meurtriers sur fond de musique rock avec dédoublement de la narratrice. Grâce aux animateurs de cette revue (grand merci donc !), j’ai découvert là deux voix qui me plaisent beaucoup et que je n’aurais jamais trouvé dans les littératures dites blanches. Pourtant je ne vois pas pourquoi un éditeur traditionnel ne pourrait pas publier ces auteurs-là. Il faudra quand même qu’on m’explique un jour ces histoires de clivages. En tout cas ces deux textes, je les ai pris de plein fouet, leur langue surtout, et c’est ça qui compte pour moi : être déstabilisé. Téléchargez donc ces deux nouvelles, il y a de la qualité dans l’air, vraiment, et si vous êtes convaincus téléchargez le numéro complet pour soutenir ces découvreurs-là !
ChG