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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

9 novembre 2011

Prix littéraires 2011 et offre numérique

 

En écoute : Marin Marais
Suite n°6 en mi majeur : Tombeau pour M. de Lully
par Jordi Savall

 

Cette année, quasiment tous les titres récompensés par les principaux prix littéraires d’automne figurent au catalogue numérique*. Quelques exceptions notamment. Parmi eux, des titres que j’aime beaucoup et que je ne peux que vous conseiller d’aller lire dans leur version imprimée. Je pense notamment aux textes de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Prix Décembre) et d’Éric Chevillard, Dino Egger (Prix Virilo).

Cette année, donc, presque tous les livres des auteurs primés sont disponibles dans leur version papier et en numérique. De ce côté-ci les choses avancent. Beaucoup moins côté diversité (ce mot à la mode). Oui oui, on prend les mêmes éditeurs que les autres années et on recommence : Gallimard et ses filiales, P.O.L, Mercure de France et Table Ronde (7 prix), Grasset (2 prix), Seuil (1 prix). D’autres titres publiés par des éditeurs qui ont déjà reçu des distinctions mais de manière moins régulière viennent également d’être récompensés : Stock (2 prix), JC Lattès (3 prix avec le même roman), Christian Bourgois (1 prix), Minuit (1 prix) et Métailié (1 prix). Si diversité il y a, on la trouvera plutôt du côté de la Société des Gens de Lettres (SGDL) qui vient d’attribuer l’un de ses prix d’automne à Régine Detambel pour l’ensemble de son œuvre. En numérique sont disponibles de cet auteur 1 titre chez Gallimard, 1 au Mercure de France, 1 au Seuil, 1 chez Actes Sud et 2 chez publie.net.

Parlons des prix maintenant, pas des récompenses mais des tarifs. Parmi cette petite vingtaine de titres vous en trouverez deux à moins de 4 € (publie.net), un à moins de 10 € (Seuil), les autres s’échelonnant entre 11,20 € et 17,99 € (20 à 25 % de moins qu’en papier). La moyenne, elle, se situe autour de 13,50 €. Enfin, du côté des DRM (les verrous), seuls publie.net et Métailié ont choisi de ne pas en poser. Malgré ça, et peut-être n’est-ce pas un si grand handicap que ça, les titres qui se vendent le mieux en ce moment sont commercialisés autour de 15 € et comportent des DRM. Mais ces ventes sont si faibles qu’il faut se méfier. Comme le disait hier un éditeur aux assises professionnelles du livre, on ne peut pas, même pour des titres qui se vendent très bien en librairie, parler pour l’instant de marché. Pour un best seller qui se vendrait à plus de 100.000 exemplaires il y aurait actuellement, pour ce même titre et selon lui, entre 1.000 et 2.000 téléchargements. Toujours d’après lui, de nombreux livres vendus dans leur version imprimée autour de 5.000 exemplaires ne dépasseraient pas aujourd’hui les 50 téléchargements.

Je vous rappelle que tous ces titres listés infra sont disponibles sur les sites des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici), qu’ils peuvent être téléchargés au format ePub et lus sur ordinateur (mac ou PC), smartphone, liseuse ou tablette de lecture.

* seul manque à cette liste le prix Interralié qui sera remis la semaine prochaine mais il ne viendra pas bousculer la tendance, les trois auteurs sélectionnés étant édités chez Gallimard, Grasset et Albin Michel.


Ceux qui sont disponibles en numérique
Prix Goncourt 2011L’art français de la guerre, Alexis Jenni – Gallimard
Prix Renaudot 2011Limonov, Emmanuel Carrère – P.O.L
Prix Renaudot essai 2011Fontenoy ne reviendra plus, Gérard Guégan – Stock
Grand prix du roman de l’Académie Française 2011Retour à Killybegs, Sorj Chalandon – Grasset >>> lire la chronique d’Anne Savelli sur ce blog
Prix Femina roman français 2011Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati – Grasset
Prix Femina étranger 2011Dire son nom, Francisco Goldman – Christian Bourgois
Prix Médicis roman français 2011Ce qu’aimer veut dire, Mathieu Lindon – P.O.L
Prix Médicis roman étranger 2011Une femme fuyant l’annonce, David Grossman – Seuil
Prix Médicis essai 2011Dans les forêts de Sibérie : Février – Juillet 2010, Sylvain Tesson – Gallimard
Goncourt des lycéens 2011Du domaine des Murmures, Carole Martinez – Gallimard
Renaudot des lycéens, Prix du roman France Télévisions et Prix du roman Fnac 2011Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan – JC Lattès
Prix Virgin/Lire 2011Scintillation, John Burnside – Métailié >>> lire le billet consacré à ce texte (avec extrait) sur ce blog
Prix Trop Virilo 2011Le Système Victoria, Éric Reinhardt – Stock
Prix d’automne 2011 de la SGDL pour l’ensemble de son oeuvre – Régine Detambel >>> lire le billet consacré à Sur l’aile de Régine Detambel sur ce blog

Ceux qui ne sont pas disponibles en numérique (à ce jour)
Prix Virilo 2011Dino Egger, Éric Chevillard – Minuit
Prix Décembre 2011Le dépaysement : voyages en France, Jean-Christophe Bailly – Seuil
Prix Décembre 2011Gaston et Gustave, Olivier Frébourg – Mercure de France
Prix Femina essai 2011L’Homme qui se prenait pour Napoléon, Laure Murat – Gallimard

31 août 2011

Scintillation de John Burnside, prix Lire/Virgin 2011 en numérique

On dit de Scintillation de l’écrivain écossais John Burnside qu’il est dérangeant, malsain, onirique et plein de poésie, brutal, désespérant, noir et glaçant. On dit de lui qu’il impressionne, désarçonne et glace. En tout cas il questionne, fait parler et écrire. Personne, semble-t-il, n’y est insensible. Et beaucoup de lecteurs le recommandent, même parmi les plus dubitatifs et ceux qui ne saisissent pas toujours ses propos, l’intrigue, la fin. On lui attribue par ailleurs de nombreux genres (thriller, conte onirique et fantastique, réalisme magique) et on loue sa polyphonie. « À l’hybridation des genres correspond une hybridation de la narration », écrit Claude Schopp sur evene.fr. « C’est une sorte de thriller métaphysique (…) qu’a écrit John Burnside. Et pourtant, ni l’aspect religieux ni l’aspect policier ne sont ce qui fait la force de ce nouveau roman », écrit de son côté Mathieu Lindon dans Libération. Et c’est bien ce roman où se mêlent pluie et brouillard, ambiance post-industrielle et apocalyptique, poison et alcool, sexe et littérature, bande d’enfants et adultes désœuvrés, qui a reçu hier soir le prix Lire/Virgin Megastore dont les jurés sont des libraires. Ce roman, qui fait partie de la rentrée littéraire 2011, est disponible dans sa version papier (20 €) ainsi qu’en numérique (14,99 €) chez tous les libraires proposant des ebooks à la vente dont VirginMega, initiateur de ce prix littéraire ou encore Bibliosurf. À noter que Métailié est une des rares maisons d’édition diffusées par Volumen à avoir choisi de commercialiser ses livres numériques sans DRM.

Pour ceux qui souhaiteraient rencontrer l’auteur, sachez qu’il sera notamment l’invité de la librairie Atout Livre (Paris 12e) le 20 septembre, de la librairie Soif de lire (Strasbourg) le 22 septembre, de la librairie Passages (Lyon) le 23 septembre (ces trois librairies ne vendent pas de livres numériques) et de la librairie Sauramps (Montpellier) le 24 septembre (livre dispo en numérique ici).

Après la présentation du texte par les éditions Métailié vous trouverez quelques extraits de Scintillation.

Présentation

Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l’Intraville, aux immeubles hantés de bandes d’enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d’enfer contemporain. Année après année, dans l’indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs. Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascination pour la violence. Pourtant Leonard déclare que, si on veut rester en vie, ce qui est difficile dans l’Intraville, il faut aimer quelque chose. Il est plein d’espoir et de passion, il aime les livres et les filles. Il y a dans ce roman tous les ingrédients d’un thriller, mais le lecteur est toujours pris à contrepied par la beauté de l’écriture, par les changements de points de vue et leur ambiguïté, par le raffinement de la réflexion sur la façon de raconter les histoires et les abîmes les plus noirs de la psychologie. On a le souffle coupé, mais on ne sait pas si c’est par le respect et l’admiration ou par la peur. On est terrifié mais aussi touché par la grâce d’un texte littéraire rare.

Extraits

« Là où je suis à présent, j’entends encore les mouettes. Tout le reste s’estompe, comme le font les rêves dès qu’on s’éveille et qu’on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d’un bout à l’autre de la presqu’île, tellement stridentes et incessantes que je n’entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C’est tout ce qu’il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu’île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d’autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l’ample et pure lumière dans laquelle je m’avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d’une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m’appelle Léonard et, quand j’étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c’était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m’éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l’oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c’est là que l’avenir commence : dans l’oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l’Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu’on achetait à l’épicerie de quartier : l’image d’un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d’abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies. Je croyais à cette image. Je savais qu’elle était vraie – car il y a eu une époque où les gens pensaient que cette sombre béance, cette plaie, était véritablement la source d’où provenait le miel. Et ils avaient raison, car tout se transforme, tout évolue, et cette évolution est la seule histoire qui se perpétue à tout jamais. Tout évolue pour devenir autre chose, d’un instant à l’autre, à tout jamais. Ça, je le sais maintenant – et ici, là où je suis, je passe et repasse en revue cette histoire précise, inlassablement, rejouant les événements dont je me souviens, situant les blancs et les ombres laissés par l’oubli, me raccrochant à des broutilles comme si c’était le monde tout entier qui s’éclipsait, la vie elle-même qui s’évanouissait dans le passé, et pas seulement moi. »

« On l’appelle l’usine chimique, parce qu’elle n’a jamais eu d’autre nom, même le terrain sur lequel elle se dresse n’est presque jamais nommé, une étendue de nulle part que les gens appellent parfois la presqu’île, bien que les adultes en parlent rarement, et quand ça leur arrive ils se contentent en général d’y faire allusion en disant là-bas. »

« Je connais cette histoire. (…) C’est une histoire qui possède une vie propre, pour autant que je puisse le constater. Une vérité propre aussi, mais pas une vérité que l’on puisse énoncer. Elle ne cesse de fluctuer, de glisser hors d’atteinte. John le Bibliothécaire m’a parlé un jour de l’idée que quelqu’un avait conçue, celle du « narrateur-menteur ». (…) John le Bibliothécaire aimait dire qu’en matière de mensonge, ce n’est pas du narrateur qu’il fallait se soucier, mais de l’auteur. (…) À mon avis, c’est l’histoire qui ment, pas le narrateur – et je ne crois pas qu’il existe un quelconque « auteur ». »

© extraits de Scintillation de John Burnside, traduit de l’anglais par Catherine Richard, éditions Métailié.

ChG

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